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vendredi 30 juin 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #2, de Tom King et Mitch Gerads, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Joelle Jones


Après un premier numéro très réussi, l'anthologie Batman : The Brave and the Bold revient avec quasiment le même programme, trois histoires à suivre et un récit court en noir et blanc. La qualité est au rendez-vous et chaque segment est captivant, chacun dans un registre très différent. DC a bien fait les choses.



- BATMAN : THE WINNING CARD (Part 2) (Ecrit par Tom King, dessiné par Mitch Gerads) - Pour piéger le Joker, Batman a l'idée d'utiliser Brute Nelson en l'attirant chez ce dernier. Mais le plan va dérailler à cause de la férocité démente du clown du crime...


Qu'est-ce qui ressemble plus à un comic-book de Tom King et Mitch Gerads... Qu'un autre comic-book par Tom King et Mitch Gerads ? Ajoutez Batman à la recette et vous aurez un bon aperçu de ce que raconte et ce à quoi ressemble The Winning Card, récit en rétro-continuité sur la première rencontre entre le dark knight et le Joker. C'est ce dernier qui est la vraie vedette de cette intrigue glaçante et glauque, parfois un peu complaisante sur ce dernier point. 

Plus encore que King, c'est bien à Gerads qu'on doit de voir ce Joker effrayant, sans doute une des versions les plus cauchemardesques à laquelle le personnage a eue droit. Sinon, tout y est : des planches en "gaufrier", des inter-titres façon cartons du cinéma muet, des blagues sinistres, une tension permanente, une ambiance lugubre. Il faut avoir le coeur bien accroché, mais le cliffhanger final donne irrésistiblement envie de lire la suite.
 


- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Part 2) (Ecrit par Ed Brisson, dessiné par Jeff Spokes) - L'équipe de Stormwatch doit récupérer une épée atlante dans les eaux de Puerto Rico. Mais les Xébelliens la convoitent aussi. En jeu : un terrible poison qui se propage grâce à l'eau salée...


A proprement parler, cette itération de Stormwatch n'a pas grand-chose de commun avec l'originale et elle fait davantage penser à une reformulation de la Suicide Squad, hormis le fait que les membres de l'équipe n'ont pas de bombe miniature implantée et qui risque de les tuer s'ils tentent de fuir leur mission.

Mais Ed Brisson mène vraiment bien son affaire, avec des anti-héros bien définis même si bizarrement peu outillés par rapport aux risques de leur job. Jeff Spokes est une vraie révélation au dessin, dans un style qui me fait penser à Ryan Sook; Ses compositions sont parfois un peu brouillonnes dans le feu de l'action, mais c'est tout de même diablement efficace et le plaisir de lecture est indéniable.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP (Part 2) (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Javier Rodriguez) - Superman suit la piste de l'Ordre de la Lampe Noire jusque dans les montagnes du Kashmir. Il découvre une citadelle secrète mais tombe dans un piège tendu par le maître des lieux...


L'histoire de Christopher Cantwell est sans doute celle que je préfère. D'abord parce que le récit est captivant avec une touche de naïveté, d'aventure old school très agréable. Le scénariste maîtrise son sujet et écrit avec justesse Superman qui mène l'enquête comme s'il collaborait avec Clark Kent. Les décors sont exotiques et là encore le cliffhanger final est imparable.

Visuellement Javier Rodriguez produit des planches merveilleuses. Il s'amuse avec le découpage, la forme des vignettes, le flux de lecture. La mise en couleurs est magnifique. Lui aussi s'est approprié Superman avec une rare élégance, et on regrette déjà que l'histoire se termine dans le prochain numéro.
 

- BATMAN : BLACK & WHITE - ALL THINGS CONSIDERED (Ecrit et dessiné par Joelle Jones) - Batman rentre à la Batcave blessé. En attendant que Alfred arrive pour le soigner, il se remémore les circonstances dans lesquelles il a eues ses nombreuses cicatrices...

C'est presque plus un mini-artbook qu'un véritable récit que signe Joelle Jones. Pas vraiment d'histoire mais plutôt une succession d'images, splendides, en noir et blanc, sur les cicatrices, aussi bien physiques que mentales, de Batman, au gré de pages d'une maîtrise incroyable. Plaisir des yeux, donc. Les grincheux diront que c'est du remplissage. Mais Joelle Jones est trop rare pour que je m'en plaigne.

Cette anthologie impressionne toujours autant. Le format est idéalement exploité par des auteurs inspirés. Une excellente surprise.

mardi 21 février 2023

LADY KILLER, TOME 2, de Joelle Jones


Ce deuxième tome de Lady Killer, paru en 2016 en vo, est encore meilleur que le premier. Cette fois, Joelle Jones est seule aux commandes et son écriture comme son dessin ont gagné en assurance. Surtout elle ne se contente pas d'une suite facile puisqu'elle développe des éléments négligés ou suggérés dans le premier tome. Avant un troisième volume qui est en cours de réalisation...



1963. Josie, Eugene leurs deux filles, et Greta, la mère de ce dernier, ont déménagé sur la Côte Est, en Floride, dans la station balnéaire de Cocoa Beach. Gene a trouvé un nouvel emploi et son patron est marié à une femme plus jeune, Ruth. Josie, elle, travaille à son compte et exécute des contrats avec toujours la même efficacité. Même si elle aurait besoin d'un bon coup de main pour se débarrasser des corps de ses victimes...
 

Irving, qu'elle avait rencontré à Seattle l'année précédente, resurgit opportunément pour lui proposer une association. Peu après, elle est contactée par Hawley, émissaire du Syndicat qui lui offre de meilleures missions, mieux payées, mais exige qu'elle se sépare d'Irving. Celui-ci le prend évidemment très mal et la belle-mère de Josie va lui révéler des choses inquiétantes sur le passé de cet homme...


Tout comme les nouvelles aventures en Floride de Josie Schuller se déroulent un an après les premières, Joelle Jones n'aura pas tardé à se remettre à l'ouvrage puisque les cinq épisodes de ce tome 2, publiés apr Dark Horse (en vo) et traduit par Glénat, sont sortis un an après les cinq premiers.


Entre-temps, Jones a donc délaissé son éditeur et co-scénariste Jamie S. Rich et sa coloriste Laura Allred, ici remplacée par Michelle Madsen. Ce qui frappe d'emblée, c'est la maturité gagnée dans cette évolution. L'écriture est plus acérée, plus fouillée aussi, le dessin encore meilleur, et la palette de couleurs beaucoup plus convaincante.
 

La presse américaine a décrit Lady Killer comme le croisement entre Dexter (la série avec Michael C. Hall sur un serial killer) et Mad Men (sur le destin d'un publiciste, Don Draper, dans les années 60), manière de résumer l'ambition de Joelle Jones entre le récit criminel et violent et le look rétro et élégant dans lequel baigne son histoire. C'est exactement ça.

Cocoa Beach offre à Jones un cadre plus ensoleillé que Seattle (même si elle représentait cette ville de manière très flatteuse). On sent surtout que Jones a voulu un décor qui contraste au maxmum avec les actions sanglantes de son héroïne, une série de meurtres au paradis en somme.

