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vendredi 14 juillet 2023

ROGUE & GAMBIT #5, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Et rideau pour Rogue & Gambit : j'en aurai bien pris un peu plus tant cette mini-série a été un plaisir à lire. Stephanie Phillips a animé le couple préféré des fans des mutants avec beaucoup de brio et il serait logique que Marvel lui confie une série régulière avec des X-Men dans un futur proche (quand on saura sur quoi débouche Fall of X). Quant à Carlos Gomez, il prouve une fois de plus qu'il est un dessinateur sur lequel il faut compter et que l'éditeur devrait davantage mettre en avant.



Sous l'emprise du Power Broker, ayant absorbé les pouvoirs de tous ceux qu'il avait sous son contrôle, Malicia s'en prend à Gambit. Le cajun réussit à rendre la raison à sa femme mais les détenus du Power Broker veulent se venger... De retour auprès de Destinée, Malicia décide de faire confiance à sa belle-mère quant au but de la mission qu'elle lui avait confiée...


Pourquoi ? Pourquoi Marvel s'obstine-t-il à produire des mini-séries aussi courtes, surtout quand l'éditeur les confie à des auteurs autrement mieux inspirés que les scénaristes en place sur la franchise X actuellement ? On se posera encore une fois la question au terme de Rogue & Gambit.


Et on se la posera d'autant plus que, à la différence de X-Terminators par exemple, qui était un divertissement potache, détaché des préoccupations actuelles des mutants, Rogue & Gambit s'affiche clairement, dans ce cinquième et dernier épisode, comme une histoire s'inscrivant dans un mouvement plus grand.


Sans spoiler le terme de la mission accomplie par Malicia et Gambit, on sait qu'elle tournait autour de Manifold, le mutant aborigène, ancien membre du SWORD et ex-Avenger, dont Destinée assurait qu'il était un acteur déterminant pour le futur des mutants. On peut donc facilement deviner que cela a un rapport avec ce qui concerne Fall of X et le prochain statu quo de la franchise X.

A l'heure qu'il est, bien entendu, on ne sait encore rien de ce futur, mais les spéculations vont bon train. Si je ne lis plus les titres mensuels de la franchise, je lis des reviews les concernant et dernièrement, dans Immortal X-Men (de Kieron Gillen et Lucas Werneck), Cypher a obtenu la dissolution du Conseil de Krakoa, complètement pourri par l'intégration de membres corrompus (tels Séléné, Colossus) et miné par des tensions internes de plus en plus vives, mais surtout à cause de Charles Xavier totalement dépassé par son rôle (depuis l'absence d'Apocalypse et la mort de Magneto). Le pauvre Cypher a également été envoyé dans le Puits par... Krakoa elle-même (pour le protéger) !

Ajoutez à cela que Nightcrawler a également quitté l'île, écoeuré par sa gouvernance et n'y trouvant plus sa place, que Cyclope et Jean Grey sont au bord de la rupture dans X-Men, et que le Hellfire Gala 2023 (qu'on pourra lire dans un épisode consacré dans une quinzaine de jours) s'annonce cataclysmique (il est acquis que la nouvelle formation des X-Men ne sera pas le clou du spectacle)... 

Stephanie Phillips n'avait en tout cas pas menti quand elle promettait que Rogue & Gambit apporterait sa pierre à ce qui se construisait actuellement. La fin de cette mini-série complète un tableau plus sombre que jamais et dont Destinée est la chef d'orchestre. Malicia y fait des cachotteries à Gambit qui vont sûrement finir par lui revenir en pleine figure, mais en choisissant de faire confiance à Destinée, qui semble animée cependant de bonnes intentions.

Avant cela, on assiste à l'affrontement entre Malicia, qui a absorbé à son corps défendant les pouvoirs des détenus du Power Broker, et Gambit, qui tente de la raisonner. Le Power Broker a beau avoir une dernière carte à abattre pour se défendre, il va regretter d'avoir voulu vendre des héros et vilains sous emprise au plus offrant.

Cela occasionne plusieurs pages de baston magnifiquement dessinées par Carlos Gomez. Comme Stephanie Phillips, j'espère que dans les moins à venir, peut-être l'an prochain, il aura droit à une série régulière car il est anormal qu'un artiste aussi doué soit cantonné à des mini-séries, aussi bonnes soient-elles.

Gomez présente la particularité d'être associé souvent à des femmes (il a travaillé brièvement avec Kelly Thompson sur Black Widow et The Amazing Spider-Man : Beyond, avec Leah Williams sur X-Terminators, Kalinda Vasquez sur America Chavez : Made in America) tout en étant un artiste qu'on catalogue facilement dans le "good babe art", à l'instar de Frank Cho ou Terry Dodson. Pourtant, si effectivement il dessine remarquablement de belles plantes pulpeuses, c'est sans aucune vulgarité. Et surtout son talent ne limite pas à ça.

Il est aussi doué pour animer les héros masculins et à son avantage dans les scènes d'action, toujours lisibles et dynamiques. Il soigne ses arrière-plans et l'expressivité de ses héros. Son découpage se distingue par de belles compositions, avec des valeurs de plans toujours soignées. Si Marvel est capable de faire de dessinateurs moyens comme Werneck ou CF Villa des "stormbreakers", alors il faut accorder la même promotion à Gomez, qui leur est bien supérieur.

Il n'en reste pas moins que c'est une véritable anomalie que deux personnages aussi populaires que Malicia et Gambit n'aient plus de série régulière ou n'apparaissent plus dans des team-books (depuis le départ de Malicia des X-Men et la fin d'Excalibur/Knights of X pour Gambit). Il y a une gestion très bizarre des stars mutantes actuellement et finalement, le mieux qu'on puisse espérer pour l'après Fall of X serait de renouer avec une série Uncanny X-Men rassemblant les mutants favoris écrite par un(e) scénariste dévoué(e) et un artiste motivé, quitte à sabrer le high concept krakoan instauré par Hickman (largement gâché depuis le départ de ce dernier).

vendredi 16 juin 2023

ROGUE & GAMBIT #4, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Rogue & Gambit s'achèvera le mois prochain et comme souvent, on aurait aimé que Marvel donne à cette mini-série plus d'épisodes, voire la convertisse en une série régulière. Car Stephanie Phillips et Carlos Gomez produisent quelque chose de très sympa, de bien mené, qui échappe à la pesanteur du concept de Krakoa et qui, donc, en dit finalement assez long sur ce qui guide mais aussi enclave la franchise X.


Malicia vient de tuer le mutant Vanisher accidentellement dans l'antre du Power Broker, celui qui est derrière tous ces enlèvements de surhumains, dont Manifold. Mais alors que la mutante est acculée, Gambit surgit pour lui prêter main forte. A moins que ce ne soit trop tard ?


