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vendredi 17 juin 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #2, de Benjamin Percy et Vanesa R. del Rey, David Pepose et Leonardo Romero, Patrick Zircher


Le premier n° de Moon Knight : Black, White & Blood s'est avéré si décevant (hormis le segment par Marc Guggenheim et Jorge Fornes) que je me suis demandé si ça valait la peine de poursuivre. Mais vu les auteurs de ce second exemplaire, je me suis laissé avoir. Et cette fois, pas de doute : c'est d'un tout autre niveau, avec des histoires inspirées, fortes, graphiquement audacieuses.


- The Empty Tomb. (Ecrit par Benjamin Percy, dessiné par Vanesa R. del Rey.) - Epuisé par ses troubles de la personnalité, Moon Knight sollicite l'aide du Doctor Strange. Celui-ci l'envoie en Egypte avec un scarabée sacré comme boussole et le prévient que la cure peut le tueur comme le guérir...


- A Hard Day's Knight. (Ecrit par David Pepose, dessiné par Leonardo Romero.) - Marc Spector entre dans un bar où il s'attable en compagnie de Steven Grant, Jake Lockley et Khonshu. Blessé, il leur demande comment il a été atteint...


- Blood Red Glider. (Ecrit et dessiné par Patrick Zircher.) - La veuve d'un ami soldat de Marc Spector le somme de venger son mari, mort en mission à cause de lui. Moon Knight se met en chasse pour retrouver Henrik Kless, le mercenaire qui a abattu son ami...

Le risque avec des projets comme Moon Knight : Black, White & Blood, c'est évidemment que le concept soit réduit à un gadget, à un pur exercice de style sans véritable fond. C'est ce qui s'était passé avec le premier numéro où malgré des noms ronflants, le manque de consistance des propositions était affligeant - même si j'épargnerai le segment réalisé par Marc Guggenheim et Jorge Fornes.

Bien déçu par cette expérience, je me suis posé la question de perséverer. Puis, au regard des auteurs impliqués dans cette seconde livraison, je n'ai pas résisté. Et j'ai été récompensé car le niveau des offres est bien plus élevé, gratifiant le lecteur de trois brêves histoires sur Moon Knight aussi inspirées narrativement que graphiquement audacieuses.

On démarre donc avec la nouvelle écrite par Benjamin Percy, dont pourtant je me méfie après avoir perdu beaucoup trop de temps à essayer d'aimer son run de X-Force. Mais ici, le scénariste retrouve la verve qui l'avait fait remarquer sur Green Arrow lorsqu'il imagine que Marc Spector, à bout de nerfs, consulte le Doctor Strange pour qu'il l'aide à ne pas devenir "un sarcophage vivant" obligé de composer avec ses multiples personnalités et surtout au service ce Khonshu.

Les planches de Vanesa R. del Rey ne plairont pas à tout le monde, le style de l'artiste étant exigeant dirons-nous. Mais au moins il se marie à la perfection avec le propos, cette traversée du désert éprouvante au terme de laquelle Moon Knight va soit trouver la paix soit la mort. Des images fortes, avec un usage du rouge sang intense, pour un script puissant, au final bien perturbant. S'il serait injuste de déloger Jed MacKay de la série régulière Moon Knight actuellement, j'avoue que je serai curieux de lire ce que Percy pourrait faire avec le personnage sur un run.

Ce qui suit est aussi bon : cette fois, c'est au tour de David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble placer beaucoup d'espoir tout en le testant sur des projets improbables (comme la nouvelle mouture des Savage Avengers), de nous conter un récit plein de malice. On associe mal cette notion avec Moon Knight mais, contre toute attente, le résultat est brillant.

Cette tablée des Moon Knights qui retrace les blessures physiques encore à vif sur le corps de Marc Spector après plusieurs batailles dont il n'a pas le souvenir est vraiment habile. Et comme c'est l'excellent Leonardo Romero qui se charge de dessiner, on est gâté. Désormais habitué aux contraintes de l'exercice (après l'avoir testé avec succès sur Elektra), l'artiste produit des planches pleines de pep's et de classe, c'est un régal (mais maintenant, messieurs-dames de chez Marvel, ce serait bien de récompenser Romero en lui confiant une série régulière).

Enfin, j'attendais particulièrement ce qu'allait faire Patrick Zircher, qui a depuis de longues semaines teasé sa participation à ce numéro. Et pour cause, pour la première fois, il a obtenu de signer scénario ET dessin. Féru de littéraure et amoureux fou de son média, il a visiblement mis tout son coeur à l'ouvrage.

Et ses efforts sont payants car il livre une histoire bien emballé, dense, à l'image de son dessin, superbement détaillé, où la couleur rouge est subtilement exploitée. Il n'y a rien de révolutionnaire chez Zircher, le scénariste comme le dessinateur, mais ce classicisme laborieux et racé a une sacrée gueule. Pas de doute que si Marvel (ou un autre éditeur) lui accorde plus de place et de temps, il saurait faire quelque chose qui vaille le détour en qualité d'auteur complet. Ce récit de vengeance en témoigne.

