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mardi 27 février 2024

MR. & MRS. SMITH : match retour


Deux inconnus, un homme et une femme, sont engagés par une mystérieuse organisation, la Compagnie, pour devenir espions et former un couple sous le nom de John et Jane Smith avec le grade d'agents "haut risque". Pour cela, ils acceptent de couper les ponts avec leurs familles. Leur première mission ; intercepter et livrer un paquet... Qui contient en vérité un gâteau... Qui explose après leur départ, tuant tous les habitants d'une villa !
 

Les missions s'enchaînent : une vente aux enchères silencieuse au cours de laquelle ils doivent capturer un acheteur, un voyage dans les Dolomites italiennes pour y surveiller un couple dont la femme est très riche et trop occupée par ses affaires, protéger Toby Hellinger à laquelle la Compagnie tient beaucoup... Mais, après être devenus plus intimes, des tensions apparaissent dans le couple Smith.


D'abord après leur rencontre avec d'autres agents de la Compagnie, plus haut gradés qu'eux, puis lors de séances auprès d'une thérapeute de couple qui les force à mettre des mots sur le malaise entre eux. les Smith décident de travailler chacun de leur côté jusqu'à ce qu'ils se trouvent à enquêter sur la même cible. Et sachant qu'au bout de trois échecs, la Compagnie les sanctionnera de la manière la plus cruelle...


En 2005, le réalisateur Doug Liman portait sur le grand écran un script de Simon Kinberg mettant en scène un couple dont chaque membre exerçait le métier d'espion sans que son partenaire le sache. Quand chacun l'apprenait, la situation déraillait complètement pour aboutir à un règlement de comptes entre eux. A l'époque, le long métrage fit surtout grand bruit car il vit la naissance du couple "Brangelina", Brad Pitt et Angelina Jolie, qui éclipsa quelque peu le résultat.


Pendant longtemps, le sujet fit l'objet de spéculations quant à une adaptation pour le petit écran sous forme de série, jusqu'à l'an dernier quand Donald Glover, la star des séries Atlanta et Communauty, aussi connu comme chanteur sous le pseudo de Childish Gambino, s'en mêla et annonça la production de huit épisodes avec pour partenaire Phoebe Waller Bridge, la créatrice et vedette de Fleabag.


Puis, sans qu'on sache vraiment pourquoi, Waller-Bridge quitta le projet et fut remplacée par Maya Erskine, comédienne remarquée dans PEN15. Prime Vidéo lançait le tournage et enfin on a pu apprécier le résultat ces dernières semaines. Alors, concluant ou pas ? Trêve de suspense : c'est une réussite !


J'avoue ne pas avoir un grand souvenir du film de Liman, sinon pour le cabotinage de Pitt et parce que je n'ai jamais apprécié Jolie comme actrice. Mais il faut avouer que le pitch était accrocheur et qu'on pouvait s'interroger sur la façon de le transposer en le découpant sur huit épisodes. Pourtant, le format est parfaitement maîtrisé et enrichit le matériau originel spectaculairement. C'est à la fois une série remplie d'action mais surtout merveilleusement caractérisée, inattendue, surprenante, s'achevant sur un cliffhanger qui donne envie d'une saison 2 le plus rapidement possible.


Donald Glover a co-créé la série avec Francesca Sloane mais ce qui fonctionne le mieux, c'est que ces deux-là n'ont pas cherché à en faire quelque chose de trop écrit, de trop rigide. On sent qu'il y a eu une large place à l'improvisation pour que le jeu de Glover et celui de Maya Erskine s'épanouisse, tous deux venant de la comédie. L'alchimie entre John et Jane Smith opère immédiatement et donne chaque épisode une densité humaine rare.


Et finalement, Mr. & Mrs. Smith se transforme, lentement mais sûrement, en une quasi-rom-com mais à l'envers. En effet, le rapprochement entre John et Jane s'accomplit plus vite qu'on l'attend (dès la fin du deuxième épisode). Et ensuite jusqu'à l'épisode 5, on assiste à l'évolution et l'épanouissement de ces deux-là, qui s'étaient pourtant juré de ne pas mélanger les affaires et le plaisir, affirmant même qu'ils n'avaient pas signé pour une romance.

De façon très subtile, entre deux scènes mouvementées, le téléspectateur assiste pourtant à des coups de canif dans le contrat. Par exemple, dans l'épisode 3, John et Jane doivent se séparer pour surveiller chacun une femme d'affaires et son mari qui ne se parlent plus et dont le jeune fils assiste à leurs disputes en se réfugiant dans le jeu vidéo sur sa console électronique. La femme est victime d'une tentative d'enlèvement et, bien que rien ne l'y oblige, John décide de lui venir en aide. Il abat plusieurs ravisseurs et doit affronter des tueurs. Jane le rejoint et le ramène à leur chambre d'hôtel. C'est tendu car elle lui en veut de s'être écarté du plan alors que lui ne pouvait se contenter de regarder sans rien faire.

Par la suite, Jane révèlera un comportement de plus en plus dirigiste, jusqu'à s'attribuer tous les mérites. La Compagnie, qui ne communique avec ses agents que via une messagerie électronique, s'en rend compte et propose à le jeune femme de changer son binôme si elle le souhaite. C'est tentant car à ce moment-là John a évoqué la possibilité de fonder une famille avec elle tout en s'agaçant de son attitude trop détachée.

La seconde partie de la saison montre les Smith face à leur pire ennemi, dans leur mission la plus délicate : face à eux-mêmes, et ça ne va plus du tout. Ils consultent une thérapeute qui ne fait que mettre en évidence leurs divergences, au point qu'ils conviennent de ne plus travailler ensemble. Malgré ça, il faut bien faire car au bout de trois échecs, la Compagnie a prévenu que des sanctions tomberaient. Mais John et Jane sont loin de se douter de ce que ça signifie - ils négligent même cet avertissement, se repliant sur leur idée initiale : se faire assez d'argent pour démissionner quand ils en auront envie et refaire leur vie ailleurs...

Le dernier épisode, sans spoiler, est le plus proche de qu'était le film (du moins dans mon souvenir, et je le répète, celui-ci n'est pas fiable). Toutefois, les showrunners avaient visiblement prévu de ne pas fermer la porte à une saison 2 -et ils ont eu raison, puisque la saison 1 a été un succès - d'où un cliffhanger bien crispant comme il se doit, après lequel on exige de nouveaux épisodes très vite (mais même en étant raisonnable, il faudra attendre 2025 au moins).

Chaque épisode fonctionne comme un one-shot et en même temps les huit chapitres forment un tout composite, compact, sans temps mort, inventif, sensible, remarquablement écrit et réalisé. Mais surtout s'appuyant sur des guest-stars impeccables et un duo vedette exceptionnel. Le premier épisode s'ouvre avec une scène avec Alexander Skarsgard et Eiza Gonzalez, puis on croise John Turturro, Billy Campbell, Sarah Paulson, Ron Perlman, Ursula Corbero, Michaela Coel, Parker Posey, Paul Dano, que du beau monde, particulièrement bien exploité (avec quand même une mention à Sarah Paulson, irrésistible en psy et le tandem Parker Posey-Wagner Moura en agents "super haut risque").