Le casting s'étoffe avec le patron d'Eugene, Mr. Robidoux, et son épouse, Ruth. Lui est introduit comme une grande gueule machiste et sans gêne, qui drague ouvertement Josie, fait des blagues pas drôles au dîner, tandis que sa femme embrasse Eugene franchement comme si elle l'invitait à avoir une liaison. Jones va utiliser ce couple de manière habile comme un subplot puisque Robidoux va disparaître mystérieusement, que Gene va être soupçonné d'être mêlé à cette disparition alors que le responsable est un proche de Josie, resurgi de son récent passé.

Josie, justement, poursuit ses activités de tueuse mais elle travaille désormais à son compte après s'être débarrassé de Peck et Stenholm, qui l'embauchaient à Seattle. Il faut donc bien avoir lu le tome 1 avant de plonger dans le 2. Très vite, elle voit réapparaître une connaissance de sa vie dans l'Est avec lequel elle noue une alliance redoutable. Mais qui va être contrariée quand on lui propose un deal très engageant à condition qu'elle se sépare de son partenaire de boulot...

Le rythme à partir de là s'affole et on suit les péripéties suivantes avec jubilation. Josie mais aussi Eugene sont cernés par les difficultés, et c'est sans compter avec Greta, la belle-mère qui va confier de perturbants secrets au sujet de son passé à sa belle-fille. C'est là qu'on voit que Jones a considérablement réfléchi et a appris de ses erreurs sur les cinq premiers épisodes : le background de la série s'est densifié, les personnages gagnent en épaisseur, les situations s'entremêlent et la tension grimpe d'un bon cran.

Il ne s'agit plus d'observer à l'oeuvre Josie sans savoir d'où elle vient (un court flashback, amené à être développé dans le prochain volume en cours de réalisation, nous instruit sur l'enfance de la jeune femme auprès d'une mère désoeuvrée mais qui lui apprend à ne jamais se laisser rabaisser), ni pourquoi elle fait ce qu'elle fait. De façon adroite et troublante se dresse un pont entre Josie et Greta, deux femmes de caractère qui sont aussi des survivantes et qui vont être confrontées à un ennemi commun, apprenant à faire front ensemble. Ce n'est donc pas si surprenant qu'à la fin les deux restent ensemble alors que Gene et ses filles désertent, déboussolés par ce qu'elles ont découvert.

Il est assez rare de dire qu'un auteur complet s'améliore en se délestant de ceux qui l'ont aidé à s'imposer, mais Joelle Jones a grandi en s'émancipant de ses deux plus proches collaborateurs. C'est quelque part un mystére qu'elle n'ait pas réussi à convertir ces atouts en passant chez DC où son dessin a fait merveille mais où ses qualités de scénariste ont paru se briser sur des personnages d'un univers partagé (y compris quand il s'agissait d'une création de sa part, comme Wonder Girl Yara Flor, ou sur Catwoman, qui semblait pourtant taillée pour elle).

Visuellement, ces cinq épisodes sont éblouissants. Jones est une fabuleuse artiste, au trait imparable, expressif et élégantissime. Son encrage est également fantastique, avec des effets de texture admirables, mais surtout un soin épatant apporté à l'épaisseur selon la profondeur de champ de l'image.

Encore une fois, on est ébahi par la méticulosité de la reconstitution d'époque, qu'il s'agisse des véhicules, des maisons (aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur avec un mobilier, des papiers peints à motifs savamment choisis), et les vêtements. Josie reste une gravure de monde, au chic renversant, c'est le côté Mad Men de la série, vintage mais sans être corseté. Même quand elle met en scène l'assassinat d'une danseuse de strip-tease dans sa loge, Jones ne néglige rien, et la séquence finale, nocturne, du réglement de comptes dans la maison, est un modèle de découpage.

Michelle Madsen a remplacé Laura Allred et a apporté à la série des couleurs plus nuancées et aussi plus flamboyantes, qui valorisent le dessin de Jones. J'espère qu'elle reviendra pour les nouveaux épisodes car c'est un renfort appréciable.

Lady Killer est une série unique qui donne à voir le meilleur de son auteur. Ne passez pas à côté, même si vous vous méfiez des histoires de tueuses et que les éclaboussures d'hémoglobine vous répugnent : les qualités de la série dépassent ces caractéristiques.

lundi 20 février 2023

LADY KILLER, TOME 1, de Joelle Jones avec Jamie S. Rich


Le travail de Joelle Jones chez DC Comics ne m'a jamais emballé, et je suis donc heureux qu'elle ait annoncé revenir à sa propre création (sur la plateforme Zestworld dans un premier temps) : Lady Killer. Publiée à l'origine chez Dark Horse, traduite par Glénat, ce titre compte pour l'instant deux tomes (qui ont été réunis dans une superbe Library Edition, grand format). Parlons du premier qui compte (comme le deuxième) cinq épisodes, co-écrits par Jamie S. Rich.


Qui est Josie Schuller ? En apparence, c'est une femme au foyer modèle des années 60, mariée à Eugene avec qui elle a deux filletes (Jane et Jessica, des jumelles), et qui cohabite avec sa belle-mère acariâtre. Elle raconte aussi passer son temps libre dans un hospice où elle accompagne des personnes âgées en fin de vie.


Sauf que Josie Schuller est aussi (surtout) une tueuse. Elle travaille pour une organisation sans nom, dirigée par le sévére Stenholm, et elle a pour agent de liaison le séducteur Peck.  Malgré sa redoutable efficacité et ses quinze ans de service, Josie est dans le collimateur de sa hiérarchie qui se méfie qu'une femme fasse ce boulot - et le fasse bien...


Dans la préface de Lady Killer : Library Edition (que je possède), la romancière et scénariste Chelsea Cain résume au mieux la singularité du projet de Joelle Jones et de son héroïne. Une femme serial killer, voilà qui n'est pas commun. Mais ne serait-ce pas surtout dû à des préjugés qui nous font considérer une femme comme une créature douce et aimable, incapable de commettre les mêmes atrocités que les hommes ?


Le spectacle d'une femme tuant impitoyablement des hommes et des femmes, en manant des objets tranchants (Josie Schuller abhorre les armes à feu, trop bruyantes et faillibles) et donc en versant abondamment le sang, dérange. Pourtant, comme le dit Cain, le sang est familier aux femmes, ne serait-ce qu'à cause de leurs règles mensuelles. Quant à la douleur, elle la ressente à un degré élevé lors d'un accouchement. Donc, si on suit ce raisonnement, Josie Schuller n'a rien d'une anomalie.
 

Pour les cinq premiers épisodes de Lady Killer, Joelle Jones s'est faite aider par son ami éditeur Jamie S. Rich, qui a convenu que sa contribution s'était toutefois limitée à arranger les scripts et non à s'impliquer dans l'intrigue et sa construction.

On peut en effet sentir que Jones n'est aps encore une scénariste aguerrie dans ce premier tome. Elle ne creuse pas beaucoup (voire pas du tout) la psychologie de son héroïne, ni ne revient sur son passé, qui pourrait expliquer comment et pourquoi elle s'est investie dans ce job de tueuse, encore moins comment elle a décidé de concilier vie de famille et assassinats.