Parfois, ce sont les petits projets, les mini-séries qui nous enseignent ce qui cloche dans les grandes franchises. Et de ce point de vue, ce qu'a écrit Stephanie Phillips avec Rogue & Gambit en dit finalement long sur l'état actuel de la franchise mutante.


Ce quatrième et avant-dernier épisode concentre même à lui seul ce qui manque à beaucoup de fans tout en révélant, comme on le dirait du développement d'une photo, les limites atteintes pas l'âge de Krakoa. Quelque chose qui a à voir avec ce que les editors et les architectes en font, parfois en oubliant ce qui pourrait être l'essentiel.


Avant d'aller plus loin, cet épisode est très efficace et plaisant, come les trois précédents. L'intrigue évolue bien et Stephanie Phillips peut donc s'affranchir de quelques règles. Ainsi, elle ne se préoccupe plus de construire sur un suspense (qui procède à l'enlèvement de surhumains, dont certains mutants ? Pour le compte de qui ? A quelles fins ?) : tout ça est dévoilé dans les premières pages, au cours d'un rapide flashback, et à part le rôle joué par le Power Broker, un vilain qu'on n'associe pas aux mutants, l'implication de l'ambassadeur britannique anti-mutants Ruben Brousseau n'étonnera personne.

Par ailleurs, Carlos Gomez nous régale avec ses dessins toujours dynamiques, à la lisibilité sans défaut. Il anime Malicia avec son goût revendiqué pour les belles filles aux formes plantureuses mais sans sombrer dans la vulgarité, et lorsque Gambit entre en scène, il prouve que son intérêt et son talent d'artiste ne se limite justement pas aux belles héroïnes car il représente Rémy Lebeau avec tout le charme canaille qui le caractérise. Les scènes d'action, majoritaires, sont pleines de punch, spectaculaires à souhait. Vraiment, il est impossible de faire la fine bouche.

Ceci étant dit, on peut passer à ce que, donc, révèle Rogue & Gambit de l'âge de Krakoa. Alors que la franchise est déjà engagée dans une nouvelle phase, Fall of X, qui laisse peu de place quand aux projets éditoriaux pour les mutants (tout en ménageant un léger flou : s'agit-il d'un test auquel Krakoa survivra ? Ou d'une réelle chute ?), on se dit aussi que le projet de Jonathan Hickman a certainement dévié depuis le départ de ce dernier et qu'il a en quelque sorte vécu.

Depuis longtemps, les X-Men, qualité de franchise, ne se développe plus que par rebonds, par cycles, et on les reconnaît en les associant aux auteurs qui ont su faire souffler un vent nouveau sur ces personnages, leur univers. Il y eût Claremont et son long règne, Grant Morrison et sa révolution, Joss Whedon et son retour aux basiques, et il y eût Hickman et son reboot.

L'écueil de ce procédé, c'est que les X-Men semblent ne plus survivre qu'à coup de concepts plus ou moins révolutionnaires, et, c'est bien connu, en astronomie, une révolution, c'est un tour sur soi-même, donc tôt ou tard, ce qui a été initié revient à son point de départ. Les editors des X-Men ressentent régulièrement alors le besoin de confier cette franchise à un nouvel auteur qui saura lui donner un coup de boost, quitte à s'aventurer dans des directions improbables. Ainsi, Morrison a fini par jeter l'éponge quand les pressions éditoriales l'ont empêché d'aller là où il le voulait. D'autres ont préféré se limiter à une saga efficace mais fédératrice comme Whedon. Claremont a été doublé par Jim Lee. Et Hickman, contrarié par la pandémie, a abrégé ses projets en laissant nombre de pistes narratives possibles pour ses suiveurs.

Claremont est sans doute, de tous ces scénaristes que je retiens comme fondamentaux, celui qui avait le moins prémédité son coup, il a fonctionné empiriquement, développant un univers dans des proportions et sur un temps considérables. Mais ce faisant, il n'a jamais oublié que raconter des histoires étaient la priorité, davantage que le concept était le récit, jusqu'à ce que les deux ne fassent plus qu'un. Tous ceux qui ont voulu imiter cela se sont plantés ou n'ont en tout cas pas réussi à tenir si longtemps ou à laisser pareille empreinte.

Depuis le départ de Hickman, on voit bien que s'affrontent deux courants : d'un côté, ceux qui veulent puiser dans le jardin de l'architecte, et ceux qui veulent à leur tour entraîner la franchise vers de nouvelles limites, quitte à jouer avec sa fin (la fin de l'âge de Krakoa). D'un côté, Gerry Duggan, de l'autre Kieron Gillen, en gros. Ceux qui tentaient d'exister entre eux, en essayant autre chose, à commencer par prioriser les personnages, les histoires aux concepts, ont été balayés - et je pense spécialement à Vita Ayala, qui abattait un travail remarquable sur New Mutants. D'autres ont été plus roublards, en cultivant leurs propres territoires, à la marge, comme Benjamin Percy avec X-Force et Wolverine, quitte à ne raconter qu'une seule histoire (ou pas loin) et à hérisser les fans (en faisant du Fauve un vrai monstre notamment).

Dans cette configuration, le concept a clairement gagné sur les histoires et les personnages, complaisamment même puisque, aujourd'hui, le conseil de Krakoa est plus que jamais peuplé de racailles et que le spectacle global de la franchise est devenu lugubre, assez pour justifier qu'il faille provoquer la chute du X. Est-ce ce que Hickman aurait fait s'il était resté aux commandes ? Est-ce la direction qu'il aurait donnée ? Peut-être dans la mesure où Hickman travaille le concept plus que les histoires souvent. 

Ce qui est certain, en tout cas selon moi, c'est qu'aujourd'hui avec cette victoire du concept sur l'histoire, c'est que lire du X-Men sans dépendre de toute la franchise, est devenu rare, trop rare. A force de "saisonner" la franchise (en Dawn of X, Reign of X, Destiny of X, Fall of X et Dieu sait quoi encore après, au rythme des Hellfire Gala, des formations changeantes des X-Men), une année de publication devient le cadre formaté dont on ne peut plus sortir, c'est le temps imparti pour dire ce qu'on a à dire avant que tout soit chamboulé. 

Alors, ceux, parmi les fans, qui veulent encore simplement suivre des histoires de mutants sans grands concepts n'ont finalement plus que des mini-séries qui peuvent très bien se dispenser de références aux cycles éditoriaux. Des récits comme X-Terminators, ou Rogue & Gambit. Est-ce un hasard si ce sont des femmes qui les écrivent, ces histoires, avec des artistes qui ne dessinent pas les séries les plus exposées, avec des personnages sans domicile fixe mais appréciés ? 

