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lundi 11 juin 2018

ASTONISHING X-MEN #12, de Charles Soule et Garardo Sandoval (FINALE)


Le run de Charles Soule s'achève avec un numéro d'une laideur sans nom et d'une médiocrité narrative équivalente : attention, ça pique les yeux dès la couverture (signée par l'inénarrable Greg Land) et l'intérieur est vraiment indigne de tout ce qui a précédé (pour une série qui a aligné de très bons artistes) puisque Marvel n'a rien trouvé de mieux que Gerardo Sandoval pour s'en occuper.


Le Roi d'Ombre n'était pas mort mais avait infiltré le corps de X et a resurgi de son cerveau pour s'incarner dans notre dimension. Il fait face aux X-Men qui se jettent sur lui mais qu'il repousse en libérant leurs plus grandes peurs. Seule Psylocke résiste à cette riposte.


Mais Betsy Braddock, la première, sait qu'elle n'est pas assez puissante pour vaincre Amahl Farouk. Bishop se remet doucement tout en ressentant l'emprise maléfique du Roi d'Ombre à travers le monde : la prophétie du "Mindkiller Apocalypse" qu'il avait formulée auparavant est en train de se concrétiser.


Mais personne ne meurt vraiment dans cette ultime combat : X se recompose mentalement et physiquement et refuse comme les X-Men la défaite. Il commence d'ailleurs par les délivrer de leurs phobies qui les paralysent et joint ses forces à celles de Psylocke.


En se connectant à tous les mutants possédant un pouvoir psychique dans le monde, ils acquièrent la puissance nécessaire pour dominer et (littéralement) écraser Amahl Farouk. Les X-Men doutent pourtant que X soit totalement purgé du Roi d'Ombre. Il choisit d'effacer leurs souvenirs en les apaisant des doutes existentiels qui les rongent.


A Psylocke seule il laisse la mémoire intacte pour que, le cas échéant, elle puisse l'éliminer s'il devait se montrer dangereux. Néanmoins, il ne va pas intégrer les rangs des X-Men car il a d'autres projets...

Je ne vais pas m'attarder sur la critique de cet épisode que je n'ai pas aimé : Charles Soule s'y montre calamiteux, résolvant son intrigue de manière si expéditive qu'on a le sentiment qu'il est lui-même soulagé de se débarrasser de la série. Dommage car le scénariste avait montré de belles dispositions et on pouvait espérer mieux de cette conclusion qui en quelque sorte bouclait la boucle en ramenant spectaculairement (bien qu'un peu artificiellement) le Roi d'Ombre.

Et que dire, franchement, du dessin ? Astonishing X-Men a permis en un an à quelques-uns des meilleurs dessinateurs Marvel de réaliser chacun un épisode, souvent avec une qualité remarquable, prouvant leur investissement. Mais l'éditeur n'a fait de cadeau ni au scénariste ni au lecteur en confiant l'ultime chapitre à un tâcheron comme Gerardo Sandoval, dont le style est d'une laideur rare.

Le bilan qu'il faut tirer de cette aventure en général est mitigé : narrativement, Soule a construit une histoire en deux actes de six épisodes chacun assez solide et prenante, mais à l'intensité très variable. Malgré tout, après un démarrage brillant, la série n'a brillé que par intermittence, tenant plus grâce au sens du cliffhanger de son auteur que par la solidité de son récit, accusant de sérieux flottements, échouant à maintenir la tension, et convoquant deux méchants sans les neutraliser efficacement alors que la sournoiserie du Roi d'Ombre et le trauma de Proteus méritaient mieux.

Le fait de confier à un artiste différent chaque épisode a également fini par se retourner contre le projet : d'abord parce que, si la majorité d'entre eux a joué le jeu avec brio, certains ont cruellement déçu (le pire ayant été la prestation de Ed McGuinness). Dans cette sélection, d'autres se sont fait remarquer par un réel investissement (Matteo Buffagni, Ramon Rosanas, Aco), et d'autres se sont contentés du strict minimum (Ron Garney, Mike Deodato).

La formule ne m'a déplu car elle présentait l'avantage de ne pas s'appuyer sur un dessinateur susceptible de se fatiguer trop vite et d'être remplacé par un fill-in moins inspiré. Par ailleurs, il est assez plaisant de découvrir comment untel (Mike del Mundo par exemple) parvient à se plier à l'exercice sans modifier ce qui le caractérise, quitte à trancher avec les standards d'un comic-book appartenant à une franchise où les canons graphiques sont rarement aussi audacieux. La lassitude ne risquait pas de toucher les lecteurs, visuellement parlant.

Mais il est évident que la limite du dispositif est atteinte quand on finit le run du scénariste par un script décevant et un dessinateur affreux comme c'est le cas ici. On a l'impression double que Marvel a épuisé sa réserve d'artistes qui n'ont pas de série régulière et sort un joker au talent très approximatif pour conclure. Enfin, on peut aussi comprendre ceux, parmi les lecteurs, qui auraient préféré un peu plus de cohérence esthétique.

Plus précisément encore, le véritable échec de cette version des Astonishing X-Men aura tenu à sa composition même : j'ignore si Soule a choisi seul les membres de son équipe ou si le staff éditorial lui en a imposé (ce qui paraît probable car les editors des titres "X" sont réputés pour leur interventionnisme), mais douze épisodes n'auront pas suffi à justifier la présence de Mystique, Bishop ou même Rogue. Si Psylocke est le personnage qui a le plus profité de l'exposition du titre, Fantomex a été exfiltré de manière curieuse sans que Charles Xavier ne revienne vraiment (comme, pourtant, Soule l'avait promis). Dès le premier chapitre, on a bien senti que ces héros étaient réunis par une providence bien pratique, mais sans que leurs pouvoirs servent à grand-chose compte tenus des menaces qu'ils ont affrontées et sans véritable dynamique de groupe, sans caractérisation originale.