Mais ce manque d'élements dans la caractérisation est (presque) compensé par le rythme et l'humour noir des épisodes. On entre dans le vif du sujet dès la première scène où Josie, se faisant passer pour une vendeuse de la marque de cosmétiques Avon, entre chez Doris Roman avant de la trucider. Jones montre à quel point la tâche est ardue, salissante, écoeurante même, mais aussi avec quel efficacité et sang froid Josie l'accomplit.

Toutes ses missions sont exécutées avec la même absence de scrupules, même si, quand elle devra tuer un enfant, elle renoncera in extremis et en subira les violentes conséquences. Le contraste avec ce que Jones montre de Josie dans sa vie quotidienne rend tout cela perturbant et en même étonnamement drôle (pour peu qu'on apprécie l'humour noir).

Sur ce plan-là, le scénario soigne les détails. Eugene, le mari, est une bonne pâte, qui s'étonne à peine quand sa femme rentre tard à la maison, en ayant au passage oublié d'acheter quelque chose qu'il lui avait demandé. La situation rappelle, dans une veine plus criminelle, le couple de Ma Sorcière bien-aimée, cette série où Elizabeth Montgomery usait de magie tout en menant une vie rangée avec Dick Sargent, à l'exception près que Samantha a avoué sa condition à Jean-Pierre et que, en plus, leur fille, Tabatha, hérite des pouvoirs de sa mère (et de sa grand-mère envahissante).

La ressemblance est accentuée par la présence de la belle-mère de Josie, qui vit sous le même toit qu'elle et son fils. Elle n'est pas commode et ne cache pas son acrimonie envers sa belle-fille, la surveillant sans cesse et l'apercevant un soir avec Peck, qu'elle soupçonne d'être son amant. Avant de découvrir sur la fin un collègue de Josie qui la laissera pantoise...

Un certain suspense se met alors en place qui consiste à se demander quand Josie sera démasquée et quelles en seront les conséquences. En vérité, sans trop spoiler, cela sera surtout au programme du tome 2 car dans ce premier volume, l'héroïne a d'autres soucis plus pressants : son chef, Stenholm, juge qu'elle n'est pas/plus fiable et ordonne à Peck de règler ce problème (même si ce dernier souhaite plutôt tenter de discuter dans un premier temps).

Toute l'affaire culmine dans un dernier épisode explosif où Josie embarque une ancienne recrue de Peck. Et vous devinerez sans mal que ça va saigner ! La série aurait très bien pu s'arrêter là, avec quelques frustrations (concernant la pauvreté de la caractérisation comme écrit plus haut). Mais un an après, Joelle Jones donnera une suite aux aventures de sa ménagère tueuse. Et en 2023, donc, elle a enfin décidé de complèter le titre avec un nouveau volume (qui sera d'abord mis en ligne sur la plateforme Zestworld, avant, je l'espère, une édition physique chez Dark Horse).

Visuellement, Joelle Jones impressionne déjà, même sans être encore au sommet de son art. Par-ci, par-là, on notera quelque petits problèmes de proportions, des hésitations entre l'envie prononcée d'aller vers un réalisme descriptif classique et de conserver quelque exagérations cartoony.

Mais ces petits bémols mis à part, on ne peut qu'être saisi par la richesse de dessins. Joelle Jones a un souci maniaque des détails, qu'il s'agisse de représenter les intérieurs comme les extérieurs des quartiers pavillonaires de Seattle en 1962, avec une débauche d'éléments étourdissants. On voit qu'elle s'est abondamment documenté pour reproduire jusqu'aus motifs des papiers peints, les designs des voitures, et surtout les vêtements.

Car Josie est une gravure de mode. Toujours d'une élégance digne d'une star hollywoodienne, elle est remarquable aussi par sa beauté qui fait penser à Ava Gardner, Liz Taylor, ces brunes sublimes de l'époque. Ses toilettes sont toujours apprêtées, d'un raffinement exquis. 

Jones met la même énergie à habiller la belle-mère ou Eugene et les fillettes. L'épisode 2 au Kitty Cat Club est absolument sensationnel avec ses serveuses déguisées comme les bunnies de Playboy (mais ici version féline). Le plan de coupe de l'immeuble où loge Irving (voir ci-dessus) donne à voir plusieurs appartements et leurs occupants dans des situations et des décorations toutes distincres. On ne peut pas lire ces planches sans s'y arrêter de longues minutes pour savourer la densité d'informations visuelles qu'elles comportent.

Pour ces cinq épisodes, Jones est accompagnée pour les couleurs de Laura Allred. J'avoue que c'est l'autre réserve que j'ai car je trouve la palette employée un peu terne (alors que dans le tome 2, Michelle Madsen effectue une prestation bien meilleure). Ce n'est toutefois pas vilain mais le trait de Jones, avec cet encrage splendide, mérite plus de vigeur.

Lady Killer, c'est vraiment une tuerie (oui, elle est facile mais je ne pouvais pas ne la faire). Rendez-vous très vite pour la critique du tome 2.

La couverture de la Library Edition (un ouvrage un peu coûteux mais vraiment magnifique, idéale pour profiter de la série, regroupant les deux premiers tomes et comportant de superbes bonus) :


mercredi 3 février 2021

FUTURE STATE : WONDER WOMAN #2, de Joelle Jones


La suite et fin de Future State : Wonder Woman ne produit aucun miracle : Joelle Jones rate complètement son affaire et son héroïne, Yara Flor, est toujours aussi horripilante. Il va falloir beaucoup plus que ça pour convaincre que cette nouveau personnage ne s'impose durablement dans le DCU, bien que l'éditeur ait déjà donné son feu vert pour une nouvelle mini-série, avec toujours Jones aux commandes.


Yara Flor a provoqué un esclandre alors qu'elle voulait embarquer sur le Styx pour retrouver sa soeur, Potira dans les enfers. Cerbère attaque et Yara doit l'éloigner. Elle arrache avec son lasso-bola une main de Charon pour la jeter au chien à trois têtes puis saute dans la barque.


Mais Caipora la laisse continuer son voyage seule en lui conseillant de ne pas céder à son caractère impulsif. Malheureusement, Yara ne suit pas cette sage recommandation et Hadès, une fois devant elle, menace de la châtier. Perséphone accorde à la jeune femme une chance.


Se jetant dans une fosse où se trouvent les âmes perdues en enfer, Yara réussit à en extirper avec difficulté sa soeur Potira. Hadès enrage et lance aux trousses des deux amazones une nuée d'araignées. Yara et Potira fuient dans une galerie.


Pour assurer leur retraite, Yara provoque l'éboulement de la galerie. Mais Potira est prise sous les gravats. Yara refuse de l'abandonner une nouvelle fois mais d'autres amazones la tirent de là. Yara pleure sa soeur perdue en comprenant qu'elle doit désormais honorer sa mémoire.

S'il n'y a donc pas eu de miracle avec ce second épisode, c'est parce qu'il répète les mêmes erreurs que le premier. Toutefois, on peut simplement se demander avec quel projet, quel scénario était parti Joelle Jones au moment de produire Future State : Wonder Woman...

De tous les titres que j'ai lus en relation avec cet event, celui de Jones est en effet le plus famélique au niveau de la narration. Il est typique du récit entrepris par une artiste qui avait manifestement plus envie de dessiner son héroïne que de raconter une histoire digne d'elle.

