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jeudi 22 février 2024

FIRE POWER #25-30 - EPILOGUE (Robert Kirkman / Chris Samnee)

Ce mercredi est sorti le 30ème et dernier épisode de Fire Power, que j'avais cessé de lire au n°24. Avant la parution du tome 6 la semaine prochaine, je vous propose un retour de lecture sur cet ultime arc narratif. Evidemment, ce qui suit comporte quelques spoilers (mineurs) donc à vous de voir si vous préférez profiter de l'histoire tout de suite ou plus tard.


Wei Lun vient de révéler à Owen Johnson qu'il a autrefois tué ses parents biologiques alors qu'ils avaient quitté le temple du poing de feu pour rejoindre le clan de la terre écorché.. Owen choisit de régler cela plus tard car il lui faut entraîner ses alliés pour combattre Maître Shaw et son dragon.


Shaw et son dragon quittent justement Hong Kong pour les Etats-Unis afin de prouver sa supériorité. Direction : Chicago...


Ma Guang échoue à maîtriser le pouvoir du feu et Kellie se sent inutile en vue de la bataille à venir. Elle a aussi peur pour Owen et leurs enfants, Doug et Haley. A Chicago, Shaw et son dragon sème la dévastation. Grâce à ses serpents, il asservit les militaires qui tentent de le repousser puis de négocier...


Kellie Johnson parvient à créer des boules de feu d'une puissance insoupçonnée. Peu après cette bonne nouvelle pourtant, les nouvelles en provenance de Chicago lui parviennent et elles ne sont pas bonnes.


Shaw contrôle la ville dont les habitants fuient, n'étant plus protégés par l'armée. Owen décide de précipiter les manoeuvres et de partir à l'attaque avec les hommes et les femmes prêts au terme de l'entraînement qu'il a prodigué.


C'est la bataille de Chicago. Dans un premier temps, Owen et son armée libèrent les militaires de l'emprise des serpents. Puis il affronte Shaw en duel mais sans réussir à le dominer. Heureusement, il reçoit le renfort de Wei Lun, Kellie, Doug et Haley.


Les épreuves changent tout le monde. Après avoir, semble-t-il, réussi à terrasser le dragon, qui ravage un quartier entier de la ville, les Johnson découvrent parmi les civils morts un de leurs proches...


Shaw est capturé et ses serpents tués. Perdant son pouvoir, il vieillit prématurément mais a le temps de confier à Ma Guang le secret pour tuer le dragon qui s'est réveillé et quitte Chicago pour rejoindre son repaire.


Un avion de ligne est mis à la disposition de Owen et ses troupes. Kellie, Doug, Haley, Wei Lun et Ma Guang sont du voyage pour rattraper le dragon.


Ma Guang révèle au groupe qu'il a hérité du feu de Shaw, seul capable de blesser gravement le dragon. Mais cela suffira-t-il vraiment à en venir à bout ? Et si oui, à quel prix ?

La publication de ces six derniers épisodes s'est étalée de Juillet 2023 à Février 2024. L'explication se trouve dans la longueur de deux des numéros : le #25 compte 44 pages et le #30 une soixantaine. Cela fera donc du tome 6 de la série un copieux volume, disponible dès la semaine prochaine, le 28 Février, en VO (et peu après certainement chez Delcourt).

Pour ma part, j'avais cessé de lire Fire Power au n°24, lassé par la décompression excessive de la narration de Robert Kirkman. J'estimais aussi que le scénariste abusait de Chris Samnee à qui il demandait de livrer des pages très exigeantes mais indignes de son immense talent. A l'heure qu'il est, l'artiste a déjà commencé à travailler sur un nouveau projet mais attend avant de communiquer à ce sujet. Néanmoins, il y a peu de chance de retrouver Samnee sur du work for hire chez un des Big Two, même s'il signe les couvertures de la série Titans (de Tom Taylor) et les variants de Shazam !. Tout ce que j'espère, c'est qu'il ne va pas rempiler avec Kirkman...

Vous l'aurez deviné : il n'y a pas de miracle dans cet épilogue. Les défauts que je pointais restent présents et pesants et on lit ces épisodes en attendant en vain que Kirkman leur donne plus de consistance. Cela n'a jamais lieu, tout est désespérément dilaté, décompressé, jusqu'à l'écoeurement. Le moindre rebondissement est exploité ad nauseam, la caractérisation est grossière, les coups de théâtre sont misérables.

