dimanche 25 septembre 2022

MES PREMIERES FOIS (Saison 3) (Netflix)


Alors que Netflix annonce ce week-end plusieurs de ses programmes à venir dans les prochains mois, les fans de Never Have I Ever ont pu découvrir un amusant trailer pour la saison 4 de la série, qui sera aussi la dernière. En attendant de découvrir les dix ultimes épisodes de Mes Premières Fois, j'ai déjà terminé la saison 3. Peut-être la plus mouvementée, assurément celle où les personnages connaissent leur évolution la plus radicale.
 

Désormais officiellement en couple avec Paxton, Devi mesure à quel point elle est jalousée quand elle surprend dans les toilettes du lycée Shira et Zoe prétendre que Paxton a eu pitié d'elle. Le Dr. Ryan conseille à Devi de les ignorer. Conseil dont Devi va bien entendu ignorer pour affronter ces comères et s'apercevoir qu'elles médisent sur tout le monde. Kamala, elle, rompt avec Prashant en lui expliquant ne pas être prête à se marier et avoir des enfants. Quant à Fabiiola, elle apprend que Eve doit quitter le lycée pour partir en Asie.


Devi reçoit un message anonyme sur son téléphone qui la met en garde contre Paxton. Avec l'aide de Fabiola et Eleanor, elle mène l'enquête et identifie l'auteur du message : ils 'agit d'Haley, flûtiste dans l'orchestre du lycée, qui lui raconte qu'après avoir couché avec Paxton, celui-ci l'a ensuite ignorée et quittée.  Paxton rassure Devi et pour prouver qu'il a changé s'excuse auprès de Haley et des autres filles qu'il a pu blesser. Fabiola, épuisée par les conversations téléphoniques longue distance et le décalage horaire, se résigne à rompre avec Eve. Aneesa, elle aussi, quitte Ben qui la traite, comme tout le monde, avec trop de condescendance. Fabiola et Aneesa échangent un baiser dans les toilettes sans comprendre ce qui leur a pris.
 

Pour la Saint-Valentin, un test de compatibilité informatique détermine quelle est l'âme soeur de chaque élève et Haley est celle qui correspond le mieux à Paxton, ce qui provoque évidemment la jalousie de Devi. Bien que ce dernier lui jure ne plus avoir de sentiments pour son ex, Devi doute et Paxton préfère faire un break. Nalini fait la connaissance de Rhyah avec laquelle elle sympathise lors d'une consultation à son cabinet et Kamala tente de convaincre Nirmala que Manish est l'homme qu'elle aime.


Sept mois d'écoulent. Paxton a une nouvelle copine, Phoebe, et Trent, son meilleur ami, le charge avec Elenaor de lui préparer sa fête d'anniversaire. Devi ne peut y participer car elle doit assister à une soirée organisée par Nirmala au cours de laquelle Manish fait des efforts pour convaincre la grand-mère de Kamala qu'il est digne d'elle. Rhyah parle de son fils, Nerdish "Des", à Nalini et celle-ci demande à Devi de l'inviter à la fête de Trent. D'abord réticente, la jeune fille se ravise en découvrant qu'il s'agit d'un jeune homme très séduisant.


Quelque semaines après, Devi est sans nouvelles de Des alors qu'il avait promis de la rappeler. Elle accepte alors d'aider au service d'une soirée clandestine des élèves du cours d'art dramatique de Elenaor et jette son dévolu sur Alejnadro, un guitariste. Aneesa en repartent ensemble, officialisant ainsi leur union. Kamala, lassée des jérémiades de Nirmala, décide, elle, de déménager de chez Nalini.
 

Espérant depuis toujours être admis dans la prestigieuse université de Columbia, comme son père avant lui, Ben se met une pression folle, au point de tomber malade. Conduit à l'hôpital par Paxton, après avoir fait un malaise dans un couloir du lycée, il en profite pour mieux connaître son ex-rival auprès de Devi. Il aide ainsi Paxton à rédiger une lettre de recommandation pour la fac qu'il veut intégrer et Ben promet de se détendre en abandonnant quelques activités au lycée. Son père lui jure qu'il sera fier de lui, quoiqu'il arrive.


L'équipe des débatteurs de Sherman Oaks doit affronter celle du lycée de Des. Enviant les moyens de l'établissement privé de son petit ami, Devi décide de tricher pour s'assurer la victoire en finale face à Des. Mais Manish, qui arbitre les échanges, s'en rend compte et le révèle à Nalini, mais le tait à la principale du lycée pour ne pas accabler Devi. Ce geste plait à Nirmala qui, enfin, considère avec respect l'élu du coeur de Kamala. De son côté, Paxton met fin à sa relation avec Phoebe après avoir observé la complicité amoureuse de Trent et Elenaor.


Pour profiter d'une soirée avec Des, Devi distribue des billets pour une comédie musicale que lui a offerte une de ses profs. Mais Des arrive avec deux amis, dont l'un, Parker, souffre du divorce actuel de ses parents et manque de casser une raquette de McEnroe que Mohan avait acquise. Bouleversée, Devi est réconfortée par Paxton, venu apporter de l'alcool, ce qui provoque la jalousie de Des. Ben s'inscrit à un cours de dessin où la prof lui impose une tutrice, Margot.


A la surprise de Devi et Des, leurs mères approuvent leur relation. Pourtant, après un concert de l'orchestre du lycée, le premier auquel participe Devi depuis la mort de son père, Rhyah ordonne à son fils de rompre avec elle car elle l'a trouvée dans les toilettes en pleine crise de panique, jurant avoir vu Mohan dans le public. Ben, responsable du vestiaire ce soir-là, a tout entendu et le répéte à Devi qui refuse de le croire. Mais, dans le doute, elle décide d'en parler avec Des qui confirme. Nalini défend Devi et coupe les ponts avec Rhyah aussitôt. Paxton apprend qu'il est admis à l'université d'Arizona tandis que Fabiola revoit Addison, l'amie de Des, après que Aneesa ait compris que leur couple ne fonctionnait pas.


