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mardi 5 mars 2024

LA BALLADE BUSTER SCRUGGS : les frères Coen découpés en tranches


- La Ballade de Buster Scruugs - Toujours vêtu de blanc, aimant pousser la chansonnette sur son cheval, Buster Scruggs cache bien son redoutable talent de pistolero. A Frenchman's Gulch, il participe à une partie de poker mais un joueur le somme de jouer avec la main laissée par son prédécesseur. Buster refuse et élimine son vis-à-vis. Le frère de ce dernier le défie et rencontre son créateur. C'est alors que surgit un inconnu entièrement vêtu de noir...


- Prés d'Algonodes - Un cowboy braque une banque à l'écart de tout mais le guichetier le force à battre en retraite avant de l'assommer. Quand il revient à lui, le voleur a une noeud coulant autour du cou et le shérif lui annonce qu'il a été condamné à mort. C'est alors que des comanches apparaissent pour commettre une massacre mais l'épargnent. Un autre cowboy lui vient en aide mais un autre shérif arrête les deux hommes pour vol de bétail...
 

- Ticket repas - Un impresario conduit un spectacle ambulant de village en village. La représentation consiste en un monologue déclamé par un jeune homme sans bras ni jambes. Mais le public se fait de plus en plus rare et les recettes de plus en plus maigres. Lorsque l'impresario découvre une nouvelle attraction, il va devoir faire un choix...


- Gorge dorée - Un vieil orpailleur découvre une vallée paradisiaque où il espère trouver un filon. Après plusieurs jours de fouilles infructueuses, il creuse et tombe sur une énorme pépite. Mais un voleur lui tire dans le dos  pour s'approprier son magot...


- La Fille qui fut sonnée - Alice Longabauch suit son frère Gilbert dans une caravane qui rejoint l'Oregon où elle doit rencontrer l'homme qu'elle doit épouser - et qui est le futur associé de son frère. Mais en route, Gilbert meurt du choléra et le commis qui surveille son chariot tente d'extorquer de l'argent à Alice. Billy Knapp, un des convoyeurs, la tire de mauvais pas en lui demandant sa main...


- Les Restes mortels - Une diligence transporte cinq passagers : deux chasseurs de primes, un trappeur, une femme et un français. Chacun à tour de rôle prend la parole sur des sujets divers, suscitant diverses réactions de la part des autres, notamment en ce qui concerne le destin qui les attend tous puisque les chasseurs de primes emmènent avec eux le corps d'un bandit...


Ce film à sketches est le dernier long métrage réalisé par les frères Coen, Joel et Ethan, il y a six ans. Depuis chacun a développé des projets en solo (Joel a signé notamment une adaptation de Macbeth pour le grand écran, qui comme toutes autres a fait un bide, confirmant la malédiction de cette pièce de Shakespeare) tandis que Ethan sort actuellement Drive-Away Dolls (un thriller lesbien qui doit débuter une trilogie). Mais, récemment, on a appris que les frangins seraient prêts à retravailler ensemble, donc croisons les doigts.

Pour en revenir à La Ballade de Buster Scruggs, on ne s'étonnera ni de l'inégalité du résultat ni du fait que ce soit produit par Netflix, la plateforme de streaming étant devenu le refuge de cinéastes ayant du mal à trouver à la fois des financements auprès des grands studios traditionnels et la liberté artistique qu'ils souhaitent (avec notamment le final cut) - pour s'en convaincre, il suffit de citer les exemples de David Fincher (Mindhunter, Mank, The Killer), Jane Campion (The Power of the Dog) ou de Tim Burton (qui a initié la série à succès Mercredi).

Les frères Coen ont décidé d'investir à nouveau le genre du western dans lequel ils comptent de belles réussites comme True Grit, O'Brother et aussi No Country for old man (même s'il s'agit là d'une sorte de post-western). Comme un recueil de nouvelles, ils imaginent six histoires courtes qui ont toutes en commun le thème du destin.

Le premier chapitre qui donne son nom au film dresse le portrait d'un pistolero qui aime chanter mais pas être contrarié. Qui peut arrêter cette fine gâchette de Buster Scruggs ? C'est en tout cas très drôle et les Coen multiplient les inventions en virtuoses de la narration : apartés, morceaux musicaux, duels, tout est bon pour désarçonner le spectateur et les adversaires du héros. Le dénouement est à la hauteur de la fantaisie déployée, complètement foutraque et facétieux. Tim Blake Nelson (que les Coen avaient dirigé dans le génial O'Brother) est absolument irrésistible dans la peau du "rossignol de San Saba".

Le deuxième chapitre est tout aussi réussi. On y suit un voleur particulièrement malchanceux mais dont la déveine le pousse à un fatalisme hilarant. James Franco est éblouissant dans la peau de ce cowboy jamais au bon endroit au bon moment et son jeu, ironique, détaché, donne le la à cet épisode. La réalisation est rythmé, sans temps mort, le récit file vers son terme à une vitesse folle, sans surprise certes mais magistral.

Ticket repas est un peu moins bon. Les Coen délaisse le ton comique qui prévalait jusque-là pour signer un conte cruel dans un cadre hivernal et hostile, sur les traces d'un théâtre ambulant. Il y a une étrangeté inattendue dans cette histoire, quelque chose qu'on voit souvent chez les cinéastes qui aiment s'aventurer dans le domaine de l'absurde. Liam Neeson abandonne ses revenge movies de série Z dans lesquels il cachetonne depuis trop longtemps pour rappeler quel grand acteur il peut être. 

Gorge dorée est une vraie pépite. Déjà parce qu'il y a Tom Waits, sensationnel en orpailleur têtu et increvable : autant je ne l'ai jamais aimé en chanteur, autant c'est un acteur qui a une présence folle à l'image. Ensuite, le décor de cette vallée est tout simplement splendide. Enfin, les Coen nous raconte une histoire qui semble toute tracée et qui connaît un fabuleux twist. Ils sont quand même forts, les frangins, dans ce format court !

Le cinquième chapitre doit être le plus long du lot (même si je n'ai pas relevé les durées de chaque segment). Zoe Kazan est merveilleuse en jeune femme qui subit les pires avanies dans une caravane traversant l'Ouest américain : son jeu, nuancée, nous la fait aimer dès le début et à mesure que les pires ennuis lui tombent dessus, on ne cesse d'espérer qu'elle va s'en sortir. Les Coen, c'est évident, ont trouvé avec cette actrice une muse et d'ailleurs c'est le seul premier rôle féminin de l'ensemble. Surtout les deux réalisateurs exploitent magnifiquement le cadre grandiose qui s'offre à eux et qui montre les étendues sauvages de l'Amérique profonde. Ils savent suggérer la dimension à la fois fascinante et angoissante de ces grands espaces mais sans perdre de vue l'aspect le plus intimiste de cette histoire pleine de contrariétés. La fin est poignante et vous serrera le coeur.

Enfin, dans Les Restes mortels, on a droit à la partie sans doute la moins convaincante. Il arrive souvent que des cinéastes, si doués soient-ils, veuillent rendre hommage à un de leurs contemporains, estimant qu'il marque davantage qu'eux l'époque. Dans le cas présent, il est évident que les Coen ont voulu saluer Quentin Tarantino dans ce périple nocturne en diligence autour de cinq passagers qui devisent. Le souci, c'est que, ce faisant, les Coen se perdent dans un exercice de style laborieux et bavard, et surtout que Tarantino n'a jamais (à mon avis) produit de bons westerns (contrairement aux Coen). Dommage.

