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mercredi 11 mai 2016

Critique 883 : BRUNO BRAZIL, TOMES 8 & 9 - ORAGE AUX ALEOUTIENNES & QUITTE OU DOUBLE POUR ALAK 6, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : ORAGE AUX ALEOUTIENNES est le huitième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1976 par les Editions du Lombard.
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Le colonel "L" apprend par le général Ryan que le commando "caïman" est déclassé suite à la mort en mission d'un de ses membres (voir tome 7 : Des caïmans dans la rizière), au profit de l'équipe des "Congo Williams" du colonel "4".
Néanmoins, Bruno Brazil, qui vit désormais en couple avec Gina Loudéac et leur fils adoptif Maï, a une nouvelle mission : appréhender "Chop Suez" Dillon, trafiquant d'êtres humains dans la région des Aléoutiennes (chaînes d'îles volcaniques au Sud de la mer de Béring reliant la presqu'île de l'Alaska et du Kamtchaka).
Sur place, se trouvent déjà, infiltrés dans la bande du malfrat, Tony "Nomade" (une nouvelle recrue du commando) et "Whip" Rafale, que viennent rejoindre "Gaucho" Moralés et Bruno. Ces deux derniers découvrent à bord d'un cargo transportant des immigrés asiatiques la véritable nature des exactions de Dillon : les passagers sont destinés à y être exécutés et leurs cadavres à servir à cacher de la drogue...
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BRUNO BRAZIL : QUITTE OU DOUBLE POUR ALAK 6 est le neuvième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1977 par les Editions du Lombard.
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Trois savants à la tête du service "Amarante" sont tués : ils étaient responsables du projet "Myxine", concernant un nouveau modèle de missile. Mais pour assurer leurs arrières, les autorités ont eu l'idée d'implanter, à son insu, dans le cerveau d'un certain John Saxon des données relatives à cette arme avant de le relâcher dans la nature.
A présent, il faut lui remettre la main dessus avant ceux qui ont tué les savants et le colonel "L" confie cette mission au commando "caïman" qui part à Madagascar. Sur place, les agents de choc sont pourtant déjà attendus par leurs ennemis qui kidnappent "Texas" Bronco et Saxon quand celui-ci est localisé.
Bruno et Billy Brazil, "Gaucho" Moralés, "Whip" Rafale et Tony "Nomade" partent à la poursuite des ravisseurs et de leurs otages, précipitant la mission dans une terrible issue qui, si elle permet la sauvegarde du projet "Myxine", aura de lourdes conséquences pour l'équipe...

Il s'agit là des deux derniers longs récits complets de 48 pages de la série : les tomes 10 (Dossier Bruno Brazil et La Fin ?...) ne contiendront que des histoires courtes, antérieurs au tome 1, et les premières planches de ce qui devait constituer le véritable dixième épisode, jamais achevé.

Fidèle à son inspiration, Greg raconte deux aventures très noires s'inscrivant à la fois dans le registre de l'aventure et de l'espionnage : Orage aux Aléoutiennes aborde la traite d'êtres humains et expose une affaire particulièrement sordide à laquelle est jointe du trafic de drogue. Cela s'inspire pourtant de faits réels mais le scénariste, comme toujours dans cette série, n'a pas su s'en contenter et gâche un peu cette idée forte, mais sans doute trop noire pour une publication dans le journal de "Tintin".

Ce qui m'a frappé en relisant Bruno Brazil, c'est la mauvaise gestion de l'équipe : Greg sait inventer et camper des caractères mémorables et pittoresques mais peine à tous bien les exploiter. Ici, Billy Brazil et "Texas" Bronco sont inutiles et d'ailleurs inutilisés alors qu'une nouvelle recrue intègre les commando "caïman". Ce nouveau membre est d'ailleurs passablement grotesque : son nom est ridicule (Tony "Nomade", son look caricatural et invraisemblable au possible (un hippie aux cheveux longs qui trimballe une guitare partout, instrument qui lui sert à jouer de la musique mais aussi de mitraillette et de chargée de fumigènes !). Pourquoi créer cet agent quand deux autres dans la bande sont déjà disponibles ?

Par ailleurs, le méchant "Chop-Suez" Dillon ne convainc pas longtemps en chef de trafiquants, manquant de charisme... Et Bruno Brazil, désormais marié et père de famille, reprend du service sans que son rôle de leader soit bien évident. Seul "Gaucho" Moralés, mémorable grande gueule latino, reste sympathique, avec des réactions touchantes, alors que "Whip" Rafale fait de la figuration dans une intrigue au rythme paresseux.

En revanche, Quitte ou double pour Alak 6 (où vous apprendrez la signification authentique de ce curieux mot "Alak") se distingue par son dénouement très radical et noir. Le plot est totalement loufoque, avec ce John Saxon qui s'enivre en détenant sans le savoir des secrets d'Etat décisifs, mais le prologue est vraiment explosif, intense et, si entretemps, les rebondissements sont encore une fois abracadabrantesques (le commando prenant comme couverture l'identité d'un groupe de pop !... Très discret et crédible...), le dénouement est saisissant avec le sort tragique de plusieurs héros. Ce fut un grand choc lorsque je lus cette aventure pour la première fois dans ma jeunesse et il faut reconnaître que ça fonctionne encore.

Par contre, ce qui ne fonctionne pas/plus pour moi, ce sont le dessins de Vance qui, mises à part ses superbes couvertures (auxquelles les rééditions ne rendent pas justice) et quelques planches au découpage assez audacieux (dans lesquelles l'artiste prouve qu'il est plus doué et minutieux pour représenter les buildings et les voitures que les personnages), livre une mise en images médiocres.

On voit déjà que le dessinateur abuse de vues de profil, ses héros masculins se ressemblent tous (au point parfois d'être difficilement identifiables), les angles de vue manquent de dynamisme, et la colorisation très psychédélique de Petra a très mal vieilli. 

Je ne suis pas très motivé pour lire les deux albums restants, donc je pense m'en tenir là avec cette série, dont j'avais un souvenir trop flatteur alors qu'elle est très inégale. 

lundi 2 mai 2016

Critique 879 : BRUNO BRAZIL, TOMES 6 & 7 - SARABANDE A SACRAMENTO & DES CAÏMANS DANS LA RIZIERE, de Greg et Vance


BRUNO BRAZIL : SARABANDE A SACRAMENTO est le sixième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1974 par les Editions du Lombard.
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La ville de Sacramento est gangrenée par la mafia tenue par les deux parrains, Don Leone Adosimo et Pascale Scampa. Bruno Brazil leur déclare la guerre en direct à la télé et son plan est simple : faire croire à Scampa que le commando "caïman" a conclu une alliance avec Adosimo.
La riposte de Scampa est immédiate : il fait brûler les écuries puis la villa de Adosimo. Mais ces règlements de comptes déplaisent à l'inspecteur Quincannon, ami de "Gaucho" Moralés à qui il révèle que sa soeur, Concepcion, a été enlevée. Elle est la prisonnière, comme le lui apprend le patron du "Tropico" où elle travaille, de Sardano, l'avocat véreux d'Adosimo, qui veut évincer le parrain.
Le commando libère la jeune femme. Les deux bandes rivales de la mafia s'entre-tuent, Quincannon n'a plus qu'à arrêter les survivants tandis que Brazil laisse Adosimo et Scampa filer afin que leur défaite instruise tous les autres barons de la pègre qui voudraient défier ses agents.
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BRUNO BRAZIL : DES CAÏMANS DANS LA RIZIERE est le septième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1975 par les Editions du Lombard.
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Gina Loudéac, touriste en Thaïlande, est témoin d'une fusillade sur un port de pêche. Une des victimes, Walter Aldorf, lui remet un briquet à donner à Bruno Brazil. Or le guide de la jeune femme, Maï, connaît bien l'espion qui est d'ailleurs descendu dans le même hôtel qu'elle.
Bruno visionne les microfilms cachés dans le briquet : ce sont des clichés datant de 1942 sur un missile japonais désormais en possession d'Iko Mitsushido qui veut le vendre au plus offrant. D'autres images montrent une rizière, certainement là où il se cache.
Bruno, Gina et Maï s'enfoncent dans la jungle pour gagner la planque de Mitsushido tandis que le commando "caïman", divisé en deux groupes ("Texas" Bronco et "Big Boy" Lafayette d'un côté, "Whip" Rafale", Billy Brazil et "Gaucho" Moralés de l'autre), sont en aussi en route.
La mission se termine sur une demi-victoire : si Mitsushido et arrêté et le missile mis hors d'état de nuire, un des membres de l'équipe meurt...

