Affichage des articles dont le libellé est Hellfire Gala. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hellfire Gala. Afficher tous les articles

vendredi 15 juillet 2022

IMMORTAL X-MEN #4 + A.XE. : EVE OF JUDGMENT #1, de Kieron Gillen, Michele Bandini + Pasqual Ferry

Excpetionnellement, j'ai décidé de grouper en une seule entrée deux critiques car les deux épisodes dont je vous parle ici sont organiquement liés et forment une transition entre X-Men : Hellfire Gala et l'event Judgement Day (dont la parution démarre la semaine prochaine). Il d'ailleurs, sinon essentiel, du moins profitable de lire Immortal X-Men #4 et A.X.E. : Eve of Judgment #1 avant.


On commence donc par Immortal X-Men #4, où Kieron Gillen est désormais accompagné au dessin par Michele Bandini. Bien que j'avais décidé de lâcher cette série le mois dernier, j'avais réservé les six premiers numéros et donc je vais tout de même les couvrir (et plus si  affinités, selon la formule consacrée).
 

Lors du Gala du Club des Damnés, Emma Frost est abordée par un ambassadeur qui souhaite que le protocole de résurrection bénéficie aux humains. Emma lui explique que ce ne sera pas possible avant d'avoir ramené à la vie les 16 millions de mutants morts à Genosha.


Le lendeman, une séance du conseil de Krakoa se tient au cours de laquelle Emma partage télépathiquement ce que lui a transmis Cyclope au sujet de l'identité du Dr. Stasis.


Confondu, Mr. Sinistre prend la fuite et il est aussitôt pris en chasse par Duablo, Colossus et Exodus. Il se réfugie dans son labo afin de le détruire puis se ravise, devinant que Destinée l'aura anticipé.


Sinistre ressort et se rend. Mystique est prête à l'exécuter. Destinée préférerait qu'il soit englouti dans le Puits. Mais Sinistre disparaît subitement, visiblement sans qu'il en soit responsable...


On enchaîne aussi sec avec A.X.E. : Eve of Judgment, sorte de prologue à Judgment Day, qui commence le semaine prochaine. Kieron Gillen est aux commandes et, avec Pasqual Ferry au dessin, il dispose ses pions pour l'event en même temps qu'il donne une suite directe à Immortal X-Men #4.


Druig ayant désigné les mutants de Krakoa comme des Déviants au développement excessif et donc dangereux charge l'ingénieur Domo de préparer une arme pour les exterminer rapidement.


A Lemuria, capitale des Déviants, Sersi, Ikaris et Thena aident Kro et son peuple à rebâtir leur cité après la récente attaque de Thanos. Mais Ikaris a du mal à s'habituer à cette vie, loin des combats.


Ajak et Makkari invitent Phastos à Celestia pour solliciter son aide sur un projet. Mais il décline, préférant travailler à un moyen de conjurer le prix à payer pour l'immortalité des Eternels. Il ignore ainsi que ses deux amies détiennent Mr. Sinistre.


Domo appelle Druig pour le lancement de la bombe qu'il a conçue contre Krakoa. Mais à peine le la mise à feu a-t-elle débuté que la Machine prévient les Eternels que cela causerait la fin de la Terre...

Le mois dernier, j'avais annoncé, convaincu, que Immortal X-Men #3 serait le dernier épisode de la série sur lequel j'écrirai, bien que je le trouvai mieux que les deux premiers. Mais comme j'avais réservé chez mon dealer les six premeirs numéros, j'ai quand même lu celui sorti ce Mercredi. Et il est encore meilleur que le précédent.

Que faire ? Rester sur ma position et ne pas le critiquer ? Ou revenir sur ma décision ? En fait, la solution s'est imposée d'elle-même à la faveur d'un rebondissement dans Immortal X-Men #4 qui allait être développé dans A.X.E. : Eve of Judgment #1, sans que je le sache à l'avance. Kieron Gillen a en effet lié les deux épisodes des deux séries de telle manière qu'il est impossible de comprendre ce qui se passe dans l'une sans avoir lu l'autre. Mieux (ou pire, c'est selon) : tout cela forme à la fois une transition entre X-Men : Hellfire Gala (dont j'ai parlé hier) et Judgment Day, l'event dont la parution débute la semaine prochaine.

Une telle configuration m'oblige à prévenir ceux qui me lisent et qui voudront lire Judgment Day qu'il est fortement conseillé donc de se procurer Immortal X-Men #4 et A.X.E. : Eve of Judgment #1 avant si vous voulez que rien ne vous échappe.

Ceci étant posé, revenons au contenu desdits épisodes.

Comme c'est l'habitude désormais (et qui me fait penser peut-être que cette série ne serait peut-être en vérité qu'une mini-série en 12 numéros), Immortal X-Men #4 se focalise sur un membre du conseil de Krakoa. Et comme la couverture (sublime, signée Mark Brooks) l'indique, il s'agit d'Emma Frost cette fois.

Bref retour sur le Hellfire Gala avec une séquence remarquable, non montrée auparavant : Emma est abordée apr un ambassadeur au sujet de la résurrection des mutants. Si ce privilège pouvait être partagé avec tous les Etats qui soutiennent Krakoa, ce serait gagant-gagnant, lui explique le diplomate. Sauf que Emma lui rappelle que pour l'instant les Cinq ne peuvent que ramener à la vie des mutants et que, ensuite, les humains ne sauraient en profiter qu'une fois les seize millions de victimes de Genosha ressucitées.

A peine a-t-elle eu le temps de raisonner son interlocuteur que Emma reçoit un seau plein de sang sur sa robe de gala. Elle sonde télépathiquement l'esprit de la femme qui vient de l'agresser (et qui est aussitôt maîtrisée par la sécurité) et comprend qu'elle est veuve, donc qu'elle ne tolère pas que les mutants aient caché leur privilège et refusent de le partager.

On trouve une sorte d'écho à cette séquence dans la suite immédiate de l'épisode quand le conseil de Krakoa est réuni; Charles Xavier est troublé car il lit le chagrin et le ressentiment dans l'esprit des humains, certains allant jusqu'à s'injecter des hormones de croissance mutantes puis se suicider afin d'être éligibles à la résurrection comme néo-mutants. Pourtant, malgré le brio de ces scènes, ce n'est pas là ce que veut dire Kieron Gillen.

Emma va partager avec le conseil ce qui lui a révélé Cyclope au sujet du Dr. Stasis, à savoir qu'il s'agit de Nathaniel Essex, donc Mr. Sinistre. S'ensuit une course-poursuite puis la reddition de Sinistre. Mais alors que plusieurs membres du conseil s'interrogent sur la sanction à lui infliger, il disparaît subitement, et visiblement sans l'avoir préparé...

A.X.E. : Eve of Judgment #1 va nous apprendre où Sinistre est passé. Entre autres choses. Si Gillen s'est montré efficace et inspiré sur Immortal X-Men #4, son prologue à Judgment Day tourne un peu trop autour du pot pour convaincre. Ce n'est pas inintéressant mais beaucoup trop bavard et en vérité seuls trois scènes sont à retenir.

La première et la troisième suiovent Druig, désormais Prime Eternel, et qui a décidé de se débarrasser des mutants de Krakoa désignés comme des Déviants excessifs : or, c'est la maission des Eternels d'éliminer ce genre de Déviants. Gillen se garde bien de toute affirmation et donc la conviction de Druig reste sujette à caution, rien ne dit formellement que mutants = déviants. C'est quand même une retcon importante, et elle divise énormément les fans depuis que Marvel a communiqué dessus. Druig charge donc l'ingénieur Domo de concevoir une arme d'extinction massive et il obtient une bombe qui, sur le point d'être larguée, déclenche l'alarme de la Machine, prévenant que son explosion serait fatale aux mutants mais aussi au reste du monde car Krakoa est un élément à part entière de la Machine.

