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mercredi 1 novembre 2017

LES CAPTAINZ, d'Olivier Texier et Yoann


La relation qu'entretiennent les français, auteurs comme lecteurs, avec le genre super-héroïque est complexe et se traduit volontiers par du dédain, parfois du respect, voire une forme d'intégrisme (dans le cas des fans souffrant d'une forme de délire de persécution et croyant qu'en riant des comics, on se moque d'eux). Il faudrait pourtant, quel que soit le parti qu'on prend, adopter un peu de recul et considérer tout ça d'abord comme une forme de divertissement à respecter sans être sentencieux, à apprécier sans oublier de faire preuve de (auto) dérision. 

L'essentiel n'est-il pas, auteur comme lecteur, de communiquer son plaisir de lire ces histoires pour calmer les méprisants et gagner de nouveaux adeptes ? C'est, me semble-t-il, le coeur de la démarche d'Olivier Texier et Yoann avec leur one-shot, Les Captainz.


Captain Mystérieux affronte un monstre particulièrement repoussant dans les rues d'une grande ville. Mais, malgré ses pouvoirs et les encouragements des civils, il échoue à le vaincre et à empêcher de gros dégâts matériels. 


Témoin de la scène, Captain Wawa intervient et met rapidement fin au combat en téléportant les deux adversaires dans son laboratoire secret où il neutralise le monstre en lui inoculant un virus. Il explique ensuite à Mystérieux pourquoi de plus en plus fréquemment de pareilles abominations surgissent sur Terre. 


Lui-même vient d'une Terre parallèle et a atterri sur notre planète suite à une téléportation ratée. Si des monstres ont suivi le même accident de parcours, c'est qu'il existe une créature qui perturbe l'imperméabilité dimensionnelle, une anomalie vivante revenue des morts !


Mystérieux accepte d'aider Wawa à former une équipe pour résoudre ce problème : ils recrutent d'abord Captain Déprime, une jeune femme capable de susciter des envies de suicide chez quiconque la contrarie ; puis Captain Bisou, un ancien playboy mondain victime du sort jeté par une de ses conquêtes jalouse qui cause sa transformation en colosse rouge et colérique dès qu'on l'embrasse ; et enfin Captain Mégahertz, un scientifique complexé capable de se déplacer à travers les ondes.


Un de leurs concurrents dans la chasse aux monstres, Captain Dollar, possède un détecteur qu'ils réussissent à pirater grâce à Mégahertz. Il surgit alors dans la demeure de la Créature qui le capture. Le reste de l'équipe, alarmé par Wawa, va le secourir mais comprend qu'ils ont été dupés : leur ennemi n'est pas celui qu'ils croient et, en vérité, ils doivent désormais empêcher une invasion inter-dimensionnelle...
   

L'origine du projet remonte à 2008 lorsque Yoann et Texier boivent un verre à la terrasse d'un café en s'amusant à imaginer quel pouvoir pourrait avoir chacun des passants dans la rue. Bien entendu, ils inventent les capacités extraordinaires les plus farfelus et baptisent leurs "victimes" de surnoms aussi  ridicules (Captain Chapeau, etc.).

Texier commence à développer un scénario à partir de ce passe-temps puéril et se prend au jeu tant et si bien que Yoann dessine quelques designs de personnages. Puis, à partir d'un début de script, enchaîne avec les premières planches. Mais bientôt, accaparé par la reprise de Spirou et Fantasio, écrite par Fabien Vehlmann (avec qui il a convaincu Dupuis suite à leur Spirou vu par... : Les Géants pétrifiés), l'artiste remise ses super-héros.

Puis récemment, une fois le tome 55 de Spirou et Fantasio (La Colère du Marsupilami) achevé, Yoann et Vehlmann décident que leur prochain album sera un opus spécial, rassemblant plusieurs histoires courtes conçues pour "Le Journal de Spirou" (sous le titre Les Folles aventures de Spirou, sorti en Octobre). Profitant de ce répit, le dessinateur souhaite achever Les Captainz et corrige avec Texier le scénario pour en faire un récit complet (mais dont la fin reste ouverte - sait-on jamais, si l'envie d'une suite se manifestait ?).

Le résultat, après une pré-publication dans "Le Journal de Spirou" assez chaotique (due, je le suppose, à la parution des planches déjà terminées en attendant celles ajoutées dernièrement), est désormais disponible en librairie et forme une lecture réjouissante.

Si on juge Les Captainz sur le fond, c'est une histoire très satisfaisante, avec une intrigue simple mais rythmée et un twist final vraiment inattendu et bien mené. L'humour n'est pas sophistiqué ni particulièrement subtil mais fournit l'occasion de bien rigoler en s'appuyant effectivement sur des pouvoirs absurdes aux origines gratinées (Mystérieux a été percuté en mobylette par une soucoupe volante et subi des expériences de la part d'extra-terrestres, Bisou est victime d'un malédiction mêlant joyeusement le vaudou dans le cadre d'une romance au Tibet, Wawa est un authentique chien qui parle dans une armure provenant d'une planète entièrement peuplée de canidés...). On ne s'ennuie pas.