On retiendra seulement de Yara Flor qu'elle est une jeune femme horripilante, immature et indigne du nom de Wonder Woman. Son périple aux enfers pour y retrouver sa soeur, prisonnière de Hadès, sonne terriblement creux er révèle surtout une personnalité puérile, agaçante et lassante. Elle s'engage dans une quête sans aucune sagesse, aucune méthode, sinon de semer la pagaille - ce qui est loin d'être judicieux à l'heure de négocier la vie de sa soeur avec le dieu des enfers. Inconsciente des dangers et finalement peu soucieuse de celui qu'elle fait courir à Potira, Yara Flor n'est rien d'autre qu'une idiote pour laquelle il est impossible d'éprouver de la sympathie ou de la compassion.

Que sa mission se solde par un échec n'a donc rien de surprenant, mais Joelle Jones n'est visiblement pas à ça près. Quand les amazones la remontent à la surface, Yara est effondrée, mais il suffit que son cheval ailé, Jerry, vient frotter sa tête contre elle pour qu'aussitôt elle éclate de rire, aussi vite consolée. Cette fille est une vraie tête à claques.

Qu'on puisse aussi mal créer et présenter un personnage relève de l'exploit. Joelle Jones fait n'importe quoi, n'importe comment, se reposant sur le buzz provoqué par Yara Flor et l'esthétique, certes efficace, de son héroïne. Pourtant, ceux qui ont loué l'effort pour la diversité, l'originalité de Yara Flor devraient réviser leur histoire de DC et se rappeler que dans les années 90 Stan Lee, invité par l'éditeur à proposer ses versions de ses héros les plus iconiques, avait imaginé, avec Jim Lee au dessin, une Wonder Woman latina. Ce n'est donc pas nouveau.

Ce qui frappe, c'est surtout l'erreur que commet Jones en pensant que Yara Flor a une identité visuelle assez forte pour qu'elle se substitue à une caractérisation en bonne et due forme. Le design de la jeune femme, de son costume, ses origines géographiques, et sa fraîcheur ne font que souligner à quel point elle est une coquille vide. Certes, elle attire le regard, mais on ne fait pas une BD avec seulement de belles images.

Et c'est bien là le souci de Future State : Wonder Woman : Joelle Jones s'est fait, à l'évidence, plaisir comme dessinatrice mais elle a oublié de proposer une histoire et un personnage consistants. Tout cela est très beau, Jones est une magnifique artiste, mais sorti de là, elle ne raconte rien, rien d'intéressant, et son héroïne n'a rien d'attachant. C'est une jolie poupée mais sans cervelle.

Pourtant, ça n'a frappé personne chez DC car l'éditeur a déjà communiqué sur une mini-série, toujours écrite et dessinée par Jones, et qui introduira Yara Flor à notre époque (je suis vraiment curieux de voir par quel tour de passe-passe ils vont réussir ça, vu que ce fantôme de mini-série se déroule en 2050 et que Yara Flor ne doit pas avoir vingt ans), comme en témoigne sa présence sur un poster promotionnel pour le n°770 à paraître en Mars. 

Est-ce que ça m'intriguera assez pour que je lise cette future mini-série ? Je ne suis pas sûr. par contre, dès que Joelle Jones ne contentera de dessiner en collaborant avec un scénariste qui a des choses à dire, je serai ravi de suivre ses nouveaux travaux.

mercredi 6 janvier 2021

FUTURE STATE : WONDER WOMAN, de Joelle Jones


Future State : Wonder Woman est probablement l'autre série qui a été précédée par le plus gros buzz. En effet, son héroïne, créée pour l'occasion, depuis que son image a été diffusée sur les réseaux sociaux a généré des réactions très enthousiastes chez les fans - et on sait déjà qu'elle aura une autre mini-série après Future State et qu'une série télé est déjà en travaux ! Autant dire que Joelle Jones, qui écrit et dessine, a tiré le gros lot.


2050. Dans la forêt amazonnienne, Yara Flor traque un monstre. Fille de Zeus et de Tupa, elle défie une hydre qu'elle décapite rapidement. Mais la créature, fidèle à sa légende, renaît et le combat reprend, obligeant Yara à appeler en renfort son cheval aîlé, Jerry.


L'hydre vaincue définitivement, Yara lui retire une corne. Mais une fée de la forêt, Caipora, l'interrompt en lui expliquant qu'elle ne peut faire ça. Yara répond qu'elle entend négocier cette corne avec Hadès pour la libération de sa soeur, détenue par le dieu des enfers. Caipora accepte de l'y emmener.


Une fois dans les limbes, il faut encore veiller à ne pas réveiller le Cerbère qui garde l'endroit. Puis à s'acquitter d'un droit de passage jusqu'à l'embarcadère où Charon vient prendre les visiteurs de Hadès. Malheureusement, la situation va dégénèrer à cause de l'impatience de Yara Flor...

Lire ce premier épisode (sur deux) de Future State : Wonder Woman après The Next Batman est instructif sur la manière dont deux auteurs profitent d'une opportunité. John Ridley avec Nick Derington a su prouver que le concept lui convenait malgré les contraintes de format en livrant un épisode dense et mouvementé. Joelle Jones, disons-le tout de suite, confirme surtout ses faiblesses récurrentes de scénariste en ne racontant pas grand-chose de consistant.

Lorsque j'ai découvert Joelle Jones sur Catwoman où elle portait déjà la double casquette de scénariste et de dessinatrice, j'avais constaté rapidement ses difficultés à livrer une histoire rythmée et avec de la substance. Elle héritait d'un personnage qui vivait pourtant une passe intéressante puisque Selina Kyle venait de renoncer à épouser Batman après avoir été manipulée à son insu. Plutôt que d'explorer vraiment les conséquences de cette rupture, Catwoman partait pour une autre ville où elle se trouvait vite mêlée à une sombre intrigue peu captivante et qui a tellement trainé en longueur que j'ai vite abdiqué. Depuis que Ram V a succédé à Jones au scénario, la série a connu un stupéfiant redressement pour redevenir un titre palpitant, s'arrangeant à merveille de la relation entre Catwoman et Batman.

Mais ici, Jones n'a même pas l'excuse de devoir composer avec le plan d'un précédent scénariste (comme ce fut le cas avec Tom King). Sa Wonder Woman de 2050 est une page blanche qu'elle a eue toute liberté d'inventer, sans se soucier de question d'héritage ou de continuité. Une formidable opportunité pour créer un personnage.

Du coup, on ne peut qu'être désarçonné et désappointé par la vacuité de cet épisode et se demander à quoi va ressembler le prochain. Tant de pages pour si peu à dire, ça relève de l'exploit ! Yara Flor est jetée sur la page sans qu'on nous la présente, elle surgit d'on ne sait où, décrite par une narratrice omnisciente, puis elle tue, laborieusement, une hydre, rencontre une sorte de fée, descend dans les limbes, fait preuve d'une immaturité insupportable et l'épisode de termine sur un cliffhanger qu'on a vu venir depuis des pages. C'est tout.

Yara Flor est une coquille vide dont la mission est inspidie (délivrer sa soeur de Hadès sans qu'on sache pourquoi il la retient). Elle décapite une hydre mais cela ne sert à rien d'autre qu'à produire des planches spectaculaires de leur combat. Puis elle s'impatiente pour passer aux enfers avant de faire un caprice puérile en attendant Charon. Qu'est-ce que c'est que ça ? 