N'ayant pu me procurer le tome 5, je passe donc donc directement aux 6ème et 7ème épisodes de la série : on peut d'ailleurs noter qu'ils présentent respectivement le meilleur et le pire de la production écrite par Greg.

Sarabande à Sacramento délaisse le récit d'espionnage, genre dans lequel s'inscrivait le titre, pour un registre plus proche du polar avec une spectaculaire histoire de règlements de comptes entre le commando "caïman" et deux factions mafieuses. L'intrigue est articulée sur une manipulation habile de Bruno Brazil pour que deux parrains alliés deviennent rivaux en croyant que l'un trahit l'autre : cette trame évoque La moisson rouge de Dashiell Hammett (1929), qui inspira le film d'Akira Kurosawa Yojimbo/Le garde du corps (1961) dont Sergio Leone tira une version western avec Pour une poignée de dollars (1964). Un procédé courant chez Greg...

Il n'empêche, ce tome est redoutablement efficace et s'impose comme le meilleur depuis le début de la série : le scénario est riche, épique, plein de rebondissements, abondant en scènes d'action. La dynamique du commando est aussi plus tonique et l'usage de gadgets ajoute au divertissement (le yo-yo métallique de "Big Boy" Lafayette, les colts de "Texas" Bronco ou les escarpins aux talons lacrymogènes de "Whip" Rafale).

Hélas ! Des caïmans dans la rizière ne confirme pas cette embellie et se distingue, lui, comme un sommet de n'importe quoi : Greg a fait fort en accumulant des situations invraisemblables dont on ne peut que rire. Les personnages secondaires sont grotesques : de Gina Loudéac (rien que le nom...), touriste prise dans une affaire qui la dépasse et successivement prête à tout pour s'en mêler avant de s'indigner des méthodes de Bruno Brazil, jusqu'au jeune guide Maï qui semble connaître toute la Thaïlande comme sa poche au point de localiser une rizière entre milles sur une simple photo, en passant par Mitsushido qui a caché un énorme missile dans un éléphant de pierre mais sans se soucier de l'entretenir !

Le périple à bicyclette (!) de Bruno, Gina, et Maï à travers les chemins thaïlandais, est aussi passablement ridicule mais surtout interminable : pourquoi donc Brazil, d'une part, s'encombre-t-il de cette femme et du garçon et, d'autre part, ne part-il pas soit avec "Big Boy" et "Texas", soit avec "Whip", Billy et "Gaucho" ? Il faut aussi dire que, encore une fois, plusieurs membres du commando ne servent ici à rien (Billy comme d'habitude surtout).

Graphiquement en revanche, Vance est plus inspiré : son découpage s'affranchit nettement pour proposer des compositions percutantes, aux perspectives profondes. Le nombre de cases par page diminue au profit de plans plus larges, voire de pleines pages, avec des décors très fouillés (le "Blue casino" de Sacramento par exemple). Il semble évident que l'artiste a intégré l'émancipation visuelle que la BD franco-belge connaissait à cette époque sous l'impulsion, notamment, de Druillet et Moebius.

Sa représentation des personnages ne bénéficie pas de la même audace et leur expressivité est toujours limité ainsi que leur gestuelle. Mais tout de même, Vance, chez qui l'influence de Jim Holdaway (Modesty Blaise) est notable, sait dessiner les femmes en leur donnant une sacrée allure ("Whip" Rafale en est le meilleur exemple), ce qui compense légèrement la raideur et la ressemblance de ses héros masculins.

A la fin du tome 7, on pourrait facilement penser que la série est terminée (Bruno s'est marié et a adopté Maï, le commando a perdu un de ses membres), mais les aventures des "caïmans" ont encore quelques chapitres à vivre...       

vendredi 29 avril 2016

Critique 876 : BRUNO BRAZIL, TOMES 3 & 4 - LES YEUX SANS VISAGE & LA CITE PETRIFIEE, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : LES YEUX SANS VISAGE est le troisième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert dans la première édition) et dessiné par William Vance, publié en 1970 par les Editions du Lombard.
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Encore convalescent (après les blessures subies lors de sa précédente mission - voir tome 2 : Commando Caïman), "Texas" Bronco braque une banque et abat plusieurs personnes.
Placé en détention et sujet à des crises de nerfs, il reçoit la visite de son chef, le commandant Bruno Brazil, tandis que ses autres partenaires s'interrogent sur son geste et ce qui a pu le provoquer.
Cependant, "Whip" Rafale est enlevée et soumise à un lavage de cerveau. Libérée, elle manque de tuer William "Billy" Brazil mais "Big Boy" Lafayette et Bruno réussissent à l'appréhender.
Les hommes de main de l'ennemi du commando enlèvent "Gaucho" Moralés, resté seul à leur QG. Jouant la comédie, il permet à Bruno Brazil, "Whip", "Big Boy" et Billy de le suivre jusqu'au repaire de leur adversaire. Ainsi découvrent-ils qu'il s'agit de Rebelle, l'ex-partenaire de Madison Ottoman (voir tome 2), et son complice, un savant fou...
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BRUNO BRAZIL : LA CITE PETRIFIEE est le quatrième tome de la série, écrit par Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et dessiné par William Vance, publié en 1971 par les Editions du Lombard.
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Le commando caïman au complet est affecté à une inspection du silo "Pyramide", un complexe militaire de 60 kilomètres de profondeur. Mais durant la manoeuvre, une attaque ultra-sonique manque de terrasser tous les membres de l'équipe.
Remontant à la surface, Bruno Brazil et ses partenaires découvrent un spectacle stupéfiant : militaires et civils dans un large périmètre autour du silo sont k.o..
Les membres du commando gagnent la ville la plus proche, déduisant que les malfaiteurs à l'origine de cette situation vont braquer la banque fédérale. Tandis que Billy, "Big Boy" et "Texas" traversent la ville fantôme d'un côté, Bruno, "Whip" et "Gaucho" infiltrent la troupe des bandits de l'autre.
Ils découvrent ainsi qu'à la tête des voleurs se trouve leur pire ennemie, Rebelle...

Devenu un des titres les plus populaires du journal de "Tintin", Bruno Brazil poursuit donc ses aventures avec ces deux nouveaux épisodes qu'il faut aborder en ayant lu Commando Caïman, le deuxième tome, paru en 1969 : la série feuilletonne en effet en réutilisant à deux reprises, consécutivement, la même méchante.

C'est d'ailleurs une des originalités que d'avoir fait de Rebelle, d'abord simple-valoir de Madison Ottoman, le vilain mégalomane du Matto Grosso, l'ennemi de Bruno Brazil et sa bande : à une époque où les personnages féminins n'étaient guère nombreux dans les parutions destinées à la jeunesse, à cause de la censure, l'adversité incarnée par cette femme fatale détone.

