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dimanche 15 octobre 2023

UNCANNY X-FORCE, de Sam Humphries, Ron Garney, Adrian Alphona, Dexter Soy, Ramon K. Pérez, Dalibor Talajic, Philippe Briones et Angel Unzueta

J'ai récemment fait l'acquisition pour un très bon prix de l'intégralité du run de Sam Humphries sur Uncanny X-Force en floppies. Parus entre 2013 et 2014, ces 17 épisodes ont suivi le run de Rick Remender, beaucoup plus mémorable. Pourtant, le travail de Sam Humphries mérite d'être (re)découvert et c'est ce que je vous invite à faire aujourd'hui (en me contentant des 15 premiers chapitres, car les deux derniers font partie d'un crossover avec l'autre série du scénariste, Cable & X-Force, qui n'est pas indispensable).



Sam Humphries a découpé son run en trois parties, trois arcs narratifs qui ont chacun été traduits en France dans la revue All-New X-Men mais jamais réunis en albums sauf en vo. Les six premiers épisodes sont au menu de Let It Bleed (hommage au titre du LP des Rolling Stones) et sont dessinés par Ron Garney (#1-4), Adrian Alphona (#3-6) et Dexter Soy (#5-6).


Après la dissolution de l'ancienne formation d'Uncanny X-Force, Psylocke a intégré en tant qu'enseignante l'école Jean Grey dirigée par Wolverine. Mais celui-ci n'apprécie pas sa manière trop agressive de se comporter avec les élèves et l'envoie en mission à Los Angeles en compagnie de Tornade. Sur place les attend Puck qui les informe qu'une nouvelle drogue, le Tao, fait des ravages et que celle qui alimente le marché n'est autre que Spiral. Or, c'est elle qui, jadis, a transféré l'esprit de Betsy Braddock dans le corps de Kwannon !


Cependant, toujours à Los Angeles, Lucas Bishop resurgit après avoir été banni dans le futur, mais il n'est pas dans son état normal. Il traque une jeune mutante, Ginny, qui est sous la protection de Spiral. Tornade et Puck convainquent Psylocke d'aider Spiral contre Bishop. Psylocke sonde l'esprit de Bishop et découvre qu'il est possédé par le démon ours. Lorsqu'elle l'en délivre, il prend Ginny comme nouvel hôte.


La manoeuvre affaiblit Psylocke qui est enlevée par Cluster, le clone féminin de Fantomex, son ancien amant au sein de X-Force. Cluster lui explique que Fantomex a été capturé par l'Arme XIII, son clone maléfique et Psylocke accepte de l'aider à le libérer...

Il n'est jamais aisé de passer après un auteur qui a fait d'un titre un énorme succès et on imagine la pression qui pesait sur les épaules de Sam Humphries quand a été relancée Uncanny X-Force à la fin du passage de Rick Remender. 

Pour ne pas risquer d'être comparé à son prédécesseur, Humphries prend donc une direction différente, à commencer par le casting de la série. Il ne conserve que Psylocke, dont il va faire la figure centrale de son run en explorant son parcours depuis la dissolution de la précédente X-Force. Il lui adjoint l'expérimentée Tornade puis ajoute l'inattendu Puck (membre de Alpha Flight) et Spiral.

En 2013, la série mutante la plus populaire est Wolverine and the X-Men de Jason Aaron dans laquelle Logan a rouvert l'école de Charles Xavier, rebaptisé école Jean Grey. Nous sommes après le schisme : Cyclope est resté avec ses fidèles sur l'île d'Utopia au large de San Francisco d'où il compte former les jeunes mutants à la guerre contre les homo sapiens. En revanche, Wolverine souhaite donner une éducation moins guerrière à ses élèves et il peut compter (entre autres) sur Kitty Pryde, Iceberg, le Fauve, Rachel Summers, puis un peu plus tard sur Tornade. 

Psylocke qu'il avait sous ses ordres quand il menait la X-Force intègre aussi le corps professoral mais elle se montre trop agressive, sans s'expliquer sur la violence qui l'anime. Wiolverine préfère alors qu'elle reparte sur le terrain.

L'intrigue est nerveuse, riche en action : il est question d'une drogue, le Tao, fournie par Spiral. Or, c'est Spiral qui, autrefois, a transféré l'esprit de Betsy Braddock dans le corps de la ninja Kwannon. Autant dire que les retrouvailles entre les deux femmes sont musclées. Mais un adversaire commun va les forcer à collaborer : en effet Lucas Bishop revient du futur, enragé, et traquant une jeune mutante, Ginny, sous la protection de Spiral.

Humphries convoque, pour expliquer l'état mental de Bishop le démon ours, créé par Chris Claremont et Bill Sienkiewicz dans les pages de New Mutants dans les années 80. Il faut purger l'esprit de Bishop tout en veillant à ce que Spiral ne le tue pas avant ni ne s'enfuit avec Ginny. Mais la mission ne va évidemment pas se dérouler comme prévu, particulièrement pour Psylocke.

Il y a un évident déséquilibre dans l'histoire car on sent bien que Humphries ne sait pas trop quoi faire de Tornade, plus employée pour sa puissance de feu que parce qu'elle est apte à traiter ce genre de cas. De même la présence de Puck a quelque chose d'incongru car le scénariste le réduit souvent à un personnage de séducteur-cogneur. En vérité, c'est bien le trio Psylocke-Spiral-Bishop qui l'intéresse ici et qui lui aurait vraisemblablement suffi (cela se vérifie encore par la suite).

Visuellement, on est plutôt gâté : Ron Garney est un gage de qualité, ou du moins de solidité. Hélas ! même avec l'aide d'un encreur (Danny Miki), il a du mal à enchaîner comme à ses grandes heures (dans les années 90-2000) et dès le troisième épisode, Adrian Alphona vient le soutenir pour les scènes dans l'esprit de Bishop.

Alphona, qui a connu la gloire avec Runaways puis Ms. Marvel, est un artiste mésestimé alors que son style est plus original. Même quand on lui colle Dexter Soy dans les pattes pour les épisodes 5 et 6, il s'impose par ses planches aux compositions excentriques, d'une grande beauté bizarre, avec les couleurs de Christina Strain. Si la série avait été dessinée dès le début par Alphona, elle aurait incontestablement gagné en personnalité, en singularité, comme cela va se vérifier ensuite. 


Torn and Frayed, le deuxième recueil de Uncanny X-Force écrit par Sam Humphries, collecte les épisodes 7 à 12, parus en 2013. Les dessins sont signés Adrian Alphona et Dalibor Talajic (#7 à 9), Alphnoa seul (#12) et Ramon K. Pérez ((#10-11).


Que s'est-il passé entre Psylocke, Cluster et Fantomex pour que ces trois-là soient fâchés et ne se fréquentent plus depuis la dissolution de la précédente formation de X-Force ? Psylocke se le remémore : elle était devenue l'amante de Fantomex qui voulait en faire une voleuse pour qu'ils travaillent ensemble. Mais lassée de la pression qu'il lui mettait, elle trouva du réconfort dans les bras de...
 

