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jeudi 20 décembre 2018

OLD MAN HAWKEYE #12, d'Ethan Sacks et Francisco Mobili


La saga de Old Man Hawkeye s'achève après un an de parution et douze épisodes. Ecrit et dessiné avant et après le décès de Stan Lee (dont le nom orne toutes les parutions du mois chez Marvel avec un très sobre bandeau noir), Ethan Sacks et Francesco Mobili livre un final à la hauteur. Mais qui est surtout comme un appel aux fans pour soutenir de futures histoires dans cet univers futuristes.


Complexe de l'Arme X. Avalanche a rendu Clint Barton aveugle mais celui-ci a encore des ressources et se sert de son ouïe pour repérer son ennemi et le tuer. Néanmoins, dans son agonie, le mutant menace, par ses pouvoirs sismiques de déclencher l'effondrement de la base.


Effectivement, Clint est séparé de Kate Bishop par l'écroulement d'un plafond. Chacun des deux archers se donnent rendez-vous dehors et évacue les scientifiques employés par le baron Zemo. Clint est en compagnie d'un nommé Walter qui emporte les 99 doses restantes du sérum du super-soldat.


De son côté, Kate tombe sur Bullseye. Elle lui tient bravement tête mais il a vite le dessus et menace de lui trancher la gorge si Barton ne se montre pas vite. En l'entendant, Clint ordonne à Walter de fuir et de cacher les doses du sérum pour que jamais Crâne Rouge ne les possède.


En constatant la cécité de Barton, Bullseye est déçu car il n'aura pas le duel qu'il espérait. Relâchant son emprise sur elle, il est blessé par Kate qui indique sa position à Clint. Ce dernier tue le marshall.


Un an après avoir quitté Kate qui ne souhaitait plus poursuivre son combat contre Crâne Rouge, Clint se présente dans un monastère en montagne pour apprendre à continuer à se battre bien qu'il soit aveugle. C'est Matt Murdock qui lui servira de maître.

A un épisode près (le #7, avec le flash-back sur la trahison des Thunderbolts et la mort, entre autres, de la Veuve Noire), Ethan Sacks n'aura pas raté sa première production dans les comics. On peut même lui attribuer le prix de la révélation scénaristique de l'année et lui promettre un bel avenir.

Alors certes, Old Man Hawkeye passe après Old Man Logan et ne soutient pas la comparaison avec la saga du même format, mais avec une toute autre ambition et un résultat plus impressionnant, que fut Mister Miracle chez DC. N'empêche, ces douze chapitres ont fière allure.

Encore fallait-il à l'auteur ne pas rater sa conclusion. Sacks s'en sort très bien, même si son dénouement, en particulier la séparation entre Clint et Kate, est un peu expéditif. On imagine mal Bishop rompre aussi séchement avec Barton sous prétexte que, même après s'être vengé des Thunderbolts, il souhaite désormais s'assurer que Crâne Rouge ne soit plus le maître du monde. 

Sur cette scène, le scénariste a semblé rattrapé par la pagination et il a peut-être dû conclure sans avoir la permission d'avoir quelques pages de plus. Cela ne suffit pas cependant à gâcher le plaisir de la lecture. Le duel entre Hawkeye et Bullseye s'achève sur la mort d'un des méchants les plus haïssables de Marvel et est mis en scène avec une âpreté, une sécheresse, une économie étonnantes. Pas d'acrobatie, pas d'exploit réel : tout se dénoue très vite.

Et puis, après une page de remerciements des acteurs de la série (Sacks, Checchetto - qui signe la couverture - , Roberson, Mobili, etc.), nous sommes gratifiés d'un bonus, une scène post-générique en quelque sorte, jubilatoire. Sacks le dit : il souhaite réécrire ce Hawkeye un jour, il lancera en 2019 Old Man Quill (avec Star-Lord et le Gardiens de la galaxie). Et moi, j'adorerai lire un Old Man Daredevil.