L'alchimie entre deux acteurs est quelque chose d'imprévisible et délicat. Si ça ne fonctionne pas immédiatement, c'est un désastre irrattrapable. Mais même si on ne saura jamais ce qu'aurait donné le couple Glover-Waller Bridge, on sait que Donald Glover et Maya Erskine sont plus que parfaits. Il y a un mélange d'improbabilité et de charme incroyable entre eux, plusieurs fois on les observe et on remarque leur gêne, leur embarras, leur maladresse, et en même temps, miraculeusement, leur complémentarité, leur complicité, cette harmonie uniques entre eux. C'est franchement enchanteur.

Oubliez le film. Préférez la série. C'est un bijou de plus dans le catalogue de Prime Vidéo.

mardi 22 août 2023

La saison 2 de FLEABAG conclut la série magistralement

 

La saison 2 de Fleabag est arrivée sur le petit écran trois ans après la première, soit en 2019. Est-ce que Phoebe Waller-Bridge, sa créatrice et vedette, savait qu'elle conclurait son run pour avoir pris son temps ainsi ? Nul ne le saura, mais aujourd'hui encore beaucoup espère que la comédienne et scénariste ajoutera un troisième acte. Mais en l'état, cette fin est parfaite.



Après plus d'un an, durant elle a coupé les ponts avec sa famille, Fleabag assiste à un dîner en compagnie de sa soeur, du mari de celle-ci et leur père qui leur annonce qu'il va épouser leur belle-mère. Le prêtre qui célébrera leur union est également présent et attire l'attention de Fleabag. Lorsque Claire s'absente pour aller aux toilettes et y reste un peu trop longtemps, Fleabag découvre qu'elle fait une fausse couche mais refuse que quiconque le sache. Elle la couvre. Martin se moque d'elle et elle le frappe avant qu'il ne réplique. Les deus soeurs filent à l'hôpital.


A la surprise de Claire, les affaires de Fleabag et son café se portent bien. Mais elle lui annonce aussi que Martin pense à porter plainte contre elle après leur échange de coups lors du dîner. Pour le calmer, Claire compte su un de ses amis avocats pour défendre sa soeur. Fleabag profite aussi du cadeau d'anniversaire que lui a fait son père : une séance chez une psychanalyste à qui elle avoue son attirance pour le prêtre.



Fleabag joue les traiteurs pour sa soeur qui organise une remise de prix pour les femmes d'affaires. A cette occasion, elle présente son partenaire finlandais, Klare, à Fleabag, qui devine immédiatement qu'ils ont une liaison. Fleabag fait la connaissance de la lauréate, Belinda, avec laquelle elle échange sur la condition féminine et qui lui prodigie quelques bons conseils. Puis elle se rend à l'église du prêtre avec lequel elle flirte - et réciproquement.


Toutefois, Fleabag comprend qu'il ne rompra pas son célibat pour elle et cela la déprime. Elle revoit l'avocat que lui a présentée Claire et couche avec lui. Il la comble sexuellement mais pas sentimentalement - d'ailleurs elle ne souhaite pas s'engager avec lui. Elle se recueille à l'église et se remémore les obsèques de sa mère, lors desquelles, déjà, leur père subissait les avances de sa future belle-mère. Le prêtre, passablement ivre, la surprend et l'invite à se confesser. Troublé par ce qu'il entend, il l'embrasse. Puis la repousse.
 

Le prêtre réunit la famille et annonce aux futurs mariés qu'il ne pourra pas célébrer leur union, en racontant qu'il a une obligation personnelle. Claire se fait couper les cheveux mais le résultat est désastreux, sauf pour Klare qui la croise avec Fleabag, qui s'éclipse pour les laisser aller à un concert. De retour à son café, elle est attendue par Martin qui et convaincue que Claire va le quitter et implore l'aide de sa belle-soeur - qui la lui refuse. Le soir venu, le prêtre se rend chez Fleabag et lui avoue son attirance. Ils finissent la nuit ensemble.


C'est le jour des noces et le prêtre est finalement présent pour les célébrer. Claire rompt avec Martin et file rattraper Klare qui doit rentrer en Finlande. Après la cérémonie, à un arrêt de bus, Fleabag et le prêtre s'avouent leur amour mais il a choisi de continuer à servir Dieu. Ils partent chacun de leur côté.

Et c'est avec un ultime aparté, d'un signe de la main, que Fleabag nous fait ses adieux. Douze épisodes en tout et pour tout auront suffi à nous la rendre indispensable, mais elle ne reviendra pas. Son histoire est bouclée.

Après une première saison étincelante, on pouvait craindre que Phoebe Waller-Bridge ne fasse pas aussi bien. Il semble que la créatrice et actrice du show ait elle-même douté puisqu'elle a mis trois années à compléter cette suite. Mais le résultat est largement à la hauteur, aussi drôle, aussi émouvant, aussi inventif.

Comme en écho au temps passé entre les deux saisons, le premier épisode se situe plus d'un an après le dernier de la précédente cuvée. Fleabag a coupé les ponts avec sa famille. Sa belle-mère, toujours aussi détestable, va épouser son père. Sa soeur ne lui adresse plus la parole depuis qu'elle accusé Martin d'avoir voulu l'embrasser. L'ambiance est tendue et tout le monde autour de la table parie que Fleabag va encore trouver un moyen d'attirer l'attention de manière embarrassante.

Tout le monde sauf l'invité surprise du repas : un séduisant prêtre qui éveille bien entendu l'intérêt de tous. Car il a la langue bien pendue et devine que cette famille est dysfonctionnelle à souhait. Et que ce dîner pourrait servir de confession géante. Toutefois il est loin de se douter comment tout ça va finir. Une fausse couche plus tard, attribuée à la fausse personne, deux coups de poings dans le nez, et la réunion s'achève en effet de la pire des façons.

Pourtant, l'abcès est crevé. D'abord entre les deux soeurs : Claire découvre que Fleabag, comme elle l'a racontée, a du succès avec son café et s'est assagie dans ses relations avec les hommes. Même si, comme elle l'avouera à une psy, elle craque sur ce beau curé... Et couchera avec l'avocat chargé de la défendre contre la menace d'un dépôt de plainte par Martin (avec qui elle s'est empoignée au resto).

Le duo Claire-Fleabag est clairement au centre de cette saison : la première est coincée, névrosée, malheureuse en couple, mais brillante intellectuellement, avec une carrière professionnelle accomplie. Et entre temps, elle a rencontré son homologue finlandais, qui partage le même prénom qu'elle, Klare, et dont Fleabag comprend très vite qu'ils sont amants. Encore faudra-t-il un peu pousser la frangine à se défaire de Martin qui ment sur sa volonté d'arrêter de boire et prétend qu'il est odieux sans le faire exprès.

De manière générale, on observe dans cette saison que Fleabag interagit davantage avec ses proches, que le script organise des rapports en binômes pour ne plus se contenter du show Phoebe Waller-Bridge. Si rien ne change entre l'héroïne et sa belle-mère, en revanche, avec son père, une forme de rapprochement inattendu s'opère, avec l'aveu d'une fierté et d'un amour réciproque, mais aussi un jugement lucide sur chacun. Comme il le dit à sa fille, elle est douée pour le bonheur mais en a peur et c'est pour cela qu'elle échoue. Mais son courage l'empêche d'abdiquer.

Du courage, il lui en faudra avec le prêtre. D'abord loufoque, cette romance, forcément contrariée, aboutit à quelque chose de plus trouble et troublant sans que Fleabag ne passe pour une tentatrice qui cherche à détourner un homme de sa foi et de son serment. C'est aussi ce qui donne au dénouement de la série ce goût doux-amer, cruel et poignant, car si, d'aventure, ils avaient fini ensemble, ç'aurait été convenu. C'est triste pour elle, mais c'est aussi plus juste pour la série.