L'intrigue des Yeux sans visage exploite un vieux cliché du récit d'espionnage, le lavage de cerveau, qui transforme les acolytes du héros en pantins dangereux. Toutefois, il est difficile de relire l'histoire de Greg sans sourire : avec son savant fou qui manipule les méninges des agents du commando, l'intrigue peine à tenir la distance et souffre de sévères chutes de rythme. Par ailleurs le suspense autour de l'identité de la méchante fait long feu puisqu'on reconnaît sa silhouette et sa chevelure dorée très vite, sans compter qu'on devinait que Rebelle reviendrait vite après avoir réussi à s'échapper à la fin du tome 2 en jurant de se venger.

Plus invraisemblable encore : Rebelle s'en tire miraculeusement à la fin de cette aventure, plus revancharde que jamais car elle est défigurée (mais sans que cela soit montré : là encore, il ne s'agissait pas de choquer les enfants)... Mais dans le dénouement de La cité pétrifiée, elle se présente avec un visage absolument intact ! Soit elle a trouvé un chirurgien esthétique diablement doué, soit elle n'était pas si mutilée que ça auparavant, mais quelle que soit la réponse à ce rétablissement, Greg ne s'est guère embarrassé de vraisemblance.

Toutefois, ne soyons pas trop sévère et sarcastique car ce tome 4 est très bon : l'originalité de l'attaque menée par les malfrats, leur audacieux braquage, la résistance qu'oppose le commando caïman (quand bien même le scénario sacrifie, comme d'habitude, un membre en route - ici, Billy Brazil) sont captivantes. On pense d'ailleurs à une version à peine déguisé des Pirates du silence (le tome 10 de Spirou et Fantasio par Rosy et Franquin, avec Will, publié en 1958).

Visuellement, les deux albums sont toujours aussi inégaux et moyens : Vance est très brouillon dans le troisième épisode, et la colorisation de Petra ne vaut pas mieux, alors que dans le chapitre suivant, la série apparaît nettement plus soignée, avec des idées de découpage ingénieuse (simulant par exemple des déclinaisons de mouvements dans un seul plan).

La cité pétrifiée offre même des références esthétiques au pop-art, culminant dans la plus belle scène de l'histoire (quand "Whip" Rafale neutralise avec son fouet Rebelle dominant Bruno Brazil sur le toit de la banque fédérale). Néanmoins, Vance a quand même un trait très peu mobile, ses personnages se ressemblent tous et sont peu expressifs, et ses compositions sont souvent maladroites : autant de faiblesses qui plombent le résultat.

Le titre balbutie donc encore, même s'il s'améliore, au moins au niveau narratif, avec des intrigues plus solides. 

vendredi 22 avril 2016

Critique 871 : BRUNO BRAZIL, TOMES 1 & 2 - LE REQUIN QUI MOURUT DEUX FOIS & COMMANDO CAÏMAN, de Greg et William Vance


BRUNO BRAZIL : LE REQUIN QUI MOURUT DEUX FOIS est le premier tome de la série, écrit par Greg et dessiné par William Vance, publié en 1968 par les Editions du Lombard.
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Un accident de la route permet aux "Services", l'organisation de défense internationale, d'apprendre l'hospitalisation de Kurt Schellenburg, officier nazi du IIIème Reich, porté disparu depuis la fin de la guerre. Le colonel Lazarus D. Walsh alias "L" met sur l'affaire son meilleur agent : Bruno Brazil.
Avec le policier Hawks, Brazil est envoyé au Caraguay, en Amérique du Sud, au large des côtes duquel le sous-marin allemand U-733 aurait coulé avec le magot de Schellenburg estimé à quinze milliards de dollars. 
Sous les identités de Elmer Puddle pour Hawks et Roger Blake, les deux agents doivent, une fois sur place, affronter un accueil hostile et prennent le maquis avec leur contact, Helen Cordoba. Grâce aussi au concours d'Oscar Caucci, Brazil va retrouver Schellenburg aux abois car son butin n'est qu'une légende et que l'inspecteur Rafaël avec lequel il a négocié le tuera en l'apprenant...
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BRUNO BRAZIL : COMMANDO CAÏMAN est le deuxième tome de la série, écrit par Greg et dessiné par William Vance, publié en 1969 par les Editions du Lombard.
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Une organisation criminelle secrète a trouvé le moyen de pirater les transmissions audiovisuelles d'un satellite américain au moyen duquel elle diffuse des images subliminales potentiellement dangereuses. Le signal des saboteurs a été localisé dans la jungle du Matto-Grosso.
Bruno Brazil, chargé de neutraliser les malfrats, rassemble un commando composé de "Big Boy" Lafayette, un jockey ; "Gaucho" Moralés, une canaille ; "Whip" Rafale", experte dans le maniement du fouet dans un cirque ; William Brazil, son frère cadet ; et "Texas" Bronco, un cowboy.
Le "commando caïman" est attaqué par des indiens au coeur de la jungle et ses membres sont dispersés. Lafayette et Bronco sont blessés lors de leur parachutage. "Gaucho", écarté du groupe avant son départ, a quand même suivi Brazil qui taille sa route avec "Whip".
William est capturé par les hommes de Madison Ottoman, le chef de l'organisation, qui lui montre sa base et lui offre de rejoindre ses troupes. Bruno passe à l'action mais ne peut empêcher la fuite de la complice d'Ottoman.

Ces temps-ci, je lis moins de bandes dessinées, hormis celles pré-publiées dans le journal de "Spirou", car les romans et quelques films me procurent des sensations plus fortes et me motivent donc plus au moment de rédiger des critiques. Dans ce cas de figure, revenir à des albums lus il y a longtemps et dont on a gardé des souvenirs positifs est un moyen susceptible de se réconcilier avec le 9ème Art. Ainsi me suis-je replongé dans les aventures de Bruno Brazil, qui firent mon bonheur lorsque j'étais encore un simple et très jeune amateur de BD.

Un peu d'Histoire : Bruno Brazil est d'abord apparu dans des récits complets publiés dans le nournal de "Tintin" à partir de 1967. L'agent de choc est une création de Michel Greg, qui signe pour l'occasion Louis Albert (les rééditions rétabliront son identité la plus populaire). Dès 1968, de grandes aventures paraissent, coïncidant avec la formation du Commando "Caïman".

Le titre va exister une quinzaine d'années avant que ses ventes ne déclinent, au terme de dix albums correspondant à neuf histoires et quelques récits complets plus courts. L'inspiration de Bruno Brazil est évidente : c'est une version en bande dessinée de James Bond, dont les films connaissent un énorme succès populaire à la fin des années 60. Mais si la série en adopte le ton, elle se distingue par plus d'humanité.

Pourtant, le premier tome n'est guère original : le héros est présenté et mis en scène comme un super-espion dont la liberté d'action, la débrouillardise et les capacités physiques sont sans limites. Il ne fait aucun doute qu'il viendra à bout de l'adversité, ce qui ôte tout suspense et suscite même le sarcasme du lecteur devant cet homme impeccable en toutes circonstances, se permettant même de faire de l'esprit dans les situations critiques, et toisant ses ennemis avec suffisance. Pour tout dire, Bruno Brazil n'a rien d'intéressant et l'écriture très premier degré qu'applique Greg (qu'on a connu plus faisant preuve de plus de distanciation) n'arrange rien. L'intrigue du Requin qui mourut deux fois est aussi palpitante que les OSS 117 incarnés par Frederic Stafford, l'ersatz du 007 joué par Sean Connery.