C'est, honnêtement, bien pensé, en vue de l'event. Voilà une complication bienvenue pour le suspense de cette saga et qui prouve qu'effacer les mutants de la carte ne sera pas si simple (on s'en doutait, mais disons que, là, c'est clair). C'est surtout logique de souligner que Krakoa a beau être une île mutante, un biome, elle est donc partie intégrante de la Machine, donc de la Terre. Si les Eternels s'en prennent à Krakoa, ils se condamnent du même coup et trahissent leur voeu de protéger la Machine/la Terre.

La deuxième scène, qui s'intercale entre la première et la dernière, renvoie donc à la disparition surprise de Mr. Sinistre. Il ne s'est pas enfui, il a été kidnappé et il est aux mains de Ajak et Makkari. J'avoue que si je n'ai pas tout saisi de leur plan consistant à créer un nouveau Dieu en comptant sur l'avis de Phastos sur la faisabilité d'un tel projet, quand on voit qu'elle détienne le mutant, sans l'avoir dit à personne, on est franchement intrigué.

Car, malgré sa caractérisation de bouffon mégalo et menteur, Sinistre est depuis House of X/Powers of X une des pièces les plus importantes de la communauté X. Pas seulement parce qu'il siège au conseil de Krakoa, mais parce que c'est lui qui a collecté l'ADN de tous les mutants, en fournit des échantillons aux Cinq lors des résurrections et, dernièrement, travaille sur des clones de Moira MacTaggert (sans qu'on sache à quel fin). Une telle prise de guerre pour les Eternels, ce n'est donc pas rien, et on peut donc penser que Gillen va l'exploiter dans Judgment Day.

Nous avons donc, entre Immortal X-Men et A.X.E. : Eve of Judgment, non seulement une additoon au Hellfire Gala, mais surtout une passerelle jusqu'à Judgement Day, avec Sinistre comme élément relais. Si je me garde bien de tout enthousiasme débordant vis-à-vis de ce que prépare Gillen, je dois admettre qu'il pique ma curiosité pour Judgment Day et qu'il se ressaisit bien sur Immortal X-Men.

Si A.X.E. : Eve of Judgment (en passant, A.X.E., ce sont les initiales pour Avengers-X-Men-Eternels, les trois groupes au coeur de Judgment Day) est dessiné par Pasqual Ferry, qui retrouve là son scénariste de Journey into Mystery, Immortal X-Men accueille Michele Bandini au dessin. Sans être un grand artiste, il livre une copie bien plus agréable et solide que ce qu'a produit auparavant Lucas Werneck. C'est très appréciable. Le découpage est simple mais fluide, avec un sens du storytelling plus affirmé.

Ferry, lui, s'est fait discret ces derniers temps, après avoir abandonné son projet de creator-owned, Alice, en financement participatif (dommage, vraiment, parce que ce qui avait été montré était superbe). Colorisé par Dean White, il produit de jolies planches, avec ce trait fin, expressif, et des compositions soignées. J'espère qu'on le reverra bientôt sur une série régulière (même si je doute qu'il soit le dessinateur titulaire, n'ayant jamais été très ponctuel).

Voilà, maintenant, vous savez ce qui vous reste à faire si vous voulez profiter pleinement de Judgment Day (et finir Hellfire Gala 2022). Croisons les doigts pour que Gillen (avec le formidable Valerio Schiti au dessin) nous ponde un event décent.

jeudi 14 juillet 2022

X-MEN : HELLFIRE GALA #1, de Gerry Duggan et Kris Anak, C.F. Villa, Matteo Lolli et Russell Dauterman


Un an après sa première édition, voici le deuxième Hellfire Gala. Mais contrairement à l'an dernier, cette fois, tout se tient (presque) dans un seul numéro, à la pagination consistante (66 pages) et avec Gerry Duggan à la barre. Il est accompagné au dessin par Kris Anka, Matteo Lolli, C.F. Villa et Russell Dauterman. Pour un résultat qui sans être déshonorant manque singulièrement d'envergure.


Emma Frost cache sa contrariété au moment d'accueillir les invités du Gala du Club des Damnés. En effet, la fête est gâchée par Cyclope qui a révélé à Ben Urich que les mutants pouvaient désormais ressuciter. Et cela attise bien sûr des convoitises.


Au même moment sur Phobos, Nathaniel Essex/Dr. Stasis et Feilong écoutent Moira MacTaggert leur expliquer comment, grâce à Mary Jane Watson, elle va s'inviter à la fête pour mieux la gâcher et apporter des informations crucials à Orchis.


Cyclope obtient d'Emma une danse afin de lui ouvrir son esprit. Elle découvre ainsi qui est le Dr. Stasis tandis qu'elle apprend à Scott Summers quel rôle a joué Moira MacTaggert pour Krakoa et contre la nation mutante en s'alliant désormais à Orchis.


C'est l'heure de l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Moira rentre chez elle où elle est attendue par deux autres ennemis des mutants qu'elle compte également aider dans leur projet...

Forcément, la première réflexion que nous inspire ce X-Men : Hellfire Gala #1 cru 2022, c'est la dimension réduite par rapport à celui de l'an dernier où toutes les séries mutantes avaient été mobilisées en plus d'un numéro spécial (Planet-Size X-Men). Jonathan Hickman, Gerry Duggan, Benjamin Percy, Vita Ayala, Tini Howard, Si Spurrier, Al Ewing avaient vu les choses en très grand autour d'un dispositif ingénieux (chaque épisode montrait un point de vue différent sur la fête et sa surprise finale).

Hickman parti, Marvel a revu ses ambitions nettement à la baisse et le Hellfire Gala 2022 tient (presque uniquement) dans ce numéro de 68 pages avec le seul Gerry Duggan à la manoeuvre. On est donc légitimement un peu déçu et ce sentiment ne nous quitte jamais durant la lecture et ensuite. 

Commençons par parler de la partie grtaphique qui m'a déjà questionné. L'épisode s'ouvre par huit pages signées Kris Anka, fidèle à lui-même : des personnages aux traits anguleux, une absence notable de décors, une narration fantomatique. Comme Lucas Werneck, Anka est un character's designer talenttueux (quoique non sollicité pour habiller les invités du gala) mais pas vraiment un storyteller. Son introduction ne sert pas à grand-chose.

C.F. Villa lui succède pour les dix-neuf planches suivantes (et aussi les deux dernières de l'épisode). Sa prestation est plus correcte sans être flamboyante. Ce qu'on en retire, c'est toujours un manque de dynamisme gênant, un peu comme s'il ne savait pas comment mettre le script en scène de manière un tant soi peu inspirée. C'est dommage, mais ça prouve surtout que Marvel n'a clairement pas confié ce numéro soi-disant événementiel à des artistes de premeir plan.

Matteo Lolli, qui a beaucoup collaboré avec Duggan sur Marauders, prend le relais. C'est un dessinateur que j'ai toujours trouvé moyen, sans être désagréable. Il se taille la part du lion en enchaînant dix neuf planches d'abord, puis en revenant pour les pages 48 à 55 et enfin 62-63. Sa prestation est honnête, sans éclat, mais sans faute non plus. Toutefois, le voir ainsi aller et venir tout au long de l'épisode donne la curieuse impression qu'il a comblé les trous et réalisant ce que ses collègues n'ont pas eu l'énergie ou le temps de compléter - encore une fois, éditorialement parlant, ce n'est pas top.

Enfin, Russell Dauterman, comme l'an passé, signe la scène de l'élection. Comme il est largemetn au-dessus de ses collègues, ses planches sont les plus abouties et les plus belles. Mais il n'en dessine que six, ce qui ne fait vraiment pas lourd. Je déplore que cet artiste si élégant se consacre presque exclusivement à des couvertures (actuellement pour X-Men : Red, mais aussi des variants covers), mais je prends quand même avec plaisir ce qu'il distribue.

