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jeudi 10 novembre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #6, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ce sixième épisode de Captain America : Sentinel of Liberty marque la fin du premier arc de la série écrite par Collin Kelly et Jackson Lanzing et dessinée par Carmen Carnero. C'est aussi le dernier numéro que je critiquerai puisque j'ai décidé de ne pas aller plus loin. Ce n'est pas déplaisant à lire, mais tout simplement je n'accroche pas.


Alors, plutôt que de vous résumer l'épisode, comme je le fais souvent à la fin d'un arc narratif ou d'une mini-série, je vais m'en tenir à l'essentiel. D'ailleurs, à proprement parler, il n'y a pas grand-chose à résumer : on assiste à un long affrontement entre Captain America et Bucky, déclenché par la décision de ce dernier de sièger à la table du Cercle Externe, cette organisation qui semble avoir eu une énorme influence politique sur le monde depuis des décennies en en manipulant les symboles héroïques.


Bucky a lui-même été manipulé depuis sa formation militaire jusqu'à sa carrière comme Soldat de l'Hiver. Et il vient d'abattre froidement le membre du Cercle qui se faisait appeler la Révolution pour prendre sa place. Son plan : miner l'organisation de l'intérieur. Ce que refuse Captain America, craignant que son ami n'y laisse son âme...


Un peu contre toute attente, Collin Kelly et Jackson Lanzing donnent l'avantage à Bucky dans ce duel et il accomplit ce qu'il avait en tête, tandis que Cap est sur la touche. Est-ce si surprenant ? Pas vraiment et on peut accorder aux deux scénaristes d'être logiques.


En effet, déjà dans la dernière mini-série qui lui a été consacré (par Kyle Higgins et Rod Reis), Bucky finissait par tuer, accidentellement un homme. Bizarrement, personne n'avait considéré cela par la suite, sans doute parce que cette histoire a connu peu de succès et qu'aucun editor chez Marvel n'a cru bon d'y revenir.

Mais disons que le ver était dans le fruit. Et Kelly et Lanzing ont aussi exploité un tie-in de l'event Devil's Reign qu'ils avaient d'ailleurs écrit et où Bucky dérobait au Caïd un dossier compromettant à son sujet. Un de plus. Et c'est une partie du problème, une des raisons qui me fait arrêter la lecture de Captain America : Sentinel of Liberty.

Soyons clairs : j'ai plutôt bien aimé cette relance, attendue, de la série consacrée à Steve Rogers (alors que celle consacrée à l'autre Captain America, Sam Wilson, m'est tombé des mains). Kelly et Lanzing ont fondé leur intrigue sur un mystère entourant le bouclier de Cap et ils l'ont fait avec la manière. Mais au final, ça n'est pas allé là où j'espérai, comme j'aurai aimé.

En effet, le Cercle Externe, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, n'est qu'un énième avatar de sociétés secrètes comme le Marvel Universe en regorge (Hydra, Empire Secret...) et ses desseins ne sont guère plus originaux (contrôler le monde en détournant ses symboles, en coulisses depuis des décennies, ce qui fait penser aux Illuminati).

Ensuite, de façon plutôt étonnante, le vrai héros de ce premier arc aura finalement plus été Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver que Captain America. A la fin de ce sixième épisode, cest lui dont le destin chavire le plus. Mais pas forcément le plus adroitement.

Depuis que Ed Brubaker a ramené Bucky parmi les vivants, le personnage est resté intimement lié à sa vision : un être torturé, usé par des années à avoir été manipulé, en quête de rédemption, mais à qui on retire toute solution de rachat. Il a perdu l'amour de la Veuve Noire, le droit d''incarner Captain America, de redevenir simplement un héros, un gentiln un bon. Et Kelly et Lanzing ont enfoncé un clou de plus dans le cercueil de Bucky au profit de son double sombre qu'est le Soldat de l'Hiver.

Bref, vraiment rien de nouveau sous le soleil, entre organisations secrètes et damnation éternelle de Bucky (quand bien même ce dernier souhaite intégrer le Cercle Externe pour le torpiller de l'intérieur). J'ai eu cette impression permanente que rien ne sortirait de neuf de cette relance à mesure que les épisodes se succédaient. C'était agréable à lire, mais il manquait quelque chose, un regard original, une perspective inédite. A croire qu'il est devenu très difficile d'écrire Captain America, comme Superman chez DC, sans répéter les mêmes clichés : le héros idéaliste dans un monde devenu trop complexe, la tentation d'en faire quelque chose de sérieux, de tragique.

Peut-être aussi ne suis-je pas prêt à m'investir dans une intrigue au long cours avec ce personnage que j'ai vraiment apprécié pour la dernière fois lors des épisodes de Mark Waid et Chris Samnee, avec leur format done-in-one mais sous-tendu par un fil rouge vite résolu. A peine un run mais tellement frustrant quand on considère à quel point il rafraîchissait le personnage, qui revenait de loin (après l'event Secret Empire et le "Captain Hydra" de Nick Spencer). Je ne veux jamais avoir à me forcer de lire une série, donc j'arrête avant d'avoir à en dire du mal.