Il faut aussi noter que le prêtre remarque peut-être trop la singularité de Fleabag pour ne pas y succomber. En effet, à plusieurs reprises, il lui fait prendre conscience qu'elle brise le quatrième mur mais sans le formuler aussi clairement (il évoque des absences). Et Fleabag, on le sent bien, est dérangée qu'on voit cela. Nul doute que si une vie avait été possible avec l'homme d'église, elle aurait du se retenir, autant dire se réprimer, et elle sait pertinemment que ce n'est pas en renonçant à cette part d'elle qu'elle aurait été heureuse.

Encore une fois, l'interprétation est époustouflante. Andrew Scott (qui était la vedette d'un épisode, Smithereens, de la récente dernière saison de Black Mirror) est excellent en prêtre tourmenté. Olivia Colman est impériale en belle-mère haïssable au possible. Kristin Scott Thomas joue les guests de luxe dans l'épisode 3, dans le rôle de Belinda. Et bien entendu Pheobe Waller-Bridge est exceptionnelle, toujours juste, toujours irrésistible, toujours bouleversante.

Fleabag me manquera. Mais désormais, chaque fois que Phoebe Waller-Bridge sera créditée au générique, ce sera à surveiller, de près.

dimanche 20 août 2023

La saison 1 de FLEABAG vous fait rire... Aux larmes


Pas facile de trouver une bonne série après The Marvelous Mrs. Maisel... Alors, j'ai creusé et je me suis rappelé de Fleabag, diffusé en 2016, et sur lequel je n'avais jamais écrit. Cette série créée, écrite et incarnée par Phoebe Waller-Bridge, bien avant Killing Eve ou le dernier Indiana Jones, n'a connu que deux saisons, mais reste une oeuvre fulgurante, très drôle et poignante.
 

"Fleabag" est une jeune femme qui multiplie les aventures sexuelles sans lendemain, comme avec cet homme qu'elle laisse la sodomiser car c'est un fantasme qu'il n'a jamais pu réaliser avec d'autres filles. Le lendemain matin, elle croise le regard d'un passager dans le bus et celui qu'elle surnomme tout de suite "le rongeur" (à cause de sa denture) obtient son numéro après qu'elle lui a parlé de Harry, son copain qui l'a récemment quitté après l'avoir surprise en train de se masturber sur une vidéo de Barack Obama. A la banque, elle se voit refuser un emprunt pour son café qu'elle a ouvert avec son amie Boo. Puis elle retrouve sa soeur, Claire, à une conférence puis rend visite à son père et sa belle-mère (elles ne s'apprécient pas), à qui elle vole une petite sculpture de valeur qu'elle espère revendre un bon prix.


Fleabag demande au mari de Claire, Martin, de l'aider à revendre la sculpture en échange d'une commission de 10% pour lui. Harry revient à elle et propose, pour pimenter leur relation de se faire des surprises, mais quand il s'aperçoit qu'elle a maté du porno sur son ordinateur, il claque la porte. Pourtant, elle reste sûr qu'il le regrettera vite.


Fleabag aide Martin à trouver un cadeau d'anniversaire pour Claire. Elle invite "le rongeur" à la fête mais au moment de la remise de cadeaux, elle voit Martin offrir la sculpture à Claire. Plus tard dans la soirée, Martin, passablement ivre, tente, à l'abri des regards, de voler un baiser à Fleabag qui le repousse.


Claire et Fleabag profitent d'un week-end ensemble payé par leur père dans une retraite à la campagne où elles doivent faire voeu de silence. Mais les deux soeurs ne respectent pas la règle. Fleabag découvre à côté de la résidence où elles sont que des hommes suivent un stage parce qu'ils ont harcelé des femmes au travail. Elle aperçoit son banquier parmi eux et ils se confient l'un à l'autre sur leurs ratés existentiels. Claire révèle ensuite à Fleabag qu'elle a décroché une promotion mais doit partir en Finlande, ce qu'elle rechigne à faire car elle ne veut pas quitter Martin.


Pour l'anniversaire du décès de leur mère, Fleabag et Claire déjeunent chez leur père et leur belle-mère. Fleabag en profite pour remettre la sculpture, que Claire lui a rendue après avoir appris sa provenance, dans l'atelier de sa belle-mère. Celle-ci annonce qu'elle va exposer ses peintures et moulages dans une "sexposition", ce qui perturbe tout le monde. Claire re-dérobe la sculpture pour la redonner à Fleabag qui passe la nuit avec son amant amateur de sodomie, mais qui n'arrive plus à avoir d'érection avec elle.


Fleabag arrive à la "sexpo" de sa belle-mère qui l'humilie en lui demandant de jouer les serveuses. Elle croise Harry puis Claire lui annonce qu'elle ne partira pas en Finlande et l'accuse d'avoir voulu embrasser Martin à sa fête d'anniversaire. Tout cela renvoie Fleabag au suicide de Boo après qu'elle avait apprise que son copain l'avait trompée, ignorant qu'il avait couché avec Fleabag. Elle tente de se suicider mais son banquier l'en empêche et lui donne rendez-vous pour réexaminer sa demande de prêt.

Depuis 2016, Phoebe Waller-Bridge en aura fait du chemin : elle aura été l'auteur de séries comme Run et Killing Eve, aura été appelé en renfort sur le script de Mourir peut attendre, joué la nièce de Indiana Jones (dans le Cadran de la destinée), et va relancer la franchise Tomb Raider (Lara Croft) pour Prime Video (Amazon Studios). 

Mais tout a vraiment commencé avec Fleabag qui a débarqué sur la BBC : en six épisodes, la saison 1 de cette série aura tout balayé sur son passage, révélant une personnalité unique, audacieuse et piquante. Avec son héroïne sans identité, mais qui ne cesse de s'adresser en aparté au téléspectateur, l'auteur-comédienne s'imposait comme quelqu'un avec qui il faudrait compter.

L'écriture, parlons-en : rarement le format de 30' aura contenu un propos si dense, si singulier. On rit beaucoup dans Fleabag, en suivant les (més)aventures de cette trentenaire qui collectionne les amants sans vouloir se lier et en étant persuadé qu'ils reviendront toujours vers elle quand ils se sentiront seuls. Elle était en couple avec le malingre Harry jusqu'à la maladresse de trop, quand il l'a surprise en train de se caresser alors qu'elle regardait sur son ordinateur un discours de Barack Obama. Malheureusement, elle ne se doutait pas que cette fois-ci, elle était allée trop loin et que ce serait le début de la fin.

Car Fleabag, on va le découvrir à la toute fin de la saison, dissimule derrière son caractère affranchi et gaffeur une faute impardonnable. Avec sa meilleure amie Boo, qui était aussi sa co-locataire et co-propriétaire du café qu'elles avaient ouvert à Londres, elles fantasmaient sur le même garçon, leur séduisant voisin de palier. Boo sortit la première avec lui et entama une relation épanouie à ses côtés. Et puis un soir, Fleabag et lui se sont trouvés seuls et ont commis l'inexcusable.

Avouant son infidélité sans nommer avec qui il l'avait partagé, le copain de Boo lui inspira sans le vouloir un projet aux conséquences dramatiques. Elle voulut tenter de se suicider afin qu'il la retrouve à l'hôpital et la supplie de refaire leur vie ensemble. Mais Boo fut victime d'un grave accident et en mourut. Depuis Fleabag vit, mal, avec ce sentiment de culpabilité et tient seule, et mal là encore, le café.