Malgré des baisses de régime, rares mais notables, les frères Coen comblent leurs fans. Ce binôme n'est pas en panne d'inspiration et La Ballade de Buster Scruggs mérite mieux que les critiques tièdes qui l'ont accompagné lors de sa mise en ligne. 

dimanche 3 mars 2024

BLUE EYE SAMURAI est un chef d'oeuvre


Au XVIIème siècle, le Japon ferme complètement ses frontières après l'Edit de Sakoku de 1635. La mère de Mizu est violée par trois européens et donne naissance à une fille métisse aux yeux bleus, qui fait d'elle une paria dans la société. Harcelée par d'autres enfants, elle rentre chez elle pour s'y cacher jusqu'au jour où elle trouve la maison de sa mère en flammes. Elle est alors recueillie par mâitre Eji, un forgeron aveugle, qui en fait son apprenti et la laisse s'entraîner au maniement su sabre la nuit. Mizu jure alors de se venger des violeurs de sa mère.
 

Les années passent. Mizu, s'estimant prête pour sa mission et grimée en samouraï, quitte maître Eji. Dans une auberge, elle aborde un proxénète armé d'un pistolet et lui demande qui le lui a fourni en le mutilant. Elle part ainsi à la recherche de Heigi Shindo en compagnie de Ringo, le cuisinier sans mains de l'auberge qui veut devenir un épéiste. Cependant, Akemi, fille unique du seigneur Daïchi Tokunobu, convainc ce dernier de la laisser épouser Taigen, la plus fine lame du shogunat.
 

L'entretien de Mizu avec le frère de Shindo se passe mal : plusieurs gardes sont tués en voulant l'éconduire et Taigen, appelé en renfort est humilié. Cet exploit parvient jusqu'à Heiji Shindo et Abijah Fowler, un irlandais, resté clandestinement au Japon pour s'emparer du shogunat en important secrètement des armes à feu d'Angleterre, qui envoient les Quatre Crocs, des tueurs aux trousses de Mizu.
 

Taigen, lui aussi, se lance à la poursuite de Mizu pour prendre sa revanche mais les circonstances vont le pousser à devenir son allié tandis qu'Akemi, abandonnée, est présentée au second fils du shogun pour l'épouser, Elle fugue en compagnie de son précepteur, Seki, pour trouver Taigen. Les trajectoires de Mizu, Ringo, Taigen, Akemi, et Fowler vont converger lorsque la vie du shogun sera en danger et qu'une opportunité de vengeance se présentera lors du grand incendie de Tokyo en 1657...


Comme j'ai pu avoir l'occasion de le dire en rédigeant des critiques de comics ou de bandes dessinées, je ne lis pas de manga. Il m'est arrivé cependant d'essayer et un auteur comme Naoki Urasawa aurait pu me faire franchir le pas avec Billy Bat ou Monster, mais je n'ai pas persévéré. Idem pour les films d'animation : je n'ai jamais tenté les productions Ghibli, alors qu'enfant j'étais un téléspectateur assidu des aventures de Goldorak, Albator ou Cobra.


Je n'ai jamais vraiment cherché à m'expliquer cette aversion pour le manga. Mais en même temps la lecture des comics et des BD m'a toujours accaparé et je n'ai donc pas pris le temps de creuser la question. Pourtant, la culture japonaise m'intéresse, et plus particulièrement tout ce qui a trait aux samouraï (cela doit dater de la première fois où, il y a longtemps, j'ai vu Soleil Rouge, de Terence Young, avec Charles Bronson, Alain Delon et Toshiro Mifune). Donc, logiquement, j'avais prévu de visionner cette première saison (une deuxième est d'ores et déjà commandée) de Blue Eye Samurai.


J'ai appris que la co-créatrice de cette série, Amber Noizumi, était la mère d'une fillette aux yeux bleus, comme Mizu, l'héroïne du show, et c'est ce qui l'a inspirée, avec Michael Green l'autre showrunner, à développer cette revenge story historique. Cela lui donne une puissance dramatique indéniable, une sorte de chair supplémentaire, qui circule dans les veines de cette histoire intense et puissante.
 

L'Edit de Sakoku est un fait réel : le Japon a bien fermé toutes ses frontières durant le XVIIème siècle, chassant tous les étrangers et empêchant quiconque de pénétrer sur l'île. Les enfants métisses étaient réellement considérés comme des monstres , des sangs mêlés, des impurs, condamnés à se cacher. En ajoutant à la naissance de Mizu le viol qu'a subi sa mère, on a là le terreau fertile d'une vengeance mais aussi celui de la détermination sans faille, quasi-surhumaine, de l'héroïne, qui part à la recherche des fripouilles qui on souillé sa génitrice et ont fait d'elle une paria.


Tout au long des huit épisodes, contrairement au résumé que j'en fais, le passé, ou plutôt les étapes les plus saillantes des origines de Mizu, sont montrées quand elle n'est pas en état de se battre. A la fois songes et souvenirs, on découvre son enfance misérable, son apprentissage de forgeron et d'épéiste, son premier départ de chez maître Eji, son premier combat perdu et la blessure grave qui a failli avoir raison d'elle, ses retrouvailles avec sa mère (qui n'avait pas péri comme elle le pensait dans l'incendie de leur cabane), son couple éphémère avec un ronin qui la trahira, puis le début de sa quête féroce et sanglante.

Les auteurs avaient visiblement l'intention de développer leur saga sur plusieurs saisons puisqu'ils se concentrent sur les efforts de Mizu tout au long des huit épisodes pour mettre la main sur Abijah Fowler, l'un des agresseurs de sa mère et donc, par conséquent, peut-être son père. Pour l'atteindre, elle va devoir affronter bien des adversaires, à commencer par elle-même, déjouer bien des pièges. Et la route sera semée d'embûches. Amber Noizimu et Michael Green n'épargne pas le samouraï aux yeux bleus qui, malgré ses talents extraordinaires d'épéiste et d'acrobate, sa volonté de fer, ne sort pas indemne de tous ses combats. Elle manque d'y laisser sa peau à plusieurs reprises, ce qui l'humanise, même si, évidemment, elle nous impressionne aussi dans des moments hors du commun, se relevant de coups qui en auraient achevés d'autres, de situations périlleuses, etc.

Mais Blue Eye Samurai se distingue aussi par la densité de ses intrigues secondaires car la vengeance de Mizu n'est pas le seul argument du récit. Les auteurs situent l'histoire à une époque précise, entre l'Edit de Sakoku (1635) et le grand incendie de Tokyo (1657), et la peuplent d'une foule de personnages qui croisent tous à un moment, et parfois pour longtemps, la route de Mizu. Ainsi, il y a le cuisinier sans mains, Ringo, sorte de sidekick à la Sancho Panza, admiratif du courage de cet épéiste ; Taigen, samouraï humilié qui prend le parti d'aider son ennemi juré pour avoir le privilège d'une revanche sur lui ; la princesse Akemi, fille unique et gâtée mais prête à des sacrifices insensés pour ne pas être dépossédée d'elle-même par un père ambitieux ; et enfin Fowler, cette crapule épaisse, violente, brutale et sournoise - un méchant qu'on adore détester.

Narrativement donc, c'est déjà une exceptionnelle réussite, on ne s'ennuie pas, on est étonné, choqué - les affrontements sont très sanglants et intenses, le sexe y est montré crument, la question de la différence traitée sans détour, l'isolationnisme politique du Japon interrogé avec beaucoup de documentation.