Passons maintenant au contenu de l'épisode.

Duggan insiste d'entrée de jeu sur la révélation publique du secret des mutants : suite aux confidences de Cyclope à Ben Urich, tout le monde sait à présent que les X-Men sont immortels. Cela va véritablement être le fil rouge du numéro et empoisonner la soirée de Emma Frost. De son côté, Cyclope est regardé en chien de faïence par nombre de ses semblables. Mais bizarrement, il y a un mutant qu'on voit très, très peu durant tout ça (une case en tout et pour tout !) et dont on aurait pourtant apprécié de connaître la réaction : c'est Charles Xavier. De façon plus générale, les membres du conseil de Krakoa sont très (trop) discrets dans ce numéro alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'ils convoquent Cyclope pour une explication en règle.

Revenons à Emma Frost : Duggan apprécie le personnage et il en fait la vedette du show. Elle change moins de toilette que l'an dernier mais elle déambule tout au long de l'épisode, échange avec beaucoup de personnages, elle est vraiment sur le devant de la scène en permanence. Je crois même pouvoir affirmer que Duggan aurait apprécié de l'intégrer à nouvelle équipe de X-Men (comme on peut le deviner nettement dans un dialogue lors de la scène de l'élection). Y a-t-il renoncé parce que Emma est aussi présente dans Immortal X-Men de Kieron Gillen et qu'elle occupe plus que jamais une place majeure au sein du conseil de Krakoa ? Ou par que Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, a posé son veto, estimant que Jean Grey devait rester aux côtés de Cyclope ?

En tout cas, en suivant Emma Frost, on remarque déjà une chose surprenante : comme l'an dernier, Marvel a beaucoup communiqué sur le vestiaire exubérant des invités et des mutants au gala (designé pour l'essentiel par Russell Dauterman). Or, on ne voit quaisment rien de ce défilé, et pour certains personnages, ils sont même absents de l'épisode (Black Widow notamment) ! C'est comme si des caméos de prestige avaient été coupés au montage !

Malgré tout, Duggan se rattrape avec des dialogues bien sentis : Dr. Fatalis qui se demande si, après tout, David Bowie était un mutant (petite blague amusante), Captain America qui conseille à Emma de ne pas compter que sur des mutants dociles pour défendre Krakoa (référence à une vieille altercation entre le Cap et Malicia mais aussi aux Uncanny Avengers), Stark qui rabat le caquet à Feilong, Stark qui suggère à Firestar de devenir son espionne au sein des X-Men, Emma et Firestar qui ont du mal à enterrer la hâche de guerre (un vieux contentieux là aussi car Angelica Jones a longtemps préféré les Avengers aux X-Men), le petit coup de pute de Forge à Cyclope en imposant Havok dans la nouvelle formation des X-Men... Tous ces petits moments composent ce que cet épisode a de meilleur.

Arrêtons-nous un instant sur la nouvelle équipe : déjà, surprise, c'est la Sorcière Rouge qui annonce la composition. Je pense que sa présence est désormais tolérée sur Krakoa depuis la mini Trial of Magneto (que je n'avais pas eu le courage de finir). En tout cas, ça fait plaisir de revoir Wanda dans les parages sans qu'elle soit dépeinte comme une vilaine ou une folle (si Al Ewing pouvait la récupérer dans X-Men : Red, je serai comblé). L'autre surprise, c'est que l'élection, contrairement à ce que je pensais, ne se joue pas de la même manière pour tous. Ainsi, Synch, Marvel Girl et Cyclope veulent rempiler et c'est accepté sans discussion - ce qui est surtout étonnant pour Cyclope (vraiment je trouve très léger que le choix qu'il a fait de révéler le secret de Krakoa ne soit pas davantage jugé, voire sanctionné par le conseil). 

Ensuite, là encore, contrairement à l'an passé, les mutants ne votent pas pour les autres membres : certains sont choisis par ceux qui restent (Forge designé par Cyclope) ou arrivent (Havok désigné par Forge, Firestar par Emma Frost et Iceberg), les autres se portent volontaires (Iceberg, Magik). Et enfin on constate qu'on est passé d'un groupe avec quatre femmes pour trois hommes à un groupe avec quatre hommes et trois femmes. Le résultat est en tout cas inattendu mais aussi référencé : Iceberg-Firestar, c'est un clin d'oeil aux Amazing Friends de Spider-Man mais aussi aux Amazing X-Men de Jason Aaron, Forge est l'invité qu'on n'attendait vraiment pas, Havok aux côtés de son frangin risque de provoquer des étincelles, Magik a une promotion méritée. C'est une formation inédite, intéressante, imprévisible, puissante. Prometteuse.

Faute de grand événement comparable à la terraformation de Mars, Duggan a profité de ce numéro pour avancer des pions pour sa seconde saison aux commandes de la série X-Men. Bien que je ne l'ai pas lue, la mini-série X Lives/X Deaths of Wolverine (de Percy, Cassara, Vicentini) a transformé Moira MacTaggert chassée de Krakoa en androïde résolue à se venger. On peut discuter de cette évolution, tout comme on peut revenir sur le fait que Hickman ait banni le personnage au terme de Inferno, mais je préfère pour ma part attendre de voir où ça va aller avant de me prononcer. En tout cas, désormais, Moira s'est alliée avec Orchis (mais pas seulement comme on le découvre à toute fin du numéro...) pour exterminer les mutants et ça, comment dire, ça pique un peu plus car on retombe clairement dans le schéma persécuteur-persécuté que Hickman avait réussi à reléguer au second plan (en se concentrant sur l'émergence de Nimrod). Mais bon, là aussi, attendons de voir comment Duggan va exploiter ça (d'autant qu'il prépare aussi le retour des Enfants de la Voüte à l'Automne).

Ce que j'ai trouvé pas terrible, c'est la manipulation de Mary Jane Watson par Moira pour gâcher la fête : tout ça tombe à plat (la scène avec Proteus est ratée) et renvoie même à un prochain épisode de The Amazing Spider-Man. Je sais pas mais il me semble qu'Orchis avait sûrement d'autres moyens, moins tordus, d'infiltrer le gala, notamment avec Essex et ses clones, ou même Feilong (dont, inexplicablement; personne ne fait grand cas alors qu'il tape l'incruste sans se cacher). La fin de l'épisode, que je ne divulgâcherai pas, renvoie elle à une publication X imminente mais là aussi, j'ai du mal à comprendre, à admettre même, que les autres alliés de Moira aient besoin d'elle pour leurs sombres desseins anti-mutants. Je me demande si en fait Moira ne va pas finir par être la victime de son propre double jeu, d'autant qu'elle ne peut se réincarner. Wait and see.

Au final, donc, ce X-Men : Hellfire Gala version 2022 est très inégal, incontestablement moins réussi que le précédent. J'ignore si Marvel va répéter l'opération chaque année : en soi, ça ne me déplairait pas car le principe reste de modifier la composition des X-Men. Mais il faudra à tout le moins que celui qui écrira le prochain numéro avec cette élection se montre plus inspiré.

jeudi 1 juillet 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRE XII : X-FACTOR #10, de Leah Williams, David Baldeon, David Messina et Lucas Werneck


Le Hellfire Gala se termine avec le dixième (et dernier) numéro de X-Factor, écrit par Leah Williams et dessiné par David Baldeon, David Messina et Lucas Werneck.


Les membres de X-Factor arrivent au gala. Immédiatement, Prestige remarque la présence de Battlestar qui a survécu miraculeusement à son combat contre la déesse de la mort Morrigan pour le salut de Siryn. Elle se demande ce qu'il a dû lui céder pour cette victoire.


Cependant, Prodigy fausse compagnie à son équipe pour enquêter sur... Sa propre mort, survenu un an auparavant. Il remonte jusqu'à un producteur hollywoodien, serial-killer de jeunes hommes noirs et queers.Eye-Boy, Aurora et Daken le rejoignent pour récupérer son corps et livrer le tueur à la police.