... Cluster, le clone féminin de Fantomex. Toutefois, Psylocke se rendit compte que Cluster la manipulait pour le compte de Fantomex. Elle décida alors de rompre avec les deux et de rejoindre l'école Jean Grey dirigée par Wolverine. Aujourd'hui, Cluster sollicite l'aide de Psylocke pour délivrer Fantomex, capturé par l'Arme XIII, son clone maléfique. Elles le retrouvent à Madrippor où l'Arme XIII révèle avoir capturé Fantomex pour attirer Psylocke qu'il aime aussi...



Pendant ce temps, Bishop, purgé de l'influence du démon ours, explique à Puck et Tornade que, dans le futur, il a affronté les Revenants et il sent leur présence à Los Angeles. Leur Reine envoie ses démons psychiques contre eux mais Bishop réussit à s'échapper.


Avec l'aide du démon ours, Bishop sauve Puck, Tornade et Psylocke, revenue entre temps auprès d'eux. C'est alors que Spiral resurgit : elle a pisté la Reine des Revenants qui a pris pour hôte le corps de Ginny, la jeune mutante qu'elle protégeait initialement de Bishop...

Ce deuxième arc, qui contient en fait deux actes distincts, est le plus réussi du run de Sam Humphries. Le scénariste se lâche et se démarque complètement de Remender pour entraîner ses personnages et le lecteur sur des sentiers très audacieux.

Dans les épisodes 7 à 9, on découvre ce qui est arrivé à Psylocke entre la dissolution de la précédente X-Force et son arrivée à l'école Jean Grey. Humphries construit son récit avec une narration parallèle très efficace et troublante, où il est question de manipulation encore une fois, mais de manière bien plus subtile.

Le ménage à trois entre Psylocke, Fantomex et Cluster réserve des moments d'un érotisme assez étonnant pour une série mainstream. Rarement un auteur est allé aussi loin pour parler de triolisme, de "trouple", bien avant les suggestions de Jonathan Hickman sur les relations entre Jean Grey, Cyclope et Wolverine ou Jean Grey, Cyclope et Emma Frost. Humphries ne suggère pas, il montre, et c'est aussi trouble, troublant que toxique.

Simultanément, on suit Psylocke et Cluster qui tentent de sauver Fantomex des griffes de son clone maléfique, l'Arme XIII (ou Dark Fantomex), animé par son amour pour Psylocke. Humphries avec Alphona (qui dessine les flashbacks) mais aussi Dalibor Talajic (qui dessine les scènes du présent) s'amuse notamment quand il introduit les deux femmes dans un drôle de bordel à Madripoor où toutes les prostituées sont déguisées en X-Men ou quand il écrit les romances contrariées entre Cluster, Fantomex, l'Arme XIII et Psylocke.

Les épisodes suivants (10 à 12) remettent Bishop au centre du jeu. Il est alors question de Revenants du futur et de leur Reine dont l'influence psychique et la horde de démons risquent de corrompre le monde entier. La menace est plus spectaculaire mais Humphries va avoir plus de difficulté à convaincre dans ce registre. A l'évidence, il est plus à son avantage quand il doit s'occuper d'un nombre réduit de personnages et de leurs tourments intimes.

Néanmoins, c'est encore assez probant, surtout parce que Ramon K. Pérez illustre cette partie (hormis l'épisode 12, encore une fois mis en image par Alphona parce qu'il s'agit aux 3/4 d'un flashback sur Spiral). Ces chapitres servent surtout de rampe de lancement à la fin de la série.
   

Enfin, The Great Corruption clôt le run de Sam Humphries sur le titre. C'est un arc narratif de seulement trois épisodes, dessiné par Philippe Briones et Angel Unzueta (#13), Briones et Dalibor Talajic (#15) et Briones seul (#14), paru en 2014. Le recueil s'achève avec le crossover en quatre parties avec Cable & X-Force mais je n'en parlerai pas car je ne l'ai pas lu.


La Reine des Revenants affronte X-Force au complet et révèle sa véritable identité : il s'agit de Cassandra Nova, la soeur de Charles Xavier. Elle divise l'équipe en expédiant Puck et Psylocke en Enfer tandis que le reste de l'équipe affronte sa horde de démons psychiques. 


Mais ce combat la diminue et pour convaincre Psylocke de la rejoindre, elle lui offre de réintégrer le corps de Betsy Braddock. Bishop et Spiral blessent Ginny et Cassandra se sert alors du corps de Betsy comme hôte. Psylocke n'a pas le choix : elle tue ce corps pour empêcher Cassandra de sévir plus longtemps et mettre fin à l'invasion de sa horde de Revenants...

L'intrigue est assez brouillonne et on sent bien que Sam Humphries veut caser des rebondissements de manière artificielle, forcée pour conserver les lecteurs qui sont restés. A ce stade-là, Marvel avait certainement déjà prévu l'annulation de la série, même si le crossover avec Cable & X-Force ressemblait à une tentative de la dernière chance pour la conserver. Mais ça ne suffira pas et Humphries perdra sur les deux tableaux.

Le fait même de ressortir du placard Cassandra Nova, la jumelle maléfique de Charles Xavier, souligne l'échec de cet arc. Depuis Grant Morrison et Joss Whedon, elle ressemble au croque-mitaine qu'on emploie pour agiter sous les yeux des héros un danger a priori insurmontable. Sauf que, sans lui manquer de respect, Humphries n'est ni Morrison ni Whedon.

Cependant, il joue une carte assez habile au moment où Cassandra Nova offre à Psylocke de lui rendre son corps originel (celui de Betsy Braddock). Mais c'est un peu noyé au milieu d'une grande bataille brouillonne, avec un passage WTF dans les enfers. De plus, il aura fallu attendre ces épisodes pour que la X-Force soit enfin au complet (c'est-à-dire avec Tornade, Puck, Spiral, Bishop, et Psylocke) !

La partie graphique voit défiler plusieurs artistes - trop en vérité pour si peu d'épisodes. Dalibor Talajic revient sur le #15, Angel Unzueta apparaît sur le #13, et Philippe Briones interagit avec eux mais n'a droit qu'au #14 pour lui seul. Beaucoup de monde, de styles différents donc.

On a le sentiment que sur ce run Sam Humphries n'a jamais vraiment pu s'exprimer librement, sauf sur les épisodes 7 à 9. Comme ce sont (et de loin) les meilleurs, les plus réussis, autant narrativement que visuellement, on devine à quoi aurait pu ressembler sa Uncanny X-Force. Pour le reste, on a un début un peu déséquilibré mais efficace et un dénouement brouillon.  

lundi 11 janvier 2021

JUGGERNAUT #5, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Sans surprise, cette mini-série Juggernaut se termine sans éclat. Le format est, je l'avais dit, frustrant, surtout quand il est aussi bref, et même si Fabian Nicieza ne ferme pas la porte, il est peu probable qu'on ait droit à une suite (serait-elle nécessaire d'ailleurs ?). Ron Garney fait le job sans se forcer non plus. Voilà, voilà...


Le Fléau et D-Cel font irruption dans le Dongeon qui s'avère être une couverture pour une prison détenant des super-humains. Face au Gardien du lieu, le Fléau refuse de lui livrer D-Cel en arguant qu'elle est une mutante, donc protégée par Krakoa.