Tout va de travers sans Boo : elle couche avec des amants indélicats ou gentils mais laids, son banquier lui refuse un prêt, son beau-frère la drague, sa belle-mère ne cache plus le mépris qu'elle lui inspire, sa soeur Claire ne comprend pas comment elle se débrouille pour toujours faire les mauvais choix ou ne pas accepter les siens. Tout ça lui explose en pleine figure un soir de vernissage où, humiliée, trahie, accusée, Fleabag craque, fond en larmes, et veut en finir à son tour.

Et là, la série bascule. Finie la comédie. L'émotion vous étreint comme rarement, comme ça, sans prévenir, mais avec une force peu commune. On se demandait juste avant pourquoi Fleabag subissait tout ça - cette belle-mère vacharde, ce père lâche, cette soeur distante, ces amants ingrats. Tout ça s'envole pour nous la montrer en proie à un désespoir cruel, terrible, face à un deuil qu'elle ne peut surmonter, une faute qu'elle ne peut se pardonner. Heureusement, une éclaircie se profile dans la dernière scène, après des aveux bouleversants. De quoi donner envie de vite enchaîner avec la saison 2.

Le casting est composé d'acteurs impeccables mais dont la popularité n'a pas dû franchir la Manche, à l'exception d'Olivia Colman, absolument magistrale dans la peau de cette belle-mère épouvantable, au sourire faux et aux manières fielleuses. Phoebe Waller-Bridge porte son show sur ses épaules avec une maîtrise extraordinaire.

La réalisation se doit d'être au cordeau pour suivre cette nature hors norme et cette écriture ciselée, avec ces fameuses adresses au public irrésistibles et imprévisibles (même après six épisodes, on se laisse encore avoir).

Un tour de force. Phoebe Waller-Bridger est dans la place. Et pour longtemps.

mardi 8 août 2023

THE MARVELOUS MRS. MAISEL tire sa révérence


Mise en ligne en Avril dernier, cette cinquième saison de The Marvelous Mrs. Maisel est aussi la dernière de la série. Amy Sherman-Palladino savait que conclure ce show serait sûrement encore plus dur que le lancer et elle a mis les petits plats dans les grands. Le plus souvent avec réussite, parfois en chargeant un peu trop la barque. Mais on regrettera de ne plus suivre les aventures de Midge, Susie et les autres.


Souffrant d'hypothermie après être rentrée chez elle dans le blizzrd, Midge reçoit la visite à son chevet de Susie à qui elle promet de ne plus refuser aucun des engagements qu'elle lui décrochera. Au dîner de Thanksgiving, Moishe et Shirley Maisel, les parents de Joel, annoncent qu'ils vont divorcer car Moishe refuse de prendre sa retraite, même après son infarctus. Joel accuse le coup d'autant qu'il avoue que Mei Lin l'a également quitté après avoir avorté pour suivre ses études de médecine à Chicago. Alors que Midge accompagne Alfie le magicien à l'aéroport, elle crois Lenny Bruce en partance pour Los Angeles. Le soir elle se produit au club Wolford où Gordon Ford la remarque et accepte de l'engager dans son équipe d'auteurs.


Entourés exclusivement d'hommes, Midge a du mal à trouver sa place au sein de l'équipe du Gordon Ford Show mais s'accroche pour honorer la promesse faite à Susie. Abe Weissman interviewe une comédienne qui le drague ouvertement. Les menaces des marieuses à l'égard de Rose se font de plus en plus insistantes. L'équipe du Show fête à la patinoire leurs excellents audiences qui en font l'émission n° 1 des Etats-Unis et Gordon Ford vole un baiser à Midge.


Midge réussit enfin à caser une blague pour le show. Rose fait appel à Susie pour intimider les marieuses et Frank et Nicky se chargent de les calmer. Moishe et Shirley se réconcilient pour apaiser Joel qui est excédé par le fait que leur brouille empiète sur son lieu de travail. Gordon Ford assiste à nouveau au numéro de Midge au Wolford mais elle repousse toujours ses avances.


Devant toujours de l'argent à Frank et Nicky, Susie convainc Midge de se produire dans une foire pendant deux soirées. Mais quand Midge apprend pourquoi, elle sabote sa prestation, ce qui fâche les deux gangsters et éveille les soupçons de Joel, qui craint pour la vie de son ex-femme et mère de ses enfants. Sophie Lennon est invitée au Gordon Ford Show tandis que Hedy, la femme de l'animateur, reconnaît en coulisses Susie et la poursuit jusqu'à l'extérieur du studio. Mais Susie refuse de boire un verre avec elle, contrariée par une vieille histoire entre elles.
 

Susie harcèle le producteur David Weston pour qu'il caste James Howard, son nouveau poulain, dans son prochain film. Midge accepte d'aider George Toledano, le producteur du Gordon Ford Show, à convaincre des sponsors de parrainer l'émission lors d'une soirée privée sur un yacht. Mais quand elle remarque que l'un d'eux s'en prend à une serveuse, elle le ridiculise et se fait débarquer.. Zelda, la bonne des Weissman, se marie et démissionne, laissant ses employeurs désemparés.


En 1985, Midge se produit sur scène et évoque sa relation avec Susie. En 1990, Susie est l'invitée d'honneur d'un dîner donnée par des collègues impresarios qui célèbrent sa carrière en racontant des anecdotes, comme celle où elle a eu la peau de George Toledano quand il a voulu virer Midge du Gordon Ford Show et que Mike Carr, son adjoint, lui a succédé. Pour conclure les festivités, une vidéo de Midge est diffusée où elle invite Susie à se revoir. En 1985, Midge vire Susie après avoir appris que si Joel croupit en prison, c'est parce qu'il avait conclu un arrangement avec Frank et Nicky pour qu'ils ne fassent plus d'argent sur le dos de Midge.


Abe est dévasté en découvrant que Ethan, le fils de Midge et Joel, n'affiche aucun talent particulier comme tous les mâles Weissman. Mais en surprenant Esther, sa petite-fille au piano, il est réconforté. Danny Stevens, star d'une sitcom, invité au Gordon Ford Show, remarque Midge et tente de la débaucher. Pour la conserver, Ford l'augmente mais elle préférerait qu'il la programme comme comique dans l'émission, ce qu'il a toujours refuser à ses auteurs. Susie décroche une audition à Midge pour le show de Jack Parr, concurrent de celui de Ford, mais elle n'est pas retenue et, une fois rentrée chez elle, abattue, elle craque et fond en larmes.
 

Convoqués par la directrice de l'école d'Ethan, Joel et midge l'écoutent d'une oreille distraite et se remémorent les temps forts de leur relation. Puis Midge rejoint ses trois meilleures amies de la fac au campus où elles firent leurs études et où elles comparent leurs parcours. La Princesse Margaret d'Angleterre va passer au Gordon Ford Show grâce à Hedy et Midge est chargée de lui écrire un sketch. Après l'émission, Hedy la félicite et évoque Susie avec qui elle a été à l'université et suggère avoir eu une liaison. Midge exige alors de Susie qu'elle parle à Hedy pour que Gordon la programme. Lors d'un dîner avec ses collègues du "Village Voice", Abe reconnaît le talent et la force de caractère de sa fille alors qu'il a toujours favorisé son fils Noah.
   