De retour à l'île Mykines, Eye-Boy a une surprise pour Prodigy car il a invité Speed. Alors que les trois jeunes mutants traversent un pation ils tombent sur un cadavre : celui de la Sorcière Rouge ! Qui l'a tuée ?

Ainsi s'achève le Hellfire Gala. A l'image de l'event, cet épisode de X-Factor, qui est également le dernier de la série (annulée à cause de mauvaises ventes, malgré de bonnes critiques), paraît un peu de trop, fuyant la soirée organisée par Emma Frost pour y revenir après un gros détour n'ayant rien à voir avec les festivités, et se concluant par un énorme cliffhanger.

Leah Williams joue plutôt le jeu, en tout cas davantage que certains de ses collègues (comme Benjamin Percy ou Tini Howard ou Si Spurrier, qui on tout fait pour contourner l'event), mais le résultat est décousu, préférant souvent poursuivre des intrigues en cours dans la série X-Factor.

Pour qui, comme moi, n'a pas suivi ce titre, certains passages sont nébuleux comme lorsque Prestige évoque le combat mené par l'équipe contre Morrigan pour sauver Siryn et le sacrifice de Battlestar. Mais Leah Williams partait de toute façon avec un handicap : non seulement elle devait conclure l'event mais aussi sa série, ce qui était trop à l'évidence.

L'autre partie est un peu plus accrocheuse, même si là encore on manque d'informations. Prodigy enquête sur sa propre mort survenue un an plus tôt. Ressucité depuis mais sans souvenir de ce qui lui est exactement arrivé, il découvre qu'il a laissé des indices pour retrouver son assassin, sachant qu'il allait être ramené à la vie par les Cinq. C'est astucieux et rondement mené. De plus Leah Williams ne cède pas à la facilité avec des personnages comme Daken ou Aurora, prompts à exercer une justice expéditive contre les humains : le coupable sera remis aux autorités en bonne et due forme.

Quand l'épisode s'achève, l'introduction de Speed renvoie au run de Young Avengers de Kieron Gillen et Jamie McKelvie où il faisait équipe avec Prodigy. Dans la postface qu'écrit Williams et son dessinateur David Baldeon, on comprend que leur ambition était de composer une série avec de jeunes héros au ton léger mais abordant des thèmes parfois graves. Et c'est peut-être là, le vrai problème.

Car en voulant faire ceci, X-Factor doublonnait avec New Mutants, qui, sous la plume de Vita Ayala, est une des grandes réussites de la franchise X. Par ailleurs, comme pour Excalibur, qui n'a de vraiment commun avec la série originelle (de Chris Claremont et Alan Davis) que le nom, il y a un souci concernant l'incarnation de X-Factor. Même si elle n'avait pas non plus connu un succès fou en son temps, la version écrite par Peter David avec des mutants tels que Jamie Madrox, Malabar, Monet St. Croix, Siryn, Felina, Layla Miller (puis Longshot, Battlestar, Polaris, Havok, Darwin) est restée dans le coeur de nombre de fans comme la meilleure. Il s'agissait d'une série sur des détectives pris dans des enquêtes parfois dramatiques, parfois loufoques, où David brillait par son art de la caractérisation et de la dynamique de groupe. Son run, malgré des changements incessants de dessinateurs, conservait une qualité étonnante.

Vouloir relancer X-Factor sur un principe similaire (ici des mutants chargés de vérifier que leurs semblables étaient bien morts avant que les Cinq ne procédent à leur résurrection) n'était pas mauvaise, mais je pense que ça n'a pas fonctionné parce que les fans attendaient de retrouver les enquêteurs de la série écrite par Peter David, plus charismatiques, plus attachants. C'est d'autant plus un gâchis que Peter David n'a plus rien de vraiment excitant à écrire (après avoir, qui plus est, survécu à un AVC) et que son talent n'aurait pas gâché la vue dans cette refonte de la franchise. En l'état, qui pouvait bien vouloir suivre une série avec des mutants de seconde zone comme Daken, Aurora, Prodigy, Eye-Boy, malgré la présence de Prestige et Polaris (que Leah Williams avoue avoir laissé à la disposition de Gerry Duggan pour sa future série X-Men) ? Apparemment pas assez de monde.

L'épisode souffre aussi de son graphisme très inégal puisque pas moins de trois artistes se succèdent pour boucler l'affaire. David Baldeon a un style très cartoony, un peu à la façon de Humberto Ramos en plus rond. David Messina est un dessinateur de bon niveau et on lui doit les meilleurs planches (celles avec Prodigy). Enfin Lucas Werneck exécute le reste, histoire de se faire la main pour The Trial of Magneto, la mini-série en cinq n° écrite Par Williams, qui commencera en Août, et qui sera donc la suite directe de ce X-Factor #10.

Mais déjà le buzz autour de ce procès de Magneto me paraît bien maigre puisqu'on imagine mal, après la superbe dernière scène de S.W.O.R.D. #6, que Erik Lensherr ait assassiné Wanda Maximoff. Je ne sais toujours pas si je vais faire cette mini-série, qui m'excite beaucoup moins que Inferno et qui me semble donc déjà superflue.

Pour tirer un bilan plus global du Hellfire Gala, je dirai que l'idée de départ était séduisante avec son unité de lieu et de temps. Dommage cependant que tous les scénaristes n'aient pas joué le jeu, préférant ici poursuivre leur histoire en cours, là échapper à l'event. En comparaison X of Swords affichait une meilleure cohésion, peut-être parce que Hickman veillait davantage au grain. Sans doute aussi voit-on les limites de l'expansion qu'a connu la franchise depuis quelques mois, avec des séries qui s'arrêtent (volontairement comme Cable, ou faute de lecteurs comme X-Factor, Way of X et certainement Children of the Atom).

vendredi 25 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES X - XI : WAY OF X #3 (Si Spurrier/Bob Quinn) - WOLVERINE #13 (Benjamin Percy/Scot Eaton)


Le Hellfire Gala se poursuit avec Way of X #3, écrit par Si Spurrier et dessiné par Bob Quinn.


Très préoccupé par de récentes découvertes sur l'île de Krakoa, Diablo a passé la soirée du gala à se soûler. Le lendemain, il traîne une sévère gueule de bois mais surprend Stacy X en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants. Elle le conduit dans un lupanar où se détendent des mutants.


Voisinant ce lieu de débauche, Stacy X montre à Kurt Wagner une nurserie où Lost veille sur des nouveaux-nés abandonnés par des mutants qui ont eu des relations sexuelles non protégées. Dans le bordel à côté, Fabian Cortez créé un scandale auprès d'une mutante qu'il a voulu abuser.


Legin, avec Pixie et les frères Xorn, intervient pour tenter de chasser un parasite mental qui fait perdre leur contrôle aux mutants de l'île. Mais la créature leur échappe. Le Dr. Nemesis rédige un rapport confidentiel dans lequel il exprime ses craintes sur le fait que le Pr. X puisse être victime de ce parasite.
 

On poursuit avec le treizième numéro de Wolverine, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Scot Eaton.


Durant le gala, le Fauve a voulu se servir de la flore de Terra Verde comme d'un dispositif d'espionnage sur les invités. Mais l'opération dégénère quand les ambassadeurs de Terra Verde corrompent la flore et entrepennent de saboter la soirée. Wolverine et la X-Force interviennent.


Avec Domino, Kid Omega, le Fauve, mais aussi Deadpool, qui a essayé de s'incruster dans la fête, Wolverine règle le problème. Sage sermonne le Fauve, élimine le système d'espionnage de son collègue et négocie un armistice avec les ambassadeurs de Terra Verde qui retirent leur soutien à Krakoa.