Francesco Mobili confirme ses bonnes dispositions lui aussi. Comme Sacks, c'était son premier travail aux Etats-Unis, pour une compagnie comme Marvel. Parachuté pour suppléer Checchetto (occupé à préparer le retour de Daredevil en Février prochain), il a fait un remplaçant plus que bien (bien plus en tout cas que Ibraim Roberson au #7).

Pour ce dernier acte, l'italien prouve qu'il est un vrai narrateur en disposant d'une belle variété de scènes dont il assure le découpage avec maîtrise. Il se fait plaisir sur deux pleines pages, mais assure aussi sur des moments de bravoure comme l'assaut des agents de l'Hydra contre les deux archers et, surtout, le duel Bullseye-Hawkeye (magnifique trouvaille de la flèche qui coupe en deux la carte).

En outre, jusqu'au bout, Andres Mossa aura été fidèle au poste de coloriste et maintenu l'ambiance de la série grâce à une palette très nuancée malgré des tons réduits.

Mark Millar peut être rassuré : son univers post-apocalyptique est entre de bonnes mains et a de beaux jours devant lui. Marvel aurait en tout cas bien tort de ne pas continuer à l'exploiter. 

vendredi 30 novembre 2018

OLD MAN HAWKEYE #11, d'Ethan Sacks et Francesco Mobili


C'est presque fini pour Old Man Hawkeye, dont la conclusion se trouve quasiment liée à celle de Daredevil, puisque Marco Checchetto a dû quitter cette maxi-série avant son terme pour préparer la relance de l'homme sans peur en Février prochain. Ethan Sacks a donc un nouveau partenaire avec Francesco Mobili pour ce pénultième épisode, fort en émotions.


Alberta, Canada. Clint Barton et Kate Bishop atteignent le complexe de l'Arme X où les a conduits la boîte noire de la Sentinelle détournée par Moonstone. Clint fonce à l'intérieur sans laisser le temps à Kate de le suivre.
  

Le Baron Zemo attendait sa visite et l'accueille avec une surprise : le Captain Hydra, mis au point grâce à la reproduction du sérum du super-soldat à l'origine utilisé pour Captain America.


Le combat s'engage, déséquilibré car Clint sait qu'il est inférieur physiquement à son adversaire. Pendant ce temps, Kate s'introduit dans la base par un souterrain et accède au poste de contrôle où elle découvre que l'endroit s'auto-détruira si Clint survità son duel.


Clint, justement, reçoit une aide inattendue d'un des scientifiques du complexe en attrapant une seringue qu'il plante dans le cou de Captain Hydra, le tuant sur le coup. Kate éteint les lumières pour permettre à son ami de fuir.


Mais Clint ne veut pas partir avant d'avoir réglé son compte à Zemo. Il le débusque et constate qu'il est agonisant, priant l'archer de l'achever pour que Crâne Rouge ignore son état. Quand Clint rejoint Kate, Avalanche l'attaque et l'aveugle...

Commençons par parler du dessin : la seule fois, pour le septième épisode, où Checchetto (qui signe ici la couverture) a été remplacé, ce ne fut pas une réussite, mais le scénario avait aussi fait fausse route (en dévoilant comment les Thunderbolts trahirent les Avengers).

L'editor de Old Man Hawkeye a visiblement retenu la leçon en trouvant un artiste capable de suppléer Checchetto de manière plus convaincante. Je ne connaissais pas Francesco Mobili mais c'est un excellent dessinateur, qui parfois évoque Carlos Pacheco. Il a su parfaitement s'approprier cet univers, ces personnages, en ne déméritant pas.

Ses planches sont solides, avec un découpage vif, des plans bien composés et bien détaillés pour les décors. Les attitudes des personnages sont dynamiques mais réalistes, leurs looks sont respectés, et la colorisation d'Andres Mossa permet au tout de conserver sa cohésion esthétique.

C'est donc un plaisir à lire et un soulagement, sachant que Mobili sera encore là le mois prochain pour la conclusion de cette saga.