Pour résumer le malaise, il suffit de suivre ce que fait Kirkman avec le dragon qu'on croit terrassé durant l'épisode 28, qui se veut épique, mais qui se résume à une succession de splash pages certes spectaculaires visuellement mais d'une indigence narrative embarrassante avec comme contrepoint aux images de la bataille de Chicago les lettres envoyées par Doug Johnson à son grand-père.  Un moyen assez putassier de tirer des larmes au lecteur et qui s'achève sur une scène qui se veut poignante mais qui est en vérité tellement téléphonée qu'elle produit l'effet inverse. Le pire étant que dans l'épisode suivant, les conséquences de cette scène sont expédiées de manière cavalière, comme si Kirkman s'en fichait...

Que l'on loue Kirkman pour les succès que furent The Walking Dead ou Invincible, soit. Je ne vais pas juger ce que je n'ai pas lu (la vision de la première saison de l'adaptation en dessin animé d'Invincible m'a suffi). Mais qu'on accorde du crédit à un auteur aussi piteux que celui qui commet les scripts de Fire Power, voilà qui franchement me dépasse. C'est mauvais, il n'y a rien à sauver. Et pourtant, sur la foi du tome 0, le Prologue, la série avait un potentiel, une bonne série B. Mais c'est comme si le sujet était constamment survolé, les ellipses jamais comblées, l'objectif improbable. Qu'a voulu raconter Kirkman avec Fire Power ? Avait-il seulement un propos à tenir ? J'en doute. Quel lecteur en retiendra quoi que ce soit ? Relira tout ça ?

Au fil de ces six épisodes, trop longs, trop laborieux, l'acquisition du pouvoir du feu par divers personnages à des moments extraordinairement opportuns relève de la paresse créative et parfois du plagiat (voir le sens donné aux couleurs des différents feux créés par ceux qui le peuvent : on est dans un mix qui évoque clairement Green Lantern, Powers Rangers et autres combinaisons de héros associés à des pouvoirs et des codes couleurs). Et même la boucle que forme le récit à sa toute fin, qui aurait pu être émouvante, tombe à plat, là encore trop prévisible, trop convenue. C'est désespérant, vous dis-je.

Que Samnee ait consacré presque quatre ans de sa carrière à un projet pareil me dépasse. D'un côté, il est compréhensible qu'il ait voulu tenter l'aventure du creator-owned, qui plus est en s'associant à un scénariste responsable de deux séries à succès. Mais de l'autre, pour quel résultat ? Samnee n'a jamais déçu et il produit encore des planches, des épisodes de haute volée. Mais quand on l'a apprécié sur Thor the Mighty Avenger, Daredevil, Black Widow, Captain America, on ne peut se satisfaire de Fire Power. En comparaison, son autre titre avec sa femme Laura, Jonna and the Unpossible Monsters (j'essaierai d'y revenir bientôt puisque là aussi, c'est bouclé), possédait quelque chose d'éminemment plus sympathique, personnel, quoique tout aussi peu mémorable. E si, tout simplement, Samnee avait surtout besoin d'un vrai bon scénariste pour se transcender ? Mais on ne trouve pas un partenaire de jeu comme Mark Waid facilement (d'ailleurs, ce dernier s'est trouvé un nouvel artiste, Dan Mora, aussi performant que le fut Samnee)...

Kirkman est depuis occupé avec son univers Energon et sa série Void Rivals et ses titres attachés (la relance des franchises Transformers, G.I. Joe), entre deux procès que lui font ses anciens collaborateurs (Tony Moore à qui il déniait la co-création de The Walking Dead, Bill Crabtree qu'il a voulu priver de royalties sur Invincible). C'est un personnage apparemment aussi peu inspiré que peu honnête.

Croisons les doigts pour que le nouveau projet de Samnee soit d'une autre trempe : il n'a rien perdu de son talent, mais a gâché trop d'années.

dimanche 31 décembre 2023

10 COMICS POUR 2023... ET BONNE ANNEE 2024 !

Ceci n'est pas un classement, un top 10, mais plutôt une liste de dix comics que je retiendrai de cette année 2023 qui s'achève ce soir. Ils vous apparaissent dans leur ordre alphabétique pour leur titre. Si vous le souhaitez, donnez-moi vos dix comics en commentaire. 