Quelques jours après, comme l'a convenu avec Charles Xavier, Cain Marko lui remet D-Cel. Il demande à Black Tom Cassidy, qui fut son complice jadis, de bien veiller sur la jeune femme. Puis il peut passer à la suite de son plan.
 

Renouant avec Arnim Zola, le Fléau fait revenir Sable Mouvant qu'il empêche de se venger en lui proposant de l'aider à mettre fin au Dongeon...

Au fond, quel était l'objectif de cette mini-série ? Fabian Nicieza, à défaut de bien le formuler dans son script, l'a expliqué en interview : il désirait que le Fléau ait un projet personnel qui le sorte de son rôle de vilain ou de héros occasionnel. Mais le scénariste semblait un peu douter de la pérennité de son idée, craignant qu'un prochain auteur ne se réapproprie Cain Marko pour le détourner de la voie qu'il lui avait tracée.

Nous verrons ce que l'avenir fera du Fléau, mais Nicieza mériterait qu'on respecte son travail car il ne s'en sort pas si mal que ça. A la fin de cette histoire, effectivement, il a établi une situation bien pensée pour son personnage : désormais, il a un but (empêcher la détention abusive de super-humains) et, si'il s'associe pour cela à des partenaires moyennement fréquentables (voire pas du tout fréquentables), c'est parce qu'il sait qu'il n'appartient pas à la communauté mutante (que dirige son demi-frère, le Pr. X) ni qu'il est considéré comme un héros par le public. Il devient donc une sorte d'agent indépendant, un électron libre.

Si Nicieza ou un autre pouvait développer le personnage dans cette direction, nul doute qu'il y aurait matière à le faire et il serait intéressant d'analyser comment l'action du Fléau serait admise par d'autres justiciers et quelles seraient ses chances de succès face au Dongeon, quand on voit comment le Gardien arrive à le neutraliser.

Mais ça, ce serait possible si le Fléau était un personnage qui compte pour Marvel. Cette mini-série sort un peu de n'importe où et on peut déjà s'étonner qu'elle ait été produite, surtout en pleine crise sanitaire et économique. Rien ne paraît indiquer qu'un scénariste en vue ait envie d'employer le Fléau et de poursuivre son histoire tout comme il paraît très improbable que Fabian Nicieza reçoive le feu vert pour une suite. D'ailleurs, est-elle nécessaire ? En quittant le Fléau et ses alliés tels quels, c'est déjà bien car le reste, le lecteur peut l'imaginer à sa guise sans forcément avoir l'acquérir et le lire. Chacun, en somme, extrapolera sur le futur du personnage.

La prestation de Ron Garney m'a un peu laissé sur ma faim, je dois l'avouer. Bien que fan de l'artiste et de l'évolution de son style, il ne m'a jamais semblé donner son maximum sur cette mini, comme s'il s'agissait d'une commande à exécuter avant de passer à autre chose de plus galvanisant. 

Effectivement, le dessinateur quitte Marvel pour illustrer une autre série (en douze épisodes), BRZKR, imaginée par Keanu Reeves, et qui devrait commencer à être publiée à l'Automne prochain (pour que Garney ait produit assez de numéros à l'avance). C'est un peu dommage de le voir achever son travail chez Marvel (même si rien n'exclut qu'il revienne chez l'éditeur) sur une note aussi faible. Mais le script de Nicieza ne lui a jamais donné l'opportunité de réaliser des planches comme celles où il excelle (avec ce talent pour le mouvement, l'action).

Voilà, c'est terminé. Je pense que j'aurai pu me dispenser de cette lecture, mais j'ai tenu à aller jusqu'au bout.

dimanche 27 décembre 2020

JUGGERNAUT #4, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Bien qu'il soit sorti depuis le 9 Décembre dernier, j'avais gardé ce quatrième épisode de Juggernaut sous le coude pour cette fin d'année où le nombre de sorties est réduit. La mini-série touche à sa fin (elle se conclura le mois prochain) mais Fabian Nicieza a gardé des munitions. Ron Garney délivre quelques planches épiques aussi.


L'analyse des particules de Sable Mouvant après sa tentative de rapt contre D-Cel a permis à Damage Control  de déterminer qu'elles avaient été irradiées. Le Fléau est largué au-dessus d'un bunker souterrain, où Sable Mouvant aurait été captive.


Une fois dans la place, le Fléau est vite repéré et attaqué par Primus, un androïde créé par Arnim Zola, le savant nazi. Maîtrisé, Cain Marko est conduit devant le maître du lieu qui lui a tendu un piège pour attirer D-Cel.


Quelques mois auparavant, Cain Marko retrouve la gemme de Cyttorak en morceaux. Il récupère ses pouvoirs malgré tout et comparaît devant son maître. Mais le Fléau refuse de le servir plus longtemps et quitte sa dimension pour réintégrer la notre, ignorant la colère de Cyttorak.


D-Cel devinant que le Fléau est en difficulté le rejoint dans le repaire de Arnim Zola. Ensemble, ils neutralise Primus et font parler le savant. Celui-ci mentionne les Architectes du Dongeon pour lesquels ils travaillent et avec qui le Fléau décide de règler se comptes définitivement...

Les mini-séries, quand elles arrivent à leur terme, diffusent toujours un sentiment de frustration, surtout quand elles comptent peur de numéros (je ne parle donc pas des productions à douze épisodes comme en produit DC). On sait que la conclusion ne satisfera personne, si on s'est attaché au héros, ou bien parce qu'il aura manqué des numéros pour qu'on s'y attache vraiment.

Soyons honnêtes et lucides : avec Juggernaut, nos espoirs se sont évaporés quand Cain Marko a reçu la "visite" de son demi-frère, Charles Xavier, à l'hôpital pour apprendre qu'il ne serait pas admis sur Krakoa puisqu'il n'est pas un mutant. Dès lors, les perspectives du personnage et de son retour ont paru dérisoires, son aventure était condamnée à n'être que ça (une aventure, une passade), san avenir, sans lendemain.

Pourtant au crédit de Fabian Nicieza, il faut reconnaître que cette mini-série aura permis de redéfinir proprement, dignement, le Fléau, en en faisant un personnage plus profond, ambivalent, humain. Ce n'est ni l'histoire d'un super-vilain surpuissant, ni celle d'un repenti ou d'un héros qui a pris les mauvaises décisions. C'est plutôt le portrait d'un homme qui a eu accès à un pouvoir immense et terrifiant, qui trouve un certain salut et cherche à convaincre le monde qu'il n'est plus une menace. C'est aussi un individu dépendant à ce pouvoir, qui ne peut se s'en passer, presque un toxicomane, pathétique.

Dans cet épisode, on a droit à une scène, spectaculaire, où le Fléau fait face à Cyttorak et refuse de le servir plus longtemps, d'être une force destructrice. C'est un point de bascule, qui, développé dans une franchise comme celle des X-Men, aurait pu aboutir à un récit passionnant. Mais Nicieza est comme son personnage, un outsider, il ne fait pas (plus) partie du club des auteurs sur lesquels Marvel est prêt à miser en l'intégrant à la collection mutante, en plein boum, et donc, comme Cain Marko, Nicieza repart et va terminer sa mini-série, visiblement sans illusions (comme il l'a dit en interview, il sait pertinemment que ses efforts pour redonner du lustre au Fléau seront respectés jusqu'à qu'on collègue décide qu'il est préférable d'en faire à nouveau un super-vilain).

