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lundi 6 mars 2023

THE PRO, de Garth Ennis et Amanda Conner


Aujourd'hui, on va parler d'un comic-book à ne pas mettre entre toutes les mains, comme on dit : The Pro. Il s'agit d'une one-shot de soixante-douze pages, écrit par Garth Ennis et dessiné par Amanda Conner (encrée par son mari Jimmy Palmiotti), publié en 2002 par Image Comics. Parodie décapante des super-héros, il reste aujourd'hui un livre-cul(te) assez ahurissant.



Dans l'espace, le Spectateur, un extraterrestre, dote de pouvoirs des humains qu'il juge digne de les recevoir, persuadé qu'en chacun sommeille un héros susceptible d'améliorer le quotidien de ses semblables et de faire régner la justice. Mais sa nouvelle élue a de quoi étonner...


En effet, il s'agit d'une prostituée, mère célibataire, qui ne s'embarrasse pas de bonnes manières et qui se fiche bien de son prochain tant qu'il la paie pour les faveurs sexuelles qu'elle dispense. Pourtant, cette "pro" est abordée par la Ligue d'Honneur qui veut l'accueillir dans ses rangs, au besoin en la rétribuant. Elle accepte donc.


Mais très vite, les super-héros déchantent car les méthodes de leur recrue les choquent, comme lorsqu'elle urine en public sur une de ses adversaires. La pro se passe des réprimandes de ses collègues et retourne à son métier. Mais le Saint, le chef de la Ligue, insiste pour qu'elle ait une seconde chance. ET là, contre attente, c'est bien en héroïne que va se révéler la pro, en sauvant plusieurs innocents d'un attentat...


Dans la préface de l'album, Garth Ennis raconte qu'il a proposé cette histoire aux "Big Two", sans se se faire d'illusions sur leur réponse. Evidemment, ni Marvel ni DC ne donnèrent suite. Mais le scénariste qui avait parlé de son idée à des amis dans le milieu relate les éclats de rire complices qu'il provoqua (notamment de la part de John Romita Jr. - imaginez un peu JR Jr dessinant ça, la suite de sa carrière en aurait été certainement bouleversée).


Nous sommes alors en 2002 et Ennis n'est pas encore l'auteur vedette qu'il est devenu, c'était bien avant The Boys. Idem pour la dessinatrice Amanda Conner, qui ne s'était pas illustrée encore sur Power Girl ou Harley Quinn. Le plus connu dans cette petite bande était Jimmy Palmiotti qui avait lancé quatre ans auparavant Marvel Knights avec Joe Quesada, revivifiant Marvel alors dans une sale passe.

Mais c'est en somme parce qu'ils n'avaient rien à perdre que Ennis, Conner et Palmiotti ont été assez fous pour commettre The Pro. Dans la bibliographie fournie du scénariste, on distingue deux faces : l'une sérieuse, avec une multitude de récits de guerre, et l'autre, beaucoup plus déconnante, dans laquelle il adore s'en prendre aux clichés des majors.

J'avoue ne pas être un fan de Ennis qui me fatigue souvent avec ses outrances, mais quand il écrit quelque chose qui me plait, c'est vraiment très bon. Et The Pro est une indéniable réussite, séduisant apr son audace, son côté mal élevé, qui rappelle en fait beaucoup l'esprit Hara-Kiri/Charlie Hebdo chez nous.

Le pitch est redoutablement simple et efficace : une prostituée reçoit des pouvoirs d'un alien qui pense que même elle peut s'en servir pour la bonne cause. Ennis, à partir de ça, épingle l'hypocrisie des super-héros attachés à des codes moraux stricts mais incapables de tolérer une recrue comme la Pro. Ennis, comme il le confirmera ensuite dans The Boys, ne porte pas les super-héros dans son coeur, il ricane de leurs costumes, des clichés manichéens qu'ils véhiculent, des vlaeurs qu'ils incarnent. Pour lui, tout ça n'est qu'une vaste farce camouflant du vigilantisme ou une croyance idiote dans un sauveur providentielle à l'inconographie religieuse.

Bien entendu, ce n'est pas aussi élémentaire que ça, mais Ennis a un avis tranché sur la question et il n'en démordra jamais. La Pro n'est pas fréquentable, et il est vrai qu'elle choque gratuitement en pissant sur une de ses adversaires ou en utilisant ses pouvoirs pour se faire de l'argent facile. Mais c'est aussi une mère célibataire contrainte de se prostituer pour subsister, qui doit supporter des clients abusifs, une logeuse acariâtre, et des co-équipiers sans indulgence.

Ennis avec la Ligue d'Honneur égratigne de manière irrésistible des personnages facilement reconnaissables comme Superman, Wonder Woman, Batman et Robin, Flash, Green Lantern, tous dépeints comme des abrutis finis. Mes favoris sont The Knight et The Squire (donc Batman et Robin) représentés de façon hilarante, tels que certains fanfictions les ont imaginés.

C'est que The Pro bénéficie du talent de celle qui n'était encore qu'une débutante à l'époque. Amanda Conner a relevé le défi de ce récit en s'investissant à fond dedans. Là encore, si un homme avait illustré cette histoire, sa réception aurait été sans doute très différente et sûrement aurait-on entendu des cris d'orfaie dénonçant le machisme de Ennis, la vulgarité de son intrigue.

