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mercredi 10 août 2016

Critique 978 : GRAYSON #13, de Tim Seeley, Tom King et Mikel Janin


GRAYSON : A GHOST FROM THE TOMB est le treizième épisode de la série, écrit par Tim Seeley et Tom King et dessiné par Mikel Janin, publié en Décembre 2015 par DC Comics.
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De retour au sein de Spyral, Dick Grayson passe une inspection minutieuse, bien que la "Matrone" Bertinelli le sait innocent des crimes dont un traître ait voulu l'accuser. Elle en avise d'ailleurs ses alliés tout en les avertissant que son organisation ripostera contre quiconque voudra la déstabiliser.
Profitant d'une mission contre des pirates au large du Sénégal, Grayson contacte Red Robin qui a eu le temps de remonter la piste de l'Agent Zéro : il s'agit de la fille du Dr Lentz !

Après le précédent épisode (excellent) et l'Annual (formidable), le retour de Grayson parmi l'équipe de Spyral donne une nouvelle fois lieu à un chapitre très dense : Tom King et Tim Seeley (qui rédige aussi les dialogues cette fois) aligne les scènes courtes et rapides pour fournir beaucoup de nouvelles informations au lecteur et au héros.

La plus importante concerne l'identité du traître. Nous savions déjà qu'il avait un lien avec le Dr Lentz au service de Helena Bertinelli, maintenant Grayson est aussi affranchi mais pour la confondre, il va lui falloir orienter subtilement les recherches. Les scénaristes sollicitent à nouveau des personnages extérieurs (Red Robin en l'occurrence) et en utilisent d'autres, plus inattendues.

Midnighter était déjà apparu dans la première "saison" de la série, issu de Stormwatch (et The Authority), vestige du label Wildstorm mais dont l'intégration au "New 52" des DC Comics n'a pas fonctionné. Cette fois, c'est Ladytron, des WildC.A.T.S., qui resurgit. De quoi préparer le terrain pour la renaissance de ces héros ? L'actuel relance baptisée "Rebirth" ne l'indique pas, mais Jim Lee, autrefois pilier de Wildstorm, répète régulièrement qu'il y pense toujours.

Les auteurs sont en tout cas ici assez habiles pour employer ces éléments sans donner le sentiment ni de suivre un agenda éditorial ni d'encombrer leur propre titres avec des "corps étrangers". 

Graphiquement, en revanche, Mikel Janin rend une copie moins abouti qu'à son habitude, il est d'ailleurs aidé par un encreur (Hugo Petrus), ce qui suggère un essoufflement certain. On note ici des problèmes de proportions, là des décors un peu expédiés. Le résultat reste élégant et vif, mais en deçà de sa production.

Cela n'est pas suffisant pour inquiéter car l'artiste, au diapason de la série, sait rebondir. 

vendredi 29 juillet 2016

Critique 963 : GRAYSON #12 & ANNUAL #2, de Tim Seeley, Tom King, Mikel Janin et Alvaro Martinez


GRAYSON : A FINE PERFORMANCE est le neuvième épisode de la série, écrit par Tim Seeley et Tom King et dessiné par Mikel Janin, publié en Novembre 2015 par DC Comics.
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Dick Grayson rentre à Gotham, après avoir pris congé de l'organisation Spyral, afin de comprendre pourquoi Batman ne répond plus à ses messages. Il apprend par le majordome Alfred Pennyworth que Bruce Wayne a perdu la mémoire suite à son dernier combat contre le Joker et le serviteur attentionné ne veut pas qu'il recouvre ses souvenirs, estimant qu'il a suffisamment souffert.
Mais, menacé par l'Agent Zéro de Spyral, Grayson décide de répliquer subtilement : il renoue successivement avec Red Robin, Red Hood, Batgirl et Damian Wayne, qui le croyaient tous mort, pour pirater le réseau informatique de l'organisation et décrypter le code du procédé Hypnos, qui permet à ses membres de ne pas être identifiés.
Ainsi, Dick va-t-il découvrir qui est l'Agent Zéro et, réintégrant Spyral, commencer à enquêter sur qui veut doubler "la Matrone" Helena Bertinelli...

Cet épisode, qui fonctionne comme un chapitre transitoire entre la précédente histoire (#9-11) et la suivante (à partir du #13), est un pur exercice de mise en scène et en abyme, peut-être l'exemple le plus brillant de la manière dont les scénaristes Tim Seeley et Tom King développent la série.