Comme je l'écrivais plus haut, quand les premières images de Yara Flor ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, la beauté du personnage, la classe du design de son costume, le fait qu'il s'agisse d'une héroïne brésilienne (une vraie curiosité, mais aussi la confirmation que Future State jouait à fond la carte de la diversité après son Batman noir, un speedster trasngenre, etc), ont généré un good buzz incroyable. Et cela a suffisamment convaincu les cadres de DC et Warner Bros. qu'il a été décidé, avant même la parution de cet épisode, que Yara Flor reviendrait après cet event dans une mini-série et une série télé !

On peut cependant, dès à présent, se poser la question de savoir ce qui va être raconté dans la future mini-série (que réalisera aussi Jones) et la série télé tellement cette introduction est creuse. Les plus optimistes diront que, justement, ce sera l'occasion de remplir. Les plus pessimistes (ou lucides ?) rétorqueront qu'il aurait fallu commencer par cela.

Si Joelle Jones est donc une scénariste vraiment décevante, elle est une artiste indéniablement douée. Comme déjà cité, elle a conçu visuellement Yara Flor à merveille, c'est honnêtement un des meilleurs character's design que j'ai vu depuis belle lurette (en particulier chez DC où le pire l'emporte souvent sur le meilleur - bien qu'en la matière, il sera difficile de faire pire que ce qu'on a eu durant les New 52). Elle lui donne une allure magnifique, un charme fou.

Le cadre est à l'avenant avec des décors sauvages sublimes, somptueusement mis en couleurs par Jordie Bellaire, et une vision des limbes ironique à souhait. Mais en fin de compte, c'est du gâchis de lire une si belle BD aussi mal rédigée, ayant si peu de choses à raconter. La frustration l'emporte sur le ravissement. C'est une occasion manquée.

L'avantage d'une expérience comme Future State, c'est qu'elle est brève et qu'on n'a donc pas à supporter longtemps une déconvenue. En l'occurrence, avec seulement deux épisodes, l'aventure de cette néo Wonder Woman sera vite règlée. 

dimanche 14 avril 2019

BATMAN, VOLUME 6 : BRIDE OR BURGLAR, de Tom King, Travis Moore, Joelle Jones, et Mikel Janin


Ce sixième recueil des aventures de Batman écrites par Tom King compte quatre histoires complètes, successivement dessinées par Travis Moore (#38), Joelle Jones (#39-40, 44), Mikel Janin (#41-43 - avec l'aide de Hugo Petrus pour quelques pages du #43 - , 44). Un programme copieux et qui sonde une nouvelle fois avec pertinence la pysché du Dark Knight à la veille de son mariage avec Catwoman.


- The Origin of Bruce Wayne (#38, dessiné par Travis Moore.) - Matthew Warner, un adolescent, vient de perdre ses deux parents, assassinés par, semble-t-il, Victor Zsasz. Mais Batman mène l'enquête car les victimes travaillaient pour Wayne enterprises. Et il découvre une terrible vérité sur le coupable et son mobile...

Tom King aime ponctuer des arcs narratifs diversement longs avec des one-shots, en apparence déconnectés de ses grandes intrigues. En apparence seulement comme l'indique le titre de cette histoire glaçante où le scénariste imagine comment le fils adolescent de deux de ses employés perd tragiquement ses parents et développe une obsession pour Bruce Wayne et sa faculté de résilience.

Cette étude psychologique en noir est troublante, très dérangeante et violente. King enchaîne les passages perturbants en s'appuyant sur le cas de ce gosse traumatisé qui renvoie bien entendu au passé de Batman, à la perte de ses propres père et mère. La vérité met longtemps à émerger et le le héros remonte le fil d'un copycat particulièrement retors, dont l'identité et les motivations lui apparaissent au détour d'une conversation avec Catwoman.

"On ne guérit jamais de son enfance" dit une chanson, mais se remet-on de vivre dans un endroit dont Batman assure la protection ? Rien n'est moins sûr : King a déjà joué ce refrain en suggérant (comme d'autres avant lui) que Batman créait peut-être les criminels déments qui menacent Gotham. Là, il suggère que le justicier inspire aussi des innocents en les corrompant à son insu.

Le choix de Travis Moore pour dessiner cet épisode est judicieux : son style réaliste convient au sujet et sa représentation marmoréenne des personnages indique habilement les secrets qui les hantent et les agissent. Le découpage rigoureux ne laisse pas au lecteur l'opportunité de respirer, le climat est oppressant. C'est une réussite.
   

- Superfriends, pt. 3-4 (#39-40, dessinés par Joelle Jones.) - En vertu d'un accord passé avec le Gentilhomme, qui protège inlassablement et seul la Terre des monstres d'une dimension parallèle, Batman accepte de le remplacer avec Wonder Woman.


Pendant ce temps, il peut revoir sa fiancée, Angela, inspectrice au GCPD. Mais Catwoman, qui l'escorte, découvre que le temps s'écoule différemment dans les deux dimensions et que Batman et Wonder Woman luttent depuis des décennies pendant ce temps...

Ce dyptique a créé la polémique à sa sortie car des exégètes ont pointé que Tom King avait copié une histoire traitée dans Action Comics. Le scénariste ne s'en est ni expliqué ni formalisé, ce qui peut laisser penser qu'il s'agissait peut-être d'un hommage plus que d'un plagiat. Pour ceux qui, comme moi, n'avaient pas lu le premier récit, ça ne fait de toute façon pas beaucoup de différence mais beaucoup de bruit pour rien.

Bien des auteurs ont joué avec la trinité Batman-Superman-Wonder Woman et l'idée que les deux héros étaient attirés sentimentalement et sexuellement par l'amazone. Durant la période des "New 52" (le précédent statu quo de Dc, de 2011 à 2016), le couple Superman-Wonder Woman fut même établi (et depuis effacé des tablettes).

Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici : le remplacement du Gentilhomme, ce protecteur de la Terre dans une dimension peuplée de monstres, par Batman et Wonder Woman est un prétexte pour tester les deux membres de la Ligue de Justice alors qu'ils vivent chacun avec un partenaire (Catwoman, Steve Trevor). Diana aguiche volontiers Bruce Wayne d'ailleurs devant un feu de bois avant de se (le) féliciter de ne pas craquer juste avant son mariage.

Pendant ce temps, Catwoman escorte le Gentilhomme jusqu'à sa fiancée, une détective du GCPD, qu'il n'a donc pas revu depuis un moment mais qui accepte son sacrifice. Cela fournit à King l'occasion de placer quelques répliques savoureuses mais aussi sournoises sur les sentiments de Selina Kyle qui "croit" aimer Bruce Wayne. Une pierre dans le jardin, le ver dans le fruit, bref, de quoi faire douter tout le monde avant le mariage...

Pour cette suite au dyptique avec Superman (dessiné par Clay Mann), c'est Joelle Jones qui revient aux illustrations et l'artiste éblouit à plusieurs reprises. Qu'il s'agisse de représenter les combats âpres contre les monstres ou les pérégrinations de Selina et Julian dans Gotham, les planches sont fournies en détail, avec des personnages très expressifs.

Surtout, Jones impressionne dans les moments les plus intimistes, comme cette splendide scène devant le feu de camp avec Bruce et Diana, ou les retrouvailles de Julian et Angela, submergés par l'émotion.


