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jeudi 3 octobre 2019

HOUSE OF X #6, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz



Ce dernier numéro de House of X (avant celui, la semaine prochaine de Powers of X) est une nouvelle fois sensationnelle. Jonathan Hickman fait usage d'une narration très directe, simple car l'essentiel est désormais établi. Pourtant, cela reste passionnant, intense, et même parfois drôle. Pepe Larraz aura aussi accompli un sans-faute tout au long de cette aventure - et j'espère qu'on le retrouvera vite sur un X-book.


Krakoa, il y a un mois. Le Pr. X présente à Moira McTaggert et Magneto la version V de Cerebro, mise au point par Forge. Il s'adresse à tous les humains de la planète pour leur communiquer la situation nouvelle des mutants et les conditions qu'il pose pour leur souveraineté.


En échange des remèdes miracles produits par l'île et transformés par les scientifiques y résidant, la Nation X doit être reconnue à part entière. Les mutants de naissance y sont tous les bienvenus et seront jugés par les lois de leur communauté. Cela n'est pas négociable.
    

Aujourd'hui. Le Conseil de Krakoa siège - seul un de ses douze membres est absent. Les premières lois sont votées : ne tuer aucun humain, respecter l'île comme une personnage et non comme un site, se reproduire. L'unanimité est requise et obtenue.


Dents-de-sabre est présenté devant le Conseil. Parce qu'il a enfreint à de nombreuses reprises (y compris lors de sa dernière sortie, lors du cambriolage chez Damage Control) les règles, il est condamné. Il est englouti dans les entrailles de l'île pour y être placé en stase définitivement.


Le Conseil se retire. Une fête est donnée où chacun profite de l'occasion et de l'ambiance. Parents et enfants, amis et ennemis communient dans la musique et les lumières. Observés par Apocalypse, Magneto et le Pr. X contemplent leur oeuvre.

Ce qui restera de House of X (et Powers of X, même s'il n'est pas exclu qu'advienne une surprise - la couverture est d'ailleurs très énigmatique et grave), ce sera, quelque soit la pérennité des idées de Jonathan Hickman, la refondation la plus impressionnante de l'univers mutant depuis très longtemps. Sans doute la plus vaste, la plus profonde, la plus complète, la plus ambitieuse.

En effet, depuis trois mois, le scénariste ne s'est pas contenté d'un énième ravalement de façade, d'un relaunch ou d'un reboot. Il a fait oeuvre d'architecte, comme ce que Marvel voulut à l'époque de Avengers vs X-Men avec Bendis, Brubaker, Remender, Aaron et (déjà) Hickman - mais sans effet aussi probant. Hickman n'est pas seulement ici un auteur à qui l'éditeur a donné carte blanche pour relancer les X-Men, il s'est mué en une sorte d'editor qui ne dit pas son nom (et qui a imposé sa vision, bien plus franchement que Jordan White, en charge de la franchise).

Des esprits chagrins, à qui les changements apportés par Hickman n'ont pas plu, se plaisent à prédire que, fidèle à lui-même, Marvel n'attendra pas longtemps pour tout effacer et recommencer. Pourtant, moi, je crois en Hickman, je crois au potentiel de son projet et aux développements qu'apporteront dans leurs séries Gerry Duggan, Tini Howard, Ed Brisson, et Hickman lui-même (même s'il ne va pas surveiller ce que ses collègues feront). Je trouve même que c'est son travail chez Marvel le plus abouti, le plus inspiré, celui sur lequel on sent le plus un investissement personnel. Il aime les mutants et a cherché (et trouvé !) des solutions pour les réparer, les remettre d'aplomb, les faire évoluer, dans le bon sens.

Il ne s'agit pas d'affirmer que la geste "Hickmanienne" est la seule valable, mais d'une part il est le seul à s'être collé à un tel ouvrage, en convaincant Marvel d'arrêter toutes les séries X en cours pour poser de nouvelles bases, redistribuer les rôles, donner une nouvelle impulsion à toute la gamme, et ensuite parce qu'il est arrivé avec des idées claires mais arrêtées sur les mutants, leur passé et leur avenir. Tout, du sol au plafond, de la cave au grenier, a été analysé par Hickman et restauré, remis en perspective, avec un souci évident pour réconcilier la tradition et l'originalité (ça passe à la fois par des pistes narratives comme par des détails esthétiques).

Avant lui, il n'y a pas eu que du mauvais, même si les  X-Men de Grant Morrison constituent la dernière grande révolution mutante chez Marvel. Seulement, les réussites étaient des coups d'éclats, des efforts ponctuels et isolés. Par exemple Astonishing X-Men de Whedon-Cassaday. Ou le début d'All-New X-Men et la fin d'Uncanny X-Men version Bendis. Ou Wolverine et les X-Men d'Aaron. Ou Uncanny X-Force de Remender. Mais rien d'équivalent au projet global de Hickman.

On en voit la terminaison (ou du moins une des terminaisons) dans ce HoX #6. L'épisode, comme je l'écris plus haut, est d'une facture narrative très simple, directe. On démarre par une scène située un mois auparavant, quand Charles Xavier, muni du casque Cerebro V mis au point par Forge, prévient les humains du monde entier du changement radical de la situation des mutants. On mesure pleinement à cette occasion à quel point le chantier a été réalisé dans le secret, à l'insu de la majorité. 

Et cela revêt une réalité concrète : les mutants ne sont plus des victimes, ne subissent plus. Désormais, ils disposent d'un pays, avec une économie, une diplomatie, une armée, une science et une technologie révolutionnaires. C'est une puissance majeure sur le plan géo-politique. Et Charles Xavier l'établit sans ambiguïté : son idéal de cohabitation a vécu, il reconnaît même qu'il s'agissait d'une illusion, d'une utopie. Il est en situation de poser ses conditions, sans faire de cadeau (mais sans non plus déclarer de guerre) - on revient aux produits miracles de l'île et à leur commercialisation en échange de la reconnaissance de Krakoa comme Nation X.

On se souvient, via cette scène, de la tentative pathétique de Marvel d'imposer les Inhumains comme une franchise (peut-être remplaçante de celle des X-Men -c'était avant le rachat de la Fox, qui détenait les droits d'exploitation cinéma des X-Men, par Disney). Un échec lamentable, dû surtout au fait que le projet avait été entrepris sans préparation sérieuse, sans chef d'orchestre véritable (Matt Fraction avait jeté l'éponge à cause de divergences artistiques... Et avait quitté Marvel peu après). Et puis, en fin de compte, les Inhumains n'ont jamais eu la côte des X-Men : ce ne sont pas des créatures aussi sympathiques que les mutants, avec une portée symbolique équivalente.

Ce qui a planté les Inhumains, Hickman semble en avoir tiré tous les enseignements à l'heure de veiller au chevet des X-Men. Car on reconnait des idées reprises mais adaptées, comme de construire une société mutante, en tenant compte de tous les paramètres nécessaires à cette ambition. Hickman a remis au centre le Pr. X et Magneto, a totalement réécrit Moira McTaggert, a utilisé des X-Men iconiques dans des rôles précis (et logiques), et a osé unifier héros et ennemis, bons et mauvais mutants.

