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mardi 31 octobre 2023

X-MEN : BATTLE OF THE ATOM, de Jason Aaron, Brian Michael Bendis, Brian Wood, Frank Cho, Stuart Immonen, David Lopez, Chris Bachalo, Esad Ribic, Guiseppe Camuncoli


X-Men : Battle of the Atom est un crossover impliquant quatre séries mutantes. L'histoire est encadrée par un prologue, dessiné par Frank Cho (et Stuart Immonen sur les dernières pages), et un épilogue, dessiné par Esad Ribic (avec l'aide de Guiseppe Camuncoli et Stuart Immonen). Le scénario est co-écrit par Jason Aaron, Brian Michael Bendis et Brian Wood. Les autres artistes sont David Lopez et Chris Bachalo.

N.B. : Pour simplifier le résumé, j'ai décidé d'utiliser l'abréviation O5 (Original 5 : Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Angel, Young Beast) pour désigner les cinq premiers X-Men déplacés du passé au présent par le Fauve (dans sa version moderne).


Cerebro, à l'école Jean Grey, a détecté l'émergence d'un nouveau mutant et Kitty décide d'intervenir en emmenant les O5. Mais une fois sur place, après avoir raisonné la mutante, ils sont attaqués par des Sentinelles. Heureusement l'équipe des Uncanny X-Men intervient. Mais Young Cyclops est gravement blessé et Cyclope adulte disparaît alors comme s'il cessait d'exister. Triage guérit Young Cyclops et Cyclope adulte réapparaît. Cet incident convainc Kitty qu'il est temps que les O5 retournent dans le passé. C'est alors que surgissent des X-Men du futur menés par le fils de Charles Xavier.


Les X-Men du futur veulent également que les O5 repartent. Mais Marvel Girl et Young Cyclops flairent une embrouille et prennent la fuite pour trouver refuge et demander de l'aide auprès des Uncanny X-Men. Magik se téléporte sans dire où elle se rend.
 

Les X-Men du futur et l'équipe de Wolverine remontent la trace des deux fugitifs et tentent de les soustraire aux Uncanny X-Men. Une bagarre éclate et s'achève avec la défaite de l'équipe de Cyclope. Magik, elle, surgit à l'école Jean Grey et embarque Young Iceberg et Young Beast.



Magik transporte Young Iceberg et Young Beast dans le futur d'où viennent les X-Men menés par le fils du Pr. Xavier. Ils apprennent que ce groupe est en fait la dernière émanation de la Confrérie des Mauvais Mutants qui désirent renvoyer chez eux les O5 pour éviter un drame dans le futur.


La Confrérie et l'équipe de Wolverine rentrent à l'école Jean Grey pour renvoyer Young Cyclops et Marvel Girl dans le passé, mais Jubilé leur apprend que Magik a disparu avec Young Iceberg et Young Beast. La Confrérie neutralisent alors l'équipe de Wolverine à l'exception de Psylocke qui prend la fuite.


Revenus auprès des Uncanny X-Men avec Young Iceberg, Young Beast et les vrais X-Men du futur, Magik résume la situation et il est décidé de neutraliser la Confrérie. L'attaque qui est menée oblige la Confrérie à battre en retraite en prenant les O5 en otage. Ils filent direction de Cape Citadel mais leur fuite attire l'attention du SHIELD.


Les Uncanny X-Men, la bande à Wolverine et les X-Men du futur suivent la Confrérie et une nouvelle bataille éclate pour libérer les O5. Depuis l'héliporteur du SHIELD, Maria Hill observe la situation dégénérer et décide de prendre des mesures radicales.


La directrice du SHIELD lâche des Sentinelles en espérant faire cesser les hostilités. Mais la Confrérie, acculée, se déchaîne de plus belle. Xorn, sous le masque duquel se cachait la Jean Grey du futur, provoque une gigantesque explosion dans laquelle elle meurt mais détruit les Sentinelles. Une fois le calme revenu, la Confrérie a filé. Les Uncanny X-Men fuient pour ne pas être arrêtés. Mais de retour à l'école Jean Grey, Kitty Pryde exprime sa déception contre l'attitude de ses amis, qui n'ont pas su protéger les O5. Elle décide alors de rejoindre les Uncanny X-Men avec les O5 et Magik les téléporte.

X-Men : Battle of the Atom a dix ans (sa parution a débuté en Octobre 2013). Et dix ans après, je n'ai pas changé d'avis à son sujet : c'est un crossover pénible à lire et encore plus à résumer. Mais commençons par le commencement.

S'il est vrai que l'histoire a surtout impacté les deux séries pilotées par Brian Michael Bendis, avec le choix de Kitty Pryde et des O5 de changer de domicile, passant de l'école Jean Grey dirigée par Wolverine à l'école Charles Xavier refondée par Cyclope, l'idée de ce crossover vient pourtant de Jason Aaron.

Quelle était l'idée de Aaron ? Ce n'est que ma version, je peux donc me tromper, mais je pense que le scénariste de Wolverine and the X-Men n'appréciait pas le fait que les O5 soient dans l'école Jean Grey. Si j'avance cette hypothèse, c'est en m'appuyant sur un fait simple : Aaron n'a jamais montré les O5 dans Wolverine and the X-Man, hormis une très courte scène dans l'épisode 24 quand Quentin Quire surprend la jeune Jean Grey un soir dans la cour de l'école alors que les professeurs sont sortis se détendre. 

C'est la seule et unique fois où il mentionne leurs présences dans les murs de l'établissement et par extension dans la série. Il ne fera pas non plus allusion au fait que Kitty Pryde, pourtant directrice de l'école et engagée dans une relation romantique avec Bobby Drake/Iceberg.

Il faut aussi rappeler une chose : l'écriture collégiale de l'event Avengers vs. X-Men a motivé les auteurs à exprimer leurs difficultés à se partager ce travail. Il est clair qu'à l'époque certains occupaient une position dominante et que les autres devaient se contenter de suivre les plans des premiers (Ed Brubaker expliqua qu'il devait rédiger le script d'un épisode puis on lui en confia un autre à la dernière minute). Et, là encore, je pense que Brian Michael Bendis et Jason Aaron se sont disputés implicitement la place du chef d'orchestre (à l'époque ni Jonathan Hickman, ni Matt Fraction, ni Ed Brubaker ne pouvaient prétendre avoir autant d'influence).

