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mercredi 4 juillet 2018

AMAZING SPIDER-MAN #801, de Dan Slott et Marcos Martin


Pour être tout à fait franc, je ne savais pas à quoi je consacrerai une entrée aujourd'hui. Puis je me suis souvenu que le run de Dan Slott sur Amazing Spider-Man venait de se conclure avec le #801. Il a refait équipe pour l'occasion avec Marcos Martin. Et ce dernier point suffit à annuler mes réserves pour vous en parler... Même si ce dénouement a d'autres qualités.


Peter Parker était un étudiant brillant mais peu estimé par ses camarades et ignoré des filles. Jusqu'au jour où il fut mordu par une araignée radioactive qui lui transmit les pouvoirs de Spider-Man. Il s'en servit d'abord pour gagner de l'argent dans des matchs de catch jusqu'à ce qu'un manager véreux refuse de lui payer une victoire. Pour se venger, il laissa filer le voleur qui déroba la recette.
  

Il le regrettera toute sa vie car le malfrat tua ensuite, dans sa fuite, l'oncle de Peter. Depuis Spider-Man voue son existence à rendre la justice. Comme ce soir-là où il sauva Kenneth Kincaid et un épicier braqués par un jeune voyou avant l'arrivée de la police.


Après avoir fait sa déposition au commissariat, Kincaid put rejoindre à temps l'hôpital où son père rendit son dernier souffle. A son tour, Kenneth devient père de famille et oncle de la petite Judy. Avec elle fut, des années plus tard, aux premières loges d'un combat entre Spider-Man et une bande de vilains, empêchant même leur chef de fuir.


Judy était pourtant déçue car elle trouvait Spider-Man "ringard". Son oncle lui expliqua alors qu'il sauvait pourtant tous les jours des innocents dans la rue et, par ricochet, des familles entières, permettant donc à des fillettes comme elle de garder leur oncle.


Voilà ce qui distinguait le "Webhead" : Spider-Man est toujours là pour vous.

Soigner sa sortie : voilà un exercice périlleux pour tout scénariste, a fortiori après un run aussi conséquent que celui de Dan Slott. Malgré des controverses, des partisans enthousiastes et de farouches détracteurs, ce dernier aura marqué de son empreinte la série du Tisseur en alignant un nombre record d'épisodes grâce à une publication majoritairement bimensuelle durant dix ans !

Moi-même, je n'ai pas toujours été tendre avec Slott : il m'a parfois embarqué avant que j'abandonne Amazing Spider-Man, déçu, énervé ou las de la manière dont il l'exploitait. Il faut dire que le scénariste semble avoir souvent pris plaisir à contrevenir à la règle d'airain de Stan Lee comme quoi "une bonne histoire de Spider-Man commence d'abord par être une bonne histoire de Peter Parker". Or Slott a souvent affiché sa préférence pour le justicier masqué contre son alter ego.

Ma fréquentation de la série sous son règne fut donc très irrégulière - trop pour que j'ose en tirer des conclusions d'ensemble. Cependant, à chaque fois qu'il a fait équipe avec Marcos Martin, que je considère comme le seul digne héritier de Steve Ditko (et donc un des meilleurs dessinateurs du Tisseur), c'est comme si Slott se transcendait, sachant que l'artiste tirerait le meilleur de son script. Et, effectivement, l'espagnol livrait des planches fantastiques et inspirait spécialement le scénariste.

Il semble que Martin avait promis à Slott de dessiner ce dernier épisode, le #801, s'autorisant une infidélité ponctuelle à Brian K. Vaughan et leurs projets pour PanelSyndicate. Terminer en si bonne compagnie promettait beaucoup. Mais pour raconter quoi ?

Fanfaron volontiers provocateur et soûlant en interview (récemment encore il fustigeait les diffuseurs de spoilers gâchant le plaisir des fans... Fans qu'il a souvent raillés dans ses tweets pour leur attitude intégristes - même si je ne cautionne évidemment pas les menaces de mort émis par certains contre lui), Slott a choisi d'offrir un ultime épisode humble et touchant, qui, contre le Spider-Man si agité de son run, revient au "friendly neighbourhood".