Ethan Sacks, lui, poursuit son bonhomme de chemin avec efficacité. Son seul défaut aura été de ne pas dépasser la ligne narrative fixée dès le début, avec la série d'exécutions vengeresses de Clint Barton, ponctuées de rebondissements spectaculaires. 

Old Man Hawkeye est donc un divertissement sombre et sobre, auquel manque cette touche d'émotion, ce supplément d'âme. Peut-être que le douzième épisode corrigera-t-il cette lacune (en sacrifiant Kate Bishop par exemple).

Mais on ne s'ennuie pas car Sacks sait ménager ses effets. La condition du Baron Zemo est plus impressionnante dans sa révélation que le recours à Captain Hydra, ressorti de la saga Secret Empire (le pire event Marvel récent). A chaque fois, le scénariste a su trouver l'idée, l'angle, les plus inventifs pour mettre en scène les anciens Thunderbolts. Et, en conséquence, rendre la vendetta de Clint Barton plus compliquée.

Bullseye n'est pas loin, même s'il n'a encore droit qu'à une page/scène. Et la dernière page de ce chapitre présente comment Hawkeye a perdu la vue, de façon à la fois originale et terrible. Le final promet donc beaucoup (même si, étant donné que l'action se situe cinq ans avant celle de Old Man Logan, on sait que Barton ne mourra pas).

En attendant, cette maxi-série a déjà fait des petits puisque Marvel et Ethan Sacks ont déjà annoncé la mise en chantier d'un Old Man Quill, sur le futur apocalyptique de Star-Lord et les Gardiens de la galaxie...

dimanche 4 novembre 2018

OLD MAN HAWKEYE #10, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


La saga de Old Man Hawkeye touche bientôt à sa fin. Désormais, Ethan Sacks compose avec Clint Barton et Kate Bishop dans le collimateur desquels ne restent plus que deux cibles. Ce dixième épisode, toujours dessiné par Marco Checchetto, réserve encore son lot de surprises et demeure efficace, ménageant même un cliffhanger très prometteur.


Bravant une tempête de neige en traversant une forêt, Clint Barton et Kate Bishop franchissent la frontière canadienne, en route pour le repaire de Moonstone, suivant la carte que leur a confiés Songbird. Une Sentinelle reprogrammée les attaque mais Kate réussit à l'éliminer. Juste avant que des villageois les encerclent.


Plus loin, Bullseye atteint lui aussi la frontière et tue des gardes pour leur voler une moto-neige. Les villageois escortent Clint et Kate jusqu'au domaine de Moonstone pour savoir si elle les accueille en amis ou en ennemis. Elle apparaît, défigurée comme ses sujets, rongée par les radiations de son pouvoir.


Depuis quarante-cinq ans, elle vit retirée ici parce que le Baron Zemo l'a trahie lorsque Crâne Rouge a distribué les territoires à ses fidèles. Moonstone a tenté de se venger mais Zemo lui a envoyée la Sentinelle. Mais avec Clint, elle tient sa revanche. Il refuse pourtant de l'aider.
  

Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit puisqu'elle compte le livrer à Crâne Rouge. Kate réagit et blesse Karla Sofen avant que Clint ne l'achève en la transperçant avec une flèche en pleine poitrine qui provoque son implosion... Qui la statufie avec ses villageois.


Clint se demande à présent comment il va localiser Zemo mais Kate le rassure car elle pense le découvrir en sondant la boîte noire de la Sentinelle. Dans la base de l'Arme X, Zemo reçoit une bonne nouvelle d'Avalanche : leurs laborantins ont enfin réussi à reproduire le sérum du super-soldat.

L'épisode est en somme découpé en deux : on assiste à la rencontre de Hawkeye/Clint Barton avec l'avant-dernier membre des Thunderbolts ; puis à la toute fin, Ethan Sacks dévoile subitement ce qui se tramait depuis un moment du côté du complexe de l'Arme X occupé par le Baron Zemo et Avalanche. Ce coup de théâtre relance l'intrigue et annonce un dénouement spectaculaire - d'autant plus que Bullseye est toujours dans la course (même s'il n'a droit qu'à une scène).