Et donc, comme il n'ira pas sur Krakoa (où je l'aurai bien vu dans une série comme X-Force), le Fléau continue son enquête. La série procède par bonds et rebonds, elle ne présente guère d'intérêt en soi. Cette fois, Cain Marko rencontre Arnim Zola, un méchant attaché habituellement à Captain America, mais Zola lui-même travaille pour une organisation, les Architectes du Dongeon. Le dernier épisode mettra donc en scène, de manière très prévisible, le combat entre le Fléau et ces commanditaires de Zola, qui n'en ont pas après lui mais après D-Cel.

D-Cel, une création de Nicieza pour cette mini-série, ne restera pas dans le mémoires, on ne la reverra sans doute jamais ensuite. C'est une béquille scénaristique, imaginée pour justifier la rédemption du Fléau. Il l'a sauvée, elle le suit, il la protège, elle lui permet de redorer son blason. Le duo fonctionne bien même s'il est totalement artificiel. Chaque épisode n'aura été qu'une étape pour souligner à quel point leur relation est providentielle et mécanique, avec une opposition spectaculaire à chaque fois (Hulk, Sable Mouvant, Zola). Sans doute qu'avec un personnage déjà existant mais jouant le même rôle, la série aurait été plus consistante, moins anecdotique, mais là, le lecteur sait que D-Cel n'est rien d'autre qu'une astuce, un gimmick, un faire-valoir.

Cette artificialité rejaillit sur tout le projet et l'affaiblit. Visuellement, on pouvait croire qu'avec Ron Garney, on allait en prendre plein la vue, mais l'histoire écrite par Nicieza donne peu d'occasions au dessinateur de briller. Le point fort de Garney, c'est son énergie, dans l'action, le mouvement, or ici il est clairement bridé. Quand il peut lâcher les chevaux et illustrer la puissance du Fléau, c'est toujours bref et un peu forcé, comme un passage obligé, conventionnel.

Comme il est un grand pro, Garney sait raconter une histoire en images même quand celle-ci le contraint à rester sobre. Et donc, lorsque le Fléau est largué d'un hélicoptère au-dessus d'un bunker ou défie Cyttorak, ses planches renouent avec cette espèce de grandiose un peu bourrin où il est à son avantage. Cependant, Garney dessine cela avec un style suffisamment fort pour que qu'on l'apprécie : il a "digéré" Miller et Buscema et ce drôle de mélange produit des plans mémorables, que la colorisation de Matt Milla sublime. Sinon, on devine que l'artiste trouve un peu le temps long (et nous aussi).

Marvel a un vrai souci avec ce format de la mini-série, qu'il publie comme des bouche-trous au lieu de les concevoir comme des projets prestigieux, adultes (comme chez DC avec le "Black Label"). C'est dommage, mais pas nouveau tant l'éditeur semble avoir renoncé à toute ambition supérieure autre que de produire et faire fructifier des franchises.

samedi 28 novembre 2020

JUGGERNAUT #3, de Fabian Nicieza et Ron Garney


Parce que j'étais un peu trop le nez dans le guidon (de X of Swords et Rorschach) la semaine dernière, j'avais oublié de critiquer ce troisième épisode de Juggernaut. J'y remèdie donc tout en restant honnête sur la qualité de cette mini-série, tout à fait dispensable mais efficace. Fabian Nicieza et Ron Garney ne forcent pas leurs talents mais ont à coeur de raconter une histoire solide avec ce personnage.


Cain Marko est l'accusé d'une affaire qui le renvoie à un ancien combat contre Spider-Man. A cette occasion, il avait provoqué d'importants dégats matériels à Manhattan, dévastant notamment un chantier de construction et ruinant ainsi un promoteur immobilier.


Quelques mois plus tôt, Cain Marko voyage en Corée du Nord. Epuisé par une longue marche sur un chemin montagneux, il retrouve nénamoins espoir et force quand il aperçoit la forge de Cyttorak. A l'intérieur du bâtiment, il rencontre le forgeron mais celui-ci compte garder l'armure pour lui.


De retour à New York, le procès de Cain est interrompu brutalement par l'intervention de Sable Mouvant qui vient réclamer qu'on lui livre D-Cel, la jeune fille qui accompagne le Fléau. Ces derniers et les employés de Damage Control affrontent la créature sans succès.


Le forgeron et Cain se battent et en tentant de le tuer avec son marteau, le premier cause la chute des bandes de Cyttorak composant l'armure en fusion sur le second. Cain récupère le pouvoir du Fléau et recouvre son aspect colossal.


Après avoir lutté de manière désordonnée contre Sable Mouvant, Damage Control, D-Cel et le Fléau coordonnent leurs actions et en viennent à bout. En analysant les particules de sable, les scientifiques déterminent que leur adversaire était manipulé mentalement...

Dans une interview accordée pour accompagner la parution de cette mini-série, Fabian Niciez a parfaitement cerné la difficulté de son entreprise et a reconnu, humble et quelque peu fataliste, qu'elle risquait très bien d'être annulé par un prochain scénariste.

De quoi parlait-il ? Du fait que le Fléau est un vilain pour la majorité des auteurs et des lecteurs, même si, par le passé, il lui est arrivé d'être aux côtés de héros, comme les X-Men. Cet état de fait a abouti à en faire un personnage unidimensionnel, qui se résume à sa devise, "rien ne peut stopper le Fléau". Pourtant, comme le souligne Nicieza, Cain Marko vaut mieux que ça et en le traitant avec plus de subtilité, tout le monde y gagnerait.

L'ambition de Nicieza n'est donc pas si modeste puisqu'il veut rétablir le Fléau dans une zone grise qui permettrait de l'apprécier aussi bien comme une menace que comme un individu addict à son pouvoir. En trois épisodes, le programme est respecté puisqu'on a pu constater que Cain Marko avait sacrifié ce qui faisait de lui un surhomme pour échapper aux limbes où Magik l'avait banni, qu'il avait trouvé un emploi dans un entreprise spécialisée dans la gestion des conséquences des combats super-héroïques, et qu'il tentait de se racheter une bonne conduite auprès d'une jeune fille, D-Cel, qu'il avait failli tuer accidentellement.

Mais son passé l'a rattrapé et le voici renvoyé devant un tribunal pour une vieille affaire. Nicieza fait allusion à un fameux épisode de Amazing Spider-Man au terme duquel le Fléau avait fini prisonnier d'une gangue de ciment frais, après avoir dévasté un chantier. Cela avait provoqué la ruine de celui qui le poursuit aujourd'hui en justice. Bien entendu, le procès tourne court par la faute d'une intervention extérieure, sans rapport avec ce qui occupe le tribunal.