Mais là où Blue Eye Samurai s'élève au-dessus du lot, c'est par la qualité magistrale de son animation. La production est rien moins que somptueuse : la fluidité des mouvements, l'expressivité des personnages, la magnificence des décors, le mélange harmonieux entre 2D et 3D, tout est porté au plus haut niveau de perfection possible. On est littéralement ébloui par la beauté de certains plans et de manière générale par la splendeur absolu de chaque épisode, leur rythme, leur inventivité visuelle, l'élégance graphique.

L'équipe technique et artistique a accompli une oeuvre qui laisse pantois. Les standards de ce show sont si élevés qu'on a à vrai dire non seulement du mal à lui trouver des équivalents mais aussi à s'en remettre une fois le dernier épisode terminé. Le temps sera long, forcément, ne serait-ce que pour conserver cette exigence, mais surtout pour voir de nouveaux épisodes. En même temps, c'est le prix à payer pour ne pas être déçu et finalement c'est une métaphore du destin de Mizu qui a su s'armer de patience pour atteindre ses objectifs.

Enfin, pour ne rien gâcher, le casting vocal est royal : Kenneth Branagh en tête, qui s'est amusé comme un fou à camper l'horrible Fowler. Brenda Strong incarne la princesse Akemi. Ming-Na Wen donne à la maquerelle Madame Kaji une suavité formidable. Darren Barnet prête de la hargne et du trouble à Taigen. Masi Oka rend Ringo très attachant et drôle sans jamais être lourd. Et après sa prestation formidable dans Mr. & Mrs. Smith, quel plaisir d'entendre à nouveau la voix de Maya Erskine dans le rôle de Mizu.

Je ne le dis pas souvent, mais regardez Blue Eye Samurai. C'est un chef d'oeuvre, et cette fois, le terme n'est pas exagéré.

dimanche 8 octobre 2023

UNBELIEVABLE... Mais vrai


J'avais promis, après avoir écrit la critique du formidable No one will save you, de vous parler de la mini-série Unbelievable dans laquelle j'avais découvert Kaitlyn Dever. Chose promise, chose due : c'est en 2019 que Netflix mit en ligne les huit épisodes de ce show créé par Michael Chabon, Susannah Grant et Ayelet Waldman d'après l'enquête journalistique de T. Christian Miller et Ken Armstrong en 2015. C'est donc inspirée d'une histoire vraie et il faut mieux avoir le coeur bien accroché avant de s'y plonger.
 

2008, Lynnwood, Etat de Washington : Marie Adler, qui a toujours vécu en famille d'accueil, bénéficie désormais d'un programme de soutien social pour adolescents en difficulté. Elle confie à son ancienne mère adoptive, Judith, avoir été violée puis répond aux questions des inspecteurs Parker Pruitt qui lui demande de répéter plusieurs fois son agression. Tandis qu'elle est examinée à l'hôpital, la police la police trouve peu de preuves dans son appartement. Colleen qui l'a accueillie avant Judith l'aide à déménager mais Judith explique aux inspecteurs que Marie est en recherche d'attention et donc il faut de demander si ce qu'elle prétend est vrai. Parker Pruitt poussent Marie à se rétracter, ce qu'elle finit par faire et qui lui coûte la confiance de ses amis et éducateurs.


L'affaire est bouclée mais fuite dans les médias et Marie est harcelée par des journalistes. 2011, Golden, Etat du Colorado : l'inspectrice Karen Duvall enquête sur le viol d'Amber Stevenson qui signale que son agresseur avait une tâche de naissance au mollet gauche et l'a photographiée avant et après l'attaque. 2008 : Marie, éprouvée par ce qu'elle traverse, a du mal à se concentrer sur son travail. Ses éducateurs la sanctionnent lui imposant un couvre-feu tandis qu'elle essaie de se confier à Colleen dont le mari, Al, la repousse par crainte de la publicité. 2011 : Max, le mari de Duvall, également policier, évoque avec elle une affaire similaire qui s'est produite à Westminster et lui suggère de contacter l'inspectrice Grace Rassmussen, chargée de l'enquête. Les deux femmes décident de travailler ensemble.


Selon Karen, l'agresseur pourrait être un policier car, sachant que les départements de police ne communiquent par entre eux, il commet ses méfaits à chaque fois dans une juridiction différente.. Avec Grace, elle se met à éplucher les dossiers concernant des affaires similaires dans la région et Grace tombe sur une affaire troublante qui a eu lieu à Aurora il y a 3 ans. 2008 : Marie est devenue le sujet de ragots et trouve du réconfort auprès d'un ami, Connor, avant d'apprendre que la ville la poursuit pour déclaration mensongère, ce qui risque de l'exclure du programme de soutien social, même si Ty, un éducateur, jure de l'aider.
  

2011 : Un suspect aperçu près du domicile de Amber Stevenson est arrêté mais faute d'être identifié formellement par la victime, il est remis en liberté. Grace demande, à son mari, Steve, qui travaille pour le bureau du procureur, de se renseigner sur des plaintes déposées contre des policiers pour violences conjugales. 2008 : Ty trouve un avocat, Donald Hughes, à Marie et il va négocier avec le procureur. A la télé, Colleen voit un reportage sur une femme violée à Kirkland et en parle à Marie mais celle-ci refuse d'en parler à la police par peur. 2011 : Karen et Grace apprennent qu'un nouveau viol a été commis à Denver.
 

Grace interroge la victime, Lily, qui se plaint de la manière dont l'inspecteur Harkness qui a pris sa déposition l'a traitée alors que tout indique qu'elle a été agressée par le même homme que Amber Stevenson. 2008 : A bout de nerfs, Marie se dispute avec son employeur et démissionne. Colleen parle à l'inspecteur Parker du reportage qu'elle a vu mais celui-ci ne veut rien entendre. 2011 : Grace et Karen étudient les dossiers de plusieurs policiers fournis par Steve et détectent un suspect, l'officier James Massey.


Grace tente d'obtenir un prélèvement ADN de Massey mais celui-ci la menace de poursuites judiciaires. 2008 : Donald Hughes annonce à Marie qu'elle devra payer une amende et suivre une mise à l'épreuve dans le cadre des poursuites entamées par la ville. Furieuse, elle se met à boire et ne respecte pas le couvre-feu, ce qui lui vaut d'être exclue du programme de soutien. Judith paie l'amende et la recueille. 2011 : un nouveau suspect, Chris McVarthy, dont le véhicule a été repéré sur plusieurs scènes de viol, est arrêté avec son frère Curtis.


Grace et Karen pensent que els frères McCarthy ont pu commettre les viols en tandem. Mais Curtis a des alibis solides et il est relâché. 2008 : Marie est contrainte de suivre une thérapie et raconte à la psychologue qui la reçoit son viol et ses démêlés avec la police. La psy la croit. 2011 : Le domicile de Chris McCarthy est perquisitionné et la police trouve des preuves accablantes contre lui, dont des photos de ses victimes. Parmi elles : Marie Adler.


Grace envoie le dossier avec la photo de Marie à l'inspecteur Parker qui réalise alors son erreur. Il informe Marie de l'arrestation de Chris McCarthy et lui remet un chèque de 500 $ de la part de la ville pour le préjudice subi. A son procès, McCarthy plaide coupable mais plusieurs de ses victimes acceptent de témoigner et il est condamné à 327 ans de prison. Marie poursuit la ville de Lynnwood qui la dédommage à hauteur de 150 000 $ et lui présente des excuses publiques. Avec cet argent, elle s'achète une voiture et part. Elle s'arrête devant le commissariat où Parker lui demande pardon, mais pas Pruitt. Puis elle appelle Karen Duvall pour la remercier d'avoir arrêté McCarthy.