On voit finalement assez peu le héros dans cette vingtaine de pages, mais ce parti-pris renforce son aspect légendaire et familier à la fois puisqu'il est évoqué par un quidam moyen, Kenneth Kincaid, auquel il a sauvé la vie au début de sa carrière, et qui transmet à sa nièce, des années après, la raison pour laquelle Spider-Man est si admirable. Il n'est ni Thor, ni Iron Man, ni Black Panther, mais ce justicier des rues qui en sauvant une vie préserve des familles entières. Il est ce héros "always there for you" ("toujours là pour toi" comme s'intitule cet épisode).

Ce point de vue est le plus juste et le plus sympathique pour le personnage, et permet à Slott de rendre le héros tel qu'il l'a trouvé - Nick Spencer, son successeur, pourra l'écrire sans composer avec un énième twist.

Marcos Martin rend une copie qui paraît sage au regard de ce qu'il a pu produire visuellement avec Spider-Man, notamment quand il illustrait les scripts de Slott. Pourtant, la subtilité remarquable de son travail se révèle immanquablement et vous habite après la lecture de l'épisode. Rien que la scène d'ouverture, récapitulant les origines du personnage en caméra subjective, est une merveille narrative, rapide et inventive.

La première scène avec le Tisseur en action dans l'épicerie se distingue par ses détails (les éclats de verre plantés dans le costume du héros, la richesse du décor) et les acrobaties du justicier dans un espace restreint, que le trait souple de Martin restitue magnifiquement. L'espagnol résume ensuite une vie, celle de Kincaid, en une page et des cases occupant toute la largeur de la bande, admirablement. Puis on arrive à la séquence finale, un chef d'oeuvre.

Spider-Man se défait d'une bande de vilains dont le chef est arrêté grâce à l'intervention discrète de Kincaid. Une fois le justicier parti, s'ensuit la fameuse explication sur la valeur unique de ce dernier, avec, au passage, une de ces doubles pages prodigieuses comme Martin en a le secret, mettant en scène plusieurs ennemis emblématiques du héros.

Si vous voulez prendre un cours accéléré de découpage, lisez Marcos Martin.

Dan Slott tire sa révérence avec classe. Il s'amuse désormais avec Iron Man, où ses débuts ont été brillants. En attendant de lire son traitement des Fantastic Four le mois prochain. Mais grâce à ses adieux au Tisseur, il a (re)gagné des points dans mon estime. 

dimanche 11 février 2018

AMAZING SPIDER-MAN #28, de Dan Slott et Stuart Immonen


Dan Slott et Stuart Immonen mettent en scène le dernier acte de The Osborn identity dans ce 28ème épisode d'Amazing Spider-Man. Comment va s'achever cette courte (4 chapitres) et invraisemblable histoire ?


Osborn a lancé un missile au-dessus de la Symkarie qui va gazer la population pour la transformer en une armée de bouffons. Mockingbird s'envole pour la désamorcer et deux membres du Wild Pack de Silver Sable l'accompagnent pour la défendre contre les planeurs ennemis tandis que le reste de l'équipe se charge d'évacuer les civils.


Silver Sable et Spider-Man se dirigent, eux, vers le château de la comtesse Karkov. Mockingbird contacte le SHIELD pour prévenir Nick Fury de l'attaque lancée contre la population. Silver Sable défie à l'épée la comtesse.


Spider-Man traque Norman Osborn dans le sous-sol du château. Ce dernier, grâce à quelques gaz, le prive (temporairement) de ses pouvoirs et grille son équipement électronique grâce une décharge électro-magnétique. Ainsi il peut l'affronter sur un pied d'égalité.


Osborn, déchaîné, malmène sérieusement Spider-Man mais celui-ci peut compter sur ses amis. Le missile, désamorcé, ne s'écrase pas et est réceptionné dans une toile d'araignée géante tirée par les spider-planes. Silver Sable a pris le dessus sur la comtesse Karkov.


Galvanisé, Spider-Man corrige Osborn jusqu'à ce que des avions de chasse du SHIELD survolent la Symkarie. Mais épuisé et blessé, le tisseur laisse filer Osborn. La Fondation Oncle Ben dépêche des camions pour délivrer des produits de première nécessité à la population opprimée mais Nick Fury confirme que son organisation cesse toute collaboration avec Parker Industries. Osborn est déjà loin, sur un bateau, ruminant sa revanche en convoquant le Bouffon Vert...

