Affichage des articles dont le libellé est Kyle Baker. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Kyle Baker. Afficher tous les articles

dimanche 15 juillet 2012

Critique 337 : THE SPIRIT - BOOK TWO, de Darwyn Cooke

Will Eisner's The Spirit : Book Two rassemble les épisodes 7 à 13 de la série écrits et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2007-2008 par DC Comics et Will Eisner Studios. Les épisodes 7 et 13 sont composés d'histoires courtes (8 pages chacune) écrites et dessinées par des invités, Cooke se contentant d'en signer les couvertures.
*
- #7 : Summer Special.
* Harder than diamonds. Ecrit par Walter Simonson et dessiné par Chris Sprouse. Une jet-setteuse, Krystil Fullerite, de passage à Central City, est victime d'un vol de diamants. Un chauffeur de taxi est injustement accusé et le Spirit décide de prouver son innocence en surveillant cette mondaine aux fréquentations louches...

Pour ouvrir cet épisode spécial composé de trois "short stories", Walter Simonson (Thor) fait équipe avec Chris Sprouse (Tom Strong). L'intrigue est légère mais menée sur un bon rythme et joue sur les fausses apparences (la jet-setteuse arnaqueuse, le Spirit qui se fait passer pour un chauffeur). Au dessin, Sprouse livre une copie comme d'habitude très élégante, aux finitions soignées. De la belle ouvrage.

*Synchronicity. Ecrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Jordi Bernet. Par une journée caniculaire, le Spirit en poursuivant un voleur dans un immeuble déclenche une série de dégats qui vont bouleverser le quotidien des habitants (un veuf à la recherche des bijoux de son épouse, un couple dans le besoin, un autre menacé par un usurier, et une pulpeuse jeune femme qui bronzait sur le toit)...

Jimmy Palmiotti (Power Girl) et Jordi Bernet (Torpedo) sont habitués à travailler ensemble puisqu'ils ont signé plusieurs épisodes de Jonah Hex (série western à laquelle a également collaborée Darwyn Cooke). Ensemble, ils produisent ce segment alerte et surtout très drôle, dont la structure respecte l'unité de temps et de lieu, et où le Spirit n'est qu'un acteur parmi d'autres. Le dessin tonique de Bernet fait merveille. Jubilatoire.

* Hard cell. Ecrit et dessiné par Kyle Baker. Le Spirit, après le meurtre d'un homme lié à Maori, une riche pin-up, va questionner cette dernière. D'autres homicides, tous en rapport avec elle, se succèdent. Trop pour ne pas s'interroger sur son implication. La clé de l'énigme réside dans un téléphone portable...

Kyle Baker entraîne le Spirit dans une aventure très noire, mais le scénario est paresseux, poussif, autant que son dessin est sombre et, reconnaissons-le, d'une laideur indigne. A oublier vite.
*
- #8 : Time Bomb. Octopus piège le Spirit puis l'agent de la CIA Silk Satin dans un édifice en plein centre ville où il a installé une bombe. Suite à un mauvais coup reçu, Silk Satin est amnésique et ne sait plus comment désamorcer l'explosif. Pendant ce temps, l'agent Stratford, partenaire de Satin, explique au commissaire Dolan et sa fille Ellen la procédure prévue en dernier recours si la bombe explose... 
Darwyn Cooke revient aux commandes de la série avec cet épisode, un des chefs-d'oeuvre de ce second tome dont la double-page 4-5 (ci-dessus) est un magnifique hommage aux jeux de lettrage qu'affectionnait Will Eisner (encore un morceau de bravoure de Jared Fletcher). L'essentiel de l'action se déroule en huis-clos et alimente une tension que nuance des passages oniriques et des dialogues plein d'humour entre "Mr Sexypants" et l'agent Satin. La chute est ironique et frappante...
Les dessins de Cooke, toujours encrés par J. Bone (comme depuis le début de son run), sont un modèle de storytelling, imprimant un rythme décapant au récit.
*
- #9  : El Morte. Lors d'un transfert de prisonniers (parmi lesquels on retrouve le Cosaque), un sniper fait un carton et blesse le commissaire Dolan. Le Spirit affronte le tireur qui lui inflige une sévère correction. Qui est cet adversaire ? Un démon resurgi du passé du héros - et qui ne fait qu'entamer un terrifiant retour... 