Avouons-le, la saga commence à tirer un peu la langue : c'est sans doute la limite du projet de Sacks que de n'avoir pas dépassé la succession de règlements de comptes entre Barton et les anciens Thunderbolts. Il a bien ponctué cette vengeance de moments forts, comme le duel à mort entre Bullseye et le Soldat de l'Hiver, et d'autre moins inspirés, comme le flash-back sur l'assassinat d'une équipe d'Avengers quarante-cinq ans auparavant. Mais Old Man Hawkeye n'est pas plus que ça.

On peut regretter, surtout, que le scénariste n'ait pas davantage insisté sur le compte à rebours que représente la quête de Hawkeye, obligé d'accomplir ses basses besognes avant de perdre la vue. A part quelques tirs à l'arc manqués et allusions dans les dialogues à son état de santé, on n'a pas le sentiment que Barton soit très angoissé à l'idée de devenir aveugle. Une occasion manquée, surtout depuis que l'archer a retrouvé Kate Bishop, qui est à la fois son élève, son amie, sa partenaire - mais qui, elle aussi, évite visiblement le sujet.

Mark Millar avec Old Man Logan s'inspirait de Impitoyable de Clint Eastwood pour mettre en scène Wolverine en bout de course, jusqu'au salut final. Ethan Sacks échoue à donner une dimension pareille à Hawkeye. Dommage.

Néanmoins, je ne veux pas l'accabler car son récit demeure très agréable et efficace. Sa capacité à surprendre dans cet enchaînement de combats est intacte : à chaque nouvelle cible on est étonné de l'apparence de ces vilains vétérans, de leur situation, de leur état d'âme. Et Moonstone, ce mois-ci, ne fait pas exception. Nul n'aurait pu imaginer qu'on la découvrirait dans une telle condition, qui est à la fois logique et terrible, consumée par son propre pouvoir et uniquement motivée par la revanche - une certaine ironie perce d'ailleurs en la voyant trahie comme elle a trahi jadis Hawkeye.

Le rebondissement des deux dernières pages éclaire d'un jour nouveau ce qui se préparait à l'Arme X avec Avalanche et Zemo, après des scènes dans les précédents épisodes parfois cryptiques.

Marco Checchetto rend une nouvelle fois une copie magistrale. Avec le coloriste Andres Mossa, il rend un hommage manifeste au western de Sergio Corbucci, Le Grand Silence (avec Jean-Louis Trintignant en pistolero muet, armé d'un Luger, et Klaus Kinski, plus fou que jamais). L'italien s'y entend pour composer des scènes fascinantes dans ces décors enneigés. On ressent formidablement le froid, la morsure du vent, l'hostilité de ces territoires, après ceux écrasés par le soleil de l'Amérique.

Bien entendu, Checchetto joue sur la "suspension de crédulité" que réclament les comics de super-héros. A supposer que de nos jours, Barton a dans la trentaine (comme le suggère Kelly Thompson dans un post sur son blog au sujet de West Coast Avengers), alors quarante-cinq ans après, c'est un septuagénaire dans une forme physique encore étonnante, et Kate Bishop a la soixantaine fringante. 

Mais Checchetto réussit malgré cela à vieillir suffisamment ses personnages pour que cela corresponde, à défaut d'être plus réaliste quand il s'agit de représenter leurs mouvements. Le tout dans des décors très détaillés (le village de Moonstone a quelque chose de médiéval, et elle en serait la sorcière d'un peuple de gueux lépreux).

Plus que deux numéros donc. Sans égaler Mister Miracle qu'il aura marqué à la culotte éditorialement, Old Man Hawkeye confirmera (ou pas) ses ambitions.   

jeudi 27 septembre 2018

OLD MAN HAWKEYE #9, d'Ethan Sacks et Marco Checchetto


Le précédent numéro se concluait sur un double cliffhanger avec les retrouvailles de Clint Barton et de Melissa Gold et la présence toute proche de Bullseye. Ainsi Ethan Sacks et Marco Checchetto promettaient-ils un épisode poignant et décisif dans leur saga. On n'est pas déçu par le résultat, même s'il ne résout pas tout et se montre un peu convenu sur un point...