Bref, quand Battle of the Atom a été programmé éditorialement, Marvel a compris qu'il fallait changer de méthode et revenir à une écriture plus traditionnelle. Autrement dit, Aaron et Bendis se mettraient d'accord sur les termes mais ensuite chacun écrirait les épisodes correspondant à ses séries. On imagine que Brian Wood dans tout ça n'a pas eu son mot à dire.

D'ailleurs, le premier problème à la lecture de Battle of the Atom provient de l'implication de la série X-Men écrite par Wood. Lancée quatre mois auparavant, elle était fondée sur une idée gadget au possible, c'est-à-dire une formation exclusivement féminine des X-Men, prolongement du précédent volume du titre déjà écrit par Wood (mais qui comportait des personnages différents comme Domino, Pixie et Colossus en plus de Tornade). Marvel semblait pourtant y croire assez fort puisque Olivier Coipel accompagna Wood sur le premier arc de la série avant d'être remplacé par David Lopez (qui malgré tout son talent n'avait pas la popularité de son confrère français).

Objectivement, vous enlevez les deux chapitres de X-Men à Battle of the Atom et vous ne perdez rien. L'action qui s'y déroule aurait très pu être intégrée dans les pages de All-New X-Men et Uncanny X-Men de Bendis sans problème.

Ensuite, il y a ce qui se joue dans les pages de Wolverine and the X-Men. Les épisodes concernés sont les n° 36 et 37, on est donc à la fin du run de Aaron (qui s'est achevé au n° 42), et pour souligner à quel point Aaron s'est fichu de cet crossover, c'est qu'en lisant l'omnibus de Wolverine and the X-Men (ou la vf en Marvel Deluxe), ces épisodes n'y figurent pas. Et ça passe crème.

En réalité, Battle of the Atom est une initiative comme Marvel en raffole mais qui désole bien des fans : il s'agit de raconter en beaucoup (trop) d'épisodes une histoire qui n'en exigeait pas tant mais qui permet à l'éditeur d'obliger les lecteurs à se procurer trois séries et dix épisodes au total. Pour le coup, ça revient vraiment à prendre les fans pour des vaches à lait.

Logiquement, donc, c'est Bendis qui profite le plus de l'issue de cette intrigue puisqu'il procède au déménagement des O5 et de Kitty Pryde. Mais le procédé est grossier car il donne le sentiment que les O5 sont des personnages qu'on trimballe de série en série, des sortes de mutants S.D.F.. Ils continueront leurs aventures dans leur titre dédié, All-New X-Men, mais demeureront singulièrement absents des pages de Uncanny X-Men comme ils l'étaient de celles de Wolverine and the X-Men. Tout ça pour ça en somme.

A part la Confrérie des Mauvais Mutants du futur, qu'on reverra ensuite, tout le reste ne laissera guère de traces, si ce n'est le fait que le SHIELD possède des Sentinelles prêtes à l'emploi, qui préoccuperont aussi bien Cyclope que Wolverine.

Visuellement, c'est aussi très inégal. Frank Cho dessine le prologue mais, comme souvent, il a pris du retard et c'est Stuart Immonen qui jouera les pompiers de secours en le terminant. Immonen est celui qui va produire les épisodes les plus aboutis du crossover : le canadien est dans une forme olympique et ne ménage pas sa peine en animant un casting très fourni, des scènes d'action en pagaille, dans des décors très soignés.

Chris Bachalo tire un peu plus la langue sur Uncanny X-Men mais en grand professionnel s'acquitte de sa tâche bravement (même si on devine que tout cela ne l'inspire pas beaucoup). En revanche, Guiseppe Camuncoli, appelé pour s'occuper des épisodes de Wolverine and the X-Men, livre une copie médiocre, avec des pages mal fichues, souvent bâclées, où on sent qu'il n'a pas eu assez de temps. Et que dire de Esad Ribic sur l'épilogue où il doit recevoir le renfort de Camuncoli et (encore !) Immonen (qui paraît vraiment fatigué).

Bref, c'est pas bon. Mais heureusement, Wolverine and the X-Men enchaînera brillamment. Et All-New X-Men et Uncanny X-Men rebondiront efficacement. X-Men retrouvera sa routine, sans jamais décoller.

mardi 24 octobre 2023

WOLVERINE AND THE X-MEN, TOME 3 : RENTREE DES CLASSES, de Jason Aaron, Nick Bradshaw, Steven Sanders, David Lopez, et Ramon K. Pérez


On reprend aujourd'hui cette rétrospective sur la série Wolverine and the X-Men écrite par Jason Aaron avec le troisième tome. Au menu deux arcs narratifs et trois épisodes stand-alone, servis par des dessinateurs de choix : Nick Bradshaw pour les #19, 21 à 23, Steven Sanders pour le #20, David Lopez pour le #24, et enfin Ramon K. Pérez pour les #25 à 29. Attachez vos ceintures, ça va secouer !


Après le départ de Husk, Kitty Pryde est chargée de recruter un remplaçant. Les candidats les plus improbables se succèdent jusqu'à ce que Tornade apparaisse. Cependant, Wolverine et Rachel Summers traquent les responsables de la tentative de meurtre sur Broo. Iceberg embarque quelques élèves pour porter assistance à des extraterrestres dont les planètes ont été détruites par le Phénix. Et Angel récupère le contrôle de sa société grâce à Matt Murdock.


Mais un matin Quentin Quire se réveille et s'aperçoit que tous les professeurs ont disparu. Il les recherche avec Shark Girl, une nouvelle élève (trouvée par Angel), Genesis, Rockslide, Eye Boy, mais Oya reste au chevet de Broo. Max von Katzenelnbogen du Club des Damnés est également dans les parages et y découvrent un étrange cirque.


Ce cirque est tenu par le monstre de Frankenstein et il a fait des profs de l'école Jean Grey des monstres de foire grâce à l'emprise magique de la sorcière Calcabrina. Quire et ses amis tentent en vain de les libérer tandis que le monstre veut tuer Max qu'il reconnaît comme le descendant de son créateur. Oya l'en empêche tandis que Max blesse Calcabrina, qui relâche son emprise sur les X-Men.


Les X-Men se rebellent alors contre les zombies à la solde du monstre et de la sorcière, qui s'éloigne avec son complice en se téléportant. Max rejoint le Club des Damnés en exigeant désormais qu'on l'appelle Dr. Frankenstein comme son ancêtre.