Le retour de Silk Satin dans le précédent épisode indiquait que Cooke allait exploiter des éléments posés dans le premier tome. Avec le début de la vendetta d'El Morte, cette intention se confirme puisque le méchant n'est autre qu'Alvarro Mortez, revenu, comme le Spirit, d'entre les morts, mais sérieusement âbimé et déterminé à se venger de manière radicale et ample. Le héros est malmené comme jamais et la série prend un tour beaucoup plus sombre, dramatique.
Cette direction n'est pourtant pas une surprise au regard de l'oeuvre de Cooke, qui a souvent abordé des points noirs et violents dans ses oeuvres (la guerre et la "chasse aux sorcières" dans les 50's dans La Nouvelle Frontière, le grand banditisme dans Parker, le western baroque avec Jonah Hex...). Le résultat est encore plus saisissant grâce à son style graphique cartoony a priori opposé à ces humeurs plus brutales.
Mais c'est une totale réussite, riche en inventions esthétiques, notamment dans le traitement du flash-back revenant sur les origines d'El Morte, avec encore une fois une colorisation magistrale de Dave Stewart.
*
- #10 : Death by television. Qui en veut à plusieurs journalistes-animateurs de chaînes du cable au point de les éliminer les uns après les autres ? Le Spirit mène l'enquête, tout en devant à nouveau collaborer avec Ginger Coffee, la ravissante mais envahissante reporter qui figure peut-être dans l'agenda du tueur...

Cooke ramène cette fois-ci le personnage de Ginger Coffe, qu'il a créé et présenté dans le premier épisode de son run. L'enquête conduit le Spirit dans le milieu des "anchor-men", ces vedettes de talk-shows, bâteleurs et populistes, et manie l'humour noir et le suspense avec dextérité. Le tandem Spirit-Ginger est très efficace, et la révèlation du coupable plutôt étonnante.
Le graphisme se fait plus classique, presque sage, pour ce récit qui est sans doute le moins inspiré de ce second tome, mais Cooke emballe son affaire avec quand même beaucoup d'adresse.
*
- #11 : Day of the dead. L'heure du face-à-face final entre le Spirit et sa némésis El Morte a sonné. Une armée de zombies est aux portes de Central City et le héros, au coeur de la bataille contre un ennemi déjà mort, peut compter sur Ellen Dolan et un de ses ex-amants, Argonaut Bones, pour l'aider...

Cooke conclut son tryptique avec Alvarro Mortez/El Morte (vilain de sa création, qui aura été finalement davantage l'ennemi du Spirit qu'Octopus ou P'Gell, méchants "Eisner-iens") et pour l'occasion, met les petits plats dans les grands en faisant basculer la série dans le registre fantastique. Zombies, magie noire, ambiance de fin du monde : tout est réuni pour ce final baroque et explosif.
Il ajoute au casting Argonaut Bones (quel nom impayable) qu'il relie directement à Ellen Dolan (à qui il donne ainsi un passé sexuel, tout comme au Spirit). Ebony White et le commissaire mais aussi la mère diabolique de Mortez sont au rendez-vous de cet épisode qui tient toutes ses promesses et n'est pas avare en scènes spectaculaires (avec là encore, une extraordinaire double-page - ci-dessus - de présentation, au lettrage incomparable).
Le duel final est à la hauteur de l'attente, indécis, âpre. Cooke s'est déchaîné et a atteint sa cible.
*
- #12 : Sand. Le meurtre d'Hussein (le fameux "arrangeur", apparu plusieurs fois dans le tome 1), va replonger le Spirit dans la tourmente. Mais cette fois, son enquête le bouleverse encore plus qu'à l'ordinaire car c'est son premier amour qui y est mêlé : l'ensorcelante Sand Saref, aux prises avec la maléfique Dr Vitriol et un inquiétant client convoîtant un poison...
Pour son dernier épisode, Darwyn Cooke a puisé directement à la source en s'inspirant de deux épisodes réalisés par Will Eisner (Sand Saref et Bring on Sand Saref) : l'histoire est imprégnée d'une mélancolie très touchante, traversée par des flash-backs sur l'enfance et la jeunesse du héros et de la première fille qu'il a aimée et qui a mal tournée.
La mission elle-même se déroule en une nuit, avec des ambiances envoûtantes sur les docks embrumés de Central City. Pour ces scènes-là, J. Bone encre Cooke. Mais pour l'évocation du passé, l'artiste assume tout, seul, et livre des planches splendides, aux découpages virtuoses, et avec des effets de tracé imitant intelligemment le propre trait d'Eisner (voir ci-dessous).
Un authentique chef-d'oeuvre !
*
- #13 : Holiday Special.
*One Hundred ! Ecrit par Glen David Gold et dessiné par Eduardo Risso. Une bande de voleurs déguisés en Spirit ont dérobé des diamants mais quand le justicier de Central City les appréhende dans un zoo, leur butin atterrit dans la cage d'un tigre. Pour le récupérer, le commissaire Dolan sollicite une dresseuse dont le Spirit doute de l'honnêteté...