Devi reçoit une brochure de Shrubland, une école préparatoire réservée aux meilleurs élèves de lycée. Elle visite l'endroit, dans le Colorado, avec sa mère et tombe sous le charme des enseignements dispensés, même si cela signifie qu'elle doit déménager et être loin de ses amies pendant un an. Ben se montre dédaigneux comme d'habitude quand elle lui en parle. Mais Paxton, désigné pour prononcer le discours lors de la remise des diplômes, remercie, sans la nommer, Devi pour l'avoir aidé quand ses notes étaient au plus bas. Elenaor et Trent d'un côté, Fabiola et Addison de l'autre perdent leur virginité la même nuit. Ben s'excuse auprès de Devi en lui expliquant qu'il souhaiterait qu'elle reste en Terminale avec lui à Sherman Oaks l'an prochain. Devi annonce à sa mère qu'elle renonce à Shrubland pour profiter d'elle un an de plus. Puis, le soir venu, elle va frapper à la porte du garçon qu'elle a choisi pour, à son tour, perdre sa virginité...

Et non, je ne vous spoilerai pas sur l'identité de l'élu de Devi ! Peut-être cela suffira-t-il à vous donner l'envie de regarder la série jusqu'au terme de cette saison 3 en attendant la mise en ligne de la quatrième et dernière en 2023 (bon, je ne me fais guère d'illusions vu que ma critique de la saison 2 a fait très peu de vues, alors que pour la saison 1 j'avais fait un bon score).

Revenons à Devi, sa vie, son oeuvre, ses amours, sa famille. Même si je suis sûr que cette adolescente irésistible me manquera dans les prochains mois et encore plus quand j'aurai englouti les dix derniers épisodes de la série, je salue quand même le fait que les créateurs, Mandy Kaling et Lang Fisher, ne tirent pas trop sur la corde et ne gâchent le show.

Car, peut-être ne l'ai-je pas précédemment assez souligné, si Mes Premières Fois me charme autant, c'est d'abord pour son subtil dosage entre comédie et émotion. Comme beaucoup de teen séries, elle n'est pas exempte de clichés, de facilités, de traits un peu grossiers, mais comme Sex Education, l'ensemble est quand même miraculeusement bien équilibré.

Le format même de la série est bien pensé : des épisodes d'une demi-heure, dix par saisons, un casting bien tenu, des acteurs bien choisis. Ce n'est jamais trop. On n'a pas le temps de s'ennuyer ou de repérer des ficelles un peu trop visibles, les effets de répétition ne sont pas dérangeants, et c'est un petit exploit.

Car, sans ça, reconnaissons-le, les amours de cette jeune fille, ses gaffes, pouraient lasser un brin. Cela fait trente épisodes qu'elle hésite entre le beau gosse Paxton et l'intello arrogant Ben, qu'elle subit la sévérité de sa mère, la présence d'une cousine plus âgée, et d'une grand-mère traditionnaliste, tout en devant composer avec le deuil de son père. L'abbattage de la formidablle Maitreyi Ramakrishnan fait énormément pour la série, mais elle n'est pas seule, cela ne suffirait pas.

Par exemple, alors que jusqu'à présent, chaque saison semblait se dérouler sans interruption temporelle, cette fois, en deux occasions, on trouve des ellipses pour souligner que les événements ne se succédent pas d'un trait. Le quatrième épisode se situe sept mois après le troisième et juste après la rupture entre Paxton et Devi. Les deux anciens tourtereaux ont refait leur petite vie amoureuse, Paxton avec Phoebe, une jolie blonde écervelée, et à la fin de ce chapitre, Devi va rencontrer Des.

Cet indien séduisant va bousculer la mécanique bien réglée de la série, sans pour autant la révolutionner. Mais disons que l'héroîne ne considère plus ni Paxton ni Ben comme ses cibles romantiques. Cependant, le spectateur voit débarquer Des avec une pointe de méfiance, sans doute parce qu'au fond on aimerait quand même que Devi lui préfère encore Paxton ou Ben, mais aussi, surtout, parce qu'il semble trop beau pour être honnête, il tombe à point trop nommé et donc on se doute que ça ne va pas tout résoudre.

Parallèlement, Nalini, la mère de Devi, devient l'ami de la mère de Des, Rhyah. La série offre à Poorna Jagannathan l'opportunité d'interpréter son personnage de manière plus nuancée qu'auparavant. Nalini n'était pas très sympathique dans sa situation de mère célibataire et veuve, sans cesse obligée de réprimander sa fille. Avec Rhyah, elle se détend et les scénaristes ne vont plus revenir en arrière, c'est un vrai tournant, qui nous rend Nalini plus sympathique, plus maternelle, mieux attentionnée.

L'autre bénéficiaire du nouveau statu quo dans la vie sentimentale de Devi est sa cousine, Kamala. Ayant rompu avec son prétendant pour fréquenter Manish, un des profs de Devi, elle doit affronter Nirmala, la grand-mère qui ne voit pas cette relation d'un bon oeil. Manish n'est même pas né en Inde, il se fiche des traditions, ce n'est qu'un modeste enseignant d'une école publique : pas le profil du gendre idéal. Mais pour le public, c'est un homme aimable, drôle, charmant, et donc on n'a aucun mal à soutenir le choix de Kamala. Lorsque, enfin, Nirmala baisse la garde, les planètes s'alignent et la grand-mère bénéficie de la clémence des spectateurs qui, comme avec Nalini, désespérait de lui trouver des qualités.

Ce qui convainc sans doute moins, ce sont des abandons de la saison 2 (où est passé le Dr. Chris Jackson que voyait Nalini ?) ou des valses-hésitations manifestes de la part des auteurs (la romance tordue entre Aneesa et Fabiola qui ne mène à rien). On préfère encore rire de bon coeur avec le couple improbable formé par Trent, ce nigaud attachant, et Elenaor, toujours aussi délurée, car leur amour est en fait sincère et solide.