Au fond, ce qui interroge vraiment, c'est cette espèce de course à l'échalote depuis Dawn of X. Et si Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, levait un peu le pied et laissait tout le monde raconter des histoires au lieu de vouloir réinventer tous les ans Krakoa ? Hickman n'est plus là, et ni Duggan, ni Gillen, ni Percy, ni Ewing ne l'ont remplacé (même si certains aimeraient bien visiblement). Pourquoi ne pas laisser filer deux ans avant de tout ébranler à nouveau, juste pour que les séries puissent exister sans pression (autre que d'être achetées et lues) ? Ou alors, quitte à tout chambouler, le faire vraiment en osant confier les rênes à de nouveaux auteurs, frais, en renouvelant profondément les auteurs, les artistes ? Exit les Duggan, Gillen, Percy, Ewing, et place à Leah Williams, Stephanie Phillips, faire revenir Vita Ayala, et quelques autres qui n'auraient jamais touché aux mutants. Chiche ?

vendredi 12 mai 2023

ROGUE & GAMBIT #3, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Si j'ai décidé d'arrêter de suivre les séries régulières concernant les mutants (en tout cas jusqu'à ce que l'envie revienne), je vais quand même aller au bout de cette mini-série Rogue & Gambit qui est, ma foi, très sympathique. Stephanie Phillips n'est pas embarrassée par tout ce qui se joue à Krakoa et anime deux personnage qu'elle aime dans une intrigue accrocheuse, que Carlos Gomez met en images de façon très chouette. Un vrai bol d'air.



Au Q.G. new-yorkais des X-Men Malicia demande à Forge de lui prêter sa combinaison avec laquelle il a infiltré la Voûte mais le savant jure l'avoir détruite, de peur qu'elle tombe entre de mauvaises mains. Gambit devine qu'il ment et fournit à Malicia ce dont elle a besoin pour retrouver Manifold, mais sans lui...


Comme je l'ai expliqué du mieux que j'ai pu dans une entrée récente, deux choses m'ont conduit à cesser de suivre les séries régulières consacrées aux mutants : d'une part, je n'apprécie plus la direction imprimée à la franchise, avec des events et crossovers trop fréquents ; et d'autre part, l'approche de Fall of X ne me dit rien qui vaille (même si, entre-temps, Marvel a déjà commencé à communiqué sur l'après Fall of X avec un statu quo nommé Rebirth... Par peur que les fans de l'âge de Krakoa décrochent ?).


Quoi qu'il en soit, je crois que l'erreur majeure commise par le staff éditorial de la ligne X, depuis le départ de Jonathan Hickman, tient pour beaucoup au manque de renouvellement des auteurs. Je ne dis pas qu'il faut remplacer tout le monde, mais faire bouger les lignes passe parfois mieux en déplaçant les créateurs pour mieux surprendre les fans (plutôt que de leur infliger un énième event).


Ce qui aurait été bienvenu, c'est par exemple, comme à une certaine époque où les titres Avengers se multipliaient, de procéder à un jeu des chaises musicales, de réattribuer les titres à des auteurs trop confortablement installés sur leurs titres. Ou, mieux, d'accueillir des recrues avec des idées neuves.

Stephanie Phillips, venue de DC pour écrire cette mini-série Rogue & Gambit (probablement le couple favori des fans depuis les années 1990), a choisi d'inscrire son histoire légèrement à la marge. L'action ne se situe pas à Krakoa et s'appuie donc sur Malicia et Gambit, sans le recours à d'autres X-Men (même si ce mois-ci, on aperçoit Wolverine/Logan dans un flashback et Forge au début de l'épisode).

En même temps, Phillips ne se déconnecte pas de Krakoa complètement puisque Malicia et Gambit sont envoyés en mission par Destinée (qui siège au conseil de Krakoa) et la scénariste a promis que son récit aurait des répercussions sensibles sur la franchise.

Mais ce qui me plaît simplement le plus dans sa démarche, c'est l'air frais qu'elle fait souffler sur la franchise en ne dépendant pas du grand tout formé par ladite franchise. On ignore encore pourquoi, pour Destinée, il est si important que Malicia et Gambit conduisent Manifold à Krakoa mais on a envie de le savoir et donc on suit cette intrigue.

Par ailleurs, Phillips s'empare du couple Malicia-Gambit pour explorer le fossé qui s'est creusé entre eux depuis que Malicia a été éloigné de son mari durant l'année qu'elle a passée dans l'équipe des X-Men et depuis que Gambit, lui, était avec Excalibur puis les Knights of X dans l'Outremonde. En somme, la scénariste réussit où Duggan a échoué en soignant la caractérisation, la dynamique entre ses personnages sans négliger l'intrigue.

Parce qu'elle arrive après la bataille en somme, Stephanie Phillips a un regard neuf sur tout ça mais exploite ce que d'autres avant elle ont semé. Et comme elle le fait bien, on prend du plaisir à suivre ce récit. Les références à la combinaison que Forge avait confectionnée (à partir des pouvoirs de Caliban, Mystique et Tempo) risquent certes d'égarer ceux qui n'ont pas lu X-Men #15-17 et l'incursion chez les Enfants de la Voûte pour secourir Darwin, mais Phillips y a pensé et résume tout ça avec une data page issue des notes de Forge. Malin.

Elle n'oublie pas non plus le quota d'action avec une explosion tout sauf gratuite provoquée par Gambit dans le labo de Forge puis un combat spectaculaire entre Malicia et les compagnons de détention de Manifold (avec un cliffhanger bien glaçant). Pour moi, c'est un sans-faute. Et j'aimerai que Phillips hérite d'un titre régulier (mutant ou non) chez Marvel après avoir fait aussi bien ses preuves ici.

Tant qu'à faire, que Marvel continue à la faire travailler avec Carlos Gomez afin d'offrir à cet excellent dessinateur une production régulière plutôt que de le cantonner à des mini-séries. Gomez est mine de rien un narrateur solide au trait très plaisant. Bien entendu, il dessine divinement Malicia (et les femmes en général), mais il serait injuste de le réduire à ça.

Gomez livre des planches avec un niveau de détails épatant, des décors soignés, qui sont mis en valeur par des angles de vue et des valeurs de plan très bien pensés. Ses compositions sont toujours équilibrées, ses personnages harmonieusement disposés dans l'espace, avec de l'expressivité. Après sa prestation impeccable sur X-Terminators, il confirme tout le bien qu'on peut penser de lui.

