vendredi 21 juillet 2017

FARGO (Saison 3) (FX)


Connaissez-vous Eden Valley ? Non ? Laissez-moi vous y inviter car c'est le théâtre de l'intrigue de la saison 3 de la génialissime série Fargo, diffusée sur FX.
 Emmit Stussy (Ewan McGregor)

Emmit Stussy est "le roi des parkings du Minnesota", comme aime à le lui répéter son bras-droit, Sy Feltz. Il a bâti son empire en vendant une collection de timbres rares, dont il ne lui reste plus qu'un exemplaire et qu'il tient de son père, un immigré venu d'Europe de l'Est.
 Ray Stussy (Ewan McGregor)

Cette héritage l'oppose depuis à son frère jumeau, Raymond, agent de probation, qui veut désormais que Emmit lui octroie un dédommagement substantiel en espèces sonnantes et trébuchantes.
 Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead)

Mais cette idée, ce loser sympathique de Ray ne l'a pas eue tout seul : enfreignant les règles déontologiques de sa profession, il fréquente une superbe arnaqueuse, Nikki Swango, aussi âpre au gain et fine stratège que sincèrement entichée. Elle lui inspire plusieurs plans, toujours plus pervers, pour obliger Emmit à cracher l'oseille (fausse sex-tape, chantage, etc).
V.M. Vargas (David Thewlis, au centre)

Ce que personne n'avait prévu, c'était que cette affaire de vengeance familiale allait déplaire à V.M. Vargas (prononcez "Varga"...), un affairiste crapuleux, qui a prêté un an auparavant un million de dollars à Emmit et qui, aujourd'hui, en contrepartie, va se servir de son entreprise pour du blanchiment d'argent. Quiconque déplaît à Vargas et ses deux terrifiants sbires ne fait pas long feu...
Commissaire Gloria Burgle (Carrie Coon)

Mais ce que Vargas n'avait pas escompté, c'est l'imbroglio imaginé initialement par Ray pour rançonner Emmit : il avait recruté un de ses prisonniers en liberté conditionnelle, un junkie totalement stupide, pour le charger de voler le fameux dernier timbre rare. Mais, ayant égaré l'adresse d'Emmit, il ne se rend pas au bon endroit et tue un innocent également nommé Stussy... Qui est le beau-père de Gloria Burgle, commissaire de police d'Eden Valley, aussi pugnace que maline !

Cette histoire complètement timbrée, ici à peine résumée (tant elle foisonne de rebondissements) sert de trame à cette saison 3, riche de 10 épisodes de 50 minutes.

Comme vous l'aurez deviné, si vous ne le saviez déjà, Fargo est une déclinaison du film éponyme des frères Coen, sorti en 1996. Le showrunner Noah Hawley a si bien intégré ce qui fit le sel de ce long métrage qu'on croirait la série pilotée par le tandem de cinéastes.

Pourtant, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style, "à la manière de". L'écriture est prodigieusement maîtrisée, mélange de comédie noire et d'intrigue policière, développée selon un tempo rigoureux et une imagination fertile. L'histoire est complexe, certes, mais parfaitement lisible et passionnante (moi, je m'en suis tenu à deux épisodes par jour, sauf à la fin où j'ai enquillé quatre chapitres car je ne pouvais plus attendre de connaître le dénouement, mais les amateurs de "binge-watching" se régaleront avec ces dix heures intenses, hilarantes, surréalistes).

Chaque épisode s'ouvre avec la mention selon laquelle l'histoire s'est vraiment déroulée en 2010 dans le Minnesota, mais que par respect pour les défunts, les noms ont été changés alors que le déroulement des faits respecte scrupuleusement la vérité. J'ignore si c'est authentique ou juste une plaisanterie supplémentaire, mais après tout qu'importe, même si un récit aussi fou a bien pu avoir lieu.

Réalisée avec un brio bluffant (ambiances hypnotiques, rythme implacable, photo magnifique, compositions des plans sensationnelles), la série bénéficie aussi d'un casting éblouissant - et c'est pour lui que j'ai démarré par la saison 3.