Le script de cet épisode n'a pas dû nécessiter un labeur épuisant à Dan Slott qui conclut son arc narratif avec une suite de bastons homériques, aussi expéditives que grossières. On n'est pas là pour faire dans la subtilité et si on appliquait cette rédaction dans un dessin animé ou un long métrage, beaucoup pointerait que le niveau ne dépasse pas celui d'une bande dessinée (puisque pour beaucoup de critiques, le média ne vaut pas grand-chose...).

Ainsi donc se trouve-t-on en présence d'une histoire, d'un dénouement, dont l'auteur parvient par sa paresse, qu'il veut faire passer par de la malice, à rabaisser le support qu'il sert au niveau que lui donnent ses détracteurs quand il s'agit de parler de qualité d'écriture. Ce n'est pas un mince exploit, mais c'est pourtant un exploit dont on se passerait facilement.

Est-ce étonnant ? Non, car Slott fait le malin : tout son talent se résume ici à cela. Plus c'est gros, plus ça passe ? Si on n'est pas trop difficile, oui. Après tout, certains lecteurs adorent ce genre de comics où l'essentiel tient à regarder des héros et des vilains s'échanger des bourre-pifs pour résoudre des situations qui soulèvent pourtant des problèmes complexes. Et Slott contente ce public peu exigeant en lui donnant ce qu'il veut : du spectacle, creux, primaire.

La Symkarie est libérée par une bande de mercenaires dont la chef est une tueuse qui prend le pouvoir par la force comme la comtesse qu'elle détrône, avec la complicité d'un super-héros qui ne s'embarrasse pas de questions éthiques sur le droit d'ingérence. Tout va bien, comme le rappe avec plus d'ironie Orelsan... En passant, Mockingbird a visiblement de gros soucis de cohérence intellectuelle puisque dans le numéro précédent elle démissionnait du SHIELD, déçue que l'organisation ne soutienne pas l'opération menée par le Wild Pack et Spider-Man... Mais elle rappelle Nick Fury à la rescousse parce que, quand même, un missile va s'écraser sur une population innocente... Et le même Fury, si intransigeant sur les prérogatives de son commandement, accepte de voler au secours de son agent (ou ex-agent, on ne sait plus trop du coup) ! Formidable de bêtise ! (Mais, attention, dans un énième retournement de veste, Fury rappelle à Spider-Man qu'il n'approuve pas son action et que le SHIELD n'achètera plus de matériel à Parker Industries.)

Stuart Immonen se commet dans ce sommet de stupidité avec la générosité qu'on lui connaît : il ne fait pas les choses à moitié et donne à cette conclusion une envergure et une énergie qu'elle ne mérite vraiment pas. On ne peut que s'incliner devant le talent et le professionnalisme de l'artiste, mais aussi que déplorer qu'il déploie son art au service d'un récit si mauvais. Avoir et saisir l'opportunité de dessiner Spider-Man, profiter de l'exposition et de la popularité d'une série pareille ne sont évidemment pas des occasions qu'on décline, mais enfin, Immonen devrait faire plus attention avec qui il s'allie car tout son brio ne sortira pas indemne après avoir avoir été mêlé à un scénariste aussi navrant.

Slott tirera sa révérence avec le 800ème épisode, dans un ultime arc, toujours avec Immonen au dessin. Jusque-là, il faudra soit faire contre mauvaise fortune bon coeur, soit cesser de suivre la série en attendant que le dessinateur rebondisse avec un projet plus digne de lui (comme se consacrer à la suite de Empress ?). Les deux prochains numéros sont liés à la saga globale Secret Empire, je ne sais pas si je vais m'infliger ça (et la suite)...   

vendredi 26 janvier 2018

AMAZING SPIDER-MAN #27, de Dan Slott et Stuart Immonen


Avant-dernière étape avant le dénouement de l'arc narratif intitulé The Osborn identity, cet épisode sonne la charge : Dan Slott et Stuart Immonen sont déchaînés, même si, en fin de compte, une impression de grand n'importe quoi finit par l'emporter sur l'addition des efforts de l'équipe créative. Détaillons ça.