On en trouve la représentation dans le second acte de l'épisode avec le dévoilement du Conseil de Krakoa. A l'exception d'un membre (absent, mais qui n'est finalement pas si difficile à deviner par déduction - en effet, c'est un personnage absent de HoX-PoX depuis le début, alors que très populaire auprès des fans et incontournable depuis presque 40 ans...), y figure une galerie de mutants emblématiques, de toutes les époques. Mais avec, quand même, des surprises (Nightcrawler promu, là où on pouvait plutôt attendre Cyclope). 

Les lois cardinales de la Nation X permettent à Hickman de délimiter un périmètre mais aussi d'ajouter une pointe d'humour (lorsque Nightcrawler justement est titillé par sa mère, Mystique, ou quand Mr. Sinister est mis en garde par Exodus). Mais évidemment, c'est le procès de Dents-de-sabre qui constitue le point d'orgue de l'épisode. Le sort qui lui est réservé est glaçant tout en s'appuyant sur l'un des principes établis par les chefs qui siègent, et l'on se dit que l'accusé ne pouvait guère échapper à sa sentence. Il n'empêche, comme Xavier, on sort de cette scène avec un sentiment de malaise prégnant. Non, ça ne rigole pas chez les mutants et ils n'épargnent pas les moutons noirs de la famille. Sur ce coup, Hickman confirme son génie pour croquer des personnages équivoques, instaurer un climat intense (comme lors de la scène avec Storm et les revenants dans HoX #5) et pas forcément confortable pour le lecteur ni flatteur pour les héros. Il y a bien dans cette Nation X un côté religieux, cultuel, dérangeant, qui rend les X-Men à la fois plus cohérents (en termes de communauté) et plus troubles (sur le plan moral). Comme un écho au monologue de Xavier dans la première scène, on mesure le changement de statut et de règles chez les mutants : ce n'est pas seulement leur rapport au monde qui a changé - entre eux aussi, ce n'est plus pareil.

Et ce n'est pas la nouba de la fin d'épisode qui soulage tellement. Certes, comme Magneto le dit à Xavier, ce qui est désormais est impressionnant, spectaculaire (les X-Men ne sont plus des insulaires, à la périphérie du Marvel Universe, c'est un véritable contre-pouvoir, une alternative). Mais il y a dans ce moment de liesse collective une impression qui se confirme : les X-Men ressemblent à une secte. Krakoa est une sorte de temple, on y célèbre des ressuscités dans une ferveur hystérique, on y envoie des soldats à une mort certaine - mais sans conséquence puisqu'on peut les ramener à la vie - , on y juge en petit comité des pécheurs qui sont ensuite jetés aux oubliettes. Tout en entretenant ave l'extérieur des rapports stricts et essentiellement marchands ("si tu me reconnais, je te vends des drogues miracles"). Ce ne sont plus des mutants attachants parce que persécutés, ce sont les nouveaux maîtres du monde, de "nouveaux dieux" comme l'annonçait Magneto dans le premier épisode. Et ils sont si impressionnants qu'on se demande bien en effet qui pourrait les stopper (les Avengers paraissent bien petits désormais, même compte tenu des efforts de Black Panther pour fédérer des alliés autour d'eux. En attendant de voir ce que Marvel va faire des Eternels - dont le retour est inévitable au premier plan avec le film en tournage - , les X-Men accèdent à une nouvelle dimension).

Visuellement aussi, HoX aura donné une image épatante. Pep Larraz s'est imposé comme un dessinateur taille patron avec ces six épisodes. Auparavant, déjà, il donnait des gages très prometteurs, mais parfois ses efforts étaient un peu à l'image des séries sur lesquelles il travaillait, avec la personnalité des scénaristes dont il dépendait (comme Gerry Duggan sur Uncanny Avengers, plein de pep's mais plus tonique que rigoureux).

Dans cet ultime épisode en particulier, on peut voir le supplément de discipline que s'est imposé Larraz au contact des scripts très élaborés de Hickman. Bien entendu, l'artiste espagnol est très à l'aise dans l'action et le grand spectacle : les pages finales avec les mutants réunis et festoyant sont très belles et témoignent d'une générosité dans le détail assez fabuleuse, qui suffirait à combler n'import qui.

Pourtant, dans le coeur de l'épisode, avec le vote des lois et le jugement de Dents-de-sabre, Larraz doit composer avec un découpage austère, des "gaufriers" en neuf cases dignes de Tom King et Alan Moore, et des "talking heads". Tout passe par l'expressivité des personnages, leurs attitudes, leurs gestuelles. Il faut faire preuve de maîtrise pour que la scène respire tout en montant en pression, que la tension cohabite avec des pauses, que chaque "acteur" ait son moment. Et Larraz y parvient, subtilement, sans bâcler ni céder à la facilité. On ne sent pas un dessinateur qui se retient mais qui a appris à doser ses effets et les met au service d'une narration au cordeau.

La voie est à la fois désormais libre pour le grand final de Powers of X, qui sera, à n'en pas douter, inattendu, mais surtout pour le retour d'une vraie collection de "X-books", dont il appartiendra aux auteurs de faire honneur à Hickman et son fantastique travail de refondation.        

jeudi 19 septembre 2019

HOUSE OF X #5, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


Avec ce cinquième et pénultième épisode de House of X, nous entrons dans le dernier quart du projet de Jonathan Hickman (puisqu'il ne reste que quatre épisodes à paraître, toutes séries confondues). Et cette dernière ligne droite se dessine nettement cette semaine avec un numéro qui synthétise pas mal d'idées et ouvre d'ultimes portes. Le résultat est encore une fois emballant, et magnifiquement mis en images par Pepe Larraz, au diapason de son scénariste.


Krakoa. Polaris et son père, Magneto, assistent à la cérémonie des Cinq : Goldballs, Proteus, Hope, Elixir et Tempus redonnent vie aux huit X-Men abattus lors de la mission sur la station Orchis. Le professeur X achève le processus en leur rendant la mémoire.


S'ensuit une présentation, par Tornade, devant le peuple mutant. Les Cinq sont acclamés comme des faiseurs de miracles puis les huit ressuscités sont réintroduits dans la communauté en héros. Magneto hésite à se réjouir complètement car, le lendemain, a lieu un important rendez-vous.


Mais Charles Xavier est confiant, galvanisé par ce qu'ils ont déjà accompli. Aux Nations Unies a lieu le vote pour la reconnaissance de la Nation X. Emma Frost a préparé le terrain en compagnie du Fauve notamment.


Krakoa est admis dans le concert des pays de l'institution, avec l'intervention évidente d'Emma Frost, qui a influencé certains ambassadeurs. Xavier s'en accommode car ceux qui ont rejeté Krakoa sont identifiés et minoritaires donc. Et il a même prévu de grandes responsabilités pour la Reine Blanche.


Deux jours plus tard. Malgré les réticences de Wolverine, Xavier passe à une nouvelle étape en ouvrant les portes du refuge mutant à ses pires ennemis. En échange de leur promesse sacrée pour préserver Krakoa et se plier aux règles de la communauté, Apocalypse et d'autres sont accueillis.