La première scène donne le ton, comme le montre la première page (ci-dessus) où on voit Dick Grayson se faire grimer par Alfred Pennyworth avant d'avoir un entretien avec Bruce Wayne : il s'agit de ne pas être reconnu, ce qui est déjà la base du super-héros (qui met un masque pour protéger son identité civile) mais aussi de l'espion (et Dick est les deux maintenant), mais aussi de protéger des personnes susceptibles d'être en danger à cause de ses activités (en l'occurrence Bruce Wayne, devenu plus vulnérable depuis qu'il est amnésique).

Se déguiser, se travestir, c'est aussi se dissimuler : Dick Grayson vient de quitter l'organisation Spyral et ne veut évidemment pas qu'on sache où il est. Pourtant, son objectif est précisément de découvrir un moyen de neutraliser le procédé Hypnos utilisé par Spyral pour que ses agents ne soient pas identifiables, mais qui ignore qu'un des siens a détourné cet usage pour les trahir. 

Comble de l'ironie, il a besoin pour réussir cette mission d'avouer à ses plus proches amis qu'il n'est pas mort comme ils le pensaient, que sa mort a été maquillée elle aussi. L'épisode est donc ponctué par ces retrouvailles que les deux scénaristes savent à chaque fois écrire différemment en tenant compte des caractères de chacun : Red Hood accepte mal que Dick (et Batman) se soit joué de lui, Red Robin se montre plus froid, Batgirl (qui fut longtemps la petite amie de Grayson) veut d'abord le fuir, et Damian Wayne (qui fut son partenaire quand Bruce Wayne était considéré mort - tué par Darkseid lors de la saga Final Crisis, après quoi Dick endossa le costume de Batman) est étonné puis heureux.

Le piratage de Spyral et le décryptage d'Hypnos sont vite expédiés, les auteurs n'ont pas voulu essayer de noyer le lecteur sous de pseudos informations techniques, mais la scène, qui tient en une double page, est habilement exploitée.

Et Mikel Janin a d'ailleurs su répondre présent (même si, cette fois, il est épaulé par deux encreurs, Hugo Petrus et Juan Castro, mais ils ont si bien su suivre son dessin que c'est imperceptible) en découpant l'épisode de façon formidable. Avec pas moins de six pleines pages, il ne cède pourtant pas à la facilité, devant gérer des textes abondants (des bulles évoquant des dialogues passées entre chaque personnage et leurs relations). 

Janin met aussi les acrobaties en images avec de belles astuces de cadrages, comme des effets de continuité visuelle (le plongeon de Batgirl et Grayson depuis le sommet d'un pont), soutenus pas la colorisation magnifique de Jeremy Cox.

A la fin de ces vingt pages, le héros et la série rebondissent et le lecteur est plus accroché que jamais. Un épisode magistral narrativement. 
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GRAYSON : TRUST A GUY est le deuxième Annual de la série, écrit par Tim Seeley et Tom King et dessiné par Alvaro Martinez, publié en Novembre 2015 par DC Comics.
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Grayson s'apprête à repartir de Gotham après avoir collaboré avec Red Hood, Red Robin, Batgirl et Robin, quand il croise Superman qui ne le reconnaît pas tout de suite. C'est que "l'homme d'acier" n'est plus tout à fait le même : il a perdu certains de ses pouvoirs, ceux qui lui restent sont diminués, et son identité secrète a été révélée par Loïs Lane.
Amis depuis toujours, ils n'ont pourtant pas le plaisir de savourer leurs retrouvailles car le gang du Poing de Caïn les agresse : il s'agit de voyous dopés qui tuent pour la gloire en s'en prenant à des cibles exceptionnelles.
L'affrontement se corse quand Blockbuster, un méta-humain, qui a rejoint cette bande et qui a été autrefois arrêté par Superman et Grayson (quand il était encore Robin aux côtés de Batman) s'en mêle...

Les Annuals sont parfois (souvent) agaçants car (du moins en v.f.) ils paraissent au beau milieu d'un arc narratif et en brisent le rythme. Sans compter qu'ils sont régulièrement réalisés par une autre équipe créative, d'un niveau inférieur.

Mais Grayson est un série vraiment bien éditée car les auteurs habituels sont encore aux commandes et le dessinateur remplaçant Mikel Janin pour cet épisode spécial de 40 pages est l'excellent (mais encore méconnu) Alvaro Martinez (retenez bien ce nom : je veux bien manger mon chapeau - même si je n'en mets pas - s'il ne devient pas une vedette).