Mais Conner n'a, comme le prouve le reste de sa carrière, jamais fait grand cas du qu'en-dira-t-on. Elle aime même beaucoup flirter avec la mauvais goût et se servir du rire comme d'une arme. On ne peut que regretter qu'elle dessine si peu désormais (en dehors de couvertures), comme si la motivation lui manquait pour s'atteler à une série régulière (un peu le même syndrome qui frappe Becky Cloonan).

Mais il y a une vingtaine d'années, Conner n'était personne ou presque et elle n'avait rien à perdre. Son énergie est dévastatrice et ses designs ravageurs. L'expressivité cartoonesque de ses personnages compensent la faiblesse de ses décors, et soutenue à l'encrage par son mari Jimmy Palmiotti, son trait est d'une tonicité imparable. La Pro est inoubliable grâce à elle, au moins autant que grâce à Ennis.

In fine, pourtant, Ennis embrasse les clichés qu'il a mis en pièces en donnant à son héroïne une sortie pleine de panache. Comme quoi, même les justiciers les plus ébouriffés ne sont pas si différents des icones du genre. (A l'occasion d'une réédition, The Pro a vu sa pagination augmentée par le récit de sa rencontre avec the Ho, une autre prostituée surhumaine et rivale, et à qui elle va trouver un nouveau job. Un bonus anecdotique sur le fond mais toujours aussi barré graphiquement.) Longtemps épuisé en vf, l'album a été réédité par Akileos l'an dernier.

vendredi 3 juillet 2020

BATMAN, VOLUME 10 : KNIGHTMARES, de Tom King et Travis Moore, Mitch Gerads, Mikel Janin, Jorge Fornes, Lee Weeks, Amanda Conner et Yanick Paquette


Le dixième tome du run de Tom King sur Batman contient sans doute le matériel le plus controversé. Il s'agit d'une collection de one-shots reliés par le thème du cauchemar (nightmare en anglais : le titre du recueil est un jeu de mots sur knight, le dark knight-Batman, et nightmares, cauchemars). Leur qualité est très inégale et constitue une sorte d'intermède assez long et poussif, qui souligne que le plan du scénariste patine conséquemment.  


Avec Travis Moore, Tom King se demande d'abord ce qui se serait passé sir Bruce Wayne n'était pas devenu Batman mais que Batman avait enquêté sur le meurtre de Thomas et Martha Wayne et résolu l'affaire alors que Bruce était devenu un orphelin psychopathe. La démonstration est assez troublante et joliment mise en images par Moore, un artiste bizarrement peu exploité par DC. Il y a une ambiance qui rappelle les Elseworlds d'antan et qui renvoie surtout à Batman : Year One dans quelques pages superbes.


Avec Mitch Gerads, Tom King collabore avec le dessinateur qui sait sans doute le mieux traduire en images ses obsessions. Ce segment où Batman est prisonnier du sinistre Pr. Pyg avant de découvrir qu'il a à faire avec quelqu'un d'autre sous le masque est époustouflant. Les pages de Gerads sont extraordinaires, dans un déluge de couleurs saturées qui créent un malaise efficace à partir d'un découpage simplissime (un seul type d'image, une case occupant toute la largeur de la bande). La chute est désarmante.


Le niveau est aussi élevé avec le chapitre suivant dont Mikel Janin assume le dessin. King convoque John Constantine en guest-star pour une introspection poignante sur la grande hantise de Batman (la mort de Catwoman). Janin produit des pages fabuleuses, hélas ! parfois noyées sous un texte envahissant (une tendance récurrente chez King, qui raffole de la voix-off pour souligner ce qui est déjà évident). Mais, baste ! c'est vraiment beau et tragique.


Bon, on descend d'un cran avec l'épisode suivant. Je ne veux pas paraître intolérant avec Jorge Fornes, d'ailleurs il sort quelques planches épatantes ici. Mais l'ensemble souffre d'un manque de consistance générale. King met en scène un dialogue entre la Question et Selina Kyle, purement théorique et fictif. Quand les deux personnages discutent, aucun décor et ce qui aurait pu être une idée graphique intéressante ne fait que souligner la mollesse du rythme et l'aspect pâlichon de Fornes. Dommage.


Dommage aussi que le segment suivant démarre aussi fort pour n'aboutir qu'à... pas grand-chose. On se réjouit d'abord en remarquant que Lee Weeks est au crayon et que King revient à lui au one-shot spécial Batman/Elmer Feud, mais cette fois avec une poursuite digne de Vile Coyote et Beep-Beep. Inexplicablement, le derniers tiers de l'épisode voit Weeks céder sa place à Fornes qui n'a décidément pas de chance car passer après son illustre collégue n'est pas de la tarte. Néanmoins l'identité de celui que chasse Batman a quelque chose de savoureux, malgré le côté cryptique du scénario.