Wolverine décide de tester l'esprit de groupe de ses élèves les plus difficiles et les emmène en Terre Sauvage. Livrés à eux-mêmes mais incapables de rester solidaires, Quire, Genesis, Glob Herman, Sprite, Broo (revenu à lui mais à l'état sauvage), Eye Boy, Shark Girl, et Oya se dispersent dans cet environnement dangereux. Quant à Wolverine, il est blessé par Dog  Logan, son demi-frère !


Dog Logan se remémore son enfance difficile auprès d'un père alcoolique, violent et coureur de jupons. Quand il découvre que James Howlett est son demi-frère et un mutant, la jalousie le ronge et il va passer des dizaines d'années à le traquer sans succès. Aujourd'hui, il compte bien lui prouver qu'il est le meilleur des deux fils Logan en devenant le nouveau mentor de ses élèves.


Mais les choses ne vont pas tourner comme il l'entend car les élèves n'apprécient pas son enseignement brutal et le traitement qu'il a infligé à Wolverine. Détenteur de diamants temporels, Dog finit par s'éclipser en se téléportant. Gloh Herman a également fui pour accepter d'intégrer l'académie des Damnés où Sauron lui a assuré qu'il a sa place.


A son retour de Terre Sauvage, Wolverine prononce un discours devant les profs et les élèves pour exprimer sa fierté de diriger l'école qu'il entend sanctuariser. 25 ans dans le futur, Wolverine, désormais un vieillard entouré par ses Bamfs, retrouve dans le parc de l'école un coffre qu'il avait enterré avec les élèves et il demande à Eye Boy d'envoyer un message dans le passé pour prévenir les profs de catastrophes à venir. Mais n'est-ce pas déjà trop tard alors que Oya décide à son tour de rejoindre l'académie des Damnés ?

Comme je l'avais suggéré, le tome 2 de la série me paraissait être la fin de l'Acte I de Wolverine and the X-Men. Cette impression se confirme avec le 19ème épisode qui ouvre ce tome 3 dans lequel on voit d'une part Kitty Pryde chercher qui remplacera Husk, et d'autre part Wolverine et Rachel Summers traquer celui qui a tenté de tuer Broo.

Jason Aaron s'amuse et en même temps exploite une situation mise en place à la toute fin du 18ème épisode, dans le tome précédent. Le défilé des candidats nous vaut de savoureux moments avec des postulants très improbables, comme Blade ou Deadpool, le Loup-Garou de la Nuit ou Firestar (on devine que Aaron a commencé à penser à elle pour Amazing X-Men, la série qu'il a lancée après Wolverine and the X-Men) et bien d'autres. L'enquête de Wolverine et Rachel aboutit à un cul-de-sac mais le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver de la peine pour le pauvre Broo, personnage attachant, naïf et symbolique de la démarche du scénariste.

On a ensuite droit à un épisode dispensable : dessiné moyennement par Steven Sanders, il sert surtout à introduire une nouvelle élève, Shark Girl, qui va prendre de l'importance par la suite, et à évoquer la condition de Angel depuis les transformations qu'il a subies dans Uncanny X-Force de Rick Remender (à commencer par le fait que son pouvoir le consume, même si Aaron n'exploitera plus le sujet ensuite : c'est là la limite d'un univers partagé où un auteur n'a pas forcément envie de développer les idées d'un confrère).

Puis on enchaîne avec un arc de trois épisodes, entièrement dessiné par Nick Bradshaw. L'artiste fait feu de tout bois et on ne peut qu'admirer sa productivité en admirant ses planches incroyablement fournies, détaillées. Il faut s'arrêter sur les cases remplies à ras-bord et se rendre compte qu'il a dessiné tout ça en un mois à chaque fois ! Stupéfiant !

L'intrigue évoque un classique de l'ère Claremont/Byrne, Uncanny X-Men #111, où Mesmero avait fait de l'équipe des monstres de foire. Ici, Aaron utilise un duo composé par le monstre de Frankenstein et une sorcière pour justifier la situation. Et c'est donc à un groupe d'élèves de l'école Jean Grey qu'échoit la délicate mission de sauver leurs profs. En parallèle, on apprend qu'un des membres du nouveau club des damnés est un descendant du Dr. Frankenstein.

Même si le dénouement de cet arc est un peu abrupt, avec la fuite du monstre et de la sorcière (qu'on ne reverra plus ensuite), le divertissement est efficace. Aaron qui fait de Wolverine un clown est en soi un gag très drôle tandis que Quentin Quire fait à la fois preuve d'un esprit d'initiative qu'on ne soupçonnait pas sans se départir de son goût pour le sarcasme (quand il voit avec jubilation à quoi est réduit Wolverine).

Aaron aime bien laisser ses héros et le lecteur respirer entre deux aventures et donc l'épisode 24 offre un répit aux mutants, très joliment mis en images par l'excellent David Lopez. C'est l'occasion notamment pour Kitty Pryde et Bobby Drake de se poser pour parler de leur relation ou pour Tornade, qui a intégré le corps professoral, de se donner à Wolverine. Hélas ! le scénariste manque, comme beaucoup d'auteurs actuels, de souplesse : ces parenthèses n'occupent qu'un épisode comme des entractes et il ne revient pas dessus ensuite, trop accaparé par l'écriture d'arcs narratifs où l'action domine.

Ce côté soap opera est, à mes yeux, ce qui manque le plus aux X-Men depuis longtemps. Claremont était maître en la matière, ce qui ne l'empêchait pas de développer des histoires spectaculaires. Mais il ne négligeait jamais les relations, souvent sentimentales, entre ses héros. Aujourd'hui, on a le sentiment que les scénaristes ne savent pas/plus comment faire : c'est soit l'histoire, soit les personnages, mais ils échouent à écrire les deux en même temps. Et c'est pour cela que Wolverine and the X-Men, comme d'autres titres, est frustrant : Aaron suggère des éléments mais il les laisse ensuite en plan, comme si ça ne devait pas occulter le reste, ce qu'il a planifié. Dommage.