Joss Whedon et John Cassaday peuvent continuer à dormir tranquille : leur run originel sur le titre n'est pas près d'être égalé, encore moins surpassé.      

dimanche 6 mai 2018

ASTONISHING X-MEN #11, de Charles Soule et Ron Garney


Tout d'abord, que je corrige une erreur rédigée à la fin de la critique du précédent numéro : j'avais annoncé que les dessins de ce onzième épisode seraient l'oeuvre de Greg Land, mais il ne signe que la couverture et cela a suffi à me tromper. En vérité Charles Soule et Ron Garney ne seront pas restés longtemps éloignés après leur run sur Daredevil puisqu'ils se retrouvent pour ce pénultième chapitre d'Astonishing X-Men, qui, sans corriger toutes les erreurs de l'histoire, convainc davantage par son efficacité nerveuse.


Proteus a fait du village écossais de Fetters Hill le centre de son jardin : de là part toute l'énergie qu'il déploie en plusieurs points de la Terre pour la transformer comme il l'a fait avec cette bourgade, offrant aux humains de réaliser tout ce qu'ils pensent, espèrent, souhaitent et redoutent.


Face à cette crise aux dimensions épiques, les X-Men aux ordres de Psylocke (élue par ses équipiers au détriment de X) doivent attaquer en formation serrée et avec intensité Proteus. Archangel et Old Man Logan se servent du point faible de leur adversaire, son allergie au métal, avec leurs ailes et leurs griffes.


Pendant ce temps, Psylocke unit ses forces à celles de X pour tenter de rouvrir un portail sur le plan astral afin d'y renvoyer et d'y emprisonner Proteus. La manoeuvre est risquée car c'est ainsi que le Roi d'Ombres a voulu s'échapper et que cette dimension mentale est très instable.


Pou gagner du temps, Mystique leurre Kevin McTaggert en prenant l'apparence de sa mère, Moira. D'abord méfiant, il se laisse abuser puis se ressaisit quand Old Man Logan veut à nouveau l'attaquer. Il mutile Mystique et blesse (tue ?) Logan. Affaibli, Proteus doit faire face à Gambit qui veut l'électrocuter puis à Rogue qui tente d'absorber son énergie, aidée par Bishop qui l'aide à la convertir pour l'expulser.


Proteus semble être pulvérisé mais en ouvrant simultanément le plan astral, Psylocke comprend l'erreur de sa tactique : X se décompose et le Roi d'Ombres resurgit !

Est-ce ça, l'air du temps, le zeitgeist ? Mais, comme Mark Waid et Jeff Lemire dans leurs séries respectives ce mois-ci, Charles Soule ne raconte guère autre chose qu'une histoire de fils sacrifié. A la nuance près que Kevin McTaggert n'est pas mourant (quoique, ici, durement éprouvé par la bataille) mais sur le point de transformer notre planète en son jardin, à son image, répondant aux désirs de ses habitants.

Le scénariste prend soin de présenter le "méchant" de son histoire non comme un être uniforme mais comme le produit de mauvais traitements qui l'ont à la fois fait souffrir au point d'altérer son sens moral, ce qui nous le rend (presque) touchant. En tout cas, on comprend sa réaction face à ses ennemis venus encore une fois le priver de liberté, à nouveau l'enfermer, voire le tuer.

Depuis le début de la série, Soule a échoué à animer son équipe de mutants comme une véritable formation : le ver était en vérité dans le fruit dès le premier épisode puisque ses membres ont été réunis par les circonstances et non en fonction de leurs compétences et de leur complémentarité. C'est d'autant plus frappant que le Roi d'Ombres comme Proteus combattent sur un plan prioritairement psychique alors que ces Astonishing X-Men compte seulement deux télépathes (Psylocke et X).

Mais, les événements ont rapidement dégénéré, dans des proportions énormes, et parvenus à l'avant-dernier épisode (même si la série va se poursuivre, avec de nouveaux auteurs), Soule doit mettre en scène ses héros comme une force unie, obéissant à un plan, organisant leurs assauts. Le mois dernier, encore, leurs efforts étaient désordonnés et graphiquement Aco l'illustrait par une débauche de doubles pages dans un décor dément.

Cette fois, Ron Garney calme le délire du découpage pour adapter ses planches à des cases classiques, souvent prenant toute la largeur de la bande, parfois avec des ruptures grâce à des plans verticaux (comme lorsque Rogue fond sur Proteus). La nervosité du trait du dessinateur donne cette impression d'un résultat rushée, avec un crayonné lâche où l'encrage, sommaire, n'est là que pour finir.

Pourtant, même le rendu n'est pas forcément séduisant, il y a quelque chose de redoutablement efficace dans ce procédé, qui participe au tonus de l'épisode : ça va vite, ça fait mal (la mutilation de Mystique, l'éventration de Logan, la désagrégation de X), tout prend une dimension très physique, viscérale. On est au coeur d'une bataille pleine de furie, une sale bagarre, une mise à mort, et pour cela le dessin n'a pas besoin d'être joli.

Cela risque, hélas ! d'être vraiment vilain avec la conclusion de ce run, puisque c'est à Gerardo Sandoval que reviendra le privilège de l'illustrer. Dommage que Marvel n'ait pas offert à Charles Soule un meilleur artiste, au niveau de ses prestigieux collaborateurs jusqu'ici, pour terminer, mais souhaitons que le scénariste soit bien inspiré pour tirer sa révérence.     

dimanche 8 avril 2018

ASTONISHING X-MEN #10, de Charles Soule et Aco


L'histoire A Man called X se poursuit avec ce dixième épisode de Astonishing X-Men, écrit par Charles Soule qui fait ce mois-ci équipe avec le dessinateur Aco. Le résultat est ébouriffant mais aussi frustrant, comme si la folie visuelle de l'artiste soulignait plus que jamais les défaillances du scénariste et les limites du concept même de la série. Serait-ce le début de la fin de l'état de grâce pour ce titre ?


Les X-Men survolent le village de Fetters Hill (ou ce qu'il en reste) en Ecosse, où s'est retranché Proteus. Le Blackbird qui les transporte se crashe rapidement dans cette zone où volent des dragons et où, depuis le sommet des murailles dressées autour du village, des guerriers repoussent les intrus avec leurs arcs.


