mercredi 19 octobre 2022

FLASHPOINT BEYOND #6, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico, Mikel Janin et Gary Frank


Ce dernier épisode de Flashpoint Beyond n'aura pas sauvé ce projet boiteux et risque même d'attiser à nouveau la colère des détracteurs de Geoff Johns qui ne se prive pas de retconner une bonne partie du DCU (et de se servir de Watchmen au passage). On se rend aussi compte que Jeremy Adams et Tim Sheridan n'ont rien apporté de personnel à l'histoire. Restent les dessins, superbes, de Xermanico, Mikel Janin et (pour deux pages) de Gary Frank.


Rip Hunter et Corky Baxter tentent de reprendre à Batman le globe temporel qu'il a volé dans le labo des Chasseurs du Temps avec le projet de le briser et d'anéantir l'univers Flashpoint dans l'Hypertemps.


Au même moment, dans cet univers, Thomas Wayne écoute Martha, sa femme, expliquer comment elle veut remonter le temps pour empêcher la mort de leur fils, quitte à sacrifier Dexter Dent.


Gilda menace Dexter avec un pistolet et Thomas tente de la désarmer. Gilda fait exploser une bombe qui détruit la sphère temporelle de Martha et provoque l'effondrement de l'asile d'Arkham.


Thomas sauve Martha et Dexter. Et ce geste suspend celui de Rip Hunter qui constate que l'univers Flashpoint s'est stabilisé et ne menace plus l'hYpertemps. Comme l'avait parié Batman...

On peut peindre un tableau de bien des façons, avec nombre d'accessoires : au pinceau, au couteau, ou à la truelle. La finesse du résultat dépendra de l'outil employé. Et Flashpoint Beyond ressemble finalement à un assez mauvais tableau à la truelle mais où l'artiste aurait voulu être aussi fin que s'il avait manié un pinceau.

Pas plus tard qu'hier, après avoir lu ce sixième et dernier épisode, j'ai lu une interview de Geoff Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams, qui dressaient le bilan de leur mini-série, revenaient sur des points majeurs de cet ultime chapitre et les conséquences pour le futur du DCU, en particulier pour le relaunch de Justice Society of America par Geoff Johns.

On pouvait alors comprendre, ne serait-ce qu'en mesurant la longueur des interventions de Johns par rapport à celles de ses deux collègues, que non seulement, comme attendu, c'était bien lui le chef d'orchestre de ce projet, mais que surtout les deux autres n'avaient finalement pas apporté grand-chose, sinon des détails dans la caractérisation.

Un peu comme Omar Sharif dont le tiercé était la grande passion, on peut dire que Geoff Johns a pour hobby préféré la retcon, ou comment modeler le DCU à sa guise, à sa main. Pendant longtemps, jusqu'à la fin des New 52, on pouvait apprécier ses efforts en ce sens comme ceux d'un architecte occupé à mettre de l'ordre dans la chronologie éditoriale d'une maison comme DC où règnait un joyeux bordel. Et fort de ses succès sur des titres emblématiques comme Flash, Green Lantern, Justice Society of America et Justice League, ses patrons auraient eu tort de ne pas le laisser faire : Johns avait l'amour, la connaissance de cet univers, et les compétences pour le ranger.

Puis DC s'est rendu compte que, malgré tout ça, ça ne fonctionnait pas parfaitement. Il fallait passer à autre chose, réconcilier la tradition et la modernité, passer des New 52 à Rebirth (avec ses étapes successives). Johns, peut-être vexé, peut-être aussi écarté (à cause des polémiques sur le film Justice League de Zack Snyder, où son nom était régulièrement cité comme un des responsables de la débâcle), a alors semblé lâché l'affaire, et d'autres auteurs ont essayé à leur tour de jouer les architectes - Scott Snyder, puis Joshua Williamson.

Flashpoint Beyond, avec le recul, ressemble à une tentative en loucedé pour Johns de reprendre un peu les commandes, ou du moins de négocier avec Williamson. Mais en fin de compte, ce n'est guère concluant. Tout d'abord, parce qu'en sept épisode (si on compte le n° 0), il a démarré très lentement et fini à l'arrache, en injectant massivement des éléments dont beaucoup sont plus frustrants qu'enrichissants. Et, c'est le pire, en revenant se servir dans les travaux de Alan Moore, malgré les critiques virulentes reçues pour Doomsday Clock.

La partie la plus incongrue de Flashpoint Beyond restera cette invasion des kryptoniens, un subplot qui aurait convenu pour une mini-série de douze épisodes, mais qui dans un format réduit de moitié ne ressemble à rien d'autre qu'à une promesse non tenue. Ne comptez pas sur une résolution de cette ligne narrative, qui n'est d'ailleurs mentionnée que dans une double page et une autre page. Disons-le clairement : c'est du gros foutage de gueule.