Carmen Carnero, elle, je la regretterai car elle m'a vraiment bluffé pendant six épisodes. Souvent ces inventions visuelles m'ont gardé à flot et elle en produit avec une belle régularité. Pour le coup, elle mérite vraiment tous les éloges et son statut de "stormbreaker" Marvel, car c'est vraiment une artiste avec laquelle il faudra compter et pour peu qu'elle ne se lasse pas trop vite de Captain America, elle a tout pour devenir une dessinatrice appréciée du grand public (sans compter que c'est la première à illustrer la série).

Avec le coloriste Nolan Woodard, elle a formé une équipe très solide, très complémentaire, chacun mettant en valeur le travail de l'autre. Carnero m'avait laissé sur ma faim quand elle s'occupait de Captain Marvel, mais ici elle donne sa pleine mesure avec des découpages très dynamiques, un trait de toute beauté, un encrage solide. Marvel tient là une artiste de première classe.

Voilà, Captain America : Sentinel of Liberty, c'est fini pour moi. Je ne vais pas attendre que d'autres me proposent quelque chose qui me conviennent mieux parce que Kelly et Lanzing me paraissent être là pour un moment et c'est très bien pour ceux qui apprécient. Marvel, eux et Tochi Onyebuchi ont de grands plans pour 2023 puisqu'un crossover, Cold War, va lier les deux titres Captain America. L'année prochaine va d'ailleurs être très fournie en grosses histoires (pratiquemment sans discontinuer, sur toutes les franchises) et je vais sans doute en zapper un paquet.

vendredi 7 octobre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #5, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Pénultième épisode avant la conclusion du premier arc, Captain America : Sentinel of Liberty #5 relève un peu la tête après la déception du mois dernier. Toutefois, Collin Kelly et Jackson Lanzing se sont lancés dans une histoire plombée par des clichés trop nombreux. C'est dommage, c'était bien parti, et surtout Carmen Carnero est une fois de plus exceptionnelle.


Grâce à l'agent qu'il a réussi à retourner, l'Expurgé, Captain America apprend la localisation du reapire du Cercle Externe, le Capitole de l'Ombre, et s'y fait parachuter avec Bucky.


Tandis que l'Expurgé s'occupe de détruire la salle des machines, les membres du Cercle apparaissent en hologrammes pour expliquer comment ils se sont organisés pour changer le monde.


Encerclés par des soldats, Cap et Bucky réussissent à les convaincre de se rebeller car les bombes dans leurs armures sont à présent désactivées par l'Expurgé.


Cap ety Bucky rejoignent le seul membre du Cercle à n'avoir pas fui. Mais Bucky veut l'éliminer pour se venger d'avoir été manipulé toute sa vie. Cap s'interpose...

Cette reprise de Captain America, avec Steve Rogers dans le rôle, me laissera de gros regrets. J'espérai beaucoup (trop) du dup de scénaristes, Collin Kelly et Jackson Lanzing, pour me donner à nouveau envie de lire les aventures du héros étoilé, mais ça n'a pas fonctionné.

Le premier arc s'achevera le mois prochain, au terme de six épisodes, un format classique, mais aussi impitoyable pour mesurer les qualités d'un titre. Sur la construction de l'intrigue elle-même, il n'y a pas grand-chose à redire : c'est efficace, plaisant à lire, Captain America est bien écrit, bien senti par les auteurs.

Non, là où ça coince pour moi, c'est sur le contenu de l'histoire elle-même. J'aurai dû m'en apeercevoir plus rapidement, mais toutefois est-il que cette intrigue reposant sur une énième organisation secrète qui veut changer le monde et manoeuvre  en coulisses depuis des lustres est archi-cliché et rebattue : ça m'est progressivement littéralement tombé des mains.

C'est un reproche qu'on pourra adresser à bien de séries actuelles où entre des auteurs qui prétendent réinventer des personnages et se vautrent dans des récits vulgaires, et d'autres qui veulent conserver un aspect classique mais ne font que répéter des trucs éculés, ce qui manque cruellement, c'est une volonté affirmée d'imaginer les personnages, leur univers avec un regard subtilement décalé, qui surprend le lecteur sans que celui-ci estime que les fondamentaux sont trahis.

Il faut savoir s'effacer derrière ses personnages. Et encore, par-dessus le marché, leur donner à vivre des aventures qu'on n'a pas déjà l'impression d'avoir déjà lues. Kelly et Lanzing pèchent de ce côté-là : ils sont assez humbles, mais leur inspiration est décevante dès lors que tout ce qu'ils trouvent à dire pour relancer Captain America est de lui opposer une nouvelle organisation secrète, pas plus originale que l'Hydra (par exemple) en orchestrant une nouvelle déchéance de Bucky (qui, bien entendu, joue encore une fois le rôle du pantin, cette fois carrément manipulé depuis l'enfance).