La nature semble devenue folle tout comme les habitants qui, contaminés par Proteus et son pouvoir, se livrent à tous genres d'excès. X a compris comme Psylocke, que le groupe a désigné comme leur chef pour cette opération, que leur ennemi se nourrit en fait de l'énergie psychique des civils pour remodeler la réalité de l'endroit.


Les X-Men doivent affronter le chaos délirant pour épuiser Proteus et le forcer à se battre seul contre eux. Leur progression est difficile mais l'équipe donne tout ce qu'elle, agissant avec cohésion et pugnacité.


Soudain, pourtant, le sol se lève et des mains géantes de terre saisissent chacun des membres des X-Men afin de les isoler. Proteus s'adresse directement à X pour lui exposer ses réflexions et son objectif : dans le plan astral où il était prisonnier avec le Roi d'Ombre et Charles Xavier, il a compris que ces deux-là souhaitaient surtout s'échapper tandis que lui en a profité pour réfléchir aux différences avec notre dimension.


Pour bâtir son Eden sur Terre, il fallait la transformer radicalement. C'est pour cela qu'il a donné aux résidents de Fetters Hill tout ce qu'ils désiraient, pour comprendre que les humains ne cohabiteraient jamais pacifiquement ni entre eux ni encore moins avec les mutants comme le rêvait Xavier. X a beau répliquer que les humains ne comprennent pas spontanément le bénéfice d'une telle alliance, Proteus préfère une solution radicale : il détruit son jardin et donc Fetters Hill !

Par sa conception même qui consiste à attribuer le dessin de chaque épisode à un artiste différent, Astonishing X-Men selon Charles Soule dépend de l'investissement et du talent de chacun de ces artistes. Mais, sur ce point, à de rares exceptions près, on ne peut pas dire que le lecteur a été floué car Marvel a mobilisé du beau monde, pas toujours issu de la "A-list", mais du solide, de l'atypique, de l'original. Certains fans ont apprécié cette diversité stylistique, d'autres moins (préférant que le titre soit pris en charge par un graphiste unique) : pour ma part, je trouve l'expérience intéressante, parfois passionnante.

Mais l'intérêt du procédé porte en lui-même sa limite. Si l'artiste n'est pas inspiré ou l'épisode moins palpitant, la série pique du nez, et le lecteur ne peut qu'espérer un redressement au prochain chapitre. Tout cela rend l'entreprise aléatoire, d'autant plus que si Soule articule la série en arcs narratifs de six épisodes, l'ensemble relève du feuilleton car la transition entre le premier et le deuxième arcs a été organique.

L'autre souci, c'est que si Soule a un talent certain pour échapper aux poncifs liés depuis trop longtemps aux aventures des mutants (les thèmes récurrents et lassants de la persécution, du communautarisme, du débat entre la volonté de s'intégrer à l'humanité ou de s'en tenir éloigné), il adresse quand même beaucoup de clins d'yeux au passé en convoquant des ennemis emblématiques des X-Men (le Roi d'Ombre, Proteus), donnant l'impression parfois roublarde de surtout donner ce qu'attendent les fans au lieu de vouloir les surprendre. Ajoutez-y un souci de plus en plus flagrant et irrésolu pour animer vraiment son équipe (par ailleurs trop fournie) de mutants, et vous comprendrez que plus la série avance, moins paradoxalement elle progresse (au sens de s'améliorer) : elle reste agréable à lire mais sans corriger ses erreurs.

C'est encore une fois évident ici, d'autant plus que les dessins ont été confiés à Aco, artiste dont la biographie est une véritable énigme (j'ignore sa nationalité, son âge, même s'il a aussi bien travaillé pour Marvel que DC) et dont le style est très influencé par le pop-art et Jim Steranko. 

Cette extravagance esthétique aboutit à un épisode en forme de morceau de bravoure : on compte pas moins de 7 doubles pages ! C'est considérable (même si, quand il animait Batwoman, JH Williams III avait livré un épisode entier avec ce découpage, pour que DC soit contraint de placer toutes les pubs à la fin du fascicule), et, je dois l'avouer, un peu fatigant car Aco ne fait pas les choses à moitié : la forme de ses cases, leur disposition sont déjà un vrai feu d'artifices, mais chaque plan grouille de détails, avec un trait fin, et les couleurs flashy de Rachel Rosenberg, sont comme un défi pour le regard le plus aiguisé.

Pour traduire la folie de Proteus à laquelle les X-Men sont confrontés (et le lecteur aussi), c'est parfait, mais quand même un vrai test. Et un écueil car, plus que jamais, cela prouve que la série est totalement dépendante de son artiste : Aco transcende l'exercice et vole la vedette à Soule dont le scénario peine sérieusement à fournir assez de matière pour tenir le choc à un tel traitement. Certes l'équipe se meut pour la première fois comme une formation de combat mais à nouveau, on se demande en quoi Mystique ou Bishop par exemple sont essentiels. Ces Astonishing X-Men ont de l'allure sur le papier mais aucune alchimie dans l'histoire qui les a réunis (réunion déjà très artificielle au départ).

Je vais aller jusqu'au bout de cet arc, même si la perspective de subir Greg Land puis Geraldo Sandoval  aux dessins pour les deux prochains épisodes n'a rien pour me motiver, mais après, très probablement, rideau. Il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte et dans le cas de cette série, la magie n'opère plus vraiment car les ficelles sont devenues trop grossières.  

vendredi 16 mars 2018

ASTONISHING X-MEN #9, de Charles Soule et Matteo Buffagni


Ne vous laissez pas décourager par cette couverture affreusement ratée de Leinil Yu (visiblement pas en grande forme actuellement, si on en juge par ces récentes prestations...) : ce neuvième épisode de Astonishing X-Men est non seulement un des plus abouties graphiquement grâce à Matteo Buffagni mais le scénario de Charles Soule est toujours aussi palpitant. Accrochez-vous !