De retour en Symkarie auprès de la comtesse Karkov, Norman Osborn, contre l'avis de son chirurgien, subit une nouvelle greffe du visage pour récupérer sa véritable figure - avec un résultat effectivement affreux. Mais désormais, il compte bien ne plus se cacher et donc, n'ayant plus besoin de ce docteur, il l'expose au sérum du Bouffon.


Cependant, Silver Sable, à bord d'un avion-cargo transportant un tas de véhicules spéciaux de Parker Industries, explique à Spider-Man comment et pourquoi elle a fait croire à sa mort ces derniers mois. Sa longue absence a hélas ! abouti à la prise de pouvoir par la comtesse Karkov et Osborn de la Symkarie mais le Tisseur lui a promis son aide pour renverser la situation.  


Nick Fury interroge, à Honk Kong, May Parker et Harry Lyman pour savoir où se trouve Peter ou Spider-Man, avant de devoir les relâcher, faute d'éléments à charge. Il contacte ensuite Mockingbird qui le dirige sur une fausse piste et lui remet sa démission avant de couper la communication. Silver Sable présente à Bobbi Morse et Spider-Man son nouveau Wild Pack.


Leur première cible est la plus grande usine de munitions de Symkarie dont ils évacuent les ouvriers avant de la détruire. Silver Sable convainc les civils d'embarquer dans l'avion-cargo pour s'abriter, juste avant que les bouffons d'Osborn attaquent.


L'intervention des héros interrompt le dîner d'Osborn et de la comtesse Karkov : elle appelle ses citoyens à rester chez eux tandis que son complice va activer son arme finale : comme le découvre Spider-Man, les bouffons ont tous été exposés au sérum de son ennemi...


... Et Osborn compte maintenant lancer un missile qui lâchera le gaz sur les habitants de Symkarie pour en faire son armée !

L'épisode se lit d'une traite, mené tambour battant, et regorge de scènes spectaculaires : ce n'est pas tous les mois qu'on assiste à l'invasion d'un pays par deux super-héros et une bande de mercenaires contre un bataillon de soldats dopés par un sérum.

Dan Slott sait qu'il peut y aller à fond puisqu'il dispose d'un formidable dessinateur avec Stuart Immonen que ce genre de débauche visuelle n'effraie pas : effectivement, les pages s'enchaînent, toujours plus ahurissantes, avec une collection de véhicules conçus par Peter Parker, à bord d'un avion gros porteur, avec un supporting cast musclé - le Wild Pack de Silver Sable. Plus le récit monte en régime, plus les pages gagnent en ampleur jusqu'à quasiment devenir des posters.

C'est donc un régal pour qui ne demande qu'à lire de l'action.

Mais la narration accumule aussi des moments WTF totalement gratuits, qui font basculer l'intrigue dans un barnum tapageur et anime les personnages de manière pour le moins limite. Ainsi l'alliance que scelle Spider-Man avec Silver Sable a de quoi interroger : le justicier s'associe tout de même avec une mercenaire, qui n'hésite pas à tuer ceux qui la dérangent (ils se sont d'ailleurs retrouvés au début de l'arc alors qu'elle tenait dans sa ligne de mire Norman Osborn) ! Mais comme ça n'a pas l'air de le déranger plus que ça, il lui apporte un soutien logistique et matériel considérable en lui prêtant véhicules armés pour elle et son gang d'assassins ! Ben, voyons...

Que dire aussi de Mockingbird ? Slott, avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, suggère que Bobbi Morse et Peter Parker vont devenir amants, comme ça, parce qu'ils sont célibataires et s'éclatent en mission. Pourquoi pas ? Mais on peut quand même tiquer devant le comportement cyclothymique de la jeune femme qui, dans l'épisode précédent, lâchait Spider-Man au beau milieu d'une course-poursuite dès que Nick Fury la rappelait à l'ordre (puisqu'elle agissait sans permission officielle en territoire étranger)... Et qui, là, trahit son chef en envoyant une unité du SHIELD au mauvais endroit, démissionne dans la foulée et prête elle aussi main forte aux mercenaires de Silver Sable : visiblement, Mockingbird est moins dérangée de renverser un gouvernement en Symkarie que de chasser Osborn à Honk Kong...