Big Game #5 (Mark Millar/Pepe Larraz) (Image Comics)

Pourquoi ? Parce que c'est le meilleur event de l'année. Non. Le meilleur event depuis des années.

Birds of Prey #1 (Kelly Thompson/Leonardo Romero) (Dc Comics)

Pourquoi ? Parce que Kelly Thompson écrit enfin son team book. Et qu'elle retrouve Leonardo Romero.

Danger Street #12 (Tom King/Jorge Fornes) (DC Comics)

Pourquoi ? Parce que c'est l'oeuvre la plus inattendue et originale et optimiste de Tom King. Avec el excelente Jorge Fornes.

G.O.D.S. #1 (Jonathan Hickman/Valerio Schiti) (Marvel Comics)

Pourquoi ? Parce que Jonathan Hickman nous retourne le cerveau encore une fois. Et Valerio Schiti nous subjugue.

Somna #1 (Becky Cloonan & Tula Lotay) (DSTLRY)

Pourquoi ? Parce que Becky Cloonan et Tula Lotay sont en feu.

The Human Target #12 (Tom King/Greg Smallwood) (DC Comics)

Pourquoi ? Parce que Tom King nous bouleverse. Et Greg Smallwood nous éblouit.

The Immortal Thor #1 (Al Ewing/Martin Coccolo) (Marvel Comics)

Pourquoi ? Parce que, grâce à Al Ewing et Martin Coccolo, le dieu du tonnerre nous foudroie à nouveau.

Ultimate Invasion #1 (Jonathan Hickman/Bryan Hitch) (Marvel Comics)

Pourquoi ? Parce que Hickman, encore lui, déjoue nos attentes. En compagnie de Bryan Hitch.

Batman - Superman : World's Finest #20 (Mark Waid/Dan Mora) (DC Comics)

Pourquoi ? Parce que Mark Waid et Dan Mora forment une dream team sur ce titre, qui est le comic-book mainstream le plus régulier en qualité qui soit
.
X-Men : Hellfire Gala 2023 #1 (Gerry Duggan & Jonathan Hickman/Adam Kubert, R.B. Silva,
Matteo Lolli, Javier Pina, Pepe Larraz, Kris Anka, Russell Dauterman, Joshua Cassara,
Luciano Vecchio) (Marvel Comics)

Pourquoi ? Parce qu'après ça, vraiment, plus rien n'a été comme avant.

Et sur ce :


BONNE ANNEE 2024 ! 
Et lisez des comics !

RDB.

samedi 18 novembre 2023

BIG GAME #5, de Mark Millar et Pepe Larraz


Mark Millar et Pepe Larraz concluent ici leur event, Big Game, avec non pas un double mais un triple épisode, soit soixante pages de BD. Et putain, quel final ! Ne cherchez pas, ni chez DC ni chez Marvel, c'est celui-ci, le meilleur event que vous lirez, que vous ayez lu depuis des lustres, celui qui est le plus réjouissant, le plus spectaculaire, le plus maîtrisé.


Diabolos le sorcier envoyé à notre époque par Morax avec son armée pour conquérir la Terre rencontre Wesley Gibson et sa Fraternité. Ils conviennent d'une alliance plutôt que perdre chacun leurs hommes dans une guerre. Hit Girl, elle, observe la scène et entend bien contrarier ce qui est en train de se jouer...


Les events et moi, comme qui dirait, ça fait deux. Je n'ai jamais vraiment apprécié ces grandes sagas et encore moins depuis qu'elles se sont multipliées. Il y eût un temps où on y avait droit une fois par an, mais désormais les éditeurs, Marvel en premier lieu, les enchaîne volontiers au cours d'une même année.


On peut admettre la logique commerciale derrière tout ça : si le marché des comics ne se porte pas très bien (et que les gros éditeurs ne font pas d'effort pour attirer de nouveaux lecteurs, entre une continuité écrasante et des prix élevés pour les revues comme les recueils), les events sont des sortes de rendez-vous fédérateurs où les fans peuvent, dans une même histoire, trouver une majorité de personnages qu'ils apprécient.


Mais cela ne suffit pas à faire de bonnes histoires. Réfléchissez au nombre de fois où vous avez lu un event et, en le terminant, vous avez été frustrés par son postulat, son développement, son dénouement, voire les trois à la fois. C'est comme un tour de manège : on savoure sur le moment, mais qu'en reste-t-il une fois qu'il est fini ? Pas grand-chose souvent si ce n'est une ivresse provisoire.