Sachant que le point faible de Proteus est le métal, Archangel entreprend de se servir de ses ailes pour séparer Psylocke de X dont se charge Old Man Logan après que leurs corps aient fusionné à cause de leur adversaire.


Néanmoins, l'opération connaît un raté car Old Man Logan estime que X en investissant le corps de Fantomex a hérité de son pouvoir auto-guérisseur : ce n'est pas le cas, et il le blesse en lui enfonçant ses griffes dans le trapèze droit.


L'équipe peut à présent quitter Londres, hors de danger, à bord du Blackbird. X est médicalisé par Bishop qui en profite pour montrer à Psylocke une des fins du monde qu'il a enregistrée et qui correspond à la résurgence de Proteus sous l'appellation "Mindkiller Apocalypse".
  

Proteus s'est justement déplacé en Ecosse dans le village de Petters Hill où il offre à la population la possibilité de produire ce qu'il désire le plus. Pour leur prouver sa puissance mais aussi les confiner, il érige de hautes murailles autour de l'endroit, elles-mêmes gardées par des hommes en armes inspirés du Moyen-Âge. Puis il diffuse son pouvoir aux habitants.


X, qui a repris connaissance, a deviné le plan de Proteus consistant à recréer le plan astral dans notre dimension afin de manipuler des civils et leur donner tout ce qu'ils désirent. Or, comme le relève Mystique, quoi de plus dangereux que d'avoir ce qu'on veut, quand, au même moment, un des résidents de Petters Hill, jaloux en amour d'un de ses voisins, le désintègre...

Ce nouveau chapitre est une nouvelle réussite mais aussi un tournant dans l'arc narratif A Man called X et depuis le début de la série. L'action s'y déplace (enfin) et quitte Londres puis expose l'objectif de Proteus dont l'action dans notre dimension n'est pas si pacifique qu'il l'avait prétendu à X et Psylocke (auxquels il avait dit vouloir continuer à vivre tranquillement).

La scène d'ouverture est impressionnante tout comme, ensuite, la démonstration de force du vilain dans le village écossais : on mesure tout de suite la dangerosité de Proteus, si ce n'était pas encore le cas, et cela permet au lecteur d'estimer l'adversité coriace que va devoir vaincre l'équipe de héros.

Entre ces deux "morceaux de bravoure", Soule a toujours du mal à animer tous les membres des Astonishing X-Men et choisit par conséquent de se focaliser sur certains en fonction de la progression de l'intrigue, des éléments qu'il décide d'éclairer. Pour la première fois, Bishop a droit à une vraie scène utile et intéressante : ce n'est pas beaucoup, et il en faudra encore à l'avenir pour que le personnage justifie sa présence (ce qui a constitué la faiblesse majeure du projet), mais l'échange qu'il a avec Psylocke suffit à mesurer la gravité des enjeux. Lorsqu'on parle d'une "Mindkiller Apocalypse", on sait que ça ne rigole pas, et, plus loi, quand X a deviné ce que va faire Proteus sans être sûr cette fois de le maîtriser (alors que, depuis son apparition, le télépathe a fait preuve d'une suffisance sidérante), la suite promet d'être mouvementée. Assez pour qu'un des héros tombe au combat (au hasard Old Man Logan, dont le sort semble scellé d'une manière ou d'une autre...).

Visuellement, comme je le disais en préambule, l'italien Matteo Buffagni réalise une formidable prestation. Par moments, son dessin évoque celui du génial John Paul Leon, rien que ça, mais surtout il prouve une fois de plus sa capacité à produire des images fortes dans un découpage vif et varié. Par exemple, Proteus isole le village écossais avec des murailles et Buffagni use d'un copier-coller sur plusieurs cases de la largeur d'une bande, puis le mutant crée des défenseurs en haut desdites murailles et là ce sont des cases verticales qui traduisent à la fois la hauteur des remparts mais aussi le confinement de la bourgade. Des effets simples mais efficaces.

L'artiste utilise peu de traits pour représenter les visages mais cela lui suffit à les rendre expressifs tout en sobriété. Le choix de ses angles de vue maximise ses compositions en conférant à la page entière des enchaînements divers qui guide le regard de façon habile. Il n'est jamais gêné par l'espace qu'il doit gérer, au contraire il en tire le meilleur sans négliger les détails les plus frappants, les effets d'ombres et de lumière.

Après avoir brillé par intermittence parce que Marvel ne lui confie pas de titre régulier (mis à part quelques épisodes d'affilée sur la défunte série Avengers Assemble, écrite par Kelly Sue DeConnick et Warren Ellis) et plutôt des fill-in (sur Daredevil par Soule notamment), il serait temps que Buffagni puisse s'exprimer à sa juste valeur (surtout dans un moment où l'éditeur laisse filer beaucoup de ses talents).

Quoi qu'il en soit, Astonishing X-Men ne cesse, mois après mois, de consolider sa position de meilleure série mutante, et le prochain épisode, illustré par le virtuose et psychédélique Aco, ne devrait pas me faire mentir... 

vendredi 23 février 2018

ASTONISHING X-MEN #8, de Charles Soule et Paulo Siqueira


Charles Soule poursuit le deuxième arc narratif de ses Astonishing X-Men avec toujours la même ambition feuilletonesque (l'histoire déroule son fil depuis le #1). Il est cette fois-ci accompagné par le dessinateur Paulo Siqueira, sans doute l'artiste le moins connu depuis le début de son run, mais pas le moins doué. Et encore une fois, c'est une lecture très gratifiante.


Proteus, lâché dans Londres, se gave de l'énergie des civils qui ont le malheur de croiser sa route. Alors qu'Archangel pose sur le toit d'un immeuble Old Man Logan et Gambit, X réfléchit à un plan pour stopper leur ennemi qui a franchi le plan astral en même temps que lui.


Au sol, Bishop reste en première ligne et tente de stopper Proteus en lui tirant dessus mais X lui explique que cela ne fait que le renforcer. Effectivement plus puissant et imposant, le mutant se dirige vers Hyde Park.