C'est regrettable car Kelly et Lanzing avait à leur disposition une dessinatrice qui, elle, était vraiment inspirée par Captain America et qui prouve au bout de cinq épisodes qu'elle en a encore sous le pied. Carmen Carnero produit des planches magnifiques, les meilleures de sa jeune carrière, et l'épisode est ponctuée par des splash-pages somptueuses, magnifiées par les couleurs de Nolan Woodard.

Cette fois-ci, il nous manque peut-être une double-page comme elle sait si bien en faire avec une action décomposée, ce qui aurait été impeccable lorsque Cap et Bucky sont encerclés par les soldats du Cercle jusqu'à ce que Steve Rogers les persuade de baisser les armes pour recouvrer leur liberté, désormais sans risques (car l'Expurgé a désactivé les bombes dans leurs armures).

Et puis Carnero, ce n'est pas que ces moments de bravoure dans l'action, c'est aussi la capacité à découper une page en "gaufrier" et en cadrant uniquement en gros plan pour montrer l'extrême tension qui s'empare de Cap et Bucky à la fin de l'épisode. Une intensité rare, parfaitement traduite par l'image.

On voit surtout que, sur les deux séries Captain America, Marvel a donné les clés à Kelly et Lnazing puisque c'esst à partir de cette histoire que va être bâti le futur crossover Cold War. Mais ce sera sans moi : après le sixième épisode, le mois prochain, j'arrête les frais.

vendredi 9 septembre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #4, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ai-je été trop confiant ? Enthousiaste ? En tout cas, je me suis ennuyé en lisant ce 4ème épisode de Captain America : Sentinel of Liberty. Trop mou, trop convenu. Ou pas assez accrocheur, pas assez... Tout en fait. Ce n'est même pas mal écrit encore moins mal dessiné : juste que je suis resté à l'extérieur.


Ce qu'a découvert Steve Rogers au sujet de l'histoire de son bouclier et du Cercle Extérieur l'interroge de manière perturbante. Et s'il avait été manipulé depuis ses origines, faisant le jeu de l'ennemi ?


Steve se rend chez Bucky avec lequel il partage sur ce qu'il a appris de son côté. Bucky explique que chaque branche du Cercle a un tueur, et que le Soldat de l'Hiver en a fait partie.


A son cours de dessin, Steve questionne ses amis sur le sens qu'il donne ay symbole qu'il incarne. Même chose auprès du petit Amari ou avec les clients du bar qu'il fréquente.


A nouveau attaqué par la créature qu'il a affronté à la forge, Steve réussit à lui faire comprendre qu'ils ont tous le choix d'être des soldats aux ordres ou des hommes libres.

Quand on a l'impression de rester à l'extérieur d'une série au bout de quatre épisodes, on se sent comme Steve Rogers dans cet épisode, à se demander si "tout est à sa place" - et soi-même en premier lieu. Car c'est bien cette question qui parcourt ce quatrième numéro de Captain America : Sentinel of Llberty. Et c'est là où le bât blesse.

En effet, se poser la question, c''est déjà y répondre en somme. Car Captain America a souvent été qualifié de "Man out of Time" (ce fut d'ailleurs le titre d'une mini-série de Mark Waid et Jorge Molina), soit un homme hors du temps, hors de son temps. D'une certaine manière, Cap est intemporel et daté en même temps à cause de ça : daté parce qu'il est en activité depuis la seconde guerre mondiale (incarné par Steve Rogers ou d'autres qui ont pris la relève y compris quand il était prisonnier d'un bloc de glace), et intemporel parce qu'il est devenu le corps vivant de l'idéal américain à travers les âges.

Sonder la mythologie de Captain America équivaut à sonder la mythologie de Marvel (un peu comme avec Superman chez DC). Les versions les plus pertinentes et les plus efficaces du personnage sont celles qui ont su faire la synthèse entre le super-soldat et l'idéal américain, au cours d'aventures épiques et de considérations politiques dépassant les Etats-Unis.

Forcément, avec une telle longévité et une telle charge symbolique, on peut se demander aussi s'il est encore possible de réinventer le héros, ou du moins de le raconter de manière divertissante et intelligente. A mon sens, deux scénaristes, ces 25 dernières années, ont su se démarquer : Mark Waid et Ed Brubaker, le premier avec une lecture très héroïque et entraînate, le second avec un regad plus trouble et mélancolique.