Lenny Bruce dîne avec Midge et lui prédit que dans les six mois à venir, elle sera plus célèbre que lui. Moishe et Shirley Maisel décident de se retirer en Floride. Susie et Midge apprennent que Ford ne fera que partager un numéro avec elle. Midge décide alors de forcer sa chance et improvise seule au micro. Elle fait un triomphe auprès de Ford, pourtant d'abord contrarié, et du public. En 2005, Midge appelle Susie, retirée sur la Côte Ouest, pour regarder en même temps qu'elle le jeu "Jeopardy" en échangeant des blagues.

On regarde ces neuf derniers épisodes avec une grande mélancolie, comme à chaque fois qu'il est temps de quitter des personnages avec lesquels on a passé de bons moments. Mais, même si c'est un peu triste, au moins a-t-on la satisfaction de savoir que cette saison 5 a été écrite comme une conclusion par sa créatrice et pas comme un épilogue forcée par le studio qui a annulé le show.

Ce qu'il faut retenir de ces neuf derniers épisodes, c'est que Amy Sherman-Palladino et ses équipes ont décidé de jouer un peu avec nos nerfs. En effet, il faut attendre pour savoir si Midge Maisel accèdera à la gloire qu'elle souhaite et mérite. Et plus précisément dans quelles conditions elle y arrivera.

Avant cela, toutefois, la série souffre de flashforwards pénibles (dans les épisodes 1, 2, 5, 6, 7 et 9) parce qu'ils tuent le suspense, n'apportent pas grand-chose (hormis pour l'épisode 6) et nous infligent le spectacle de personnages vieillissants. A ce sujet, on s'étonnera de la laideur des maquillages alors que la production design de la série a toujours été irréprochable. Mais là, honnêtement, ce n'est ni fait ni à faire. 

Quand ce n'est pas cosmétique, ces flashforwards sont très dispensables. Ainsi, on découvre Esther Maisel en 1981 qui parle, en mal, de sa mère absente à un psy dans une sorte de piteux pastiche de Woody Allen. Puis c'est au tour d'Ethan qui, en 1984, vit dans un kibboutz avec sa future femme qui, évidemment, déteste sa future belle-mère qui le lui rend bien. En 1987, Midge rend visite à Joel en prison (on saura ensuite comment il y a atterri) pour une scène maladroite sur la concupiscence des compagnons de cellule de son ex-mari. Avant cela, en 1973, Midge finance à fonds perdus les activités déclinantes de marieuse de Rose, sans qu'on sache trop si Abe est encore de ce monde. 

De toutes ces flashforwards, je n'en sauverai que trois. Il y a bien entendu celui situé en 1965 où Susie tente de sortir du trou un Lenny Bruce (Luke Kirby, comme d'habitude incroyable) en pleine déchéance, ruiné par des procès à répétitions et qui se produit dans un club miteux devant un public embarrassé. C'est poignant et ça renvoie au film Lenny de Bob Fosse avec Dustin Hoffman, qui détaille la descente aux enfers du comique : un chef d'oeuvre absolu que je vous conseille de voir. L'épilogue de la série, en 2005, avec Midge et Susie au téléphone est touchant et leurs éclats de rire consolent un peu le téléspectateur au moment de dire "adieu" à ces deux femmes merveilleuses.

Mais surtout, il y a cet épisode 6, entièrement consacré à Susie, qui se passe en 1990. Alex Borstein y est extraordinaire, le script est fabuleux. C'est là où on découvre comment Midge s'est séparée de Susie puis où elle renoue avec elle dans une scène bouleversante, qui, je l'avoue, m'a ému aux larmes.   

Délestée de ces flashforwards, pour la plupart inutiles, cette saison 5 aurait été, comme la première, un chef d'oeuvre total. Mais il ne faut pas bouder son plaisir et reconnaître que cette ultime salve d'épisodes est d'un très haut niveau. Non, on y assiste pas à l'ascension de Midge, mais à sa laborieuse marche vers ce coup de force audacieux qu'elle tente dans le dernier chapitre. Ces quatre minutes pour l'éternité qui, même si elles auraient gagné à être filmées en un seul plan-séquence, auraient été le paroxysme de toute la série.

Avant cela, on suit Midge dans sa nouvelle fonction : elle devient une des plumes de Gordon Ford, animateur d'un talk show, pour qui elle doit écrire des blagues, des bons mots, entourée exclusivement d'hommes. Une école de la patience et de la persévérance, qui se trouve magnifiquement résumée par Abe (Tony Shalhoub vous met les poils dans cette scène) lors d'un dîner en compagnie de ses collègues de "Village Voice" sur le fossé générationnel entre parents et enfants. : le père de Midge reconnaît qu'il a toujours favorisé Noah, son fils, car, dans sa famille, les premiers nés masculins, suivant une éducation très stricts, devenaient des prodiges. Ayant négligé sa fille, il admire aujourd'hui sa force de caractère car, après son divorce, elle n'a pas sombré, après de multiples échecs pour être reconnue comme humoriste, elle n'a rien lâché, malgré ses devoirs de mère, elle n'a pas négligé ses enfants. Quelle déclaration !

Bien sûr, tout n'est pas de ce niveau et certains épisodes se développent sur un registre plus anecdotiques, mais on sent la volonté de Amy Sherman-Palladino de réserver une belle sortie à tout son casting. Parfois, c'est plus convaincant que d'autres, comme avec Joel (Michael Zegen, impeccable) dont on devine qu'il restera toujours amoureux de Midge mais qu'il regrettera éternellement de l'avoir trompée une fois. Rose (Marin Hinkle, dans une partition ingrate) est un peu moins bien traitée, comme si les scénaristes ne réussissaient pas à fendre son armure. Les parents Maisel sont très drôles jusqu'au bout (Kevin Pollack et Caroline Aaron sont irrésistibles). Je me serai plus facilement passé du temps accordé à Zelda, son mariage (même si la scène est hilarante) et ses difficultés à se détacher des Weissman.

Mais outre donc Alex Borstein, qui a eu droit à son épisode bien mérité, c'est encore et toujours Rachel Brosnahan qui illumine la série. Son charme, sa gouaille, son swing, son charisme sont uniques. L'actrice est étincelante de bout en bout, pendant cinq saisons elle aura dominé le monde et il est inconcevable qu'elle ne devienne pas une star comme Midge Maisel. Cette fille-là, mes amis, elle est terrible !

Merci, Mrs. Maisel ! Et chapeau !

samedi 5 août 2023

La saison 4 de THE MARVELOUS MRS. MAISEL repart (presque) de zéro


Trois ans se sont écoulés entre les saisons 3 et 4 de The Marvelous Mrs. Maisel. Faut-il y voir une remise en question de la part de sa créatrice, Amy Sherman-Palladino, après des épisodes qui s'éparpillaient ? Ou un manque d'inspiration face à la situation dans laquelle elle avait laissée son héroïne ? En tout cas, ces huit nouveaux chapitres sont comme un nouveau départ et c'est bien le thème qui les parcourt : aller de l'avant après avoir beaucoup perdu.
 

Son renvoi de la tournée de Shy Baldwin renvoie Midge Maisel dans les cabarets comme le "Gaslight". Ses sketches sont virulents, marqués par l'humiliation qu'elle a subie et le ressentiment qu'elle éprouve d'autant que la presse s'est fait l'écho de sa déchéance. Elle réclame son argent à Susie qui l'a perdu au jeu et compte sur les indemnités que doivent lui verser les assurances pour l'incendie de la maison de sa mère pour la rembourser. Joel aussi a ses problèmes car les propriétaires de son club sont mécontents de l'attention portée à la salle de jeu clandestines située au sous-sol par le succès de l'établissement. Joel accepte néanmoins de prêter de l'argent à Susie mais Midge s'est mise en tête de refuser de jouer en première partie d'un autre artiste à l'avenir.
  