Toutefois, cette déception n'est rien comparé à l'épisode 68 qui relève du grand WTF. Que vient faire là cet intermède comique où on suit en parallèle l'enterrement de vie de jeune fille (imaginaire) de Selina Kyle, conduite à la forteresse de solitude de Superman par Supergirl et Lois Lane, pendant que Bruce Wayne passe la soirée avec Clark Kent ? Pourtant, auparavant, King avait su merveilleusement animer les deux couples dans des chapitres dessinés par Clay Mann, mais ici, en voulant se frotter à la comédie, il rate complètement le coche. Pour achever le tout, Amanda Conner n'est pas fichue de s'acquitter des vingt pages, et John Timms et Dan Panosian ont été appelés à la rescousse. Mikel Janin signe la dernière page, la plus intéressante car elle révèle le dispositif derrière tous les cauchemars décrits : Batman est prisonnier d'une machine qui lui injecte des drogues hallucinogènes (concoctées par qui ? Et où ? Réponse dans le volume 11).


Enfin, l'album se referme par un bijou. Yanick Paquette avait souhaité collaborer avec King, en voulant se frotter au fameux "gaufrier" cher au scénariste. Sur ce plan, c'est loupé car le découpage a été visiblement laissé aux bons soins de l'artiste et le canadien s'est beaucoup amusé avec des effets d'ornements, de séparations ondulatoires, de pleines et doubles pages somptueuses. La danse qu'effectuent Bruce Wayne/Batman et Selina Kyle/Catwoman renvoie souvent au #50 avec les flash-backs sur les différentes rencontres entre le chevalier noir et la féline fatale, notamment par le jeu sur les costumes endossés par cette dernière au fil de sa longue carrière. Paquette éblouie souvent tandis que King rédige un dialogue quasi-rétrospectif sur ses (presque) soixante-dix premiers épisodes.

Aurait-on pu se passer de ces septs épisodes ? Oui. Mais ça aurait dommage car si certains sont dispensables, d'autres sont très inspirés et souvent, en même temps, superbement mis en images. Il est évident que, sur un plan strictement narratif, c'est la collection de chapitres la plus inégale écrite par King, le lecteur, même très fan, trouve le temps un peu long. Mais il sera récompensé avec l'arc suivant, le dernier avant le grand final de l'ère King.

lundi 9 juillet 2018

BATMAN #50, de Tom King et Mikel Janin


Avant de vous parler du n°1 de la nouvelle série Catwoman, il faut passer par le #50 de Batman, écrit par Tom King et dessiné par Mikel Janin plus une prestigieuse liste d'artistes invités. Bien que la presse et les sites spécialisés ont éhontément spoilé une partie de l'épisode à la suite d'un article du "New York Times", le dénouement permet quand même d'apprécier le contenu en confirmant bien que le scénariste n'en a pas fini avec le couple - après tout, King a annoncé avoir un plan courant sur cent numéros et il n'en est qu'à la moitié...


Batman et Catwoman arrêtent, un énième fois, le petit malfrat Kite-Man quand le Dark Knight propose à sa partenaire d'avancer la date de leurs noces au soir suivant, sur le toit d'un immeuble comme eux qu'ils arpentent régulièrement, et en toute intimité afin de préserver leur double identité.


Batman trouve le juge Wolfman dans un bar et lui demande ensuite d'officialiser le mariage. Catwoman libère de l'asile d'Arkham sa meilleure amie, Holly Robinson, pour qu'elle soit témoin.


De son côté, Bruce Wayne demande à son fidèle majordome Alfred Pennyworth d'être son témoin, plutôt que Dick Grayson ou Clark Kent, car ils sont amis depuis toujours. Selina Kyle s'habille pour la cérémonie tandis que Holly n'en revient toujours pas que Wayne soit Batman et qu'il s'apprête à s'engager.


En route pour le lieu de leur union, Selina s'interroge sur son droit à être heureuse après la vie qu'elle a eue, souvent dans l'illégalité et contre Batman. Bruce a le même questionnement et révèle à Alfred avoir rédigé une lettre pour Selina où il lui explique pourquoi il veut d'elle pour femme - sans savoir qu'elle a écrit une missive où elle expose les raisons pour lesquelles elle doit y renoncer.


En effet, si Batman a appris à aimer celle qui fut son adversaire, Catwoman en est arrivée à la conclusion qu'en étant son épouse, elle risquerait de le détourner de la mission qu'il s'est fixée - protéger Gotham - et qu'il pourrait le lui reprocher un jour.
  

Aussi choisit-elle de se sacrifier par amour pour préserver leur couple et permettre à son compagnon de ne pas avoir à préférer sa moitié ou sa cité. Ce que, cependant, chacun ignore, c'est que le doute qui a rongé Selina Kyle, inspiré par de subtiles allusions de Holly Robinson, est un piège tendue par Bane et les ennemis du Dark Knight qui comptent bien que le héros sera brisé par cet échec amoureux...

Je n'ai plus consacré d'entrée au Batman écrit par Tom King depuis le #24 (sans compter l'Annual #2) car j'ai repris la lecture de la série en français, dans la revue éditée par Urban Comics, "Batman Rebirth", qui n'en est qu'au 25ème épisode. Je me rattraperai quand je disposerai de l'arc entier traduit de War of Jokes and Riddles.