Et Yoann ne s'est pas économisé pour donner vie à cette galerie de personnages décalés à souhait. Bien que réalisé entre deux projets, il n'a pas bâclé son ouvrage et produit des planches débordant d'énergie (les scènes d'action sont particulièrement dynamiques), et les designs sont soignées. Il s'est visiblement amusé à détourner les codes sans les tourner en ridicule, en vrai amoureux du genre, et le lecteur, même peu au fait des super-héros, assimilera facilement Captain Bisou à Hulk par exemple, ou saura sans problème pourquoi la Créature existe depuis le XIXème siècle (en devinant de quel célèbre roman de l'époque elle est issue). Par ailleurs, les relations et motivations des uns et des autres sont astucieuses, très vives, traduites avec beaucoup d'expressivité. Les plus attentifs remarqueront même, dans les décors, des allusions savoureuses (quelques indices : le hammam ravagé au début, le night club gothique à la fin...).

On en reprendrait volontiers, alors, pour paraphraser le cri de guerre bien connu d'une autre fameuse équipe : "Captainz ! Rassemblement !"
      

vendredi 26 février 2016

Critique 825 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 55 - LA COLERE DU MARSUPILAMI, de Fabien Vehlmann et Yoann


SPIROU ET FANTASIO : LA COLERE DU MARSUPILAMI est le 55ème tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Yoann, publié en 2016 par Dupuis.
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A la fin de leur précédente aventure, Spirou et Fantasio ont reçu de Don Cotralto des photos les montrant où ils capturaient le Marsupilami. Mais ils n'ont aucun souvenir d'avoir fait cela.
En se rendant au carnaval de Champignac-en-cambrousse, Spirou remarque que la simple évocation du Marsupilami déplaît au Comte. Des images du passé refont surface et il aboutit à une déduction simple mais extraordinaire : on leur a volé leurs souvenirs !
Grâce à une amie hacker en Aswana (voir tome 54, Le Groom de Sniper Alley), Spirou et Fantasio localisent Zantafio qui, traqué par la mafia rouge, avoue avoir utilisé la Zorglonde pour manipuler les deux amis.
Direction : la Palombie. En interrogeant des braconniers, Spirou apprend que le Marsupilami, ayant échappé à ses geôliers, se cache à nouveau dans la jungle. Avec Fantasio, Spip et Zantafio, ils s'y enfoncent, rencontrent les terribles indiens Awaks, affrontent le tsunami local (le Pororoca), et perdent la trace de Zantafio.
Le Marsupilami, lui, a senti que ses amis approchaient et part à leur rencontre. Mais l'animal est partagé entre deux sentiments : la joie des retrouvailles et une rancune tenace envers eux qui l'ont piégé. Va-t-il leur pardonner ? Et que prépare Zantafio, déterminé à le capturer pour le vendre à des laboratoires pharmaceutiques ?

Lorsque Franquin avait arrêté de produire la série, il avait conservé les droits d'auteur du Marsupilami, sa créature fétiche, avant d'en confier l'exploitation à un homme d'affaires, Jean-Claude Moyersoen. Pour des raisons qui n'avaient donc rien d'artistique, un des compagnons emblématiques de Spirou et Fantasio ne pouvait plus être utilisé par les équipes artistiques du titre depuis, tandis que l'animal a eu droit à sa propre (et souvent médiocre) série !

Finalement, en 2013, les éditions Dupuis ont à nouveau la permission d'intégrer le Marsupilami au sein des aventures de Spirou et Fantasio, et Fabien Vehlmann ne perd pas de temps pour annoncer qu'il va s'en servir pour le 55ème tome de la série. Néanmoins, pour ne pas doublonner avec la production de Colman et Batem, il précise qu'il ne s'agit pas de la même bestiole (on sait de toute façon qu'il existe plusieurs Marsupilamis depuis Le Nid des Marsupilamis, où Seccotine projetait le documentaire qu'elle avait réalisé sur ces animaux), et comme l'arrangement entre Marsu Productions et Dupuis est un contrat complexe, le lecteur est prévenu que la créature ne reviendra que ponctuellement dans les aventures de Spirou et Fantasio...  

Comme il le fait depuis qu'il écrit la série, Vehlmann avait donc glissé un cliffhanger à la fin du tome 54, suggérant que Spirou et Fantasio avaient, sans en avoir le moindre souvenir, ramené le Marsupilami en Palombie dans une cage. Il fallait pour le scénariste justifier l'absence de l'animal depuis 1970 et l'album de Fournier, Le Faiseur d'or (bien que Tome et Janry ont joué avec sa présence dans La Vallée des bannis en 1989, où on entendait dans la jungle le cri "Houba"... Mais en vérité exprimé par un animal au physique répugnant).

L'explication ne tarde pas dans cette histoire au rythme effrenée, qui marque, selon la volonté de Vehlmann, un retour au récit d'aventures au premier degré. Zantafio est passé par là et l'emploi de la Zorglonde a été son instrument (même si Zorglub ne figure pas dans l'intrigue). Le cadre de l'action se situe très majoritairement en Palombie, dans la jungle, après quelques pages à Bruxelles, Champignac-en-cambrousse et au Canada.