Le succès commercial aidant, House of X (tout comme Powers of X) a tout pour devenir un jalon important dans l'histoire éditoriale des X-Men, comme l'ambitionnait Jonathan Hickman. Le scénariste a en effet totalement repensé la franchise en partant des fondations et en en développant le concept. C'est comme si la machine, bien grippée, re-fonctionnait comme au premier jour. Un miracle.

Le miracle est au coeur de l'ouverture de cet épisode puisqu'on assiste à la résurrection des huit X-Men morts sur la station Orchis. Et, comme je l'avais imaginé, tout renvoie à la toute première scène du premier épisode de HoX lorsque le Pr. X évoluait dans les entrailles de Krakoa et assistait à l'éclosion de cocons. La série est bâtie comme un fabuleux jeu sur la temporalité, entre la révélation des multiples vies de Moira McTaggert, le saut dans les futurs (dans cent et milles ans), et donc jusqu'à ce flash-forward inaugural qui trouve son explication dans ces pages.

Hickman emploie magistralement des mutants qui embarrassaient bien des scénaristes comme Hope Summers, Tempus et Goldballs (créés par Bendis dans ses Uncanny X-Men), ou même Proteus. Le rôle qu'il leur distribue est tout bonnement génial et permet de faire passer la résurrection des X-Men comme une lettre à la poste, tout comme il assigne à Cerebro une fonction insoupçonnée et pourtant évidente.

Mais ce qui suit est peut-être encore plus passionnant. On a droit à une célébration étonnante avec Tornade dans une partition tout à fait inédite. Faire de Ororo une sorte de pasteur qui enflamme une assemblée de mutants comme dans une église produit un effet ébouriffant. Et un soupçon de malaise bienvenu, car soudain la communauté des X-Men nous apparaît clairement comme une sorte de congrégation quasi-fanatique, exultant de manière presque hystérique, devant des faiseurs de miracles et des héros revenus d'entre les morts.

Nus comme des vers, Cyclope, Jean Grey, Nightcrawler, Angel, Wolverine, Husk, Monet, Mystique sont des divinités païennes troublantes, anges et démons, monstres et surhommes, encore maculés de la substance des oeufs dont ils viennent de sortir, à peine conscients. Ce sont des clones, mais avec une conscience préexistante, leurs âmes originelles restaurées comme leurs corps. Hickman ne mentait pas en donnant à Magneto cette réplique à la fin de HoX #1 comme quoi l'humanité avait de nouveaux dieux désormais.

Par ailleurs, le retour des morts renvoie à la rencontre entre Xavier, Magneto et Mister Sinister dans PoX #4 la semaine dernière : on comprend pourquoi Nathaniel Essex a été chargé de collecter l'ADN de tous les mutants, tout comme nous est dévoilée la fonction précise et le lien des Cinq, véritable entité à part (par exemple, Goldballs, mutant au pouvoir grotesque, devient un élément beaucoup plus riche que ne l'avait sans doute imaginé Bendis, et Hope assume elle aussi un rôle bien moins symbolique). Tout est si bien fichu, échafaudé dans le projet de Hickman qu'on ne peut qu'être impressionné - et ravi.

L'épisode s'ouvre par un dialogue entre Polaris et Magneto (cela induit-il que Hickman a décidé de revenir sur la retcon comme quoi Magneto n'était plus le père de Quicksilver et Scarlet Witch ? On verra. La question se pose aussi sur le statut de Namor, requalifié comme mutant depuis quelques années, mais totalement absent depuis le début de HoX-PoX.). Cet échange porte sur ce qui donne son titre à l'épisode : la notion de société, qui est la seule valablement conservée par les mutants.

Dans le contexte actuel, il s'agit d'un terre conquise et reconnue, dont les habitants ne peuvent plus être ignorés ni chassés. Et c'est l'enjeu de la deuxième partie de l'épisode quand les Nations Unies votent pour la reconnaissance officielle de Krakoa. Là encore, on a droit à quelques surprises sur la méthode : le Pr. X devine qu'Emma Frost a influencé les votes mais ne s'en formalise pas trop - au contraire, il promet même à la Reine Blanche un poste à responsabilité dans un futur proche.

Bien entendu, une telle attitude va encore nourrir les doutes sur la personnalité de Xavier, qui assume une part de manipulation de plus en plus évidente, un façon de suggérer que "la fin justifie les moyens" - la citation en exergue de l'épisode est encore plus explicite : le Pr. X y dit que la différence entre les mutants et les humains, c'est que les mutants n'ont jamais eu le choix jusqu'à présent... Une data page précise ensuite la liste des pays ayant rejeté la reconnaissance de la Nation X (parmi eux, le Wakanda - une piste pour un conflit à venir ?).

Enfin, la troisième partie de l'épisode ne dépareille pas puisque Xavier et Magneto ouvrent les portes de leur refuge (leur arche) à leurs anciens ennemis. Si Krakoa est le pays des mutants, la Terre Sainte de la "mutanité", alors tous les enfants de l'atome doivent pouvoir y résider. L'idée est dangereuse malgré sa générosité : en accueillant Apocalypse, Mister Sinister et d'autres canailles, Xavier n'ouvre-t-il pas la porte aux loups ? Un serment suffira-t-il à étouffer les ambitions politiques ou les divergences idéologiques d'hier ? J'ai pourtant le sentiment que Hickman procède de la sorte avec une intention ferme (et louable) de ne plus dresser les mutants les uns contre les autres afin de renouveler les futurs adversaires des X-Men. Car c'est aussi cela qui a fini par étrangler la franchise : les mutants ne faisaient que s'affronter entre eux, à coups de virus, de voyages dans le temps, de possessions - alors qu'ils sont aussi des aventuriers partant dans l'espace, des héros traditionnels, des experts (qui, si on les avait consultés au lieu de les provoquer, auraient pu éviter des crises - pensez à Avengers vs X-Men si Captain America avait demandé l'aide de Cyclope plutôt que de débarquer sur Utopia en réclamant Hope).

Visuellement, il faut mieux assurer quand on a un script d'une telle qualité et Pepe Larraz sort une nouvelle fois le grand jeu. L'espagnol restera comme la grande révélation/confirmation de HoX, il franchit un palier dont il faut espérer que Marvel ne le gâchera pas en cramant l'artiste sur des events débiles.

Dernièrement, sur Twitter, Bryan Hitch remarquait à quel point Immonen avait influencé les artistes Marvel ces dix dernières années et Larraz en est un des exemples. Il n'imite pas le canadien mais a su en s'inspirer de sa narration intelligemment, notamment dans des plans grandiosement composés. La figuration abondante ne lui fait pas peur et il l'exploite avec adresse pour donner toute l'ampleur requise dans des scènes clés (la première partie à Krakoa, avec la prêche de Tornade).

Le trait de Larraz emprunte aussi aux rondeurs d'un Alan Davis, à la souplesse de ce dernier. Les personnages masculins sont souvent athlétiques, avec des exceptions notables (Xavier), les femmes divinement roulées mais sans être objectivées sexuellement. Tout est justifié dans la mesure où l'histoire définit les protagonistes comme des êtres divins, des créatures révérées par les leurs. C'est ainsi qu'auraient dû être mis en images les Inhumains quand il s'agissait ostensiblement d'en faire les remplaçants des X-Men. Larraz, avec Hickman, en fait les Néo-Dieux du MCU.