Mais, en soi, ce n'est pas gênant puisqu'on savait déjà que Batman avait demandé Catwoman en mariage, et on se doutait de la réponse (même si elle arrive plus tard) de la belle voleuse. Depuis deux ans, donc, King a préparé le terrain pour ces noces en réfléchissant aux conséquences sur l'entourage du héros, les préparatifs de la cérémonie. Pour aboutir à ce 50ème chapitre, soit à la moitié du plan qu'il a prévu sur le titre (mais, vu les chiffres de vente qu'il atteint deux fois par mois, DC cherchera certainement le moment venu à le convaincre de rester).

En vérité, très vite, le lecteur devine que, bien entendu, rien ne va se passer comme prévu, moins à cause de l'intervention d'un vilain (le Joker a été neutralisé auparavant) que du fait des futurs mariés eux-mêmes pour qui cette étape constitue un moment décisif. Il règne dès les premières pages une sorte de fausse euphorie mais de vraie malaise, en tout cas un doute évident pour l'un des tourtereaux.

Comment transcrire cela subtilement, sans éventer la raison trop vite, et surtout sans dévoiler ce qui se cache plus profondément derrière tout ça ? King a recours au procédé qui faisait déjà la réussite de l'arc I am Suicide : une narration épistolaire. Le dispositif est particulièrement habile car il permet à la fois d'avancer crescendo mais aussi de placer les pages réalisées par les dessinateurs invités pour l'épisode.

Chacune de ces guest-stars se fend d'une pleine page et il y a vraiment du beau monde : Becky Cloonan, José-Luis Garcia-Lopez, Jason Fabok, Frank Miller, Lee Bermejo, Neal Adams, Tony Daniel, Amanda Conner, Rafael Albuquerque, Andy Kubert, Tim Sale, Paul Pope, Ty Templeton, David Finch et Jim Lee. On peut en apprécier certains plus que d'autres, mais l'affiche a de la gueule. On regrettera juste l'absence de David Mazzucchelli - mais DC a-t-il seulement cherché à lui proposer de dessiner quelque chose pour l'occasion ?

Pour ma part, je distinguerai la participation de :  

 Mitch Gerads
 Clay Mann
 Joelle Jones
 Greg Capullo
Et LE chef d'oeuvre du lot : Lee Weeks.

Mikel Janin se charge du reste avec son habituel talent : dire qu'au début, quand il a été annoncé sur la série, je doutais qu'il convienne à Batman ! Aujourd'hui, il s'est imposé non seulement comme le partenaire parfait pour King, mais au-delà comme un des artistes marquants du personnage et de ses aventures. Sa mise en scène est toujours élégante, ses effets bien dosés, sa narration lisible et efficace, c'est complet, solide, beau.

Selina Kyle refuse donc d'épouser Bruce Wayne et ses raisons sont à la fois logiques, imparables, sans être définitives, car on devine aussi que, non, cette histoire n'est pas terminée. Parce que Batman n'en restera pas là. Parce qu'elle l'aime quand même. Mais surtout parce que l'épisode se conclue sur un twist magistral qui relance complètement la machine, la fait rebondir spectaculairement et inaugure un deuxième acte dans le run de King qui impose que Batman finira par découvrir ce que ses ennemis ligués ont manigancé. Alors, on pourra s'attendre à une vengeance terrible, à laquelle Catwoman participera inévitablement, et qui serait le terrain idéal pour réunir les deux amants... Avant un autre mariage ? N'allons pas trop vite (mais pourquoi pas ? Après tout même Superman a une famille désormais).

Pour tout cela - une partie graphique fastueuse, un récit imprévisible (malgré les spoilers), les promesses pour le futur, l'émotion de l'histoire elle-même, le tournant que constitue ce chapitre - , Batman #50 est bel et bien l'événement qu'il devait être, autrement plus renversant que celui de X-Men : Gold #30. 

samedi 29 mars 2014

Critique 428 : BEFORE WATCHMEN - MINUTEMEN / SILK SPECTRE, de Darwyn Cooke et Amanda Conner