Pour ma part, il y a surtout deux points qui le fâchent avec les events : le premier, c'est que ces histoires coupent des séries dans leur élan. Les mensuels doivent suivre une intrigue générale alors qu'elles traitaient les leurs. Et ça, franchement, c'est horripilant. Surtout quand une série doit composer avec un event alors qu'elle n'a que quelques mois d'existence.

Le second point qui m'agace, c'est, le comble, le manque de répercussions sensibles sur l'univers partagé. Il se passe des choses énormes dans l'event, mais ensuite c'est comme si la vie reprenait sans que cela ait eu un véritable impact sur les personnages, leur environnement. On voit des villes ravagées par des batailles dantesques et le mois suivant, les immeubles sont à nouveau debout, comme les héros qui ne paraissent jamais traumatisés par ces crises.

On en est arrivé à un stade où les events semblent se dérouler dans une sorte de bulle, un peu comme au début de la série Crossover de Donny Cates et Geoff Shaw avant que ladite bulle n'éclate et ne bouleverse le monde (mais même Donny Cates n'a pas su exploiter cette idée pourtant brillante). A quoi bon alors ?

Quand Mark Millar a annoncé Big Game et a même précisé que cet event concernerait tout ce qu'il avait écrit depuis vingt ans en creator-owned, je me suis sérieusement demandé pourquoi. Pourquoi succombait-il à son tour à la tentation, lui le scénariste de Civil War (première du nom et dernier véritable event Marvel à avoir un succès hors normes) ? Et puis je me suis demandé : comment ? Comment allait-il écrire une histoire qui impliquerait des héros d'époque et de styles si différents ?

Lorsque Millar a ensuite déclaré que Pepe Larraz dessinerait Big Game, forcément, le projet a pris une envergure nouvelle. Déjà emprunter le nouveau dessinateur star de Marvel était un joli coup mais en plus lui donner à dessiner tous les héros de son MillarWorld, ça faisait envie. Pour autant, rien n'était gagné : Millar a débauché de nombreux cadors et pas toujours pour aboutir à des chefs d'oeuvre.

La lecture des épisodes a pourtant convaincu le fan dubitatif que je suis. Il y avait un vrai souffle et surtout une vraie audace dans ce jeu de massacre absolu où Millar semblait vouloir décimer son catalogue comme un gamin qui casse ses jouets. C'était authentiquement surprenant. Et visuellement puissant, Larraz ayant bénéficié de tout le temps qu'il désirait pour produire ses plus belles pages, assisté d'une coloriste géniale, Giovanna Niro.

Comme il en a désormais pris l'habitude, au lieu d'accoucher d'une mini-série en six chapitres, Millar terminerait par un épisode double qui allait, promettait-il, nous scotcher et nous prendre au dépourvu. Lorsque la couverture de ce cinquième épisode a été dévoilée pourtant, c'est avec méfiance qu'on l'accueillit car elle semblait surtout promettre une pirouette facile (Cordelia Moonstone ressuscitant toutes les victimes des quatre précédents épisodes). Mais Millar, sur Twitter, assurait que, non, ce n'était pas si simple...

Bon, allez, j'arrête de tourner autour du pot mais ça ne veut pas dire que je vais vous faire le coup de l'ouvreuse. En tout cas, je peux vous assurer que, effectivement, Millar n'a pas cédé à la facilité et que non l'Ordre Magique n'intervient pas à la dernière minute pour tout réparer. Cordelia Moonstone n'est pas celle par qui le miracle arrive. Et la magie n'y joue qu'un rôle finalement secondaire.

En vérité, ce qu'a mijoté Millar est plus subtil et quelque part mélancolique que ça. Un peu à la manière de Avengers : Endgame, il a préféré puiser dans les origines de l'univers qu'il a bâti pour boucler la boucle et ce sont donc des personnages des tout débuts du MillarWorld qui vont dénouer le récit.