Rogue & Gambit, c'est une synthèse formidable de ce que pourrait (devrait ?) devenir la franchise X. Avec des histoires qui ne soient pas si fréquemment parasitées par des events/crossovers, avec une écriture fraîche, un graphisme soigné, mais sans renier, sans oublier ce qui été bâti. Et si, en fait, Marvel laissait la franchise X dérouler un peu, sans imposer de cycles (Dawn of X, Reign of, Destiny of X, Fall of X) et entr'actes (Hellfire Gala), juste pour voir ce que les auteurs racontent sur un plus long terme ?

vendredi 7 avril 2023

ROGUE & GAMBIT #2, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Il n'y a pas beaucoup de nouveautés cette semaine et aussi un peu un manque de motivation, je l'avoue. Mais ça ne signifie pas que les mensuels disponibles depuis Mercredi ne sont pas bons. Prenez Rogue & Gambit #2 : c'est une lecture réjouissante, avec deux personnages appréciés des fans des mutants, et que Stephanie Phillips et Carlos Gomez animent avec talent dans une histoire surprenante.


Manifold a téléporté Malicia et Gambit dans le désert californien avant d'être capturé, privé de ses pouvoirs comme les deux mutants. Ceux-ci parviennent à un troquet au milieu de nulle part juste avant que Black Panther arrive pour leur demander des comptes sur la disparition d'Eden Fasi...


La présence de Carlos Gomez, dessinateur que j'aime beaucoup, qui n'est sans doute pas un génie mais un excellent narrateur, au trait expressif et dynamique, au générique de deux mini-séries aussi réjouissantes que X-Terminators et ce Rogue & Gambit est pour beaucoup dans le plaisir de ces lectures.


Lorsque je fréquentais les forums dédiés aux comics, je me souviens d'un intervenant qui avait résumé qu'on venait souvent à un comic-book pour son dessin mais qu'on y restait pour son histoire. C'est assez vrai, mais pas suffisant, en tout cas pas pour moi qui défend depuis toujours l'égale importance d'un auteur et d'un artiste dans la réalisation d'une BD.


Et il me semble que le cas de Carlos Gomez illustre bien ma conception de la chose : c'est parce qu'il est bien servi par des scénaristes que lui-même sert bien que le résultat est convaincant et plaisant. Dans X-Terminators, l'élément comique participait activement à l'affaire, et c'est un peu pareil ici.

Car si Stephanie Phillips déconne moins que Leah Williams avec son girl's band, elle évite soigneusement de livrer un récit trop sérieux malgré des enjeux accrocheurs. Rogue & Gambit, selon la scénariste, c'est à l'évidence une screwball comedy, où un couple, mal assorti mais complémentaire, est embarqué dans une aventure qu'il ne maîtrise pas mais qu'ils s'attachent à résoudre.

Après la page des crédits, on a d'ailleurs droit à une vraie fausse interview de Malicia où elle répond à des questions indiscrètes d'une journaliste sur son couple avec Gambit. Stephanie Phillips se sert de ce subterfuge pour revenir sur les épisodes des séries X-Men et Excalibur/Knights of X où Anne-Marie et Rémy LeBeau vivaient séparés, chacun dans une équipe. Malicia, mal à l'aise, coupe court à l'entretien et le lecteur sent bien qu'il y a eu une petite crise conjugale dû à l'éloignement du mari et de sa femme.

En somme, alors, cette mini-série est l'occasion autant de remplir une mission que de retisser des liens entre Malicia et Gambit. Phillips se montre ingénieuse en mettant en scène Gambit dans le rôle d'un type désinvolte qui avance à reculons dans cette affaire, plus soucieux d'être avec sa femme que de retrouver Manifold et de se battre contre les vilains qui l'ont capturé. Tandis que, de son côté, Malicia veut remplir le contrat que lui a donnée Destinée, quitte à éviter de revenir sur la situation de son couple ces derniers temps.

Quand un troisième élément interfère en la personne de Black Panther, on voit bien que tout se remet, naturellement, en place. Gambit malmené, Malicia vole à son secours. Qu'importe en vérité comment T'challa a retrouvé au milieu de nulle part les deux mutants et pourquoi, de tous les Avengers, c'est lui qui a été envoyé (d'autant plus qu'actuellement, dans le run de Jason Aaron sur Avengers, Black Panther s'est retiré de l'équipe). Lui ou un autre, c'est du pareil au même : il est là pour éprouver la solidarité des deux héros malgré lui.

Sur cette trame qui n'est certes pas d'une rigueur narrative folle, Carlos Gomez fait impeccablement son job, emballant notamment une scène de baston avec beaucoup d'énergie. Il y a une aisance, une facilité chez ce dessinateur, qui mériterait davantage que des mini-séries successives pour être apprécié du plus grand nombre. En même temps, bien que son trait ne se départisse jamais d'un côté très sexy, il valorise les scripts de scénaristes féminines sans vulgarité.

Ce qui est plus curieux, c'est la manière dont Phillips construit ses épisodes : elle sacrifie au quota d'action mais semble musarder, prendre son temps. Il y a une sorte de nonchalance dans sa façon de raconter tout ça qui est un peu curieuse mais pas désagréable. En tout cas, c'est plus frais et moins pointu que ce que produisent Gerry Duggan et Al Ewing respectivement. Et alors que s'annonce l'event Fall of X (où beaucoup d'observateurs prédisent la fin de l'ère de Krakoa), ça fait du bien de lire des histoires mutantes tout simplement bien écrites et dessinées, sans prétention, avant, qui sait, un nouveau grand chamboulement...
*
Pour ce numéro, Marvel a fait appel à Olivier Vatine pour une variant cover, très chouette :

jeudi 2 mars 2023

ROGUE & GAMBIT #1, de Stephanie Phillips et Carlos Gomez


Examinons le menu : Rogue & Gambit, Stephanie Phillips, Carlos Gomez. Comment voulez-vous passer à côté ? Avec la scénariste de l'excellente série indé Grim, l'artiste de X-Terminators, et le couple mutant emblématique des 90's, peu de chances qu'on soit déçu. C'est donc parti pour une énième mini-série en cinq parties, et ça démarre sur les chapeaux de roues !


New York. Alors qu'elle est transférée dans une nouvelle prison, Lady Deathstrike assiste à l'attaque du fourgon blindé qui la transporte. Elle suit ceux qui lui offrent de s'évader. La Nouvelle-Orléans. Destinée dérange Malicia et Gambit pour leur confier une mission : ramener d'urgence Manifold à Krakoa. Ils l'ignorent mais les deux situations sont liées...


Décidément, Marvel aime lancer des mini-séries alors qu'ils disposent de scénaristes et d'artistes capables de fédérer des fans de personnages populaires pour des ongoing. Encore une fois donc nous avons droit au retour d'un titre Rogue & Gambit, cinq ans après le précédent écrit par Kelly Thompson et dessiné par Jan Bazaldua (d'un piètre niveau, il est vrai).