Plus réussie est la partie, principale concernant le fait de sauver l'univers Flashpoint, qui se situe non pas dans le Multivers (donc qui n'est pas une Terre parallèle) mais dans l'Hypertemps (donc qui une sorte d'écho à notre Terre, une variation née d'événements émotionnels divergents - en l'occurrence le fait que Bruce Wayne ait été tué à la place de ses parents et que Flash y soit intervenu pour sauver sa mère). Notre Batman (Bruce Wayne) confronté à Rip Hunter a joué aux dès avec Dieu en somme puisqu'il a compté sur un geste improbable de Thomas Wayne dans l'univers Flashpoint pour que celui-ci soit préservé. Un sacré pari qui convainc malgré tout Rip Hunter de ne pas détruire l'univers Flashpoint contenu dans un globe temporel chargé par Dr. Manhattan.

Ce qui nous conduit au dénouement de Flashpoint Beyond : comme il aime tant le faire, Johns procède par allusions, assez alléchantes reconnaissons-le (teasant des épreuves futures pour Batman notamment - reste à savoir si Chip Zdarsky, actuellement en charge de la série Batman en tiendra compte, ou si Ram V les développera dans Detective Comics. J'en doute, mais bon, je m'en fiche un peu, ne lisant plus ni l'un ni l'autre de ces titres). Johns d'un autre côté déplace les meubles et pas qu'un peu, et là, sans aucune subtilité, mais bien comme un général redisposant ses troupes.

Ainsi Rip Hunter et Bonnie Baxter compte-t-il sur la réintégration dans le passé de plusieurs personnages, totalement inédits, pour corriger les altérations subis par l'Hypertemps. Pas moins de treize individus sont cités, qui réécrivent massivement la continuité DC, avec des versions Golden Age de Mister Miracle, Aquaman, Red Lantern, Legionnaire par exemple, mais aussi Salem the witch Girl (en lien avec Klarion the witch boy ?), Ladybug (rien à voir avec Miraculous Ladybug), John Henry Jr. (importé de The New Frontier de Darwyn Cooke ?), Quiz Kid, Betsy Ross, Molly Pitcher, Cherry Bomb (inspiré du tube des Runaways ?), Judy Garrick (probable parente de Jay Garrick ?), Les fils de Harlequin. Personne ne sait qui sont ces gens, débrouillez-vous avec ça, semble dire Johns, qui risque bien d'être le seul à exploiter ces noms (probablement dans Justice Society of America).

En soi, pourquoi pas ? Mais ce qui interroge, c'est bien la manière. DC veut-il laisser Johns développer une sorte de Johns-verse, dans son coin, juste pour satisfaire son ancien enfant prodige. C'est généreux, et après tout pourquoi pas, quand on sait que Sean Murphy a son propre pré carré chez l'éditeur avec la saga White Knight. Néanmoins, tout ça est quand même présenté comme quelque chsoe censé impacter profondément le DCU, or qui chez les scénaristes de l'éditeur semble intéressé ? Encore une fois, Kennedy Johnson (qui a la main sur Superman), Zdarsky et Ram V (sur Batman), Taylor (sur Nightwing - annoncé comme le personnage au coeur du DCU après Dark Crisis) ne me paraissent pas très connectés à Flashpoint Beyond. Et ne parlons pas de Williamson (qui, comme je vois les choses, va sûrement être l'élu pour relancer Justice League en 2023).

C'est donc surtout visuellement que Flashpoint Beyond aura été le plus satisfaisant. Xermanico aura livré des épisodes de haute facture tout du long et ce mois-ci ne fait pas exception. Il se partage l'épisode presque à égalité avec Mikel Janin, qui illustrera dès le mois prochain, la Justice Society of America nouvelle version de Johns. Rien à redire : les deux artistes auront ravi les fans et permis à cette saga d'avoir belle allure.

Gary Frank signe les deux dernières pages. Pas étonnant qu'il ait été invité puisque c'est devenu le partenaire privilégié de Johns avec qui il a co-créé Geiger chez Image Comics, et avant cela ils ont réalisé ensemble Doomsday Clock et la trilogie Batman : Earth-One. Toutefois, ces deux dernières pages vont déchaîner les passions et m'ont, pour part, particulièrement déplu.

Alan Moore, devenu la grande obsession de Johns, qui n'a de cesse depuis quelques années de recopier ses effets de narration, mais surtout de réécrire Watchmen en l'intégrant à grands coups de pompes sur la tête dans le DCU, a qualifié les editors de DC de "ratons-laveurs venant chaque nuit grignoter dans ses poubelles". C'est exactement ce qui se passe ici avec une énième mention à Watchmen qui laisse pantois. DC et Johns ne pourraient-ils pas laisser simplement Watchmen tranquille et lâcher Moore ? A la fin, ça ressemble à du harcélement, et pour quel résultat ? De la bouillie, dont les lecteurs se moquent, que les détracteurs de Johns emploient pour troller ce dernier. Etrange et pénible manie de la part d'un éditeur qui a popularisé le multivers et le concept de mondes parallèles dans les comcis que de vouloir à tout prix incorporer la mni-série super-héroïque la plus révolutionnaire de tous les temps à leur univers central, sans jamais convaincre personne de la pertinence de cette manoeuvre.

Malgré tout ça, j'ai envie de voir ce que Johns va faire avec son troisième run sur la JSA, avec en prime Janin (qui, je l'espère, sera aussi régulier que du temps du Batman de Tom King). Mais pour Flashpoint Beyond, hormis les dessins, je vais plutôt essayer d'oublier cette expérience.

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