Il y a bien une bataille, et elle est absolument ENORME. Je peux me tromper, mais j'ai l'impression que Millar a aussi pensé à The New Frontier de Darwyn Cooke (qui aurait eu 61 ans cette semaine - Et qui manque toujours autant). Voyez cette double page ci-dessus (image 3) avec cette troupe de héros et dîtes-moi qu'elle ne vous fait pas penser à cette double page du chef d'oeuvre de Cooke : 


Et en fait c'est là que Millar réussit où les autres ont échoué : il y va à fond dans l'héroïsme. Il a écrit la chute des super héros pendant quatre épisodes, la situation est désespérée. Et puis non. Il ose une astuce, un twist ahurissant et nous livre ce qu'on attendait : une baston du feu de Dieu, des pages de folie. Il le fait parce qu'il n'a rien à perdre : ce sont ses personnages, son univers, 20 ans de création. Il est libéré des conséquences pour après Big Game. Ce qu'il nous offre, ce n'est pas le nouveau monde, un nouveau MillarWorld. Non, il s'agit du bouquet final d'un feu d'artifice. Donc, oui, ça va péter, on va en prendre plein la vue, on va jubiler, même quand il ne s'agit que de montrer sur une page le retour d'un héros ou un clin d'oeil adressé à une de ses séries qu'il n'a pas finalement pu intégrer à son intrigue.  

On lit ça comme un gamin, le sourire aux lèvres, ravi de la crèche. C'est fun, c'est intense, c'est too much, c'est bigger than life, ça n'a peur de rien. Il y a une forme de candeur dans tout ça, on est là pour s'amuser, prendre du plaisir. Millar nous le donne au centuple, c'est plus un comic-book, c'est la fête, c'est carnaval. C'est décomplexé et assumé. Et ça fait un bien fou car ce n'est pas sérieux, ce n'est pas la fin du monde, c'est juste un kif de scénariste qui célèbre 20 ans de travail perso.

Et Pepe Larraz semble lui aussi s'amuser comme un fou. Contrairement aux précédents et prestigieux partenaires que s'est offert Millar, il n'a rien créé dans Big Game. Mais il s'est approprié les créations de ses illustres pairs avec une virtuosité jamais prise en défaut. 

Oh, ça, il a quand même dû en baver pour mettre tout ce monde dans des planches pareils, il a dû escalader une sacrée montagne. Mais il a eu le luxe que ne lui offre pas Marvel : du temps et une partenaire surdouée à la colo. Il en a fait le meilleur usage pour dégainer des plans ébouriffants, comme si sa réputation en dépendait, comme s'il fallait être à la hauteur du rendez-vous, de son scénariste, de l'événement. On ne peut qu'être plein de gratitude pour un artiste qui fait de tels efforts et pour Millar pour lui avoir donné des conditions de travail aussi excellentes (pour cela, quoi qu'on pense du scénariste, c'est un grand seigneur : il paie ses artistes mieux que quiconque et leur donne tout le temps qu'il faut pour travailler au mieux).

On le sent, à chaque plan, chaque page, les deux hommes se sont trouvés - et Millar d'assurer qu'ils retravailleront ensemble. Larraz ne se fera pas prier, même si Marvel ne va pas le lâcher (quitte à lui filer un event au pitch pourri en 2024 - Blood Hunt avec plein de super héros et encore plus de vampires, écrit par un scénariste aussi moyen que peut l'être Jed MacKay).

Qu'ajouter ? Lisez Big Game ! Le TPB sort dès le mois prochain en vo, et Panini ne devrait pas tarder à le traduire. Bon sang, croyez-moi quand je vous promets que vous allez prendre votre pied parce que Millar et Larraz ont vraiment sorti le grand jeu jusqu'au bout.

dimanche 22 octobre 2023

BIG GAME #4, de Mark Millar et Pepe Larraz


Ce quatrième et pénultième épisode de Big Game est le meilleur à ce jour : Mark Millar frappe fort en réussissant à agréger à son event la série Empress de manière très habile. Pepe Larraz s'approprie ce que Stuart Immonen a dessiné avant lui et s'en sort brillamment. Le final promet énormément.


Hit Girl a remonté le temps grâce à la technologie d'un Chrononaute et atterrit il y a 65 millions d'années pour comparaître devant le terrible Morax. Quand celui-ci apprend qu'il ne sera plus le mâitre de la Terre dans le futur, il enrage... Tout comme Cordelia Moonstone, frustrée d'assister au nouveau carnage perpétré par la Fraternité sans pouvoir intervenir...


Quand Mark Millar a publié les comics qu'il avait écrits et qu'il entendait intégrer à Big Game, ma plus grosse surprise fut d'y trouver Empress dont l'action se déroulait il y a 65 millions d'années. Comment diable comptait-il mêler ces personnages à une intrigue pareille ?