Seeley et King ont concocté un récit trépidant et spectaculaire où leur héros fait équipe avec Superman. Encore une fois, il faut saluer le brio avec lequel les scénaristes réussissent à résumer la situation d'un personnage extérieur à la série : ceux qui, comme moi, n'ont pas suivi les (més)aventures récentes de Clark Kent sont rapidement affranchis sans que cela ne ralentisse l'histoire. Mieux même : si on peut estimer l'évolution récente de Superman peu inspirée (il y a un consensus rare pour dire que DC Comics ne sait plus quoi en faire depuis un moment... Peut-être cela va-t-il s'améliorer avec la relance de sa série par Peter Tomasi, Doug Mahnke et Patrick Gleason), son état alimente ici intelligemment des péripéties.

Peut-être aussi parce que je ne suis pas un fan assidu des productions DC, j'ai été sensible à la façon dont Seeley et King parvenaient à rendre attachant le duo Superman-Grayson, en soulignant à quel point ce dernier apprécie plus le premier que Batman qui s'en est toujours méfié (à cause de sa puissance et de ses origines). Cette dynamique s'inscrit parfaitement dans les dialogues mais aussi dans l'action, fournie, de cet épisode, les deux héros sont très complémentaires, psychologiquement et physiquement. Et, comme toujours, les auteurs glissent malicieusement sur la notion d'identité (Grayson obligé de continuer à faire le mort pour sa mission d'infiltration au sein de Spyral, Superman n'ayant plus d'identité secrète depuis que Loïs Lane l'a révélée).

Graphiquement, Martinez produit des planches aussi bonnes, parfois même supérieures (mais il a dû aussi bénéficier de plus de temps pour livrer ces 40 pages que Janin chaque mois pour en dessiner et encrer 20). Les décors possèdent des finitions très soignées, les angles de vue sont variées, les personnages expressifs et bien taillés (Superman est plus musclé, massif, que Grayson, la bande du Poing de Caïn abondent en gueules et looks extravagants, et Blockbuster dégage une vraie puissance). C'est très fort, et je me suis souvent dit en lisant qu'un artiste de cette trempe aurait été parfait pour la collection Ultimate de Marvel.

Je me méfie donc souvent des Annuals, mais des comme ça, pas de souci, j'en redemande !
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Ces épisodes sont disponibles en v.o. dans l'album Grayson, volume 3 : Nemesis.
En v.f. dans la revue "Batman Univers" #4-5, et l'album Grayson, tome 2 : Nemesis.

jeudi 28 juillet 2016

Critique 962 : GRAYSON #9-10-11, de Tim Seeley, Tom King et Mikel Janin

 

DC SNEAK PEEK : SPYRAL est un prologue de huit pages à la seconde "saison" de la série GRAYSON, écrit par Tim Seeley et Tom King et dessiné par Mikel Janin, publié en Août 2015 par DC Comics.
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Dans un avion de ligne, Dick Grayson, l'Agent 37 de l'organisation Spyral, sauve Jason Jordan, le neveu de Hal Jordan (alias Green Lantern), kidnappé par les Cogloni, grâce à une manoeuvre très périlleuse.

Les scénaristes ont construit Grayson comme une série télé en "saisons" : après l'intrigue conclue au terme des huit premiers épisodes, Tom King et Tim Seeley ouvrent donc une deuxième acte à partir de ce neuvième chapitre. Comme tous les titres publiés par DC Comics en Août 2015, un prologue de huit pages lance un nouvel arc narratif, qui comptera ici trois épisodes.

Le résultat est classique mais efficace, avec une mission rapidement remplie - sauver le jeune neveu de Hal Jordan/Green Lantern de ses kidnappeurs - , et tient en une séquence spectaculaire de chute libre, impeccablement découpée par Mikel Janin.

C'est anecdotique, sommaire et sans lien avec ce qui va suivre, mais le clin d'oeil à Batman est sympa, et le ton est donné - prime au divertissement avec un super-héros espion agent double. 
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GRAYSON : NEMESIS, PART ONE-TWO-THREE sont les trois premiers épisodes du volume 3 de la série, écrits par Tim Seeley et Tom King et dessinés par Mikel Janin, publiés de Août à Octobre 2015 par DC Comics.
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(Extrait de Grayson #9.)