J'avais une grande confiance en Collin Kelly et Jackson Lanzing pour raconter des histoires profondes et divertissantes à la fois, et leur idée de baser leur intrigue autour des origines du bouclier, d'un secret à son sujet, était accrocheuse. Par ailleurs, ils voulaient s'appuyer sur des seconds rôles de l'entourage de Cap pour soutenir leur projet. Mais cette confiance était nourrie aussi par les déceptions successives des runs de Remender, Spencer, Coates. Or, il faut lire une série pour ce qu'elle est, pas par rapport à ce qu'elle a été et qui ne vous a pas plu. Ce fut sans doute mon erreur : j'ai davantage voulu croire en Kelly & Lanzing par rapport à ceux qui les avaient précédé que pour eux-mêmes.

Je suis pourtant resté spectateur de cet épisode, et en vérité c'est le cas depuis quatre mois. J'apprécie la façon dont les deux auteurs emballent leur affaire,, mais c'est un peu trop lisse, trop convenu, avec des éléments pas originaux. Le Cercle Extérieur par exemple résume bien le problème : c'est une énième organsation secrète qui dirige le monde dans l'ombre, comme les Illuminati, l'Hydra, l'Empire Secret, etc. Autant de noms, d'entités comme on en a beaucoup vus dans Captain America.

La construction des épisodes se révèle aussi répétitive et trahit une narrattion qui se retient de trop en dire trop vite de façon visible. On a droit à une scène d'action bien spectaculaire par épisode, comme un quota, tout en sentant bien que les deux scénaristes préférent visiblement les moments avec Steve Rogers, ses amis, leurs cconversations, les doutes qui minent le héros. Et pour les seconds rôles promis, on en reste au strict minimum avec Bucky qui a droit à peu de scènes. Mais pas trace de Sharon Carter par exemple (même si on a eu droit à Peggy Carter).

D'un côté, on évite des mentions aux Avengers, à Nick Fury, au SHIELD, mais de l'autre on a l'impression que Steve/Cap se prive de ressources qui lui permettraient sûrement d'aller plus vite dans ses investigations. Et à travers cela, on peut deviner l'intention de Kelly et Lanzing de freiner des quatre fers pour que leur intirgue ne soit pas trop vite résolue. Un tour de passe-passe grossier.

Enfin, les auteurs se montrent franchement maladroits, voire grotesques ici, quand Bucky se met à chialer comme une madeleine en avouant à Steve avoir été un pantin du Cercle. Merde, quoi ! Bucky qui chiale, c'est juste pas possible : ce mec est le Soldat de l'Hiver, il a été le sidekick de Cap, il a été Cap lui-même, c'est pas le genre à fondre en larmes parce qu'il découvre qu'il a été manipulé. Cette scène est ridicule et m'a complètement sorti de l'histoire.

Le vrai et seul point positif au fond, c'est Carmen Carnero, qui assure comme une championne depuis le début. Elle maîtrise vraiment le personnage, le casting entier, elle chrorégaphie l'action formidablement avec des doubles pages et des effets de décomposition du mouvements jubilatoires, et Nolan Woodard la complète parfaitement avec ses couleurs. Mais franchement Carnero n'a pas de bol : elle s'est déjà tapée Kelly Thompson sur Captain Marvel pour des arcs franchement pas jojo, et là avec Kelly & Lanzing, elle défonce tout sur des scripts moyens.

Je vais tâcher de savoir combien d'épisodes compte cet arc pour savoir où je vais. Mais si c'est trop long, ça sera vite réglé. Peut-être que je sature un peu, mais je n'ai plus envie de perdre du temps et du fric avec des séries qui ne m'emballent pas totalement. Tant pis pour Cap.

vendredi 12 août 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #3, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Captain America : Sentinel of Liberty se lit toujours aussi bien. Le scénario de Collin Kelly et Jackson Lanzing brille par son aspect ludique, c'est un vrai jeu de pistes, avec des éléments vus et revus mais efficacement déployés. Quant à Carmen Carnero, le plaisir qu'elle oprend à dessiner le titre est visible quand on examine ses compositions.


Captain America affronte la Purge, l'androïde envoyé par le Cercle Extérieur pour l'éliminer dans l'usine qu'il prévoyait de saisir. Cap réussit à neutraliser le robot.


Il découvre alors que ce qui intéresse le Cercle se trouve dans les profondeurs de l'usine : une forge alimentée par un volcan où a été moulé son bouclier et ou Boka Agboje lui a laissé un message.


C'est ensuite qu'apparaît un hologramme de la mère de Agboje qui déclenche l'auto-destruction du site. Captain America se sort de justesse de cette fournaise.


Cependant, à Madripoor, l'échange entre Bucky et Peggy Carter s'envenime lorsqu'il l'accuse d'être complice du Cercle Extérieur...

Le parti-pris d'un scénario peut faire se force comme sa limite. Et dans le cas d'histoires impliquant un personnage comme Captain America, il faut maîtriser son sujet car le risque, c'est de sombrer dans une caricature, qui, de ce côté-ci de l'Atlantique, parasite la lecture.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il a toujours été de bon ton de railler Captain America pour ce qu'il ne représente pas. Après tout, cela inspira au génial Gotlib Super-Dupont, caricature du super-héros patriote. Je pense aussi au malentendu qui a longtemps poursuivi et accablé Bruce Springsteen après son tube Born in the U.S.A., sorti en pleine ère Reaganienne et interprété comme une ode au Parti Républcain (alors qu'il s'agissait du contraire).