Sur cette trame minimaliste et savoureusement amorale, avec une chute malicieuse, Glen David Gold dispose d'un partenaire de premier plan en la personne d'Eduardo Risso, le dessinateur de la série 100 Bullets (écrite par Brian Azzarello).
Cet épisode est vraiment celui de cet artiste dont les planches somptueuses sont un régal pour les yeux, mixant des compositions subtiles et des jeux d'ombres et de lumières dignes de Frank Miller. Merveilleusement beau.

*Family treasure. Ecrit par Denny O'Neil et dessiné par Ty Templeton. Une vieille dame des quartiers pauvres est harcelée par des gredins qui veulent s'emparer du trésor de son défunt oncle. Le Spirit lui vient en aide... Mais l'argent récupéré fera tourner la tête de l'héritière.

Le légendaire Denny O'Neil, réputé pour ses scénarios dramatiques (Iron Man, Green Lantern & Green Arrow), s'offre ici une fantaisie acide dont la chute est très drôle. Le Spirit y est victime de sa bonté dans cette fable bien tournée.
Ty Templeton (qui, comme Darwyn Cooke, vient de l'animation) illustre ceci avec habileté, le récit se déroulant entièrement en une nuit, sous la pluie, en huit pages.

*The cold depths of the icicle heart. Ecrit par Gail Simone et dessiné par Phil Hester. Après s'être interposé entre le gang de Isolde "Ice" McQueen et un de ses débiteurs, le Spirit est assommé et jeté dans la baie gelée de Central City. Frappé d'amnésie, il se remet progressivement en vagabondant dans la ville jusqu'à ce que sa route croise à nouveau celle de ses agresseurs...

Gail Simone (Villains United) écrit la dernière histoire de volume sur le modèle des épisodes " 'Nuff said" : aucun dialogue, les textes sont remplacés par des illustrations résumant leur propos. L'intrigue est elle-même très efficace, avec le Spirit en fâcheuse posture par une froide nuit d'hiver, ce qui donne en plus une ambiance atypique. 
Phil Hester illustre ce segment avec une invention à la mesure du défi narratif : son style anguleux et cartoony est parfait pour ça (dommage qu'aujourd'hui cet artiste ait quasiment renoncé au dessin au profit d'un rôle d'auteur).
*
Ce second Livre est un complèment idéal au premier, développant des "plots", offrant son lot de morceaux de bravoure, confirmant l'immense talent de Darwyn Cooke. La présence des guest-stars ne gâche pas le vue, avec des chapitres savoureux et visuellement souvent superbes.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps (même si depuis le Spirit a eu droit à de nouvelles aventures). 

mercredi 4 mai 2011

Critique 226 : TOM STRONG - DELUXE EDITION, BOOK 2 (#13-24), d'Alan Moore, Chris Sprouse et Jerry Ordway