Dans Fargo, vous aurez droit à deux Ewan McGregor pour le prix d'un (et s'il ne décroche pas un Emmy Award, je n'y comprends rien car il est époustouflant). Mais vous aurez aussi Mary Elizabeth Winstead, qui est à la fois d'une beauté renversante, qui a le meilleure nom d'héroïne (Nikki Swango !), et qui interprète génialement cette dure-à-cuire. Vous retrouverez David Thewlis dans une composition de salopard répugnant jubilatoire (avec une recette de thé inoubliable...). Et vous sourirez avec la même satisfaction que l'épatante Carrie Coon à la fin (la comédienne est fantastique dans son rôle de flic obstinée).

Enorme kif donc. Ne vous en privez pas !

CAPTAIN BRITAIN & MI13, de Paul Cornell et Leonard Kirk


Une virée en Grande-Bretagne à l'heure du "Brexit" ? (Re)lisons Captain Britain & M.I.13 de Paul Cornell et Leonard Kirk.

La série est lancée comme tie-in à la saga Secret Invasion (Brian Michael Bendis / Leinil Yu) mais la formule s'attire un public de fidèles qui maintiendra le titre à flot pendant une quinzaine d'épisodes, soit trois arcs, et un Annual (que j'ai zappé).

Donc, les Skrulls passent à l'offensive et ciblent l'Angleterre dont ils convoitent la magie. Une unité spéciale, le MI 13, commandée par Pete Wisdom, est sur le pied de guerre pour protéger la population et ce patrimoine bien spéciale. L'équipe compte dans ses rangs Captain Britain, Black Knight, Spitfire, Union Jack.

Cornell réjouit par le rythme avec lequel il mène son affaire : 4 épisodes à fond les ballons, avec destructions massives, morts rapides et résurrections aussi express, nouvelle détentrice d'Excalibur (une femme médecin musulmane et voilée, Faïza Hussain), des démons, des skrulls très hargneux. On ne s'ennuie pas... Parce qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer !

Graphiquement, Leonard Kirk est au diapason, encré par Jesse Delpergang. Il s'amuse visiblement à animer ces scènes d'action spectaculaires, même s'il échoue à donner du volume à Captain Britain (qui semble avoir subi un régime par rapport à celui dessiné par Alan Davis).
En prime, on a droit à des couvertures de Bryan Hitch (pas toujours renversantes, mais disons que ça se remarque). 

On croit qu'après ça, c'est bouclé, mais que nenni ! 

Après Secret Invasion, Cornell annonce Hell goes to Birmingham (sacré titre) et cette fois, l'équipe doit affronter les conséquences d'un geste mal mesuré par Pete Wisdom, qui, pour repousser les skrulls, a libéré des démons. Tous ont accepté de regagner leurs dimensions par loyauté, sauf un : Platko !
au passage, on s'aperçoit que Mr Misery, dans Dr Strange
de Aaron et Bachlo, est la copie conforme de Platko...
C'est pas beau de copier, même une série un peu oubliée !

Platko vend littéralement du rêve aux humains, et ainsi compte asservir le monde. Captain Midlands, une recrue secondaire du MI 13, trahit le groupe que Blade le chasseur de vampires a rejoint - et lorsqu'il apprend que Spitfire tient ses pouvoirs d'un vampire, vous imaginez que ça complique encore plus la situation !

Toujours pied au plancher, Cornell exploite superbement son intrigue avec une menace originale et spectaculaire, qui permet aussi, habilement, d'explorer les fantasmes de chaque membre de l'équipe (Captain Britain retrouve Meggan, bien vivante, mais s'en détourne, persuadée que c'est une illusion ; Faïza et Black Knight commencent à flirter...). C'est très plaisant à lire, sans prétention mais solide.