On a eu la réponse à la fin du précédent épisode quand Hit Girl utilisait la technologie d'un Chrononaute pour échapper à la Fraternité dont elle avait infiltré le quartier général. Comme Empress est une des séries de Millar que je préfère (et dont j'attends désespérément la suite pourtant annoncé dès 2017), j'étais heureux à la perspective de retrouver ses protagonistes.


Il faut alors à présent préciser que Hit Girl surgit dans le royaume de Morax avant les événements relatés dans Empress. Emporia est toujours aux côtés de son mari et ensemble ils n'ont encore que pour seul enfant Aine, leur fille (on notera que Emporia est cependant enceinte de Adam). Quant au capitaine Dane Havelock, il n'est évidemment pas encore l'amant d'Emporia.

L'épisode est découpé en deux parties et dans la seconde, on assiste à un nouveau carnage commis par Nemesis et la Fraternité. Je dois dire que je ne comprends toujours pas pourquoi Wesley Gibson a toujours autant besoin de Nemesis alors qu'il dispose d'une armée de super vilains aux pouvoirs variés tout à fait suffisante pour exterminer les super héros qu'il a dans le collimateur.

Mais il est évident que Millar n'a pas l'intention d'en rester là avec son Batman maléfique (il serait même question qu'il soit au centre d'une troisième mini en 2024). Et surtout le scénariste casse toujours ses jouets avec une sorte de jouissance étonnante vu le nombre de morts au tableau dans cet épisode.

Evidemment, la frustration qui ronge Cordelia Moonstone fait penser à un retournement de situation pour le dernier épisode. A ce sujet, pourtant, interrogé sur Twitter, Millar a juré que le dénouement ne serait pas si simple. Et effectivement on découvre à la fin de ce numéro qu'une contre-offensive d'une autre nature apparaît et qui promet un affrontement dantesque.

Toutefois, j'ai peine à croire que Millar ait sacrifié tous (ou presque) les personnages de son catalogue pour de bon et je pense qu'il y aura quand même un twist pour en ramener au moins quelques-uns à la vie. Cela n'enlève rien au choc qu'on éprouve devant les massacres successifs vus dans les 4 chapitres déjà publiés.

Et puis il faut admettre que Millar exploite à fond ce qu'il a bâti dans une histoire très efficace. Qu'importe alors si on peut douter qu'il ait tout planifié depuis vingt ans comme il le prétend : il a tenu son pari de mettre en scène la quasi-totalité de ses créations avec en face un adversaire particulièrement redoutable. Cela excuse les déceptions de The Ambassadors ou des derniers volumes de The Magic Order.

Enfin Millar s'est donné les moyens de faire de Big Game une sorte de comic-book total avec Pepe Larraz au dessin. L'artiste espagnol a remercié publiquement le scénariste écossais pour lui avoir offert le plus précieux : du temps. Et ça se voit à chaque page : Larraz a produit des pages d'un niveau égal depuis le début, ce n'est pas le travail d'un dessinateur pressé par les deadlines mais bien d'un qui a pu soigner son ouvrage.

Ainsi multiplie-t-il avec la coloriste Giovanna Niro des planches extraordinaires : à chaque épisode, il doit s'emparer d'un univers, de personnages très différents, sur lesquels ont bossé ses confrères, et il en livre ses versions, à la fois personnelles et fidèles. Ici, quand il doit marcher dans les pas du géant Immonen, il le fait avec une élégance incroyable.

On n'aura pas vu le temps passer en lisant Big Time et ce n'est pas complètement fini puisque le mois prochain, pour la fin, on aura droit à un épisode augmenté (pas moins de 56 pages !), comme Millar nous y a habitués depuis quelque temps. Et vu ce qui est montré à la fin de chapitre 4, on va en avoir pour notre argent ! Big Time est bien l'event le plus excitant et abouti que j'ai lu depuis des lustres, simplement parce qu'entre ce qui a été annoncé et ce que j'ai lu, c'est la même chose.

mardi 17 octobre 2023

CE QUE JE RETIENS DE LA NEW YORK COMIC CON 2023

 La New York Comic Con 2023 a permis aux éditeurs d'annoncer un paquet de comics à venir. Je vous propose un petit compte rendu de ce qui a retenu mon attention - ce qui ne signifie pas que tout m'intéresse (mais peut-être que vous, si).