Nicieza sort de son chapeau une vilaine  de second plan, Sable Mouvant, certainement parce qu'il n'a pas eu le droit d'utiliser l'Homme-Sable, dont elle est inspirée. C'est dommage mais le scénariste exploite avec habileté le fait que le Fléau ne peut pas directement terrasser cette créature. De même le mobile de Sable Mouvant décale l'intérêt en direction de D-Cel et la révélation finale sur l'identité de son commanditaire est maline puisqu'on ne s'attendait pas à trouver ce méchant sur la route du Fléau.

En revanche, les flash-backs qui ponctuent l'épisode et reviennent sur les circonstances dans lesquelles Cain Marko a récupéré ses pouvoirs sont plus paresseux et convenus. On peut légitimement considérer que Nicieza aurait pu raconter cela plus rapidement.

Depuis trois épisodes, Ron Garney a paru ronger son frein car pour ce dessinateur qui excelle dans l'action, l'histoire en manquait singulièrement. Même le duel contre Hulk dans le précédent numéro a manqué de place et d'intensité.

Cette fois, il dispose de plus de lattitude pour se défouler et il est clair qu'il livre une prestation plus convaincante. Certes, ça ne restera pas comme le travail le plus recommandé de Garney qui a visiblement travaillé vite, sans peaufiner ses planches. Mais quand il représente Sable Mouvant ou le Fléau, ça ne manque pas de puissance. Et la colorisation de Matt Milla sert parfaitement le trait énergique, rustre même, de Garney.

Même si cette mini-série est clairement bridée, empêchant son scénariste de lâcher les chevaux et son dessinateur d'être plus investi, c'est tout de même une lecture efficace, sans fioritures.

samedi 24 octobre 2020

JUGGERNAUT #2, de Fabian Nicieza et Ron Garney

 

Alors que X of Swords bat son plein, la mini-série Juggernaut poursuit son bonhomme de chemn, loin du tournoi qui monopolise l'attention des mutants de son demi-frère, Charles Xavier. Fabian Nicieza fait une brève allusion à ce dernier mais entraîne son histoire sur une autre voie, étonnamment sensible. Ron Garney compose avec sans être frustré, produisant des planches simples et efficaces.


Il y a quelques mois, alors qu'il est hospitalisé après s'être évadé des limbes, Cain Marko a la visite de son demi-frère, Charles Xavier, qui lui souhaite un prompt rétablissement. Mais Cain comprend surtout qu'il n'a pas le droit de le rejoindre sur Krakoa, où seuls sont tolérés les mutants.


De nos jours. Suivant le plan de D-Cel, le Fléau défie Hulk. Mais la manoeuvre doit surtout permettre à la société Damage Control, pour laquelle Cain travaille, de capturer le géant vert. Grâce aux pouvoirs combinés du Fléau, de D-Cel et d'un siphon éneergétique, Hulk est vaincu.


Quelques moins auparavant. Remis, Cain Marko se rend à Budapest pour y visiter avec un guide les catacombes. Il espère trouver là un moyen de récupérer ses pouvoirs grâce à un artefact relié à la divinité Cyttorak.


Hulk, enfermé dans une cage, est exhibé devant un parterre de civils ruinés par les dégats qu'il a provoqués dans leurs vies. Le Fléau écoute ces récriminations et se tait, tout en comprenant qu'il a lui aussi commis des dommages terribles dans l'existence d'innocents.


C'est ce que ne manque pas de lui signifier Hulk qui réussit à se libérer avant de disparaître avec l'aide de complices. De retour à New York avec D-Cel, le Fléau apprend que Damage Control le poursuit en justice pour avoir provoqué leur faillite...

Cette mini-série est plus surprenante que ce que j'en attendais. Qu'en attendais-je d'ailleurs ? Un récit bourré d'action, comme son anti-héros en était capable et comme le promettait cet épisode avec une confrontation avec Hulk au programme. Mais Fabian Nicieza creuse un autre sillon, plus sensible et troublant.

Traversé par deux flashbacks épatants et concis, où Cain Marko reçoit la visite spectrale du Pr. X, son demi-frère, et où il comprend qu'il ne pourra rejoindre Krakoa car il n'est pas un mutant, puis lors d'un voyage à Budapest, à la recherche d'un moyen de redevenir le Fléau, l'épisode explore le thème de la culpabilité.

Effectivement, le Fléau combat Hulk et leur opposition donne lieu à des planches percutantes où Ron Garney se fait plaisir. Même si le dessinateur offre parfois des compositions pas très inspirées et même maladroites, il traduit parfaitement la puissance de ces deux forces de la nature. Toutefois, depuis que Al Ewing a établi que Hulk était immortel (dans la saga Avengers : No Surrender puis dans la série Immortal Hulk), ce dernier est devenu un élément réellement imbattable, qui assume sa part malfaisante tout en ayant un intellect intact. Ce n'est plus une brute instoppable et primitive, mais une sorte de rouleau compresseur dépassant l'entendement, sans doute l'incarnation la plus féroce et la plus surhumaine qu'on ait connue.

Si Cain Marko en vient à bout, c'est en trichant, avec l'aide de la société Damage Control et de la jeune D-Cel qu'il a prise sous son aîle (à moins que ce ne soit l'inverse puisqu'elle narre la tentative de rachat du Fléau). C'est à partir de là que Nicieza déjoue les attentes du lecteur en opère un glissement malin dans son propos.

Hulk est livré en pâture à des citoyens dont il a détruit l'existence lors de batailles ou d'accès de folie meurtrière dans le passé. Le colosse de jade va s'évader, c'est certain, rien ni personne ne peut le contenir, mais il écoute en souriant ces plaintes. Cain Marko aussi écoute et il est bouleversé. Quand Hulk sort de la cage dans laquelle on l'a mis, il disparaît vite mais pas sans avoir pointé du doigt le Fléau et déclaré que lui aussi est coupable des mêmes maux. Cain l'admet d'autant plus douloureusement que, contrairement à Hulk, qui a longtemps été un démolisseur inconscient de ses actes, le Fléau a été un criminel parfaitement au fait de ses méfaits.

Entre, donc, le fait que Charles Xavier lui refuse l'accès à Krakoa, son séjour dans les limbes, et l'accusation incontestable de Hulk, Cain Marko apparaît à la fois comme un bourreau et une victime. Mais Nicieza voit, c'est évident, son personnage davantage comme une victime : victime de lui-même, de ses excès, de sa soif de puissance, de son incapacité à se contrôler. Et ainsi, étonnamment, on se prend à être touché, pas au point de l'excuser, mais assez pour comprendre que Cain Marko est profondément seul et que cela l'a conduit à des erreurs terribles dont il doit désormais payer le prix. A cet égard, la conclusion de l'épisode en rajoute, mais de façon très pragmatique.

Ron Garney, qu'on attendait beaucoup sur ce titre pour sa maîtrise à croquer des héros surpuissants, en est un pour ses frais, mais il a aussi assez de talent pour illustrer cette histoire au-delà de ça. Son découpage est efficace dans l'action, il donne ce qu'un artiste de sa trempe sait produire : l'impact des coups, la résistance face un adversaire trop fort, tout cela est rendu parfaitement, en dépit d'une page ou deux aux compositions maladroites (je pense à une page en particulier où Garney en deux cases, séparées par une ligne transversales, donne l'impression que le Fléau est franchement ridiculement petit comparé à Hulk, et dont le flux de lecture est inconfortable).