Plutôt que de revenir sur la polémique provoquée par ce projet (Alan Moore désapprouvant toute suite à la série qu'il a écrite et co-créée en 1986, avec le dessinateur Dave Gibbons ; le marché de dupes entre l'éditeur et l'auteur sur la cession des droits des personnages ; la pertinence même de ces anté-épisodes avec sept mini-séries, un double-shot et une one-shot...), et vous expliquer mes sentiments ambivalents dès le départ pour cette entreprise (d'un côté, le respect vis-à-vis de Moore, auteur que j'adore ; de l'autre, la curiosité vis-à-vis du prestige des équipes artistiques impliquées dans ce "prequel"), je tente une approche originale pour critiquer BEFORE WATCHMEN : MINUTEMEN / SILK SPECTRE, les deux productions qui m'attiraient le plus et que DC Comics a réuni dans un bel album HC.
Le principe : une planche pour résumer chaque mini-série.
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Le recueil comporte les six épisodes de MINUTEMEN, écrits et dessinés par Darwyn Cooke (THE NEW FRONTIER, la série des Richard Stark's PARKER), et les quatre épisodes de SILK SPECTRE, co-écrits par Cooke et Amanda Conner, qui signe aussi les dessins. Plus quelques beaux bonus (galerie de variant covers, characters designs de Cooke, postface et rough d'une planche de Conner).
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Pour MINUTEMEN, prenons cette splash-page, au tout début du #1 : c'est une image qui fait office de transition dans le récit narré par Hollis Mason, le premier Nite Owl. Il tient une image représentant les Minutemen, le premier groupe de justiciers masqués des Etats-Unis (dans la réalité de WATCHMEN), datant du début des années 40. C'est souvenir lointain car nous sommes plus de vingt ans après (une dédicace à la Alexandre Dumas ?), et en même temps c'est un résumé de ce qu'étaient les Minutemen, un groupe pathétique, artificiel, monté pour profiter de la mode pour les "Mystery Men", par Larry Schexnayder, le mari et impresario de Sally Jupiter/Silk Spectre (la blonde plantureuse à droite de l'image).
Dans cette équipe, peu de "vrais" héros, au sens noble du terme, en vérité : à part Hollis Mason, modeste flic dans le civil, et la Silhouette (la brune à gauche de l'image), réfugiée d'Europe de l'Est, traumatisée par les mauvais traitements infligés aux enfants et lesbienne condamnée à vivre son amour en secret, les autres sont des vigilants d'opérette (comme Captain Metropolis, Dollar Bill, Silk Spectre), des névrosés (Mothman), ou des psychopathes travestis (Comedian, Hooded Justice).
Tout cela, ce qu'il y a derrière le masque, la série le dévoile, sans complaisance, sans trahir ce que suggérait Alan Moore (via des extraits des Mémoires précitées). C'est ce que promet d'ailleurs le titre de l'épisode ("La minute de vérité").  En choisissant de raconter son récit au moyen de longs flash-backs, Darwyn Cooke ne s'inscrit pas seulement dans la continuité d'une narration élaborée, à la manière de Moore, il lui confère un aspect légendaire et lucide à la fois. C'était une sorte de "bon vieux temps", mais en même temps une époque, des personnages, des comportements, des secrets, peu glorieux, cruels, poignants, tragiques, pathétiques, et balayés par l'Histoire (celle-ci avec un grand "H"), le temps qui passe.
La mise en couleur par Phil Noto de l'image/planche, privilégiant les tons mats et sépia, souligne  le côté crépusculaire et nostalgique du récit d'Hollis Mason, figeant un bonheur de façade, fabriqué, qui volera en éclats, aussi artificiel, voire incongru, que les costumes kitsch des personnages, qui se déguisaient et se masquaient parfois aussi pour l'adrénaline, préserver leur anonymat, cacher leurs démons, ou jouer un personnage spectaculaire, publicitaire, attrayant.
Une image montre, elle suggère. Un récit peut aussi souligner, révéler : sur ces points, Darwyn Cooke manque parfois de finesse, dépassant ce qu'Alan Moore ne faisait que suggérer ou nous laissait imaginer. Ainsi, le lesbianisme de la Silhouette, son traumatisme de jeunesse, comme l'homosexualité de Captain Metropolis sont désormais explicites. Aussi, l'auteur n'a pas résisté à la tentation de "résoudre l'affaire" Hooded Justice, et la solution qu'il donne n'est qu'à moitié convaincante : il lie ses actions au passé de la Silhouette - ça, c'est bien - puis maquille ensuite un dénouement avec des manoeuvres du Comedian - ça, c'est moins bon.
Moore, qui avait songé en 1986 écrire l'histoire des Minutemen, aurait sans doute emprunté des voies semblables à celles de Cooke, mais aurait aussi certainement été ailleurs parfois, en étant assurément plus équivoque, plus subtil, plus trouble - Cooke n'est pas aussi habile, son style narratif et graphique est plus brut, plus direct (même s'il réussit souvent, en une image, à diffuser une émotion très forte).