Toutefois, il convient de rester mesuré et d'apprécier l'excellence de ce qui suit avec un des meilleurs arcs (si ce n'est le meilleur) de la série. la séance de training en Terre Sauvage permet au lecteur de savourer une histoire sur deux niveaux. D'un côté, on suit un groupe d'élèves totalement incapables de travailler en équipe malgré un danger permanent, et de l'autre, on assiste aux retrouvailles musclées entre Wolverine et son demi-frère, Dog Logan.

Jason Aaron se montre très inspiré dans les deux lignes narratives. Il montre bien comment par un enchaînement de circonstances, des fortes têtes comme Quentin Quire convainc ses camarades de faire corps contre quelqu'un qui ne pense pas à leur bien, comme il le prétend, mais veut surtout prouver à son adversaire ses mérites. Le portrait, en creux, qu'il dresse de Wolverine le rend plus touchant que jamais car il révèle ses origines de manière succincte et poignante, mais aussi parce que, de façon forte, il devient le prof qu'il a, sans trop y croire, entrepris d'être - et cela ne passe pas par sortir les griffes dès qu'un obstacle se dresse entre lui et ses protégés.

C'est tellement juste que l'épisode 29, qui ferme l'album, complète cet arc très élégamment. Logan faisant un speech devant ses amis et ses élèves, c'est un grand moment, mais quand, par la grâce d'un flashforward, le scénariste nous transporte 25 ans dans le futur et que Logan a l'opportunité de changer ce qui va se passer à notre époque, on a la confirmation que Wolverine n'est pas condamné à rester ce type bourru, brutal, mais bien l'héritier de Charles Xavier, prêt à tout pour "ses" enfants.

Ces cinq derniers épisodes sont en plus dessinés par Ramon K. Pérez et c'est splendide. Je pèse mes mots car vraiment, c'est exceptionnel. Pérez est un artiste formidable (tous ceux qui ont lu son Tale of Sand, d'après Jim Henson, le savent), avec une technique impeccable. Il produit des planches d'une beauté saisissante, avec un découpage virtuose. Mais quand en plus il passe en mode couleurs directes et emploie l'aquarelle pour les flashbacks, là, on passe dans une autre dimension qui donne à l'histoire une valeur esthétique ajoutée.

Le programme reste copieux donc et très abouti, même si quelques bémols peuvent être émis. Wolverine and the X-Men est toutefois proche de la fin mais ce sera pour une prochaine entrée. 

Stay tuned !

samedi 24 décembre 2022

JOYEUX NOËL !

 Je vous souhaite un joyeux Noël, à vous tous qui me suivez.

Et en attendant de se retrouver pour de nouvelles entrées sur ce blog, 

je vous laisse avec ce conte de malicieux écrit et dessiné par l'excellent David Lopez !











jeudi 21 juillet 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Erica Schultz et David Lopez, Jim Zub et Djibril Morrissette-Phan, Ann Nocenti et Stefano Raffaele


La troisième collection d'histoires courtes de Moon Knight : Black, White & Blood est une nouvelle fois excellente. Chaque paire d'auteurs à l'eouvre ici a su exploiter une part du personnage, réussissant même parfois à glisser quelques traits d'humour - ce qui n'a rien d'évident avec un tel héros.


- Wrong Turn. (Ecrit par Erica Schultz et dessiné par David Lopez.) - Jake Lockley est au volant de son taxi lorsque trois braqueurs de banque embarquent et, sous la menace de leurs flingues, l'obligent à les véhiculer jusqu'à Coney Island. La suite va être mouvementée pour les bandits...


- No Empty Sky. (Ecrit par Jim Zub et dessiné par Djibril Morrissette-Phan.) - Moon Knight fait irruption dans le repaire d'une secte dont les adeptes sont sur le point de sacrifier une jeune fille...


- Astronuts. (Ecrit par Ann Nocenti et dessiné par Stefano Raffaele.) - Marc Spector accepte d'aider la jeuneZest à saboter le voyage vers la lune du Dr. Gem qui veut en exploiter les gisements d'hydrogène...

C'est à croire que le premier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'avait pas été bien lu avant publication par les editors de cette collection car depuis on a droit à des histoires de plus en plus plaisantes et bien faites. La preuve par trois avec ce pénultième numéro.

On commence par ce Wrong Turn très amusant et c'est déjà une surprise en soi parce que se permettre d'être drôle avec un personnage comme Moon Knight est un sacré pari. Pourtant la scénariste Erica Schultz (qui a auparavant surtout travaillé sur des titres comme Vampirella et Xena chez Dynamite Comics) accomplit cet exploit en mettant en scène une cavale mouvementée au cours de laquelle Jake Lockley doit convoyer malgré lui trois braqueurs de banque. Ceux-ci ignorent évidemment qu'il y a un cinquième passager dans la voiture avec Moon Knight qui murmure à l'oreille du chauffeur.

David Lopez a trouvé le temps, entre deux épisodes de son creator-Owned BlackHead & IronHand (sur la plateforme Panel Syndicate et Image Comics en vo, Urban Comics en vf), de prêter son talent mésestimé à ce court récit. Il dessne un Jake Lockley/Moon Knight malicieux et plein de charme, qui mène en bateau ses passagers en trouvant in fine le temps de leur filer quelques sueurs froides. Le trait rond et expressif de Lopez s'accorde à merveille au texte plein d'esprit de Schultz.

On enchaîne avec No Empty SkyJim Zub utilise le Moon Knight des origines, dans son costume entièrement blanc, le poing de Khonshu, implacable et tourmenté. Comme pour le premeir récit, il s'agit en fait d'une longue séquence d'action où la course est remplacée par une baston en règle contre des adeptes d'une secte sur le point de sacrifier une jeune fille innocente. Le dénouement interroge la notion de servitude quand MK doute d'aider la victime en la liant à Khonshu.

Djibril Morrissette-Phan illustre cela avec une efficacité redoutable. Habitué aux productions indés chez Image Comics mais collaborant aussi avec Marvel à l'occasion, c'est un excellent artiste, au trait vif. Son découpage prouve sa maîtrise narrative avec une grande variété dans les angles de vue et les valeurs de plans. Il mériterait d'être testé sur un format plus long.