Mais, donc, Garney a du métier et quand il doit mettre en scène cette séquence devant cette assemblée avec Hulk, Cain, et tous ces témoins, il réussit très simplement mais intensément à faire comprendre au lecteur que ce qu'on reproche au géant vert s'applique aussi au Fléau. La mine troublée, puis de plus en plus pénétrée, de Cain suggère une malaise croissant chez lui. Et quand Hulk disparaît, Mark est accablé, admettant, lucide, ses torts.

Outre qu'on ne verra donc certainement pas le Fléau dans une série X de sitôt, la mini-série va aussi sûrement continuer à creuser ce sillon de la culpabilité de son héros, tout en nous instruisant sur la façon dont, après son séjour dans les limbes et à l'hôpital, il est redevenu le Juggernaut.

vendredi 25 septembre 2020

JUGGERNAUT #1, de Fabian Nicieza et Ron Garney

 


Le Fléau est un des plus anciens ennemis des X-Men, et aussi le demi-frère du Professeur Charles Xavier. Pourtant, depuis Dawn of X, il est absent du paysage mutant, le personnage a été éloigné durant la série Uncanny X-Men avant la reprise de Jonathan Hickman. Marvel a confié à Fabian Nicieza le soin de ramener Juggernaut sur le devant de la scène, sans l'intégrer à l'actualité mutante. Ron Garney dessine les cinq épisodes de cette mini-série.



Le Fléau travaille pour la société Damage Control, qui s'occupe des chantiers causés par les dégats consécutifs aux batailles des super-héros. Actuellement il détruit des immeubles insalubres mais où résident des squatteurs. Lorsqu'il découvre une bande d'adolescents dans un bâtiment...


Exilé dans les limbes après avoir affronté Magik, Cain Marko est privé des pouvoirs que lui donnent l'Oeil de Cyttorak. Il erre dans cette dimension parallèle en traînant derrière lui sa lourde armure en quête d'une sortie.


Dans un immeuble où il les a traqués, le Fléau affronte les jeunes squatteurs. Mais il tombe sur une adolescente doté de pouvoirs kinétiques. La bataile dégénère et un mur s'effondre sur la jeune fille. Le Fléau appelle les Secours et elle est hospitalisée.


Dans les limbes, Cain Marko arrive devant un arbre décharné qui marque un carrefour dimensionnel. Il comprend que pour obtenir une faveur, il doit sacrifier un bien qui lui est précieux et donne son casque en offrande. Il disparaît aussitôt après.


La jeune fille revient à elle. Le Fléau est resté à son chevet et apprend comment, à la suite d'un accident scientifique, elle a acquis ses pouvoirs. Elle défie le Fléau de se rendre vraiment utile et lui soumet une proposition risquée...

Avant que Jonathan Hickman ne donne un grand coup de balai dans la franchise X, Matthew Rosenberg a animé (avec Kelly Thompson et Ed Brisson au début) une énième série Uncanny X-Men, aussi interminable (à un rythme hebodmaire) que nulle. Cette série a donné la saga Age of X-Man (pas meilleure) tout en se poursuivant en parallèle. Rosenberg y massacrait un nombre affolant de mutants au long d'une intrigue affligeante, prétexte à réunir Wolverine et Cyclope (fâchés depuis la mini Schism de Jason Aaron). Lorsqu'on se rappelle de ça, on ne peut que remercier Marvel et Jonathan Hickman d'avoir fait le ménage et refondé l'univers mutant.

Rosenberg n'a pas tué le Fléau, il s'est "contenté" de l'envoyer dans les limbes grâce à Magik. Depuis, Cain Marko était invisible et on pouvait légitimement s'en étonner dans la mesure où il est quand même le demi-frère de Charles Xavier, le fondateur de la nouvelle Nation X. Un editor chez Marvel a dû se dire qu'il fallait corriger cela et a initié cette mini-série en cinq épisodes dont l'écriture a été confié à Fabian Nicieza et les dessins à Ron Garney.

C'est la présence de ce dernier au générique qui a motivé mon achat car je suis un fan de cet artiste. Il faut en outre en profiter car il s'agit de son dernier travail pour Marvel (en effet, il a signé pour illustrer un creator-owned d'après une idée de... Keanu Reeves !). Le Fléau est un personnage taillé pour Garney dont le style, désormais très influencé par celui de Frank Miller, convient parfaitement aux colosses engagés dans des histoires musclées.

Ce premier épisode ne met cependant pas tout à fait en valeur le talent de Garney. Il s'agit clairement d'un numéro d'exposition pour réintégrer le personnage tout en rappelant où il était passé via des flash-backs rapides. Fabian Nicieza cache-t-il son jeu ? En tout cas, il démarre modestement.

Pourtant, le postulat est malin : puisque le Fléau se caractérise principalement par sa capacité destructrice, en faire l'employé de Damage Control, une société spécialisée dans la gestion des zones ravagées par les combats de super-héros, est malicieux. Cain Marko achève de démolir des immeubles en ruines ou insalubres. Logiquement, il tombe sur des squatteurs et doit les chasser, mais délicatement car ce sont des adolescents.

Ainsi rencontre-t-il D-Cel, une jeune fille dotée de pouvoirs kinétiques (elle peut freiner le mouvement des objets). Une opposition habile pour une force de la nature instoppable comme le Fléau. Il se prend d'affection pour elle après qu'elle se soit blessée. En dialoguant, ils se rendent compte que tous deux n'utilisent pas leurs talents à bon escient et elle lui lance un défi de taille...

Nicieza est donc modeste dans son entreprise mais cela ne signifie pas que sa mini-série manque d'allure ni de potentiel. Il me semble que son objectif est de racheter une conduite au Fléau, de le sortir du cliché du gros bourrin qui fonce tête baissée pour tout démolir sur son passage, et peut-être de lui donner une dimension héroïque, un nouveau destin. Au terme duquel il sera récupéré par la communauté mutante de son demi-frère ?

Nous verrons cela dans l'avenir, mais si tel est le cas, ce serait intéressant. Imaginez ce malabar dans une équipe comme les Marauders ou X-Force, ce serait une sacrée recrue. Et je serai curieux de voir sa nouvelle relation avec Charles Xavier.

 Graphiquement, cet épisode est aussi un peu timide. Ron Garney sert le récit sans faire d'étincelles. Il paraît même un peu sur la réserve dans l'unique scène d'action (lors de l'affrontement du Fléau contre D-Cel). C'est un peu décevant, mais bon, nul doute qu'avec ce qui se profile dans l'épisode 2, ça va changer.

Garney s'est pourtant investi dans le projet puisqu'il a redesigné l'armure de Cain Marko. C'est un relooking a minima mais qui rappelle un peu celui que le eprsonnage arborait quand il avait été transformé durant l'event Fear Itself. Garney le dessine aussi plus grand et moins massif. Dans les falsh-backs, il souligne le contraste entre Marko, qui est en fait un type malingre, hirsute et barbu, et le Fléau, qui est donc un quasi-géant, sculptural.