Ce deuxième volume hardcover de Tom Strong rassemble les épisodes 13 à 24 de la série co-créée par Alan Moore (au scénario) et Chris Sprouse (au dessin). Leah Moore (la fille du Maître) et Peter Hogan (qui a développé l'histoire de Terra Obscura, spin-off de Tom Strong) ont également participé à l'écriture de quelques épisodes. Jerry Ordway, Kyle Baker, Russ Heath, Peter Poplaski, Hilary Barta, Howard Chaykin et Shawn McManus ont parfois supplée Sprouse comme illustrateurs.
Ces 12 chapitres ont été publiés par DC Comics, via le label Wildstorm et la collection "America's Best Comics", de 2001 à 2004.
*
- Tom Strong #13 - The Tower at Time's End! (Mai 2001) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse, Kyle Baker, Russ Heath et Pete Poplaski.
Le mystérieux Time-Keeper (Gardien du Temps) à la fin du temps divisent en trois le rubis de l'Eternité et l'envoie en trois lieux et trois époques différentes pour qu'il ne tombe pas entre les mains de diverses versions du criminel Paul Saveen, ayant investi son repaire. Tom Strong, adulte et adolescent, et Warren Strong, le double du héros à l'aspect de lapin, mais aussi la fille du héros, Tesla, unissent leurs efforts pour cette mission.

Ce prologue est sympathique et sans prétention : Alan Moore s'amuse avec son héros et ses incarnations, y compris celle farfelue de Warren le lapin. L'intrigue est caractéristique du scénariste qui joue sur les lignes temporelles tout en développant une intrigue parfaitement claire et compréhensible. Les situations donnent également à Moore l'occasion de signer des dialogues piquants (comme pour d'autres épisodes de ce volume), soulignant sa volonté de distraire le lecteur et de tordre le cou à sa légende d'auteur sérieux (voire sinistre).

Les dessinateurs changent à chaque partie, signalant esthétiquement les périodes et l'univers de chaque version de Tom Strong, Chris Sprouse se chargeant évidemment d'animer l'incarnation classique du héros. Les autres invités fournissent une copie plus inégale, mais l'exercice l'impose.

C'est léger, mais adéquat pour entamer cette nouvelle et consistante collection.
*
- Tom Strong #14 - Space Family Strong / The Land Of Heart's Desire! / Baubles Of The Brain Bazaar! (Août ) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse et Hilary Barta.
*Space Family Strong - Située en 1954, cette courte aventure narre les vacances désastreuses de la famille Strong sur une planète particulièrement hostile. Le ton est à la franche parodie, en total décalage avec la série.
*The Land of Heart's Desire - En 1955, Tom et Dahlua Strong visitent une nouvelle planète apparemment idyllique mais dont l'environnement est en vérité un terrible piège, offrant aux visiteurs la possibilité de vivre leurs fantasmes pour mieux les capturer.*Baubles Of The Brain Bazaar! - Sur le chemin du retour sur Terre, la famille Strong est happée dans une faille temporelle qui la propulse 40 millions d'années dans le futur. Dahlua est enlevée par une marchande d'esclaves dont Tom la libère avec le concours de Johnny Future, dont le partenaire a été également kidnappé.

Cette suite de trois petits épisodes forment un lot assez disparate mais qui prouvent le polymorphisme de la série. Dans le premier récit, Alan Moore et Hilary Barta sont déchaînés et caricaturent Tom Strong en parfait crétin : le résultat est détonant mais hilarant, avec un graphisme grotesque et des gags s'enchaînant à toute allure.
Plus troublant est le deuxième segment où Tom et son épouse, dans un décor paradisiaque mais trompeur, font face à leurs secrets et fantasmes : la brièveté de l'épisode accentue son intensité, l'écriture de Moore est diaboliquement efficace. Et le dessin de Chris Sprouse est d'une beauté à la mesure du cadre dans lequel se débattent les héros.
Le troisième chapitre est un peu décevant, il s'agit en fait d'un prélude aux Terrific Tales, autre spin-off de la série (collecté dans un album indépendant). Cette team-up entre Tom Strong et Johnny Future n'a pas grand intérêt même si elle se lit sans ennui. En fait, les dessins de Sprouse constitue la véritable attraction : comme d'habitude, les planches sont magnifiques, avec un soin remarquable apporté aux décors et designs de personnages qui ne font pourtant que passer.
*
- Tom Strong #15 - Ring Of Fire! (Janvier 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
Tesla Strong est enlevée par un "démon de feu" qui lui déclare littéralement sa flamme. Il s'agit en fait d'une vieille connaissance puisqu'on a déjà rencontré ces créatures vivant sous terre dans le 8ème épisode de la série (Sparks). Tom Strong récupère sa fille, avec l'aide de Dahlua et Salomon, et accueille chez lui, par la même occasion, son gendre.