La mini-série est donc bien résumée par cette image : c'est un récit évocateur, nostalgique, mais douloureux, qui éclaire vraiment sur qui furent les Minutemen, même si certaines idées sont un peu moins heureuses. C'est aussi le tribut d'un grand auteur (Cooke) à un autre (Moore), une rencontre que seule un tel projet, avec les réserves qu'il peut provoquer, pouvait produire.
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Pour SILK SPECTRE, le procédé est encore plus lisible : c'est encore une planche issue du premier épisode de la mni-série (qui en compte 4, après les 6 de MINUTEMEN).
Formellement, d'abord, la page est découpée "à la manière de" WATCHMEN, avec un gaufrier (9 cases d'égale valeur). Ce genre de découpage est d'une fausse simplicité : les cases doivent se suivre, l'action s'enchaîner avec fluidité, et produisent un effet de mouvement séquentiel évoquant le cinéma (un effet de mise en scène qu'a théorisé Will Eisner, mais qui existe depuis plus longtemps, comme en témoignent les "illustrés" de Rodolphe Töpfer ou Winsor McCay). Ce que contient chaque case doit être minutieux, pas le droit aux faux raccords, de la précision dans les détails (décors, vêtements, lumières). Parfois même, cette continuité séquentielle est soulignée par deux cases successives avec le même angle, le même point de vue (ici, les cases 2-3 des première et dernière bandes).
Le gaufrier et la suite d'images en plan fixe évoquent aussi la mécanique des comics strips et du gag : cette page est d'ailleurs une séquence humoristique où l'on voit Laurie, la fille de Sally Jupiter/Silk Spectre I, essayer le costume de justicière dessinée par sa mère, en observant dépitée sa petite poitrine, puis en descendant de sa chambre au salon pour regarder la télé dans le canapé. Cette touche légère précède une autre séquence plus mouvementée, dont le sens révèle une supercherie, mais préfigure aussi toute la thématique de la mini-série : comment un rôle qu'on refuse d'endosser, une autorité qu'on ne veut plus subir, vous rattrape.
En même temps, ce décalage entre l'humour quasiment parodique, accentué par le dessin volontiers burlesque d'Amanda Conner, et le propos, sur la vocation, l'héritage, le passage de l'adolescence à l'âge adulte, la perte des illusions, est à l'origine du sentiment mitigé que produit cette mini-série.
Darwyn Cooke et Amanda Conner sont chacun de grands artistes, mais la somme de leurs talents n'aboutit pas à un résultat si convaincant, on dirait deux solistes virtuoses qui ont chacun leur vision de l'histoire. Cooke est très à son aise, évidemment, dans la reconstitution de l'époque (l'émergence du mouvement hippie à la fin des années 60), tandis que Conner excelle dans la représentation des émotions, avec des apartés carrément parodiques (lorsque Laurie rêvasse romantiquement sur ses amours ou ses actions héroïques).
Mais du coup, on ne sait jamais sur quel pied danser : d'abord, ce récit initiatique est plutôt sommaire et se complaît dans des clichés vus et revus, culminant avec l'inévitable séquence du trip hallucinatoire sous acide, qui est là pour déclencher le rire et la révolte de l'héroïne ; ensuite, il n'est pas évident que Cooke et Conner aient le même objectif (le premier semble avoir, comme pour MINUTEMEN, voulu expliquer ce qui a décidé Laurie à être Silk Spectre II ; la deuxième semble avoir voulu raconter la fugue dérisoire et passablement ridicule d'une gamine capricieuse avec sur sa route des méchants pathétiques).
Cela aboutit à un résultat, qui, sans être indigne ni ennuyeux, paraît bien anecdotique et en deçà des talents conjugués de Cooke et Conner. Cooke a, indéniablement, moins de choses à raconter sur la jeune femme qu'avec les Minutemen. Conner préfère le sarcasme. On n'apprend pas grand'chose d'intéressant, en tout cas rien de décisif, de crucial par rapport au personnage tel que l'écrivit Alan Moore dans WATCHMEN. Pire : la facilité l'emporte sur l'ironie quand d'authentiques célébrités de l'époque servent de modèles à des figurants (plusieurs musiciens croqués lors de la réunion de Gurustein - pseudo déjà peu inspiré pour le complice du vrai méchant) ou des seconds rôles (Frank Sinatra prêtant ses traits au bad guy) - autant d'éléments qui parasitent la lecture sans y ajouter quoi que ce soit, même quelque chose de drôle.
SILK SPECTRE résume en fin de compte le danger du projet BEFORE WATCHMEN, où, si les auteurs n'ont rien de véritablement important à ajouter, le concept est vain.
*
Si le rapport qualité/quantité/prix est excellent, un simple tpb MINUTEMEN aurait cependant suffi. Mais les fanas de Darwyn Cooke (surtout) et les amateurs d'Amanda Conner ne feront pas la fine bouche.  
Quant à la polémique autour de cette entreprise, elle s'est naturellement atténuée. En vérité, BEFORE WATCHMEN n'abîme pas WATCHMEN, chef d'oeuvre imparable. Comme l'estime Dave Gibbons, on peut toujours se contenter de considérer ces "prequels" comme des variations, des histoires parallèles, des "What if...?", existant non pas en complément mais à côté de la série originale.
Et pour Alan Moore, il restera à attendre ses prochaines créations. 

lundi 12 mars 2012

Critique 316 : STARMAN, VOLUME 2 - NIGHT AND DAY, de James Robinson et Tony Harris

Starman 2 : Night and Day rassemble les épisodes 7 à 10 et 12 à 16 de la série écrite par James Robinson et dessinée par Tony Harris, publiée en 1995-1996 par DC Comics. Lépisode 14 est également illustré par Tommy Lee Edwards, Stuart Immonen, Chris Sprouse, Andrew Robinson, Gary Erskine et Amanda Conner.
*
- A (K)Night at the Circus 1-2 (#7-8). Jack Knight va démarcher des fermiers vivant à l'extérieur d'Opal City pour leur acheter des antiquités. Il s'arrête dans un cirque où il découvre que le directeur est un démon asservissant sa troupe, parmi laquelle se trouve Mikaal Tomas, un autre Starman. Jack va s'employer à délivrer ces freaks...

- Shards (#9). Jack Knight assume de plus en plus son rôle de protecteur d'Opal City, soutenu par son père Ted qui héberge désormais Mikaal Tomas avec lequel il essaie (sans grand succès) de communiquer. The Shade, lui, est sur la piste du mystérieux détenteur d'une affiche magique absorbant des habitants de "sa" ville...

- The Day before the Day to come (#10). The Shade rend visite à Jack Knight à qui il a confié le premier tome de son Journal et qu'il informe de l'affaire de l'affiche magique. Mais pendant ce temps, un drame se prépare, qui va impliquer tous les acteurs importants d'Opal City : Nash, la fille de the Mist, s'évade de prison et acquiert les pouvoirs de son père, déterminée à venger son frère en attaquant Jack et ses proches...