Passons sur l'énième opération dudit Osborn, qui se balade désormais avec une gueule impossible (mais qui ne coupe pas l'appétit de la comtesse Karkov) : c'est parfaitement grotesque, plus ridicule qu'effrayant. Mais même Warren Ellis (lorsqu'il écrivit le personnage, déjà complètement dérangé, dans Thunderbolts, ou Brian Bendis, de Dark Avengers à Siege) n'avaient pas osé pousser le bouchon aussi loin pour décrire la folie d'Osborn et la traduire physiquement.

Triturer les personnages, négocier des unions improbables, opter pour le coup d'éclat permanent, tout ça, en soi, n'a rien d'extravagant dans le contexte des comics super-héroïques, où rien n'est rationnel. Mais le faire de manière si compressée dans la narration devient aberrant et confine au grand n'importe quoi : on ne peut plus suivre l'histoire quand elle est si surchargé d'effets grand-guignolesques. Cela devient une farce où le lecteur a surtout l'impression qu'on se fiche de lui (ou du moins qu'on teste sa capacité à avaler tout ça).

Que Stuart Immonen dépense son énergie et son talent là-dedans est un gâchis, même s'il est en fait le seul élément qui fait qu'on s'accroche. Pas sûr néanmoins que j'insiste après le prochain numéro... 

mardi 12 décembre 2017

AMAZING SPIDER-MAN #26, de Dan Slott et Stuart Immonen


Dans le précédent épisode, Spider-Man empêchait in extremis Silver Sable (pourtant présumée morte) d'exécuter un des invités du gala pour la Fondation Oncle Ben à Honk Kong. Mais la mercenaire lui révélait alors que sa cible n'était autre que Norman Osborn... Voyons où Dan Slott et Stuart Immonen vont nous entraîner dans ce nouveau chapitre de l'arc The Osborn identity.


Récupéré par ses sbires, Osborn s'enfuit mais Silver Sable, Spider-Man et Mockingbird le prennent en chasse. Bobbi Morse reçoit alors un appel de Nick Fury qui lui ordonne de se retirer car la Chine ignore sa présence (et donc celle du SHIELD) sur place.


La filature échevelée de Silver Sable et Spider-Man les entraîne dans un piège ourdi par Osborn qui procède à une démonstration de ses nouvelles armes devant une assemblée d'acheteurs, en présence de sa complice la comtesse Karolina Karkov. Un robot géant, le Kingslayer Mark I, est activé pour supprimer les deux intrus.


Cependant, Harry Lyman (ex-Osborn) est assailli d'appels de partenaires commerciaux affolés par la situation car les armes d'Osborn sont fabriqués avec des matériaux de l'entreprise de Peter Parker. Depuis son repaire, Otto Octavius (désormais détenteur d'un nouveau corps cloné) enrage à cause de cette débâcle infligé à l'empire industriel qu'il a contribué à construire (lorsque son esprit habitait le corps de Parker).


Le Kingslayer Mark I neutralisé, et Osborn s'étant éclipsé avec la comtesse, Spider-Man apprend que les armes de son ennemi sont fabriquées en Symkarie, le pays de Silver Sable. Il lui propose d'en libérer les habitants contre la capture d'Osborn. Mais ce choix ne plait pas au SHIELD qui considère qu'en agissant unilatéralement en pays étranger, Spider-Man est désormais, au même titre que l'entreprise de Peter Parker, considéré comme ennemi au même titre que l'Hydra ou l'A.I.M. ...

Ce n''est pas parce que cet épisode renoue avec le format traditionnel (d'une vingtaine de pages) que Dan Slott change ses habitudes : au contraire, il écrit ce deuxième chapitre de son arc narratif en enfonçant le pied sur l'accélérateur.

L'intrigue se développe donc peu, se concentrant sur la course-poursuite spectaculaire dans Honk Kong entre Silver Sable, Spider-Man et Norman Osborn. Stuart Immonen a, là, matière à s'amuser en démontrant son aisance à découper ce genre de morceau de bravoure : il use de doubles pages avec des angles de vue très dynamiques, mettant en valeur aussi bien le décor avec les gratte-ciel de la ville que les acrobaties vertigineuses des personnages.