Quand j'écrivais plus haut qu'il fallait avoir le coeur bien accroché pour suivre ces huit épisodes, c'est parce que, dès le début, on devine l'atroce erreur judiciaire dont est Marie Adler est la victime. La voir endurer ce calvaire est abominable et en même temps on espère de tout coeur qu'elle s'en remettra tout comme on souhaite que les inspectrices Duvall et Rassmussen réussissent à épingler le violeur en série.

Les statistiques, partout dans le monde, montrent que le nombre de victimes d'agressions sexuelles est monstrueusement élevé. Chaque affaire est différente, mais celle sur laquelle enquêtèrent les reporters T. Christian Miller et Ken Armstrong en 2015 a fourni un dossier édifiant sur ce fléau.

D'un point de vue strictement technique, narratif, la série qu'en ont tirée Michael Chabon, Ayelet Waldman et Susannah Grant est irréprochable. Il n'y a pas une faute de goût dans l'écriture : tout est minutieusement exposé, sans exagération dramatique, au plus proche des faits et des personnages. C'est remarquable de constater que jamais Unbelievable ne sombre dans le sensationnalisme. Le fait qu'on va et vient entre deux époques permet d'apprécier (si je puis dire) la descente aux enfers de Marie Adler et la pugnacité dont font preuve les deux détectives pour lier les agressions, dresser un profil de l'agresseur, et procéder enfin à son arrestation.

La série est très intense et parfois difficile à supporter car la succession des viols, des témoignages des victimes, tout autant que les manières affichées par les policiers masculins pour recueillir leurs paroles, rend le récit douloureux et choquant. Le problème de la formation des policiers pour écouter les victimes est un sujet en soi et qui est ici très franchement mis en lumière. D'ailleurs, à la toute fin, on voit bien encore à quel point une remise en question des méthodes est compliquée quand l'inspecteur Parker, réalisant son erreur, présente des excuses à Marie alors que son collègue, Pruitt, s'y refuse obstinément.

Ce que j'ai aimé dans Unbeleivable, c'est que tout n'est pas résolu en 45 minutes comme dans nombre de séries policières (même s'il en existe de très bonnes dans ce format, comme Law and Order). On assiste au travail de fourmi de deux enquêtrices qui collaborent ensemble pour faire éclater une vérité dérangeante. Elles procèdent avec tact mais fermeté, sans que la série n'appuie sur une quelconque notion de sororité entre des femmes flics et des victimes féminines. Pour Duvall comme Rassmussen, il s'agir d'abord de bien faire leur job, de bâtir un dossier solide, de collecter des indices, de résister aux intimidations, de repartir quand elles aboutissent à une impasse.

Leur intransigeance, leur exigence sont d'abord envers elles même. Ces deux femmes fortes sont elles aussi secouées, ébranlées par ce qu'elles découvrent, entendent. Et cela fait écho à la situation déclinante de Marie contre qui les éléments semblent se liguer, comme si elle était aspirée dans une spirale infernale. Parce qu'elle a consenti à se rétracter, elle est harcelée par les médias, son employeur, ses encadrants, trahie même par une de ses anciennes mères adoptives (qui, certes, se rachètera ensuite). Unbelievable est une série sur la parole, crue ou non, mais qui se libère, parfois au prix de courageux efforts, et de ce point de vue, le tournant de ces huit épisodes se situe sans doute quand Marie se confie à la psychologue, qui la croit.

Lorsque, après bien des rebondissements, le coupable est enfin pris, le geste de Rassmussen de s'éclipser pour laisser à Duvall le mérite de l'avoir arrêté parce que c'est elle, la première, qui a initié l'affaire, est tout aussi frappant. La révolte saisit en revanche le téléspectateur quand il assiste à la remise d'un misérable chèque de dédommagement à Marie : 500 $ pour s'excuser d'avoir ruiné sa vie. Jusqu'au bout la série ne ménage ni son héroïne ni ceux qui assistent à son calvaire. Heureusement, elle remporte une victoire salutaire en attaquant à son tour la ville qui l'a ainsi diffamée. Et in fine Marie et Duvall partageront quelques mots au téléphone alors que nous mesurons que trois ans ont été nécessaires pour rendre justice - c'est peu mais trop malgré tout.

L'interprétation est exceptionnelle et compte pour beaucoup dans la qualité de la série. La production a misé sur trois actrices formidables, qui se sont emparés de leurs rôles avec une dignité impeccable. Kaitlyn Dever est bouleversante. Toni Collette est superbe. Et Merritt Weaver d'une humanité renversante.

Un show hors normes, surtout pour sa subtilité et son intégrité morale.

samedi 7 octobre 2023

LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DE HENRY SUGAR ET AUTRES NOUVELLES DE ROALD DAHL, de Wes Anderson

 

Wes Anderson revient. Déjà. Quelques mois à peine après Asteroid City (qui m'avait déçu), le cinéaste texan livre pas moins de quatre nouveaux opus sur Netflix. La plateforme de streaming a acquis les droits des oeuvres écrites par Roald Dahl et permis à Anderson d'en adapter quatre sous la forme de petits films dont la durée varie entre 40 et 17 minutes, avec à chaque fois les mêmes acteurs dans des rôles différents (et parfois multiples). L'expérience a-t-elle aussi bien réussi pour le réalisateur que jadis pour son excellent Fantastic Mr. Fox ?



- LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DE HENRY SUGAR (The Wonderful Story of Henry Sugar) - Henry Sugar était un célibataire avare mais obsédé par le projet de faire fortune grâce au jeu. Lorsqu'il découvre dans une bibliothèque un ouvrage écrit par le Dr. Chatterjee au sujet de Imdad Khan, un homme prétendant voir sans sans yeux après avoir avoir été initié par un maître yogi, il s'entraîne pour en être capable à son tour. 


Fortune faite au blackjack, il reste insatisfait et jette son argent depuis le balcon de sa chambre d'hôtel, provoquant une émeute. Grondé par un policier qui lui conseille de donner sa fortune à de bonnes oeuvres, il s'emploie alors à gagner plus pour fonder à travers le monde hôpitaux et orphelinats. Son conseiller, John Winston, confiera l'histoire de Henry Sugar à Roald Dahl en précisant que ce n'était pas le vrai nom de ce bienfaiteur.


Ce qui surprend tout d'abord, c'est le procédé adopté par Wes Anderson pour adapter cette nouvelle (et les suivantes) : il s'appuie sur casting réduit, chaque acteur joue plusieurs rôles, mais surtout au lieu de simplement jouer les situations tous s'adressent au téléspectateur face caméra en disant le texte de Dahl, y compris les indications entre les dialogues. Pourtant loin de ressembler à une récitation laborieuse, cela donne un rythme fou à la narration car tous débitent le texte avec un débit de mitraillette.

Ensuite, deuxième astuce : Anderson véritable obsédé d'une esthétique millimétrée, avec ses plans symétriques, ses travellings latéraux et tout un tas d'autres gimmicks filmiques, se joue de la théâtralité de son procédé. Les décors s'escamotent devant nous, des assistants apparaissent à l'image pour changer les vêtements des acteurs, leur glisser des accessoires. Même les éclairages s'adaptent en direct pour renforcer une atmosphère, isoler une partie du plan, etc. L'inventivité de Anderson, qui avait fini par s'enfermer dans ces derniers longs métrages de manière de plus en plus rigide et étriquée, redevient ludique et invite le téléspectateur à être complice de cette mise en scène dépouillée.