Cependant, c'est en osant une séquence plus cruelle que la série grandit vraiment et prend des risques pour faire mûrir son héroïne et son entourage. Je veux bien sûr parler de l'épisode 9 dans lequel Rhyah surprend Devi en pleine crise d'angoisse et que, ensuite, apeurée, elle ordonne à Des de rompre avec elle. La réaction de Nalini envers Devi est émouvante, mais surtout, comme lors de la soirée au cours de laquelle le copain de Des, Parker, manque de casser la raquette fêtiche de Mohan, Devi mesure à quel point ni son attitude excentrique ni son obstination à ne pas se fier à sa famille ne l'empêchent de souffrir et de remonter la pente.

Tout ça trouve un aboutissement dans le dernier épisode dont il faut moins retenir la visite à Shrubland ou même le choix du garçon avec lequel Devi va coucher, mais bien la scène où, en rentrant chez elle après le discours de Paxton et le bref dialogue avec Ben, elle fond en larmes en apercevant sa mère sur le perron de leur maison. A cet instant, elle comprend à quel point leur relation a changé, profondément, et surtout à quel point la vie est fragile, trop fragile pour ne pas profiter un an de plus des gens qu'on aime plutôt que d'aller dans une école réputée avant l'université. Difficile, à mon avis, de ne pas regarder cette scène sans avoir la gorge serrée.

Rien que pour cet épilogue, la troisième saison de Mes Premières Fois est une réussite. On rit de bon coeur à de multiples occasions, le casting est parfait (mentions à  Ranjita Chakravarty alias Nirmala, Ramona Young alias Elenaor, Benjamin Norris alias Trent et Utkarsh Ambudkar alias Manish). Mais voilà qu'on est authentiquement ému. Et ça, on ne s'y attendait pas/plus.

De quoi attendre avec intérêt la saison 4. Avant de dire adieu à cette troupe. Le coeur gros, mais avec des rires en souvenirs.

FABLES #155, de Bill Willingham et Mark Buckingham


Cette cinquième partie de l'arc The Black Forest de Fables est un nouvel exemple que des scénaristes expérimentés comme Bill Willingham savent prendre le lecteur par la main tout en ne le laissant voir que ce que lui désire. Les multiples intrigues progressent à pas de loup mais suscitent notre curiosité. Et, comme d'habitude, Mark Buckingham nous ravit avec ses superbes planches.


Washington. Cendrillon s'invite pour proposer ses services à une réunion au Pentagone où militaires et politiques discutent de la menace potentielle que représentent les Fables.


La Forêt Noire. Connor Wolf continue son périple aux côtés du chevalier errant, Kit Helconer. Mais il s'aperçoit vite que ce dernier applique une justice très expéditive contre tous ceux qu'il croise.


New York. GreenJack/Gwen et Mme Ours recherchent celui ou celle qui menace la Forêt Noire. En ville, Peter Pan et Clochette réfléchissent au moyen de récupérer les territoires de Gepetto.


La Forêt Noire. Blossom a libéré des coffres enchaînés le père de Herne, le dieu cerf. Mais le jeune homme, reconnaissant, jure de servir la jeune fille à présent.

Je ne veux pas avoir l'air de jouer les vieux cons mais actuellement je trouve que ceux qu'on appelle les vétérans parmi les scénaristes de comics donnent souvent une leçon de storytelling aux plus jeunes. A l'exception de Christopher Priest (61 ans) qui me désarçonne un peu trop avec Black Adam, les scripts de Mark Waid (60 ans) pour World's Finest et donc de Bill Willingham (65 ans)  pour Fables sont quand même sacrément bons.

En examinant ma pile de lectures, j'ai pu constaté que, ces derniers mois, mes préférences allaient à des auteurs expérimentés qui savaient où ils allaient et qui, sous un certain classicisme, livraient des histoires solides. Et, en vérité, je préfére ça, j'aime qu'on me prenne la main et qu'on réussisse à me surprendre sans faire le malin, sans prétendre réinventer la roue.

Un exemple parmi d'autres de cette solidité dans l'écriture se vérifie avec la pratique de la narration parallèle, un procédé vieux comme les comics mais qui révèle si le scénariste sait construire un script. Pour cela, il suffit d'une ou deux pistes narratives simultanées minimum que l'auteur arrive à exploiter à parts égales tout en entetenant le suspense jusqu'au climax, à la convergences de ces lignes narratives. Si ça ne fonctionne pas, ça se voit très vite et l'histoire se déroule alors laborieusement, la lecture est hachée.

Priest s'est pris les pieds dans le tapis sur Black Adam avec cette narration, à cause d'un manque de ryhtme et de consistance. Mais Waid fait des étincelles avec sur World's Finest. Et Willingham s'en sert comme d'un virtuose puisque Fables a souvent (pour ne pas dire tout le temps) jonglé avec une multitude de personnages et donc de lignes narratives.

C'est encore le cas ce mois-ci avec cette cinquième partie de l'arc de la Forêt Noire, correspondant au n°155 de Fables. On suit en parallèle Cendrillon, Connot Wolf, Blossom Wolf, GreenJack. Quatre personnages, autant d'hstoires parallèles. Et  toutes sont accrocheuses, maîtrisées, intrigantes. C'est presque une leçon que donne Willingham dans sa gestion narrative.

Souvent, pourtant, l'auteur ne progresse qu'à pas comptés : Cendrillon, par exemple, fait juste son entrée dans une salle de réunion du Pentagone, et c'est tout. Mais cela suffit à amorcer quelque chose qui sera développé ultérieurement et qui surtout se préoccupe d'un aspect important (comment les humains envisagent la cohabitation avec les Fables ? Sont-elles des menaces ?). Dans le cas de Greenjack aussi, c'est un tout petit pas en avant puisque, perdue dans les rues de New York où elle cherche celui/celle qui menacerait la Forêt Noire, elle croise sans le voir Peter Pan et Clochette qui planifient la reconquête des territoires perdus par Gepetto. N'empêche : Willingham suggère que Greenjack et Peter Pan vont sûrement se revoir et sans doute s'affronter.