Il faut donc persévérer et attendre Commando Caïma pour découvrir une production qui deviendra à juste titre un objet de culte : Greg a l'idée, basique mais habile, de transformer sa série en un team-book et adjoindre à Bruno Brazil cinq acolytes hauts en couleurs, immédiatement mémorables.

Rencontrer "Big Boy" Lafayette, "Whip" Rafale, "Gaucho" Moralés, "Texas" Bronco et William Brazil revient à faire la connaissance d'une équipe de quasi-super héros franco-belges. Qu'importe qu'ils ne soient guère crédibles comme recrues d'élite d'une agence de contre-espionnage, le folklore dont ils sont issus et les talents qu'ils affichent les rendent irrésistibles. Greg les écrit d'une manière très vivante, avec des interactions très dynamiques, une caractérisation réjouissante (Moralés la forte tête, les chamailleries entre Lafayette et Bronco, les relations fraternelles de Bruno et William, le charme tranquille de Rafale... Sans oublier la figure du patron avec le colonel "L").

Par ailleurs, l'affaire même développée dans ce deuxième tome est menée sur un rythme soutenu et évoque de manière amusante le plan de Zorglub dans L'ombre du Z des aventures de Spirou et Fantasio, justement écrit par Greg. La jungle du Matto Grosso, le délire mégalo de Madison Ottoman (quel nom !), sa partenaire (qui réussit à fuir in fine, suggérant qu'on va la revoir) rappellent respectivement la Palombie, le rival du comte de Champignac et Zantafio.

Visuellement, le dessin de Vance est à la fois réaliste dans la représentation des décors et plus sommaire (déjà, car il n'évoluera jamais) avec les personnages, peu expressifs, à la mobilité minimum, dans des pages au découpage classique (la seule différence entre les tomes 1 et 2 réside dans le passage de quatre à trois bandes par planche). 

C'est surtout le charme rétro et pop qui fait son petit effet, sinon je dois dire, au risque de froisser ses fans, que Vance m'a toujours semblé un artiste très surestimé, surtout chanceux dans le choix de ses séries (il a dessiné de nombreux best sellers, en particulier XIII). Je le préfère nettement comme cover artist où son talent de peintre est incontestable.

Qui sait ? Un de ces jours, Bruno Brazil sera peut-être relancé, comme récemment Bob Morane : l'espion à la chevelure blanche mériterait une seconde vie à l'heure où son modèle James Bond ne s'est jamais aussi bien porté (y compris en bande dessinée)...      

mardi 8 mars 2016

Critique 833 : SPECIAL CLIFTON, de Raymond Macherot


SPECIAL CLIFTON rassemble en un seul volume les trois tomes de la série écrits et dessinés par Raymond Macherot, publié aux Editions du Lombard.
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LES ENQUÊTES DU COLONEL CLIFTON est le premier tome de la série, écrit et dessiné par Raymond Macherot, publié en 1959 par les Editions du Lombard.
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L'émir Abd-El-Falzar confie aux joailliers Smogg et Ramsbottom son plus gros diamant, le Kohr-I-Door. Mais des cambrioleurs s'emparent du coffre dans lequel la pierre a été déposée. N'étant pas assurés, les joailliers demandent au colonel Harold Wilberforce Clifton de les aider.
Il remonte facilement la piste des voleurs, grâce à sa chance et sa science, et les force à fuir. Mais comment ont-ils pu embarquer les coffres lors de leurs méfaits ? Une party donnée par Lady Coker va permettre à Clifton et à la police de résoudre cette énigme et d'appréhender les bandits...
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CLIFTON A NEW YORK est le deuxième tome de la série, écrit et dessiné par Raymond Macherot, publié en 1960 par les Editions du Lombard.
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Chassé du San Mirador, le général Poncho et ses deux hommes de main se réfugient à New York pour préparer un coup d'état. Pour financer cette opération, ils kidnappent le crooner-acteur Pincher Barnett, qu'ils ont repéré dans l'avion qui les a transportés.
L'agent de la vedette fait appel à Clifton pour retrouver son protégé. La bêtise des ravisseurs facilite la mission du colonel tout en l'entraînant dans une folle course-poursuite à travers New York...
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CLIFTON ET LES ESPIONS est le troisième tome de la série, écrit et dessiné par Raymond Macherot, publié en 1960 par les Editions du Lombard.
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Un ancien scout aux ordres de Clifton, Osbert Horsepower, est arrêté pour haute trahison après avoir été surpris en train de photographier des plans secrets du MI-5 (le service de contre-espionnage britannique).
Clifton entreprend d'innocenter son ami et ses investigations vont le conduire à affronter Otto Kartoffeln, son ennemi juré durant la seconde guerre mondiale, qui manipule les espions anglais grâce à un gaz qui les rend amnésiques...

En lisant récemment le supplément pour les abonnés du journal de "Spirou", un mini-récit signé David De Thuin intitulé Scopitone et la rhubarbe des neiges, influencé par Raymond Macherot, j'ai eu envie de redécouvrir les aventures de Clifton.

Dans mes jeunes années, j'aimai beaucoup ces bandes dessinées mettant en scène ce colonel anglais, scout devant l'éternel, même si j'ai surtout lu les albums réalisés par Turk et De Groot puis Bédu. C'est que Macherot n'avait pas consacré beaucoup de temps à ce héros, seulement trois histoires de trente pages, réunies dans cet album.

Quand il créé Clifton, Macherot est déjà un pilier du journal de "Tintin", où il a animé Chlorophylle et Sibylline, deux classiques de la bande dessinée animalière, son registre de prédilection. C'est donc un titre à part dans la bibliographie de ce maître, qui, par ailleurs, au milieu des années 60, rejoignit plusieurs de ses amis au journal de "Spirou", où il échoua à imposer Chaminou mais contribua au lancement de la très jolie série Isabelle avec Will au dessin (Franquin et Yvan Delporte en reprirent l'écriture ensuite).

Macherot est un personnage atypique : né en 1924, il est d'abord ouvrier, puis journaliste, et photographe. Il démarre sa carrière d'auteur de BD à 29 ans, en 53, sans pourtant s'inscrire dans la lignée d'Hergé, ce qui le distingue au sein de l'écurie du journal de "Tintin".

En ce qui concerne Clifton, il faut bien admettre que c'est une série qui a pris un coup de vieux et on peut s'étonner de sa longévité, au point que Zidrou et Turk viennent de publier son 22ème tome récemment.

Les intrigues ne sont guère élaborées : le héros est présenté comme un fin limier mais cette qualité n'est pas bien mise en valeur quand on considère la stupidité de ses adversaires dans les trois histoires de ce volume. Harold Wilberforce Clifton est une caricature de détective anglais : guindé, méticuleux, vieux garçon, son look est au diapason, avec comme seules excentricités son uniforme de scout quand il forme de jeunes garçons et sa moustache en bataille qui se lissera dès sa deuxième aventure. Par ailleurs, le vocabulaire ne recule pas devant des jeux de mots peu subtils (l'émir El-Falzar, le diamant Kohr-I-Door) et la caractérisation est expédiée. 

Pourtant, si tout ça n'est guère fameux, on ne peut qu'être épaté par le sens du rythme de Macherot : ses séquences d'action sont d'une fluidité et d'un dynamisme imparables. Il adresse même un clin d'oeil appuyé certes mais remarquable à Tintin en Amérique dans l'épisode Clifton à New York, quand le colonel effectue quelque acrobatie sur la façade d'un hôtel. La brièveté des histoires ne laisse pas le temps au lecteur de s'ennuyer, et dans Clifton et les espions, on a même droit à un méchant plus relevé.