Avant de proposer un arc complet, Alan Moore revient à la fois sur un personnage aperçu au début de la série et introduit un nouveau membre dans la famille Strong : Tom teste une nouvelle expérience inédite, sa fille trouve l'amour et notre héros doit composer avec cette situation, ce qui ne va pas sans mal.
La série grandit, mais c'est un principe chez Moore qui ne s'est jamais contenté d'un statu quo avec ses héros : ils n'évoluent pas seulement en vivant des aventures extraordinaires (et celle-ci est encore spectaculaire) mais au contact d'autres personnages, en nouant des relations qui altèrent leurs existences. Moore décrit cela avec une tendresse étonnante mais surtout avec amusement, ironisant sur la contrarièté que subit Tom Strong en voyant sa fille s'éprendre d'un prétendant peu commun. En comparaison, Dahlua appréhende tout cela avec beaucoup plus de philosophie.

Graphiquement, Chris Sprouse est décidèment en grande forme : la double page qui ouvre l'épisode, le design des armures de diamant, le royaume souterrain, c'est un enchantement. Le découpage est d'une telle fluidité qu'on tourne les pages sans s'en rendre compte. De la très belle ouvrage.
*
- Tom Strong #16 - Some Call Him The Space Cowboy. (Février 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 1 : Alors que Tom Strong s'habitue bon gré mal gré à la présence du fiancé (qui a quitté son trône et son peuple par amour) de sa fille, un étrange cowboy tombant du ciel atterrit à Millenium City pour prévenir le protecteur de la ville d'une menace aussi imminente que conséquente : une invasion extra-terrestre !
- Tom Strong #17 - Ant Fugue! (Juillet 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 2 : Tom Strong et le Weird Rider (le cowboy de l'espace) préparent la riposte à l'invasion de fourmis extra-terrestres en rameutant divers alliés, parmi lesquels Svetlana X, l'équivalent féminin et russe de Tom, ou le Modular Man.
- Tom Strong #18 - The Last Roundup. (Octobre 2002) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Chris Sprouse.
*Pt 3 : Tom Strong et ses amis contrecarrent l'invasion extra-terrestre dans l'espace, tout en devant sauver les Strongmen, les jeunes fans du héros de Millenium City, qui ont cru bon de se mêler aux combats... Et ont été pris en otages par les fourmis géantes qui veulent coloniser la Terre.

La brièveté de cette saga ne doit pas masquer sa densité, son sens du spectacle, son suspense et son efficacité : Alan Moore convoque un grand cliché de la littérature de science-fiction et d'aventures avec le thème de l'invasion extra-terrestre. Il mixe des éléments empruntés au western (avec le personnage du Weird Rider), au space opera (avec la résistance des amis de Tom Strong), au récit de guerre (le sauvetage des Strongmen par Tom et Svetlana) et même de la screwball comedy (avec l'impayable personnage de Svetlana X, dont les maladresses rhétoriques - concernant principalement des allusions sexuelles - sont drôlatiques). Le résultat pourrait être bancal, il est virtuose, le récit culmine dans des scènes de bataille spatiales après avoir exposé une situation bien compromise.

Chris Sprouse livre des planches éblouissantes où son génie de designer et sa science du découpage sont une véritable leçon de storytelling : dans ces conditions, le retard pris à cette époque par la série s'explique facilement tant chaque image est incroyablement soignée (sans compter que le dessinateur a alterné les illustrations de Tom Strong avec celles d'autres séries).

Si ce n'est déjà fait, ces épisodes ne peuvent que combler l'amateur de la série : ils comptent parmi les plus accomplis aussi bien scénaristiquement que visuellement.
*
- Tom Strong #19 - Electric Ladyland! / Bad To The Bone / The Hero-Hoard Of Horatio Hogg! (Février 2003) Ecrit par Alan Moore et Leah Moore, et dessiné par Chris Sprouse, Howard Chaykin, Shawn McManus.
*Electric Ladyland! - Après une soirée en amoureux à l'opéra, Tom va devoir sauver Dhalua, kidnappée par une organisation secrète exclusivement composée de femmes... A qui il va rendre un précieux service.*Bad To The Bone - Où l'on apprend la fin pathétique de Paul Saveen, l'ennemi de toujours de Tom Strong, alors qu'il recherchait le Temple de la Vie Eternelle.
*The Hero-Hoard Of Horatio Hogg! - Tom et Tesla sont faits prisonniers par un collectionneur fou de comics qui les a piègés dans un de ses illustrés. Heureusement, entre héros, on sait s'aider, même si certains s'accommodent de leur vie entre les pages de la revue.