Mais cette fois l'éditeur a misé sur une équipe un peu plus attirante puisque Stephanie Phillips, auréolée du succès de son creator-owned Grim, est aux manettes et accompagnée par Carlos Gomez qui, le mois dernier, achevait l'irrésistible mini X-Terminators.


Phillips, qui signe son premier boulot chez Marvel après avoir signé un run sur Harley Quinn chez DC notamment, a affiché ses ambitions : il ne s'agit pas d'une aventure de  plus pour Malicia (Rogue) et Gambit, l'intrigue doit avoir des répercussions pour Krakoa. Et effectivement, la scénariste s'adresse à des lecteurs au courant de ce qui se passe chez les mutants.

Ce sera peut-être la limite du projet car il est fait mention d'événements survenus dans Excalibur, X-Men et X-Men Red notamment. Toutefois ça reste discret et je pense honnêtement que eprsonne ne sera perdu. Pour résumer, il faut savoir que Malicia a donc quitté volontairement les effectifs de l'équipe des X-Men tandis que Gambit est revenu de l'Outremonde où il évoluait avec Excalibur; 

Cela fait donc un bail que les deux époux n'ont pas été ensemble (Malicia, avant d'intégrer les X-Men, faisait bien partie de Excalibur aussi, mais ça commence à dater). Ils se sont donc donnés rendez-vous à la Nouvelle-Orléans pour rattraper le temps perdu mais ça commence mal : la Guilde des Voleurs (à laquelle appartenait Gambit) lui cherche des noises, il est rond comme une queue de pelle et a complètement oublié que Malicia devait venir !

Pour ne rien arranger, la belle-mère débarque : c'est Destinée qui a eu une vision, dont elle ne veut pas trop parler par-dessus le marché, mais qui demande à Malicia de lui faire confiance et de lui ramener Manifodl. Stephanie Phillips nous régale avec des dialogues incisifs et très drôles (Gambit qui compare Destinée à Nostradamus...), ça va vite, il y a de l'action, des interactions.

La mission, qu'ils acceptent, n'est pas évidente : Manifold a été agent du S.WO.R.D. et la trahison récente de Abigail Brand (qui a voulu déclencher une guerre intergalactique contre les mutants) l'a poussé à prendre du champ. Désormais il en réfère d'abord aux Avengers et ne veut plus rendre de compte aux politiciens krakoans. Donc pas question de répondre à la convocation de Destinée (avec laquelle il a pourtant pour point commun de considérer Gambit comme un guignol).

Surtout Manifold enquête sur la disparition de plusieurs surhumains, dont récemment Lady Deathstrike, à laquelle serait mêlé l'ambassadeur anglais Ruben Brosseau, notoirement connu comme un anti-mutant (dans les pages de Excalibur)... L'épisode se clôt sur un cliffhanger accrocheur qui donne une irrépressible envie de lire la suite.

Stephanie Phillips aime visiblement cess personnages et a imaginé une histoire mouvementée pour eux. C'est déjà frustrant de savoir que ça ne va durer que cinq épisodes, mais la scénariste prouve que ce qu'elle a montré dans Grim n'est pas qu'une inspiration providentielle, elle a du répondant et son énergie est communicative.

Marvel lui a founri un dessinateur parfait pour ce qu'elle a à dire avec Carlos Gomez. Même si l'éditeur ne le considère pas (pas encore ?) comme un "Stormbreaker" (quelqu'un sur qui elle mise pour le futur) en ne lui confiant que des mini-séries, il s'acquitte toujours avec professionnalisme de ce qu'il a à faire.

Gomez, comme Terry Dodson ou Frank Cho, on l'a vu avec X-Terminators, adore dessiner les belles filles et il réussit à les animer sans vulgarité. Malicia est ici sexy mais l'écriture de Phillips est si dynamique qu'elle ne peut être réduite à une jolie poupée. Comme Destinée, depuis sa résurrection (dans la mini Inferno de Jonathan Hickman), a rajeuni, on n'est pas non plus choqué de la voir afficher des formes plus voluptueuses que celles qu'elle avait auparavant. Et là encore la caractérisation contrebalance tout (Irene Adler est toujours aussi hautaine).

Là où j'attendais donc plus de Carlos Gomez, c'était avec les personnages de Gambit puis de Manifold. Et je ne suis pas déçu. La cajun est croqué comme un type qui se repose sur son charme mais qui apparaît complètement bourré, puis en proie à une sévère gueule de bois : cela lui donne une dimension comique, sans le ridiculiser toutefois. Quant à Eden Fesi, Gomez réussit à le rendre très expressif dans une scène où plusieurs émotions le traversent (son éclat de rire nerveux, son inquiétude, sa résoluition).

L'épisode se termine comme il s'est ouvert, par une belle scène d'action, bien composée, que les couleurs de David Curiel rendent bien pêchue.

C'est un sans-faute. Le public devrait répondre présent et Rogue & Gambit devrait servir à imposer Stephanie Phillips chez Marvel tout comme Carlos Gomez. L'idéal étant que ces deux-là voient leur mini se transformer en série régulière (comme c'est arrivée récemment à Poison Ivy de G. Willow Wilson et Marcio Takara chez la Distinguée Concurrence).

dimanche 13 mai 2018

ROGUE & GAMBIT #5, de Kelly Thompson et Pere Perez (FINALE)


Avec ce cinquième épisode, c'est la fin de la mini-série Rogue & Gambit écrite par Kelly Thompson et dessinée par Pere Perez. Une des productions les plus rafraîchissantes parmi la franchise mutante de Marvel, loin des poncifs et pleine de pep's jusqu'au bout.


Rogue et Gambit ont découvert que Lavish et le Dr. Grand ont créé une armée de facsimilés d'eux-mêmes à partir de leurs souvenirs recueillis lors de séances thérapeutiques dans la clinique de Paraiso où le duo enquêtait sur la disparition d'autres mutants.


Ils doivent à présent, pour récupérer leurs souvenirs et leurs pouvoirs, combattre leurs doubles et les détruire. Conséquence : à chaque clone tué, ils se remémorent des moments de leur passé plus ou moins agréables. Pour accélérer la manoeuvre, Rogue a une idée pour laquelle elle demande à Gambit de lui gagner du temps.


Rogue s'en prend au Dr. Grand en a la confirmation qu'elle est une créature, un golem modelé par Lavish, conçu pour supporter les pouvoirs qu'il absorbe. Détruite, le Dr. Grand oblige Lavish à lancer ses troupes dans un ultime assaut que ne peut contenir seul Gambit.


Rogue absorbe tous les pouvoirs des soldats de Lavish, ce qui pulvérise Lavish en cendres, mais laisse la mutante en proie à la confusion à cause des énergies qu'elle doit contenir. Soutenue par Gambit, Rogue se rend à l'hôpital de Paraiso où elle rend leurs pouvoirs aux patients qui y avaient échoué dans un état apathique.
  