L'iconographie religieuse est abondante dans la lecture des X-Men selon Hickman et Larraz, sans pourtant tomber dans une imagerie bondieusarde. Il s'agit d'incarner plus organiquement les acteurs de l'histoire, jamais de tomber dans une représentation trop éthérée ou chargée de symboles. Ce rôle est laissé à la couleur quand Marte Gracia enveloppe d'une lumière céleste, plus signifiante, l'entrée des méchants à Krakoa, mais, tout compte fait, ça reste discret. Sinon, l'aspect charnel, sensuel même, prévaut (souligné par des teintes chaudes).

Je me répète, mais bien volontiers, semaine après semaine, mais c'est une indiscutable réussite. Pas seulement ponctuelle, me semble-t-il, mais appelée à faire date.

    

jeudi 5 septembre 2019

HOUSE OF X #4, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


Fichtre ! Quel épisode ! Encore une fois, Jonathan Hickman réussit un sacré numéro avec ce quatrième chapitre de House of X. Le cliffhanger de la semaine dernière était accrocheur, laissant la porte ouverte à bien des théories, mais rien ne préparait à ce qu'on allait découvrir cette fois. Et dans quel état le lecteur allait être ! Ajoutez à cela des planches de folie par Pepe Larraz et vous obtenez ce qu'on peut appeler un "instant classic" - pas moins!


Krakoa. Le Professeur X réunit dans une salle Magneto, le Fauve, Trinary, Tornade et les Stepford Cuckoos. Ils entrent en contact avec l'équipe des X-Men envoyée en mission sur la station Orchis. Jean Grey répond à l'appel et expose la situation : Archangel et Husk sont morts, Wolverine et Nightcrawler blessés.


Cyclope reste résolu : il faut détruire la Sentinelle-Mère avant son activation. Nightcrawler téléporte Wolverine, Mystique, et Cyclope près de chaque branche qui retient la Sentinelle à la station et lui à la dernière des quatre.
  

Dans le vaisseau endommagé des X-Men, Monet évacue Jean Grey tandis qu'elle va retarder les agents de sécurité d'Orchis qui ont abordé. Wolverine, Cyclope et Nightcrawler coupent les trois premières attaches. Mystique est exécutée par Karima Shapandar et le Dr McGregor avant d'y arriver.


Monet est tuée. Jean s'éloigne de la station dans une capsule de survie. Cyclope doit détruire la dernière branche à la place de Mystique, mais Wolverine et Nightcrawler sont plus près. Ils se sacrifient pour s'en charger.


Karima Shapandar stoppe Cyclope que le Dr Mc Gregor abat. La capsule de survie de Jean est détruite. Toute l'équipe a été massacrée mais sa mission est accomplie. A Krakoa, le Professeur X pleure ses agents.

Comme Powers of X #3, la noirceur du dénouement saisit le lecteur. A vrai dire, personne, je crois, ne pouvait croire à une issue aussi radicale, aussi terrible. Bien entendu, Cyclope, Wolverine et compagnie reviendront (ils sont présents dans les séries qui succéderont à House of X-Powers of X), mais tout de même...

Tout de même, d'abord, on se demande par quel tour de passe-passe, Hickman va les ressusciter. Ce sera intéressant d'observer comment le scénariste surmontera ce qui est un des pêchés mignons des comics super-héroïques (et chez les mutants en particulier).

Bien entendu, on pense aussitôt à la fameuse sixième vie de Moira McTaggert comme une solution. Ou à la onzième - bien que Destinée ait déclaré qu'une énième incarnation était peu probable. Ou alors on en revient à la première scène de House of X #1, avec le Pr. X dans les entrailles de Krakoa alors que sortent de curieux cocons de nouveaux mutants, qui pourraient être ceux qui meurent dans ce troisième épisode, ré-engendrés. J'ai un faible pour cette dernière option, ne serait-ce que parce que l'un des "nouveaux nés" de Krakoa avait les yeux rougeoyants comme Cyclope. Mais ce n'est qu'une piste possible. Hickman est bien assez malin pour nous surprendre avec quelque chose auquel on n'a pas encore pensé.

Pour en revenir à ce numéro, c'est un petit chef d'oeuvre. Le rythme est haletant, la tension maximale. On devine très vite que la mission va mal se passer. D'entrée de jeu, l'explosion provoquée par Erasmus a endommagé sérieusement le vaisseau des X-Men, mais surtout tué Archangel et Husk. Ces deux morts choquent le lecteur qui comprend que Hickman ne plaisante pas. De même Wolverine est salement blessé (l'image reste plus suggestive mais tout de même ce qu'on voit est brutal - le bras gauche du griffu est décharné), Nightcrawler aussi est touché. Monet et Jean Grey doivent rester à bord pour garder le contact avec le Professeur X, donc il ne reste plus que quatre membres opérationnels pour détruire la Sentinelle-Mère alors que les gardiens de la station Orchis se déploient.

Tout va très vite et pendant un bref moment, on croit que le commando de Cyclope reprend l'avantage. Puis Hickman réserve un sort abominable à Mystique, exécutée sans pitié par le Dr. McGregor, déterminée à venger son mari. La scène fait froid dans le dos parce qu'elle est directe. C'est une scène de guerre où l'adversaire ne fait pas de quartier. On pourra ergoter sur le choix d'intégrer Mystique à une telle mission, mais en vérité la métamorphe devait évoluer selon un scénario précis (certainement se faire passer pour un membre du personnel de la station pour atteindre son objectif) et elle n'en a pas eu le temps.

Puis, tout dégénère, inéluctablement. On est moins étonné en fait par la tournure des événements que par leur aspect impitoyable. Les anti-Hickman y verront sans doute une preuve supplémentaire d'empathie pour les personnages (au profit du récit global). Pour ma part, j'ai trouvé qu'il y avait un certain panache, un authentique culot à envoyer à la mort des X-Men emblématiques, sans épargner personne. Et cela produit des moments intenses, poignants, iconiques. La fin de Wolverine et Nightcrawler est vraiment héroïque et spectaculaire, superbement mise en scène. Celle de Monet, hors-champ, est aussi remarquablement écrite. La chute de Cyclope, l'agonie de Jean Grey, tout ça forme des scènes mémorables, puissantes. On est vraiment à genoux, comme le Pr. X, à la fin. Depuis quand avait-on été émus par les mutants et leur disparition ? 

Pepe Larraz est un artiste extraordinaire : Joe Quesada l'avait assuré, il serait la révélation du projet de Hickman, ses pages allaient bluffer tout le monde. Et c'est vrai. Ce genre d'épisode est une sorte de test grandeur nature pour vérifier ce qu'un dessinateur a sous le pied. Il faut assurer du côté du découpage - toujours veiller à rendre la scène lisible - , des compositions - bien situer les personnages dans les décors - , la valeur des plans - gérer l'expressivité et le mouvement...