Graphiquement, le trait de Macherot, qui a pourtant démarré en ayant un dessin réaliste, est un modèle d'économie. Ses personnages sont expressifs, ses décors sont simples mais évocateurs, mais cette sobriété n'est pas aussi maniaque et rigide que la "ligne claire" de Hergé et ses disciples : en fait, le résultat fait penser au style des dessins animés de Hanna-Barbera quelques années plus tard.

Macherot est mort il y a huit ans mais son oeuvre n'a pas fini d'inspirer : David De Thuin, donc, est un de ses héritiers les plus doués, mais ses personnages emblématiques continuent d'être animés, comme Chlorophylle dans un nouvel et superbe album écrit par Cornette et illustré par l'immense René Haussman.

vendredi 8 janvier 2016

Critique 788 : LES ETONNANTES AVENTURES DU SIGNOR SPAGHETTI, de René Goscinny et Dino Attanasio


LES ETONNANTES AVENTURES DU SIGNOR SPAGHETTI rassemble en un seul volume, publié en 1999 aux Editions du Lombard dans la collection "Les Classiques du Rire", les cinq premiers tomes de la série, écrits par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio.
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SPAGHETTI ET L'EMERAUDE ROUGE est le premier tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio, publié en 1959 par les Editions du Lombard.

L'explorateur Fremouille a rapporté d'une expédition l'émeraude rouge inca dont la légende dit qu'elle porte malheur. C'est à cet instant que Spaghetti surgit pour lui vendre une cireuse mécanique.
Fremouille accepte de la lui acheter si Spaghetti garde l'émeraude rouge pendant un mois pour vérifier si elle est vraiment maudite.
Les ennuis ne tardent pas à accabler Spaghetti qui est enlevé par le gangster Dédé le fou et sa bande qui compte faire peur au gens grâce à lui pour accomplir ses méfaits... 
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L'ETONNANTE CROISIERE DU SIGNOR SPAGHETTI est le deuxième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio, publié en 1960 par les Editions du Lombard.

Suite à un malentendu, Spaghetti est enrôlé sur le bateau du capitaine Pastouille et son adjoint Ferrouche. L'équipage est uniquement composé d'étrangers - un allemand, un espagnol, un anglais et un chinois.
Leur mission consiste à récupérer le bandit Jim Lobus caché sur une île déserte depuis cinq ans avec son butin où Spaghetti sera abandonné à sa place...
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SPAGHETTI ET LA PEINTURE A L'HOUILE est le troisième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio, publié en 1960 par les Editions du Lombard.

Sans emploi, Spaghetti retrouve par hasard son cousin, Prosciutto, qui est le gardien de la villa d'un riche collectionneur de tableaux peints à l'huile et qui s'est absenté pour affaires.
Par la faute de Prosciutto, Spaghetti est entraîné dans une délirante affaires de vol de tableaux et, pour prouver leur innocence, va provoquer une série de catastrophes...
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SPAGHETTI ET LE TALON D'ACHILLE est le quatrième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio, publié en 1961 par les Editions du Lombard.

Prosciutto convainc à nouveau Spaghetti de travailler avec lui pour Achille Tagliatelle, qui leur demande de livrer un dossier à un ami américain, O'Brien.
Mais l'affaire se passe mal car Spaghetti comprend que Tagliatelle s'est servi de lui et son cousin pour passer des diamants, dissimulés dans ses chaussures.
La police s'en mêle et il faut retrouver les pierres précieuses pour que Spaghetti et Prosciutto ne soient ni arrêtés ni tués...
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SPAGHETTI AU RENDEZ-VOUS DES CYCLISTES est le cinquième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Dino Attanasio, publié en 1961 par les Editions du Lombard.

Prosciutto achète un hôtel-restaurant en montagne, isolé de tout. Spaghetti assiste, intrigué, au défilé de plusieurs cyclistes qui, après y avoir fait une halte, en repartent en échangeant leurs vélos.
Ce mic-mac cache les activités d'une bande de contrebandiers dont les montures en or sont repeintes. Mais il faut alors persuader les douaniers de confondre les malfrats tandis qu'une course cycliste va bientôt passer par là...

Spaghetti fait partie des séries qu'anima René Goscinny dans les années 50 quand il collaborait au journal de "Tintin", parmi une quinzaine de titres, dont Strapontin chauffeur de taxi, dont j'ai parlé récemment (voir critique n° 782). La création de ce titre a le même mode opératoire que celui réalisé avec Berck d'ailleurs : l'artiste apporte le personnage et le concept et le scénariste est chargé de le mettre en forme.

En 1958-1959, Dino Attanasio et René Goscinny produisent presque une vingtaine de récits complets de deux-trois pages pour familiariser les lecteurs avec le personnage du Signor Spaghetti, avant de se lancer dans une première histoire de trente pages - la première d'une série de seize, jusqu'en 1965, après quoi le scénariste, accaparé par le succès de Astérix et de Lucky Luke, jettera l'éponge, remplacé par Roger Francel (alors directeur de la RTBF !).

Spaghetti est, pour ainsi dire, le double d'Attanasio : immigré italien, né en 1925, l'artiste quitte son pays natal en 1947 à cause de la crise qui sévit après-guerre. Il s'exile en Belgique en espérant y vivre en dessinant. Il se fait remarquer en créant un personnage qui annonce les publicités, à l'entracte, dans les salles de cinéma, et intègre le journal de "Spirou" pour lequel il illustre de nombreuses histoires de L'Oncle Paul. Il mettra aussi en images plusieurs aventures de Bob Morane, écrites par Henri Vernes. Sa productivité s'exerce aussi dans les pages de "Tintin" où, dès 1952, il commence à concevoir le personnage de Spaghetti, milanais sympathique subsistant grâce à de petits jobs.

Mis en relation avec Goscinny fin 1957, le projet se développe grâce à la prodigieuse imagination du scénariste qui enrichit la série avec des seconds rôles (dont le cousin Prosciutto) et des intrigues mêlant aventures et comédie. Le succès sera fulgurant, séduisant aussi des lecteurs étrangers (en Argentine, au Brésil, au Liban, en Indonésie).

Pourtant, ce qui frappe dans ce recueil de la collection "Les Classiques du Rire", c'est la faiblesse du premier long récit, L'Emeraude rouge, dont les gags sont pauvres et le rythme laborieux. Le trait d'Attanasio est, lui, plus affirmé et, malgré tout, on sent la griffe de Goscinny avec le découpage très dense (une douzaine de cases par page, établie à partir d'un script très détaillé comme d'habitude... Que l'auteur livrait à l'artiste lors de visites régulières à Bruxelles en compagnie de sa mère).

Attanasio est un dessinateur qui gagne à être reconsidéré et je le dis parce que, moi-même, je l'ai longtemps mésestimé : en effet, pour beaucoup, l'italien est surtout connu pour être celui qui eu la lourde tâche de succéder à Franquin après que celui-ci ait abandonné Modeste et Pompon (qu'il avait animé pendant quatre ans, avec Goscinny et Greg, lorsqu'il travailla, suite à un concours de circonstances étonnant, à la fois pour "Spirou" et "Tintin"). Passer après un tel génie, voilà une pression singulière pour n'importe qui et il faut bien admettre que les pages d'Attanasio n'ont pas le charme et la puissance de Franquin.

Mais avec Spaghetti, la rondeur, la souplesse, et l'élégance de son trait produisent un réel effet. Est-ce parce que, cette fois-ci, c'était son personnage, un univers qu'il avait formés ? En tout cas, cette bande dessinée a une qualité indéniable et dès L'étonnante croisière, le résultat est plus concluant au niveau narratif.