Dick Grayson, l'Agent 37 de l'organisation Spyral, spécialisée dans la documentation sur les super-héros et la détection-neutralisation de méta-humains potentiellement dangereux, est désormais, après la mort de Mr Minos, le précédent leader, sous les ordres de la "Matrone" Helena Bertinelli. Elle ignore qu'il agit dans le cadre d'une mission d'infiltration pour le compte de Batman, avec lequel il communique par radio sur une fréquence sécurisée sous les pseudos de "l'Ornithologue" (pour Dick) et "Mr Malone" (pour Bruce Wayne). En revanche, Grayson n'est pas au courant que son mentor est devenu amnésique suite à son dernier combat contre le Joker et qu'il a été remplacé en tant que protecteur de Gotham par Jim Gordon, même s'il se doute que quelque chose ne va pas car Batman ne répond plus à ses messages...

Des alliés de Spyral se plaignent auprès de Helena Bertinelli car plusieurs de leurs agents ont été récemment assassinés et ils soupçonnent un de ses hommes d'être le tueur. Le modus operandi désigne Grayson (les victimes ont eu le crâne défoncé par un bâton comme celui de l'ex-Nightwing, et sont tombés lorsqu'il était absent entre deux missions).
Dick est, pendant ce temps, à Madrid où il doit dérober une émeraude taillée dans de la kryptonite montée sur un collier. Helena soupçonne d'abord Tiger, l'Agent 1, d'être l'assassin qu'elle cherche et ordonne à Grayson de le distancer alors qu'il assure leurs exfiltrations.
 
(Couverture et extrait de Grayson #10.)

Seul, Dick se rend en Corse pour livrer l'émeraude au client de Spyral : il s'agit de Lex Luthor ! Refusant de lui remettre la kryptonite, il s'enfuit et gagne Rome où Tiger a été envoyé pour empêcher une tentative d'attentat. Mais il s'agit d'un piège tendu aux deux agents par le tueur.
 
(Couverture et extrait de Grayson #11.)

N'ayant pu confondre le traître assassin, Grayson, lassé des manoeuvres de Spyral, annonce à Helena qu'il quitte l'organisation.

La situation a changé sensiblement pour le héros de la série mais Tim Seeley et Tom King, qui élaborent ensemble les intrigues puis alternent à la rédaction des dialogues, continuent de creuser le même sillon que dans leurs huit premiers épisodes. L'évolution est donc subtile mais le résultat est toujours aussi efficace, d'autant plus que cet arc narratif ne compte que trois épisodes. On n'a donc pas le temps de s'ennuyer.

Le récit passe d'une piste principale - qui est le tueur d'espions qui cherche à accabler Dick Grayson ? - à des subplots plus expéditifs - le vol de l'émeraude de kryptonite, la transaction avec Lex Luthor, le traquenard à Rome. Ce cocktail d'action, de suspense, de grand spectacle et de machinations, est irrésistible et échappe en vérité aux conventions des comics de super-héros puisque les éléments les plus folkloriques en sont évacués (pas de masques, de costumes bariolés, de super-pouvoirs). Seeley et King détournent avec habileté ces codes : la double identité ici se réfère non pas à l'alias d'un surhomme mais à celui d'un agent double, les tenues moulantes ne sont pas des combinaisons en spandex mais des vêtements habillant de manière fonctionnelle des hommes de terrain, et les visages non-identifiables le sont non pas à cause de loups ou de cagoules mais par le procédé Hypnos (un système de brouillage).

Les deux auteurs travaillent donc ingénieusement le genre en en déplaçant les aspects cosmétiques pour mieux servir leur histoire. Ils s'amusent aussi avec les clichés : tous les personnages sont des gravures de mode, séduisants et athlétiques, élégants et physiquement imposants, et leurs relations sont toujours troubles. Ainsi les retrouvailles entre Dick Grayson et Lex Luthor sont savoureuses et le rappel aux événements de la saga Forever Evil (dans lequel les deux personnages s'affrontaient jusqu'à la mort de l'ex-Nightwing) est à la fois vite évoqué tout en restant compréhensible pour le profane (je n'ai pas lu Forever Evil, j'ai parfaitement saisi le contentieux entre Grayson et Luthor alors qu'il est résumé en une case ici).

Le "dossier" Nemesis se conclut en apparence mais il est clair que l'identité du traître au sein de Spyral va continuer à être exploité - il est moins important d'ailleurs de savoir qui est ce tueur que celui qui le commande.

Mikel Janin livre une prestation remarquable dans ces trois épisodes : il est aussi à l'aise dans les scènes d'affrontement, qu'il découpe de manière très vive, que dans celles où les dialogues sont mis en avant, avec une mise en scène plus classique mais soulignant leur intensité. 