Abe et Rose Weissman réemménagent dans leur ancien appartement racheté par Midge tout en faisant croire à leurs voisins qu'ils en sont à nouveau propriétaires. Sophie Lennon refuse la lettre de démission de Susie alors qu'elle se remet de son échec à Broadway dans une maison de repos. La mère de Joel lui présente de jeunes filles célibataires car il ne lui a toujours pas avoué sa relation avec Mei Lin. Midge humilie un comique qui se produit dans un club et se fait arrêter. En cellule, elle rencontre une effeuilleuse qui lui parle du club de strip-tease où elle travaille et qui cherche à recruter une présentatrice. Abe touche sa première paie, d'un montant dérisoire, du "Village Voice".


Midge devient la présentatrice des numéros d'effeuillage du club Wolford et profite de chaque passage sur scène pour jouer quelques sketches devant un public peu commode. Toutefois, au fil des semaines, sa renommée attire une nouvelle clientèle et elle obtient de Boise, le patron, de meilleures conditions de travail pour elle et les danseuses. Les Weissman assistent à la première d'une comédie musicale écrite par un jeune membre de leur centre de vacances des Catskills. Abe en tire une critique au vitriol qui lui vaut d'être pris à parti lors d'un bar-mitzvah. Susie assiste aux funérailles de Jackie, le patron du "Gaslight", et, traumatisée par cette disparition, sombre dans la dépression. Lenny Bruce vient voir Midge au Wolford et lui prodigue quelques conseils.


Rose Weissman voit son activité de marieuse prendre son envol tandis que Asher Friedman rend visite à Abe. Midge héberge Susie, toujours déprimée. Meil Lin retarde le moment de rencontrer les parents de Joel, convaincue qu'ils ne l'accepteront pas. Frank et Nicky trouvent un local à Susie pour qu'elle y installe son bureau en échange d'un intéressement sur ses bénéfices. Lors d'un dîner avec Asher, Abe découvre que son ami et Rose ont eu une aventure autrefois. Sophie Lennon relance Susie pour qu'elle lui trouve un emploi et, si elle réussit, promet de la lâcher. Midge savoure la liberté d'expression dont elle bénéficie sur la scène du Wolford même si cela la change du public des salles.


Midge et Susie reçoivent, par erreur, une invitation à la réception du mariage de Shy Baldwin. Mais Midge saisit l'occasion pour pacifier sa relation avec le crooner, bien qu'ensuite son manager tente d'acheter son silence au prix fort - ce qu'elle refuse, au grand dam de Susie. Rose découvre que Midge se produit au Wolford et craint que ses clients ne l'apprennent et ne veuillent plus la solliciter pour des mariages. Susie parvient à faire inviter Sophie au tonight show de Gordon Ford où elle regagne la sympathie du public. Susie engage Dinah comme secrétaire.


Lenny Bruce se réveille avec la gueule de bois chez Midge qui lui explique l'avoir trouvé ivre mort la veille au soir dans une rue. Embarrassé, il s'enfuit en reprochant son maternalisme à Midge. Susie parvient à caser Alfie, un jeune magicien, chez Joel pour qu'il se produise. Rose est convoquée par d'autres marieuses qui lui reprochent de marcher sur leurs plates-bandes et l'intimident. Midge confronte L. Roy Dunham, une journaliste qui la dénigre. Sophie devient l'animatrice d'un jeu télé et propose à Midge d'en devenir la chauffeuse de salle en échange de quoi elle remboursera toutes ses dettes et la débarrasera de Dunham. Mais les deux femmes se crêpent le chignon dès la première émission, jalouses du succès de l'autre.
 

Midge rencontre Silvio et débute une liaison avec lui avant qu'ils ne soient surpris au lit par la femme de ce dernier. Alfie se produit sur scène et hypnotise Rose qui se met à reproduire un sketch joué par Midge au Wolford devant sa fille, son fils et son mari, consternés. Grâce à une danseuse du club, Midge décroche un contrat pour divertir les femmes des investisseurs de la campagne électorale de JFK mais alors qu'elle plaisante sur son aventure avec Silvio, elle fait pleurer Jackie Kennedy. Dinah présente à Susie un jeune comique noir qu'elle accepte d'aider. Lenny annonce à Midge qu'il va se produire au Carnegie Hall et qu'il l'a recommandée à Tony Bennett pour le remplacer pour la première partie de son show au Copacabana. Joel parle de Meil Lin à son père qui fait une attaque.


Une descente de police oblige tout le personnel et le public du Wolford à fuir et Lenny entraîne Midge dans sa chambre d'hôtel où ils finissent la nuit au lit. Hospitalisé, Moishe Maisel se rétablit et accepte que Joel épouse Mei Lin. Rose décide de poursuivre ses activités de marieuse malgré les menaces de ses rivales. Lenny triomphe au Carnegie Hall puis passe un savon à Midge pour lui expliquer qu'elle gâche son potentiel et doit se reprendre en main après avoir refusé de faire la première partie de Tony Bennett. Alors qu'elle rentre chez elle en plein blizzard, elle s'arrête devant l'affiche du Gordon Ford Show et se promet de se produire.

Cette dernière séquence justifie à elle seule cette saison 4 de The Marvelous Mrs. Maisel. Superbement dialoguée, mise en scène et jouée, elle renoue avec ce que le show a produit de meilleur en quatre saisons. Mais surtout, comme peut-être jamais auparavant, il va au plus profond du thème de la série : l'ascension, difficile, d'une jeune humoriste dans l'Amérique des années 1950-1960.

La saison 3 avait donné l'impression que Amy Sherman-Palladino s'égarait en multipliant les lignes narratives. Et finalement, on en sortait frustré car où étaient passés les moments sur scène, la fébrilité, la tension, les répercussions sur la vie privée de Midge Maisel. Tout culminait avec l'échec à Broadway de Sophie Lennon qui volait la vedette au reste du casting.

Trois ans auront été nécessaires à Amy Sherman-Palladino pour écrire ces huit nouveaux épisodes. Sans présumer de ce qui justifie un tel délai pour une série qui, jusque-là, enchainait les saisons à un rythme de métronome, on peut penser qu'une remise en question s'est opérée. Et la showrunner comme son héroïne repartent de zéro en quelque sorte.

Le premier épisode s'ouvre sur Midge de retour sur la scène du "Gaslight" et on sent tout de suite la différence : le sketch qu'elle fait est acide, virulent, amer. Elle rumine toujours son renvoi de la tournée de Shy Baldwin et, pour ne rien arranger, la presse s'est emparée de l'affaire pour affirmer qu'elle ne s'en relèvera pas. Elle, a pris une décision ferme et radicale : elle se ne produira plus jamais en première partie d'un artiste et ne jouera que là où elle pourra dire ce qu'elle veut, sans censure.

Evidemment, cela ne fait pas les affaires de Susie, son impresario. D'autant moins que Midge veut récupérer son argent - argent perdu au jeu par Susie qui compte sur une arnaque à l'assurance pour la rembourser. Et le décès soudain de Jackie, la patron du "Gaslight", va la précipiter dans un abîme de tristesse, d'autant qu'elle va apprendre que ce dernier cachait bien des secrets sur son passé. Il fut décoré durant la seconde guerre mondiale et pourtant lors de ses funérailles, personne ne vient se recueillir pour lui.