Enfin, Ann Nocenti se montre très en verve sur Astronuts et ça fait toujours plaisir car quand elle est aussi en forme, c'est l'assurance d'une bonne lecture. De manière troublante, j'ai eu l'impression qu'elle accomplissait ici ce que Jonathan Hickman a complètement échoué à faire sur son segment dans le premeir numéro, c'est-à-dire une aventure déjantée avec Moon Knight dans l'espace. Comme Schultz, Nocenti se permet d'être drôle avec succès, ce qui est rafraîchissant et démontre qu'on pourrait écrire MK autrement que dans des intrigues tortueuses et sombres.

Stefano Raffaele devrait refaire parler de lui (ou alors ce serait une grosse injustice) car jusqu'à présent il a surtout bossé en Europe (pour les Humanos) ou Valiant Comics. Mais j'ai découvert un dessinateur remarquable aux prises avec un script qui oblige à l'excentricité mais aussi à la rigueur pour ne pas sombrer dans l'illisible. Son découpage est sensationnel, avec des décadrages, un flux de lecture foutraque, et pourtant  tout est parfaitement lisible. Mieux : l'action est tonique à souhait et sert à la perfection le script, déjà bien survolté.

Le mois prochain marquera la fin de cette série tricolore, avec encore du beau monde (dont une histoire de Christopher Cantwell et une autre par Paul Azaceta, plus une couv' magnifique de Rod Reis). 

jeudi 13 décembre 2018

MR & MRS X #6, de Kelly Thompson et David Lopez


Mr & Mrs X est une série que j'aurai aimé aimer davantage : avec un meilleur dessinateur que le trop fade Oscar Bazaldua (qui oublie trop les décors), Kelly Thompson est moins bien servie qu'avec Pere Perez sur la mini Rogue & Gambit. Mais ce mois-ci, je fais une exception car c'est un épisode self-contained, et illustré par David Lopez. De quoi upgrader l'affaire !


Après s'être mariés au débotté et être partis en lune de miel (mouvementée) dans l'espace, Rogue et Gambit organisent une fête chez eux, à Manhattan. Bobby Drake (Iceman) est le premier arrivé et mis aussitôt à contribution pour aider le service.


Jean-Luc Lebeau, le père de Gambit, vient ensuite mais prévient discrètement son fils qu'il va être attaqué. La Guilde des Voleurs, s'estimant trahie par le mutant, provoque le couple qui déplace la bataille sur le toit de l'immeuble où Rogue peut règler le contentieux sans retenir ses coups.
  

L'ambiance se détend une fois tous les invités présents, parmi lesquels Bishop, Laura Kinney (X-23), Hank McCoy (le Fauve), Kurt Wagner (Nightcrawler), Jean Grey, Chamber, Jubilé, Warren Worthington III (Angel), Lorna Dane (Polaris), Ororo Munroe (Storm).


Les hôtes se retirent un moment, chacun de leur côté. Gambit retrouve Bella Donna, son ex, dans la chambre où elle le met en garde contre la Guilde des Assassins qu'elle dirige et qui en a après lui. Rogue a une conversation avec Magneto dehors et, bien qu'il ait à nouveau pris le maquis, il lui promet d'être toujours là pour elle.


Les convives se retirent. Le couple peut souffler. Jusquà ce qu'ils repèrent un cadeau sans carte. Gambit l'ouvre et découvre avec Rogue que c'est tout sauf un présent bienveillant...

Evidemment, ce dénouement invite le lecteur à se procurer le prochain numéro et la dernière page, pleine d'humour et de malice, avec son propre commentaire, est irrésisitible.

Dommage vraiment que Mr & Mrs X ne profite pas d'un artiste à la hauteur. Car quand on voit l'apport de David Lopez sur cet épisode, on comprend ce que le script de Kelly Thompson gagne dans les mains d'un dessinateur expérimenté, capable de servir toutes les nuances de son écriture (c'était déjà le cas avec Leonardo Romero sur Hawkeye, et Stefano Caselli sur West Coast Caselli).

La scénariste a une plume trempée dans la comédie et c'est ce qui la distingue de la plupart de ses confrères. Elle ne se prend pas au sérieux, s'amuse avec le genre super-héroïque, mais en revanche elle le fait avec beaucoup de sérieux et de talent.

Kelly Thompson a aussi pour elle une affection réelle et sincère pour ses personnages : à l'évidence, comme elle l'avait prouvé dans Rogue & Gambit, les deux mutants l'inspirent comme un couple de screwball-comedy, toujours au bord de la crise de nerfs (chacun a le trac que la soirée se passe mal, ce qui signifierait qu'ils ne sont pas de bons hôtes) mais aussi complices, solidaires quand, inévitablement, ça dérape.

L'intrusion de la Guilde des Voleurs avec le père de Gambit fournit son quota d'action vraiment mouvementée à l'épisode et déjà, sur ce point, la contribution de Lopez est remarquable. Il sait doser ses effets, se passer de décors au moment opportun mais pas trop longtemps, son découpage est dynamique, avec des angles de vue qui soulignent le déroulement de la bataille et la rendent intense malgré sa briéveté.

S'appuyant sur des dialogues enlevés, Thompson peut aussi compter sur l'artiste pour concentrer le coeur de la fête en une double page magnifique (voir ci-dessus), présentant l'intérieur de l'appartement en plongée et une flopée d'invités (une bonne douzaine) dans une composition harmonieuse.

Les apartés avec Bella Donna et, plus encore, avec Magneto (proprement renversante), puis le moment délicat avec le Fauve, sont également une pièce de plus au crédit de la complémentarité entre Lopez et Thompson.

Pour le dessinateur espagnol, qu'on n'avait plus lu chez Marvel depuis le lancement de la série (désormais annulée) All-New Wolverine et qui a entre temps produit un creator-owned sur la plateforme PanelSyndicate (BlackHand IronHead), c'est un retour gagnant. Pour la scénariste, c'est une fin d'année pétillante avant les grandes manoeuvres dès Janvier prochain et la relance de Captain Marvel, son plus gros défi.

jeudi 6 novembre 2014

Critique 522 : CAPTAIN MARVEL, VOLUME 1 - HIGHER, FURTHER, FASTER, MORE, de Kelly Sue DeConnick et David Lopez


CAPTAIN MARVEL : HIGHER, FURTHER, FASTER, MORE rassemble les épisodes 1 à 6 de la série, écrits par Kelly Sue DeConnick et dessinés par David Lopez, publiés en 2014 par Marvel Comics.
*