Emma a une discussion avec le Fauve à propos de ses méthodes et ses projets. Il ne s'excuse pas, assumant le sale boulot que refuse de faire le conseil de Krakoa. Mais leur conversation est interrompue quand Sage signale que le navire Marauder à bord duquel se trouve Christian Frost ne répond plus...

Ces deux épisodes sont particulièrement embarrassants à lire, surtout après les sommets atteints par X-Men #21, Planet-Size X-Men #1 et S.W.O.R.D. #6. Entre redites lourdingues, caractérisations gênantes ou complètement aberrantes, et intrigues indigestes, il n'y a pas grand-chose à sauver (si ce n'est rien à sauver).

Way of X est une nouvelle série récemment lancée puisqu'elle ne compte que trois épisodes. Pour l'écrire, Marvel a débauché de chez DC le scénariste Si Spurrier, qui avait écrit il y a quelques années la pourtant peu fameuse Cable & X-Force (2012-2013). Entretemps, chez la "Distinguée Concurrence", Spurrier s'est refait la cerise en signant un spin-off de The Sandman, d'après Neil Gaiman, intitulé The Dreaming et quelques épisodes de Justice League (entre la fin du run de Scott Snyder et le début de celui de Bendis).

En revenant chez Marvel, sur la franchise X, Spurrier a affiché de grandes ambitions, comme s'il se mettait aun niveau de l'architecte Jonathan Hickman. Pourtant, il n'y avait pas de quoi pavoiser quand on a appris qu'il allait écrire Way of X, un titre avec Diablo en vedette. J'adore ce personnage mais aucune des séries dont il a occupé le premier rôle n'a rencontré le succès. Par ailleurs, si j'ai un regret depuis HoX-PoX, c'est bien que personne (y compris Hickman) n'a respecté l'elfe créé par Dave Cockrum. En effet, depuis toujours, les scénaristes ont privilégié le Kurt Wagner homme de foi au bondissant Bamf que préférait pourtant Cockrum, qui l'avait imaginé en s'inspirant d'Errol Flynn.

A part Alan Davis dans son run sur Excalibur et Jason Aaron dans son unique arc sur Amazing X-Men, personne (même Claremont) n'a animé le personnage de Diablo selon la volonté de Cockrum qui, jusqu'au bout, a exprimé son mécontentement sur le traitement qu'on avait réservé à son héros fétiche. Spurrier aurait bien énervé l'illustre artiste.

Depuis deux épisodes, Spurrier fait n'importe quoi avec Diablo qui, allié à Légion (David Haller, le fils de Charles Xavier, ressucité pour la peine), enquête sur une mystérieuse entité qui donne des cauchemars à de jeunes mutants sur Krakoa. Ils viennent, avec le concours du Dr. Nemesis, de découvrir qu'il s'agit d'Onslaught, émanation terrifiante des psychés de Xavier et Magneto (à l'origine d'un event dans les 90's).

Mais Spurrier ne s'arrête pas là : visiblement, le Hellfire Gala l'indiffère et il situe son épisode le lendemain de la fête, avec Kurt qui a une méchante gueule de bois car il s'est pris une cuite pour tenter d'oublier la menace qui rôde. Bon, déjà, assister au pathétique spectacle de Diablo en train de s biturer est complètement out of character, mais zapper carrément le gala pour poursuivre l'intrigue de la série, c'est vraiment du foutage de gueule. Lorsqu'on refuse de jouer le jeu d'un event, on n'y participe pas ou alors on passe le titre à un scénariste fill-in.

La suite est d'une tristesse abyssale. Kurt surprend Stacy X, ex-prostituée mutante (était-il utile de la faire revenir ?) en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants qui ont prolongé la nuit de fiesta en baisant sans protection. Kurt est outré parce que Hickman a eu la malheureuse idée de lui inspirer l'idée que les mutants devaient se multiplier... Mais évidemment pas comme ça ! En prime, cette scène fait passer Diablo pour un type opposé à l'usage de contraceptifs, pire que le pire des curaillons... Désolant. Mais ce n'est pas tout : Stacy X dévoile à Kurt l'existence d''une sorte baisodrome local où on peut se détendre sans conséquences... Et qui voisine une nurserie où sont recueillis des nourrissons abandonnés par de jeunes mutants qui ont copulé sans capotes. Non, vous ne rêvez pas ! Autant de passages lamentables dans un seul épisode, ça relève de l'exploit, ou du plus mauvais des mauvais goûts. 

C'est de surcroît dessiné avec les pieds par un certain Bob Quinn, qui a déjà sévi sur Captain America (le run de Ta-Nehesi Coates), et dont on se demande qui, chez Marvel, a pu penser qu'il avait assez de talent pour hériter d'une série régulière (quand tant de super artistes sont sans engagement). C'est un désastre jusqu'au bout. Mais il y a une justice en ce bas monde puisque Way of X va s'achever en Septembre au #5 (et ce, même si Spurrier assure que c'est seulement la fin de la "saison 1" et qu'il a plein d'idées pour la suite - c'est ça, mon grand, mais tes idées, tu te les gardes, et tu vas t'amuser ailleurs, loin). 

Hélas ! le calvaire n'est pas terminé car Wolverine #13 n'est guère mieux (avec un tel chiffre, c'était mal barré). Benjamin Percy n'est pas non plus le dernier, semble-t-il, pour se moquer du monde cette semaine puisqu'il ne fait rien d'autre que livrer un deuxième épisode de X-Force dans cet event.

En effet, ne vous fiez pas à la couverture de ce numéro car on y voit à peine Deadpool (dont le compte était déjà bon dans X-Force #20) mais pas beaucoup plus Wolverine. Obsédé par la flore de Terra Verde, le Fauve et Percy recyclent cette idée depuis des lustres sans se renouveler. Cette fois, entre une énième connerie du Fauve (que Percy aura chargé comme une mule, avec un acharnement incroyable) et des ambassadeurs de Terra Verde décidés à se venger de mutants qu'ils considérent comme des colonisateurs profiteurs, on a droit à un machin sans queue ni tête, à peine rattrapé par les toutes dernières pages.

Wolverine sort les griffes mais sans être mis en avant ni en valeur, Domino, Kid Omega et Sage occupant autant de place à l'image que lui pour éviter que la situation ne parte en sucette. C'est d'un ennui total, là aussi mochement dessiné par Scot Eaton (pourtant un dessinateur solide, mais qui a un script affreux et peu d'inspiration de toute façon).

Mais, tout de même à la fin, Percy tente quelque chose que tout le monde attend depuis des lustres : une explication entre quatre yeux avec Hank McCoy sur sa manière de gérer les choses et son comportement plus que limite. Le Fauve a dépassé les bornes bien avant HoX-PoX, donc il est impossible d'affirmer qu'il n'est plus le même : il a commis des actions peu orthodoxes déjà durant Messiah Complex (quand la race mutante était menacée d'extinction complète), puis il a ramené les cinq premiers X-Men pour tenter de raisonner un Cyclope adulte qui venait de tuer le Pr. X et qui sombrait dans un délire révolutionnaire (Bendis n'a pas fait grand-chose de cette piste pourtant prometteuse). Mais désormais, le Fauve est une ordure impardonnable, qui humilie ses amis, joue à l'apprenti-sorcier, et veut espionner tous les non-mutants tout en supervisant les missions de la X-Force.

On assiste donc à un premier échange tendu avec Sage, mais celle-ci n'a pas l'autorité nécessaire pour le recadrer. Il faut une Emma Frost pour oser dire ses quatre vérités au Fauve, mais il se démonte pas : il assume ses saloperies, parce que, selon lui, le conseil de Krakoa n'a pas les couilles nécessaires, et il accepte d'être mal vu si la communauté mutante est protégée au final. Percy a carte blanche pour écrire Hank McCoy, c'est évident, et donc ma foi, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la logique du personnage, déjà bien entamée depuis des années, en en faisant un enfoiré. Mais c'est écrit sans nuance, sans remise en cause, sans encadrement. Personne ne dit clairement au Fauve de se calmer un peu (à part Wolverine qui l'avait frappé après avoir humilié Colossus). 