Goscinny introduit avec La peinture à l'houile le cousin de Spaghetti, l'accablant Prosciutto, véritable aimant à emmerdements, évidemment sûr de lui et certain de n'être jamais pour rien dans les embrouilles auxquelles il est mêlées. Le scénariste prouve une fois encore son adresse pour animer un duo de contraires en exploitant le ressort comique que cela provoque : ses récits deviennent délirants, absurdes, une mécanique infernale très drôle et nerveuse.

La Talon d'Achille illustre parfaitement la complicité entre Goscinny et Attanasio avec cette intrigue de diamants cachés à l'insu des passeurs que jouent Spaghetti et Prosciutto, qui doivent récupérer les pierres précieuses pour ne pas être arrêtés par la police ou tués par des gangsters. Pourtant avec Le Rendez-vous des cyclistes, l'efficacité gaguesque est encore supérieure, digne du théâtre de Feydeau avec son lot de malentendus, de rebondissements, jusqu'à un final spectaculaire.

Les étonnantes aventures du Signor Spaghetti bénéficient de quatre Intégrales, mais ce recueil permet d'apprécier cette série rétro, oeuvre de jeunesse du prolifique Goscinny, et titre fétiche d'Attanasio, dont on découvre avec ravissement qu'il était bien plus que la doublure du géant Franquin.  

vendredi 1 janvier 2016

Critique 782 : STRAPONTIN, CHAUFFEUR DE TAXI, de René Goscinny et Berck


STRAPONTIN, CHAUFFEUR DE TAXI rassemble en un seul volume, publié dans la collection Les Classiques du Rire par les Editions du Lombard en 1998, cinq épisodes de la série, écrits par René Goscinny et dessinés par Berck.
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STRAPONTIN : CHAUFFEUR DE MAÎTRE est le premier tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1959-1960 par les Editions du Lombard.
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Strapontin est un chauffeur de taxi qui s'ennuie à Paris et répond à l'annonce du professeur Petipois qui cherche un conducteur privé. Ce savant met au point un carburant en poudre révolutionnaire qui est convoité par le gangster Big Boss qui, avec la complicité du majordome Oscar, décide d'enlever Wimpy, le fils de Petipois. Strapontin avec le chien du garçonnet, Gérard, décide d'intervenir...
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STRAPONTIN ET LE TIGRE VERT est le deuxième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1960 par les Editions du Lombard.
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Strapontin conduit Miss Lou Thompson, une excentrique anglaise, jusqu'au royaume de Patatah où le Maharadjah Georges l'a invitée pour chasser le tigre. Mais sur place, la situation politique est compromise par la Secte du Tigre Vert, qui veut prendre le pouvoir. Avec l'aide du jeune Rami et de son cobra Binocles, Strapontin va démasquer le chef de cette organisation...
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STRAPONTIN ET LE MONSTRE DU LOCH NESS est le troisième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1961 par les Editions du Lombard.

Le professeur Petipois confie à nouveau son fils Wimpy et son chien Gérard à Strapontin pour qu'il les accompagne en Ecosse chez son cousin Mac Lloyd. Là-bas, ils font la connaissance de Mac Namara, venu d'Amérique pour photographier le légendaire monstre du Loch Ness. Mais sa curiosité va contrarier des trafiquants d'alcool frelaté...
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STRAPONTIN : LA RUEE VERS L'IVOIRE est le quatrième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1961 par les Editions du Lombard.
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Strapontin retrouve Miss Lou Thompson qui lui demande de la conduire jusqu'au Texas après avoir traversé l'Atlantique en paquebot. Le Maharadjah Georges s'est installé dans un ranch avec ses éléphants, ce qui déplaît à son voisin, l'éleveur Schmidt, prêt pour le chasser à s'allier avec l'infâme Amédée Lapègre. Strapontin devra encore compter sur Rami et son cobra Binocles pour apaiser la situation...
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STRAPONTIN ET LE GORILLE est le cinquième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1962 par les Editions du Lombard.

Strapontin est encore une fois engagé par le professeur Petipois qui a mis au point une potion, l'IS 40, développant l'intelligence chez les animaux et qu'il veut expérimenter sur un gorille. En route pour la région africaine du Grododo tenue par les redoutables Molomolo, mais ils sont suivis par le capitaine Flop et son bras-droit Narcisse, qui veulent s'emparer de l'invention pour leur numéro de cirque...

Comme on l'apprend dans la préface de cet album, Strapontin est la création d'André Berckmans alias Berck qui, en 1958, travaillait chez Publiart, la filiale publicitaire des Editions du Lombard. le directeur, Raymond Leblanc, lui présenta René Goscinny, alors tout jeune scénariste, qui accepta d'écrire les histoires de ce héros inspiré des chauffeurs de taxi venus de Russie après-guerre.

Après une dizaine de récits complets de deux à trois pages parus dans le journal de "Tintin", les deux collaborateurs développèrent des aventures plus longues, d'une trentaine de pages. Ce volume permet d'en lire les cinq premières (sur les neuf signées par le duo Goscinny-Berck, et les cinq suivantes écrites par Acar jusqu'à l'arrêt de la série en 1968).

Berck reconnaît qu'il avait abandonné Strapontin parce que, même si Acar n'était pas dénué de talent, il ne rivalisait pas avec Goscinny. Par la suite, le dessinateur trouvera avec Raoul Cauvin un nouveau partenaire durable pour le titre Sammy.

Strapontin n'est pas un grande bande dessinée mais elle reste bien sympathique à lire. Je l'ai découverte avec ce livre et le charme a agi rapidement : son premier atout réside dans la concision de ses histoires où Goscinny démontre son savoir-faire pour bâtir des intrigues solides, efficaces et dynamiques avec un humour pétillant. Très vite, le scénariste se servira des déplacements du héros pour s'adonner à un comique qu'il popularisera, jusqu'à un mécanisme certain, en se moquant gentiment des us et coutumes étrangers (procédé repris ensuite dans Astérix).

Ce n'est pas le seul motif que Goscinny expérimente ici : ainsi avec les personnages de Wimpy et Rami et leurs animaux de compagnie respectifs, le chien Gérard et le cobra Binocles, on a les prototypes du Petit Nicolas et d'Idéfix. Le professeur Petipois préfigure Panoramix et sa potion magique, savant aux trouvailles convoitées par des brigands mais qui donnent opportunément l'avantage, au moment décisif, aux gentils (ici avec le carburant en poudre ou l'IS 40).

Le talent de Goscinny pour les seconds rôles se manifeste aussi avec l'excentrique Miss Lou Thompson et le Maharadjah Georges et leurs ennemis Amédée Lapègre et Sigmund Schmidt, le capitaine Flop et son adjoint Narcisse. Cette galerie de personnages fournit aux histoires leur lot de rebondissements quand ils ne sont pas directement à l'origine des intrigues.

Bien entendu, tout cela reste très bon enfant et a quand même vieilli, mais le charme rétro participe au plaisir même de ce type de lecture où la découverte d'une bande dessinée méconnue, parfois oubliée, prime sur ses qualités réelles.

Il n'empêche, en bon disciple de Raymond Macherot, Berck était un artiste loin d'être maladroit : bien qu'il ait été formé par Jean Graton (le papa de Michel Vaillant, à qui il doit sans doute son goût pour le voitures et son talent pour les dessiner), son trait est simple, expressif, épuré. Rien n'est en trop et le classicisme du découpage en quatre bandes, avec une moyenne de dix cases par page, assure une densité certaine à cette production.