DC COMICS :

2024 va voir le retour du label Elseworlds. Cela signifie-t-il la fin du DC Black Label ? On verra, mais il est certain que si les deux devaient coexister, ce serait curieux puisque, dans les deux cas, il s'agit d'histoires en dehors de la continuité. A noter que ces titres n'ont pas encore de date de sortie connue.


Gotham by Gaslight : The Kryptonian Age sera une mini-série en 12 n° par Andy Diggle et Leandro Fernandez, où les deux auteurs donneront une suite au classique de Brian Augustyn et Mike Mignola en introduisant d'autres membres de la Justice League dans ce registre victorien.


Batman The Barbarian sera une mini en six numéros écrite et dessinée par Greg Smallwood qui proposera sa vision de l'homme chauve-souris dans un contexte heroic fantasy. A coup sûr, un de mes futurs achats !


Green Lantern : Dark sera une mini en 7 n° par Tate Brombal et Werther Dell'Edera, deux partenaires fidèles de James Tynion IV, où on fera la connaissance de la dernière représentante du Green Lantern Corps, engagée dans une lutte contre les ténèbres, dans une ambiance fantasy.


Batman : Nightfire est une mini en 6 n° écrite et dessinée par Clay Mann et son frère Seth, où le dark knight doit remonter le temps dans le passé pour corriger une terrible erreur (qu'il aurait commise) et éviter que Gotham ne périsse dans les flammes. Difficile de résister à ça.


DC vs Vampires : World War V est une mini en 12 n° écrite par Matthew Rosenberg et dessinée par Otto Schmidt, qui fait suite à la première mini DC vs. Vampires. A réserver aux mordus donc...



Dark Knights of Steel: Allwinter, une mini-série en six numéros de Jay Kristoff et Tirso Cons qui se présente comme un spin-off du titre principal de Tom Taylor, puisqu'elle se déroule bien dans le même univers, mais s'intéresse à d'autres personnages. En l'occurrence, un Deathstroke mercenaire viking qui revoit ses priorités quand on lui demande d'aller protéger quelqu'un. 

A partir de Janvier 2024, Action Comics devient une vraie anthologie avec une seule série consacrée à Superman (et donc plus de back-ups). Chaque trimestre une équipe artistique différente proposera un récit. Le projet est baptisé Superman Superstars.


Jason Aaron et John Timms ouvriront le bal avec un arc intitulé I, Bizarro, de Janvier à Mars, donc du n°1061 à 1063.


Puis Joshua Williamson et Rafa Sandoval prendront le relais avec l'arc House of Brainiac à partir du #1064.

Cela signifie donc que le run de Philip Kennedy Johnson sur le titre s'achève en Décembre 2023 (même si le scénariste a affirmé qu'il n'en avait pas fini avec le man of steel). On murmure qu'après Williamson/Sandoval, Mark Waid et Dan Mora seraient aux commandes (en plus de World's Finest et Shazam ?!).

MARVEL COMICS :

La maison des idées a sorti l'artillerie lourde avec un max de previews pour 2024, en réussissant à ne pas s'auto-spoiler !
 

Dès Janvier, deux séries hebdomadaires de 5 n° chacune (publiées en alternance à partir du 3 Janvier) vont redessiner l'univers mutant après Fall of X.


Fall of the House of X sera écrite par Gerry Duggan et dessinée par Lucas Werneck et traitera des conséquences immédiates de la fin de Fall of X, avec notamment le procès de Cyclope, qui risque la peine de mort, et la situation d'Orchis.


Rise of the Powers of X (X pour "x") sera écrite par Kieron Gillen et dessinée par R.B. Silva et se déroulera dix ans dans le futur pour montrer où en sont les mutants, leurs alliés et leurs ennemis.


Resurrection of Magneto sera une mini en 4 n° écrite par Al Ewing et dessinée par Luciano Vecchio, qui décrira le retour à la vie douloureux de Magneto. Le scénariste a promis des surprises et un focus sur la relation entre Magneto et Tornade.


Le 1er Novembre prochain paraîtra Ultimate Universe, one-shot écrit par Jonathan Hickman et dessiné par Stefano Caselli, qui fera la transition entre la fin de Ultimate Invasion et la suite du retour de cet univers. On en sait désormais plus sur cette suite.


Le 10 Janvier 2024 paraîtra Ultimate Spider-Man #1, par Hickman et Marco Checchetto. Le scénariste, qui a avoué ne jamais avoir eu envie d'écrire sur le tisseur, a trouvé une idée originale qui évoquerait Peter B. Parker, vu dans Spider-Man : Into the Spider-Verse, donc un homme plus âgé.