Bizarrement, alors que Midge et Susie sont au trente-sixième dessous, les Weissman sont requinqués : Abe est désormais employé au "Village Voice" comme critique théâtral et s'enhardit vite, tandis que Rose voit son activité de marieuse prendre son envol - même si, bientôt, elle va rencontrer des rivales menaçantes, et que Abe devra faire face à l'hostilité de sa communauté après avoir descendu la pièce d'un jeune dramaturge juif.

Puis tout bascule quand Midge devient la présentatrice d'un club de strip-tease : elle profite du peu de temps sur cette scène insolite pour dire ce qu'elle veut. Si l'expérience reste frustrante, elle se démène en coulisses pour que les danseuses et elle-même bénéficient de meilleures conditions de travail. Ses efforts paient car les effeuilleuses la soutiennent et surtout parce que cela attire un nouveau public, donc de nouveaux profits. Tout le monde y gagne - même si, pour Lenny Bruce, comme on le verra à la fin de la saison, Midge gâche son talent dans ce bouge.

Sophie Lennon resurgit aussi, mais de manière mieux dosée. Son conflit avec Midge semble même prêt de se régler, mais ce ne sera qu'un feu de paille, la rivalité des deux comiques revenant à la surface très vite lors d'une scène explosive. Susie, elle, se diversifie et assume enfin pleinement son rôle en s'occupant d'autres talents, en ayant un bureau, une secrétaire. C'est sans doute, durant toute cette saison, elle qui prend le plus d'envergure, change le plus de stature - il était temps.

Le chassé-croisé entre Midge et Lenny Bruce reste cependant le fil rouge de ces épisodes : ils échangent dans l'épisode 3, se revoient dans l'épisode 6, couchent ensemble dans l'épisode 7 et ont donc cette explication entre quatre yeux dans l'épisode 8. Il est clair que c'est une étape cruciale dans leur relation : Lenny atteint le sommet en se produisant au Carnegie Hall tandis que Midge est mise à nu (au propre comme au figuré) par son mentor quand il lui dit qu'elle se cache, qu'elle a la trouille, qu'elle se sabote et risque de passer à côté de tout. Il n'est pas question d'en faire un couple, il n'y a rien de franchement romantique entre eux, mais Midge doit s'accomplir tandis que Lenny est déjà sur la pente descendante (Midge découvre de la drogue dans sa trousse de toilette). La subtilité et l'intensité avec laquelle cela est formulé, montré, c'est simplement magistral. 

C'est pourquoi, même si la distribution dans son ensemble demeure impeccable, on applaudira surtout Luke Kirby, Jane Lynch, Alex Borstein et Rachel Brosnahan comme le carré d'as qui gagne la partie. Cette saison 4 est peut-être moins fluide, moins tourbillonnante que les autres, mais ces quatre acteurs, ces quatre fantastiques nous emportent, nous font vibrer et ont raison de toutes les réserves.

Plus qu'une saison et neuf épisodes avant de dire adieu à Midge, la fabuleuse Mrs. Maisel.

samedi 29 juillet 2023

La troisième saison de THE MARVELOUS MRS. MAISEL s'éparpille un peu trop


Réduite de deux épisodes, cette troisième saison de The Marvelous Mrs. Maisel laisse un sentiment frustré au téléspectateur, gâté par les deux premières. Mais ça ne veut pas dire que la série baisse en qualité, simplement que Amy Sherman-Palladino semble parfois hésiter entre deux directions jusqu'à la conclusion, plutôt amère.


Midge et Susie arrivent au gala des armées pour se produire en première partie de Shy Baldwin. Joel visite un club à vendre dans Chinatown et a un coup de coeur : il l'achète sans réfléchir pour un prix modique. Rose explique à Abe qu'elle subvient aux besoins de la famille, grâce à l'argent que lui donne sa famille, depuis qu'il a démissionné de ses postes à Columbia et Bell Labs. Midge apprend, très contrariée, que Susie est également maintenant l'impresario de Sophie Lennon. Joel découvre qu'au sous-sol de son club se trouve une salle de jeux clandestine. Abe assiste à une représentation de Lenny Bruce avant que la police ne les arrête.
 

Toujours en colère contre Susie, Midge écoute sa meilleure amie Imogene lui expliquer que son impresario ne peut pas seulement s'occuper d'elle. Abe fait la connaissance de jeunes activistes communistes avec lesquels il entreprend de fonder un journal d'opposition et qui viennent squatter dans l'appartement des Weissman. Rose se rend à Providence pour demander à ses frères un peu plus d'argent mais quand elle se rend compte qu'elle n'a pas voix au chapitre, elle s'emporte et repart, refusant leur pitié. Joel rencontre Mei Lin qui s'occupe de la salle de jeu. Midge se réconcilie avec Susie.


Susie se partage désormais entre Midge, qui triomphe chaque soir en première partie de la tournée de Shy Baldwin, et Sophie Lennon, dont elle organise le grand retour su scène dans une pièce classique, Mademoiselle Julie d'August Strindberg. Elle y donnera la réplique au comédien de renom Gavin Hawk dans un théâtre de Broadway. Abe et Rose se résolvent à déménager et sont hébergés chez les Maisel qu'ils ne supportent pas. Midge arrive à Las Vegas tandis que Joel et Mei Lin se rapprochent.


Se sentant seule sans Susie, accaparée par Sophie Lennon, Midge invite Joel à la rejoindre à Las Vegas alors qu'il est bien occupé par ailleurs à retaper son club, mais son ami Archie lui conseilled'y aller. Abe s'investit beaucoup dans la conception du journal mais ses jeunes amis commencent à manifester leur exaspération envers ses exigences. Les répétitions de Mademoiselle Julie se déroulent dans une ambiance tendue, entre Sophie qui ne sait pas son texte, le metteur en scène et ses indications nébuleuses et l'exaspération de Gavin Hawk. Joel rejoint Midge et, après une soirée trop arrosée, découvre au matin qu'ils se sont remariés.


Susie rejoint Midge à Miami. Le torchon brûle entre Abe et les activistes qui s'avèrent plus bourgeois que lui. Mei Lin use de ses influences pour que Joel décroche la licence qui lui permettra de servir de l'alcool dans son club. Midge croise Lenny Bruce et participe à un show télé avec lui. Ils flirtent mais Midge préfère en rester là même si elle ne ferme pas la porte à une relation plus poussée dans le futur.


Abe et Rose, excédés par les Maisel, répondent favorablement à l'invitation de Midge à les rejoindre à Miami où elle les loge en échange de leur promesse d'assister à son numéro. Mais le soir venu, Shy Baldwin est introuvable. Midge part à sa recherche et le trouve sur son yacht, le visage tuméfié. Il lui avoue son homosexualité et avoir été agressé par un amant jaloux. Elle l'aide à cacher ses blessures et à monter sur scène. Abe revoit un vieil ami, le dramaturge Asher Friedman, dont la carrière a été stoppée nette par le maccarthysme, et il l'encourage à réécrire une pièce. 