Pour souligner les conséquences de la situation sur l'histoire, Slott s'en remet à des scènes brèves et parallèles, comme lorsque Harry reçoit les communications des clients du Webware ayant appris que les armes de Osborn ont été conçues avec la technologie développée par Peter Parker ou en montrant fugacement Otto Octavius (dans son nouveau corps) pester après la mauvaise gestion de crise qui menace l'empire qu'il a contribué à édifier. Un examen du nouveau costume d'Octopus permet de relier facilement son alliance avec une organisation criminelle bien connue et préfigure donc de futurs épisodes attachés à la saga globale Secret Empire (ce dont je me serai bien passé...).

Si le scénario ne nous informe pas du comment Silver Sable est en vie alors qu'elle était présumée morte, son rôle redirige le récit et impacte celui de Spider-Man qui en décidant de l'aider à libérer la Symkarie s'attire les foudres du SHIELD et la défection de Mockingbird : ça risque donc de barder !

On est donc dans la droite ligne de ce qu'on pouvait prévoir avec le numéro précédent : beaucoup d'action, un tempo trépidant, peu de psychologie, et des illustrations à couper le souffle. On en sort ravi malgré des lacunes évidentes parce que divertissement est au rendez-vous : pas sûr que ça suffise à en faire une histoire mémorable mais c'est indubitablement efficace.  

mardi 21 novembre 2017

AMAZING SPIDER-MAN #25, de Dan Slott et Stuart Immonen


Voilà six mois que Stuart Immonen a rejoint Dan Slott pour assurer les dessins d'Amazing Spider-Man et, finalement, j'ai craqué pour le plaisir de lire un de mes artistes favoris, alors j'apprécie moyennement le scénariste de la série (série que, par ailleurs, je n'avais plus lu depuis un bail). C'est donc parti pour un premier arc, qui sera court (4 numéros) mais prometteur (le retour d'un des pires ennemis du Tisseur).


Contre l'assurance qu'il le laissera mener ses affaires tranquillement à San Francisco, Wilson Fisk alias le Caïd procure à Spider-Man une clé USB qui lui permettra de retrouver sa némésis : Norman Osborn. Direction : le Delvadia où l'ex-Bouffon Vert serait à la tête d'un trafic d'armes, le visage refait. Avec une équipe d'agents spéciaux locaux - Devil-Spider et Tarantula - et Mockingbird - représentant le SHIELD, supervisant l'opération - , le Tisseur attaque le repaire d'El Facoquero, supposé être Osborn. Mais une fois celui-ci arrêté et des examens d'identification effectués, ce n'est pas le cas.
   

Reste alors à Peter Parker à déterminer où pourrait le frapper son ennemi : il pense à une réception programmée à Honk-Kong en l'honneur de la Fondation Oncle Ben qu'administre sa tante May. Il confie cette dernière à son ami et associé Harry Osborn et prend un avion de ligne avec Bobbi Morse (Mockingbird). Durant le trajet, constatant la similarité de leurs situations, Peter drague sa partenaire mais c'est alors que May et Harry les surprennent, ayant embarqué à l'insu du couple dans le même avion pour participer à la réception.
   

Une fois à Honk-Kong, Spider-Man et Mockingbird visitent les bas-fonds de la ville à la recherche d'informateurs sur une vente d'armes. Après avoir tabassé plusieurs crapules locales, ils découvrent un dépôt dont le chef des gardiens passe aux aveux et apprennent qu'Osborn compte se rendre à la réception de la Fondation Oncle Ben.


Les deux héros rejoignent le plus vite possible les lieux mais en s'en approchant, Spider-Man, repère un sniper camouflé sur le toit d'un immeuble voisin. Il le neutralise et découvre qu'il s'agit d'une vieille connaissance, présumée morte, qui s'apprêtait en fait à exécuter Norman Osborn...

Evacuons d'entrée de jeu mon sentiment au sujet de Dan Slott : je l'ai toujours trouvé imbuvable en interview, le genre de bonhomme à se moquer de son interlocuteur, à à faire le malin, tout en justifiant ses choix d'écriture par des pirouettes et l'orientation de ses intrigues échevelées par des promesses dont n'importe quel fan sait très bien qu'elles sont intenables puisqu'il n'a pas la propriété du personnage qu'il anime depuis sept ans.