Tout y est, c'est un sans faute. Mieux même : Larraz se permet des inventions graphiques très inspirées, comme la visualisation aquatique de ce qui passe dans le vaisseau des X-Men grâce aux pouvoirs de Tornade. L'effet est magnifique mais aussi esthétiquement troublant car il souligne la submersion littérale de l'équipe, emportée par une sorte de vague trop puissante pour elle. 

La station Orchis, la Sentinelle-Mère, le soleil, offrent à Larraz et au coloriste Marte Gracia l'occasion de produire des images fabuleuses, grandioses, épiques et dramatiques. Tout concourt à renforcer le sentiment que ces soldats ont été envoyés dans un piège dont ils ne pouvaient revenir vivants, et donc à donner à leur sacrifice une dimension de martyr. Lorsque à la toute fin de l'épisode, le Pr. X jure "No More", c'est un renvoi au "No more mutants" de Scarlet Witch dans House of M (Hickman dresse d'ailleurs en ouverture une liste des plus grands criminels anti-mutants et Wanda Maximoff y figure, non en tant que mutante mais comme Avenger), mais c'est aussi une adresse au futur, "plus jamais" ça. Larraz représente Xavier à genoux, et une larme coule sur son visage - première émotion réelle lisible sur ce visage constamment casqué et indéchiffrable.

Comment la mini-série (et sa soeur) va rebondir après ça ? Ce n'est qu'une des questions passionnantes à laquelle Hickman devra répondre. Mais en attendant, on sort de cet épisode le souffle coupé.

vendredi 30 août 2019

HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


Avec ce troisième épisode de House of X, et en comptant les trois de Powers of X, nous arrivons donc à mi-parcours du projet de Jonathan Hickman. Et ce qui est troublant, c'est qu'en avançant dans cette double histoire, le scénariste simplifie. Quoiqu'il réserve encore des surprises et invite à se questionner... Avec l'aide, puissante, de Pepe Larraz au dessin, cela aboutit à ce qui ressemble le plus à un chapitre classique des X-Men.


Cyclope a rassemblé une équipe de sept X-Men pour remplir la mission que lui ont assigné Charles Xavier et Magneto : détruire la Sentinelle-Mère fabriqué sur la station Orchis en orbite solaire. Chacun connaît les risques, d'autant que Cyclope a décidé de se priver de la végétation de Krakoa - au cas où l'ennemi les vaincrait et entrerait en sa possession.



Le Projet Achille est un complexe pénitentiaire de haute sécurité assorti d'une cour de justice : c'est là qu'a été conduit Dents-de-sabre après son arrestation par les Quatre Fantastiques. Il plaide coupable tout en assurant qu'il ne sera pas retenu ici, malgré un piètre avocat et des charges accablantes.


Sur ces entrefaites, Emma Frost et les Stepford Cuckoos font leur entrée dans le tribunal et réclament le prisonnier en faisant valoir que, comme tout citoyen de Krakoa, il bénéficie d'une immunité diplomatique. Malgré la tension générée par cette demande, on les laisse partir avec Dents-de-sabre.


Station Orchis. Alors que le Dr. Alia McGregor et Karima Shapandar inspectent les installations, l'alarme se déclenche. Le vaisseau des X-Men est en approche. Nightcrawler se téléporte dans le bâtiment et se présente devant McGregor et Karima.


La sécurité se déploie et les issues sont condamnées. Erasmus, l'ex-mari de McGregor et à la tête d'un commando, ordonne que le projet soit protégé à tout prix tandis qu'il se prépare à accueillir les mutants. Il se fait sauter à proximité de la piste d'atterrissage et l'explosion détruit le vaisseau des X-Men.

C'est un épisode très linéaire encore une fois qu'a écrit Jonathan Hickman, tout comme pour Powers of X #3 la semaine dernière. D'ailleurs ce qui tient lieu d'intrigue semble répondre en écho à ce précédent chapitre puisqu'on suit essentiellement une équipe de X-Men dans une mission risquée, dont l'objectif est d'empêcher la finalisation de la construction d'une Sentinelle-Mère (capable de générer d'autres Sentinelles), à l'origine de la conception de Nimrod.

Mais avec Hickman, il faut se méfier de ce qui semble simple comme de l'eau qui dort. L'issue de l'épisode pose de nombreuses questions parce que, justement, elle emploie un procédé narratif tellement éculé qu'on est obligé de douter de ses conséquences. Les X-Men peuvent-ils vraiment avoir été tués dans l'explosion provoquée par Erasmus ?

Avant cela, Hickman dispose ses pions de manière très élémentaire : un dernier échange entre Cyclope, Xavier et Magneto d'abord. Déjà un trouble s'installe car Xavier s'adresse à Cyclope comme s'il lisait sans se gêner dans ses pensées et même davantage, comme s'il influait sur celles-ci. Cyclope va-t-il au feu volontairement ou forcé ? Il est indéniable qu'en temps que chef d'équipe, il répond à son devoir (protéger les siens) mais Xavier sent de la peur chez lui malgré tout, et alors Cyclope part sans plus d'hésitation. L'attitude de Xavier, depuis le début, interroge (il ne quitte jamais son casque Cerebro, se comporte comme un guide, une éminence grise, laissant à Magneto la lumière) : se pourrait-il qu'il manipule tout son monde (excepté Magneto) ?

Ensuite, nous faisons connaissance avec les X-Men qui ont accepté la mission. La composition de cette équipe est variée : on y trouve des membres attendus (Wolverine), d'autres invisibles jusqu'à présent (Nightcrawler, Archangel), et des surprises (Monet, Husk, voire Mystique et Jean Grey). 'est une formation intéressante par ses éléments les plus inattendus : Cyclope aurait pu choisir des X-Men très puissants (style Havok, son propre frère), au lieu de ça on a Mystique (une métamorphe), Nightcrawler (un téléporteur)... Mais on imagine bien que ceux-ci ne sont pas là par hasard (même Mystique, qui semble toujours aussi revêche).

Cette séquence d'ouverture se termine par le décollage du vaisseau de l'équipe depuis... La lune ! Et on se rappelle en effet qu'une fleur de Krakoa y avait été plantée (voir HOX #1). Il n'empêche, l'effet est efficace et rappelle que Krakoa, donc les X-Men sont désormais un peu partout  sur Terre et dans l'espace (il y a aussi un poste sur Mars).

Hickman emploie ensuite une narration parallèle, très sobre. Qu'est devenu Dents-de-sabre depuis que Cyclope l'a laissé aux Fantastic Four (dans le premier épisode), après le cambriolage de Damage Control ? Il a été convoyé dans un complexe de haute sécurité, une installation du nom de "Projet Achille", avec un tribunal, et des détenus très dangereux. Alors qu'il plaide coupable, en fanfaronnant qu'il ne restera pas ici, Emma Frost intervient et le fait libérer en deux temps, trois mouvements (la fameuse immunité diplomatique obtenue par les Krakoans).