Tandis que Old Man Logan est prêt, en entraînant Archangel dans son raid, à tuer Proteus pour qui le métal des griffes de l'un et des ailes de l'autre constituent son seul point faible, X le convainc de tenter une autre riposte. Pour cela, il a besoin de Psylocke.
  

Les deux X-Men investissent les pensées de Proteus et Kevin McTaggert leur propose une trêve, estimant avoir été suffisamment malmené par le passé quand il fut isolé par sa mère (Moira Mctaggert) puis tué une première fois par Colossus et que son esprit fut récupéré par le Roi d'Ombre.


Mais cela ne convainc pas X, résolu à le supprimer. Proteus contre-attaque aussitôt et radicalement en faisant fusionner les esprits et les corps de X et Betsy Braddock dans la réalité !

Lorsqu'on examine les huit épisodes produits par Charles Soule et ses dessinateurs, force est de constater que le scénariste ne s'est pas facilité la tâche en désignant pour ses deux arcs narratifs un ennemi mental. Représenter le pouvoir dans sa forme la plus abstraite, en faire ressentir la menace et la puissance en maintenant le suspense et visuellement de façon efficace, sont un challenge en soi, et c'est sans doute ce pourquoi, pendant longtemps, le traitement de Charles Xavier comme protagoniste actif a été un problème pour les auteurs.

Le Pr. X était la plupart du temps ce chef d'équipe en chaise roulante (pas très mobile donc pas très spectaculaire dans un genre qui exige du mouvement) au caractère rigide, avec des comportements limites envers ses ouailles (attirance trouble pour Jean Grey, autoritarisme envers les fortes têtes de ses équipes, concurrence pour le leadership avec Cyclops, et je passe sur les mutants sacrifiés "pour la bonne cause", les manipulations psychiques, les doubles maléfiques, etc.). Un bonhomme en définitive peu sympathique, cassant, emmerdant (disons-le franchement) à traîner.

Si vous ajoutez à ça des ennemis qui évoluent dans sa sphère, donc des télépathes dont les capacités n'ont rien de graphiquement accrocheurs (lire dans les esprits, effacer des souvenirs, jouer au marionnettiste...), c'est pas très sexy.

Pourtant, donc, dans ces contraintes cumulées, Soule semble avoir trouvé une inspiration qui ne dément pas depuis huit mois. Après le duel contre le Roi d'Ombre, voici que les Astonishing X-Men combattent avec Proteus, et pour ça, doivent visiter ses pensées. Bien sûr, il y a de la casse, bien physique, au passage, dans les rues de Londres jusqu'à la fusion X-Betsy Braddock à la fin de cet épisode (vision qui laisse le lecteur aussi médusé que les héros). Mais l'essentiel reste quand même des jeux d'esprits, des "mind games" (comme les chantait John Lennon).

Mieux encore, le scénariste rend complexe la résolution du problème : les arguments de Kevin McTaggert pour que les X-Men cessent de l'embêter se valent tout à fait, le lecteur n'a aucun mal à compatir pour ce mutant certes puissant et menaçant mais dont l'existence n'est pas une vie (dixit Louis Jouvet).

Seul bémol (persistant) : l'inutilité de Bishop, dont la seule intervention ici (la vraie première depuis le début de la série en fait) est d'une idiotie sans nom, dont il ne tire aucun enseignement. Cela donne l'impression que sa présence a été imposée au casting... Ou alors Soule lui prépare un rôle décisif tardif.

Paulo Siqueira est un artiste que je connais peu mais je me souviens de ses travaux sur Black Canary, Superman, Spider-Man. Ce n'est pas une star mais un artisan solide, avec un niveau technique accompli : ses personnages sont bien conçus, avec expressivité, et réalistes anatomiquement (même si ses femmes sont plutôt voluptueuses, mais sans les excès d'un Frank Cho par exemple). Idem pour les décors qu'il sait soigner tout en composant des plans dégagés quand la lisibilité de l'action l'impose.

Le résultat est clair, direct, agréable, même si l'encrage est un peu trop précieux, rempli de fioritures dont son trait n'a pas besoin (typique de ces dessinateurs qui gagneraient à passer sous le pinceau d'un vétéran pour profiter d'effets de texture et d'épaisseur plus appuyés). En gros, c'est un peu impersonnel, mais ça sert parfaitement le récit, sans chercher à l'encombrer. Solide, quoi.

Quoi qu'il en soit, la série conserve son attractivité intacte et je garde intacte l'envie de la poursuivre. D'autant que le prochain numéro accueillera un dessinateur que j'apprécie en la personne de Matteo Buffagni, et que nos héros vont subir un regain de colère de Porteus...       

vendredi 5 janvier 2018

ASTONISHING X-MEN #7, de Charles Soule et Phil Noto


Avec ce septième épisode, la série écrite par Charles Soule entame son deuxième arc narratif, intitulé A Man called X. Le scénariste est cette fois accompagné de Phil Noto au dessin. Astonishing X-Men a été, pour moi, la meilleure surprise de la franchise mutante de Marvel depuis sa relance : ce nouvel acte va-t-il confirmer les bonnes dispositions du premier ?


Charles Xavier a donc investi le corps de Fantomex pour revenir dans le monde des vivants mais cette révélation laisse Rogue, Mystique et Psylocke sceptiques. Fantomex a-t-il eu le choix ? Est-ce une nouvelle ruse du Roi d'Ombre ? Pour convaincre Psylocke, X, comme il veut qu'on l'appelle désormais, l'invite à le vérifier en allant dans la plan astral. 


Cependant, Archangel détruit la bombe stérilisatrice lâchée sur Londres par le Ministère de la Défense anglais pour endiguer l'infection psychique d'Amahl Farouk. Aussitôt, l'emprise que ce dernier exerçait sur Bishop, Gambit et Old Man Logan disparaît.