Tout ça pour dire qu'il est difficle d'luder la dimension politique de Captain America, a fortiori dans une série sous-titrée Sentinel of Liberty. Une des options pour les auteurs est alors de subvertir les attentes (ou les craintes, c'est selon) du lecteur en n'exploitant pas frontalement cet aspect politique.

C'est cette option que privilégient aujourd'hui Collin Kelly et Jackson Lanzing. Le fond de leur histoire est politique, mais la forme est celle d'un jeu, un jeu de piste tournant autour du symbole de Captain America, l'étoile à cinq branches qui orne le centre de son bouclier. On pourrait presque affirmer que c'est le boucleir le vrai héros de ce run puisqu'il s'agit d'en percer le secret. 

Et si donc le symbole n'était pas celui que croyait Captain America et par conséquent le public ? A moins que, de manière plus nuancée, on veuille nous faire douter. Ce n'est pas la première fois que Captain America ne combat pas un vilain mais plutôt une organisation (l'Hydra est là pour nous le rappeler). Il a lui-même fait partie des Illuminati de Marvel, des sortes de conspirateurs du Bien dont on le dégagea quand son idéalisme risqua de freiner les plans de Iron Man, Black Panther, Mr. Fantastic et compagnie.

Ce troisième épisode de Captain America : Sentinel of Liberty développe donc ce qui était présenté le mois dernier et creuse, littéralement, plus en profondeur l'origine du bouclier, son sens véritable. On découvre une forge, un message d'outre-tombe (et même deux pour être exact). La manoeuvre du duo de scénaristes est habile car il ne dévoile toujours rien de définitif mais place le héros comme le lecteur dans une position active où il faut encore enquêter et prendre parti comme le font les auteurs. En l'occurrence savoir si les méchants de l'histoire vont réussir à détourner le symbole du bouclier ou si Captain America réussira à honorer la mémoire et le message de celui qui le forgea.

Cette façon d'écrire exige du rythme et de la rigueur et cet épisode prouve que Kelly et Lanzing tiennent bon la barre sur ces deux plans. Il y a une bonne part d'action et encore plus de grand spectacle, et surtout ce frisson délicieux de l'aventure, de la découverte, de l'investigation. Nous n'en savons pas plus que Captain America et donc nous vibrons à ses exploits. 

En parallèle, au début et à la fin de l'épisode, nous suivons toujours Bucky à Madripoor et assistons à son échange musclé avec Peggy Carter, dans un rôle trouble. Même si on peut trouver qu'elle étale un peu facilement le Soldat de l'Hiver, les scénaristes glissent une discrète allusion au run de Ta-Nehisi Coates (avec la reformation des Filles de la Liberté) et brouillent les cartes en évitant des liaisons trop évidentes. Nul doute qu'au bout du bout, Bucky et Cap verront leurs intrigues converger, mais quelque chose me dit que les auteurs tissent quelque chose d'ambitieux, sur le long terme, qui ne sera pas résolu au bout d'un arc.

Le plaisir qu'on prend à cette lecture provient aussi de sa partie graphique. Car quand on sent, comme c'est le cas ici, que l'artiste s'amuse également beaucoup, et que le résultat suit, c'est-à-dire que ce plaisir se convertit en belles planches, alors c'est une merveilleuse alchimie.

Carmen Carnero est très en forme et ce mois-ci elle se lâche grâce à des scènes qui le lui permettent encore davantage qu'au cours des deux premiers épisodes. Par exemple, comme au début du run de Kelly Thompson sur Captain Marvel, elle renoue avec des images où elle décompose l'action et les mouvements d'une manière formidable dynamique. Ce procédé lui permet de résumer une bagarre tout en lui conférant une plasticité épatante. Elle travaille la profondeur de champ, les valeurs du plan, la composition générale de la page et c'est brillant.

Mais Carnero prouve qu'elle peut aussi découper en un "gaufrier" de neuf cases rigoureux une scène muette dans laquelle Cap explore l'intérieur de l'usine et cela génère une tension palpable de façon simple. Elle élargit ensuite les dimensions de son cadre pour représenter la forge, le volcan en fusion, les coulées de lave, magnifiés par les couleurs solaires de Nolan Woodard.

Puis, sans prévenir, elle lâche une somptueuse double page qui se lit dans le sens des aiguilles d'une montre, articulée autour des cinq branches du bouclier. Magnifique. A la fin de l'épisode, rebelote dans une scène de bagarre très animée entre Bucky et Peggy. Quand une dessiantrice ose cela, c'est qu'elle est en confiance, elle est en pleine possession de ses moyens, le script l'inspire (et/ou est bien détaillé pour la guider). En tout cas, sa technique narrative est solide et donne du punch à l'épisode.