Dans le journal de "Spirou", Vehlmann a défini les contraintes de son projet : évoquer l'âge d'or de la série tout en restant accessible pour des lecteurs qui n'ont pas lu les albums de Franquin (et dans une moindre mesure de Fournier). De ce point de vue, le défi n'est pas complètement respecté car l'histoire abonde en références à des épisodes mémorables du passé, parfois de manière très précise (Spirou et les héritiers, Le Dictateur et le champignon, Le Nid du Marsupilami), parfois plus rapide (Le Faiseur d'or).

De même, il fait intervenir des personnages secondaires emblématiques comme Prunelle, le rédacteur en chef du journal de "Spirou", le dessinateur Lebrac, et De Mesmaeker (l'hommes d'affaires qui ne réussit jamais à finaliser la signature de contrats avec Fantasio). Il ne manque guère que Gaston et Mam'zelle Jeanne pour que la galerie soit complète ! Leur présence reste cependant souvent anecdotique et n'aboutit pas à des gags aussi drôles qu'espérés (même s'il y a une scène savoureuse dans la jungle où Spirou et Fantasio sont empêtrés dans leur hamac et parlent sans savoir que De Mesmaeker les entend, via une connexion vidéo internet, et croit qu'ils s'adressent à lui en le comparant au Marsupilami en colère).

En revanche, le coeur du récit avec la recherche du Marsupilami, les interactions entre Spirou (enthousiaste et entêté), Fantasio (fataliste et distrait) et Zantafio (déchu mais toujours en train de réfléchir à un mauvais coup), le subplot avec Spip (dont les réflexions sont toujours jubilatoires), est plus réussi et très entraînant. Le suspense a été habilement déplacé (l'enjeu n'est pas de savoir si on va revoir le Marsupilami mais quel accueil il réserve à Spirou et Fantasio) et aboutit même à un dénouement émouvant (mais que je ne vous dévoilerai pas) - un joli moment, à la fois logique et sensible, qui éclipse le cliffhanger glissé comme d'habitude dans la toute dernière case.

Yoann, critiqué par les fans qui lui ont reproché notamment son encrage un peu bâclé précédemment, a voulu soigné les finitions de ce nouvel album. Le résultat demeure pourtant inégal car son trait, nerveux, influencé par le Franquin des années 70, s'accommode mal du découpage plus rigoureux auquel il s'est astreint.

En effet, la quasi-totalité des planches est disposée sur quatre bandes et plus d'une dizaine de plans par page : cette densité empêche quelquefois à des scènes spectaculaires de bénéficier de l'espace qu'elles nécessitaient (notamment dans la dernière partie de l'histoire où l'action s'accélère au moment où le Marsupilami fait feu de tout bois, livrant une bataille épique contre une foule d'animaux de la jungle palombienne). C'est une petite régression après la narration graphique maîtrisée du tome 54, et alors que Yoann renouait avec des décors naturels qu'il apprécie pour les avoir appréhendés à l'époque où il illustrait Toto l'ornithorynque.

La colorisation de Laurence Croix est excellente, mis à part quelques erreurs bénignes parfois (la scène dans l'avion où, visiblement, des erreurs ont été commises pour distinguer les bras de Spirou et Zantafio).

Le bilan est donc un peu mitigé : La Colère du Marsupilami est un divertissement très satisfaisant et le script jongle avec adresse entre les contraintes du sujet (le retour de l'animal, sa situation entre le début et la fin et pour la suite de la série) et une vraie sensibilité (le traitement de Zantafio est une vraie réussite par exemple), mais graphiquement inégal. Compte tenu de la pression pesant sur les auteurs (en charge d'un titre important, dont c'est le 55ème tome, avec la réapparition du Marsu), c'est honorable, mais l'entreprise était en quelque sorte condamné à ne combler qu'à moitié pour un album aussi attendu. 

jeudi 4 février 2016

Critique 809 : FENNEC, de Lewis Trondheim et Yoann


FENNEC est un récit complet en soixante doubles strips, écrit par Lewis Trondheim et illustré par Yoann, publié en 2007 par les Editions Delcourt (dans la collection "Shampooing").
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Un petit fennec fuit dans le désert un groupe de serpents et réussit à lui échapper en grimpant sur un rocher. Il réfléchit au moyen de s'en débarrasser définitivement quand il se souvient que sa mère lui avait parlé du collier d'un shaman capable de provoquer la pluie, qui noierait les reptiles.
C'est le début d'un périple plein de rebondissements :  il est enlevé par un aigle dont il dévore les petits, court dans la savane, y rencontre un oiseau friand de serpents mais peu enclin à l'aider, croise la route d'un pangolin stupide, puis d'un gibbon très myope.
Le singe sait où est le collier magique et l'accompagne : en chemin, ils aideront un hippopotame qui souffre des dents, épuiseront un lion prêt à les dévorer et à qui ils livreront une hyène à leurs trousses puis un phacochère qui a le malheur de passer par là…
Les serpents ne sont jamais loin et, quand le fennec découvre que le shaman est un puissant gorille, il se demande si, puisqu'il ne peut lui subtiliser son collier, un arrangement est possible...