Carol Danvers est pilote dans l'armée de l'air américaine dans le civil et, sous le pseudonyme de Captain Marvel, membre des Avengers. Après un récent conflit cosmique, la jeune femme éprouve le besoin de faire le point et décide de partir en mission dans l'espace, où elle servira d'agent de liaison entre les Avengers et d'autres formations galactiques pour le maintien de la paix.
Juste avant son départ, elle et Iron Patriot (alias James "Rhodey" Rhodes, son petit ami du moment) récupèrent une capsule dans laquelle repose une extra-terrestre. Elle provient d'une planète qui a détruite mais on ignore où s'est depuis réfugié son peuple.
Captain Marvel recontre les Gardiens de la Galaxie qui l'orientent vers le monde de Torfa. Une fois sur place, après quelques péripéties, l'héroïne et sa passagère, réveillée durant le voyage, font le point et la situation est délicate : Torfa se meurt à cause d'une étrange maladie qui décime ses habitants et se trouve au coeur d'un conflit d'intérêts entre l'alliance galactique, dirigée par J'Son de Spartax, et des mercenaires, les Haffensyes. Mais pourquoi une planète à l'agonie intéresse-t-elle ces gens ?

Créée en 1968 par Roy Thomas et Gene Colan, Carol Danvers est un des personnages féminins majeurs attachés aux aventures des Avengers, au même titre historique que la Guêpe ou la Sorcière Rouge. A ce jour, pas moins de huit volumes de la série Ms Marvel ont vu le jour, même si l'héroïne n'a pas toujours été la jolie blonde animée par Kelly Sue DeConnick dans cet album.

La scénariste (qui est aussi l'épouse de Matt "Hawkguy" Fraction) aime visiblement Carol Danvers puisqu'elle s'occupait de sa précédente série avant qu'elle soit relancée dans le cadre de l'opération "All-New Marvel Now !". Mais cette fois, l'éditeur a aussi, semble-t-il, décidé de vraiment miser gros sur le titre en lui donnant un dessinateur régulier et de très bon niveau, en associant le personnage à deux autres séries populaires (Avengers, par Jonathan Hickman, et Guardians of the Galaxy, par Brian Michael Bendis), et en annonçant il y a quelques jours à peine qu'un film lui serait prochainement consacré (sans encore annoncer le réalisateur ni l'actrice principale).

Kelly Sue DeConnick, qui travaille aussi pour Image Comics (la série Pretty Deadly, un western fantastique dessiné par Emma Rios), réussit avec ce premier arc, qui forme un récit complet, à la fois, à bien présenter le personnage (aussi bien pour les nouveaux lecteurs que pour ceux qui la trouvent ailleurs) et à construire une intrigue intéressante et rythmée.

Carol Danvers, telle qu'elle est au début de cette histoire, est marquée par la saga Infinity (écrite par Jonathan Hickman) mais son malaise reste compréhensible même pour ceux qui ne l'ont pas lue : c'est une héroïne qui cherche un second souffle, elle n'est plus épanouie comme membre d'une équipe pléthorique comme les Avengers mais ne sait pas non plus comment elle pourrait se situer comme justicière solitaire sur Terre. Elle aspire à aller dans l'espace (après tout, elle doit ses pouvoirs à un accident auquel fut mêlé le premier Captain Marvel, un Kree) et Iron Man lui offre de devenir une sorte d'ambassadrice. Pour cela, elle doit mettre entre parenthèses sa romance avec James Rhodes/Iron Patriot, qui l'accepte pour ne pas être celui qui la retiendra contre son gré.
Une fois dans le cosmos, le récit alterne brillamment les séquences d'action, souvent spectaculaires et avec du swing (une bataille contre des pirates, la récupération du vaisseau Harrison, l'affrontement avec la garde de l'alliance galactique), et des scènes déroulant une intrigue dense mais racontée avec fluidité (la convoitise du vibranium sur Torfa par J'Son de Spartax, quitte à sacrifier des apatrides).

On pouvait craindre que l'inclusion des Gardiens de la Galaxie soit une greffe un peu forcée, pour surfer sur le succès de leur comic-book et du film qui en a été tiré, mais DeConnick arrive là encore à insérer leur présence avec beaucoup d'habileté, en profitant même pour s'amuser (et nous avec) avec l'impayable Rocket Raccoon contre le chat de Carol Danvers. 
Le choix du méchant est une exploitation tout aussi positive de ce qu'en a tiré Bendis dans Guardians of the Galaxy : J'Son est devenu une sorte de Dr Fatalis de l'espace, comploteur et redoutable, qui va certainement devenir un adversaire récurrent dans pas mal de titres de la gamme "cosmique" de Marvel.
Des personnages secondaires comme Tic, Gil, Bé, et Jackie, confèrent à l'ensemble un côté cartoon, proche du Scooby-gang, très sympathique.

Les dessins de David Lopez contribuent aussi, pour une large part, au succès (critique et public) de cette nouvelle formule de la série : l'espagnol, jusqu'à présent, était bien mal utilisé par Marvel, trimballé de titres en titres, pour des poignées d'épisodes signés par des scénaristes inégalement inspirés (comme le duo Abnett et Lanning durant leur passage sur New Mutants). 
Ce gâchis est réparé désormais car Lopez apparait à son meilleur niveau dans cette production taillée pour son style expressif, dynamique, au trait rond et épuré, dont il effectue aussi l'encrage. Si, parfois, on peut trouver ses cases un peu pauvres en arrière-fond, quand il choisit de soigner ses décors ou les véhicules, comme ses designs (il n'a pas dessiné le costume de Captain Marvel - repensé par Jamie McKelvie, avec une élégance certaine, si ce n'est cet horrible casque que l'héroïne doit porter dans l'espace - mais il a créé ceux de tous les autres seconds rôles), il ne fait pas les choses à moitié. 
Il n'abuse pas non plus des "splash" et doubles pages, dosant ses effets pour quelques images aux perspectives profondes, superbement composées.

La colorisation a été confiée à l'excellent Lee Loughridge, qui privilégie une palette de couleurs chaudes et lumineuses (des jaunes, des oranges, des rouges, contribuant aussi au look agréable de la série - dans la même veine que ce que fait Javier Rodriguez sur le Daredevil de Mark Waid).