Il y a quarante-cinq ans, Clint Barton battait le rappel des Thunderbolts pour contrer le début d'une attaque d'ampleur contre les super-héros. Songbird avait alors tenté de le prévenir que ses partenaires allaient lui tendre un piège mais Hawkeye ne prit pas le temps de l'écouter... 


Aujourd'hui, il est sur le point de la tuer pour se venger mais Melissa Gold a quelque chose à lui dire avant. Ayant fait voeu de silence, elle écrit savoir qu'il a déjà éliminé Atlas et Beetle et ne demande pas à être épargnée. Elle veut lui transmettre quelque chose. Mais Bullseye les interrompt.


Barton ne reconnaît pas tout de suite l'ex-marshall de Crâne Rouge mais engage la bataille. Il perd vite l'avantage tandis que Melissa s'éclipse dans sa chambre. Bullseye découvre que Hawkeye perd la vue, ce qui lui gâche son plaisir car il souhaitait vaincre un héros en pleine possession de ses moyens.


C'est alors que Songbird surgit, dans son costume, et active ses pouvoirs pour éloigner Bullseye et sauver Barton. Le combat ne passe pas inaperçu puisqu'à Rock Springs, le Maître de Corvée apprend qu'on a repéré la signature énergétique de l'ex-Thunderbolt. Il en avertit le quartier général de l'Arme X au Canada, mais Avalanche le néglige car l'appel ne provient pas de Crâne Rouge en personne.


Songbird et Hawkeye quittent le Sanctuaire de la Sororité du Silence. Bullseye tue alors Melissa Gold après qu'elle ait transmis à Barton un parchemin qui le guidera jusqu'à Moonstone, la dernière membre des Thunderbolts, au Canada. Kate Bishop convainc Clint de fuir et sème Bullseye qui les prend en chasse...

Nous sommes dans le dernier quart de cette saga et Ethan Sacks, s'il continue de développer son récit en l'alignant sur la vengeance de Hawkeye contre les Thunderbolts qui l'ont trahi jadis, évoque aussi, de manière allusive, une intrigue secondaire impliquant une arme secrète de Crâne Rouge que la vendetta de Barton risque de compromettre.

On en trouve une trace réelle, après en avoir seulement entendu parler jusqu'alors, dans deux scènes consécutives où le Maître de Corvée (Taskmaster en v.o.) remarque l'activation des pouvoirs de Songbird lorsqu'elle vient en aide à Hawkeye contre Bullseye et en avertit le Q.G. de l'Arme X au Canada. On assiste à un moment bien dérangeant où Avalanche, un ancien membre de la Confrérie des Mauvais Mutants, tue un de ses congénères qui a subi d'affreuses tortures et dédaigne répondre à l'appel de son collègue.

Le projet secret de Crâne Rouge a donc un rapport avec les mutants et l'Arme X renvoie directement à Wolverine, le héros de Old Man Logan de Mark Millar, dont l'action se situe cinq ans après les événements de Old Man Hawkeye

On en saura certainement plus les prochains mois (la saga se termine en Décembre, donc notre patience ne sera pas trop éprouvée). En attendant, la majeure partie de cet épisode est un tournant. D'abord par que Barton renonce pour la première fois à exécuter un des anciens Thunderbolts et Sacks l'explique bien et vite en montrant que Melissa Gold avait tenté de le prévenir, 45 ans plus tôt, que l'équipe allait le trahir.

L'irruption de Bullseye dans ces retrouvailles promettait un combat attendu depuis longtemps et il tient ses promesses. Grâce à Marco Checchetto, une nouvelle fois impérial, la confrontation ne manque ni d'énergie ni de dimension tragique. Hawkeye est en difficulté, son handicap est désormais connu de son adversaire, et il ne devra son salut qu'à celle qu'il était venu abattre.