Cet album d'une trentaine de pages témoigne encore une fois de la prolixité du scénariste Lewis Trondheim et de sa capacité à s'adapter à tous les formats. Pour l'occasion, il s'associe à Yoann (l'actuel dessinateur de la série Spirou et Fantasio, à l'époque plus connu pour le titre Toto l’ornithorynque), membre fondateur avec lui de L'Atelier Mastodonte (lisible chaque semaine dans la revue "Spirou").

Le récit, qui se déroule linéairement, a pour cadre d'abord le désert africain puis la savane, et on suit avec jubilation les déplacements de ce petit renard qui cherche à échapper à une bande de serpents tout en cherchant le moyen de s'en débarrasser. Trondheim introduit un élément discrètement fantastique quand il évoque que la solution au problème du fennec est un collier magique, mais le scénario n'exploite finalement pas cette astuce.

En revanche, les animaux sont doués de parole et on la langue bien pendue, une caractéristique récurrente dans l'oeuvre de l'auteur : le mauvais esprit mais aussi l'ingéniosité et le persévérance dont fait preuve le petit renard sont réjouissants, donnant lieu à des dialogues cyniques et enlevés, jouant sur le contraste avec d'autres rôles qui n'évoluent pas dans le même registre - le gibbon dont la myopie engendre bien des méprises, le pangolin abruti mais attachant.

Trondheim aime les contraintes narratives et le comic-strip exige une rigueur terrible. Il enchaîne les doubles strips avec une énergie imparable, qui leur permet d'être efficaces séparément et pris dans l'ensemble de l'intrigue : la virtuosité du scénariste est impressionnante. En quatre à six cases, tout est dit et bien dit, c'est drôle, palpitant, insolite, dense. 

Yoann illustre cette histoire en couleurs directes, employant magnifiquement la technique de l'aquarelle. La forme des "personnages" est volontairement sommaire mais très expressive, et le découpage tire pleinement parti du format strict des doubles strips. La palette chromatique privilégie bien entendu les teintes chaudes, solaires, lumineuses, puisque nous sommes en Afrique, et quoique les décors sont eux aussi réduits à l'essentiel, on s'y croirait de façon troublante.

Véritable merveille de concision et de malice, Fennec dépasse la simple suite de gags pour se transformer en un récit initiatique irrévérencieux et malin. Surtout, c'est un livre qui séduit aussi bien les (très) jeunes lecteurs que les plus âgés car les premiers apprécieront son efficace simplicité et les seconds sa dynamique singularité. 

On ne peut que regretter que cette aventure soit restée sans lendemain (même si, par ailleurs, Trondheim et Yoann ont été bien occupés depuis, chacun de leur côté).

dimanche 7 décembre 2014

Critique 538 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 54 - LE GROOM DE SNIPER ALLEY, de Fabien Vehlmann et Yoann


SPIROU ET FANTASIO : LE GROOM DE SNIPER ALLEY est le 54ème tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Yoann, publié en 2014 par Dupuis.
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Spirou et Fantasio reçoivent la visite de leur vieil adversaire, le mafieux malchanceux Don Vito Cortizone, qui leur apprend avoir aidé Seccotine pour qu'elle vienne au secours du groom dans sa précédente aventure (cf. Dans les griffes de la Vipère). Aujourd'hui, il réclame la participation dans une affaire délicate des deux héros pour rembourser cette dette.
Il s'agit alors pour Spirou et Fantasio d'aller dans un pays d'Afrique où vient juste de s'achever une terrible guerre civile, l'Aswana, pour y explorer la labyrinthe d'Ibn Sina, où serait caché le mythique trésor d'Alexandre le grand, sur lequel l'oncle de Cortizone a fait des recherches depuis sa cellule de prison en Amérique.
Une fois sur place, les deux amis découvrent d'abord que la situation de la région n'est pas encore apaisée puis doivent ensuite faire preuve de ruse pour rejoindre le fameux dédale. Ils sont escortés par une autre ancienne connaissance, le mercenaire militaire Poppy Bronco (cf. La Face cachée du Z, tome 52), mais ils ne devront qu'à leur ingéniosité et leur courage de survivre à cette équipée dont le vrai trésor ne ressemble pas à ce qui était prévu...

Depuis que Fabien Vehlmann a hérité de l'écriture des Aventures de Spirou et Fantasio, il a toujours peiné à me convaincre complètement : la faute à des intrigues trop simplistes (Alerte aux Zorkons, tome 51) ou des tentatives maladroites pour y glisser un commentaire sociétal (Dans les griffes de la Vipère), sans parler de son choix de transformer la série en feuilleton en introduisant dans chaque tome un élément qui conduira au suivant (La face cachée du Z, tome 52, en étant l'exemple le plus clair mais aussi le moins abouti).
Néanmoins, c'est un scénariste adroit, plus à son avantage quand il se contente d'imaginer une suite de péripéties assaisonnées de gags plus ou moins légers, avec un sens certain du rythme et une volonté d'aborder le titre et ses héros sans complexe mais avec le souci de respecter ce qui a précédé (en particulier la grande époque de Franquin).
Il n'en reste pas moins que pour ce 4ème épisode sous sa direction le fan exigeait un produit peut-être plus modeste mais surtout plus régulier et efficace, un effort mieux dosé.