Dans cette scène jubilatoire et ambiguë, on sent tout le plaisir qu'a Hickman d'écrire les X-Men, et en particulier Dents-de-sabre mais surtout Emma Frost, dont il a déclaré qu'elle était un de ses personnages favoris depuis toujours. Il faut associer à cette réussite dans la caractérisation Pepe Larraz qui, comme dans la première séquence, fait des merveilles avec presque rien : en une image, il saisit à la perfection, mieux qu'une présentation, les personnages que lui donne à animer son scénariste. Dents-de-sabre est imposant, insolent, frustre ; Emma Frost est élégante, froide, précise. Le dessinateur capte la substantifique moelle des personnages par leurs gestuelles, leurs expressions, leurs tenues, leurs positions dans l'espace. C'est remarquable.

Puis nous nous dirigeons vers la dernière ligne droite : les X-Men arrivent à la station Orchis, la sécurité de celle-ci s'active... Le déroulement de l'action s'accélère subitement, on sent que les deux parties en présence n'ont pas de temps à perdre. Les X-Men doivent agir prestement tout comme le personnel d'Orchis. Hickman orchestre tout cela magistralement, on sent la tension à l'oeuvre. La façon dont Nightcrawler est employé est jubilatoire : un éclaireur, sûr de lui (et muni d'une épée - un clin d'oeil à un fameux épisode d'Excalibur, ou à sa passion pour les films de cape et d'épée ? En tout cas, c'est bien vu).

Larraz encore une fois fait des prodiges. Ses planches sont spectaculaires, le flux de lecture d'une fluidité imparable, la valeur de chaque plan ajustée (là-aussi, le découpage qui accompagne Nightcrawler dans la station est superbe). L'artiste compose merveilleusement ses cadres pour que le lecteur ressente pleinement que, malgré la petitesse du vaisseau des X-Men, il y a un danger réel pour Orchis, malgré son arsenal de défense. Les couleurs de Marte Gracia participent aussi de cela, avec les teintes chaudes (soleil proche oblige) environnant la station et les lumières à l'intérieur du bâtiment quand l'alarme se déclenche.

Il faut alors en revenir au cliffhanger de l'épisode. Si tout s'enchaîne avec beaucoup de souplesse, l'explosion finale relève d'un artifice dramatique vu et revu. Mais il me semble que Hickman en joue justement pour titiller le lecteur. Deux options s'offrent à nous : soit les X-Men meurent, soit ils survivent (on peut imaginer plusieurs moyens allant dans ce sens : Nightcrawler téléporte plusieurs de ses partenaires, Jean Grey les enveloppe dans une bulle télékinésique...).

S'ils meurent, alors on ne peut guère s'empêcher de penser à la toute première scène du premier épisode de HOX dans laquelle on voyait Xavier dans les entrailles de Krakoa au moment où sortait de cocons plusieurs mutants - dont l'un avait les yeux rougeoyants comme Cyclope. Cette scène était-elle un flash-forward, révélant que l'équipe envoyée sur Orchis renaissait grâce à Krakoa après avoir été tué en mission sur Orchis ? C'est une théorie, la semaine prochaine permettra sûrement de vérifier sa pertinence.

Mais, au fond, c'est en cela, peut-être autant (voire plus) que la relance réussie dans POX-HOX des X-Men, que le projet de Hickman est si jouissif à lire et suivre (en plus de sa structure narrative, où les deux titres se répondent, se complètent) : le lecteur est invité et motivé pour tenter d'anticiper le prochain mouvement de l'histoire. Lorsque le scénariste, comme cette semaine, complète son propos par des "data pages" (cette fois sur l'échelle évolutive des Sentinelles jusqu'à Nimrod, sur le Projet Achille, sur les vies antérieures de Moira...), ce ne sont jamais des indications sur la narration elle-même, sur les rebondissements à venir. On lit tout cela, accroché, mais toujours suspendu à la suite.

Chapeau bas !

jeudi 8 août 2019

HOUSE OF X #2, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


The Many Lives of Moira X, le titre de ce deuxième volet de House of X, est un vrai tour de force. Pas seulement parce que Jonathan Hickman fait aussi bien, voire mieux que pour le précédent épisode ou y explique une scène intrigante de Powers of X #1. Pas seulement non plus parce que Pepe Larraz livre des planches impressionnantes au service du récit. Mais sûrement parce que les deux hommes produisent le chapitre le plus renversant de l'histoire des X-Men (une promesse du scénariste). Rien que ça !


Moira McTaggert a vécu sa première vie, paisiblement, passivement, et s'est éteinte à 74 ans, après s'être mariée et avoir donné naissance à deux enfants. Elle a débuté sa deuxième vie en manifestant précocément une intelligence phénoménale.


Ses brillantes études lui confirmèrent ce qu'elle devinait : elle était une mutante. Qui, en voyant Charles Xavier s'exprimer à la télé, décida de le rencontrer. Le destin contraria ce projet car elle mourrut dans le crash de l'avion qui l'emmenait vers lui.
  

Dans sa troisièe vie, Moira considère que le gène mutant est une malédiction et s'emploie à trouver un antidote pour l'éradiquer. Son plan est contrecarré par Mystique et Destinée qui l'intime de changer dans sa prochaine incarnation puis la tue.


Quatrième vie : Moira devient l'amante et l'alliée de Xavier jusqu'à l'extermination des mutants par les Sentinelles. Cinquième vie : Moira convainc Xavier de former les mutants en une légion contre les Sentinelles. Septième  vie : Moira élimine la dysnatie des Trask (inventeurs des Sentinelles).


Mais les robots anti-mutants apparaissent sans les Trask. Huitième et neuvième vie : Moira se radicalise en joignant Magneto, neutralisé par les siens, puis Apocalypse, dans une guerre sans fin. Sa dixième (et dernière ?) vie : Moira ouvre son esprit à Xavier, brisant les règles.

Lorsqu'un scénariste promet, avant la publication de sa nouvelle oeuvre, de révèler au lecteur "le moment le plus important de l'histoire des X-Men", il vaut mieux pour lui qu'il ait une idée solide. Sinon, la sanction sera terrible. Mais Jonathan Hickman n'est pas du genre à lancer des annonces en l'air.

House of X#2 est à la fois la suite de HOX #1 et de Powers of X #1. C'est surtout un tour de force narratif, une leçon magistrale, une retcon renversante. Sur ce dernier point, l'exercice est impressionnant car souvent modifier le passé pour simplifier le cours de l'histoire actuelle revient à effacer ou altérer ce qu'on écrit de précédents auteurs, donc (dans l'esprit des fans puristes) à mépriser leurs efforts.

Hickman s'en sort formidablement car il n'abîme rien, il améliore, il fluidifie, il justifie. En modifiant subtilement un élément (un personnage), il change notre perception et explique, corrige, sans annuler ce que d'autres avant lui ont établi. Sa contribution est à l'image du destin étrange de Moira McTaggert : décisif et discret à la fois.

Le scénariste a-t-il pensé en développant ce twist épatant que Moira en égyptien signifie "destin". Je parierai que oui car Hickman est un érudit qui avance ses pions avec souvent un (ou même plusieurs) coup(s) d'avance. Il n'est ici question que de destins, de choix, d'influences. Dans un dispositif qui emprunte à Un jour sans fin et fait de Moira McTaggert une sorte de Hawkman mutant, nous explorons neuf de ses vies (rien n'est dit sur la sixième...) similaires et distinctes, neuf trajectoires en trente-six pages, denses et fluides, balayant tout les passés, les présents et les futurs des mutants, pour aboutir à une issue confondante.