Comme le rythme est soutenu, on ne s'ennuie jamais. On peut juste regretter que Berck ne suive pas Goscinny dans ses clins d'oeil quand il évoque Chick Bill (de Tibet, dans La ruée vers l'ivoire) ou Dan Cooper (de Weinberg, dans Strapontin et le gorille) sans les représenter. Mais il compense cela par des décors qui, bien que naïfs, sont agréablement exotiques (le royaume de Patatah, les plaines du Texas, la jungle africaine). Berck semble effectivement s'amuser à camper un troupeau d'éléphants dans un paysage de western et on rigole volontiers de ces incongruités.

Pépite vintage, les aventures de Strapontin méritent qu'on les redécouvre à la manière des "plaisirs démodées" comme les chante Aznavour.

mercredi 28 octobre 2015

Critique 737 : THORGAL, TOMES 28 & 29 - KRISS DE VALNOR & LE SACRIFICE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : KRISS DE VALNOR est le vingt-huitième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2004 par les Editions du Lombard.
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Aaricia, bien que sous la bienveillante protection d'un prince romain, n'a pas renoncé à s'échapper avec ses enfants pour retrouver Thorgal. Reprise, elle est envoyée, avec sa progéniture, dans les mines d'argent.
Sur place, les conditions de travail sont inhumaines et rendues encore plus insupportables par la présence de Kriss de Valnor, qui a échoué ici après avoir dû quitter le repaire de Shaïgan-sans-merci, été capturée par une galère de l'empire, et s'être refusée au capitaine du navire.
Avec Aaricia et surtout Jolan, dont elle connaît les pouvoirs, Kriss s'évade et libère Louve, séparée de sa mère. Ensemble, le groupe ainsi formé fait route jusqu'à Ravinum, le dernier comptoir au Nord. C'est là que Jolan retrouve Thorgal, recueilli par un médecin après qu'il ait pu quitter l'île de Syrénia.
Il est temps de quitter la ville mais des hommes qui en veulent à Thorgal s'interposent. Kriss se sacrifiera pour permettre à ses compagnons de se sauver, confiant à Aaricia Aniel, le fils qu'elle a eu avec Thorgal quand il avait perdu la mémoire.
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THORGAL : LE SACRIFICE est le vingt-neuvième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et peint par Grzegor Rosinski, publié en 2006 par les Editions du Lombard.
Il s'agit du dernier épisode écrit par le créateur de la série, Jean Van Hamme.

Remontant jusqu'au Northland, Aaricia est désespérée : son mari agonise et un seigneur, à qui elle a demandé asile mais qui le lui a refusée et contre que Jolan a ridiculisé, veut se venger. La famille Aergisson ne devra son salut qu'à l'intervention de Vigrid (voir tome 14, Aaricia).
Le dieu d'Asgard rend provisoirement sa santé à Thorgal en lui remettant les larmes de Tjahzi, mais ce geste provoque la colère d'Odin qui envoie le fils des étoiles, et Jolan qui s'est accroché à son père, dans les cieux.
Le viking et son fils retrouvent la gardienne des clés qui leur explique qu'un seul homme peut aider Thorgal à se rétablir : il s'agit du fils d'une déesse et d'un mortel, Manthor, vivant dans l'Entremonde, à l'abri du père des dieux.
Manthor guérit Thorgal mais réclame en échange à Jolan qu'il devienne son disciple pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
La famille Aergisson obtient du roi Gunnar de pouvoir se réinstaller au Northland, mais Jolan quitte les siens après un dernier échange avec son père, qui accepte son sacrifice.

Avec ces deux épisodes, Jean Van Hamme tire donc sa révérence à la série qu'il créa en 1977 : presque trente ans et autant d'albums plus tard, et malgré quelques chapitres moins bons, il s'acquitte de cet exercice avec style, tout en laissant la porte ouverte à la reprise de l'écriture des scénarios par Yves Sente (Rosinski demeurant l'artiste du titre).

D'une manière assez légitime, Van Hamme consacre le tome 28 à Kriss de Valnor, une de ses plus charismatiques créatures depuis son apparition dans le tome 9 (Les Archers). Il est évident que l'auteur a toujours conservé un faible pour cette superbe méchante dont la beauté physique et le tempérament machiavélique ont toujours été supérieurs à celui de Aaricia et de toutes les autres femmes de la série. Bien entendu, on pourra sourire de la retrouver une fois encore sur le chemin des Aergisson, alors qu'on l'avait quittée à la tête de pirates (dans le tome 22, Géants), mais une partie du charme de Kriss réside dans ce cliché dramatique.

Par ailleurs, si Van Hamme ne résiste pas à quelques facilités (un zeste de saphisme dans la scène des bains entre Kriss et Aaricia), il sait être réaliste (Kriss a eu un enfant de Thorgal, ce qui est logique vu le temps qu'ils ont passé ensemble quand il était, amnésique, sous sa coupe : difficile d'imaginer que pendant tout ce temps le fils des étoiles n'ait pas couché avec elle et donc qu'elle ne soit pas tombée enceinte). Enfin, le scénariste lui offre une belle sortie : même si, encore une fois, il s'agit d'un sacrifice (un motif récurrent dans la série), cela donne une certaine noblesse, qui rachète la cruauté affichée par Kriss en bien des occasions.

A la fin du tome 28, comme du précédent déjà, Thorgal est à l'article de la mort. Une nouvelle fois, Van Hamme recourt à une astuce narrative déjà vue à maintes reprises chez lui mais au suspense efficace : le fils des étoiles repart faire un tour dans une dimension parallèle, menacé par Odin. La gardienne des clés est au rendez-vous de cette aventure, mais c'est surtout la façon dont le scénariste se sert de Jolan dans l'intrigue qui va lui conférer une certaine émotion.

Admettons-le : on n'est pas aussi bouleversé qu'on aimerait dans cette histoire de sacrifice (encore, toujours), mais la transition qui s'opère, le passage de relais de Thorgal à son fils, tout cela est malin. Ainsi la série change subtilement de héros, le départ de Jolan faisant contrepoint au retour de sa famille au Northland. En vérité, la série est toute entière construite autour de ces notions d'exil, de retour, de succession, de famille (composée, séparée, recomposée, augmentée) : ces motifs lui donnent sa force et sa particularité en même temps, qu'au fil des épisodes, elle a fini par en révéler ses faiblesses (car utilisées trop répétitivement).

Si Kriss de Valnor est dessiné de manière classique par Rosinski, qui produit ses planches les plus abouties depuis longtemps (spécialement la séquence d'évasion en pleine nuit, où on retrouve son brio pour le clair-obscur, les jeux d'ombres et lumières), l'artiste polonais change complètement de technique pour Le Sacrifice en l'illustrant en couleurs directes.

On savait que Rosinski était un peintre de talent en admirant ses couvertures, mais sa prestation pour ces pages intérieures le confirme : le résultat est magnifique - et il a poursuivi cette expérience pour les épisodes suivants (et d'autres projets). La simplicité de son découpage sert à merveille ses peintures, avec une palette flamboyante (la représentation des décors extérieurs, avec une nature sauvage et différents climats traversés, est extraordinaire). Le seul élément perturbant qui en découle est que Thorgal, barbu, vieilli, ressemble étrangement à l'ex-rugbyman Sébastien Chabal...