Leur mission accomplie, Rogue présente ses excuses à Gambit pour avoir pensé qu'il ne voulait être avec qu'elle que pour la séduire à nouveau. En même temps, la solidarité dont il a fait preuve a réveillé les sentiments de Rogue pour son partenaire qui l'invite à reprendre leur vie ensemble.

Ce qui frappe dans cet épisode, comme dans les précédents, et qui signe la manière d'écrire de Kelly Thompson, c'est la profonde affection qu'elle éprouve pour ses personnages principaux. Cette rédaction qu'on pourrait qualifier de sentimentale lui permet de trouver un ton juste et bienveillant, de nous rendre les héros attachants tout en nous les montrant à un tournant de leur relation.

Au commencement de la mini-série, Rogue n'est pas ravie de devoir faire équipe avec Gambit qu'elle a aimé et qui l'a plusieurs fois délaissée, tandis que Gambit pense une fois de plus profiter de la situation pour la courtiser, de manière légère, sans intention de s'engager. Progressivement, pourtant, à la faveur de la comédie qu'ils doivent jouer pour mener leur enquête dans une clinique sur des couples à problèmes, ils livrent leurs ressentiments l'un envers l'autre et, subséquemment, se rappellent aussi les bons moments qu'ils partagèrent depuis leur rencontre.

De manière subtile et malicieuse, Rogue admet que Gambit n'a pas toujours mal agi, et Gambit reconnaît ses fautes mais aussi son affection sincère pour Rogue. Thompson met cela en parallèle avec leurs recherches sur la clinique où on conçoit des clones à partir des souvenirs des patients qui, une fois répliqués, disparaissent mystérieusement tandis qu'à l'hôpital voisin des malades hagards débarquent sans que les médecins comprennent de quel mal ils souffrent.

Le procédé est habile qui voit des êtres dépossédés de leur personnalité quand les deux héros, en confiant à une psy - par ailleurs complice d'un mutant créateur de golems pour partager les pouvoirs qu'ils volent à ses semblables - leurs aventures communes, prennent connaissance de leurs caractères et de leur complicité. La scénariste fait passer tout cela dans des dialogues ciselés, ponctués de flash-backs, et assaisonnés de scènes d'action explosifs, dans une construction narrative qui fait référence à Un Jour sans fin (puisque Rogue et Gambit sont manipulés mentalement pour oublier ce qu'ils ont fait la veille).

Le final est plus classique, avec une grande baston où le couple doit abattre les golems façonnés à leur image, à partir de leurs souvenirs - une autre forme de thérapie où chacun casse la figure du clone de l'autre pour se défouler et apprécier leur complémentarité. La solution trouvée par Rogue aboutit à un happy end où les victimes de Lavish récupèrent leurs pouvoirs après la mort du méchant et, surtout, où Gambit regagne l'amour de sa chère en reconnaissant lui-même qu'il l'aime vraiment.

J'ai pu paraître sévère ou insatisfait par la partie graphique assurée par Pere Perez, dont je trouve le style un peu trop lisse. Mais, sans me dédire, je lui reconnais des qualités indéniables : d'abord, il est très régulier dans la qualité, assurant les cinq épisodes sans faillir, osant même quelques découpages très soignés, faisant de beaux efforts sur l'expressivité, toujours au service du script si enchanteur de Thompson. Ensuite, lui aussi semble sincèrement apprécier les deux héros et s'être solidement documentés pour les représenter à la fois dans les flash-backs (qui renvoient tous à des périodes précises) et les scènes de foule (dans les combats contre les clones).

Son traitement des décors est plus impersonnel car il fait appel massivement à l'infographie sans ajouter des effets de textures ou d'ombres et lumières qui atténueraient le rendu un peu froid. Mais sans doute faut-il y voir un sacrifice nécessaire pour tenir les délais. Et, une fois n'est pas coutume, la colorisation de Frank d'Armata n'est pas trop sombre, ce qui contribue à la lisibilité de l'ensemble (le décor exotique obligeant à cela aussi).

Clos sur une note très drôle (où on apprend pourquoi Rogue aime les chats, qui lui ont permis d'éviter le courroux du Pr. Xavier...), Rogue & Gambit donne surtout l'envie que Kelly Thompson, comme la rumeur le laisse croire, hérite d'un titre mutant plus exposé et plus long car elle a prouvé le tonus et la singularité avec lesquels elle pouvait animer ces personnages trop souvent abordés à travers des thèmes vus et revus. 

lundi 9 avril 2018

ROGUE & GAMBIT #4, de Kelly Thompson et Pere Perez


Pénultième épisode de cette mini-série, Rogue & Gambit #4 maintient ferme son cap et progresse vers un dénouement qui promet d'être explosif. De quoi donner un avant-goût des prochains projets (mutants ?) de Kelly Thompson ?


Alors qu'ils sont attachés à des tables d'opération, Rogue et Gambit distraient Lavish, qui s'apprêtent à siphonner leurs pouvoirs, et le Dr. Grand. Mais l'opération connaît un rebondissement car Gambit réussit à se détacher. Résultat : le voici avec les pouvoirs de Rogue qui, elle, hérite de ses pouvoirs à lui !


Investis également des souvenirs de l'autre, Gambit se souvient du mariage de Scott Summers et Jean Grey où il récupéra la jarretière de cette dernière pour l'enfiler à la jambe de Rogue et lui déclarer sa flamme, amoureux insouciants et confiants en l'avenir.


Rogue, elle, se rappelle de la réaction déçue et revêche de Gambit lorsqu'il fut recalé pour intégrer les Avengers parce qu'elle avait eu la franchise (le devoir aussi) de les instruire sur son passé de malfrat.


En s'habituant progressivement aux aptitudes l'un de l'autre, Rogue et Gambit affrontent leurs clones dans le labo du Dr. Grand. Mais la bataille est rude et ils doivent provisoirement battre en retraite dans une pièce voisine en y entraînant le Dr. Grand, inconsciente.


Lavish organise un assaut tandis que Rogue et Gambit échangent un dernier baiser avant d'y faire face, reconnaissant ainsi que ce séjour ensemble à Paraiso a restauré la confiance (l'amour ?) entre eux.

Etant abonné à son blog (Kelly Thompson Tumblr), je peux suivre régulièrement les déclarations et réactions de la scénariste de cette mini-série et, bien que je ne sache pas si elle se vend bien, il est évident qu'elle est soutenue par une base de fans fidèles et enthousiastes, qui réclament déjà une suite, louant la justesse avec laquelle l'auteur a su saisir la personnalité des deux héros.