De ces trois segments, le meilleur reste le dernier, dont la légèreté apparente dissimule un petit discours sarcastique sur, à la fois, le comportement de certains fans de comics, la censure qui pèse sur les revues, et la méta-textualité chère à l'oeuvre d'Alan Moore, qui s'amuse de lui-même. Comme d'habitude, Chris Sprouse illustre cela avec élégance, inventant des personnages mémorables en quelques cases.
Le récit de la mort de Paul Saveen est signé par Leah Moore, la fille d'Alan, qui est elle-même une scénariste (collaborant avec Jon Reppion). Il est notable qu'elle reprend des astuces narratives chères à son papa, avec des flash-backs dont le dénouement éclaire d'un jour surprenant le sort du personnage, ou les fameux travelling-avant/arrière pour signifier les transitions entre passé et présent. Le dessin de Shawn McManus n'a, lui, rien de bien enthousiasmant...

... Mais ce n'est rien comparé à la "contribution" d'Howard Chaykin dont les planches mochissimes agressent le regard dans le premier mini-épisode. Episode au demeurant peu inspiré de la part de Moore. Le seul faux pas de l'album (de la série ?).
*
- Tom Strong #20 - How Tom Stone Got Started: Chapter One. (Avril 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
Une mystérieuse femme investit le repaire de Tom Strong à qui elle raconte venir d'une réalité parallèle et prétend être sa propre mère, Susan. Dans son monde, elle a quitté son véritable amour, Foster Parallax, avant de perdre, en route pour Attabar Teru son mari Sinclair et de devenir l'amante du capitaine de leur bâteau, Tomas. Ensemble, ils ont un fils métisse, Tom....- Tom Strong #21 - How Tom Stone Got Started: Chapter Two - Strongmen In Silvertime. (Août 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
Poursuivant son récit, Susan Strong raconte comment son fils Tom est devenu le partenaire de Paul Saveen avec qui il forma un tandem de justiciers à Millenium City. Tom épousa Greta Gabriel et Paul se maria avec Dahlua. Puis, après avoir vaincu leurs adversaires, ils réussirent à en faire des héros avec lesquels ils composèrent une équipe...- Tom Strong #22 - How Tom Stone Got Started: Chapter Three - Crisis In Infinite Hearts. (Octobre 2003) Ecrit par Alan Moore et dessiné par Jerry Ordway.
La fin de cette histoire est dramatique : Tom trompe Greta et Paul en ayant une liaison avec Dahlua. Lorsqu'ils sont surpris, une guerre oppose les amis du couple adultère à ceux des époux trompés. Et pour résoudre cette tragédie, il faudra employer des moyens terribles...

Avant de prendre longuement congé de la série (à la fois pour s'occuper d'autres projets comme Promethea ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mais aussi parce que ses relations avec DC Comics vont se détériorer jusqu'au clash et aboutir à la fin de la ligne America's Best Comics), Alan Moore imagine cette version alternative de son héros. Le résultat est d'une remarquable densité : en trois épisodes, le scénariste ne se contente pas de réécrire les origines de son héros et d'en développer les conséquences, mais il construit une tragédie dont les étapes ont vraiment cet aspect inéluctable propre au genre. L'alliance entre cet autre Tom Strong et cet autre Paul Saveen pour bâtir le "meilleur des mondes", la réforme de leurs ennemis, mais surtout la logique des sentiments aboutissent à un final apocalyptique. le "remède" à cette solution sera aussi radicale que les dégâts engendrés par ses protagonistes. C'est du grand Moore qui, à partir d'un postulat a priori gadget (et si Tom Strong avait été black), revisite brillamment sa propre création en en explorant des possibilités insoupçonnées. Le scénariste se permet même un savoureux clin d'oeil à la saga Crisis on Infinite Earths, de Marv Wolfman, George Pérez et Jerry Ordway (retitrée Crisis on Infinite Hearts) qui refonda l'univers DC dans les années 80.