Contrairement à sa série-soeur, Symbol of Truth, la qualité de Sentinel of Liberty est plus manifeste, plus assurée. C'est patent dans l'écriture, c'est flagrant dans le dessin. C'est un retour vraiment gagnant pour Steve Rogers.

jeudi 7 juillet 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #2, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Après un premier épisode très alléchant, Captain America : Sentinel of Liberty confirme tout le bien qu'on pouvait penser de la série reprise par Collin Kelly & Jackson Lanzing. L'intrigue se met en place de manière ludique et intense à la fois, soutenue par des dessins excellents de Carmen Carnero. Tout ça est vraiment très prometteur.


Sans nouvelles de Bucky depuis leur affrontement contre le faux Destructeur, Captain America peut compter sur ses amis cibistes et de l'école de dessin pour l'aider dans son enquête.


Il suit ainsi une piste le conduisant à la Forge, où aurait été designé son bouclier par le Dr. David Agboje. Mais l'endroit est assailli par des hommes de l'A.I.M., de la Main, de l'Hydra et du SHIELD.


Captain America parvient à mettre en sécurité les chercheurs sur place et à neutraliser les soldats ennemis. Mais un vaisseau géant apparaît et lâche sur lui un nouvel adversaire.


Cependant, à Madripoor, Bucky entre dans un casino et prend place à une table de jeu en s'adressant à la femme qui distribue les cartes. Ils se reconnaissent...

S'il est une chose qu'on peut trouver en commun aux deux séries Captain America actuellement publiées, c'est un parfum old school indéniable et une prime aux intrigues à tiroirs. Si, de son côté, Sam Wilson dans Symbol of Truth court après des trafiquants de sérum du super-soldat, Steve Rogers dans Sentinel of Liberty est lui aussi sur les traces d'une organisation qui veut détourner ce qu'il incarne.

Collin Kelly et Jackson Lanzing ont choisi l'autre symbole propre à Captain America pour bâtir leur récit : le bouclier du héros. Fort ingénieusement, ils ont suggéré que l'étoile au centre de ce bouclier renvoyait à des forces en coulisses et que la confection même du bouclier répondait à un idéal autre que celui incarné par celui qui s'en sert depuis les années 40.

A partir de là, compte tenu des ressources technologiques à disposition d'un héros comme Captain America (qui pourrait fort bien demander de l'aide à Iron Man par exemple), ce serait vite plié pour remonter la piste des vilains. Mais au lieu de ça, Kelly et Lanzing préfèrent, comme Tochi Onyebuchi, recourir à des investigations à l'ancienne, sur le terrain.

On peut juger le procédé passéiste, décalé, saugrenu. Sauf que c'est justifié par le fait que Steve Rogers tient à règler cette affaire seul (ce qui est logique dans la mesure où ça le touche personnellement et au plus profond de ce qu'il croit) et aussi parce qu'il pense que ses ennemis ont un (ou même plusieurs) coup(s) d'avance, donc il faut être discret pour les débusquer.

Dans cette configuration, voir Captain America être assisté apr un club de vieux cibistes et un geek de son cours de dessin ou même un gamin mentionnant une centrale énergétique dont sa mère a parlé devient acceptable, même si cela demande au lecteur une sorte de complicité avec les auteurs. Il fautr en effet consentir à suivre le héros dans une quête menée avec les moyens du bord, et une bonne dose de providence.

J'avoue que j'ai un peu souri, voire tiqué, avec la scène où le gosse que Steve Rogers entraîne à se défendre le met, involontairement, sur la piste de la Forge. C'est une grosse ficelle employée là par les deux scénaristes. Mais si on passe outre, alors on n'est pas déçu par ce qui qui suit.

Car, comme Symbol of Truth, Sentinel of Liberty est une série qui privilégie l'action et même le grand spectacle. Celles-ci mettent en valeur les scènes plus calmes où les dialogues sont en avant (le premier tiers de l'épisode), mais réussissent à captiver par leur rythme et leur excellence graphique.

Entre en scène Carmen Carnero, qui, décidément, prouve qu'elle était taillée pour le job. Entre les mains de scénaristes vraiment solides, elle se révèle en metteur en scène pour l'exercice si propre aux comics de super-héros de la baston et de l'acrobatie.

A cet égard, la manière dont elle découpe l'affrontement entre les hommes de l'AIM, de la Main, du SHIELD et de l'Hydra est un régal et la preuve, surtout, qu'elle s'y entend pour interpréter ce morceau de bravoure avec une bonne dose d'inventivité. Tout est lisible, clair et puissant. Elle se paie même le luxe d'une demi-page en continuité séquentielle de toute beauté, avec une décomposition des mouvements dans l'espace, une perspective remarquable et dynamique.