Originellement intitulé Le Labyrinthe d'Ibn Sina (pourquoi diable ne pas l'avoir conservé alors que ce Groom de Sniper Alley correspond beaucoup moins au contenu ?), ce 54ème tome est de loin le meilleur qu'ait écrit Vehlmann. C'est aisément explicable quand on voit qu'il a presque entièrement choisi de renoncer à ce qui nuisait à ses précédents albums sur la série pour se "contenter" d'un récit d'aventures et d'humour plus inspiré, même si bourré d'influences (revendiquées cela dit).

Le récit est découpé en deux actes : si cela casse sa narration, le procédé a le mérite dans sa seconde partie d'en souligner plus les force que les faiblesses de l'ensemble. Ainsi Vehlmann aborde-t-il, de manière à peine déguisée, le conflit en Irak en entraînant Spirou et Fantasio dans la région fictive de l'Aswana, mais il ne s'en sort pas très bien en passant de considérations pertinentes sur les conséquences de la guerre civile à des pages dont les gags paraissent singulièrement déplacés (des enfants jouant au football en tenant leurs prothèses dans leurs mains pour shooter).
Le scénariste ne réussit pas à renouer avec la bonne distance, entre parodie et réflexion, que Franquin (dans Le Dictateur et le champignon) ou Emile Bravo (dans Le Journal d'un ingénu), parce qu'il ne sait visiblement pas trancher entre son envie de faire (sou)rire et celle de d'exprimer son point de vue plus sérieusement sur ce drame.   
Malgré tout, Vehlmann ose et parvient cette fois à placer une scène complètement surréaliste et qui donne son titre à l'album, quand Spirou est coincé dans ladite Sniper Alley où, pour ne pas être abattu, il doit esquiver les tirs en dansant à la manière de Michael Jackson. C'est très drôle et audacieux.

Puis l'histoire entre dans un deuxième temps, beaucoup mieux maîtrisé mais aussi beaucoup plus classique, quand Spirou, Fantasio, Poppy Bronco et Spip s'engagent dans le labyrinthe. Vehlmann déploie une belle inventivité pour dresser des pièges dans ce décor qui renvoie aux récits d'aventures façon "Indiana Jones" (pour ne citer qu'un exemple récent et mémorable), on devine même qu'il aurait volontiers développé ces épreuves mais qu'il a dû en résumer un bon nombre faute de place (dommage, d'autant plus que Spirou et Fantasio à l'époque de Franquin s'accommodait bien d'une pagination supérieure au standard des 46 planches).
La découverte et la révélation de la nature réelle du trésor sont également astucieuses, prenant justement le parti de surprendre mais c'est une belle trouvaille.
Enfin, la chute de l'histoire est, comme d'habitude depuis que Vehlmann écrit la série, une amorce pour le tome suivant. Ceux qui suivent l'actualité du groom et les déclarations du scénariste (et les propriétés de Dupuis) savent déjà depuis quelque temps qu'une célèbre créature va faire son retour dans le 55ème épisode et on ne peut qu'être impatient à cette perspective (même si c'est un sacré défi pour l'équipe artistique).

Tout comme son partenaire, Yoann a suscité, chez moi, des réactions partagées en ce qui concerne son travail de dessinateur sur la série depuis qu'il en a la charge.
Ces sentiments ne sont toujours pas mieux définis même s'il faut admettre là aussi qu'il y a du mieux. La colorisation a déjà changé puisque c'est Laurence Croix qui s'en occupe désormais et elle le fait bien, en utilisant une palette plus claire, qui profite au trait de Yoann.
L'artiste maîtrise mieux aussi l'animation des héros (quand bien même on pourrait souhaiter qu'il les personnalise encore plus, mais sans doute doit-il composer avec des contraintes éditoriales pour ne pas trop altérer le look des personnages). En ayant la possibilité de ramener Poppy Bronco, un second rôle très efficace sur le plan comique, Yoann s'amuse et il représente aussi très bien Don Vito Cortizone. Le casting moins fourni que dans les tomes précédents a de toute évidence permis au dessinateur de mieux se concentrer.

Le décor du labyrinthe et le design des pièges ont été encore une fois conçus par Fred Blanchard et c'est la grande réussite de l'épisode (dans une série comme Spirou et Fantasio, le traitement des sites impacte considérablement la lisibilité de l'intrigue, comme en témoignent des endroits mémorables comme Champignac, le manoir du comte, la jungle de Palombie, le temple de Bouddha, la vallée des bannis, etc).