A force, c'est épuisant, c'est malsain. Certains fans imaginent qu'il y a un loup derrière tout ça (en gros : ce ne serait pas le vrai Fauve, mais son double, le Dark Beast de l'Âge d'Apocalypse), mais je n'y crois pas (pas davantage que je ne crois au fait que le projet de Hickman pour la franchise serait une énorme mascarade révélée in fine par un twist à la Shyamalan, du style : ce n'étaient pas les vrais X-Men, mais des clones, ou des mutants d'une autre dimension, d'une autre ère, etc.). C'est en tout cas pour cela (entre autres choses) que j'ai cessé de lire X-Force : Percy massacre ces personnages qu'il n'apprécie visiblement pas (à part Domino).

De toute façon, l'event touche à sa fin puisqu'il ne reste plus que X-Factor #10 à lire, et qui sort la semaine prochaine. On fera le bilan en même temps.

jeudi 24 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRE IX : S.W.O.R.D. #6, de Al Ewing et Valerio Schiti


Le Hellfire Gala se poursuit cette semaine avec trois nouveaux chapitres, mais j'ai choisi de consacrer une critique à part pour le sixième épisode de S.W.O.R.D., écrit par Al Ewing et dessiné par Valerio Schiti, car il représente une étape importante dans l'event et pour la suite de la franchise. Attention : spoilers !


Après le feu d'artifice, Captain America et Dr. Fatalis échangent sur ce à quoi ils viennent d'assister. Pour Steve Rogers, c'est une avancée considérable mais qu'il veut considérer positivement. En revanche, Victor Von Doom n'entend pas se subir la loi des mutants.


Cependant, dans la station du Pic, Abigail Brand a convoqué le conseil intergalactique au sujet de la situation, mais surtout à propos du Mystérium, ce métal aux propriétés exceptionnelles que le SWORD a récupéré et qu'elle est prête à distribuer à ses alliés.


Tout le monde est intéressé, sauf l'empire du Wakanda. Nova s'interroge sur le prix à payer. En effet, comme pour la médecine krakoane, il faut pour disposer du Mystérium reconnaître Arakko comme capitale du système solaire. Fatalis surgit et réclame de parler à l'autorité d'Arakko.


Au même moment, Magneto, sur l'île de Mykines, savoure le succès de cette soirée quand apparaît la Sorcière Rouge. Il lui explique qu'elle reste sa fille, malgré tout, et fera tout pour que la Nation X l'accepte à nouveau.

Avec S.W.O.R.D. #6 sortent cette semaine Way of X #3 et Wolverine #13, dont je parlerai dans une entrée groupée. Mais il m'a paru indispensable de dédier une critique à part pour SWORD car c'est un épisode important, sans doute le plus important de l'event Hellfire Gala après X-Men #21 et Planet-Size X-Men #1. Beaucoup de choses y sont dites et exposées qui vont avoir un impact durable pour toute la franchise X.

Tout débute après le feu d'artifice du gala, autrement dit ce qui a été narré dans Planet-Size X-Men, avec la terraformation de Mars où ont été déplacés les mutants d'Arakko. Les invités de la soirée sont encore bouleversés par ce spectacle ahurissant (comme le lecteur) et Captain America a besoin de s'isoler un moment pour réfléchir à ce qui vient de se jouer. Il est interpelé par le Dr. Fatalis.

Leur échange est superbement dialogué par Al Ewing, qui souligne, non sans malice, que les deux hommes sont en quelque sorte l'emblème de leurs pays respectifs. La remarque peut faire sourire, d'autant que pour tous les fans Captain America incarne le parangon de la figure héroïque alors que Fatalis est un tyran : difficile d'être plus dissemblables. Et pourtant, il y a quelque chose de vrai dans les mots de Fatalis car il est la Latvérie comme Steve Rogers est l'Amérique (du Nord).

Mais surtout, il est question d'appréhender le moment historique auquel ils viennent d'assister. Pour Captain America, cela lui rappelle le premier homme à avoir marché sur la Lune et il veut y voir un progrès, car cela répond en vérité à la question qu'il posa quelques jours avant à Cyclope à propos de la crainte internationale que suscitait la population d'Arakko. Mais pour Fatalis, ce n'est pas la même chanson : il a vu une démonstration de force qui ressemble pour lui à un défi lancé par les mutants à la Terre entière et il n'entend pas s'incliner devant une quelconque supériorité des mutants. S'il se sent menacé, il n'organisera pas, autrement dit, un gala pour annoncer sa réaction.

Ce prologue est excellent et pose des bases intéressantes. A voir si Dan Slott (le scénariste actuel des Fantastic Four) et Jason Aaron (celui des Avengers), voir le prochain pilote de la série de Captain America (qui succédera à Ta-Nehisi Coates, sur le départ), l'exploiteront (à mon avis ? Non. Slott écrit n'importe quoi actuellement. Aaron ne rêve que d'un nouvel event Avengers vs X-Men.).

Ensuite, on passe au coeur de l'épisode, une grande séquence où Ewing impresssionne. Rappelez-vous : dans le premier épisode de SWORD, l'équipe récupérait au terme d'une téléportation groupée à haut risque aux confins du cosmos une étrange petite pyramide noire baptisée Mystérium par Abigail Brand et présentée comme le futur des mutants. Depuis, entre des n° liés à King in Black et au sort de Fabian Cortez (expulsé du groupe), la série n'avait pas pu traiter de cette chose et le lecteur en était légitimement frustré.

Wiz-Kid fait un exposé devant le conseil intergalactique (et le lecteur) sur les propriétés phénoménales du Mystérium qui est un métal et une matière première. On sait qu'il protège des radiations, résiste à n'importe quel température, est plus solide que l'adamantium, mais surtout que le SWORD en a stocké des tonnes depuis. Abigail Brand met sur le marché une partie de cette marchandise et les ambassadeurs se l'arrachent aussitôt, sauf le Wakanda (qui continue de refuser tout ce que commercialisent les mutants - après ça, qui dira encore que les mutants sont les plus arrogants ?). Et Nova (Richard Ryder), présent en qualité de représentant de la Terre (mais qui se fait gentiment mais fermement remettre à sa place quand Frenzy lui rappelle qu'il était notoirement absent pendant les événements de King of Black - à sa décharge, il était occupé par les Olympiens avec les Gardiens de la Galaxie, mais bon...) se demande quel est le vrai prix pour avoir du Mystérium.

La réponse renvoie à ce qui encadrait déjà la médecine de Krakoa : la reconnaissance. Mais cette fois elle concerne Arakko, donc Mars, que les mutants ont proclamé, unilatéralement, capitale du systéme solaire. Cela ne pose pas de problèmes à toutes ces délégations aliens (qui en ont vu d'autres), sauf (encore une fois) au Wakanda (qui ne veut rien avoir à faire avec les mutants et ne reconnaissent rien de ce qu'ils prétendent posséder - je vous le dis, les wakandais vont finir par recevoir une gifle et ils ne l'auront pas volée). Mais un invité surprise a son mot à dire. Et c'est...

... Le Dr. Fatalis, toujours aussi fumasse après avoir parlé avec Captain America. Comme si la Latvérie  était un satellite de la Terre, avec une voix à part dans ce concert, Fatalis exige de parler directement avec l'autorité d'Arakko. Abigail Brand est reconnue par Fatalis comme une "planificatrice", ce qui est plutôt un compliment de sa part, et il sait donc qu'elle s'attendait à sa venue et à sa requête - mieux : qu'elle y accèdera. Il a raison. Mais ni lui ni le lecteur ne se doutent de la surprise sur l'identité du régent d'Arakko.