Sous sa forme astrale, X apparaît dans le poste de commandement du Ministère de la Défense pour assurer les responsables que la situation est désormais sous son contrôle. Il endort tout le monde et efface de leur mémoire les souvenirs de la crise. 

Archangel récupère Old Man Logan et Gambit en leur expliquant que X l'a purgé du mal que lui avait injecté Apocalypse jadis en en faisant un de ses cavaliers : il peut désormais contrôler ses pouvoirs et sa rage. Bishop, lui, s'inquiète de la bulle verte au-dessus de Londres dans laquelle X a contenu l'énergie psychique malfaisante du Roi d'Ombre. 

Et il a raison de s'en méfier car celle-ci éclate et libère une créature qui a profité du retour de X dans notre monde pour ressusciter aussi : il s'agit du terrible Proteus !

A la question que je posais sur la réussite de ce début de nouvel arc, la réponse est positive : ce septième épisode est une fois encore un succès et confirme la bonne inspiration de Charles Soule avec ce titre. Le premier acte s'achevait avec un retour sous une forme inattendue, vraiment étonnante, sans régler l'autre menace qui planait littéralement au-dessus des mutants et de Londres, cette suite est haletante.

La question de la bombe est rapidement résolue mais se pose ensuite l'interrogation relative au retour de Xavier ou plutôt de X, comme il entend maintenant être nommé : Soule nous place dans le même état d'esprit que ses héroïnes, perplexes quand au sacrifice de Fantomex, et le lettrage joue sur ce doute puisque le personnage s'exprime toujours avec des bulles noires et des caractères blancs, identiques à ceux du Roi d'Ombre.

X est (re)présenté de manière équivoque et très habile : il affirme être là pour apporter des solutions à la crise et offrir des présents à l'équipe qui lui a permis de revenir. Le script montre efficacement la puissance du télépathe contenant l'infection psychique du Roi d'Ombre, apaiser les militaires, purger Archangel : rarement les pouvoirs de Xavier ont été mis en scène avec une telle assurance, il n'est plus le professeur en chaise roulante qui commande autoritairement ses troupes tout en laissant ses élèves faire le show, il impressionne par sa force tranquille, sa rapidité d'exécution, et sa supériorité évidente. Tout d'un coup, c'est comme si le personnage était considérablement rafraîchi, dépoussiéré - après que bien des scénaristes (jusqu'à sa mort dans la saga Avengers vs. X-Men) n'aient plus su comment l'animer.

Tout n'est cependant pas parfait dans la copie de Soule qui a échoué, depuis le début, à justifier la présence de Bishop dans la série - il ne sert toujours à rien et le peu de plans dans lequel il apparaît semble dire que puisqu'il est là, il faut quand même le montrer - et Gambit souffre aussi de son peu d'impact sur les événements à l'instar de Mystique. Le groupe gagnerait, à l'avenir, à être élagué, ou ces membres remplacés par d'autres mutants plus utiles.

En revanche, graphiquement, le titre continue d'offrir au lecteur de belles prestations : Phil Noto est un artiste confirmé mais peut-être pas toujours reconnu à sa juste valeur, malgré des runs très réguliers (sur le plan des délais et du style). Son travail mélange avec beaucoup de fluidité l'infographie à un dessin élégant, encré sans fioritures. Il est à l'aise aussi bien avec les personnages féminins (qu'il représente sans exagérer leur anatomie) que masculins, et son découpage est très alerte sans recourir à des cadres fantaisistes. Utilisant peu d'à-plats noirs, la couleur a de la place pour s'exprimer et souligne cette clarté.

Peut-être que ce système d'un dessinateur par épisode finira par lasser ou aboutir à des contributions beaucoup moins convaincantes lorsqu'il faudra confier un épisode à quelqu'un de moins aguerri, mais le résultat jusqu'à présent aboutit à d'excellentes surprises et prévient des retards. Le prochain numéro sera illustré par Paulo Siqueira, sans doute le moins connu des artistes depuis le début (mais pas le moins bon) : on verra si cette baisse de notoriété impactera les ventes de la série ou si son concept et son récit suffiront à conserver les lecteurs.

En attendant, Charles Soule conclut sur un cliffhanger très accrocheur qui suffit à prendre rendez-vous dans un mois.


vendredi 8 décembre 2017

ASTONISHING X-MEN #6, de Charles Soule et Mike del Mundo


Avec ce sixième épisode, le premier arc narratif de ce nouveau volume d'Astonishing X-Men, Life of X, s'achève. Charles Soule est cette fois épaulé par Mike del Mundo au dessin, et la série est officiellement devenue une ongoing, qui se poursuivra avec un artiste différent à chaque numéro. 


Dans le plan astral, le Roi d'Ombre savoure sa victoire et annonce la fin de la partie qu'il disputait avec Charles Xavier : il lui avoue à cette occasion avoir triché en puisant un supplément d'énergie psychique dans une source sombre. Mais le Pr. X a également rusé et il abat ses cartes en lâchant sur Amahl Farouk ses atouts : Mystique, Rogue et Fantomex.


A Londres cependant, la situation reste compromise. Archangel s'emploie à neutraliser Old Man Logan et Gambit corrompus par le Roi d'Ombre. Le commandant Keene a, lui, décidé d'opter pour une solution radicale en obtenant de stériliser la zone infecté mentalement par les mutants, quitte à tuer pour cela des centaines de civils.


Le Roi d'Ombre est submergé par l'assaut de Rogue, Mystique et Fantomex qui lui donne le coup de grâce. Xavier peut se libérer de l'étreinte psychique de son ennemi. Conséquence immédiate : à Londres, Old Man Logan et Gambit sont immédiatement désenvoûtés.


Psylocke avertit alors Archangel de l'arrivée d'avions de chasse de l'armée britannique et lui demande de les empêcher de bombarder le quartier. C'est alors que Fantomex la rassure et, devant elle, se démasque pour lui révéler sa nouvelle personnalité...

C'est sur un coup de théâtre vraiment étonnant et inattendu que se clôt ce premier acte : bien malin qui aurait pu prévoir un tel twist, quand bien même les intentions de Charles Soule étaient claires (il avait indiqué, à mi-chemin, en interview que son histoire préparait le retour d'un personnage emblématique).