Pat Oliffe vient remplacer Kirk au dessin le temps de l'épisode 5, tandis que les encreurs se succèdent (Delpergang étant parti au terme du premier arc). Kirk, lui-même, donne tout ce qu'il a dans des planches exigeantes (explosions multiples, figuration importante, etc), et on sent qu'il tire un peu la langue - souvent influencé par Immonen, il n'en a cependant pas la sidérante régularité.

L'histoire se termine par une nuit au clair de la lune. C'est qu'il s'y prépare du vilain...
 Et cette fois, c'est Stuart Immonen qui se colle
aux couvertures : la classe !

La série va s'achever dans un feu d'artifices et un arc plus long (six épisodes), avec un méchant d'envergure : Dracula. Le prince des vampires accepte d'épargner la Latvérie avec le Dr. Fatalis alors qu'il s'apprête à attaquer la Terre en commençant par le Royaume Uni, dont il se méfie (comme les skrulls) à cause de sa concentration magique.

Le père de Faïza est enlevé, le fils de Spitfire l'attire dans un guet-apens, mais Blade a un as dans sa manche : le crâne de Quincy Harker, qui permet de dresser une barrière magique contre les vampires et de les repousser le moment venu : ça va saigner ! Dracula a aussi, croit-il, un joker puisque Fatalis, durant leur négociation, lui a livré Meggan, histoire de piéger Captain Britain !

Vampire Nation est l'histoire la plus folle et la plus inégale du lot : Cornell multiplie les rebondissements avec adresse et tonus mais abuse parfois des surprises providentielles et cède au bain de sang prévisible et violent d'un tel récit. 

En même temps (comme dirait notre nouveau président), il sait tirer parti du matériel dont il dispose : puisque tous les héros de la série sont des seconds couteaux, aucun n'est assuré de s'en tirer, seule l'affection que peut porter le lecteur à l'un ou l'autre fait la différence, mais ça créé un vrai suspense.

Kirk a un point de côté puisqu'il est régulièrement assisté par Ardian Syaf sur plusieurs épisodes et le mélange de leurs deux styles donnent des écarts déroutants. Mais dans l'ensemble, ça reste honorable : Cornell aime quand ça pète de partout, que ça gicle, que ça démonte, que ça ventile façon puzzle, avec un max de figurants et de décors/véhicules qui partent morceaux, donc le(s) dessinateur(s) qui illustre(nt) ça a(ont) intérêt à être costaud(s).

Je me demande ce que cette quinzaine d'épisodes auraient donné avec Alan Davis au dessin : voilà une production qui aurait été parfaite pour lui, d'autant que Cornell sans être Claremont est à l'aise avec ses héros, la dynamique de groupe, un certain humour délirant.

Bon, ça ne vaut pas la grande époque d'Excalibur (celle de Claremont/Davis et plus encore celle de Davis en solo), mais c'est très divertissant.

jeudi 20 juillet 2017

GYPSY (Netflix)


Voilà une série télé que je vous conseille : Gypsy, diffusée sur Netflix, en 10 épisodes (de 50' env.).
  Jean Holloway/Diane Hart (Naomi Watts)

Jean Holloway est pyschanalyste, mariée à Michael, avocat, et mère d'une petite fille. Elle s'occupe principalement de trois patients : 

-Sam Duffy, qui vit difficilement sa séparation d'avec sa girlfriend Sidney Pierce ; 
- Allison Adams, adolescente toxicomane qui a coupé les ponts avec sa famille ; 
- et Rebecca Rogers, sexagénaire qui ne s'assume pas comme mère trop possessive et ne comprend pas que sa fille refuse de la revoir. 
 Michael Holloway (Billy Crudup)

Mais Jean elle-même est une thérapeute trouble et troublée : ainsi a-t-elle l'habitude de poursuivre ses études sur ses patients en dehors du cabinet où elle pratique (avec trois autres collègues). Elle enquête sur la famille et le petit ami d'Allison, sur la fille de Rebecca, et l'ex-fiancée de Sam.
 Joan/Diane et Sidney (Naomi Watts et Sophie Cookson)