Il nous gratifie aussi de plusieurs pages magnifiques où Grayson danse avec celle à qui il vole l'émeraude : tout est fait par l'artiste pour rappeler que le héros est un ancien acrobate, évoluant toujours avec une souplesse féline, l'assurance aussi d'un jeune homme sûr de son charme (à la limite de la suffisance d'ailleurs), pour qui tout semble être un grand jeu jusqu'à ce qu'il saisisse le danger qui le menace.

Parfois aussi, Janin apporte un soin particulier aux décors tout à fait remarquable, avec un niveau de détails extraordinaire (voir le poste de contrôle de la "Matrone", ou les catacombes romaines avec ces sinistres crânes empilés). Et, enfin, il compose des couvertures à la fois superbes et inventives.

Quelle série jubilatoire - et, donc, quel dommage que DC Comics ait choisi de relancer les aventures de Nightwing à l'occasion de leur récent relaunch Rebirth...   
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Ces épisodes sont disponibles en v.o. dans Grayson, volume 3 : Nemesis.
En v.f. dans la revue "Batman Univers" #1-2-3, et l'album Grayson, tome 2 : Nemesis.

samedi 16 juillet 2016

Critique 954 : GRAYSON, TOME 1 - AGENT DE SPYRAL, de Tom King, Tim Seeley, Mikel Janin et Stephen Mooney


GRAYSON, TOME 1: AGENT DE SPYRAL rassemble les épisodes 1 à 8 et le premier numéro Annual de la série, écrits par Tom King et Tim Seeley et dessinés par Mikel Janin (#1-6, 8) et Stephen Mooney (#7 et Annual #1), publiés en 2014-2015 par DC Comics, traduits en France en 2015 par Urban Comics.
(Extrait de Grayson #1.
Textes de Tom King et Tim Seeley
dessins de Mikel Janin.)

Capturé par le Syndicat du Crime (voir la saga Forever Evil, écrite par Geoff Johns et dessiné par David Finch), Dick Grayson alias Nightwing (ex-Robin, partenaire de Batman et leader des Teen Titans) a été publiquement démasqué avant d'être tué. 
Mais sa mort était maquillée afin de lui permettre de reprendre ses activités de justicier. C'est ainsi qu'il infiltre, pour le compte de Batman, l'organisation secrète Spyral, qui espionne les super-héros.
Sous la direction du mystérieux Mr Minos et avec Helena Bertinelli comme agent de liaison et partenaire sur le terrain, il effectue, sous le nom de code de l'Agent 37 et à visage découvert (mais préservant quand même son anonymat grâce à l'Hypnos, un dispositif brouillant ses traits), ainsi une série de missions, aux quatre coins du monde, consistant à rassembler les organes de Parangon, conférant à ceux qui les détiennent des super-pouvoirs.
Son chemin va croiser celui du Midnighter, un méta-humain, capable d'anticiper toutes les techniques de combat de ses adversaires, et lui aussi à la recherche des super-organes. Dick parvient à rester en contact avec Batman en communiquant par radio, sur une fréquence sécurisée, et en utilisant les pseudonymes "Malone" et "Ornithologue".
Mais jusqu'à quand réussira-t-il à doubler l'agence Spyral ?
(Extrait de Grayson Annual #1.
Textes de Tom King et Tim Seeley,
dessins de Stephen Mooney.)

Après avoir hésité, j'ai donc décidé de vous causer de Grayson, dont la deuxième "saison" est actuellement publiée dans la revue "Batman Univers". Cependant, en commençant à lire le 9ème épisode, qui ouvre cet Acte II de la série, je me suis rendu compte qu'il était nécessaire de revenir au début du titre et je me suis donc procuré l'album publié par Urban Comics, qui rassemble les 8 premiers chapitres et le premier Annual (l'équivalent des deux premiers trade paperbacks US).

J'avais découvert Grayson en achetant les exemplaires de "Batman Saga" (le mensuel précédant "Batman Univers"), mais si la série était plaisante, je n'en gardais pas un souvenir précis et j'avais donc cessé de la lire en arrêtant vite d'acheter l'anthologie mensuelle dans laquelle elle paraissait. Il faut donc saluer l'initiative de l'éditeur français de proposer rapidement (si vite d'ailleurs maintenant que cela se fait en simultané !) en albums (toujours aussi bien confectionnés) aussi vite des titres disponibles autrement dans leurs mensuels, et pour des prix très raisonnables (plus de 200 pages, en format cartonné, sur du beau papier, pour moins de 18 E !).