Pour cette mini-série, Garney collabore avec celui qui est devenu son coloriste régulier, Matt Milla. Les deux hommes sont sur la même longueur d'ondes, Milla comprend le trait jeté, brut, de Garney et sait l'habiller avec des couleurs qui le mettent valeur sans "manger" l'encrage. Milla sauve même des plans un peu expédiés par Garney, comme celles se passant dans les limbes, grâce à des teintes nuancées. De même il a opté pour des couleurs vives sur des parties précises (comme les lignes de l'armure, rouge sang) qui donne du pep's au design.

Il ne faut pas être ni trop exigeant ni trop sévère avec cet épisode inaugural. Je parie sur un début humble, mineur, avant des développements plus toniques, voire épiques (Nicieza a évoqué son intention d'explorer le rapport du personnage avec Cyttorak). De toute façon, en cinq épisodes, on n'aura guère le temps de s'ennuyer. 

dimanche 8 mars 2020

FANTASTIC FOUR : GRIMM NOIR, de Gerry Duggan et Ron Garney


Sorti la semaine du 26 Février, ce one-shot est une curiosité mais il fait étrangement écho au lancement de la mini Spider-Man Noir. Gerry Duggan n'est jamais meilleur que lorsqu'il abandonne les blagues pour privilégier l'exercice de style comme ce Fantastic Four : Grimm Noir, mix étonnant de polar et de fantastique. Le niveau monte encore d'un cran grâce à la prestation superbe de Ron Garney.


Ben Grimm fait depuis plusieurs nuits le même cauchemar. Il a beau rassurer sa femme, Alicia, elle sent bien que cela le ronge. Et la disparition inexpliquée d'une voisine chanteuse ne va pas arranger les choses, même si la Chose offre son aide à la police.


Une autre nuit agitée, Ben accepte de décrire le personnage qui hante ses cauchemars et elle en tire une sculpture très ressemblante. Il la montre à Reed Richards qui ne l'identifie pas. Ben Grimm s'en remet alors au Dr. Strange. Mais il est absent et c'est son ex-valet, Wong, qui reçoit la Chose.


Malheureusement, le sanctuaire du sorcier suprême est investi par D'spayre, le démon qui poursuit Ben dans son sommeil et qui a enlevé sa voisine. Il se nourrit des peurs et des regrets de ses proies, sa puissance est si grande qu'il n'a aucun mal à réduire le Chose en un tas de cailloux.


Ben chute dans les ténèbres et durant cette plongée au coeur de ses tourments, il revit ses pires souvenirs, depuis les coups que lui assénait son père à la mort de son frère en passant, bien sûr, par sa transformation après le voyage dans l'espace des Quatre Fantastiques.


Mais cette traversée au coeur du désespoir a un effet inattendu sur Ben Grimm qui y survit, plus résolu que jamais à régler son compte à D'spayre. Il libère sa voisine au terme d'une bagarre épique. Puis il l'invite à un barbecue, convaincu qu'une page s'est tournée.

Marvel serait-il d'humeur noire ? En tout cas, à une semaine d'intervalle, les sorties de Spider-Man Noir #1 et de ce Fantastic Four : Grimm Noir ne manque pas de troubler. Certes, les deux projets ont une identité distincte, mais la référence aux films noirs leur confère aussi un air de famille.

Pour l'instant, cet effort produit par Gerry Duggan est un one-shot, et rien n'indique une suite ou de prochaines variations avec les autres Fantastiques (Reed et Sue Richards, Johnny Storm). Le choix même d'embarquer Ben Grimm dans une aventure aussi connotée surprend mais s'avère très efficace.

Ceux qui suivent mes critiques savent que j'ai une "relation" compliquée avec Duggan - récemment, ses Marauders m'ont fortement déplu et déçu. Il y a chez ce scénariste, qui a longtemps écrit les aventures de Deadpool, une volonté de déconner qui, à mon avis, le dessert. Il veut tellement mêler la blague à l'aventure, l'humour à l'action que ses histoires souffrent d'un déséquilibre fâcheux, souvent le cul entre deux chaises, d'abord plaisantes elles finissent par lasser et donner une impression de vacuité dommageable.

En revanche, quand il abandonne la gaudriole, Duggan donne souvent le meilleur de lui-même et on ne peut que déplorer qu'il ne privilégie pas la gravité, non pas parce que cela serait plus noble mais tout simplement parce qu'il s'y montre bien plus inspiré. Souvenez-vous de son The Best Defense : Doctor Strange ou de son épisode des Guardians of the Galaxy consacré à Drax et sa décision de devenir pacifiste : voilà les meilleurs scripts de Duggan, des nouvelles intenses, malines.

C'est ce Duggan-là qu'on retrouve ici. L'épisode est long comme un Annual et se suffit à lui-même. Il implique Ben Grimm en proie à des cauchemars récurrents mais qu'il n'arrive pas à analyser. Puis une de ses voisines disparaît mystérieusement et il se lance à sa recherche. Ainsi se trouve-t-il plongé dans un autre cauchemar à cause d'un adversaire inattendu qui se nourrit justement du désespoir de ses proies.

Comme la Chose, on est plongé dans une histoire nocturne et hantée, à l'ambiance très intense. Duggan nous prend à la gorge et ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Les situations s'enchaînent sur un rythme soutenu avec des pics de tension très efficaces. Le choix de Ben Grimm comme héros devient alors plus évident car, lors d'une scène rétrospective de sa vie, on mesure les traumatismes qui l'ont frappé et construit en même temps. Ce qui pourrait le perdre lui permet en fait de rebondir. Le plus fort, c'est que, finalement, la baston finale entre la Chose et D'spayre devient presque accessoire, ce qui compte ici, c'est le sursaut du héros - ensuite le lecteur comme Ben Grimm savent que le compte est bon.

Pour ne rien gâcher évidemment, il fallait confier cette histoire à un dessinateur en mesure de lui ajouter une plus-valu esthétique. Avant de s'engager dans une nouvelle mini-série (dédiée au Fléau), Ron Garney a donc accepté cette mission. On sent immédiatement que l'aspect de la Chose a ét"é décisif dans son choix d'adapter graphiquement ce récit car il donne, comme peu d'artistes en sont capables, une densité au personnage incomparable. Cette histoire de peur a pour vedette un monstre, ou plus exactement un homme qui a l'apparence d'un monstre et qui se vit comme tel. Dès lors, quel être peut l'inquiéter au point de lui voler ses nuits ?

Les planches de Garney sont fabuleuses : il les noie dans le noir le plus profond et joue sur des contrastes violents, dont l'inspiration évidente est le Frank Miller de Sin City. Les couleurs de Matt Milla sont remarquablement sobres, au point qu'on a souvent l'impression d'avoir lu des pages en noir et blanc. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir collaboré sur le Daredevil écrit par Charles Soule et leur complicité est un régal.

Mais Garney, depuis qu'il se passe d'encreur (en s'étant converti au dessin digital), est vraiment taillé pour ce genre de nouvelles où son style, brut, fait merveille. Il peut expérimenter, produire des images flirtant avec l'abstrait, pousser les curseurs à fond, tenter des découpages. Il s'en donne à coeur joie et le plaisir qu'il a pris est manifeste. Pour autant ce n'est pas un plaisir égoïste : tout est au service du propos et il transcende vraiment le script à sa disposition, au point qu'il en est le narrateur à égalité avec Duggan. On ne peut dissocier les efforts de l'un de ceux de l'autre.