Mère et épouse modèle, elle cache tout cela à son mari, dont la secrétaire, très sexy, ne le laisse pas insensible (même s'il refuse d'être infidèle... Jusqu'à ce qu'une rumeur ne se répande à ce sujet après un déplacement professionnel au Texas avec un collègue et ladite secrétaire).
 Joan et Allison (Naomi Watts et Lucy Boynton)

Sous la fausse identité de Diane Hart, pseudo-journaliste, Joan séduit/se laisse séduire par Sidney Pierce, qui travaille comme barista et chante dans un groupe rock ; héberge (dans l'appartement où elle vivait avant de se marier) Allison pour l'éloigner de son copain toxico et violent, et fréquente la fille de Rebecca qui a intégré une sorte de communauté hippie-chic.

Mais à force de jongler avec toutes ces histoires parallèles, de s'y investir au-delà du raisonnable, Joan met en péril sa vie de famille, son travail et son propre équilibre personnel... Jusqu'où conservera-t-elle ses secrets ?

Il y a quelques mois, j'avais suivi Chance, sur Hulu, avec Hugh Laurie et Gretchen Mol, qui mettait également en scène un psy dans une intrigue amoureuse perverse. Remarquable réussite (malgré une fin un peu capillotractée - mais une saison 2 est prévue et devrait permettre de rétablir cela).

Ici, l'atout de Gypsy (qui, au passage, a provoqué une polémique absurde aux Etats-Unis car le titre indisposait des associations estimant que cela stigmatisait la population gitane !), c'est encore une fois son casting, sensationnel, et en première place Naomi Watts (qui est aussi productrice du show créé par Lisa Rubin). L'actrice est sublime dans son rôle, à la fois sensuelle (à 48 ans, elle n'a jamais été aussi belle) et borderline : son jeu, tout en finesse, est admirable, réussissant à exprimer les émotions intenses qui agitent son personnage avec une subtilité rare. Et puis quelle classe !

Elle est bien entourée : Billy Crudup est excellent dans le rôle du mari, Sophie Cookson incarne l'objet du désir à la perfection, Lucy Boynton est épatante en toxico (dont le secret, une fois révélé, donne une dimension renversante à son histoire)...

L'écriture diffuse une ambiance ouatée très prenante, jouant sur l'image d'une héroïne trop parfaite pour être honnête, toujours sur la corde raide. Les relations entre les personnages sont riches, complexes, et le récit se déroule en conservant une tension constante, sans céder à la facilité d'effets classiques.

Le seul bémol concerne la réalisation, inégale - en particulier quand il s'agit de visualiser les fantasmes de Joan/Diane. Mais cette réserve mise à part, la production est très soignée, on ne s'ennuie jamais (et une saison de 10 épisodes l'empêche quand elle est bien structurée).

Une réussite.

INFERNO, de Stuart Immonen

 


 y a une bonne vingtaine d'années...

... Stuart Immonen bossait alors chez DC : une partie conséquente de son travail que je connais mal (voire très mal), et qui m'a donné envie de lire cette mini-série culte, Inferno, dont il signe scénario et dessins, avec déjà Wade Von Grawbadger à l'encrage.

L'histoire est assez curieuse : elle implique une jeune femme, membre de la Légion des Super-Héros, toutes deux temporairement établies au XXème siècle. Coincée dans un supermarché, Inferno entend des voix et se lie à un groupe d'adolescentes, dont l'une d'elles est recherchée par la police car elle a fugué. 
Tout en faisant connaissance avec ces filles, Inferno a des "absences" au cours desquelles elle se remémore sa jeunesse (confiée par ses parents à des laborantins qui ont analysé ses pouvoirs et appris à les maîtriser) et doit affronter ses démons (entre succomber à sa peur du noir et à une étrange créature qui se renforce grâce à cette phobie, ou surmonter son tempérament volcanique et s'émanciper de la LSH).