Plus consistant, ce qui implique Connor Wolf et Kit Helconer : ce dernier s'avère un personnage inquiétant, qui n'hésite pas à dégainer son épée pour occire tous ceux qu'il juge suspect de mauvaises actions (des bandits) ou contre nature (des créatures de la Forêt Noire). Pour Connor qui voulait, comme se frères et soeurs, vivre une grande aventure, c'est inquiétant. Pour Blossom Wolf, qui a libéré le dieu cerf du coffre dans lequel il était enfermé, c'est plus mitigé : elle craint d'avoir commis une terrible bourde mais fait la connaissance de Herne, le fils du dieu cerf, qui, pour la remercier de lui avoir rendu sa liberté, devient son servant.

Tout coule de source, rien ne vient heurter la lecture. Et en matière de subplots, ce que si peu de scénaristes maîtrisent, c'est carrément magistral. Cet arc de Fables est tellement riche qu'on peut même se demander si tout va être résolu dans les sept épisodes restants, ce qui signifie qu'on ne risque pas de s'ennuyer, qu'il y aura de quoi lire, vibrer. Combien de comics sont aussi riches, denses, et excitants ?

Et combien ont une dessinateur si parfaitement en phase avec le scénariste ? Dans un milieu où les artistes ont non seulement du mal à enchaîner les épisodes mais sont en plus fréquemment déplacés d'une série à une autre par des editors voulant privilégier les titres les plus exposés avec les dessinateurs les plus populaires, que c'est agréable de savoir qu'on va lire tout une histoire de douze épisodes avec le même dessinateur.

Mark Buckingham n'est pas, lui non plus, un perdreau de l'année : à 56 ans, il en a vu passer, mais son expérience en tant qu'encreur puis de dessinateur, et sa complicité éprouvée avec Willingham est quelque chose qui ne doit rien à des caprices éditoriaux, à la côte de popularité, encore moins à une difficulté à enchaîner les épisodes.

Buckingham est entouré par le même encreur depuis des lustres (Steve Leialoha), du même coloriste (Lee Loughridge) : à eux trois, ils forment une équipe soudée, qui se connaît parfaitement. Buckingham n'est pas une star, c'est un artisan consciencieux, qui aodre cet univers, qui a établi esthétiquement la majorité des personnages même s'il n'a pas été le premier choix pour dessiner la série. N'empêche, son nom est désormais indissociable du titre.

Il découpe quasi invariablement ses planches en "gaufrier" de quatre cases, avec comme influence assumée la simplicité d'un Jack Kirby. Peu de plans donc mais à chaque fois bien composés, avec des décors détaillés. C'est aussi cela qui rend la lecture si fluide, si facile, on n'est jamais perdu malgré la multiplicité des lieux et des acteurs de l'histoire. C'est tout con, mais si un peu plus d'artistes appliquaient cette sobriété, non seulement ils se fatigueraient moins et donc ils enchaîneraient plus facilement, avec pour le lecteur un confort de lecture supplémentaire. 

Je ne dis pas que tous les comics devraient ressembler à Fables, mais il y a avec Fables matière à réflexion, au niveau de l'écriture et des dessins. Quelque chose qui ressemblerait à de l'humilité, et qui renvoie à l'essence des comics, ce que certains jugent avec mépris comme de la sous-littérature, et que d'autres estiment comme un divertissement populaire, mais qui, quand c'est bien fait, se reconnait immédiatement, quel que soit le nom qu'on lui donne.  

La variant cover de Mark Buckingham.

samedi 24 septembre 2022

JANE FOSTER &THE MIGHTY THOR, de Torunn Gronbekk et Michael Dowling

 

Ce pénultième épisode de Jane Foster & the Mighty Thor déçoit un peu. Torunn Gronbekk semble un peu embarrasée au moment de (presque) conclure, comme si elle mesurait la (trop ?) grande ambition de son histoire par rapport au nombre d'épisodes dont elle dispose. Michael Dowling livre de belles planches, mais s'en sort mieux.



Transpercé par deux flèches, Thor gît dans les bras de Jane Foster. Le désespoir l'étreint et autour d'elle, tout la renvoie aux moments douloureux de son passé.


Asgard est à feu et à sang. La cité des dieux subit les assauts des elfes noirs menés par Kurse. Lady Sif perçoit en outre la présence du traître Tyr Odinson et en avise Beta Ray Bill.


Tandis que Jane Foster tente de se ressaisir face aux cauchemars qui l'assaillent, Thor se rétablit. Il la rassure et l'amour qui les unit a raison de l'environnement hostile du royaume des rêves où ils sont.
 

Tyr fait face à Lady Sif et invoque les esprits des morts pour terrasser la résistance asgardienne. Puis il s'avance sur le Bifrost à la rencontre de celui qui a conduit cette bataille et s'en est nourri...

Le rideau va bientôt se baisser sur cette mini-série et comme souvent dans le cas de celles produites par Marvel, on retrouve cette impression de précipitation et de manque d'espace. Contrairement à DC qui s'engage dans des histoires en huit, dix, douze chapitres, même si ce n'est pas toujours un calcul gagnant, mais qui laissent aux auteurs le temps de développer leurs arguments.

L'ambition, ce n'est pas ce qui a manquée à Torunn Gronbekk et on ne peut que la féliciter de ne pas nous avoir servi une intrigue au rabais, juste pour meubler et/ou surfer sur la sortie d'un film (en l'occurrence le très discutable Thor : Love and Thunder). Mais la scénariste aurait certainement préféré avoir plus de temps et donc de lattitude pour écrire ce qu'elle avait à dire.

Comme depuis le début, l'épisode utilise une narration parallèle : d'un côté, la guerre sur Asgard lancée par Kurse, les elfes noirs et Tyr, missionnés par un énigmatique personnage dont on ignore toujours l'identité et le mobile ; de l'autre, les retrouvailles de Jane Foster et Thor.