Le récit en lui-même est donc scrupuleusement fidèle à l'esprit et la lettre de Dahl. On évolue dans une fiction qui se veut témoignage tout en conservant une excentricité permanente. L'histoire de Henry Sugar se modèle sur une mise en abyme puisque, avant lui il y a eu Imdad Khan qui a appris à lire sans ses yeux auprès d'un maître yogi pour se produire dans un cirque. Sugar s'entraîne seul ensuite pour reproduire ce prodige mais à des fins plus troubles. Lorsqu'il gagne enfin une forte somme, il n'en est pas satisfait et comprend qu'il doit user de son don pour autre chose que faire fortune. Il élabore alors avec John Winston un plan qui lui permet de concilier son amour du jeu, son don exceptionnel et de bonnes actions. Enfin, Timber Woods fera à Roald Dahl le récit de la vie extraordinaire de Sugar tout en lui précisant qu'il ne s'appelait pas comme ça en vérité. Au fond, tout ça n'est que jeu, masque, peut-être fable.

C'est en tout cas bien plus vivant, drôle, original que ce que Wes Anderson a proposé sur ses deux derniers films (The French Dispatch et Asteroid City). Et cela passe par la distribution. Au lieu d'afficher un casting délirant avec une vedette pour chaque rôle, même dérisoire, il s'appuie ici sur une petite troupe de virtuoses. A Benedict Cumberbatch il donne le rôle-titre et le comédien britannique est sensationnel, d'une classe folle et d'un flegme absolu, faisant de Sugar un individu complexe et insaisissable. Dev Patel incarne à la fois le Dr. Chatterjee qui recueille les confidences de Imdad Khan et John Winston, le conseiller de Sugar, et l'acteur indien est également fabuleux dans cette double partition qu'il exécute. Quant à Ben Kingsley, on ne peut imaginer quelqu'un d'autre pour camper Imdad Khan, ce prodige qui n'aura pas survécu à sa confession au Dr. Chatterjee. Ralph Fiennes joue le policier réprimandant Sugar pour avoir provoqué une émeute et... Roald Dahl, montré dans sa cabane de jardin où il écrivit réellement ses romans et nouvelles.

En 40', Wes Anderson convainc ses fans que, non, il n'est pas fini, qu'il a encore du ressort, et surtout qu'entre lui et Dahl il y a une alchimie créative unique, comme s'il le comprenait mieux que quiconque. Et ce n'est qu'un début !


- VENIN (Poison) - L'inde au temps de l'empire britannique. Timber Woods arrive chez son ami Harry Pope qu'il découvre dans son lit, immobile et en sueur. Ce dernier lui explique à voix basse que, alors qu'il lisait, il a senti un serpent se glisser sous ses draps puis s'étendre sur son ventre pour n'en plus bouger, probablement assoupi. Woods appelle le Dr. Ganderbai qui accourt aussitôt et décide de chloroformer le reptile puis administrer un antidote à Pope. Délicatement ensuite, avec Woods, Ganderbai retire le drap pour s'apercevoir qu'il n'y a aucun serpent. Pope se vexe et insulte Ganderbai qu'il accuse de le traiter de menteur. Woods raccompagne le docteur en s'excusant pour les mots déplacés de Pope.

Une nouvelle fois, c'est une réussite. En seulement 17 minutes, Wes Anderson plonge le téléspectateur dans un suspense à couper au couteau. Le cinéaste répète les artifices employés dans .... Henry Sugar, avec décors escamotables, plans symétriques, travellings latéraux, texte débité à toute vitesse souvent face caméra. L'intrigue minimale se prête formidablement à ce jeu très théâtral où l'essentiel repose sur le rythme et le jeu des comédiens.

On accuse aujourd'hui Dahl d'être un auteur raciste et d'ailleurs des traducteurs revoient ses textes en tâchant, dans certains pays, de gommer tout propos potentiellement offensant. Une hérésie qui repose sur une mentalité wokiste où tout consiste à évaluer une oeuvre, des paroles, avec la sensibilité actuelle (où de toute façon tout est prétexte à tout conflictualiser). C'est d'autant plus absurde que Dahl n'a rien à voir avec des auteurs autrement plus sulfureux, hier (comme Céline) comme aujourd'hui (comme Houellebecq), et dont les prétendus dérapages ne font en vérité que montrer les écarts d'autrefois. 

L'offense ici concerne la toute fin de l'histoire quand Harry Pope insulte le Dr. Gandertbai en ciblant son ethnie. Cela voudrait-il donc dire que Pope exprime la pensée de Dahl ? Dans ce cas, à chaque fois qu'un auteur écrit les dialogues d'un salaud, il se défoule et libère le fond de sa propre pensée. Grotesque ! Et indigne (surtout quand les héritiers de l'auteur permettent des corrections du texte original). On peut remercier Anderson de ne rien avoir censuré.

Cela contribue à l'ambiguïté de ce récit : Pope a-t-il menti ? S'est-il trompé ? Le serpent qu'il a senti a-t-il filé entre temps ? On ne le saura jamais et c'est bien plus fort ainsi. Son comportement à la fin devient encore plus odieux avec ce doute semé dans l'esprit du lecteur et téléspectateur. Et la réaction, désabusée, du médecin est également beaucoup plus poignante ainsi.

Encore une fois, Benedict Cumberbatch est prodigieux, dans ce segment où il ne bouge pas (sauf à la toute fin) tandis que Dev Patel, au contraire, ne cesse de s'agiter. La bonhomie de Ben Kingsley infuse une intensité terrible à l'affaire car ses efforts précautionneux seront-ils récompensés ?

Venin est un exemple parfait de la perfection narrative selon Roald Dahl et de l'habileté de Wes Anderson pour la mettre en images.
    

- LE GYGNE (The Swan) - Enfant, Peter Watson, un garçon timide et passionné par l'ornothologie, est la victime de deux jeunes harceleurs qui l'humilient en lui infligeant de terribles épreuves sous la menace d'un fusil offert à l'un d'eux, Ernie, soutenu par son complice Raymond. Ils le ligotent et l'allongent sur une voie ferrée jusqu'au passage d'un train. Puis ils entraînent leur victime jusqu'à un lac où ils abattent un cygne majestueux puis envoie Peter ramener sa dépouille. Découpant les ailes de l'oiseau et les attachant dans le dos de Peter, ils le forcent ensuite à grimper au sommet d'un arbre puis de s'y jeter pour prouver qu'il peut voler. Peter s'écrase dans le jardin de sa mère, indemne.

Roald Dahl s'est inspiré d'un fait divers pour cette histoire dramatique et cruelle sur le harcèlement, un sujet plus que jamais d'actualité. Wes Anderson utilise à nouveau la mise en abyme pour la transposer à l'écran avec Peter Watson adulte qui raconte son calvaire face caméra tandis que sa version enfant rejoue les scènes dans un décor labyrinthique sans qu'on voie jamais ni Ernie ni Raymond, ses deux harceleurs.

Le gamin réagit avec un flegme étonnant à toutes les brimades, dissimulant sa peur ou son indignation, subissant en silence tandis que, adulte, il détaille l'ignominie des deux garçons qui le brutalisaient, qui tuent le cygne et le mutilent. Les faits sont abominables et dérangeants mais Dahl n'était pas qu'un auteur d'histoires excentriques pour les enfants : c'était aussi un raconteur volontiers lugubre, qui savait ne pas se cacher derrière l'humour pour rapporter des actions  révoltantes.