Mais Carnero en a encore sous le pied et quand le vaisseau géant apparaît au dessus de la Forge, elle n'hésite pas à cadrer l'action avec des cases verticales, ce qui est rare dans un média s'inspirant volontiers désormais des écrans de cinéma et donc d'une horizontalité majoritaire. Là encore, l'effet produit est très efficace, parfaitement dosé, en plus de laisser Captain America et le lecteur dans un situation haletante.

Les dernières pages sont également superbes, dans une maison de jeu à Madripoor et le retour choc d'un personnage (mais je ne spoilerai pas). Les couleurs de Nolan Woodard s'ajustent à merveille au trait de l'artiste et nuancent les scènes avec à-propos. Ce qui frappe, c'est que la palette privilégie la luminosité, ce qui, là aussi, distingue la série, comme un quasi-manifeste.

Captain America : Sentinel of Liberty est une lecture jubilatoire, l'écriture est emballante (même si pour une scène, elle flirte avec la ligne jaune) et le dessin abouti. Peut-être pas révolutionnaire, mais franchement accrocheur.

vendredi 17 juin 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #1, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Carmen Carnero


Un peu plus d'un mois après la parution du premier n° de Captain America : Symbol of Truth dont Sam Wilson est la vedette, voici le premier épisode de Captain America : Sentinel of Liberty où Steve Rogers est le héros. Pour orchestrer ce retour attendu, Marvel parie sur le duo de scénaristes Jackson Lanzing-Collin Kelly et la dessinatrice Carmen Carnero. Le résultat est très prometteur et ludique.


Estimant qu'il doit se rapprocher de gens plus ordinaires, Steve Rogers emménage dans l'appartement où il a grandi. Membre d'un groupe de radio amateurs, il découvre un complot visant la Fête Nationale.


Sevondé par Bucky, le soir du 4 Juillet, il surveille le défilé dans les rues de New York. Bucky repère sur le port un bateau suspect transportant du matériel dangereux. Il attaque le premier.


En difficulté, Bucky reçoit le renfort de Captain America qui identifie le maître su navire comme le Destructeur, ou plutôt un usurpateur de cette figure de son passé durant la seconde guerre mondiale.


Celui-ci maîtrisé, de haute lutte, Cap ne peut éviter qu'il meurt après lui avoir glissé à l'oreille un secret concernant son bouclier. Bucky rentre chez lui et barre le nom du Destructeur d'une liste de cibles...

Cela faisait un bail que je n'avais pas lu du Captain America avec un tel plaisir. C'est un personnage à part, qui m'a séduit sur le tard grâce au run de Ed Brubaker et via les films du MCU (et l'interprétation impeccable de Chris Evans). Je ne suis donc pas un spécialiste du héros mais je n'ai pas accroché aux runs de Rick Remender, de Nick Spencer, de Ta-Nehisi Coates. 

Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois j'avais l'impression que ces auteurs, au talents divers, entraînaient le personnage dans des directions qui ne me donnaîent pas envie de m'investir. Remender se réclamait du Jack Kirby des années 70, Nick Spencer a construit son projet pour aboutir à l'event Secret Empire avec un Captain Hydra, et Ta-Nehisi Coates a voulu utiliser le héros pour répondre à la crise institutionnelle des Etats-Unis sous l'administration Trump.

Or, ce que j'appréciai chez Brubaker (comme chez Mark Waid à la fin des années 90, période Heroes Reborn), c'était la volonté de raconter une histoire où action et psychologie primaient, sans non plus occulter la dimension symbolique de Captain America. C'est un équilibre délicat à trouver.

De Jackson Lanzing et Collin Kelly, je n'ai pas lu grand-chose, mais je gardais une excellente impression de leurs quelques arcs sur Green Arrow avant l'annulation inexplicable de sa série au #50 en 2019. DC avait trouvé avec eux les remplaçants parfaits à Benjamin Percy mais, semble-t-il, les projets de Bendis pour l'archer vert (dans Leviathan et Checkmate) décidèrent l'éditeur à couper court. 

Toutefois, quand, enfin, l'annonce de la relance d'une série Captain America avec Steve Rogers dut officialisée avec Lanzing & Kelly aux commandes, j'étais immédiatement impatient de découvrir ce qu'ils allaient proposer, notamment avec une intrigue autour du bouclier du héros et d'un secret à son sujet. Ajoutez la dessinatrice Carmen Carnero, à laquelle j'avais trouvé un bon potentiel sur ses épisodes de Captain Marvel (au début du run de Kelly Thompson) et qui allait devenir la première femme à illustrer ce titre, et le compte était bon.

Ce qu'on remarque très vite, ici, c'est le plan consistant à refaire de Captain America le héros du peuple : il se réinstalle dans l'appartement de ses parents dans un quartier modeste. BIen entendu, tout le monde le reconnaît mais aussi respecte son intimité. Il y a un bon dosage dans les relations de Rogers et des gens qu'il côtoie, au cours de dessin, au bar, et au sein d'un groupe de radio amateurs - hé oui, avec une certaine malice, le passe-temps de Cap, c'est la cibi, quelque chose d'un peu désuet, de démodé, qu'il pratique avec des amis assez âgés pour la plupart.