Shy au repos, la tournée est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Pour gagner sa vie, Midge enregistre des réclames à la radio mais elle refuse de prêter sa voix pour la campagne de Phyllis Schlafly, une conservatrice anti-féministe. Abe a écrit un article sur le sort d'Asher Friedman qui est publié dans le "New York Times". Susie perd beaucoup d'argent au jeu, y compris une partie de ce que lui confie Midge. La première de Mademoiselle Julie est un désastre : Sophie Lennon joue comme si c'était un long sketch pour plaire au public. Susie s'emporte contre elle après la représentation et démissionne pour se consacrer exclusivement à Midge.


L'ouverture du club de Joel est un succès. Midge se produit sur sa scène pour pallier un problème technique puis est présentée à Mei Lin. Susie perd tout son argent et celui de Midge au jeu. POur la rembourser, elle met le feu à la maison de sa mère après le décès de cette dernière afin de toucher l'indemnisation de l'assurance. Moishe accepte de revendre l'appartement des Weissman à Midge. Susie demande à Joel de gérer la comptabilité de Midge à l'avenir. Abe est engagé comme critique au "Village Voice" et les Weissman quittent la maison de Maisel. Après un passage triomphal à l'Apollo Theatre, Midge apprend, catastrophée, que Shy la congéide car elle a plaisanté sur sa vie privée.

En commençant à suivre cette troisième saison de The Marvelous Mrs. Maisel, on est déjà un peu déçu car elle ne compte plus que huit épisodes au lieu des dix des deux précédentes saisons. J'ignore les raisons de cette diète même si je pense que c'est un choix créatif car la série a été un succès jusqu'à la fin et qu'elle continuait de rafler de nombreuses récompenses dans diverses cérémonies de remises de prix.

Puis, très vite, on oublie ce désagrément car l'histoire nous embarque comme toujours. Midge est sur la voie royale : souvenez-vous, à la fin de la saison 2, elle était recrutée par le crooner Shy Baldwin pour assurer la première partie de ses concerts en Amérique puis en Europe. Pour honorer cet engagement, Midge a renoncé à épouser Benjamen Ettenberg, au grand dam de ses parents, et Joel a accepté de s'occuper de leurs deux enfants en son absence. 

Le show démontre une fois de plus son faste extraordinaire en offrant un premier épisode spectaculaire au gala des armées, avec une importante figuration et plusieurs tableaux sur scène qui montrent le show de Shy Baldwin et sa troupe, avec un tour de chant par ses choristes, le numéro de Midge, celui d'un magicien (issu d'un régiment sur place) puis enfin le récital de la vedette. Difficile de ne pas être conquis par tout ça.

Mais c'est la calme avant la tempête car du côté de Susie aussi, la situation a changé : elle a accepté, sans le dire à Midge, d'être l'impresario de Sophie Lennon, cette humoriste qui a tout fait pour torpiller la carrière de la jeune femme. Quand Midge l'apprend, elle est légitimement furieuse mais son amie Imogene lui explique que Susie ne court pas sur l'or (effectivement, elle partage un réduit avec la patron du club "Gaslight" et un autre homme, n'a pas de compte en banque, pas de voiture, pas de secrétaire) et donc ne peut pas représenter qu'une artiste (qui ne lui laisse que 10% de son cachet). Les deux partenaires se réconcilieront finalement.

Cependant, cette saison est traversée par des tensions : Joel achète un club dans Chinatown et découvre qu'au sous-sol il y a une salle de jeux clandestine, donc qu'on l'a arnaqué, et ensuite les réparations de l'endroit sont difficiles et harassantes. Chez les Weissman, rien ne va plus : ayant démissionné de son poste d'enseignant à Columbia et de directeur de recherches à Bell Labs, Abe découvre que Rose subvient à leurs besoins grâce à l'argent que lui alloue sa famille - famille très machiste qui, lorsque Rose leur rend visite pour obtenir une rallonge, décide si elle y a droit sans qu'elle ait son mot à dire !

Quant à Susie, elle doit dorloter Sophie Lennon qui n'y pet pas du sien : elle a jeté son dévolu sur Mademoiselle Julie pour son grand retour sur les planches mais n'apprend pas son texte, se fâche avec le comédien qui lui donne la réplique et le metteur en scène dont elle ne comprend pas les directives. Tout cela aboutira à un fiasco total et prévisible qui prouvera que si Sophie Lennon ne manque pas de talent, le courage lui fait en revanche défaut et c'est pour cela qu'elle sabotera tout.

Du coup, ces mésaventures, auxquelles il faut ajouter le déménagement des Weissman chez les Maisel, l'échec total de la tentative de Abe de créer un journal avec de jeunes militants de gauche qui s'avèreront des petits bourgeois conformistes, ont tendance à éclipser la vraie star de la série, Midge elle-même. Certes, on la voit triompher sur plusieurs scènes, s'épanouir dans son rôle, même si cela ne l'empêche pas d'appréhender cette existence nomade, sans relation amoureuse stable, loin de ses enfants et ses parents. Mais au final, on la voit peu et c'est frustrant.

Pourtant, cette saison réserve une délicieuse surprise au cinquième épisode quand, à Miami, Midge croise Lenny Bruce, également dans le coin, pour une émission de télé à laquelle il la convie et la fait brièvement participer. Tandis que les numéros s'enchaînent, ils font de la figuration et savourent leurs retrouvailles. Mais eux comme nous sentons bien qu'il se passe quelque chose : Lenny voit clairement en Midge son double, mais plus épanouie, et elle voit en lui désormais plus un ami qu'un mentor. Un jeu de la séduction tacite s'installe mais, in extremis, ils ne passent pas la nuit ensemble. Sans que toutefois Midge ne ferme la porte sur cette possibilité dans le futur.

Autre moment fort et inattendu : lorsque Midge découvre l'homosexualité de Shy Baldwin. On verra par la suite que le crooner se montrera franchement ingrat avec elle, en la congédiant parce qu'elle a suivi les conseils de son manager, Reggie, au moment de se produire sur la scène de l'Apollo Theatre devant un public acquis à Shy qu'elle séduit en alignant des blagues inoffensives sur la vie privée de la vedette. Entre temps, Shy prend du repos et Midge, avec Susie, doit courir le cachet en prêtant sa voix pour des réclames à la radio. Jusqu'à ce qu'elle s'apprête à dire un texte soutenant Phyllis Schlafly, une authentique anti-féministe, anti-avortement, anti-communsite. A cet instant, comme son père l'a prévenue, elle saisit qu'il lui faut faire attention pour qui elle travaille - une leçon avant son licenciement par Shy (pourtant à l'opposé du spectre socio-politique de Schlafy).

Cette coupure dans la saison (avec l'arrêt de la tournée) déstabilise - à tel point qu'on a l'impression pendant les premières minutes de l'épisode 7 d'avoir loupé une transition. Le phénomène se répète avec la fin, qui tombe comme un couperet cruel - mais qui relance les dès pour la saison 4.

Toutefois, cela ne doit pas occulter les nombreuses qualités intactes de la série, au rythme impeccable, implacable, à la réalisation toujours aussi chiadée, et à l'interprétation éblouissante. Le duo Rachel Brosnahan-Alex Borstein, dans une relation plus conflictuelle qu'auparavant, fait des étincelles. Jane Lynch remplit à merveille son rôle de parasite. Tony Shalhoub et Marin Hinkle sont irrésistibles dans leur partie. Et face à Michael Zegen, Stephanie Hsu est piquante à souhait dans la peau de Mei Lin.

On est donc un peu en dessous du niveau des deux premières saisons. Mais c'est sans doute un mal pour un bien car les cartes sont redistribuées avant une saison 4 qui promet beaucoup.