Au terme de l'épisode, on comprend parfaitement la figure décomposée affichée par Charles Xavier à la fin de la première séquence de Powers of X #1 (et la phrase énigmatique de Moira sur le rêve et la réalité). Mais encore on saisit, de façon extrêment concentrée et aiguisée, ce qui perd les mutants depuis toujours jusqu'à ce qu'à la "Maison de Xavier" telle que représentée dans HOX #1.

Moira agit en vérité telle la grande scénariste des mutants - et il n'est sans doute pas improbable d'interpréter cette caractérisation comme ce que Hickman entreprend d'être pour la franchise "X". Ce faisant, les actions de Xavier, en apprenant finalement tout ce qu'a vécu Moira et ce que cela lui enseigne sur le futur des mutants, deviennent très pragmatiques (savoir que son "fils spirituel", Cyclops, le tuera dans AvX, que Magneto échouera, que Apocalypse apparaîtra, que la menace des Sentinelles est incontournable, etc). C'est vertigineux.
Qui l'eût cru ? Mais passer un épisode entier avec Moira McTaggert et en faire la femme la plus important de la "mutanité" est la manoeuvre narrative la plus intelligente, profonde et et prometteuse jamais imaginée pour les X-Men. Nous aussi, nous sommes comme Charles Xavier ébahis, tourneboulés, bouelversés, et excités par ce que nous venons de découvrir. Je me répéte, mais c'est bluffant.

Pour servir un tel programme, il faut un artiste qui relève le challenge, non pas pour se faire mousser, mais bien, parce qu'il a compris l'importance de l'épisode, pour en sublimer le contenu. Et Pepe Larraz franchit ce cap avec maestria.

Bon, on pourrait parler du trait expressif, du soin des finitions - tout ça est déjà excellent et confirme que l'espagnol est dans une forme olympique. Il produit des images mémorables, belles, avec une sorte de majesté tranquille, une assurance qui est l'apanage des dessinateurs en pleine confiance, en pleine possession de leurs moyens. Qui dispose d'un matériel écrit d'une qualité indéniable et qui les motive.

Mais ce qui m'a le plus sidéré, c'est quelque chose de plus subtil, qui m'a presque échappé tellement c'est bien amené et qui, lorsqu'on s'en rend compte, vous colle un délicieux frisson, une décharge d'électricité. Un effet de découpage génialement simple mais très éloquent.

Au terme, dramatique, de sa troisième vie, Moira est face à elle-même : elle est tuée par la confrérie des mauvais mutants, formée par Mystique, Pyro et surtout Destinée avec laquelle elle a un dialogue déterminant. Plus rien ne sera jamais comme avant au terme de cet acte III.

Moira va séduire Xavier pour influer sur son existence et ses décisions de guide des mutants, d'abord pacifiquement puis plus stratégiquement. Ce seront des échecs. Elle s'attaque ensuite (vies 6-7) aux racines du mal : les Sentinelles, les robots géants conçus pour surveiller puis exterminer les mutants, et ensuite à la famille Trask, leur concepteur. Nouveaux échecs : même sans les Trask, les mutants seront quand même traqués, tués, par des unités mécanisées.

En fait, Moira accumule les échecs : elle se radicalise en s'alliant à Magneto, puis Apocalypse, mais rien n'y fait. Chaque vie consommée aboutit à une impasse - et Destinée lui en a prédit dix, peut-être onze. Pour traduire graphiquement cette descente aux enfers, les planches s'enchaînent, rapides, et le découpage mue sensiblement.

Les cases deviennent penchées, les bandes s'inclinent : horizontales au début, elles finissent par devenir exclusivement verticales à mesure que Moira s'enfonce dans des directions sans issue. Le personnage comme le lecteur glissent dans l'abîme comme sur une sorte de toboggan dont l'inclinaison des cases et des bandes figurent la forme. Tout bête comme effet, mais remarquablement bien exploité ici.

Et puis, nous revenons au stade embryonnaire. Moira s'apprête à naître une dixième fois. Dans le ventre de sa mère, forte des expériences de toutes ses vies précédentes, elle sait. Il ne suffit pas de déplacer un pion, de changer de direction. Il faut briser les règles, avec Charles Xavier. Retour à des cadres horizontaux, uniques, qui occupent toute la largeur de la page, comme une assiette, une base, une remise à plat ultime, avec l'énième rencontre avec Xavier à qui elle inspire un nouveau monde - celui vu dans HOX #1.

Que l'on sache que le futur, vu dans Powers of X #1, ne sera pas clément pour les mutants ne gâche rien puisqu'on ne sait que partiellement les raisons de l'échec de l'utopie (les manigances de Mr. Sinister notamment, l'émergence de Nimrod, la trahison de Karima Shapandar). Mais il est avéré, comme l'indique le tableau de lecture à la fin de chaque épisode des deux mini-séries, que House of X #2 est un jalon crucial dans l'histoire imaginée par Hickman et Larraz.

Avec un tel niveau, que ce soit pour le script ou le dessin, on peut encore craindre, si l'on est pessimiste ou méfiant, pour la suite. Mais tout de même, il faudrait une sacrée dégringolade pour que Hickman rate son coup. C'est donc confiant et enthousiaste que je suis. Pour un fan qui a eu l'amour des comics via les X-Men, cette relance, ambitieuse et maîtrisée, est un vrai cadeau.    

jeudi 25 juillet 2019

HOUSE OF X #1, de Jonathan Hickman et Pepe Larraz


"Humains, pendant que vous dormez, le monde change." C'est parce cette phrase déclaréé par Charles Xavier que démarre ce premier numéro de House of X. Et c'est comme une adresse formulée par Jonathan Hickman au lecteur car, effectivement, le monde des X-Men a changé énormément. Et durant les trente-sept pages suivantes, on assiste à la refonte promise par l'auteur, le nouveau départ espéré. Qui plus est superbement illustré par Pepe Larraz. Un début impressionnant.


Depuis des mois, les X-Men ont planté des graines de l'île Krakoa partout sur Terre et dans l'espace, développant un écosystème géant avec des portails pour que seuls les mutants y accèdent. Cinq ambassadeurs humains sont reçus par Magneto.
  

La mission spatiale Orchis gagne une station en orbite autour du soleil. A sa tête, le Dr. Alia Gregor et son ancien mari, ont fait de cet endroit un poste d'observation sur l'évolution mutante depuis deux ans. Et préparent une éventuelle riposte.


Mystique, Dents-de-sabre et le Crapaud dérobent des données informatiques dans les serveurs d'un bâtiment de Damage Control. Ils sont pris en chasse par les 4 Fantastiques. Cyclope vient réclamer Dents-de-sabre, arrêté, mais accepte de le leur laisser diplomatiquement.


Les cinq ambassadeurs guidés par Magneto écoutent l'offre que leur transmet Charles Xavier : Krakoa leur fournit un antibiotique révolutionnaire, une formule permettant de rallonger l'espérance de vie et de guérir les troubles mentaux.