Le contenu maintenant. Si le reboot initié en 2011 par DC Comics sous la bannière The New 52 a connu des fortunes diverses (aux niveaus artistique, commercial, critique et public), on peeut difficilement reprocher à l'éditeur de ne pas avoir pris des risques et Grayson en est un excellent exemple, jouant à fond la carte de la BD d'aventures, sur fond d'espionnage, et auquel le lectorat a répondu positivement (bien mieux que pour Winter Soldier lancé par Ed Brubaker, Butch Guice et Michael Lark chez Marvel - pourtant excellent là aussi).

Le sort du personnage de Dick Grayson a d'abord bien inspiré l'editor Mark Doyle, un ancien du label Vertigo, pilotant la franchise Batman en 2014, et voulant diversifier chaque série rattachée au protecteur de Gotham (ainsi : Arkham Manor, Gotham by Midnight, Batgirl, Catwoman, Gotham Academy). Le sidekick de Batman est pourtant un ancien de la maison : sa création remonte à 1940 et Detective Comics #38, quand il est apparu, gamin trapéziste recueilli par Bruce Wayne après le meurtre de ses parents. Il deviendra donc Robin, flirtera longtemps avec Barbara Gordon/Batgirl, puis sera le leader des Teen Titans dans les années 60. Vingt ans plus tard, Marv Wolfman et George Pérez lui donnent une autre envergure en le rebaptisant Nightwing à la tête des New Teen Titans.

Sous cet alias, il a droit à sa propre série à partir de 1996 et devient le gardien de la ville de Blüdhaven, une localité proche de Gotham City, partageant une ambiance et une criminalité relativement proches. Il remplacera même Bruce Wayne comme Batman quand son mentor sera un temps considéré comme mort.

Aujourd'hui, ce sont donc les scénaristes Tim Seeley (Revival, chez Image Comics) et un ancien agent de la CIA, Tom King, qui président à ses nouvelles aventures. Les dessins sont assurés par Mikel Janin, étoile montante de DC (après des prestations de haut niveau sur Justice League Dark notamment), au style élégant, réaliste, aussi à l'aise dans les scènes calmes que dans l'action la plus débridée.

Ces huit premiers épisodes et l'Annual sont un régal à lire : le cadre des histoires sont exotiques, on voyage beaucoup, les missions sont palpitantes, jonglant habilement avec les clichés du genre à coups de doubles (voire triples) jeux, donc de secrets, de manipulations. Il n'est pas difficile de frissonner pour Dick Grayson qui met sa vie en danger au service de l'organisation Spyral (pour laquelle il n'est qu'un pion, certes doué, mais sacrifiable) et pour le compte de Batman (à qui il transmet des informations sur son employeur et ce qu'il convoite).

King et Seeley prennent soin de conserver toujours une certaine dérision, une ambiance décontractée et des personnages très glamour (Dick comme Helena Bertinelli ont des physiques dignes de top models). Parfois, cela se retourne presque contre leur projet car le suspense manque d'intensité (il ne fait guère de doute que Grayson s'en tirera toujours) et le héros manque d'aspérités (toujours relax, d'une droiture morale jamais prise en défaut : j'aurai bien aimé le voir un peu douter de lui-même, de Batman, surtout que le garçon revient de loin et doit tout faire pour qu'on continue de le croire mort). Enfin, l'intégration du Midnighter (rescapé du label Wildstorm) apparaît un peu artificielle (il s'agit à l'évidence de donner un coup de projecteur à sa propre série, mais en même temps, la présence d'un personnage créé - par Warren Ellis - comme une parodie - à la fois encore plus cynique, violente et homosexuelle - de Batman aux côtés de celui qui fut le premier partenaire de celui-ci produit un curieux effet).

Mais ne boudons pas notre plaisir, surtout que les auteurs nous gratifient aussi, avec l'Annual, d'un épisode, non seulement plus long (comme c'est l'usage) mais aussi plus sophistiqué sur le plan narratif : Grayson doit composer avec un baratineur qui a capturé Helena Bertinelli et qui le noie sous un tas d'histoires métaphoriques comme pour le tester. Ce savoureux chapitre sur un menteur qui fait affaire avec un héros lui-même obligé de mentir à tout le monde bénéficie des illustrations de Stephen Mooney, dont le trait est plus dur que celui de Janin mais très prometteur (à confirmer car quelques plans sont un peu maladroits concernant leur composition).

L'intrigue de cette première "saison" se dénoue un peu abruptement, mais les cartes sont rebattues pour de nouveaux volets accrocheurs...