Je suis désolé de vous spoiler mais je ne peux guère faire autrement car cela m'aurait obligé à écrire à demi-mots, à opérer des circonvolutions, à dire sans dire, ce qui revient à des acrobaties réthoriques que je n'ai sûrement pas la souplesse d'accomplir. Donc vous voilà prévenus.

Tornade a été nommée régente d'Arakko. Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, avait teasé depuis des mois qu'en 2021 quelque chose d'important allait être raconté au sujet de Tornade, qui poserait le nouveau statut du personnage dans la suite logique d'événements qu'elle traverserait à partir de X of Swords. Dans cet event en effet, elle avait réussi à vaincre Mort, un des cavaliers d'Apocalypse lors du tournoi dans l'Outremonde, ce qui l'avait ébranlé. Plus tard, dans la série X-Men, elle avait sauvé la princesse Xandra, héritière du trône Shi'ar. Et récemment, elle avait quitté les Marauders. Tout cela présageait d'un changement de vie pour Ororo Munroe, qui n'avait rien de gratuit, mais tout d'un long cheminement spirituel (le personnage est coutumier du fait : depuis son changement de look dans les années 80 après son duel contre Callisto, jusqu'à la perte de ses pouvoirs à cause d'une arme fabriquée par Forge, son rôle de chef des X-Men en l'absence de Cyclope, etc.).

C'est aussi logique dans la mesure où l'on sait que les Arakki sont tous des mutants de niveau oméga, donc ils ne peuvent que tolérer leur égale à leur tête et Tornade est littéralement une déesse, une mutante classée parmi les plus puissantes de son espèce. Cela vient aussi confirmer ce que je disais dans ma critique de Planet-Size X-Men : le déplacement des Arakki sur Mars n'est pas une façon de s'en débarrasser car en plaçant Tornade à leur tête, il est évident que Jonathan Hickman a voulu, avec Gerry Duggan et Al Ewing, montrer que le lien avec Krakoa, donc la Terre, restait fort. S'il s'agissait de se débarrasser d'Arakko, ils n'auraient pas envoyé Tornade sur Mars car elle est une X-woman trop emblématique. Et en même temps, cela a une conséquence directe, immédiate : cela signifie qu'elle quitte non seulement notre planète, l'île de Krakoa, et donc son siège au conseil de Krakoa (qui est de plus en plus dépeuplé, après les départs d'Apocalypse et Jean Grey).

Enfin, arrive la conclusion de l'épisode et Ewing a gardé une cartouche explosive dans son chargeur. Magneto savoure seul le succès du gala. Il observe son casque, posé sur la table devant lui, comme un vieux compagnon. Il l'a porté durant tant d'années, pour la guerre contre les humains et d'autres mutants. Aujourd'hui, il contemple l'avènement de la race mutante, qui a atteint un niveau incomparable, qui a gagné le respect de (presque) tous. Magneto a consenti à changer de méthode et il a gagné. Que peut encore attendre un homme de sa trempe lorsqu'il en est là ?

L'apparition de la Sorcière Rouge est une image qui frappe le lecteur. Listée comme une des criminelles les plus honnies par les mutants depuis House of M, où elle déposséda de leurs pouvoirs la majorité de la population, elle a appris entretemps qu'elle n'était pas la fille de Magneto (dans les pages d'Uncanny Avengers, période Rick Remender, et de l'event Axis), tout comme son frère Vif-Argent. Durant l'event Empyre, elle a tenté de corriger ses erreurs, maladroitement, mais sans que cela soit vraiment reconnu car ce fut raconté en marge de la saga, dans un tie-in raté. La question qui se posait alors, c'était : la Sorcière Rouge a-t-elle encore un rapport avec les X-Men ? Ou, autrement dit, les X-Men s'intéressaient-ils encore à elle dans la mesure où, certes, elle était reconnue comme une de leurs pires ennemies, mais qu'ils ne faisaient rien pour la chasser, la capturer, la juger (ce qui aurait impliqué un conflit prévisible avec des héros amis de la Sorcière) ?

Et là, Al Ewing repose ces questions en changeant de perspective, de manière plus sensible et durable pour le futur. En vérité, il lance ni plus ni moins qu'une piste narrative impossible à ignorer (reste à savoir s'il la traitera lui-même ou si Hickman la récupérera par exemple). Car Magneto attendait sa "fille", il espérait même qu'elle assiste au feu d'artifice. On comprend, sans même qu'elle le dise, qu'elle ne se sentait pas d'être présente. Mais qu'importe, ce n'est pas ce qui compte. Car Magneto affirme qu'elle reste son enfant, en dépit des retcons stupides, et surtout qu'il va s'employer à ce que Krakoa accepte que Wanda lui pardonne pour qu'elle vive parmi les mutants, en paix. 

Sachant qu'on va assister au procès de Magneto dans une mini-série proche (pour une affaire qui trouve son origine précisément dans le gala - un meurtre. Mais qui sera la victime ? Un autre mutant ? Un humain ?), et ensuite que l'event Inferno surviendra, cela risque de prendre un peu de temps car Erik Lensherr va être bien occupé dans les prochains mois. Mais ce que vient de (re)mettre en avant Ewing, nul ne peut l'ignorer : le cas de la Sorcière Rouge devra se règler, et sa résolution impactera la place de Magneto en même temps (sûrement davantage que son procès, dont je ne crois pas que l'issue compromettra le statut du mutant dans la hiérarchie de Krakoa. Pour moi, le vrai futur tournant pour la franchise, c'est Inferno, car c'est Hickman aux commandes.).

Je conclus cette critique par les dessins. SWORD #6 est le dernier épisode de Valerio Schiti, qui, on le sait, va illustrer Inferno (je l'ai interrogé à ce sujet en lui demandant s'il allait s'occuper des quatre épisodes, laissant à Stefano Caselli et RB Silva des parties plus réduites, mais il m'a répondu qu'il ne pouvait pas me donner ces précisions pour l'instant. Néanmoins, je crois que ce sera le cas).

L'italien, depuis son long run sur Guardians of the Galaxy période Bendis, semble avoir du mal à se fixer sur un titre (même s'il a fait le plus gros de Tony Stark : Iron Man, écrit par Dan Slott). Après avoir emballé Empyre (dont l'intrigue n'était hélas ! pas à la hauteur de ses efforts), il plie bagages après seulement cinq épisodes et demi sur SWORD (il avait partagé le n°3 avec d'autres artistes), alors qu'il s'était beaucoup investi (en designant les costumes, l'intérieur de la station du Pic et en ne s'économisant pas pour le reste).

Mais il part en beauté, en nous gratifiant de planches superbes. Schiti est au sommet de son art, et il en a encore sous le pied, c'est certain. Quoiqu'il fasse demain et après-demain (c'est-à-dire après Inferno), il reste un dessinateur à suivre car à chaque fois il se surpasse. Il est à l'aise partout, son dessin est généreux, le plaisir qu'il a à dessiner est manifeste. Jamais on ne sent chez lui une quelconque lassitude à animer des super-héros, à évoluer dans cet univers, et c'est réjouissant. Il y a chez Schiti une sorte de joie simple qui rappelle les vétérans qui se donnaient tout entier aux comics, comme Sal Buscema, John Romita Sr., Jack Kirby. Il n'a pas de prétention d'auteur et pourtant il marque de son empreinte chacun de ses projets, ses scénaristes savent ce qu'il apporte à leurs scripts : une énergie, une fluidité, un sens du spectacle, de l'efficacité, des personnages vraiment animés. Il y a tout ça dans cet ultime numéro de sa main. S'il laisse la série entre de bonnes mains (celles de Caselli), je le regretterai quand même.

Allez, rendez-vous très vite pour la suite du gala, dans Way of X #3 et Wolverine #13...  

vendredi 18 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES VII - VIII : X-CORP #2 (Tini Howard / Alberto Foche) - NEW MUTANTS #19 (Vita Ayala / Alex Lins)


Cette troisième semaine de parution du Hellfire Gala se poursuit avec X-Corp #2, écrit par Tini Howard et dessiné par Alberto Foche.