Rendez-vous dans un mois pour une nouveau lot de short stories, avec notamment Ann Nocenti et David Lopez au générique.

dimanche 22 janvier 2012

Critique 304 : RED HULK - PLANET RED HULK, de Jeff Parker, Gabriel Hardman, Carlo Pagulayan et Patrick Zircher

Red Hulk : Planet Red Hulk rassemble les épisodes 30.1 et 31 à 36 de la série, écrits par Jeff Parker et dessinés par Gabriel Hardman (#30.1, 30-33), Carlo Pagulayan (#34-35) et Patrick Zircher (#36), publiés en 2011 par Marvel Comics.
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Désormais aux ordres de Steve Rogers pour lequel il accepte des missions spéciales, le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross alias le Hulk rouge (ou Rulk) est traqué par deux nouveaux ennemis. Le premier est son ancien bras droit, le général Reginald Fortean, qui tient Rulk pour responsable de la disparition de Ross et veut le venger. Pour semer ce poursuivant, le colosse ne peut compter que sur trois "Life Model Decoys", Annie, Gus et Chuck, qui l'accompagnent sur le terrain et tentent de déconnecter les bombes miniatures implantées dans son crâne, prêtes à exploser dès qu'il reprend forme humaine.
L'autre adversaire aux trousses de Rulk est Zero/One, alias le Dr Parul Kurinji, une scientifique qui travaillait pour Omnisapient (dont les labos ont été détruits par le colosse rouge dans l'épisode 25), et qui est devenue une créature technomorphe. Avec Jacob Feinman (un ancien collègue, grand brûlé), elle retrouve le serial killer, Black Fog, qu'elle envoie tuer Rulk. 
Après ces aventures mouvementées (et dont l'issue reste à venir), Ross est envoyé en mission dans l'espace. Il atterrit sur une planète où deux tribus sont en guerre et qu'il va pacifier de façon musclée.
Enfin, de retour sur Terre, Rulk doit affronter le géant électrique Zzzax (que Ross avait manipulé pour tuer Bruce Banner/Hulk) et le nouveau M.O.D.O.K.
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Depuis qu'il a repris le personnage créé par Jeph Loeb, Jeff Parker a redéfini le ton de sa série en conservant la prime à l'action tout en la mixant à une certaine mélancolie, fondée sur la situation même du héros. En effet, en devenant Rulk, le général Ross, qui a échoué à supprimer Bruce Banner et s'est résolu, après avoir été trahi par ceux qui l'ont transformé, à être un soldat de Steve Rogers, est devenu à son tour la cible de divers individus qui le jugent responsables de méfaits les ayant personnellement atteints. Bref, Ross vit à présent le même chemin de croix que Banner.
Après cinq premiers épisodes (on oubliera le sixième, dessiné par Ed McGuiness, qui retombait dans la farce navrante de l'époque Loeb) où il a envoyés le Hulk rouge en mission avec un chaperon (Iron Man, Thor, Namor, Rick Jones), Parker adjoint à son héros trois androïdes (les LMD Annie, Chuck et Gus) et lui inflige de nouveaux tourments, plus existentiels (les bombes dans sa tête l'obligeant à garder son apparence monstrueuse et le condamnant à être traqué par Fortean et Zero/One). Si ces nouveaux chapitres offrent encore leur lot de bagarres homériques (contre des géants de pierre, un tueur insaisissable, des aliens belliqueux, Zzzaxx et le nouveau MODOK), l'impossibilité de Rulk de se reposer (et même quand il le peut, il est assailli par des cauchemars) le mine moralement.
Cette direction narrative est très bien vue car elle donne une humanité au personnage, de la maturité au récit, et Parker réussit parfaitement à transcrire à la fois la tension, l'énergie des combats, et la lassitude qui gagne le militaire que reste Ross. La relation qui se noue et est développée par petites touches entre Annie et Rulk nuance également de manière trouble le scénario, le héros semblant vouloir protéger l'androïde comme il n'a pas pu le faire avec sa fille Betty.
Il y a donc plein de bonnes idées dans les manoeuvres de Parker, même si l'intermède Planet Red Hulk (en forme de clin d'oeil à la saga Planet Hulk de Greg Pak) est beaucoup moins réussie. En revanche, l'introduction d'Omegex (un chasseur cosmique, évoquant beaucoup le Destroyer de Thor) promet beaucoup pour la suite.
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La partie graphique n'est pas en reste puisque quatre des sept épisodes du receuil sont dessinés par l'excellent Gabriel Hardman. Son style à la fois élégant et dynamique, au découpage magistral (qu'il s'agisse de scènes calmes, où l'émotion, le suspense comme l'humour sont très bien traduits visuellement, ou d'action, avec des compositions explosives) contribue énormèment au plaisir de lire les aventures de Rulk.
Carlo Pagulayan illustre le dyptique Planet Red Hulk, avec un certain souffle, même si l'encrage de Danny Miki reste toujours aussi pénible et surchargé.
Enfin, Patrick Zircher (qui deviendra l'artiste régulier du titre, avec Elena Casagrande, après le départ d'Hardman au #42) réalise une prestation très efficace et prometteuse.
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Une nouvelle collection d'épisodes accrocheuse, qui confirme l'impression positive de la reprise de cette série par Jeff Parker.