Ecrire Captain America en traitant de son côté décalé, out of time, c'est toujours casse-gueule car on peut vite ringardiser le personnage, le faire passer pour une relique, un type campé sur des valeurs dépassées. Et, en même temps, c'est ce qu'il est : une sorte de gardien du temple, qui incarne le meilleur de son pays, une conception nostalgique et idéalisée de l'Amérique. Oublier ça, c'est perdre une partie de ce qui le personnifie.

Puis, soudain, tout s'accélère : un soir qu'il échange avec les cibistes, il intercepte des codes correspondant à des coordonnées, un lieu, une date, un motif - New York, le 4 Juillet, l'étoile sur son bouclier. Lanzing et Kelly jouent avec leur héros comme avec leur lecteur en lançant une énigme à résoudre. Ce procédé interactif, où le fan est sollicité pour deviner ce que cela cache avant le héros, est très original et amusant. L'exposition est terminée : place à l'action !

Entre en jeu Carmen Carnero. Non pas qu'elle se soit économisée jusque-là, mais paf ! elle envoie du bois et lâche une double page absolument sidérante (voir ci-dessus) du défilé de l'Independance Day dans les rues de la ville avec Cap et Bucky en vigies. Impossible de résister à l'ambition, à la beauté de ce plan, qui fait basculer tout l'épisode dans un second acte spectaculaire.

L'artiste avait montré des dispositions prometteuses sur Captain Marvel, même s'il y avait quelques maladresses, des baisses de régime. Mais enfin, on sentait qu'elle progressait vite (il suffisait de comparer ces épisodes avec ce qu'elle produisait chez DC, un coup sur un Annual de Green Arrow, un coup sur un fill-in pour Detective Comics).

Elle aussi a expliqué, lors de l'annonce de la relance de la série, qu'il s'agissait d'un énorme challenge car dessiner Captain America, c'est s'inscrire dans la lignée d'artistes mythiques, le premier d'entre eux étant le co-créateur du personnage, Jack Kirby. Il y a une vraie charge à s'occuper de ce héros. Et Carmen Carnero doit en plus composer avec le fait qu'elle est (sauf erreur de ma part) la première femme à être en charge de la série Captain America. Autant dire qu'elle devait se sentir surveillée.

Mais elle s'acquitte de cette lourde tâche avec brio. On notera qu'elle a procédé à de subtiles modifications du costume, dans le respect de son design. Un col pour protéger la nuque, des gants repliés, des bottes qui ne sont pas retournées. Mais sinon les ailettes sur le masque sont là, les rayures sur l'abdomen aussi, l'étoile sur le torse. Et le bouclier tel qu'en lui-même (avec tout juste un effet de relief sur l'étoile centrale).

Parlons de sa mise en scène : Captain America et Bucky vont devoir batailler avec un homme qui arbore le masque du Destructeur (masque revisité tout comme le costume néanmoins). Originellement le Destructeur est un super-soldat apparu dans un camp de concentration nazi et qui a affronté les allemands après son évasion. Robert Kirkman avait écrit une mini-série Destroyer bien saignante et iconoclaste, avec Cory Walker au dessin, imaginant que le héros, à 70 ans passés, était encore en service pour le compte de services spéciaux, avec un suspense bâti sur la possibilité qu'il claque à tout moment.

Cette fois, c'est un usurpateur et il est à la solde d'un ennemi dans la coulisse, dont on ne sait encore rien des motivations, des moyens, des desseins. Mais qui n'hésite pas à sacrifier son pion lorsqu'il est neutralisé par Cap et Bucky. Toutefois, avant de mourir, ce faux Destructeur murmure à Cap que son bouclier ne lui appartient pas, en écho à la toute première scène de l'épisode où on assiste à l'opération de fonderie du bouclier autrefois.

Carnero dispose du script nerveux de Lanzing & Kelly pour découper efficacement cette partie axée sur l'action et la baston, avec quelques acrobaties dynamiques. Elle s'en sort très bien, c'est énergique, lisible. Surtout elle s'applique à montrer les différences d'approche entre Bucky, fusil mitrailleur en main et prêt à tirer, tandis que Cap avec son bouclier veut des réponses et s'interpose au moment crucial. On est encore plus intrigué par une scène ensuite, où Bucky semble tenir à jour une liste de cibles à abattre - cela semble renvoyer à une image du one-shot Timeless de Jed MacKay de où on voyait subrepticement une image où Bucky venait de tirer sur Cap...

Tout ça forme un ensemble très appétissant et consistant. Autant de raisons d'aimer et de suivre Captain America : Sentinel of Liberty.