 - Everyone Loves Ivy (#41-43, dessinés par Mikel Janin, avec Hugo Petrus pour le #43.) - Poison Ivy prend le contrôle de tous les organismes vivants sur la Terre pour purifier la planète du mal qui la ronge. Batman trouve in extremis une parade pour échapper, avec Catwoman, à son emprise.


Pris en chasse par la Ligue de Justice, Batman et Catwoman sont capturés. Batman, gravement blessé par Superman après avoir provoqué Poison Ivy sur ses intentions, est hospitalisé, sous la garde de Harley Quinn - la clé pour raisonner Pamela Isley, que Catwoman amadoue de son côté en lui promettant d'en faire sa demoiselle d'honneur.

La preuve par trois que chez Tom King, tout est lié : cet arc narratif en trois parties se présente d'abord comme un récit angoissant, très efficace, avec une Poison Ivy toute puissante et délirant sur la paix dans le monde, l'utopie écologique et son rêve d'être la demoiselle d'honneur de Catwoman.

Puis, plus l'intrigue progresse, plus le malaise croit. En vérité, l'emprise de Poison Ivy est l'expression d'un traumatisme ancien que le scénariste a mis en scène de manière secondaire dans la saga The War of Jokes and Riddles. Une scène en particulier fournit le socle de ces trois chapitres quand le Sphinx, pour s'assurer les services de Pamela Isley, se promena dans un jardin public avec elle et qu'ils furent menacés par des sbires du joker. Poison Ivy a toujours cru qu'elle avait tué ces hommes de main et veut aujourd'hui expier sa faute en transformant le monde en havre de paix.

King déroule magistralement ce puzzle mental pour annoncer ce qui formera le terrain de jeu de l'actuel event Heroes in Crisis, puisqu'à la fin Batman confiera Poison Ivy aux bons soins du Sanctuaire. Non sans malice, le scénariste fait de Harley Quinn, la plus folle des méchantes de DC, la clé de l'énigme (et la future suspecte des crimes commis au Sanctuaire), en rappelant la relation équivoque existant entre elle et Pamela Isley (à l'évidence toutes deux amantes, même si cela n'a jamais été clairement établi).

On notera bien quelques moments limites dans la narration, comme le fait que Catwoman réussit à neutraliser trois speedsters (Flash, Wally West et Kid Flash) ou que Batman survit à un terrible coup porté par Superman. Mais il est indéniable que l'originalité de l'argument et le rythme de l'ensemble incitent à l'indulgence.

Mikel Janin s'occupe des dessins de ces épisodes et c'est un régal pour les yeux. Dès la toute première page, il représente Poison Ivy avec une beauté à couper le souffle. L'espagnol a vraiment l'art et la manière d'animer des personnages féminins incroyablement attirants et jamais vulgaires.

Mais le réduire à cela serait erroné. Janin s'affirme comme un dessinateur exceptionnel, capable de découpages fabuleux (la double-page montrant l'emprise de Poison Ivy sur tout le monde), alternant tours de force et rigueur imparable (le "gaufrier" cher à King pour la scène où la possession s'estompe). Et toujours ce soin apporté aux décors, incroyablement détaillés.

Son encreur occasionnel, Hugo Petrus, le supplée le temps de quelques pages sur l'épisode 43 sans que cela ne choque (même si Janin a un trait plus affirmé). Les couleurs de June Cheung sont superbes (tout le recueil est magnifié par les coloristes, comme Jordie Bellaire pour l'arc précédent).
   

- Bride or Burglar (#44, dessiné par Mikel Janin et Joelle Jones.) - Les noces approchent pour Selina Kyle et Bruce Wayne. Tandis qu'il se remémore les temps forts de leur relation, elle s'introduit par effraction dans un grand magasin pour y voler sa robe de mariée.

Et on conclut l'ouvrage par un nouveau one-shot. King y fait la démonstration de sa connaissance de l'histoire de Batman en convoquant plusieurs époques passées de ses aventures, mais fait aussi preuve d'une exquise malice.

Joelle Jones dessine les pages avec Selina Kyle, Mikel Janin celles dévolues aux flash-backs. L'alternance est magnifique et permet d'apprécier les talents respectifs des deux artistes. Jones croque Catwoman comme une voleuse jubilant mais aussi sentimentale, cherchant la robe de mariée idéale : le design dudît vêtement est absolument divin, et Jones pourrait le proposer à un grand couturier pour la clôture d'un défilé de monde.

Janin a la charge des planches sur les moments forts de la relation entre Batman et Catwoman. C'est l'occasion pour lui et King de remonter le temps et de montrer l'évolution des deux personnages, de leurs looks (en particulier pour Selina Kyle, qui est passée de la femme fatale à la femme-chat avec des choix esthétiques parfois étonnants, dirons-nous). L'artiste saisit parfaitement la tension sexuelle et la valse-hésitation permanente entre elle et lui.

C'est tout bonnement parfait et sublime.

Encore quelques marches à franchir avant l'autel et les voeux échangés : Tom King fait durer le plaisir, mais c'est bon.

lundi 31 décembre 2018

BATMAN, VOLUME 5 : RULES OF ENGAGEMENT, de Tom King, Joelle Jones, Clay Mann, Lee Weeks et Michael Lark


Ma dernière critique pour 2018 sera pour le Volume 5 de la série Batman écrite par Tom King et qui couvre les épisodes 33 à 37 + l'Annual #2. Le scénariste (qui sort d'une année riche) est accompagné par des dessinateurs de choix comme Joelle Jones, Clay Mann et le tandem Lee Weeks-Michael Lark. Maintenant que Selina Kyle a accepté d'épouser Bruce Wayne et en attendant les noces, voilà ce qui se passe...


 - Rules of Engagement (#33-35, dessinés par Joelle Jones) - Batman et Catwoman sont en route pour la cité de Khadym dans le désert. A Gotham, Alfred Pennyworth annonce à Dick Grayson, Jason Todd, Duke Thomas et Damian Wayne que Selia Kyle a accepté d'épouser Bruce Wayne. Aux abords de la citadelle, Batman négocie avec le Tigre du de Kandahar (ex-collègue de Dick Grayson au sein de l'organisation Spyral) un droit d'entrée.


Une fois dans la place, Talia Al Ghul, la maîtresse des lieux, attend le couple avec ses hommes en armes. Damian Wayne et Dick Grayson se rendent à leur tour à Khadym mais Superman leur interdit d'y pénétrer. Une fois l'armada de Talia éliminée, Batman comprend qu'elle ne voulait pas les tuer, lui et Catwoman mais les épuiser. Blessé, Batman ne peut que laisser les deux femmes s'affronter.


Dick et Damian discutent de celui qui est respectivement leur mentor et leur père et l'aîné explique au fils de Batman pourquoi il va se marier. Dans la citadelle, le duel entre Catwoman et Talia est âpre et se déroule sous les yeux de Holly Robinson. C'est elle qu'il sont venus chercher pour qu'elle disculpe Selina des meurtres dont elle est accusés. Catwoman vainc Talia et peut repartir avec Batman que Dick et Damian soutiennent à sa sortie.