- Sins of the Child : Jack's Day (1-2) - Ted's Day - The Opal's Day : the O'Dare's Day - Mikaal's Day (#12-16). Nash lance plusieurs attaques sur Opal City en s'en prenant à Jack, qu'elle kidnappe ; à Ted Knight, contre qui elle lance le Dr Phosphorus ; aux O'Dare, la famille de flics irlandais aux prises avec plusieurs agressions en ville ; et à Mikaal, qui se fait torturer par des hommes de main.
*
Ce second recueil contient un copieux sommaire avec neuf épisodes, qui composent deux actes distincts.

Dans une première partie, Jack vit donc une aventure dans un cirque : James Robinson fait explicitement référence au film Freaks de Tod Browning et saisit parfaitement l'atmosphère étrange et oppressante de ce décor et de sa troupe de monstres assujettis par un démon. Bien que le scénariste use (et même abuse) de la voix off et du "name dropping" (autre tic qui plombe un peu la narration, et qui peut inciter à zapper les commentaires du héros pour mieux suivre l'action), le récit demeure efficace et revient sur un élément aperçu dans le précédent tome : l'existence d'un autre Starman, d'origine extraterrestre, Mikaal.
Cette idée suggère qu'il existe toute une lignée de Starmen en dehors de Ted et Jack Knight. C'est une figure récurrente chez Robinson qui avait également bâti le relaunch de la JSA sur cette base que tous les héros (et leurs ennemis) incarnent une descendance de bons et de méchants s'affrontant en permanence par-delà l'espace et le temps, vengeant leurs ancêtres éternellement. De là à affirmer qu'il existe une fatalité du Bien et du Mal, il n'y a qu'un pas et aujourd'hui, Geoff Johns, le chef d'orchestre du DCverse, l'utilise abondamment. C'est à la fois un hommage à la continuité de DC et le symbole d'une maison d'édition qui, même quand elle veut se réinventer, aime se reposer sur ses fondements (le récent reboot en atteste puisque si la situation change, les personnages et ce qu'ils représentent restent essentiellement les mêmes).
Après ce dyptique, Robinson enchaîne avec deux épisodes moins inspirés, consistant principalement à souligner le fait que Jack assume de plus en plus son rôle de protecteur d'Opal City, le plaisir qu'il prend à son rôle, son rapprochement avec son père. Le 10ème épisode prépare plus activement à la suite, qui, elle, est d'un tout autre calibre.

En effet, dans une seconde partie, avec les cinq chapitres suivants, on a affaire à un ensemble d'une authentique virtuosité narrative : Nash, la fille de the Mist, déclare la guerre à Opal City pour venger son frère tué par Jack. Pour traiter le plus largement ce conflit d'envergure, Robinson décide de montrer l'action selon cinq points de vue différents, et même, dans le 14ème épisode, selon 7 points de vue (les O'Dare, la famille irlandaise de policiers proche des Knight, et deux autres personnages). Le scénariste réussit à jongler avec les situations, les protagonistes, les lieux, da manière éblouissante. Le rythme est trépidant, les ambiances diverses et puissantes, on est comme aspiré dans un tourbillon sans jamais être égaré par ces allers-retours spatio-temporels.
Il y a quelque chose de grisant à lire une bande dessinée quand elle propose un tel challenge et que son auteur réussit son coup. Qui plus est, le dénouement de ce combat avec le face-à-face de Jack et Nash aboutit à un dialogue, certes un peu verbeux, mais qui noue de façon très originale et perverse les belligérants, définissant la relation d'un héros et de sa némésis avec une richesse et une subtilité rares. Un grand moment.
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Graphiquement, la série reste également d'un excellent niveau : Tony Harris s'affranchit progressivement de ses influences tout en conservant un trait anguleux et expressionniste, au découpage inventif, aux ambiances bien senties. Les quelques maladresses de ses compositions sont compensées par la vitalité communicative entre texte et image, comme en témoigne cette scène d'action :  
une géométrisation des cadrages mais où la "continuité cinématographique", le flux de lecture ne sont pas sacrifiés pour des effets graphiques faciles.
En prime, quelques invités prestigieux (même si, en vérité, à l'époque, ils n'étaient pas les vedettes qu'ils sont devenus depuis) ont été convoqués pour le 14ème épisode : le temps de quelques planches, chacunes consacrées à un personnage spécial, Tommy Lee Edwards (méconnaissable par rapport à ce qu'il fait aujourd'hui), Stuart Immonen (dans son registre pré-Nextwave, influencé par Adam Hughes), Chris Sprouse, Andrew Robinson, Gary Erskine et Amanda Conner (elle aussi, pas encore arrivée à maturité esthétiquement parlant) suppléent Harris, qui n'est cependant pas absent de ce segment.
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Même si tout n'a pas bien vieilli (notamment la colorisation), ce nouveau tome de Starman confirme la singularité et l'efficacité de cette série, prouvant à quel point elle a effectivement compté dans la rénovation narrative des super-héros à l'époque. 

lundi 25 juillet 2011

Critique 247 : POWER GIRL - A NEW BEGINNING, de Justin Gray, Jimmy Palmiotti et Amanda Conner