Cela n'en fait pas un scénariste dénué de talent, au contraire, même s'il faut bien avouer que certaines de ses obsessions sont lassantes (son favoritisme affiché pour Dr. Octopus, certaines sagas foireuses - cf. Spider-Verse). Il n'empêche, la critique lui accorde régulièrement de bonnes notes et le public suit (même si, en ces temps de crise, même les ventes d'Amazing Spider-Man ne sont pas faramineuses - surtout si on les compare à celles du concurrent direct, Batman).

Depuis 2015, Slott a établi Peter Parker dans une situation nouvelle (même si on sait déjà qu'elle est condamnée à n'être que temporaire) : après avoir été pendant des années un sympathique loser courant après l'argent pour payer ses factures, photographe-pigiste pour le "Daily Bugle" ou enseignant, il a breveté un système de communication électronique révolutionnaire qui lui a apporté la richesse et le statut de chef d'entreprise. Après la saga globale Secret Wars, en l'absence de Reed et Sue Richards, il installe le siège de son affaire dans le Baxter building avec l'accord de Johnny Storm/la Torche humaine et Ben Grimm/la Chose, ses amis. Son empire s'étend à travers le monde, lui attirant de nouveaux types d'ennuis (dont une rivalité avec Tony Stark, qui a désormais pour assistante Mary-Jane Watson, son ex).

Récemment, pourtant, pour déjouer le plan d'un ennemi, Peter a dû pirater son système informatique, ce qui lui a valu le courroux de ses clients. C'est dans ce contexte tendu que débarre l'histoire The Osborn identity où le Caïd offre au Tisseur l'opportunité de mettre la main sur Norman Osborn. Slott a fait de ce dernier un criminel de haut vol, versé dans le trafic d'armes, et qui se cache derrière des masques greffés sur son visage grâce à une technologie dérobée au Caméléon : l'idée est amusante bien que complètement irréaliste.

Ce premier chapitre se distingue par sa pagination, rien moins que quarante pages : même si ensuite on revient à un format traditionnel, sachant que la série sort toutes les trois semaines, il faut un artiste capable de tenir une cadence soutenu et avoir récupéré Stuart Immonen (après son escapade chez Mark Millar pour le premier volume d'Empress) est un coup gagnant.

Le dosage entre action et moments plus posés est parfait, même si on sent chez Slott une soif d'animer Spider-Man davantage que Peter Parker - quand bien même Parker reste le moteur de l'intrigue (selon la formule qui veut, chez Marvel, qu'une bonne histoire doit d'abord partir du personnage civil). Immonen est de toute façon à l'aise dans tous les registres et sait composer idéalement une scène dans un appartement ou une cabine d'avion en variant le découpage de manière alerte comme orchestrer des bastons spectaculaires à l'image du raid dans le Q.G. d'El Facoquero ou de la descente dans le quartiers mal-famés de Honk-Kong.

Entre temps, profitant du nombre de pages plus important, Slott glisse un début de flirt entre Parker et Bobbi Morse en exploitant le fait que tous deux vivent une double existence agitée qui les empêche d'être en couple. Mockingbird fait désormais partie de l'entourage de Spidey depuis une vingtaine d'épisodes car Parker fait affaire avec le SHIELD et qu'elle est la seule à savoir qu'il est Spider-Man (même s'il a engagé une doublure pour les occasions où il doit se montrer en public sans qu'on puisse le soupçonner d'être sous le masque du justicier). Les intentions du scénariste sont évidentes : Mary-Watson étant occupée ailleurs (dans la série Invincible Iron Man de Bendis), l'ex-épouse de Clint Barton sera bientôt la nouvelle compagne du Tisseur (en espérant qu'elle aura plus de chances que la moyenne de ses conquêtes, régulièrement menacées de mort ou sacrifiées au gré d'intrigues... Mais Mockingbird dispose de ressources pour se défendre que n'avaient pas les autres).

L'épisode se clôt sur une surprise comme les aime Slott avec le retour d'un personnage, historiquement lié à Spider-Man, mais qu'on croyait mort et dont la présence va générer d'immanquables tensions (son objectif croisant celui du héros tout en devant être accompli de manière plus radicale). C'est accrocheur. Et Immonen ayant signé pour un bail a priori assez long, je vais certainement rester accroché au Tisseur un moment.