L'artificialité de la mise en scène, loin de minimiser la cruauté du récit, la souligne et on se demande jusqu'où vont aller ses deux petites frappes dans leur délire malsain. Rupert Friend officie avec une sobriété implacable dans le rôle de Peter adulte aux côtés du parfait Asa Jennings qui joue le même rôle enfant, parfaite créature andersonienne comme on en a croisé dans le merveilleux Moonrise Kingdom.

Nouveau chef d'oeuvre donc.


- LE PRENEUR DE RATS (The Ratcatcher) - Envoyé par l'Agence de Santé Publique, un dératiseur vient débarrasser Claude, un garagiste-propriétaire d'une station service, de rongeurs cachés dans une meule de foin. Il dépose de la nourriture empoisonnée pour attirer tous le rats environnants afin de les exterminer d'un seul coup. Mais quelques jours après, quand il revient pour vérifier que son plan a fonctionné, il découvre qu'il a échoué et en déduit que quelqu'un a nourri les rongeurs pour qu'ils n'aient pas touché à son piège. Pour se racheter, le dératiseur parie avec Claude qu'il peut tuer un rat sans le toucher. La mise est d'un schilling et le preneur de rats gagne en fixant puis en mordant le rat. Dégoûté, Claude le paie et lui demande de partir.

C'est avec ce segment que s'achève la collection. Le Preneur de Rats est un récit très étrange dont le personnage principal est un individu quasiment fantastique : son look est fidèlement reproduit, avec son pantalon attaché par des ficelles à la taille et aux mollets, sa veste aux poches remplies de choses intrigantes, et surtout sa tête. Ce dératiseur ressemble lui-même à un rongeur avec ses dents, sa chevelure grise et sale, son nez crochu, son regard luisant.

On est immédiatement aussi mal à l'aise en sa présence et pourtant fasciné dans le même temps. L'homme est intelligent mais dérangeant. L'histoire prend un tournant inattendu et particulièrement perturbant dans sa seconde moitié quand Claude accepte, à contrecoeur, le défi que lui lance le dératiseur. Le dénouement est dégoûtant à souhait, surprenant, imprévisible et confirme que le personnage n'est décidément pas ordinaire.

Wes Anderson filme pratiquement tout en plans fixes ici, avec des angles de vue qui contribuent à souligner l'ambiance bizarre qui règne dans ce segment. Le cinéaste utilise des effets d'animation en stop motion quand il montre le rongeur que le dératiseur sort d'une de ses poches pour le tuer sans le toucher. L'animal se déplace sur une pompe à essence, se dresse sur ses pattes arrières, dans un ballet mi-comique, mi-inquiétant. Le "duel" est représenté à la fois comme celui d'un western avec des gros plans éclairés de manière très appuyée et comme une parodie de film d'épouvante quand la caméra, légèrement oblique, se fixe sur le faciès grotesque du dératiseur avec sa denture inhumaine.

Rupert Friend revient dans le rôle de Claude tandis que Ralph Fiennes est complètement ahurissant dans le rôle titre, affublé d'une perruque et de prothèses dentaires complètement folles. Il n'y a que chez Wes Anderson que ce comédien s'amuse à composer ainsi et il est irrésistiblement flippant.

Bizarre, mais imparable. La conclusion magistrale de ce quartette où on retrouve le Wes Anderson qu'on aime, bouillonnant d'idées, esthète unique, raconteur singulier, dont l'univers se marie idéalement avec celui du génial Roal Dahl. Souhaitons que les prochaines adaptations prévues par Netflix soient aussi abouties et confiées à des auteurs aussi inspirés.  

lundi 17 juillet 2023

NIMONA revient de loin

 

Mis en ligne le 30 Juin dernier par Netflix, Nimona est un film d'animation qui revient de loin et qui a été littéralement sauvé par la plateforme de streaming. Adapté d'un graphic novel de Noelle Stevenson, c'est une vraie réussite, dépassant son matériel d'origine, et portée par un extraordinaire travail de doublage.

Attention ! Ce qui suit contient des spoilers !



Dans un royaume à la fois médiéval et futuriste, les citoyens sont protégés des menaces existant au-delà des fortifications par les chevaliers formés à l'Institut, fondé par Gloreth qui vainquit le Grand Monstre Noir jadis. Parmi les futurs promus, on trouve Ballister Boldheart, le premier roturier à accéder à ce rang et qui est aussi l'amant d'Ambrosius Goldenloin, descendant de Gloreth. Mais durant la cérémonie d'adoubement, la reine Valerin, qui a toujours soutenu Ballister, est tuée par un mystérieux laser sortant du manche de l'épée du chevalier.


Ballister doit prendre la fuite, traqué par ses camarades. Il se cache dans une cabane où il reçoit la visite de Nimona, une adolescente métamorphe qui le croit coupable et veut l'aider à achever son oeuvre en détruisant l'Institut dont elle a subi la persécution en raison de sa différence. Mais Ballister veut prouver son innocence et elle l'aide à kidnapper l'écuyer Diego qui passe aux aveux : il a vu la directrice de l'Institut rôder dans le vestiaire de chevaliers avant la cérémonie et piéger l'épée de Ballister. Pour preuve de ses dires, il fournit une vidéo qui la compromet.


Ballister et Nimona se rendent à l'Institut pour confondre la Directrice mais la preuve est détruite juste après. Contraints de s'évader à nouveau, ils ignorent que Ambrosius a pris le commandement des recherches avec l'espoir de capturer son amant sans le tuer après que la Directrice, pour se disculper, produise un parchemin incriminant Nimona comme étant le Grand Monstre Noir autrefois vaincu par Gloreth. Ballister accepte de rencontrer en secret Ambrosius qui le persuade de la duplicité de Nimona. S'estimant trahie, celle-ci le quitte pour se réfugier dans la forêt voisine où elle a grandie.


Encore enfant, découvrant ses pouvoirs, elle s'était liée d'amitié avec un garçon fils de paysans, jusqu'à ce que ces derniers devinent sa véritable nature et ne la forcent à partir. Glorteh, plus âgé, la poursuivit et la chassa sans relâche, gagnant un prestige inégalé parmi la population et faisant ériger autour du royaume des fortifications. Dévastée d'être à nouveau mise au ban de la société, Nimona redevient le Grand Monstre Noir et marche sur la ville avec l'intention de la détruire.


Blessée par les chevaliers, elle veut alors se suicider en s'empalant sur l'épée de la statue géante édifiée en mémoire de Gloreth. Mais Ballister l'en empêche. La Directrice décide alors de raser tout le quartier où se trouvent le chevalier et la métamorphe au moyen d'un canon. Nimona se change en oiseau de feu géant pour l'en empêcher et le souffle de l'explosion abat les murailles autour du royaume. Les citoyens découvrent qu'aucun monstre n'y rôde... Les mois passent et la mémoire de Nimona est à présent honorée. Ambrosius dirige la cité et Ballister, à la tête de l'Institut, revient dans son ancienne cachette avec l'espoir d'y trouver Nimona encore en vie...
 
Noelle Stevenson a d'abord publié Nimona sous la forme d'un web-comic avant d'en tirer une version physique. Entre temps, elle s'est faite connaître comme co-scénariste de la série Adventure Comics et la co-productrice de She-Ra Princess of Power, également disponible sur Netflix. C'est sans doute ce lien avec la plateforme de streaming qui a permis de sauver l'adaptation en film d'animation de Nimona.

Car Nimona, à l'image du parcours du personnage dans cette histoire, revient de loin. Initialement, c'est le studio BlueSky produisit l'adaptation qui devait être dirigée par Patrick Osborne. Lorsque Disney rachète la 20th Century Fox, acquisition finalisée en 2019, BlueSky fait partie du lot mais la major n'est pas intéressé par Nimona qui semble alors condamné.