Tout n'est pas parfait, on l'aura compris, mais il y a dans ce 54ème opus une sorte de modestie qui profite bien au projet. Spirou renoue avec sa veine la plus classique dans le registre de l'aventure exotique et le récit est efficace à défaut d'être renversant, bien mis en image. On a presque envie de dire "encore un petit effort de ci, de là" (un peu plus de folie dans la réalisation et de liberté dans l'édition) et, qui sait, la série renouera peut-être avec ses plus grandes heures.

mercredi 23 juillet 2014

LUMIERE SUR... YOANN

 YOANN

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 5 mai 2014

Critique 438 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 53 - DANS LES GRIFFES DE LA VIPERE, de Fabien Vehlmann et Yoann

LES AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO : DANS LES GRIFFES DE LA VIPERE est le 53ème tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Yoann (avec les designs de Fred Blanchard), publié en 2013 par Dupuis.
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Le "Journal de Spirou" est poursuivi en justice par des parents de jeunes lecteurs qui accusent l'hebdomadaire de mettre leurs enfants en danger parce qu'ils rejouent les aventures du groom. Condamné à verser des dommages et intérêts, c'est la ruine assurée. Mais Spirou rencontre Gil Coeur-Vaillant, le détective-explorateur, idole de sa jeunesse, qui lui offre son aide. Il s'agit de signer un contrat avec le fonds d'investissement "Viper Corporation" qui paiera l'amende contre quelques services.
Hélas ! C'est un piège et Spirou et ses amis sont désormais les jouets d'un affairiste...

On prend les mêmes et on recommence... Pour leur troisième épisode, le duo Vehlmann-Yoann affiche un bilan mitigé (un premier effort sympathique, un deuxième moins bon). Que penser de ce Dans les Griffes de la Vipère ?

C'est un bon cru, du niveau de leur premier album. Fabien Vehlmann a choisi de gommer l'aspect humoristique pour se diriger dans le registre plus classique (prudent ?) de l'aventure saupoudrée d'un zeste satire sur l'alter-mondialisme. A coups de procès, de condamnation, de manipulations financières, de chasse à l'homme, de collaborationnisme, jusqu'à la fin ouverte (avec la réapparition d'un méchant de l'ère Tome & Janry), l'intrigue file à toute allure et ce rythme soutenu rend la lecture en vérité plus digeste et distrayante (même si le public le plus jeune ne saisira peut-être pas toutes les nuances critiques du scénario  qui le représente les lecteurs comme des indics en herbe).

Vehlmann emploie un dispositif similaire à ses deux précédents épisodes : très vite, Spirou se retrouve enfermé dans un lieu (après la jungle de Champignac-en-Cambrousse et la station lunaire, c'est cette fois une île, propriété d'un milliardaire) puis ensuite, c'est une longue course-poursuite, jusqu'à une résolution providentielle (un peu trop d'ailleurs, mais ça passe. Attention quand même à ne pas systématiser ce procédé...).
Trois tomes, à chaque fois la même construction, ce n'est certes pas très original, mais Spirou renoue avec l'aventure, le dépaysement ; ce mouvement lui redonne de la fraîcheur et du suspense, de la légèreté et de l'action.
C'est au détriment de l'humour et, en cela, Vehlmann n'est pas encore parvenu à reproduire le savant mélange que réussissait si bien certains de ses prédécesseurs (comme Tome ou Franquin).  Sans doute faut-il voir dans cette histoire un premier tournant : le scénariste est plus à l'aise avec le côté bondissant du héros qu'avec ses éléments comiques. Clairement, ici, désormais, le groom-reporter est la vedette de la série et Fantasio passe au second plan : ce sera intéressant de voir si, dans l'avenir, ce positionnement sera conservé ou si leurs nouvelles aventures rééquilibreront leur duo...

Après avoir employé le Comte de Champignac et Zorglub, Vehlmann convoque cette fois Seccotine. son rôle a évolué, passant de la craquante journaliste avec laquelle se chamaillait Fantasio et qui troublait Spirou à un second rôle d'abord complice des ennemis du héros puis qui le regrette puis dont on découvre finalement qu'elle est de mèche avec un autre méchant. Cela aussi demandera à être précisé, mais ce serait dommage que Seccotine ne revienne pas vite.

La prestation de Yoann au dessin est bien meilleure que dans le tome précédent : il réussit mieux à représenter Spirou, Fantasio et Spip, mais il est encore gauche avec Seccotine (même si c'est la première fois qu'il l'anime).
Les méchants sont encore une fois traités sur une monde semi-cartoony : c'est inégal (plus abouti avec Gil Coeur-Vaillant que pour le patron de Viper, qui n'a pas un physique aussi mémorable que les meilleurs ennemis de Spirou).
La petite Ninon est craquante.
Les designs de Fred Blanchard (qui ont dû principalement concerner les décors de l'île Marmelade) sont eux aussi en net progrés (même si, à vrai dire, on se demande pourquoi Yoann ne créé par lui-même ces éléments).

Le résultat est donc plutôt encourageant : ce n'est pas encore la panacée mais il y a du mieux, incontestablement. Le prochain tome est annoncé comme un pur récit d'aventures, inspiré par Indiana Jones, avec la jungle, des temples maudits, etc. Programme alléchant, qui, espérons-le, verra pour de bon les auteurs définir la tonalité de leur run (en attendant le retour attendu du Marsupilami, que Dupuis a récupéré et qui sera la vedette du tome 55...). 

dimanche 4 mai 2014

Critique 437 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 52 - LA FACE CACHEE DU Z, de Fabien Vehlmann et Yoann