La rumeur court aussi, surtout depuis que Kelly Thompson a signé un contrat d'exclusivité chez Marvel, qu'elle va être très active dans les prochains mois. Elle-même a confirmé travailler sur (au moins) trois projets (deux certains, le dernier encore en chantier, l'un d'eux impliquant Kate Bishop/Hawkeye). Et comme il semble que l'éditeur veuille avant la fin de l'année recomposer sa franchise mutante, probablement en restaurant le titre emblématique Uncanny X-Men, on peut imaginer que Kelly Thompson soit celle qui l'écrira, avec parmi les membres de l'équipe le couple Rogue et Gambit...

Tout cela donne à notre lecture actuelle une perspective particulière, comme s'il s'agissait d'un tour de chauffe. Depuis quatre épisodes, on a pu vérifier que Thompson connaissait bien l'histoire des X-Men via le couple Remy Lebeau-Anna Marie. Elle sait aussi construire des intrigues qui montent en puissance (comme ce fut déjà le cas durant son run sur Hawkeye), et son talent de dialoguiste parachève le tableau, avec un ton très alerte, malicieux et une pointe de sentimentalisme.

Dans ce quatrième chapitre, c'est comme si toutes ces qualités étaient réunies et soulignées par la situation même : l'action se déroule sur quelques minutes à peine, à toute allure, avec un twist au début qui place les deux héros dans une position complexe, et une chute haletante (qui promet une bataille finale spectaculaire). On a droit à des flash-backs ponctuant avec à-propos le récit échevelé, et éclairant encore une fois la relation chaotique de Rogue et Gambit. C'est un vrai régal. Tout pour espérer que la rumeur se vérifie : Kelly Thompson donnerait un sacré coup de frais aux mutants si elle s'en occupait tout en respectant leur passé et en combinant l'aspect soap opera et l'action.

Il faudrait quand même, pour que cela ait une allure jubilatoire, qu'on lui adjoigne un dessinateur plus affirmé que Pere Perez : non pas qu'il se débrouille mal, il réussit même quelques jolis enchaînements, s'enhardissant d'épisode en épisode, avec même une double page de baston très aboutie. Mais le hic, c'est qu'il a un trait quelconque qui gâche un peu tout : c'est appliqué, soigné, mais sans identité, typiquement l'oeuvre d'un artiste qui a souvent joué les doublures (et pour des dessinateurs pas forcément plus audacieux que lui, comme Clayton Henry).

C'est sans doute sévère, voire injuste, mais imaginons qu'un Chris Bachalo (habitué des mutants, familier de Rogue) ait eu la charge de ces épisodes, cette mini-série aurait gagné en puissance et en originalité (malheureusement, l'artiste a été placé sur un titre Spider-Man/Deadpool avant de devoir abréger sa prestation car sa femme vient de mourir).

Quoiqu'il en soit, la fin de Rogue & Gambit ne risque guère de décevoir, et l'avenir s'annonce radieux pour sa scénariste, qui aura été la grande révélation des auteurs Marvel ces derniers mois.  

dimanche 11 mars 2018

ROGUE & GAMBIT #3, de Kelly Thompson et Pere Perez


Avec ce troisième épisode, nous dépassons la moitié de la mini-série Rogue & Gambit (qui, c'est acté, en restera là - Gambit va venir grossir les rangs de la série X-Men : Red). Ce cap autorise le lecteur à attendre que le voile du mystère se lève notablement sur l'intrigue... Tout en conservant au récit encore quelques surprises d'ici à son dénouement.


Malgré leurs récentes découvertes dérangeantes dans une aile du centre thérapeutique de Paraiso Island, Rogue et Gambit poursuivent, comme s'ils n'en conservaient aucun souvenir, leurs séances en compagnie du Dr. Grand. Ils évoquent ainsi la fin de leur première liaison et les raisons de son échec.

Troublés par ce qu'ils ont livré, bien qu'ayant été jugés en progrès, Rogue et Gambit sont troublés par ces confidences mais aussi par l'absence prolongée de leurs voisins de bungalows, Joanne et Theo. Ils n'ont guère le temps de se tourmenter car Kitty Pryde les envoie inspecter un nouvel endroit en relation avec la disparition de mutants. Ils visitent ainsi un hôpital où ont été admis récemment plusieurs patients souffrant d'amnésie ou de démence.


Cela les renvoie à la perte de leurs propres souvenirs et à la faiblesse de leurs pouvoirs depuis le début de leur traitement. Ils retournent fouiner dans l'aile du centre de soins et découvrent cette fois des clones d'eux-mêmes, inspirés de leurs confessions au Dr. Grand.


Mais leurs doubles se réveillent et les attaquent. Dépassés par leur nombre, Rogue et Gambit doivent lutter en s'appuyant sur leur complicité naturelle. La lutte est très disputée mais ils arrivent à prendre l'avantage.


Mais alors qu'ils ont gagné, Lavish apparaît, prêt à les terrasser pour drainer leur puissance...

Kelly Thompson répond bien à quelques questions dans cet épisode, et c'est heureux car, discrètement, une certaine confusion menaçait de gagner le lecteur. Que se passait-il réellement dans ce centre de Paraiso Island ? Pourquoi Rogue et Gambit semblaient-ils, à chaque fois que leur enquête progressait, avoir tout oublier l'épisode suivant ? 

La scénariste a fait le pari, risqué mais payant, de semer le doute dans l'esprit du lecteur comme dans celui de ses deux héros : en nous privant d'informations, elle nous obligeait à aller au même rythme que les mutants en mission, se doutant bien que d'étranges faits se produisaient sur cette île sans arriver à mettre un nom dessus.

Il apparaît donc que le Dr. Grand est à la tête de la réalisation de clones et de vols de pouvoirs, en s'inspirant pour cela des confidences que lui communiquent ses patients. Mais il semble aussi qu'il ne s'agisse que de la surface visible d'un plan plus retors dont Lavish, son chasseur, est le une pièce essentielle puisque c'est grâce à sa capacité à dérober les pouvoirs d'autrui qu'il est si puissant et peut alimenter les clones. Il s'agirait donc de concevoir une armée de doubles dans une entreprise conquérante et d'usurpation - une variation mutante de l'invasion secrète des Skrulls ?

Si, jusqu'à présent, Kelly Thompson animait son récit sur le ton endiablé d'une screwball comedy avec les chamailleries entre Rogue et Gambit, forcés de travailler ensemble alors qu'elle ne voulait surtout pas renouer sentimentalement avec lui (mais que lui n'attendait que ça), cette fois, le ton se fait plus sérieux. Une inquiétude sourde envahit l'histoire, comme en témoigne la scène, perturbante mais décisive, dans l'hôpital saturé d'amnésiques et de déments récemment admis. C'est finement joué et amené.