Pour Monet St. Croix et Warren Worthington III, le gala est l'occasion pour rencontrer des candidats désireux d'intégrer le conseil d'administration de l'entreprise X-Corp. Trinary a sélectionné Solar, Thundebird, et une humaine, Sara St. John.


De son côté, l'Homme Multiple s'affaire dans les cuisines mais aussi pour la sécurité à l'intérieur de la salle de réception. Jamie Madrox est vexé que ni Monet ni Warren ne lui ait proposé un siège au board de l'entreprise alors qu'ils discutent avec des crapules comme Séléné ou le Cerveau.


Toutefois, il sauve la soirée en repérant les agissements louches des jumeaux Fenris qui tentent de tuer Trinary et de négocier avec Sara St-John. Le Cerveau, quant à lui, rend un fier service à Angel qui lui vaut une place comme responsable marketing.


On enchaîne avec New Mutants #19, écrit par Vita Ayala et dessiné par Alex Lins.


Les jeunes mutants profitent du gala pour prendre du bon temps mais aussi renouer des liens récemment distandus. Ainsi Mirage s'excuse auprès de Félina pour ne pas avoir à ses côtés alors qu'elle attend toujours une décision des Cinq pour retrouver son fils, Tier.


Karma fait une entrée remarquée qui lui vaut d'être lourdement draguée par un artiste humain, dont elle se débarrasse vite. Warlock écoute Warpath et se rapproche de Cypher et son épouse Bei pour qu'il se sente moins seul.


Cependant, Laura Kinney s'inquiète de ne pas voir Gabby, sa soeur, à la fête. Elle rentre sur Krakoa et trouve chez elle une lettre de Scout au même moment où Anole, Rain Boy, No-Girl et Cosmar découvrent le corps de la jeune fille dans un bousquet...

Difficile de passer après Planet-Size X-Men, mais on peut dire que ces épisodes de X-Corp et New Mutants s'en tirent avec les honneurs, parce qu'ils chassent sur d'autres terres.

X-Corp est une nouvelle série récente puisqu'elle ne compte que deux numéros. Tini Howard a longtemps couvé ce projet, maintes fois annoncé et reporté, qui a l'ambition d'explorer le capitalisme mutant. J'ai lu le premier épisode qui ne m'a guère convaincu car trop fouillis. En soi, le titre semble se positionner comme celui qui met en scène le milieu des affaires chez les mutants alors que Marauders occupait déjà ce terrain via la Hellfire trading company (bien que Gerry Duggan ait largement négligé cette partie).

Howard a fait de Monet St. Croix et Angel ses deux héros et c'est plutôt judicieux : la première se distingue par un caractère bien trempé, ce qui est utile dans le business, et le second est l'héritier d'une fortune colossale désormais entièrement dévouée à la cause mutante. Par ailleurs, il y a une dynamique accrocheuse entre eux deux, même si Howard a tendace à hystériser trop Monet, qui passe trop fréquemment de la femme déterminée et cassante à la furie (en changeant son apparence, en mode Penance - ce qui offre un parallèle troublant avec le cas de Angel qui maîtrise tant bien que mal son autre alter ego, Archangel, né des expérimentations d'Apocalypse dans la série X-Factor des années 80).

Pour les épauler, Howard récupère la création de Tom Taylor, Trinary, qui parle aux machines, apparue dans X-Men : Red, puis l'Homme-Multiple. Jamie Madrox est écrit n'importe comment, en tout cas à des lieues de la finesse avec laquelle le traitait Peter David dans X-Factor (d'ailleurs où est passée Layla Miller, son épouse, à laquelle il est fait brièvement mention ?).

Tout ça donne donc un tableau très inégal. Mais l'épisode qui nous occupe aujourd'hui n'est pas mauvais. Il consiste en une série d'entretiens où Angel et Monet rencontrent des mutants (et une humaine) susceptibles d'intègrer le conseil d'adminstration de leur entreprise. Comme c'est souvent le cas ailleurs (voir SWORD), il s'agit de crapules avérés qui cherchent ou non à se racheter une conduite, comme Séléné ou le Cerveau - le rôle de ce dernier est excellemment bien exploité. Howard se risque à l'humour en convoquant Solar, dont la suffisance est un ressort comique imparable, mais qui ne fait hélas ! qu'une apparition (on verra dans New Mutants #19 que Vita Ayala emploie le personnage avec beaucoup plus d'efficacité sans pour autant le montrer).

Mais comme souvent aussi Howard semble piloter sans qu'on sache où elle veut en venir, comme en témoigne ce subplot avec les jumeaux Fenris, des mutants de la famille Von Strucker, donc des nazis, qui, jaloux, veulent saboter les efforts de la X-Corp et ses dirigeants. Le déroulement de ces scènes est maladroit et s'achève pauvrement, échouant coimplètement à créer un suspense.

Le tout est mis en images par Alberto Foche, que je ne connais pas, et qui livre une prestation moyenne. Quand il anime des plans fournis, il s'en sort bien, mais dès qu'il doit serrer la focale, ses visages ont des expressions trop exagérées, qui contribuent à cette impression d'hystérie chez les personnages (Monet en particulier). Un peu comme Matteo Lolli, Foche semble encore un peu tendre pour imposer un style marquant. Heureusement, la série profite des couvertures de David Aja, absolument magnifiques, et on rêve alors de ce que l'espagnol ferait s'il dessinait aussi les pages intérieures.

La barre se redresse nettement avec l'épisode de New Mutants. Pourtant j'y allais, non pas à reculons, mais avec appréhension puisque Rod Reis est absent (il reviendra bientôt). Il est suppléé par Alex Lins, un autre artiste que je découvre.

Contre toute attente, il se débrouille bien. Le fait qu'il n'ait pas du tout le même style que Reis joue à son avantage car la comparaison n'a pas lieu d'être. Il y a quelques maladresses, c'est un peu inabouti, mais franchement sympa. Il sait représenter ces jeunes mutants, n'a pas peur du cadre spectaculaire dans lequel l'histoire a lieu, et son découpage traduit avec fluidité le script, comme toujours bien dense de Vita Ayala.

Je le répète, mais cette scénariste fait des merveilles depuis son arrivée sur la série, qu'elle a su faire sienne, à laquelle elle a donné une direction, des intrigues et sous-intrigues très riches, en respectant la caractérisation des personnages et l'environnement si particulier de la Nation X.

Contrairement à Howard dans Excalibur, elle sait parfaitement profiter de l'occasion du gala pour y faire évoluer ses protagonistes tout en continuant à développer ce qu'elle a entrepris auparavant. C'est une question de dosage, et c'est équilibré magistralement.

Ayala articule son récit autour du thème de la réconcilation : Mirage et Félina, Warlock et Cypher. Cela produit deux séquences impeccables, où les Nouveaux Mutants se confient, se rabibochent, mais sans que tout soit oublié ni réglé. Dans des positions un peu en retrait, Magik, Warpath et Karma (qui a droit à une entrée en scène divine) permettent aux situations de se dénouer, simplement, malicieusement.

Puis, à la fin de l'épisode, Ayala nous cueille complètement : Laura Kinney, fraîchement élue au sein des X-Men, s'inquiète de ne pas trouver sa soeur Gabby à la soirée et après avoir demandé à ses mis d'ouvrir l'oeil et de la prévenir s'ils la repéraient, elle se résoud à rentrer sur l'île de Krakoa. Les dernières pages sont poignantes et laissent craindre le pire pour Scout. 

Décidément, ce gala réserve bien des surprises et confirme sa singularité. La semaine prochaine, la fête se poursuit dans l'espace avec S.W.O.R.D. #6, puis on redescendra sur Terre avec Way of X #3 et Wolverine #13.