Ls studio indépendant Annapurna surgit pour en récupérer les droits et scelle alors un deal avec Netflix pour en finaliser la production. Le film n'aura donc pas droit à une sortie en salles comme prévu mais une exploitation sur la plateforme de streaming. Ironie du sort : Netflix décidera à la même période de revoir drastiquement à la baisse ses frais pour ce qui concerne ses contenus originaux dans le domaine de l'animation. Il s'en est fallu de peu.

Exit Patrick Osborne à la réalisation, c'est le duo Nick Bruno - Troy Quane qui finalisera Nimona. Avec un régiment de co-scénaristes, ils en tirent quelque chose de supérieur à l'oeuvre originale. Déjà, le récit possède un rythme endiablé, mixant action, fantastique et comédie. Le propos n'est pas franchement original : il y est question de différence, de tolérance, de superstition, des thèmes classiques, souvent traités, mais ce qui distingue Nimona, c'est sa quasi-absence de mièvrerie. Certes, il y a bien le flashback sur les origines de la métamorphe, ou plus exactement sur sa relation avec Gloreth, qui la persécutera après avoir été son ami d'enfance, mais sinon, on se félicitera de l'absence de sentimentalisme.

Il faut dire que Nimona est une héroïne peu commune. C'est le petit diablotin qui ne cherche pas la bonne action : au contraire, elle pense que Ballister, ce roturier devenu chevalier grâce au soutien de la reine Valerin, a réellement voulu assassiner cette dernière et qu'il souhaite désormais se venger de ceux qui le pourchassent pour avoir osé faire partie de leur élite. Sans cesse, elle souhaite brutaliser ceux qu'elle croise, faire couler le sang, tout brûler. Nimona incarne le chaos dans une société fortifiée et soumise à des croyances sans fondement. Au-delà de ses murs il y roderait des monstres...

C'est un Etat policier au plus mauvais sens du terme que représente cet étrange royaume à mi-chemin entre cité médiévale, avec ses chevaliers, et ville futuriste, avec sa technologie avancée. La curiosité de ce cadre ne cesse d'intriguer pendant toute la durée du film et on se demande à quoi rime ce mélange avant de se dire qu'il ne s'agit au fond que d'un délire formel des auteurs, mais aussi d'un choc des extrêmes, entre moyen-âge et avenir lointain, liés par des strates sociales, des castes, une hiérarchie rigide que nul ne songerait à discuter.

Le déroulement du récit se fait au pas de charge grâce à l'impulsion de Nimona. Mais le chevalier Ballister est aussi une figure intéressante puisqu'il est un roturier désigné par la reine afin de devenir un exemple. Il devient le symbole que tout le monde peut accéder à ce statut envié. Mais en vérité, il est méprisé par ses pairs et doit cacher sa liaison avec Ambrosius, descendant de Gloreth, le plus valeureux des chevaliers. La question de l'homosexualité est bien abordée car on ne sent jamais un trait forcé pour épouser une partie du public ou les moeurs woke. Ni Ballister ni Ambrosius ne sont effeminés, et leur romance est à la fois pudique et sans effet, naturelle en somme. Cela désamorce du coup toute ambivalence quant aux rapports entre Ballister et Nimona (même si on aurait pu imaginer que celle-ci aurait pu tenter le chevalier en prenant l'apparence d'un garçon...).

Le final ne manque pas d'audace quand Nimona, sous la forme du Grand Monstre Noir, pense à en finir en s'empalant sur l'épée de Gloreth. Le suicide dans un film d'animation est un geste étonnant, surtout au coeur d'une séquence qui évoque King Kong quand Nimona est blessée telle le grand gorille sous les assauts de chevaliers. Et d'une certaine manière, elle finit par se sacrifier en se jetant sur le canon de la directrice de l'Institut.

Il faut enfin parler de l'extraordinaire doublage du film, à voir de préférence en vo. Car la production a réussi à convaincre deux excellents acteurs pour prêter leurs voix aux protagonistes :
 

Nimona, c'est la géniale (et super jolie) Chloë Grace Moretz, une jeune actrice qui n'a vraiment pas la carrière qu'elle mérite, et qui donne beaucoup d'énergie mais aussi de nuances à ce personnage insaisissable. Quant à Ballister, c'est le nom moins excellent Riz Ahmed qui lui donne son timbre et des intonations parfaites. Si une version en live action de Nimona avait été produite, ils auraient tous les deux été parfaits.  

Bref, Nimona, c'est une très bonne surprise, qui méritait bien d'exister.

mardi 11 juillet 2023

BLACK MIRROR (Saison 5)

Aujourd'hui on remonte le temps, jusqu'en 2019, pour parler de la saison 5 de Black Mirror. Charlie Brooker n'a cette fois écrit et produit que trois épisodes, mais chacun dépasse les 60 minutes et encore une fois commente avec malice notre rapport à la technologie dans des intrigues imprévisibles, avec, pour ne rien gâcher, de beaux castings.


- STRIKINS VIPERS - Amis depuis toujours, Danny et Karl partagent la même passion pour les jeux vidéos, et un en particulier, Strking Vipers, dans lequel leurs deux avatars (Lance pour Danny, Roxette pour Karl) s'affrontent. Quelques années passent. Danny a épousé Theo avec qui il a eu un fils, Karl est resté un célibataire qui multiplie les liaisons sans lendemain. Lors de l'anniversaire de Danny, Karl lui offre le dernière version de Strking Vipers, qui se joue désormais dans une réalité virtuelle et où les joueurs peuvent ressentir tout ce qu'éprouvent leurs avatars. Ils engagent une partie en ligne la nuit venue et très vite les choses vont prendre une tournure inattendue puisque Roxette embrasse langoureusement Lance après lui avoir flanqué une raclée...
 

Des trois épisodes de cette saison 5, Striking Vipers n'est peut-être pas le meilleur mais c'est néanmoins mon préféré. J'ai spoilé le twist de départ, mais  sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises même en sachant cela. Charlie Brooker, dans Black Mirror, interroge notre relation à la technologie dans la vie quotidienne, il était donc attendu qu'il se penche sur le monde des gamers. Un monde qui m'est, je dois le dire, complètement étranger. Contrairement à beaucoup de gens de ma génération (et encore plus de la suivante), je n'ai jamais été attiré par les jeux vidéos, je ne possède pas de console chez moi, et mes amis, sachant cela, ne m'invitent donc jamais à participer à une partie. J'ignore également si ce divertissement est plutôt masculin ou si les filles, les femmes sont aussi des ferventes gamers, mais dans Striking Vipers, on observe cela du point de vue de deux hommes, deux amis de longue date qui se retrouvent à l'occasion de l'anniversaire de l'un d'eux.
 

Striking Vipers est le nom d'un jeu vidéo (fictif je pense, mais corrigez-moi si je me trompe), deux avatars plus vrais que nature s'y castagnent dans des décors exotiques. On se doute déjà qu'il y a un loup quand on découvre que Karl anime Roxette alors que Danny joue avec un personnage du nom de Lance. Quand les deux amis se retrouvent, les années ont passé : Danny s'est casé, il est marié à la belle Theo et a un enfant avec elle, ils habitent dans une belle villa, tandis que Karl est un célibataire friqué qui multiplie les conquêtes, des filles plus jeunes que lui, avec lesquelles il ne partage pas grand chose de profond en dehors du sexe (un dialogue sur un serveur arborant la même coupe de cheveux décolorée que le basketteur Dennis Rodman qu'a vu jouer Karl mais que ne connaît pas son amante en dit long sur ce décalage générationnel).