Visuellement, Pere Perez sait se hisser au niveau de cette évolution narrative subtile en étant plus audacieux. Plus qu'un "ass-shot" racoleur sur Rogue, on retiendra plutôt la superbe double page illustrant les souvenirs de l'héroïne et son ex-amant, avec un découpage stylisé.

Plus loin, dans le dernier tiers de l'épisode, le dessinateur a l'occasion de se lâcher avec une séquence d'action très réussie également. L'humour de Thompson refait surface dans des dialogues savoureux (Gambit admettant que cela lui a fait un bien fou de coller une raclée aux clones de Rogue et de lui-même - ce qu'elle approuve). L'assaut de ces doubles est mis en scène avec variété, d'abord avec une vue frontale des adversaires, puis une page découpée en quatre cases qui occupent toute la largeur de la page (habile pour suggérer l'impression de submersion), et enfin par des vignettes horizontales montrant la riposte de Rogue et Gambit repoussant et assommant leurs ennemis. Lorsque Lavish apparaît, alors que les deux mutants reprennent leur souffle, le résultat est parfait pour traduire leur appréhension face à cette nouvelle menace.

En somme, la forme du récit emprunte celle de la courbe : plus d'action, des révélations, de la tension, de l'incertitude. C'est donc bien un tournant dans la mini-série et avec lui, la promesse d'un final, sur les deux épisodes restants, mouvementé. 

vendredi 9 février 2018

ROGUE & GAMBIT #2, de Kelly Thompson et Pere Perez


Après un premier épisode prometteur, Ring of Fire, la suite de l'aventure de Rogue & Gambit se poursuit ce mois-ci. Sorti, par un heureux hasard du calendrier le même jour que Hawkeye #15, cette série permet surtout une nouvelle fois de constater le brio de la scénariste Kelly Thompson dont le style est vivifiant.


Paraison Island. Le Dr. Grand reçoit pour leur première séance de thérapie conjugale Rogue et Gambit qu'elle invite à exprimer leurs frustrations dans leur couple. Aussitôt ils se bombardent de reproches - dont un en particulier fait débat : les circonstances exacts de leur première rencontre.


Pour Rogue, cela s'est déroulé après une bataille contre le Roi d'Ombre au cours de laquelle ils furent manipulés mentalement. Gambit aurait alors cherché à profiter du trouble de sa partenaire pour la séduire avant que celle-ci, vexée, le repousse.


Après cette séance, les deux X-Men reprennent leurs investigations pour localiser l'endroit où seraient retenus les jeunes mutants repérés par Cerebra. En se glissant dans un conduit d'aération, ils parviennent juste au-dessus d'un curieux laboratoire. Rogue en profite pour s'excuser d'avoir rudoyé Gambit qui présente sa version des faits au sujet de leur première rencontre.


Cela se passait également sur Muir Island après l'attaque contre le Roi d'Ombre mais, selon lui, l'attirance était réciproque et ne devait rien à la manipulation psychique qu'ils avaient subie de la part de leur ennemi. Gambit ajoute être d'ailleurs tombé amoureux de sa partenaire au premier regard.


Alors qu'ils inspectent le labo, ils sont surpris par les jeunes mutants mais ceux-ci sont comme possédés et les malmènent. Projetés contre un mur qu'ils défoncent, Rogue et Gambit découvrent alors une pièce remplie de patients inconscients et perfusés - mais ils ignorent qu'ils sont surveillés par des caméras et que leurs faits et gestes sont observés par le Dr. Grand et le chasseur de mutants, Lavish...

L'art du pas de côté, savoir se démarquer pour briller et faire vivre une histoire : c'est ainsi qu'on pourrait présenter la manière Kelly Thompson. C'est d'autant plus remarquable ici que, contrairement à son run sur Hawkeye, elle ne peut s'appuyer sur un dessinateur aussi talentueux que Leonardo Romero : Pere Perez n'est pas le plus mauvais des artistes mais le manque criant de personnalité de son style empêche Rogue & Gambit de s'élever au-dessus d'une simple production courante.

Visuellement, en effet, on devine facilement que les meilleures idées sont directement issues du script et non du graphiste qui doit les traduire. L'ensemble est désespérément moyen, rien ne vient faire pétiller le regard du lecteur dans ces pages au découpage bien trop standardisé et aux personnages représentés sans une once de singularité. A l'heure où on voit des robots diriger des orchestres, ce que fait Pere Perez pourrait tout aussi bien avoir été programmé pour une machine.

Pour trouver de quoi se réjouir dans cet épisode, c'est donc bien dans la façon dont elle est écrite qu'il faut se tourner. Et Kelly Thompson excelle à transformer ce qui serait du plomb en or : la scénariste garde au chaud le coeur de son intrigue, on n'est guère plus avancé sur le mystère de l'île Paraiso dans ce chapitre - et à vrai dire on se fiche un peu de ce que cache tout ça. La mission des deux X-Men apparaît clairement comme un prétexte pour autre chose. Mais quoi ?

En étant forcé de collaborer Rogue et Gambit doivent jouer cartes sur table : parfois ils y sont poussés, comme lorsque le Dr. Grand leur demande de dialoguer et que l'idée dégénère en une pluie de récriminations. Au lieu de passer par un échange verbal, Thompson remplace le contenu des phylactères par des images issues des précédentes aventures communes du couple, mélange de bonheurs et de drames, qui font office de résumé de la vie de ce couple malgré lui. Parfois aussi ils se livrent l'un à l'autre dans l'exiguïté d'un conduit d'aération où l'intimité devient un jeu mais aussi un lieu de confession plus apaisée.

Quand on examine comment Thompson dispose ses scènes et construit son épisode, où les flash-backs prennent plus de place que la progression de l'enquête (c'est là qu'on voit que cette dernière est un prétexte : la véritable mission pour Rogue et Gambit est de savoir pourquoi ça ne fonctionne plus entre eux, et même si ça a jamais marché), on assiste à une suite de prises de bec, d'excuses, de différences de points de vue, de manoeuvres de séduction, d'esquives : on est dans une pure screwball comedy, ces comédies de l'âge d'or du cinéma américain où un homme et une femme se chamaillaient pour éviter de s'avouer leur amour.

Ainsi redistribué en romance comique, le récit mutant gagne en fraîcheur : pas de discours redondant sur la persécution d'une communauté, pas de métaphore lourdingue sur la différence, mais l'examen de deux individus dont leur spécificité épice la liaison et souligne, chez Rogue, le fatalisme et la méfiance, et chez Gambit, la malice et l'envie d'y goûter encore.

Soudain, la série retrouve ses couleurs : celle d'un bon vieux soap avec des amants dotés de super-pouvoirs. Morale : pour bien parler des super-héros, il faut d'abord bien parler des hommes et des femmes qui se cachent derrière leurs costumes et se distinguent par leurs pouvoirs.