Je sais que certains fans apprécient moins Garney désormais parce qu'ils considèrent son dessin moins précis, moins fin. Mais il a gagné en spontanéité et cela se traduit parfaitement dans ce genre d'exercice où cela n'ajouterait rien d'avoir des finitions plus jolies, un trait plus subtil. Il y a une dimension "Kirby-esque" là-dedans, quelque chose qui ne relève plus du beau pour atteindre le brut, le primitif même. Personnellement, cela me plaît davantage chez Garney, même si cela veut aussi dire qu'il n'est plus en mesure d'enchaîner les épisodes.

En tout cas, si vous aimez les sensations fortes, les expériences graphiques, et lire Duggan en compressé, tentez ce Grimm Noir : il a du caractère et du chien.     

mardi 3 décembre 2019

SAVAGE AVENGERS ANNUAL #1, de Gerry Duggan et Ron Garney



Esmé, une jeune femme brésilienne, est enlevée par des trafiquants d'un réseau de prostitution situé près de Porto Alegre. Alors qu'elle est convoyée, avec d'autres malheureuses jusqu'à une maison close, elle implore qu'on vienne les sauver, elle et ses amies d'infortune.


Sa prière est entendue par Daimon Hellstrom, le fils de Satan. Il monte sur son cheval enflammé, Iblis, et quitte les enfers pour porter secours à Esmé et les autres captives. Mais, il va trouver sur sa route deux autres personnages avec qui partager sa mission...


D'abord, il y a Conan le cimmérien : de passage dans la maison close où officie Esmé, il tue sans pitié les tenanciers. Puis il accepte l'offre de la jeune femme de supprimer tous les membres du réseau de prostitution contre une récompense.


En s'enfonçant dans la jungle à leur recherche, il surprend Daimon Hellstrom déjà à l'oeuvre contre ces fripouilles. Puis Black Widow entre en scène : elle enquête depuis plusieurs jours sur la disparition d'une des filles alors que les autorités locales ne font rien.


A eux trois, ils attaquent le camp des trafiquants. Black Widow en laisse filer un qu'elle compte rattraper pour l'interroger. Hellstrom détecte de la magie et Conan suspecte le sorcier Kulan Gath, son ennemi. Le trio se sépare pour investiguer chacun de son côté tandis que le sorcier prépare son prochain mouvement.

Je n'ai pas suivi la série Savage Avengers lancée il y a environ six mois, et dont le premier arc a été le dernier dessiné pour Marvel par Mike Deodato (qui signe la couverture de cet Annual) avant la fin de son contrat exclusif. Il s'agit surtout pour l'éditeur d'exploiter à fond le personnage de Conan le barbare dont il a récupéré les droits et qu'il a donc décidé de mettre à toutes les sauces (deux séries régulières classiques, et son intégration à l'univers Marvel classique durant la saga Avengers : No Road Home).

Ce qui m'a intéressé dans cet Annual, c'est le fait qu'il est dessiné par Ron Garney, que j'apprécie beaucoup. D'aucuns ne l'apprécient plus autant depuis qu'il se passe d'encreur (il travaille désormais sur tablette numérique et assume dessin et encrage), estiment que son dessin est trop frustre désormais. Mais il se trouve que c'est ce qui me séduit : il a gagné en spontanéité, en énergie, et assume pleinement l'influence d'un de ses maîtres (Joe Kubert).

Par ailleurs, Garney fait équipe avec le coloriste Matt Milla depuis ses épisodes sur Daredevil (durant le run de Charles Soule) et ces deux-là se complètent bien, Milla ajoutant un peu de nuances au trait brut de l'artiste sans grignoter son encrage.

Gerry Duggan a écrit pour Garney le premier arc de la série The Savage Sword of Conan et visiblement l'expérience leur a plu pour qu'ils soient réunis pour cet Annual. Le style de Duggan convient bien au dessinateur car il écrit des histoires pleines d'action, avec des personnages taillés à la serpe, dans des décors exotiques. En fait, Garney s'inscrit aussi dans la lignée d'un John Buscema, que les super-héros inspiraient peu et qui s'éclatait davantage en animant les aventures de Conan.

Ce récit est pourtant un peu frustrant car l'intrigue ne sert que d'amorce à un futur arc des Savage Avengers. A la fin de cette trentaine de pages, le vrai méchant n'est pas neutralisé et on comprend que Conan ne soit pas satisfait. Le problème vient aussi de l'identité de ce vilain qui tire les ficelles dans l'ombre puisqu'il s'agit du sorcier Kulan Gath, l'éternel némésis du cimmérien, ce qui n'est pas très original.

En définitive, il faut lire ce gros épisode comme une pure série B, sans que cela soit péjoratif. Conan, Daimon Hellstrom, Black Widow, voilà un trio atypique qui fait des étincelles grâce à Duggan, qui adore ostensiblement les associer (quand bien même ils ne sont ensemble que dans le dernier tiers du numéro) et les opposer à des trafiquants brésiliens. On frise le n'importe quoi, mais avec plaisir, et avec l'envie de retrouver ces trois anti-héros dans une nouvelle aventure (mais rien n'est annoncé dans ce sens).

Garney dessine ça au premier degré, ce qui rend l'ensemble encore plus réjouissant. Son découpage est sommaire mais ses images sont percutantes, très efficaces. La manière dont il chorégraphie les bagarres, en particulier celle où Conan tabasse les tenanciers du bordel, est un régal pour les amateurs, d'autant que le cimmérien n'est pas le Punisher par exemple : il enchaîne le torgnoles, colle des beignes et tue ses adversaires non pas par soif de vengeance ou de justice, mais parce qu'il évolue dans un monde auquel il est étranger. Sa morale est plus basique et donc il règle les problèmes de façon primitive, sans refuser de toucher une prime pour ses services. 

Tout repose d'ailleurs sur ce contraste entre la personnalité frustre de Conan et ceux qu'ils croisent : il prend Daimon Hellstrom pour un ennemi de plus (ce qui est logique puisqu'il s'agit quand même d'un type avec la tête en feu et un cheval enflammé) et ne calcule même pas Black Widow (dont l'enquête est de toute manière trop complexe pour qu'il s'y intéresse). Mais que le fils de Satan évoque la magie entourant les trafiquants et voilà le barbare qui lève un sourcil (c'est Kulan Gath). Et quand Black Widow laisse filer un esclavagiste pour le rattraper et l'interroger plus tard, voilà qui sidère Conan pour qui un bon gredin est un gredin mort.

Conan est, sous la plume malicieuse de Duggan, un poisson hors de l'eau, une anomalie, et c'est bien comme ça que le personnage est à son meilleur dans le cadre d'une série où il est l'étranger - mais un étranger au courant de la menace en coulisses.

Soyons honnêtes, cet Annual ne va pas m'inciter à lire Savage Avengers, mais la série va proposer quelques épisodes spéciaux à l'occasion, avec des artistes de choc (un #0 est au programme, avec Greg Smallwood), toujours écrits par Duggan. Et ça, c'est alléchant.