Comme je l'ai dit précédemment, j'arrête avec cette entrée mes critiques de la série Thorgal : je voulais aller jusqu'au bout du run  de Van Hamme, mais après vingt-neuf épisodes, je ne peux cacher une certaine lassitude (et un manque d'envie de lire les albums écrits par Yves Sente). J'espère que je vous aurai motivés pour (re)découvrir ce titre qui, malgré un classicisme et des répétitions, est un divertissement de belle facture, réservant même dans sa première moitié des tomes émérites.   

mardi 27 octobre 2015

Critique 736 : THORGAL, TOMES 26 & 27 - LE ROYAUME SOUS LE SABLE & LE BARBARE, de Jean Van Hamme et Grzegor Rosinski


THORGAL : LE ROYAUME SOUS LE SABLE est le vingt-sixième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2001 par les Editions du Lombard.
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Deux années se sont écoulées pour la famille Aergisson depuis son départ du Northland. Thorgal, sa femme et leurs enfants sont à présent sur les côtes africaines et Aaricia est lassée de cette fuite en avant interminable, elle souhaite rentrer chez elle, ce qui est désormais possible, comme le rappelle Jolan à son père, depuis que Gunnar a annulé leur bannissement. Mais pour le père de famille subsiste un doute : il craint de ne jamais être accepté parmi les vikings.
Leur rencontre avec deux hommes venus du désert va précipiter les choses. Durant la nuit, leur embarcation brûle et les Aergisson n'ont d'autre choix que de suivre leurs visiteurs jusqu'à leur village.
Sargon, leur chef, dévoile rapidement sa mauvaise nature et révèle à Thorgal le secret de ses origines : comme lui, il est un rescapé du peuple des étoiles qui avait quitté la Terre il y a 120 siècles avant d'y revenir, dans leur royaume originel - l'Atlantide. Aujourd'hui, projetant de conjuguer sa science aux forces vikings, Sargon veut dominer le monde.
Thorgal n'entend évidemment pas aider cette entreprise mais devra avant cela libérer sa femme et ses enfants mais aussi des opposants à Sargon - Tiago, Ileniya sa soeur et leur ami Chrysios - dans un labyrinthe.
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THORGAL : LE BARBARE est le vingt-septième tome de la série, écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Grzegor Rosinski, publié en 2002 par les Editions du Lombard.
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Thorgal, sa femme et leurs enfants, Ileniya et Tiago ont été capturés par le marchand d'esclaves Jaffar, qui les revend à l'intendant du gouverneur du royaume romain d'Orient du Ponant.
Livrés au gouverneur et à son fils, le cruel Heraclius, Thorgal se fait vite remarquer par ses talents d'archer lors de jeux organisés pour la cour avec les esclaves. Mais Tiago se fait tuer par Heraclius quand celui-ci châtie Ileniya en l'humiliant.
Le gouverneur envoie Aaricia, Jolan et Louve chez l'empereur pour obliger Thorgal à participer avec Heraclius au tournoi qui se déroule tous les cinq ans sur l'île de Syrenia et dont le royaume vainqueur est exempté d'impôts pour un an.
L'issue de la compétition sera dramatique : Ileniya se suicidera après avoir vengé son frère et Thorgal sera laissé pour mort, empoisonné par Heraclius.

Il est toujours délicat, aussi bien pour des auteurs que pour des lecteurs, d'estimer quand une série, qui a su conserver pendant une durée conséquente, une qualité indéniable, commence à régresser, sans espoir de redressement. 

Jean Van Hamme a dû y réfléchir quand, après avoir mené de front plusieurs titres pendant une carrière bien fournie et couronnée de succès, il a décidé d'abandonner ses best sellers comme XIII (en 2007) et Thorgal (en 2006) - même s'il continue à écrire Largo Winch. Il n'a pas pour autant décidé que ses séries s'arrêteraient à son départ, passant le flambeau à Yves Sente dans les deux cas précités.

La volonté de boucler son époque sur ces titres est néanmoins manifeste, et, dans le cas de Thorgal, les quatre derniers tomes (26 à 29) en témoignent. Aurait-il été plus judicieux de tout cesser, et si oui, avant ? Pas évident quand les albums se vendent aussi bien déjà. Mais l'intérêt des histoires est devenu variable, c'est certain, au moins depuis une dizaine d'épisodes (soit depuis Louve), ce qui a suivi reposait sur des ressorts un peu forcés (l'amnésie de Thorgal, ses retrouvailles avec Aaricia en passant par les voyages temporels de Jolan et de Jaax le veilleur).

Mais on ne peut enlever à Van Hamme une vraie habileté pour livrer des intrigues efficaces, divertissantes, et la série est restée agréable à lire, sinon à suivre. Ce savoir-faire, on le retrouve dans ces tomes 26 (surtout) et 27, dans lesquels encore une fois les personnages sont entraînés dans des aventures exotiques, aux rebondissements multiples.

Le Royaume sous le sable est très réussi, au moins en ce qui concerne les révélations sur les origines du peuple des étoiles, que Van Hamme relie au mythe de l'Atlantide : cette "île d'Atlas", royaume appartenant à la protohistoire grecque et de l'Est de L'Europe, a inspiré nombre de récits depuis Platon jusqu'au Moyen-Âge, enrichis par l'ésotérisme. C'était donc un terrain de jeux opportun pour Thorgal qui se nourrit aussi de fantasy et d'Histoire. On peut regretter que le scénariste ait préféré une énième fois organiser une lutte entre l'ombrageux idéaliste qu'est Thorgal et Sargon, qui fut ami de son père (Varth), archétype vu et revu du mégalomane, et d'ailleurs le dénouement de l'épisode est expédié avec force clichés (sacrifice d'un personnage, addition de nouveaux personnages secondaires sans grand charisme). Le passé de Thorgal aura régulièrement été abordé et exploité (soit directement pour le héros, soit indirectement via les pouvoirs de Jolan et de Louve) mais jamais vraiment développé, comme si ce que cette piste narrative offrait intéressait moins Van Hamme que de revenir à l'aventure. Dommage.

Le Barbare met en scène les personnages à nouveau dans une situation très compromise : la régularité avec laquelle Thorgal (et ceux qui l'accompagnent) se trouve dans la panade est tout bonnement hallucinante, c'est un véritable aimant à emmerdements ! Quand il ne s'attire pas des ennuis à cause de ses principes, il croise avec un systématisme infernal de mauvais bougres qui semblent n'attendre que lui (et les siens) pour commettre les pires horreurs. Il y a comme une tentation permanente de Van Hamme à tuer son héros avant de se raviser, en le sauvant de manière aussi spectaculaire que de plus en plus capillotractée. Et, fatalement, il finit aussi par radoter comme le souligne la longue séquence du tournoi sur l'île de Syrénia avec un concours... D'archers (loin d'être aussi intense que celui du tome 9).

Rosinski assure le job, c'est indéniable, mais comme on ne peut que constater qu'il n'a plus la virtuosité de la grande époque de la série (quand son dessin s'inspirait de la gravure, avec un extraordinaire encrage, et une colorisation plus somptueuse que celle de Graza), la magie opère moins.

Lorsqu'il a l'occasion de mettre en images des éléments encore inhabituels, peu exploités, l'artiste polonais produit des planches très efficaces, et même un authentique morceau de bravoure (comme la double-page, pages 21-22, du tome 26, où on revoit tous les grands moments de la série), et il se dégage des passages concernant le peuple des étoiles, avec son décorum (vaisseaux spatiaux, ruines de l'Atlantide...), une authentique poésie.

Mais quand il doit retourner à l'illustration classique des aventures dans un énième royaume avec sa galerie de méchants et sa cascade de péripéties réglées comme du papier à musique (Van Hamme ayant expliqué qu'il laissait à ses artistes la liberté de redécouper ses scripts à condition qu'ils conservent les chutes de chaque page), un ennui certain étreint à la fois Rosinski et le lecteur - qui ont tous deux l'impression d'avoir déjà fait/vu/lu tout ça.

C'est à cause de ce sentiment d'usure, que je devine chez les auteurs mais aussi de mon côté, comme lecteur et critique, que j'ai donc décidé d'arrêter Thorgal après les deux prochains tomes, les derniers écrits par Van Hamme.