Power Girl : A New Beginning rassemble les 6 premiers épisodes de la série écrite par Justin Gray et Jimmy Palmiotti et illustrée par Amanda Conner, publiée en 2009 par DC Comics.
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Ce recueil comporte deux story arcs de trois épisodes chacun :

- #1-2-3 : A New Beginning -Unleashing The Beast - Gorilla Warfare. Dans cette première histoire, Karen Starr alias Power Girl s'installe à New York pour y diriger son entreprise StarrWare et recrute ses collaborateurs, des scientifiques. Tout semble bien parti pour la chef de la JSA... Jusqu'à ce que le gorille blanc intelligent, Ultra-Humanite, arrache littéralement Manhattan de terre et piège la super-héroïne dans le corps de laquelle il veut transplanter son cerveau. Avec l'aide de son amie Terra, Power Girl va s'employer à contrecarrer le plan du vilain tandis que la JSA s'emploie en ville à ramener le calme.

- #4-5-6 : Girls' Night Out - Space Girls Gone Wild, pt 1 + 2. Après avoir affronté Ultra-Humanite, PeeGee espère bien profiter du retour au calme et se met en quête d'un appartement. Mais une nouvelle fois elle part au feu : trois princesses extra-terrestres atterrissent en plein Prospect Park, bientôt suivies par leur châperon qui doit les ramener chez leur père, l'Empereur de la planète Vega-7. Pour ne rien arranger, un paparazzi a surpris Karen Starr alors qu'elle s'habillait pour combattre les visiteuses de l'espace...
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En 2009, après que Geoff Johns et Amanda Conner l'aient mis une première fois à l'honneur dans les pages de la série JSA Classified (parmi les prologues à la saga Infinite Crisis), Power Girl a droit à sa propre série, cette fois co-écrite par Justin Gray et Jimmy Palmiotti (déjà associés sur des titres comme Jonah Hex ou Uncle Sam and the Freedom Fighters).
Le résultat est un véritable ovni dans la production des comics DC (et super-héroïques en général) : pendant un an et douze épisodes (dont les six premiers sont réunis dans A New Beginning), les deux auteurs et la fidèle Amanda Conner (qui est aussi Mme Palmiotti à la ville) vont réaliser une série déconnante, à contre-courant de la tendance réaliste majoritaire.
Le personnage de Power Girl prête, il est vrai, à la plaisanterie : elle représente l'archétype de la blonde à forte poitrine et synthétise les clichés des super-héroïnes de DC (unique survivante d'une race extraterrestre, cousine d'une version alternative de Superman, à mi-chemin entre la bimbo intrépide et la femme de tête arrogante). Pourtant, dans la série JSA (et son relaunch, Justice Society of America), Geoff Johns en donne une interprétation plus sérieuse, jusqu'à en faire la chairwoman de l'équipe.
Les intrigues concoctées par Gray et Palmiotti sont délirantes à souhait, à la (dé)mesure des vilains que rencontre l'héroïne et de leurs mobiles (un gorille intelligent qui veut s'emparer de l'enveloppe charnelle de PeeGee, des jet-setteuses aliens qui veulent semer leur garde du corps). L'humour déployé par les auteurs peut s'apprécier à divers degrés, comme une parodie (le cliché de la blonde à gros seins contre des menaces débiles), une sitcom (la tentative d'une super-héroïne d'avoir une vie normale et ses relations avec sa sidekick), ou une comédie transgressive (sur la concupiscence que suscite une héroïne dont les affrontements avec ses adversaires tournent également autour du sexe - l'attirance du gorille Ultra-Humanite, le lien supposèment homosexuelle qui l'unit à Terra, le regard que portent sur elle tous les hommes).
Au rire déclenché par le grotesque des situations, il faut aussi ajouter des gags plus subtils comme ceux avec le chat de Karen, des saynètes irrésistibles auxquelles il faut être attentif car elles se déroulent souvent en arrière-plan.
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L'atout-maître de la série reste cependant Amanda Conner, artiste rare (plus productive pour signer des couvertures que des planches), qui confère au projet une touche unique. Remarquée par le comic-book The Pro, une satire très salace des super-héros (écrite par Garth Ennis), Conner est une personnalité à part, spécialisée dans le "good girl art", un mix de pin-ups outrageusement sexys et d'humour trash, qui peut être interprêté comme une forme de féminisme décontracté.
Elle excelle dans la représentation des mimiques et ses personnages ont, comme Stuart Immonen ou Kevin Maguire, une plasticité faciale irrésistible : ses planches ne sont jamais meilleures que lorsqu'elles sont découpées simplement, avec des valeurs de plan qui sont aussi efficaces au premier qu'au second niveau (l'artiste élabore minutieusement ses pages avec de nombreux petits croquis jusqu'à la version finale).
Ses scènes d'action sont peut-être moins dynamiques mais la lecture est très efficace, embellie par la colorisation de Paul Mounts qui profite de l'encrage volontairement léger de Conner.
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Tout ça donne fortement envie de se plonger dans le second volume du trio, prometteusement intitulée Aliens and Apes. Mais A New Beginning s'apprécie déjà comme un album dont le contenu atypique (agrémenté de variant covers - dont deux superbes par Adam Hughes) constitue une expérience rafraîchissante.