La bataille sur Asgard est sans doute celle qui souffre le plus du format de cette mini-série. Gronbekk n'a pas eu froid aux yeux en se lançant dans une entreprise pareille parce qu'elle a voulu que cette attaque soit vraiment épique et que Lady Sif, Beta Ray Bill et les Valkyries soient en réelle difficulté face à leurs ennemis. Pourtant, on sent bien qu'en plusieurs occasions, depuis quatre épisodes, la scénariste aurait aimé mettre en scène ce conflit comme une pièce plus importante, en lui accordant plus de pages.

Au lieu de ça, elle doit aller d'un personnage à un autre, d'un duel à un autre : Ruña contre Kurse, Lady Sif contre Tyr, Beta Ray Bill et Tori contre les elfes, et d'autres guerriers emportés par les bombes trous noirs lancés sur la cité céleste. Cela donne l'impression d'assister à une zapping où tout est survolé mais rien n'est creusé. Par exemple, il y a une scène où Tyr invoque l'esprit des morts, parmi lesquels celui qui a maudit jadis les valkyries : à ce moment, Kurse et Ruña s'affrontent sur un bâteau volant et Ruña se jette dans le vide en entraînant avec elle Kurse, autant pour le tuer que pour échapper à l'esprit qui fond sur elle.

Le souci, c'est que cette action spectaculaire et dramatique est noyée dans un ensemble d'autres actions et la dimension sacrificielle du geste de Ruña manque alors d'intensité. Idem quand Lady Sif se jette contre Tyr sans l'affronter vraiment, du couo il a la voie libre pour atteindre le Bifrost où l'attend un personnage important. Quant à Beta Ray Bill, il fait juste de la figuration, ce qui est un comble pour le ministre de la défense d'Asgard.

L'autre partie du récit, avec Jane et Thor, est plus aboutie, simplement parce qu'elle s'éparpille moins. L'environnement du royaume des rêves et la façon dont il éprouve Jane donnent lieu à des scènes poignantes, où Jane revit les moments les plus douloureux de son passé, depuis la mort de sa mère jusqu'au cander qui faillit l'emporter elle-même.

Toutefois, ce qui est étrange dans cette histoire, c'est à quel point Thor en aura été absent. Quand il aura été recherché par Jane jusqu'au moment où elle le retrouve, le Mighty Thor du titre aura été transparent. Sans doute que son heure viendra dans le dernier épisode, mais c'est frustrant car j'avais imaginé quelque chose de plus tendu, axé autour du fait que Jane a été la Puissante Thor un temps et qu'elle semble regretter de ne plus l'être (même si elle a hérité de grands pouvoirs en sa qualité de Valkyrie).

Michael Dowling fait ce qu'il a à faire et ses planches conservent une belle allure. Ce n'est pas un artiste vraiment à l'aise avec l'action, le grand spectacle, son découpage manque cruellement de dynamisme. Mais son dessin est agréable à lire, toujours lisible, avec des compositions très étudiées.

Quand il doit mettre en images la bataille d'Asgard, il fait des efforts louables et là aussi, avec quelques pages supplémentaires, il aurait peut-être pu épater davantage. En tout cas, il y avait du potentiel. Il intègre par ailleurs bien les effets infographiques à ses planches et si son trait à quelque chose d'un peu froid, ce n'est pas trop dérangeant.

Mais on sent bien qu'il préfère les moments plus instropectifs comme en témoignent les pages dans le royaume des rêves. Car Dowling est inspiré par Jane Foster : il a du mal à la représenter diminuée, malade, il lui conserve une beauté même dans ses pires souvenirs, une sorte de noblesse, de dignité. Déjà, quand il dessinait des épisodes de Black Cat (écrits par Jed MacKay), il réussissait très bien à animer les personnages féminins, mieux que les masculins.

Les couleurs de Jesus Arbutov offrent des contrastes soignés, entre le bruit et la fureur asgardiens et la douceur du royaume des rêves. Son travail s'accorde très harmonieusement au trait de Dowling.

On va voir comment tout ça se termine, surtout en prenant en compte le personnage qui apparaît à la toute dernière page, qu'on n'a pas vu depuis longtemps (ce qui singifie peut-être que Marvel a des plans pour lui).

MES PREMIERES FOIS (Saison 2) (Netflix)


Avant de terminer mes critiques comics de cette semaine, faisons une pause pour parler de la saison 2 de Mes Premières Fois que j'ai visionné ces derniers jours (et alors que je suis en train de terminer la saison 3). Disponible sur Netflix depuis 2021, elle compte encore dix épisodes et reste toujours aussi enthousiasmante, grâce à la prodigieuse Maitreyi Ramakrishnan, soutenue par une belle troupe d'acteurs, dont certaines nouvelles têtes.


De retour chez elle après avoir dispersé les cendres de son père, Devi trouve sur le pas de sa porte Paxton avec lequel elle accepte une soirée en tête-à-tête romantique. Devi consulte ses amies Fabiola et Elenaor pour déterminer qui de Ben ou Paxton lui convient le mieux. Mais elle choisit de ne pas choisir et de fréquenter les deux garçons en même temps à leur insu. Kamala intègre l'équipe d'assistants du Dr. Elgin Peters mais elle est cantonnée à des tâches ingrates par Evan, le chef du groupe. En prévision de son départ en Inde, Nalini cède contre une bonne somme sa patientèle au Dr. Jackson avec lequel elle est pourtant en mauvais termes.


Devi prépare sa soirée romantique avec Paxton mais la nouvelle se répand et elle doit modifier ses plans pour organiser une grande fête à laquelle Elenaor invite par accident Ben. La situation dégénère quand Ben et Paxton découvrent le double jeu de Devi et rompent avec elle. Paxton est percuté par un invité en voiture en quittant la maison et, transporté à l'hôpital, il en ressort avec un bras cassé. Nalini arrive en Inde mais ses parents préférent vaquer à leurs occupations mondaines que de la recevoir tandis que sa belle-mère, Nirmala, lui explique qu'elle est désormais trop occidentalisée pour supporter la vie ici.