Le 7 Février paraîtra Ultimate Black Panther #1 par Bryan Edward Hill et Stefano Caselli, où le champion du Wakanda affrontera Konshu et Ra, les deux incarnations de la Lune et du Soleil dans l'univers Ultimate.
 

Enfin, le 6 Mars sortira Ultimate X-Men #1 écrit et dessiné par Peach Momoko, qui suivra les traces d'une jeune mutante japonaise (qui ressemble fort à Armor, créée par Joss Whedon et John Cassaday dans Astonishing X-Men). C'est indéniablement la plus grosse surprise du lot.


En Janvier débutera la mini-série en 6 n°  Avengers : Twilight, écrite par Chip Zdarsky et Daniel Acuña, qui se passera dans un futur où les Avengers n'existent plus et où Steve Rogers s'engage dans la politique tout en voulant restaurer l'âge des héros. Je sens que je craquerai, malgré Zdarsky, parce que Acuña.


Au Printemps, Marvel va proposer l'event Blood Hunt, écrit par Jed MacKay et dessiné par Pepe Larraz, avec plein de vampires - trop visiblement pour les super héros ! Bon, ben, ce sera sans moi...


Enfin, à nouveau en Janvier, Steve Orlando et Lorenzo Tammetta vont se retrouver pour une mini en 4 n° Scarlet Witch & Quicksilver, suite de l'actuelle série Scarlet Witch (qui s'achève donc au #10, le mois prochain). Pas sûr d'acheter ce qui ressemble à une prolongation dispensable.

IMAGE COMICS :


Geoff Johns a créé chez Image ses propres comics sous la bannière The Unnamed. Pour l'heure, deux titres sont sortis : Geiger et Junkyard Joe, dans cet univers partagé. Mais l'ex-architecte du DCU voit désormais les choses en grand et a ouvert son carnet d'adresses pour convaincre de grands noms de le rejoindre dans cette aventure : ce sont donc Gary Frank, Bryan Hitch, Jason Fabok, Peter J. Tomasi, Brad Meltzer, Lamont McGee, Maytal Zchut (et certainement Charles Soule) qui vont désormais être exclusifs (une fois leurs travaux en cours pour d'autres éditeurs terminés) dans un collectif appelé Ghost Machine !
 

Dans l'univers de The Unnamed, Johns écrira Rook : Exodus pour le dessinateur Jason Fabok, dans une ambiance visiblement proche de Mad Max.


Déjà teasé depuis un moment, RedCoat verra enfin le jour, toujours par Johns et cette fois dessiné par Bryan Hitch, dans un récit sur un héros voyageant dans le temps.


Mais Ghost Machine hébergera d'autres labels comme Family Odysseys dont la série The Rocketfellers sera le premier titre. Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par Francis Manapul, on y suiva une famille d'inventeurs dans des aventures mouvementées.

Un troisième label, centré sur des histoires horrifiques, devrait bientôt être annoncé et dirigé par Charles Soule.


Rick Remender n'est pas en reste car il vient de signer un contrat d'exclusivité de 3 ans avec Image (et il a refusé pour cela des propositions de DC et Marvel). Sous son label Giant Generator, il a convaincu une douzaine de pointures de le rejoindre (parmi lesquelles Paul Azaceta, Yanick Paquette, André Lima Araujo, Daniel Acuña, Roland Boschi, Max Fiumara, J.G. Jones, Mike Hawthorne, Francesco Mobili, Greg Tocchini), une fois leurs travaux en cours chez d'autres éditeurs terminés !


Remender lancera une nouvelle série avec Bengal, Napalm Lullaby où on suivra les deux enfants d'un être surpuissant se rebeller contre le culte tyrannique qu'il a mis en place. Début en Mars 2024.


Grommets est un projet co-écrit par Remender et Brian Posehn et dessiné par Brett Pearson et Moreno Dinisio sur une bande d'apprentis skateurs. Un récit très personnel pour les auteurs, eux-mêmes adeptes de ce sport et qui commencera sa publication en Avril 2024.


Et enfin Phil Bram et J.G. Jones réaliseront pour Dust to Dust, dont le propos reste un mystère pour l'instant mais qui s'annonce superbe visuellement.

Si vous le souhaitez, laissez un commentaire pour me dire ce qui, dans tout ça, vous tente (ou pas).