Dans la postface du dernier épisode (la série en compte quatre), Immonen explique la genèse compliquée de ce projet, dont l'héroïne était négligée, et alors que lui-même était par ailleurs fort affairé par ses épisodes de Adventures of Superman. C'est en profitant du désintérêt des éditeurs pour le personnage et en jouissant d'une liberté totale pour concevoir ses épisodes (notamment en créant des couvertures atypiques, inspirés des mangas) qu'il a réalisé ceci.

Brodant sur le passage à l'âge adulte, s'amusant avec le pouvoir pyrotechnique de l'héroïne correspondant à son caractère ombrageux, Immonen déroute par sa narration entre rêve et réalité, qui convoque un panda énigmatique (selon le principe que la différence entre un mystère et une énigme est qu'une énigme a toujours une solution). C'est habile, mais étrange.

Visuellement, le trait d'Immonen n'a rien à voir avec celui qu'on lui connaît aujourd'hui (ou plutôt avec ceux qu'on lui connait tant il a pris l'habitude de changer de style à chaque projet). A cette époque, il est clairement sous l'influence d'Adam Hughes : le résultat est très élégant et classique, avec déjà une narration exceptionnellement fluide et dynamique. Même le look assez kitsch d'Inferno passe bien grâce à ça.

Il faudra que je trouve le temps de me plonger plus avant dans ce DC-Immonen désormais...

mercredi 19 juillet 2017

DEFENDERS #1-2-3, de Brian Michael Bendis et David Marquez


Avant de découvrir la version en série télé sur Netflix, à partir du 8 Août prochain, examinons les trois premiers épisodes déjà disponibles de The Defenders, écrits par Brian Michael Bendis et dessinés par David Marquez. Un projet de longue date en vérité puisque le scénariste l'avait annoncé, discrètement lors du dernier épisode de son run sur New Avengers (à l'époque, l'auteur prévoyait de relancer le titre Heroes for Hire, avec Mike Deodato, mais le projet fut retardé pour je-ne-sais-quelle-raison...).

Diamondback is back ! Et il a pour projet de devenir le nouveau baron du crime organisé de New York. Son plan passe autant par la conquête que par la vengeance car, bien renseigné (même si on ignore comment, tout comme on ne sait pas encore comment il est revenu à la vie...), il s'attaque successivement à Jessica Jones (dans son agence), Luke Cage (dans la rue), Matt Murdock (dont il connaît la double identité en tant que Daredevil) et Danny Rand.
Une fois ses adversaires prévenus, il tente d'acheter la complicité de Black Cat qui lui tend un piège, mais va mesurer son erreur, tandis que DD convainc Jessica et Iron Fist de s'allier face à cette menace...

Bendis revient à ses racines, les street-level heroes, avec quatre personnages qu'il a longuement animés précédemment. Il imprime beaucoup de rythme à ce lancement, la cause de la réunion des quatre Defenders est simple et logique pour chacun (et le fait que ce soit DD qui la motive est habile). La dangerosité de l'ennemi est établie de façon tout aussi efficace : ça va chauffer, le méchant n'est pas là pour négocier !

Quant aux fameux dialogues "bendisiens", ils m'ont parus moins abondants qu'à l'accoutumée, donc j'estime que, pour cette fois, on ne pourra guère l'attaquer sur ce point.

David Marquez est un dessinateur qui grandit vite et bien : au début, je le trouvais un peu lisse (voir Ultimate Spider-Man), puis il a subtilement modifié son style (Invincible Iron Man) avant d'être très rapidement placé sur un event (Civil War II, où, compte tenu des contraintes de l'exercice, je l'ai trouvé à l'aise).
Ici, il a un peu durci et noirci son trait et ça lui va bien : ses pages sont découpées simplement, mais ses plans sont soignés (des décors fournis, des angles de vue dynamiques, des persos expressifs). Et la colo de Justin Ponsor ne gâche rien.

On n'est pas dans un décalque comics des productions Netflix avec ces persos. C'est très accrocheur et prometteur. 