Suite à sa blessure, Paxton ne peut plus nager avec l'équipe du lycée et voit ses chances d'intégrer une bonne université compromises. Pour se faire pardonner, Devi accepte de l'aider et il en profite pour lui donner à faire ses devoirs. Cependant, pris de remords,  il s'excuse et pardonne à Devi, qui continue à le soutenir pour faire remonter sa moyenne générale.
 

Nalini revient d'Inde avec Nirmala dans ses bagages et annonce à Devi et Kamala que le retour au pays est annulé. Devi, heureuse de ce revirement, n'en profite pas longtemps car une nouvelle élève indienne, Aneesa, intègre sa classe et sympathise avec Ben. Kamala, de son côté, s'épanche sur sa situation au sein de l'équipe d'assistants auprès de Prashant qui lui conseille de faire profil bas.


Rappelée à l'ordre par la principale du lycée, Devi doit faire des efforts en éducation sportive et accepte, à contrecoeur, de partiiciper à une course de cross en relais. Elle fait équipe avec Ben et Aneesa en comptant briser leur couple naissant. Lorsqu'elle les perd de vue, elle lance alors une rumeur comme quoi Aneesa aurait échoué au lycée de Sherman Oaks parce qu'elle souffre d'anorexie. Fabiola, elle, profite de l'occasion pour présenter Eve à sa mère qui les encourage à se présenter comme reines du bal de promo à la fin de l'année.


La principale du lucée est mise au courant par Aneesa de l'ignoble rumeur qui court à son sujet et confie à Devi le soin d'enquêter. Pour ne pas être confondue, elle accable Zoe et Shira, les deux commères, qui sont suspendues. Sans le soutien de Devi, les notes de Paxton baissent à nouveau et il le lui reproche, elle répond séchement qu'elle n'a pas que ça à faire et qu'il doit se prendre en main. Kamala découvre que Evan s'est approprié ses notes pour un article sur le point d'être publié. Comprenant qu'elle a commis deux fautes (en repoussant Paxton et en lançant la rumeur contre Aneesa), Devi se dénonce : elle est exclue pour une semaine. Nalini apprend à sympathiser avec le Dr. Jackson lors du pot de départ en retraite d'une collègue.


Ben s'invite chez Devi, consignée dans sa chambre, ans ordinateur ni portable, par sa mère, pour qu'elle empêche Aneesa de quitter Sherman Oaks. Bien qu'ayant interdiction de quitter sa chambre et de pénétrer dans le lycée, Devi va s'excuser publiquement devant Aneesa, démentant la rumeur qu'elle a lancée. Nalini convainc la mère d'Aneesa de la laisser étudier à Sherman Oaks. Kamala corrige l'article d'Evan en y ajoutant son nom, le menaçant d'une malédiction s'il trouve à y redire. Nalini embrasse le Dr. Jackson après lui avoir confié son désarroi face au comportement incontrôlable de Devi.


Ben et Aneesa reprennent leur relation et Devi s'y résigne. Fabiola découvre que Malcolm trompe Elenaor et tente, avec Devi, de la prévenir, mais sans succès. Devi est raccompagnée chez elle par Paxton et surprend sa mère dans al voiture du Dr. Jackson qui l'a reconduite.


N'admettant pas que sa mère puisse avoir une relation avec un autre homme que feu son père, Devi la suit quand, un soir, elle a rendez-vous avec le Dr. jackson. Mais repérée, elle est ramenée à la maison où Nirmala oblige Nalini et sa fille à parler de la mort de Mohan et de leurs sentiments à ce sujet. Devi en parle ensuite au Dr. Ryan, sa psy, et fond en larmes quand la thérapeute lui explique qu'elle n'a jamais fait vraiment son deuil, préférant multiplier les excentricités plutôt qu'affronter cette perte. Eleanor apprend par texto que Malcolm la quitte, vexé qu'elle ne lui fasse pas confiance. A la nuit tombée, Paxton se glisse dans la chambre de Devi et l'embrasse.


Devi demande à Paxton d'être soncavalier pour le bal de promo mais il refuse car il préfère garder leur liaison secrète. Ben l'apprend et réconforte Devi qui préfère rompre. Eve et Fabiloa son élues reines de la promo. Trent, le meilleur ami de Paxton, invite Elenaor à danser avec lui après qu'elle ait confié à Ben que Devi l'a toujours préféré à Paxton mais qu'elle n'a pas voulu briser son couple avec Aneesa. Kamala fuit el dîner organisé par Nirmala et Nalini auquel sont conviés Prashant et ses parents pour rejoindre le bal de promo où elle sympathise avec Manesh, un des professeurs. Devi quitte la soirée lorsque Paxton y arrive et l'invite finalement à danser.

On ne s'ennuie jamais avec Devi Vishwakumar ! Cette deuxième saison était celle de tous les dangers pour la série qui, après une première salve de dix épisodes jubilatoires, devait faire aussi bien, sinon mieux. Et le défi est relevé avec panache par l'équipe d'auteurs guidée par les producteurs Mandy Kaling et Lang Fisher.

A la fin de la première saison, Devi avait séduit Ben et Paxton, mais sa mère avait annoncé son intention de rentrer avec elle et Kamala en Inde car plus rien ne la retenait en Amérique depuis la mort de son mari, Mohan. Ces deux lignes narratives sont être développées pendant une partie des dix nouveaux épisodes avant que les scénaristes n'établissent un nouveau statu quoi, n'introduisent de nouveaux personnages et ne développent de nouvelles situations explosives.

Bien entendu, le ton est toujours résolument comique mais la série se fait également plus nuancée, voire plus trouble au fur et à mesure des excentricités commises par Devi. Le plus souvent, la nature gaffeuse de la jeune fille emporte l'adhésion et provoque une franche hilarité, jusqu'à ce qu'elle dépasse les limites en se somportant odieusement avec une autre élève.