Tout ça donne envie de suivre les nouvelles aventures de Carol Danvers. Les lecteurs de vf peuvent déjà retrouver ces épisodes dans le n° 12 de la revue trimestrielle Avengers Extra chez Panini Comics, sortie en Octobre.     

jeudi 7 mars 2013

Critique 381 : X-MEN - BLANK GENERATION, de Brian Wood, David Lopez et Roland Boschi


X-Men : Blank Generation rassemble les épisodes 30 à 35 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez (#30-33) et Roland Boschi (#34-35), publiés en 2012 par Marvel Comics.
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 La composition de l'équipe :
Storm, Psylocke, Pixie, Colossus et Domino.


Qui sont ces "monstres" surgis de nulle part ?
Des "proto-mutants", dont l'existence même bouleverse
celle des X-Men...

Suite au schisme entre Wolverine et Cyclops, Storm a pris le parti de ce dernier en restant basée sur l'île d'Utopia (au large de San Francisco). Scott Summers a confié à son amie la direction d'une équipe de "sécurité", chargée de repérer d'éventuels problèmes liés aux mutants et de les résoudre rapidement et discrètement. 
Néanmoins, les prises de position de plus en plus radicales de Cyclops commencent à agacer Storm, qui entend utiliser son groupe de manière plus autonome. Et justement, elle va avoir l'occasion d'affirmer ce choix avec sa nouvelle mission, où elle est accompagnée par Psylocke (elle aussi perplexe vis-à-vis de Cyclops), Colossus (davantage enclin à suivre la voie tracée par Scott Summers), Domino (qui est plus irrésolue) et la jeune Pixie (que ces problèmes de leadership concernent moins).

Un savant terroriste, cherchant à reproduire le virus de la peste noire, découvre accidentellement des souches d'adn provenant d'une très ancienne race de mutants, peut-être les premiers mutants de l'histoire. Il les développe et des monstres commencent alors à surgir aux quatre coins du globe.
Storm et ses co-équipiers sont envoyés sur place et découvrent que ces créatures sont littéralement dégénérées, corrompues scientifiquement. Pour résoudre cette énigme et remonter jusqu'à celui qui a réveillé ces "proto-mutants", Storm choisit non pas de s'en remettre à l'expertise du Dr Nemesis sur Utopia mais à de jeunes scientifiques indépendants, ce qui provoque de premières tensions au sein du groupe (Colossus lui reproche ouvertement de défier l'autorité de Cyclops, elle lui répond qu'elle sert la cause mutante et pas leur actuel leader).
Les X-Men localisent, grâce à un des proto-mutants qu'a intercepté Psylocke, David Michael Gray, le savant terroriste. Mais celui-ci a déjà préparé sa sortie et délivré un échantillon au chef de la secte de la Voie Céleste, qui veut utiliser la souche mutante à des fins eugénistes.
L'équipe doit donc infiltrer le paquebot où sont réunis les adeptes de la secte et récupérer le dernier prélèvement, avant que le navire ne soit coulé par les autorités américaines au courant de que veut faire l'illuminé...
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L'arrivée de Brian Wood, surtout connu pour ses creator-owned (les séries DMZ, Northlanders, Demo...), est une bouffée d'air frais pour cette série estampillée "X" et qui a eu du mal à trouver sa place dans une franchise très fournie (où l'on trouve Uncanny X-Men, X-Men Legacy, New Mutants, Astonishing X-Men, Uncanny X-Force, Wolverine & the X-Men, X-Men, X-Factor, Wolverine...). Après les sagas de Victor Gishler, peuplées de vampires (opportun après les succès cinéma de Twilight) et des team-ups avec d'autres personnages, il était temps de redéfinir la ligne de ce titre.
Cela passe d'abord par un casting rafraîchissant, d'où sont exclus les mâles alpha comme Cyclops ou Wolverine (enfin une série sans le griffu !). Avec quatre femmes, le propos de Wood est cependant moins de différencier le genre des personnages que de mettre en scène des héroïnes mutantes dont les relations avec Scott Summers et Logan rebattent les cartes après le schisme mutant et avant Avengers vs x-Men. A cet égard, Storm est définie non plus comme la partisane de l'un ou l'autre mais comme celle qui veut ouvrir une troisième voie (ni isolationniste comme Cyclops, ni traditionaliste domme Wolverine), et ce choix engendre des tensions très intéressantes au sein de son unité d'intervention, en particulier entre Colossus (fidèle à Cyclops) et Psylocke (proche de Wolverine) mais aussi Domino (dont l'évolution au cours des deux histoires de ce tome sert à mesurer le fossé qui se creuse entre les membres). La dynamique du groupe est très efficace et suffirait presqu'à assurer la réussite de l'entreprise de Wood.
Mais le scénariste n'en reste pas là et, avec son intrigue articulée autour de la découverte d'une race primordiale de mutants, il donne une profondeur inattendue à l'ensemble. Il s'agit bien alors de savoir pourquoi il est important de sauver ce qui peut l'être et ce qui va être fait avec ce qui sera sauvé. Ce qui réunit fondamentalement ces X-Men, c'est la conviction que les humains ne doivent pas disposer d'éléments aussi précieux sur les origines de la race mutante. Mais ce qui les distingue, c'est ce que les mutants modernes feraient de tels documents, et qui pourraient ne pas être plus noble que ce que les humains en feraient.
Pour Colossus, la question ne se pose pas en ces termes : il agit en bon soldat, aux ordres de Cyclops. Pour Storm (et Psylocke), l'enjeu dépasse les personnes, elle concerne la cause mutante. Est-il finalement bon d'exploiter ce qui reste des ancêtres des mutants ? Cela ne risque-t-il pas de creuser encore leurs relations avec les humains ? Mine de rien, Wood inscrit ces deux arcs, brefs, concis, denses, comme des pièces importantes pour ce que la saga Avengers vs X-Men va déterminer (la radicalisation politique de Cyclops, l'ivresse du pouvoir, le choc inévitable avec les héros - les Vengeurs - , la scission encore plus profonde entre les mutants).
La première histoire (Blank Generation, traduite en vf par "Génération Brute", mais qu'il aurait plus juste de renommer simplement "Première Génération") est admirablement menée : les personnages sont bien campées, leurs rapports bien cernés, l'apparition des "proto-mutants" spectaculaire, le dénouement habile. En quatre épisodes, Wood pose chaque élément narratif avec simplicité et intelligence, rien n'est tout blanc ou noir, il y a du rythme, de l'action et des séquences dialoguées intenses.
La seconde partie (Subterraneans) est un petit bijou de suspense, avec une course contre la montre, plus classique, et donnant le beau rôle au duo Psylocke-Domino, qui prolonge efficacement ce qui a précédé et offre une fin sur la forme mais pas dans le fond - il reste encore deux épisodes à Wood avant la fin de son run, où il est clair que le différend entre Storm et Colossus (et par ricochet avec Cyclops) va éclater.