LES AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO : LA FACE CACHEE DU Z est le 52ème tome de la série, écrit par Fabien Vehlmann et dessiné par Yoann (avec les designs de Fred Blanchard), publié par Dupuis en 2011.
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A la fin de leur précédente aventure (tome 51 : Alerte aux Zorkons), Spirou et Fantasio retapaient le château du Comte de Champignac (après que celui-ci et le village voisin de Champignac-en-Cambrousse aient failli être dévasté par un champignon particulièrement néfaste), tandis que Zorglub, à l'origine des évènements mais après avoir contribué à réparer le désordre causé, s'envolait pour la Lune, afin d'y achever un projet secret.
Ce projet, Spirou, son écureuil Spip, Fantasio et le Comte de Champignac le découvrent après que Zorglub les aient drogués pour les transporter sur la face cachée de la Lune où il a pu poursuivre ses recherches (et rêver à de futurs délires de conquête) en échange de ses services pour un parc de loisirs pour millionnaires.
Les choses se gâtent rapidement quand, après avoir tenté d'échapper à des radiations solaires, Spirou se met à régresser à l'état de bête féroce, aux trousses de laquelle la direction de la station lance ses agents de sécurité et que la base est victime d'un sabotage - mais qui en est responsable ?

Avant de me plonger dans ce tome, j'ai relu le précédent, conçu par la même équipe créative : j'avais gardé d'Alerte aux Zorkons un bon souvenir, l'album n'était pas sans défaut (un scénario un peu léger surtout) mais sympathique. Et son scénariste, Fabien Vehlmann, promettait que la suite serait plus copieuse, suggérant que la série deviendrait un vrai feuilleton, chaque nouveau volet comporterait des références à ceux d'avant.

Malgré ces bonnes dispositions, de la part des auteurs et de la mienne, c'est tout de même une déception. Le dispositif mis en place par Vehlmann - lier les épisodes - n'est ni nouvelle ni très bien mené, surtout qu'il s'appuie sur un récit qui souffre encore une fois d'un développement a minima.
Si on décortique en effet attentivement la construction de cette aventure, elle imite celle de Alerte aux Zorkons, c'est une sorte de huis-clos : Spirou et sa bande sont prisonniers d'un territoire hostile (hier, la jungle dévorante de Champignac-en-Cambrousse ; aujourd'hui, la station lunaire), une fois encore aux prises avec Zorglub, et le dernier quart du livre a la fâcheuse tendance à n'aligner qu'une collection de pages de gags (délirants mais plus ou moins drôles) avant une résolution express et la promesse d'une suite en prise directe avec ce qu'on a lu.
Vehlmann a pour lui une certaine habileté dans la conduite du récit, auquel il donne beaucoup de rythme, si bien que les défauts de son entreprise ne sont pas immédiatement visibles, le lecteur étant emporté par la succession de rebondissements. Mais sa science est à la limite de la roublardise, ce qui chagrine quand on connaît l'inventivité et l'imagination dont il sait faire preuve sur d'autres de ses projets.
On aura mauvaise grâce à prétendre qu'on ne lit pas cela avec plaisir, mais on espère mieux.

La caractérisation est tonique : si Spirou a bénéficié de l'écriture de Vehlmann en ayant plus de tempérament, il étire trop sa transformation en garou mutant (18 pages quand même sur 46 dans cet état). Cette idée a pour conséquence directe de réduire l'impact de Fantasio et du Comte. En revanche Spip hérite de bons passages.
Vehlmann apprécie Zorglub et l'utilise bien comme un méchant ici dépassé par les partenaires lui ayant permis de poursuivre ses nouvelles recherches. Sa rivalité avec le Comte est exploitée à fond et sa présence sur deux épisodes de suite rappelle de grandes aventures (Z comme Zorglug-L'ombre du Z mais aussi Le réveil du Z).
Les personnages féminins sont en revanche encore une fois ratées et dispensables : Vehlmann a la volonté de "sexualiser" la série mais n'a pas encore trouvé le bon moyen (peut-être en ramenant Seccotine, ou en imaginant une créature aussi valable que Luna Cortizone ?).

Mais finalement, là où l'auteur est le plus à l'aise, c'est quand il peut se lâcher sur des seconds ou troisièmes rôles lui autorisant toute lattitude pour son projet de critique : le chef de la sécurité, Bronco, se voit gratifié de nombreux renvois à des titres d'ouvrages imaginaires savoureux ("Bronco s'ennuie au Kosovo", "Mille cacahouètes sur le Koweit", "Ouvre la bouche et dis Aaah, Al-Qaïda", "Bronco joue et gagne à la montagne"...), ou encore le champion de basket canadien macho et jaloux (avec à la clé une séquence d'action très réussie).

Visuellement, Yoann rend aussi une copie en deçà du tome précédent. Fred Blanchard, qui a à nouveau signé les designs des décors et des vêtements, est également moins inspiré pour la station lunaire, tout comme la colorisation est assez terne. 
Un point m'a particulièrement frappé : lorsque Yoann représente Spirou et Fantasio, ou dans une moindre mesure le Comte ou Zorglub, il le fait à la manière de Franquin dernière période, avec un trait rond et nerveux, qui convient bien au récit très mouvementé (même si je préfère le trait plus propre des aventures des années 50), mais quand il dessine les seconds rôles, il les dote d'attributs semi-réalistes, de physionomies plus proches de caricatures. Cela parasite quelque peu la lecture et demanderait d'être repensé à l'avenir.
Hélas, aussi, comme Vehlmann, Yoann rate ses personnages féminins (on verra, dans le tome 53, le retour de Seccotine : ça aura valeur de test décisif).