Dans un premier temps, donc, on rit beaucoup et franchement en suivant une mécanique directement inspirée du vaudeville dans le cadre su lycée de Sherman Oaks. Devi refuse de choisir entre Ben et Paxton, le premier est un partenaire intellectuellement stimulant, tandis que le second a du charme à revendre. C'est en quelque sorte le meilleur des mondes, sauf qu'il ne faut pas qu'ils apprennent qu'ils fréquentent la même fille en même temps.

Les contorsions irrésistibles auxquelles se livre Devi pour dissimuler son double jeu atteignent leur sommet lors de la fête qu'elle doit organiser en catastrophe alors qu'elle avait seulement prévu de dîner en tête-à-tête avec Paxton. Non seulement, elle doit gérer plusieurs dizaines d'invités, tous des lycéens en chaleur, ignorant tout de la situation, mais Ben est accidentellement convié à cette party par Elenaor. Evidemment, l'issue de la soirée est inévitable : Devi est démasquée et ses deux amants rompent sur-le-champ avec elle. Mais, poour ne rien arranger, en quittant la fête, Paxton se fait renverser par une voiture et finit à l'hôpital avec un bras cassé qui va l'empêcher de nager et donc de maintenir sa moyenne générale à un niveau correct.

En parallèle Nalini part en Inde pour préparer son installation. C'est l'occasion de faire connaissance, brièvement, avec ses parents, de riches notables qui préfèrent les mondanités à leur fille, mais aussi et surtout avec Nirmala, la mère de Mohan. Le bilan de ce voyage est sans appel : Nalini ne reçoit aucun soutien de ses parents et sa belle-mère lui fait comprendre qu'elle est trop occidentalisée pour s'habituer à nouveau à la vie ici.

La mère et la fille sont en quelque sorte au même point : toutes deux en situation d'échecs et forcées de réviser leurs plans. Mais si Nalini se reprend vite et invite même Nirmala à s'installer en Amérique chez elle, Devi n'est pas au bout ses peines. En effet, avec l'arrivée de Aneesa, une nouvelle élève dont s'éprend Ben, c'est une nouvelle étape à négocier.

La série bascule dans quelque chose de moins franchement aimable quand Devi lance une rumeur affreuse au sujet de Aneesa. Soudain, notre adolescente si sympathique et drôle dévoile un aspect d'elle-même beaucoup plus sordide et il n'est pas question de lui pardonner. D'ailleurs, elle sera punie à la mesure de sa faute morale en étant exclue du lycée pendant une semaine, mais aussi ignorée par ses meilleurs amies, et assignée à domicile par sa mère.

Dans le petit monde de Devi, les souffrances des autres sont négligées. Ainsi Kamala affronte un assistant sexiste et un prétendant pleutre, qui lui conseille de faire profil bas. Comme notre attention pour Devi a décliné, la série peut consacrer un peu plus de temps aux seconds rôles et ainsi la romance entre Fabiola et Eve s'officialise mais aussi celle, plus ambiguë, entre Eleanor et Malcolm, un ancien enfant star de la télé qui intrègre Sherman Oaks. Nalini aussi n'existe plus seulement en tant que mère : elle se rapproche du Dr. Chris Jackson, un collègue dont elle méprise l'arrogance puis dont elle apprend qu'il a étudié auprès de la même enseignante qu'elle, qui est également père d'un garçon aussi difficile que Devi, et dont le charme opère progressivement.

Tout est alors en place pour la dernière partie de la saison : Devi s'excuse publiquement devant Aneesa, retourne au lycée, convainc sa mère de parler à celle d'Aneesa pour qu'elle ne quitte pas Sherman Oaks. La jeune fille semble avoir mûri après avoir accumulé les gaffes et les dérapages. Elle fend même l'armure devant sa psy au cours d'une scène vraiment émouvante où la thérapeute lui fait comprendre qu'elle préfère afficher une fantaisie de façade plutôt qu'affronter franchement la mort de son père et faire son deuil. C'est la dimension initiatique de la série qui voit une ado insouciante mais mal dans sa peau et fragile dans sa tête devenir progressivement plus sensée, plus responsable, plus adulte.

De fait, la fin de cette saison 2 est moins drôle, elle cherche moins à faire rire, elle calme le jeu et ce n'est pas plus mal. Les personnages et les situations y gagnent en épaisseur, il ne s'agit plus seulement de chroniquer des affaires de coeur et de distraire le spectateur, mais de mettre en scène cette période délicate où on quitte l'enfance sans être encore un adulte. Ben devient moins insupportablement arrogant, Paxton autre chose qu'un simple beau gosse fantasmé mais sans substance, Eleanor est moins farfelue, Fabiola s'assume, et la petite nouvelle, Aneesa, est désormais là pour durer.

Si la relation entre Nalini et Chris Jackson reste en suspens au terme des dix épisodes, Kamala en revanche se dirige droit vers une troisième saison beaucoup plus compliquée. Et on verra que le couple Paxton-Devi n'est pas à l'abri de tempêtes futures.

La distribution est toujours aussi excellente et, comme j'ai pu le vérifier en consultant des interviews collectives du casting dans des vidéos du YouTube, on voit que ces jeunes acteurs ressemblent beaucoup à leurs personnages. On notera évidemment l'arrivée très intéressante de Megan Suri dans le rôle de Aneesa, et de Common  dans celui du Dr. Jackson. Poorna Jagannathan dans celui de Nalini gagne en nuances. Et bien entendu Maitreyi Ramakrishnan emporte toute sur son passage : non seulement elle a un talent comique ébouriffant, mais aussi de plus de charme et de finesse. C'est de l'or en barre, cette jeune fille !