En échange les humains acceptent la nouvelle nation mutante souveraine et s'engagent à ne pas l'agresser. La Chine et la France sont d'accord, la Russie est méfiante, l'Angleterre et les Etats-Unis sont réticents. Mais ont-ils encore le choix ?

Ce qui frappe après la lecture de ce copieux premier épisode, c'est que sa densité n'empêche pas qu'il se lise très facilement. On sait qui est qui, quelles relations entretiennent les protagonistes, les objectifs de chacun, et surtout les données du nouveau statu quo. En soi, c'est une leçon de narration.

On a souvent associé l'écriture de Jonathan Hickman à celle d'un cartographe, développant lors de ses runs un plan de voyage préétabli, avec un casting spécifique. On retrouve cela dans House of X #1, littéralement la description de la "Maison de Xavier" (en référence à House of M de Bendis - car Hickman n'a pas oublié qu'il avait été introduit chez Marvel grâce à Bendis à l'époque de Secret Warriors). Une maison avec son architecture, sa matière (très organique), mais aussi ses habitants, ses voisins, et ses ennemis potentiels.

Tout est là, admirablement fluide, sur la table. Il ne manque rien, le scénariste profite du format étendu pour tout décrire, voire rappeler : les coordonnées dans le Pacifique de l'île vivante Krakoa, ses extensions actuelles sur Terre mais aussi sur la Lune et Mars, sa production. Mais pas que. Vous avez aussi droit à des notes sur la mission Orchus près du soleil (où on construit de nouvelles Sentinelles en prévision d'une guerre avec les mutants - classique, mais doté d'une dimension nouvelle vue la stratégie de Xavier), Damage Control (la société qui nettoie les scènes de bataille, affaiblie récemment par la disparition des FF et de Tony Stark), des mutants de niveau Oméga (les plus puissants de leur espèce). C'est assez fascinant car, sous ses airs de cours magistral, l'exposé de Hickman est tout ce que les comics actuels négligent souvent : les présentations pour les non-initiés, les révisions pour les fans.

C'est indiscutablement la relance la plus cohérente, ambitieuse et solide à laquelle les mutants ont eu droit depuis belle lurette, car un auteur est aux commandes pour reconstruire la franchise - pas un editor qui aligne les planètes avec l'objectif d'en faire la gamme la plus lucrative, mais un auteur qui veut la rendre à nouveau lisible, intelligible. Hickman unifie les X-Men quand auparavant plusieurs scénaristes l'exploitaient selon leur fantaisie et en composant avec des crossovers périodiques. Il a douze semaines devant lui et deux titres pour remettre de l'ordre, et déjà avec cet épisode, un sacré coup de balai a été donné.

D'entrée, on voit Charles Xavier coiffé de Cerebro dans les entrailles de Krakoa où s'extraient de cocons de nouveaux mutants : "To me, my X-Men.", dit le Professeur X tel un Dieu. Et c'est précisément de cela qu'il va s'agir puisque la dernière phrase du numéro est, elle, prononcée par Magneto à un groupe d'ambassadeurs humains : "You have new gods now." Ces représentants de la France, des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et de la Grande-Bretagne sont entrés dans le labyrinthe de l'île depuis Jérusalem - tout un symbole.

La couverture est un leurre : Jean Grey n'apparaît que dans une scène tout comme Cyclope (où il fait face, très diplomatiquement, aux Fantastic Four), Wolverine figure dans une case, et Xavier dans les deux premières pages. Hickman a un monde nouveau et une situation inédite à décrire, pour l'instant les vedettes sont des figurants - même si Magneto, dans son rôle de guide, a plus de temps de présence. Ceux qui n'aiment pas Hickman diront qu'il fait encore preuve de trop de distance avec ses héros, mais je suis sûr que ça va changer (même s'il ne faut certainement pas s'attendre à trop de sentimentalisme).

Dans ces conditions, il revient pour une large part à l'artiste de faire vivre ce qui semble être une introduction un peu scolaire. Pepe Larraz a été choisi pour cette mission et Joe Quesada louait sur Twitter la qualité de sa prestation. On ne peut qu'abonder dans ce sens car visuellement c'est superbe et efficace à la fois.

L'environnement des mutants est désormais un gigantesque organisme végétale qui renvoie au jardin d'Eden, mais aussi à une vaste pharmacie (grâce à laquelle les mutants comptent acheter un accord de paix aux humains - à moins qu'il ne s'agisse d'un plan destiné à transformer toute l'humanité pour la faire accéder au rang de l'homo superior ?), avec des portails dimensionnels, et même une zone noire, dangereuse pour les indigènes. Larraz illustre idéalement ce monde dans le monde, à la fois beau, inquiétant, magique, angoissant, et on se rend ainsi compte que jamais Krakoa n'avait été aussi bien, aussi grandement exploité.

Larraz a déjà eu l'occasion de se faire la main sur les personnages de cet univers (lors de la mini Extermination de Ed Brisson, qui a renvoyé dans les années 60 les premiers X-Men de la série All-New X-Men de Bendis). Toutefois, là, il a à dessiner quelque chose de bien plus consistant et de varié.

Hickman a voulu que les personnages aient des looks emblématiques (comme lui-même a défini les quatre époques fondamentales des X-Men, depuis Giant-size X-Men de Wein-Claremont jusqu'à New X-Men de Morrison en passant par X-Men de Claremont et Jim Lee et Age of Apocalypse de Lobdell et Nicieza). Traduction : Cyclops porte une variante bleutée de son costume des Uncanny X-Men de Bendis et Magneto sa tenue blanche de la même série, Jean Grey a revêtu son habit de Marvel Girl époque Neal Adams-Jim Steranko, Wolverine est en marron comme après La saga du Phénix Noir, et Xavier évolue en noir avec le casque Cérébro sur la tête - ce qui lui donne un faux air du Maker (l'Ultimate Reed Richards devenu malfaisant - un indice avec la scène où Cyke croise les FF ?). Seuls les enfants et les jeunes mutants ont l'uniforme bleu et jaune.

Larraz se défoule vraiment en deux occasions : lors de la découverte de la station Orchis, avec des planches époustouflantes (et la révélation de la nature de cet endroit), et lors du braquage par Mystique, le Crapaud et Dents-de-sabre, un pur moment d'action, survolté, qui porte la marque de l'influence d'Immonen sur le dessinateur espagnol.

Plus généralement, House of X se distingue esthétiquement par le choix des couleurs (de Marte Gracia, avec une palette flamboyante) et un design très étudié (des glyphes, des pages avec uniquement du texte et des organigrammes - un classique de la maison Hickman). Tout a été vraiment conçu pour que le projet soit un ensemble cohérent sur tous les plans et pas seulement un énième relaunch vite torché pour booster les ventes. Marvel a mis le paquet et suivi les instructions du scénariste avec une confiance dans sa vision comme on en voit rarement.

Je suis bien en peine de trouver une faute à tout ça (pour pinailler : Cyclope est un peu trop musclé pour que Ben Grimm l'appelle encore "Slim"). C'est bluffant. Powers of X, la semaine prochaine, fera-t-il aussi bien tout en partant dans une autre direction (plus futuriste apparemment) ? En tout cas, on part confiant.