La promesse d'un album plus abouti n'est donc pas tenu : La Face Cachée du Z est inférieur narrativement et esthétiquement à Alerte aux Zorkons. Mais le tandem Vehlmann-Yoann a un potentiel évident et leur prochain album verra si celui-ci se réalise mieux. Rendez-vous donc Dans les Griffes de la Vipère...     

mercredi 5 janvier 2011

Critique 199 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 51 - ALERTE AUX ZORKONS, de Vehlmann et Yoann



Les Aventures de Spirou et Fantasio : Alerte aux Zorkons est le 51ème album de la série éditée par Dupuis, sorti en 2010. Il voit l'arrivée d'une nouvelle équipe créative aux commandes : Vehlmann et Yoann.
Ils avaient déjà signé un hors-série de la collection "Le Spirou de..." intitulé Les Géants Pétrifiés
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Cette aventure renoue clairement avec les classiques de la série : Spirou y revêt son costume de groom, l'action se déroule à Champignac et mixe action et humour, et les références à Franquin abondent.

Zorglub déclenche une catastrophe écologique qui vaut à Champignac d'être mis en quarantaine et transformé en jungle à la faune et à la flore monstrueuses. Spirou, Fantasio et Spip mènent l'enquête alors que l'armée s'apprête à détruire la zone.
Les héros traversent la région de Champignac-en-cambrousse totalement métamorphosée et envahi par une jungle où évoluent des monstres aussi moches que bêtes (les fameux zorkons) en cherchant à la fois à comprendre ce qui a produit ceci et à retrouver le comte, le seul à pouvoir corriger cela.
Le dinosaure (du Voyageur du Mésozoïque) va leur être d'une précieuse aide quand Spirou et Fantasio, le comte et deux charmantes touristes suédoises tenteront de s'échapper de la zone. Mais, après provoqué ce chaos à la suite d'une simple maladresse en visitant le labo du comte, c'est à Zorglub que la bande devra son vrai salut : grâce à la zorglonde, les militaires sur le point de raser la région sont écartés et les héros pourront rendre à l'endroit son aspect initial avec l'aide de potions préparées par le comte.
Reste tout de même à savoir pourquoi finalement Zorglub disparaît avec les suédoises en direction de la Lune - mais ce sera pour une prochaine histoire.
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Vehlman a reconnu sur son blog avoir écrit en pensant à Franquin, pour dynamiser son récit, et à Tome, pour l'humour potache. Conteur habile, il a abordé le titre avec décontraction mais avec le souci de s'amuser et d'amuser les lecteurs. On peut le remercier pour cela tout en regrettant deux points : d'abord, qu'il n'ait pas proposé un pitch plus développé (l'argument tient sur un timbre poste), et ensuite, qu'il conclut l'ouvrage un peu hâtivement en suggérant que la suite sera plus soignée.
Pourtant, en considérant le plaisir que procure cette aventure aux dialogues sarcastiques et à la vitalité rafraîchissante, difficile de vraiment en vouloir au scénariste, et même mieux car l'album gagne à être relu pour savourer les clins d'oeil ça et là. Vehlmann fait allusion à la calamiteuse retcon de Yann et Morvan dans le tome 50, donne à Spip quelques réparties franchement drôles, insuffle à Spirou de revigorantes colères, rend à Fantasio ses râleries et son goût du reportage à sensations, et fait du comte non plus un sage face à Zorglub mais son égal en dangerosité potentielle (le désordre de l'un rivalisant avec la mégalomanie de l'autre) : tout ça est très bien vu et traduit, la série y gagne en modernité sans tomber dans le piège de l'irrévérence gratuite.
On ne s'ennuie pas une seconde durant ces 52 planches. C'est bon enfant, exotique, spectaculaire, très distrayant.
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Yoann renoue avec la vigueur du Franquin de QRN sur Bretzelburg et Panade à Champignac (sans la virtuosité du découpage) et de Janry. Il donne du caractère à ses personnages, soignant particulièrement les expressions, rajeunissant un peu le Comte et insufflant de l'élégance à Zorglub (qui finit d'ailleurs par emballer les deux jolies suédoises rencontrées en chemin).
Le design des monstres et les décors ont fait visiblement l'objet d'une attention particulière et Yoann a collaboré avec Fred Blanchard pour cela. L'album témoigne d'un soin évident, d'une réelle exigence à la fois dans la volonté de renouer avec des références classiques et d'être contemporain.
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Sans être un album ébouriffant digne des grandes heures de la série, Alerte aux Zorkons est bel et bien le véritable album de la réconciliation : souhaitons à Vehlmann et Yoann de rester assez longtemps sur le titre pour nous continuer à nous régaler.
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Bonus :
1/ Pourquoi Spirou porte-t-il toujours son costume de groom ?

 
 2/ Edito du "Journal de Spirou" n°3924 :
3/ Une semaine avec Spirou :
 4/Gaston :
 5/ Noël à Champignac :