Divisons cette critique en autant d'arcs que comprend ce recueil. Le précédent album (The War of Jokes and Riddles) se terminait par l'approbation de Selina Kyle pour épouser Bruce Wayne, malgré l'évocation d'une erreur de jeunesse (dont elle fut témoin durant le conflit ayant opposé le Joker et le Sphinx lors de la première année de carrière de Batman).

Et après ? Tom King va pendant dix-sept épisodes "meubler" avant les noces proprement dites. Le scénariste ne gagne pas du temps, il analyse les conséquences du "oui" de Catwoman. Pourquoi Batman, déjà, veut-il se marier ? Par amour bien sûr, mais aussi pour des raisons plus enfouies, plus tourmentées.

Les mariages dans les comics sont un thème qui mériteraient une thèse : ils ont quelquefois lieu, après bien des péripéties, mais ne durent guère et se terminent souvent mal, voire tragiquement. C'est que permettre au super-héros d'être heureux fragilise sa vocation même : parce qu'il devient justicier souvent suite à un drame personnel ou un accident, il compose ensuite avec les responsabilités que cela induit (le fameux "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités" énoncé par Stan Lee). Or, lui accorder une compagne, c'est à la fois risquer de détourner le héros de sa mission mais aussi, surtout, faire courir le risque à cette compagne de devenir la cible des méchants (si ceux-ci apprennent -et ils finissent toujours par l'apprendre - quel lien unit le héros et sa bien-aimée).

Un "freak control" comme Batman peut-il seulement s'autoriser à être heureux ? Et si cela se sait ? Avec Catwoman, il a néanmoins choisi une compagne apte à se défendre. Mais King ausculte toutes les facettes du problème.

Parfois avec humour quand il montre la réaction des "Bat-boys", sidérés par la nouvelle que leur communique Alfred. Le plus bouleversé est Damian, le propre fils du héros, mais King déjoue le piège de la jalousie du garçon envers une femme appelée de facto à devenir sa belle-mère : au contraire, il comprend le premier qu'en faisant cela, Batman va s'attirer les foudres de Talia Al Ghul, sa mère biologique.

La mission à Khadym surprend aussi car Batman ne va pas chercher la bénédiction de Talia comme on pourrait le parier au début : en vérité, il accompagne Catwoman pour récupérer Holly Robinson qui se cache auprès de Talia et qui pourrait disculper Selina Kyle des meurtres dont on l'accuse. Inévitablement, cela va se règler entre l'ex et la future Mme Batman et le duel tient toutes se promesses (sur les plans intellectuel, sentimental et physiques) - il révèle aussi la lucidité de Catwoman sur les sentiments de Batman car elle a saisi qu'il la ferait toujours passer après sa croisade contre le crime. Parce qu'elle l'accepte, elle a dit "oui" pour l'épouser.

Enfin, le dialogue entre Dick Grayson et Damian Wayne (qui furent Batman et Robin un temps - quand Grant Morrison écrivait la série de ce nom) est touchant et intelligemment formulé. Le premier sidekick de Batman a lui aussi un avis pertinent sur la quête affective du héros et ce que cela représente comme défi pour lui de s'engager dans cette aventure (qui, sous-entendu, si elle échoue, risquerait de le traumatiser...).

Joelle Jones fait son entrée dans la bande des artistes de la série et on mesure ce qui sépare l'artiste encadrée par un scénariste rigoureux comme King de celle sans ce directeur sur sa relance ratée de la série Catwoman. Le trait sensuel et puissant de la dessinatrice associé au superbe travail de colorisation de Jordie Bellaire convient idéalement à ces épisodes dans le désert.

L'expressivité des personnages est essentielle dans cette histoire, qu'il s'agisse des émotions à traduire visuellement entre Talia et Selina ou entre Dick et Damian. Jones excelle aussi bien dans les scènes dialoguées (l'échange entre Jason Todd et Duke Thomas) que dans l'action (la chorégraphie du duel à l'épée dans la citadelle est digne d'un film de cape et d'épée).

On devine surtout qu'avec cette première étape suivant la demande en mariage, la suite ne va pas être de tout repos - parce que Batman est ce qu'il est (un taiseux aux valises bien chargées), parce que Catwoman est ce qu'elle est (une hors-la-loi qui trahit son milieu en se rangeant), et que leur romance devient par la force des choses, la nature de leur existence, matière à mélodrame.

*


- Superfriends (#36-37, dessinés par Clay Mann) - Batman doit maintenant annoncer son mariage à Superman, son plus ancien ami dans la communauté super-héroïque. Mais il hésite tout comme l'Homme d'Acier refuse d'avouer à son camarade qu'il sait déjà tout de son projet. Pour précipiter les événements, Lois Lane et Catwoman vont devoir intervenir.


Après avoir résolu une même affaire sur laquelle les deux couples travaillaient sans le savoir, ils conviennent de passer une soirée dans une fête foraine costumée. Pour ne pas risquer d'être reconnu, Batman échange sa tenue avec Superman et Catwoman avec Lois Lane. Les deux femmes deviennent amis tandis que les deux hommes échangent leurs points de vue sur le mariage. Avant de terminer la soirée par un petit jeu...

Le diptyque suivant est une pure merveille, plus pétillante tout en restant subtile et profonde sur les répercussions du tournant privé que prend la vie de Batman. Il doit désormais en faire part à son meilleur ami.

Tom King joue avec ironie sur ce ressort comique connu de n'importe quel couple : présenter sa petite amie, qui plus est si sa (mauvaise) réputation la précède, à son (ses) pote(s). Là encore, l'envergure anormale, disproportionée des protagonistes amplifie tout. Imaginez : c'est à Superman qu'on s'adresse.

Dans un premier temps, les deux héros s'évitent. Ombrageux et secret, Batman esquive la rencontre et les questions de Catwoman (a-t-il honte d'elle ?). Pudique et tolérant (mais prudent aussi), Superman estime (logiquement) que c'est à Batman de l'appeler.

Les deux compagnes vont alors intervenir de manière décisive : Catwoman en poussant Batman à se faire violence, Lois Lane en demandant à faire la connaissance du futur couple (et tant pis si Selina Kyle est une "délinquante"). C'est délicieux, et plus encore quand dans un building où les conduit une enquête commune (mais sans qu'ils l'aient anticipée) Batman et Superman se retrouvent avec leurs femmes.

Mais la seconde partie est encore plus savoureuse : les deux binômes vont dans une fête foraine se détendre et apprendre à se jauger. King profite que l'endroit organise une partie costumée pour que Batman et Superman ainsi que Lois et Catwoman échangent leurs vêtements pour ne pas être immédiatement identifiés. Les rôles s'inversent de manière ludique, comme dans un film de Billy Wilder : le déguisement permet alors étonnamment de tomber le masque.

La complicité qui se tisse entre Selina et Lois est aussi éclatante et rapide que la réserve entre Batman et Superman est tenace. Auparavant, King a rappelé l'estime que se portaient les deux héros mais surtout leurs passés semblables (des orphelins qui ont choisi le droit chemin malgré la souffrance). Il souligne aussi de belle manière une sorte de compétitivité entre eux quand Superman affirme à Batman qu'il ne pourrait frapper avec une batte une balle de base-ball qu'il lancerait.