Le scénariste mène cet épisode sur un rythme très soutenu, en privilégiant l'action des deux côtés : dans le plan astral, le duel entre Xavier et Farouk s'achève de manière spectaculaire, tandis que dans le plan réel, les choses restent compromises entre une foule de civils possédés mentalement et l'imminence d'un bombardement pour stopper cette infection.

Mais, ne leurrons personne : le résultat ne serait pas aussi intense sans la contribution de Mike del Mundo, qui donne à ce numéro une radicalité visuelle extraordinaire. Cet artiste travaille uniquement digitalement et assure le dessin et la colorisation. Sur ce dernier point, il utilise une palette baroque avec des dominantes chromatiques volontiers criardes sur des formes évoquant parfois Bacon. 

On peut penser à Bill Sienkiewicz en examinant les pages de del Mundo, sauf que ce dernier privilégie les formes courbes, sinueuses (là où son aîné prestigieux favorisait les angles et flirtait avec l'abstraction). On évolue ainsi dans des ambiances volontiers psychédéliques qui conviennent parfaitement au combat fantastique et vicieux entre le Roi d'Ombre et le Pr. X. Bien sûr, on peut ne pas apprécier ce style, avoir le yeux qui piquent, et estimer que le découpage ne privilégie pas toujours la lisibilité, mais on ne peut en revanche nier son originalité ni la puissance esthétique qui se dégagent de ces images.

Charles Soule a en tout cas réussi un pari audacieux : en s'appropriant un titre dont les meilleures heures restent liées au run initial de Joss Whedon et John Cassaday, et en s'imposant comme un énième titre mutant dans une gamme encombrée (et guère inspirée), ses Astonishing X-Men s'impose comme une des séries les plus fortes et passionnantes depuis sa parution. J'ai hâte de découvrir la suite, qui profitera, pour commencer, de Phil Noto au dessin. 

dimanche 5 novembre 2017

ASTONISHING X-MEN #5, de Charles Soule et Ramon Rosanas


La fin de l'arc Life of X approche et avec elle le premier acte de la nouvelle version des Astonishing X-Men (qui est désormais annoncée comme une ongoing) : pour ce cinquième chapitre, le scénariste Charles Soule fait équipe avec Ramon Rosanas (Ant-Man et Astonishing X-Men) au dessin.

Pour rappel : le Roi d'Ombre, Amahl Farouk, possède désormais mentalement Old Man Logan et Gambit tandis que Charles Xavier a soustrait à son emprise Mystique, Fantomex et Rogue. Simultanément, au sommet d'un gratte-ciel à Londres, Psylocke guide ses amis dans le plan astral alors que Angel et Bishop tentent de contenir les forces de l'ordre et les X-Men asservis par leur ennemi.


Dans le plan astral, Charles Xavier réussit à dissimuler au Roi d'Ombre qu'il a soustrait à sa vigilance Rogue, Mystique et Fantomex : ces trois-là doivent aider le mentor des X-Men à terrasser son adversaire mais le temps leur est compté car le professeur est épuisé mentalement.


Si Mystique et Rogue sont prêtes à soutenir Xavier, Fantomex, qui agit d'abord dans son propre intérêt, doute du bénéfice qu'il a s'allier au professeur. Pendant ce temps, dans la réalité, Gambit, que Xavier a choisi de sacrifier, est, comme Old Man Logan, possédé télépathiquement par Amahl Farouk et s'enfuit du sommet du building où Psylocke protège des forces de l'ordre les corps inconscients de Rogue, Mystique et Fantomex.


Via Gambit, le Roi d'Ombre asservit Bishop et, avec Old Man Logan, il assujettissent des civils comme un virus psychique. A la cellule de crise du Ministère de la Défense britannique, le responsable des affaires super-humaines décide de prendre une mesure radicale pour empêcher cette contamination de s'étendre.


Psylocke n'a d'autre choix que de demander à Angel de se transformer en son alter ego démoniaque, Archangel, modifié jadis par Apocalypse, pour neutraliser Gambit, Old Man Logan et Bishop...

Lire l'histoire de Charles Soule donne l'impression de suivre une série branchée sur un courant alternatif dans la mesure où un épisode intense précède un autre qui l'est moins. Ce mois-ci, on a ainsi droit à un chapitre dominé par les dialogues et qui produit l'impression d'une baisse de régime.

Mais ce n'est qu'une impression car le suspense est total et la situation compromise pour les héros. L'action se déroule sur deux niveaux : dans le plan astral, Xavier et Farouk disputent une partie d'échecs dans laquelle le professeur ruse pour tromper son adversaire, l'empêcher d'anticiper ses coups. Mais cela se fait au prix de terribles efforts (visiblement matérialisés par une sorte de gangrène noire qui gagne les membres de Xavier). Dans le monde réel, Psylocke doit gérer les X-Men possédés par Farouk et qui contaminent les autres mutants et civils alentours. 

A ce stade, sauf rebondissement dans le prochain épisode, le grand perdant du récit est Bishop qui, il faut bien l'admettre, ne sert à rien depuis le début : non seulement sa présence n'apporte rien à l'intrigue mais surtout il est le moins exploité par le scénariste (cela signifie-t-il qu'on a imposé le personnage à Soule ?). L'équipe étant déjà bien fournie, il n'apporte aucune plus-value (ses pouvoirs étant inutiles).

Jusqu'à présent, Angel était dans la même situation mais, là, en revanche, Soule s'en sert, certes tardivement, mais comme d'un joker, un peu opportuniste (et dont le développement promet d'être périlleux) mais accrocheur. Warren Worthington III est devenu un héros dont personne ne sait quoi faire depuis que Rick Remender s'en servait dans Uncanny X-Force, tantôt playboy ailé mais simplet puis à nouveau intelligent ; tantôt Archangel, mutant transformé en machine à tuer par Apocalypse. Charles Soule l'écrit assez finement en insistant sur la peur de Warren de laisser place à Archangel puis libérant ce dernier quand il n'y a plus d'autre choix possible.