Lorsque Danny et Karl se remettent à jouer, la partie prend un tour inattendu et dans un premier temps, Danny pense à un accident. Mais cela se répète et la question se pose de savoir si Karl est amoureux de Danny. Et si Danny l'est de Karl. Le scénario de Brooker brouille habilement les pistes, d'autant plus que les deux protagonistes sont incarnés par deux acteurs virils : Anthony Mackie (Falcon dans Captain America 2 et 3 et Avengers, notamment) et Yahya Abdul-Mateen II (Dr. Manhattan dans la série adaptée de Watchmen et bientôt dans la série Wonder Man sur Disney +). Brooker s'appuie sur un casting sexy : dans le jeu, Roxette, c'est la ravissante Pom Klementieff (Mantis dans Les Gardiens de la Galaxie 2 et 3) et Ludi Lin (Aquaman, Mortal Kombat). Tout cela contribue, avec aussi Nicole Beharie (dans le rôle de Theo), à faire de cet épisode une sorte de cyber-thriller chaud.

On ne s'ennuie pas et le dénouement est jubilatoire mais aussi pervers à souhait. De quoi vous faire considérer votre joystick autrement...


- SMITHEREENS - Chris fréquente un groupe de parole dans lequel il rencontre Haley, dont la fille s'est suicidée. Depuis, elle tente vainement d'accéder à sa messagerie mais ignore son mot de passe. Chris travaille comme chauffeur VTC et un jour il prend comme client Jaden qui travaille pour le réseau social Smithereens. Il le conduit dans un coin isolé et le menace avec un pistolet pour qu'il téléphone à son patron, le créateur du site, Billy Bauer. Mais Jaden n'est qu'un modeste stagiaire. La police encercle bientôt la voiture de Chris mais celui-ci conserve la même exigence. Pourquoi veut-il à tout prix échanger avec Bauer ? 


Si cet épisode est excellent, il aurait dû à mon sens être plus court. Ce qui ne signifie pas qu'on s'ennuie en le regardant : le suspense est réel et palpitant jusqu'au bout, la fin est implacable comme souvent dans la série. Mais plus d'une heure pour un pitch aussi mince, c'est trop et avec une durée plus ramassée, le résultat aurait été indéniablement plus fort, plus déchirant. En outre, on sait que Charlie Brooker n'est pas un fan des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, donc quand il choisit de s'y attaquer, il n'y a aucune surprise : cela va être une charge sans demi-mesure, et c'est bien le cas avec Smithereens.


Le souci, c'est qu'une fois que Chris et son otage sont immobilisés, l'épisode est pris à son propre piège. Il ne fait aucun doute que Billy Bauer répondra à l'appel de Chris et que ce que celui-ci aura à lui dire renverra à une histoire très personnelle et poignante mais aussi tragiquement absurde. Encore une fois, c'est bien ce qui arrive mais Charlie Brooker est assez malin pour rendre le drame de Chris assez universel et donc que chaque téléspectateur se sente concerné. Qui n'a pas consulté le fil d'infos d'un réseau social par ennui et s'est arrêté pour lire un commentaire insignifiant ? La différence ici, c'est que ce geste a eu des conséquences atroces pour Chris. La figure de Bauer est un cliché sur pattes : Brooker ne se montre pas subtil pour un sou, il imagine une sorte de gourou new age parti en retraite au fond du désert pour se déconnecter et dont la création lui a échappé depuis longtemps mais qu'il n'a jamais cherché à modifier, à améliorer sinon pour rendre les utilisateurs encore plus accros. Une figure pathétique.

Topher Grace l'interprète avec maestria, sans forcer le trait, lui. Cela contraste avec le jeu nerveux de Andrew Scott mais qui échoue, dans l'ultime droite à vraiment pleurer alors que son personnage craque complètement en passant aux aveux. Dommage. D'autant plus que Damson Idris, qui joue l'otage, est impeccable, passant de l'effroi à la compassion avec beaucoup de nuances, sauf que Brooker ne semble pas très inspiré et, une fois le dialogue établi entre Chris et Bauer, il néglige ce troisième personnage.

Le dénouement est assez maladroit, voulant à la fois souligner l'inéluctabilité de la situation et offrir une happy end pour Haley. Smithereens ne dépasse pas finalement l'exercice de style.
  

- RACHEL, JACK AND ASHLEY TOO - Pour son quinzième anniversaire, Rachel reçoit une poupée connectée commercialisée par son idole, la chanteuse pop Ashley O. Cette dernière, avec ses tubes acidulés, est une vraie cash machine, en particulier pour sa tante Catherine, qui est aussi sa manager, qui n'hésite pas à la droguer pour qu'elle honore ses obligations contractuelles. Lorsque Ashely fait une overdose et tombe dans le coma pendant plusieurs mois, sa poupée se détraque et Jack, la soeur aînée de Rachel, réussit à la réactiver en lui ôtant ses filtres, révélant les manigances de Catherine qui, pendant ce temps, a conçu avec des techniciens un hologramme de Ashley qui pourra continuer ses tournées...


En commençant à regarder cet épisode, j'ai craint le pire. Parce que : Miley Cyrus. La popstar me casse oreilles et la perspective de suivre une intrigue où je devrais supporter ses minauderies et ses chansons ressemblaient à un cauchemar digne de... Black Mirror. Et c'est vrai que pendant le premier tiers de l'épisode, il faut s'accrocher pour s'attacher aux protagonistes de cette histoire, entre une idole pour adolescentes et sa poupée connectée à son image. Puis, quand Catherine, l'affreuse tante, empoisonne sa nièce avec un plan diabolique en tête, c'est parti pour de bon pour quelque chose de beaucoup plus savoureux.


Ashley O. est un cliché ambulant : Charlie Brooker n'y va pas avec le dos de la cuiller pour la croquer. Surfant sur un énorme succès grâce à son répertoire rempli de tubes positifs jusqu'à la nausée (du genre "crois en toi", "si je peux le faire, tu peux le faire" et autres niaiseries du même acabit), elle n'est pourtant pas heureuse en coulisses et pianote des chansons déprimantes dans sa luxueuse villa le soir venu, pour exprimer son ras-le-bol et son mal de vivre. Voir Miley Cyrus, qui, actuellement, cartonne avec un hit dans lequel elle évoque sa rupture avec son ex qui l'a trompée au lieu de lui offrir des fleurs (Flowers, donc), est exquis et elle joue sa partition très premier degré, de manière étonnamment convaincante je dois le dire.

Pourtant l'épisode aborde sa dernière ligne droite en empruntant la direction inattendue de la comédie, car comment, sinon, croire à l'initiative de Rachel et Jack pour sauver la chanteuse et démasquer sa vilaine tante ? Comme le père des deux adolescentes est un dératiseur qui conduit un improbable véhicule avec d'énormes oreilles de souris sur le toit, leur virée jusqu'à la villa de la star puis jusqu'à la salle de spectacle où sa manager présente l'hologramme vire au grand n'importe quoi très drôle. Et c'est sans compter la scène post-générique de fin (mais je ne vous la spoile pas).

Angourie Rice (que j'avais découverte dans l'épatant The Nice Guys de Shane Black) est formidable en groupie qui se sent investie d'une mission de sauvetage tandis que Madison Davenport qui joue sa soeur, qui considère Ashely O. avec autant d'estime que j'en ai pour Miley Cyrus, est aussi impeccable en complice malgré elle.

Une saison de très bonne tenue donc, même si très pingre. Bon maintenant, je dois trouver du temps pour me refaire la saison 4...