Confier le dessin de ces chapitres à Clay Mann est une excellente idée : d'abord parce qu'il illustre remarquablement bien les personnages féminins, sachant les rendre belles sans être vulgaires, sexys sans être hyper-sexuées - ce qui convient parfaitement à Catwoman et Lois Lane, dont la force de caractère prédomine sur la beauté - , et ensuite parce qu'il réussit parfaitement à représenter Batman et Superman comme des presque jumeaux que des détails raffinés distinguent.

Sous son crayon et sa plume (aidé par son frère Seth Mann à l'encrage), Bruce a une tête et une carrure plus robuste que taillée, plus massive et grande, avec un visage au nez légèrement plus écrasé (comme un boxeur que les coups ont modelé), tandis que Clark a une majesté intacte, une classe naturelle mais humble, presque timide. Batman ne sourit jamais, est sur la défensive pour dissimuler le fait qu'il est troublé, intimidé même, alors que Superman avance constamment comme s'il marchait sur des oeufs, lui aussi impressionné par l'humain ordinaire mais se surpassant qu'est son ami.

Idem avec Catwoman et Lois Lane : naturellement, la première s'affiche, sûre d'elle, de son charme, avec une insolence joueuse qui cache mal son trac de s'engager ; quand la seconde, pourtant femme et mère de famille, s'abstient de toute condescendance, reconnaissant même la folie d'être liée à un justicier. Tout, dans leur attitude, leurs gestes, leurs sourires, leurs regards, trahit les émotions qu'elle ressentent. C'est un régal de voir le dessin si bien traduire le texte.

Bon, je ne vais pas reparler de l'Annual #2, dessiné par Lee Weeks et Michael Lark puisque j'y avais consacré une entrée lors de sa sortie en single issue. C'est juste un chef d'oeuvre, bondissant puis bouleversant sur la romance de Bat-Cat, magnifiquement mis en images. (Consultez les libellés du blog pour lire la critique, et jetez-vous sur l'album traduit en français par Urban Comics, qui a ajouté en complèment de programme le numéro spécial Batman/Elmer Feud, dont j'avais aussi parlé en son temps).

Si la version de Batman qu'en donne Tom King déroute souvent, voire même déplaît à certains fans du héros, son run brille en tout cas par son originalité et sa tenue - l'auteur suit un plan bien établi (qui courra sur cent épisodes) et s'y tient, ne sacrifiant jamais le portrait du dark knight à l'action. Quel que soit celui qui succédera à King sur la série, il sera intéressant de voir comment il achèvera son passage et ce qui en subsistera.

lundi 15 octobre 2018

CATWOMAN #4, de Joelle Jones et Fernando Blanco


Sauf miracle improbable, je m'attendais à lire ce nouvel épisode de Catwoman comme le dernier. Et le miracle n'a pas eu lieu. Cette relance de la série consacrée à Selina Kyle est un échec total, qui a mal commencé et n'a jamais réussi à redresser la barre ensuite. Joelle Jones a raté son pari.


Catwoman s'est introduit dans une clinique jusqu'à la chambre d'une patiente, sa soeur Maggie. Celle-ci est murée dans son silence, prostrée, comme en état de choc. L'occasion pour Selina de se remémorer leur passé et d'assumer sa part...


Les deux soeurs ont grandi avec des parents se disputant sans arrêt. Adultes, Selina est devenue voleuse professionnelle tandis que Maggie s'est rangée en s'apprêtant à épouser Simon, qu'elle présente à sa soeur. Sans se douter que cela va sceller son destin...


Car être proche de Catwoman, c'est devenir la proie de ses ennemis, en l'occurrence du terrible Black Mask qui enleva Maggie et Simon. Le malfrat, sadique, tortura à mort le jeune homme devant sa fiancée, traumatisée à vie, avant que Selina ne le neutralise. 


Culpabilisant, Selina n'a pas le temps d'échanger davantage avec Maggie car des visiteurs approchent. Un médecin et une infirmière entrent dans la chambre. Puis l'homme, qui se dit mandaté par la famille du gouverneur Creel, reste seul pour faire une mystérieuse injection à Maggie sans savoir que Selina l'observe...

Il n'y a pas plus dangereux pour un auteur débutant comme scénariste d'une série avec un personnage emblématique que de citer un de ses prédécesseurs, surtout quand, comme Ed Brubaker en l'occurrence, on a littéralement révolutionné Catwoman dans un run mémorable (aux côtés de Darwyn Cooke, Cameron Stewart, Guy Davis - excusez du peu).

Alors qu'a-t-il pris à Joelle Jones d'invoquer l'arc traumatisant Relentless dans ce quatrième épisode ? On pourrait presque penser à du masochisme tant on mesure alors tout ce qui sépare son travail amateuriste au chef d'oeuvre de Brubaker.

Quand elle a pris les rênes de Catwoman, Jones avait dessiné quelques arcs du Batman de Tom King scellant la relation de couple entre le Bruce Wayne et Selina Kyle (plus un diptyque avec Wonder Woman). On pouvait apprécier son dessin plein de caractère et espérer beaucoup de ses efforts en solo. Mais Joelle Jones est une dessinatrice qui, à l'évidence, montre le meilleur d'elle-même quand elle dispose d'un script solide et qui n'a pas de disposition pour écrire elle-même.

Sa médiocrité comme auteur n'a fait que se confirmer d'épisode en épisode depuis quatre mois, développant une intrigue sans nerf, ni originalité, dont on se demande toujours où elle va, et qui, cette fois, comme si ce n'était pas déjà assez laborieux, s"offre une sorte de pause avec des flash-backs sur le passé de Selina et Maggie Kyle... Sans rien nous apprendre de neuf !

Car, outre le rappel aux tortures commises par Black Mask, Jones ajoute une anecdote parfaitement dispensable sur la jeunesse des deux soeurs, soulignant que Selina a souvent voulu aider son prochain mais en usant de méthodes maladroites et brutales. L'épisode s'achève sur un cliffhanger malin mais trop tard, en tout cas pas suffisant pour donner envie de poursuivre l'aventure (surtout pour un arc qui doit durer encore deux mois).

Comme je le dis plus haut, Jones est une artiste talentueuse, son trait a une vraie beauté et du tempérament. Mais son redesign du costume de Catwoman reste moche, ses scènes d'action empruntées : Tom King lui donnait des scripts très découpés qui lui évitaient ces maladresses dans la composition, les valeurs de plans, etc. Elle n'a pas ce talent-là (ou le temps pour peaufiner cela).

L'épisode est au trois-quarts dessiné par Fernando Blanco, dont la prestation est elle-même en-dessous de ce qu'il faisait sur Batwoman, certainement à cause d'un script plus lâche sur les indications de plans. Mais qu'importe, même des dessins exceptionnels ne sauveraient pas cette entreprise.

Catwoman mérite mieux que ça, à commencer par un(e) vrai(e) scénariste (produisant une histoire plus captivante et maîtrisée). En renaissant au lendemain de Batman #50, il y avait quelque chose de l'ordre du cadeau empoisonné : Joelle Jones a-t-elle réellement pensé qu'elle disposait des armes nécessaires pour succéder à Tom King ? DC a-t-il mesuré la fiabilité de l'auteur-artiste ? Quoi qu'il en soit (et sans connaître les chiffres de vente du titre), la série est une terrible déception. J'arrête donc les frais.