Lorsqu'on sait que le but de la série est de ressusciter Charles Xavier et, probablement de se débarrasser d'Old Man Logan, utiliser Archangel pour aider l'un et éliminer l'autre est pratique tout en conservant l'ambivalence du personnage.

Visuellement, l'épisode est une réussite (en fait, seul Ed McGuinness pour le #3 aura franchement déçu) : Ramon Rosanas a un style propre, au tracé net et un peu rigide, manquant à la fois d'expressivité et de tonus, mais avec de l'élégance. Sa prestation est donc inégale mais honorable, surtout dans les scène dans le plan astral (et encore plus lorsqu'il anime Charles Xavier à qui il donne une froideur calculatrice bien pensée). Il soigne ses décors, son découpage est classique mais rythmé : c'est un peu l'invité-surprise dans la mesure où il n'a pas la réputation de ses prédécesseurs (Cheung, Deodato, Pacheco) mais il ne démérite pas (en particulier avec des doubles pages très fournies).

Dénouement dans une trentaine de jours, avec cette fois l'extravagant Mike Del Mundo au dessin.   

vendredi 6 octobre 2017

ASTONISHING X-MEN #4, de Charles Soule et Carlos Pacheco


Après un troisième épisode très en deçà, graphiquement en dessous de tout, Astonishing X-Men de Charles Soule devait impérativement se ressaisir. D'autant plus que les infos sur le titre ont permis de mieux le définir (il s'agissait initialement d'une maxi-série en 12 n°, appelée à continuer, avec un des protagonistes qui va certainement mourir et un autre ressusciter). Et, bonne nouvelle, ce 4ème chapitre de l'arc Life of X redresse brillamment le niveau, avec le concours non négligeable de Carlos Pacheco.


Old Man Logan est revenu à lui dans notre dimension mais désormais possédé télépathiquement par Amahl Farouk, le Roi d'Ombre, et il vient de blesser gravement un blessé au sommet de l'immeuble où les Astonishing X-Men se sont rassemblés. Dans l'incapacité de l'affronter car elle guide dans le plan astral Rogue, Gambit, Fantomex et Mystique, Psylocke s'en remet à Bishop et Angel.


Dans le plan astral, le Roi d'Ombre piège d'un côté Mystique et Fantomex et de l'autre Rogue et Gambit en les faisant évoluer dans des décors de rêve, pour mieux attiser leur attirance sexuelle. Ainsi Mystique côtoie-t-elle Fantomex dans un luxueux appartement de Madripoor...


... Tandis que Rogue se détend dans un spa avec Rogue. Cependant Old Man Logan affronte Bishop, Angel et les forces de l'ordre londoniennes dans la rue sans paraître faiblir. Mais ce combat oblige Amahl Farouk à se focaliser sur le mutant griffu...

... Ce qui permet à Charles Xavier, dans le plan astral, à de réunir Fantomex, Mystique et Rogue pour élaborer une riposte contre leur ennemi. Seul manque à l'appel Gambit que le Pr. X n'a pu extraire de ses fantasmes : Rémy Lebeau est-il mort psychiquement dans l'affaire ?

Le précédent épisode avait donc été une déconvenue après un départ brillant, et si le script de Charles Soule était paresseux, les dessins d'Ed McGuinness n'arrangeaient rien : bâclées, ils rendaient la lecture particulièrement navrante.

On attendait donc beaucoup de la contribution de Carlos Pacheco cette fois. Même si l'espagnol a une production beaucoup moins flamboyante qu'il y a quelques années (la faute aussi à sa séparation d'avec son encreur Jesus Merino, désormais artiste chez DC Comics), et s'il passe de projet en projet sans s'attarder (incapable de tenir le rythme mensuel), il fournit là de superbes planches, où son art de la composition des plans rappelle qu'il est un artiste solide. Ce qui distingue aussi Pacheco, c'est qu'il sait raconter une histoire en images, en la découpant intelligemment  - les scènes dans le plan astral sont ainsi servies par des enchaînements de plans très fluides et simples (une moyenne de 6 cases par page) tandis que celles dans le décor réel de Londres alternent toutes sortes de vignettes (une double page, une pleine page, des cases verticales). Cette diversité permet de distinguer le cadre de chaque action, de dynamiser le récit.

Et puis Pacheco maîtrise la représentation de tous les personnages ici convoqués parce qu'il s'est fait la main, par le passé, sur les X-Men : son trait expressif et élégant, soutenu par un encrage soigné et une colorisation impeccable, permet d'apprécier la beauté de ses héroïnes et la virilité de ses mâles sans souligner les effets.

La narration est également plus soutenue, Soule a su tirer les leçons de son ratage antérieur : l'épisode défile sur un rythme soutenu dans des ambiances bien posées, jusqu'au cliffhanger final accrocheur. Dommage néanmoins que tout ça sorte au moment où Marvel annonce le lancement l'an prochain d'une série dédiée au couple Rogue-Gambit (ce qui ôte de facto tout suspense sur le sort de ce dernier) et que le scénariste ait avoué en interview qu'un des objectifs du projet serait de ressusciter le Pr. X... Et sans doute, on peut le déduire facilement, de se débarrasser Old Man Logan (avec le retour effectif désormais de Wolverine, dans les pages de Marvel Legacy, il est inévitable qu'il va y avoir au moins un griffu en trop). C'est périphérique, mais la communication de Marvel, depuis un bail maintenant, est tout de même curieuse puisqu'ils se spoilent eux-mêmes fréquemment - les editors ne se parlent-ils pas entre eux ou la direction refuse-t-elle de s'aligner sur les séries en cours ? En tout cas, on sait bien avant la fin d'une histoire qui va revenir et partir !

Ces réserves mises à part, Astonishing X-Men repart bien, très bien même. Prochain numéro avec, au dessin, Ramon Rosanas (Ant-Man, Captain Marvel)...