La boucle est bouclée car les dessins de ces trois épisodes sont réalisés par Jerry Ordway justement : son style rétro et solide, qui a influencé Sprouse, est encore très efficace. Son Tom Strong inspiré par Erroll Flynn et Billy Dee Williams est excellent.

Une parenthèse conséquente, étonnante et magistrale.
*
- Tom Strong #23 - Moonday. (Novembre 2003) Ecrit par Peter Hogan et dessiné par Chris Sprouse.
Svetlana X demande l'aide de Tom Strong car elle a perdu le contact avec son amant, Dimi, parti en mission sur la Lune. Sur le satellite de la Terre, Tom, mais aussi Val, le fiancé de Tesla, rencontrent des sélénites et retrouvent le cosmonaute. Mais pour le héros, cette découverte suppose une vérité troublante...

Alan Moore confie les rênes de la série à son partenaire Paul Hogan, avec qui il a écrit Terra Obscura, spin-off de Tom Strong. La transition est parfaite, Hogan s'appropriant le titre sans difficulté en en respectant les éléments-clés et commençant par un épisode "self- contained".
C'est l'occasion de réunir Tom Strong et Svetlana X, son homologue féminine russe au verbe haut, tout en embarquant dans l'aventure le couple formé par Tesla et Val. L'intrigue est assez minimale mais possède une ambiance envoûtante, avec la présence des sélénites. Hogan suggère un rapport troublant entre Tom Strong et la reine du peuple de la Lune de manière subtile, et rend hommage malicieusement à la conquête spatiale.

Chris Sprouse est également de retour et signe des planches magnifiques, exploitant merveilleusement le décor, en découpant l'action d'une manière différente (plus de cases horizontales simulant l'effet "plan-séquence", cadres plus grands et donc lecture plus rapide).
*
- Tom Strong #24 - Snow Queen. (Janvier 2004) Ecrit par Peter Hogan et dessiné par Chris Sprouse.
Tom découvre que son premier amour, Greta Gabriel, qu'il croyait tuée par le malfaisant Dr. Permafrost, a survécu en ayant été considérablement transformée. Il travaille à la guérir tandis qu'elle lui fausse compagnie pour se rendre à un mystérieux rendez-vous.

Peter Hogan ramène sur le devant de la scène un autre personnage évoqué dans les premiers épisodes de Moore et place Tom Strong dans une situation encore plus dérangeante qu'après son voyage sur la Lune. Les efforts du héros pour rendre à Greta son aspect originel sont-ils dictés par ses sentiments envers cette femme qu'il a aimé avant Dahlua ? Ou agit-il encore comme le bon samaritain, mari et père de famille, au secours d'une amie revenant d'entre les morts ? L'énigme demeure intact puisque le volume s'achève avec cet épisode et un cliffhanger terriblement frustrant.

Chris Sprouse illustre ça magiquement : la méticulosité de ses compositions, la clarté de son trait, la fluidité de son découpage, tout est admirable. C'est d'une beauté et d'une efficacité formidables.
*
L'album est enrichi d'un très beau sketchbook, avec des work-in-progress, des couvertures et des croquis inédits.
Un troisième "Deluxe" (qui rassemblerait les 12 derniers épisodes de la série) n'est pas à l'ordre du jour : en effet, depuis l'an dernier, DC Comics est en pleine restructuration et le label Wildstorm, qui hébergeait Tom Strong, n'existe plus, sans compter qu'Alan Moore est définitivement fâché avec l'éditeur. Pour lire la suite, il faudra donc que je me procure les tpb, en particulier le 6ème (le Book 5 contient des histoires écrites par d'autres scénaristes comme Ed Brubaker ou Brian K. Vaughan).
Moore a, quant à lui, annoncé qu'il se retirerait du monde des comics une fois terminé La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (il reste encore deux tomes avant cette triste échéance). Chris Sprouse, lui, n'a pas renoncé à Tom Strong, un nouveau recueil intitulé Tom Strong and The Robots of Doom sortira en Octobre prochain, écrit par Peter Hogan.
En attendant, ce deuxième Deluxe est un investissement hautement recommandable : amateurs de comics US ou de bédés en général, Tom Strong est un pur régal.