Le retour (d'entre les morts) de Diamondback s'est soldé dans un premier temps par une correction en règle de Luke Cage, grâce à l'exploitation d'un de ses points faibles physiques. Direction : la clinique de la Night Nurse.
Cependant, Daredevil interroge Ben Urich sur ce qu'il sait au sujet du vilain et va prêter main forte à Jessica Jones, tandis que Danny Rand lance un audacieux défi au Caïd. Mais attention ! Un vigilant rode dans l'ombre, attentif à ces mouvements dans les bas-fonds...

Bendis est vraiment comme un poisson dans l'eau dans cette intrigue urbaine, et, passé le résumé des faits (de manière astucieuse), il entretient bien la tension engendrée par ce qui est arrivé à Luke. La complémentarité de ces Defenders est brillamment exploitée : de ce point de vue, la scène entre Rand et Fisk est une merveille (qui a de plus le mérite de montrer en effet Danny offensif et profitant de son rang social pour se glisser dans une soirée huppée). 
Un autre très bon moment se déroule dans la clinique de la Nurse Night, avec un invité surprise (mais judicieux). Et puis un grand classique, toujours savoureux, avec DD et Urich.
Pas de dialogues envahissants, mais un rythme très soutenu : pour un peu, on croirait que Bendis a voulu déjouer les attentes de ses détracteurs...

Visuellement, Marquez marque encore des points : il est à l'aise dans les séquences calmes, mais s'éclate et maîtrise les bastons (l'irruption de DD dans le repaire de Diamondback est superbement mise en scène et la bagarre qui suit est spectaculaire, avec des angles de vue très dynamiques - voir ci-dessus).

La colo de Ponsor est parfaite, traduisant bien cette ambiance entre chien et loup, sans couvrir le trait de Marquez. On sent qu'il y a eu un gros travail de préparation en amont entre chaque membre de l'équipe créative.

Très efficace. Vivement la suite !

(Par ailleurs, et c'est un motif de satisfaction supplémentaire, Marvel a eu la bonne idée de ne pas parasiter Defenders avec cette connerie sidérale de Secret Empire. Bendis a-t-il négocié cela pour démarrer tranquillement ce titre ? Et peut-être signifier son opinion envers cet event ? En tout cas, ça prouve que les séries les plus agréables à lire sont celles qui ne dépendent pas de ces grosses sagas, quand bien même ses personnages y figurent au milieu d'une foule d'autres...)

Après avoir reçu un avertissement du Punisher, Daredevil, Iron Fist et Jessica Jones rejoignent Luke Cage chez la Night Nurse et, avec pas de monde en ville, font le point sur le retour et les objectifs de Diamondback (auquel Black Cat vient d'oser tourner le dos). Comment, déjà, peut-il être revenu des morts ? Mais surtout il faut gérer Frank Castle qui, lui, veut surtout s'assurer que le prétendant au titre de nouveau Caïd de New York retourne en enfer...
 
 
 

Le récit de Brian Bendis continue à se développer sur un rythme soutenu, son aisance à animer ces personnages et à développer cette intrigue, en maintenant quelques interrogations, et en dosant les guests, en fait une série très plaisante. La dialoguiste revient de manière plus appuyé, mais la séquence principale (où les Defenders - et d'autres acteurs - cogitent sur les tenants et aboutissants) prouve surtout que le scénariste a bien révisé les antécédents de Luke Cage et Diamondback.

Et, une fois encore, l'épisode se conclut sur une image choc (qui est aussi un hommage à une célèbre scène de Batman...), qui renforce à la fois la dangerosité du méchant mais surtout donne envie de vite découvrir la suite.

David Marquez s'illustre avec moins de plages d'action mais sa gestion des séquences d'échanges est très astucieuse et simple (l'usage de gaufriers). Il n'use que d'une double-page (à la mise en scène diaboliquement fluide). S'il maîtrise tout le casting, sa manière de représenter Iron Fist (même dans ce costume que je n'aime pas) est remarquable.

Je vais me répéter, mais, même si vous n'êtes pas client de Bendis, essayez ses Defenders : ça envoie du bois !