Le troisième volume de X-Men s'achève au #40 (avec Seth Peck au scénario)... Avant un relaunch au mois de Mai, avec à nouveau Brian Wood (et Olivier Coipel au dessin, pour un casting 100% féminin !). 
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L'autre question posée par l'apparition 
de ces "proto-mutants" est : qui est responsable
de leur retour ?

Le tandem David et Alvaro Lopez (Fallen Angel, Catwoman, Hawkeye and Mockingbird, New Mutants) se chargent des dessins des épisodes 30 à 33. Les deux espagnols oeuvrent avec des personnages féminins qu'ils excellent à représenter, mais aussi avec un découpage très dynamique. Leur complicité avec Brian Wood est évidente (et le scénariste a d'ailleurs déclaré qu'il souhaiterait retravailler avec eux dans le futur).
Puis c'est le français Roland Boschi qui signe les épisodes 34 et 35. Là, le résultat est beaucoup plus faible, à tel point qu'on a même du mal à reconnaître le style de cet artiste. Boschi n'a certes jamais été un dessinateur très élégant, son trait n'est pas joli, mais il compensait par un vrai savoir-faire pour le cadrage. Ici, rien de tel, ce qui donne la désagréable sensation d'un travail de commande bâclé, et qui gâche la fête après les belles pages des Lopez. Dommage (mais les ibères reviennent pour la suite).
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Six épisodes très plaisants, qui sont de très bon augure pour le volume 4, avec un auteur qui a visiblement des plans intéressants pour Storm et Psylocke, en marge des locomotives mutantes du relaunch "Marvel Now !". 2013 s'annonce passionnant pour les amateurs de mutants, qui n'auront pas été aussi gâtés depuis longtemps.

X-Men : Human Being rassemble les épisodes 36 et 37 du volume 3 de la série X-Men, écrits par Brian Wood et dessinés par David Lopez, publiés en Novembre et Décembre 2012 par Marvel Comics.
Ces deux épisodes, formant un arc complet, concluent le run du scénariste sur ce volume de la série.
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Avec la complicité de la mutante israélienne Sabra, l'équipe de X-Men menée par Storm met la main sur Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants en liberté. Les pouvoirs de cet homme multi-centenaire sont notamment mentaux et il manipule les héros alors qu'ils l'interrogeaient puis leur échappe. Pixie parvient à le rattraper et, tandis que la tension entre Colossus et Storm monte après l'échec de la mission, Sheperd fait entendre son point de vue à la jeune mutante...
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Le départ de Brian Wood après seulement huit épisodes de la série X-Men a fait jaser, bien que l'auteur ait expliqué qu'il ne s'était engagé que pour cette durée. La rumeur prétendait que lui et Marvel ne s'étaient pas accordés sur la direction de l'histoire. Aujourd'hui, alors que le titre va être relaunché dès le mois prochain, avec Olivier Coipel aux dessins, la vérité est tout autre : Wood préparait la refonte de l'équipe (qui sera entièrement féminine) et l'orientation des nouvelles intrigues (demeurée secrète - un exploit à l'heure où tout fuite des mois à l'avance).
Wood conclut donc son premier run avec cet arc en deux épisodes, qui développe l'histoire des proto-mutants sans vraiment lui donner une résolution claire (en vue de la reprendre plus tard ?). Quand on examine la totalité de ses huit épisodes, plus que l'intrigue en fait, ce sont les personnages - et leur relation de groupe - que le scénariste a redéfinis. Chacun a eu son moment et leurs rapports reflétaient l'impact des sagas comme Schism (de Jason Aaron - la scission entre Cyclops et Wolverine) puis Avengers vs X-Men (par Bendis, Fraction, Aaron, Hickman et Brubaker - le retour du Phénix et la corruption criminelle de Cyclops).
L'opposition entre Storm et Colossus éclate dans ces deux derniers épisodes, les anciens partenaires en venant carrément à l'affrontement physique. En contrepartie, les liens entre Storm et Psylocke se soudent. Domino  se distingue comme l'électron libre de l'équipe. Reste Pixie.
La benjamine du groupe est au coeur de cette histoire : face à Gabriel Sheperd, le dernier des proto-mutants qui ne désire que vivre tranquille, surtout après avoir découvert que ses semblables sont morts récemment, la jeunesse de Pixie est mise à l'épreuve. D'abord naïve, puis interrogative, elle va comprendre que la "mutanité" est plus que jamais au bord de l'implosion et regrettera presque de ne pas avoir pu suivre Sheperd, qui lui apparaît alors à la fois comme un ancêtre et un guide. Lorsqu'il lui demande de veiller à ce plus personne n'utilise son peuple à des fins immorales, cela peut être interprété à la fois comme une adresse aux individus comme David Michael Gray (qui avait redécouvert et réveillé les proto-mutants) mais aussi aux mutants eux-mêmes, tentés par une action plus radicale (comme Cyclops donc, dans la saga AvX).
D'un personnage plutôt nunuche (créé pour remplacer Nightcrawler, dont elle a les pouvoirs mais pas le charme), Wood fait soudain de Pixie une jeune fille touchante, dont le désarroi préfigure celui de nombreux personnages dans l'event AvX. C'est brillant - et on espère que le scénariste sera aussi inspiré pour son relaunch.
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David et Alvaro Lopez reviennent épauler l'auteur pour la fin de son run et rendent une très belle copie. Le découpage est aéré, fluide, le trait élégant, les personnages expressifs, les décors simples mais suggestifs. Le tout est rehaussé par les magnifiques couleurs de Rachelle Rosenberg.
Wood a apprécié sa collaboration avec les espagnols et on espère qu'ils se retrouveront (peut-être pour dessiner, en alternance avec Coipel, les épisodes du relaunch - la série aurait fière allure avec des artistes pareils en rotation).
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Un peu frustrant, donc. Mais aussi, surtout même, très alléchant pour la suite.