Cette deuxième saison relance les dés efficacement et je peux déjà dire que la suivante poursuit sur cette très bonne lancée. Il faut en profiter puisque, c'est confirmé, la série prendra fin avec une quatrième salve de dix épisodes (certainement diffusée en 2023).

vendredi 23 septembre 2022

X-TERMINATORS #1, de Leah Williams et Carlos Gomez


X-Terminators a tout du plaisir coupable, mais c'était l'intention de Leah Williams qui a même été poussée à se lâcher par le staff éditorial de la franchise X. Le choix de Carlos Gomez pour dessiner cette mini-série en cinq épisodes va dans le même sens en résumant l'idée : de jolies filles, de l'action, pas de prise de tête.


Dazzler rompt avec son dernier boyfriend, Alex, après avoir découvert son infidélité. Pour oublier cette mauvaise passe, elle invite des amies mutantes à se soûler en ville.


Jubilé emmène Boom-Boom chez Mr. B's et les trois filles commandent des boissons puis vont se défouler sur la piste de danse. Mais Tabitha Smith tombe subitement malade.


Alex réapparaît et Dazzler comprend qu'il les a droguées avec la complicité de la barmaid. Accompagnés de sa bande de vampires, l'amant éconduit engage le combat.


Les trois filles, séparées,  se réveillent dans un labyrinthe, confrontées à diverses menaces. Elles se réunissent et entreprennent de fuir lorsqu'elles croisent une quatrième mutante de le connaissance...

Dans une interview récente, Leah Williams racontait la genèse de X-Terminators : on pouvait ainsi apprendre la liberté étonnante qu'on lui avait laissée pour développer cette mini-série en cinq épisodes. La scénariste voulait se défouler, lâcher les chevaux, écrire sur des mutantes, employer des gros mots et oser plonger dans le gore.

Et c'est exactement ce qu'on a dans ce premier épisode qui commence par un flashback : Alison Blaire vient de découvrir que son boyfriend l'a trompé et le fiche à la porte. Désireuse de tourner rapidement la page, elle invite en ville des copines mutantes pour se prendre une cuite.

A partir de là, évidemment, tout va dégénèrer. C'est convenu, certes, mais il n'empêche, qu'est-ce que c'est bon ! X-Terminators ne prétend pas réinventer la roue et sans doute certains elcteurs ne trouveront ça pas drôle ni intéressant. Mais j'ai beaucoup aimé car on sent l'amusement des auteurs et ce n'est pas bâclé pour autant.

C'est un équilibre délicat à trouver : écrire une histoire pour s'éclater, sans complexe ni prétention, sans raconter n'importe quoi et surtout sans le faire n'importe comment. Leah Williams est une scénariste qui souffle le chaud et le froid : je connais peur son oeuvre mais j'avais aimé son chapitre de l'anthologie X-Men : Black, avec une histoire sur Emma Frost (dessinée par Chris Bachalo). En revanche, Trial of Magneto m'était tombé des mains.

La contrainte d'un tel projet, c'est de susciter la curiosité des lecteurs avec des personnages féminins d'une part et des mutantes peu ou pas utilisées. Leah Williams n'a donc pas accès à des X-girls populaires, comme Malicia, Tornade, Jean Grey, Emma Frost, Kitty Pryde. Mais elle réussit à faire de ce handicap un atout car, sans vedettes, elle peut inventer une intrigue plus folle, plus débridée, plus imprévisible.

En même temps, elle n'est pas réduite à un casting de troisième zone : ses X-Terminators sont des héroïnes cultes. On a donc Dazzler (qui reste dans les coeurs de tous ceux qui ont commencé à lire du X-Men du temps de Claremont et Byrne), mais aussi Jubilé (pour ceux qui adorent la période Claremont et Jim Lee) et Boom-Boom (pour ceux qui sont nostalgiques des débuts de X-Force ou de Nextwave). A la fin une quatrième mutante vient se greffer à l'affaire - et Marvel, comme souvent, se spoile tout seul en l'intégrant à la couverture (il s'agit donc de Laura Kinney/Wolverine).

Le prétexte à cette réunion est facile et l'ennemi est tout sauf original. Mais Leah Williams s'en moque doublement, d'abord parce que c'est pour amorcer son histoire et ensuite ça lui permet d'ironiser sur la période vampire de Jubilé (qui a été abondamment raillée par les fans). Une fois passée cette introduction (un peu longue, mais l'épisode est aussi plus consistant, avec sa trentaine de pages), la suite se déroule pied au plancher.

Carlos Gomez a été choisi pour illustrer cette aventure, et c'est tout sauf un hasard : on peut comparer cet artiste à Terry Dodson (mais sans une épouse qui l'encrerait mal), pour son goût assumé pour les jolies femmes aux courbes pulpeuses. Récemment, il a brillé sur une autre mini-série (America Chavez : Made in the U.S.A.), il travaille vite et bien, influencé manifestement par Stuart Immonen.

Pour Gomez, le défi était de donner ce qu'on attend de lui (du "good babe art" en somme et une narration graphique énergique), mais avec une touche de gore. Car Dazzler, Jubilé et Boom-Boom se défendent méchamment dans cette histoire. Leurs adversaires sont des monstres et des vampires sacrifiables à l'envi, et le scénario ne fait pas dans la dentelle pour les expédier ad patres.

C'est l'aspect plaisir coupable de X-Terminators : voir trois jolies filles démonter des créatures moches et belliqueuses dans de grosses gerbes d'hémoglobine. Il y a un côté série B, limite Z, qui s'avère très jouissif car c'est superbement dessiné et écrit avec une belle vigueur. Le féminisme du projet n'est pas ici exprimé de manière lourdement militante, mais avec du fun, comme s'il fallait mieux en rire et se revendiquer d'un girl power rigolard. 

J'ai pris un énorme plaisir à cette lecture et tout ce que j'espère, c'est que ça va continuer sur cette lancée. Les héroïnes ont des interactions savoureuses et avec le renfort de Wolverine, ça peut être encore plus épicé. Quant à Carlos Gomez, si après ça, il n'hérite pas d'une série régulière (et ma foi, ce serait très cool que Marvel et Leah Williams fasse de X-Terminators une ongoing), ce serait diablement frustrant.