Avoir fait de Songbird, qui a des pouvoirs soniques, une nonne ayant fait voeu de silence dans un sanctuaire retiré est une belle idée. Quand elle reprend du service, en costume, Checchetto lui offre une entrée en scène spectaculaire (voir ci-dessus). Ce qui rend son sort plus poignant ensuite.

Mais c'est aussi là que Sacks se rate un peu car, on le soupçonnait, dans cette lutte à trois, l'un tomberait. Et on regrette que le scénariste ait cédé à la facilité de sacrifier Songbird en l'ajoutant non pas au tableau de chasse de Hawkeye mais de Bullseye. C'est trop convenu (même si, évidemment, Bullseye n'est pas du genre à laisser de témoin).

Ce regret mis à part, la série reste d'un niveau exceptionnel et réserve donc encore de nombreuses surprises. Le mois prochain, direction : le Canada, avec certainement Moonstone au programme, et certainement quelques détails supplémentaires sur ce qui se mijote à l'Arme X... 

samedi 25 août 2018

OLD MAN HAWKEYE #8, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


Nous entrons avec ce huitième épisode de Old Man Hawkeye dans le dernier quart de cette maxi-série. Bonne nouvelle : Marco Checchetto est de retour au dessin. Et Ethan Sacks s'est ressaisi après son flash-back raté sur la mort des super-héros. Back to the basics donc pour un chapitre fort en émotions.


Mordo, Sud-Dakota. Clint Barton et Kate Bishop s'arrêtent dans ce trou perdu pour s'approvisionner en carburant auprès de Nobili. Mais celui-ci leur réserve un comité d'accueil peu avenant avec cinq mercenaires armés car la tête de Clint est mise à prix.


Toutefois, cette adversité n'impressionne pas les deux archers qui viennent facilement à bout de ces hommes de main. Plutôt que de voler l'essence à la canaille qui voulait les voir morts, Kate paie Nobili et enjoint Clint de déguerpir rapidement avant l'arrivée de renforts.
  

Rock Springs, Wyoming. L'unité scientifique dépêchée sur place par Crâne Rouge pour neutraliser Bullseye lâche le Soldat de l'Hiver sur sa piste. L'ex-marshall lui tend un piège au terme d'un combat disputé car Bucky Barnes est puissamment dopé. Bullseye le décapite avec le trident de Namor puis ordonne aux scientifiques de lui retirer la puce qu'il a dans le crâne et qui permet de le tracer.


Le Sanctuaire de la Sororité du Silence. Clint laisse Kate l'attendre dehors pendant qu'il fait ce pour quoi il est venu. Elle en profite pour tenter de joindre par téléphone son Fort et prendre des nouvelles des orphelins sous sa garde mais la communication est mauvaise.


Les nonnes indiquent à Clint que Melissa Gold alias Songbird, une ancienne membre des Thunderbolts, se recueille dans leur chapelle. Elle l'attend avec des excuses écrites sur une feuille. A l'extérieur, Bullseye pénètre dans le Sanctuaire incognito...

La force de Old Man Hawkeye est dans sa simplicité brute : c'est une histoire de fin du monde et de vengeance, un dernier baroud d'honneur pour un héros qui a tout perdu et veut châtier ceux qui lui ont pris ses proches. Cette urgence est dictée par la cécité qui le menace.

Ethan Sacks a commis une erreur de débutant en croyant utile dans le précédent épisode de revenir sur les événements tragiques qui, quarante-cinq ans plus tard, motivent Clint Barton à agir comme il le fait. Cette reconstitution manquait de tout : de souffle, d'émotion, et de nécessité. Inutile de souligner l'évidence. La trahison suffit à être suggérée.

En revenant aux références western post-apocalyptique de son projet, Sacks rectifie le tir aussitôt et son loupé est vite oublié, dès la scène d'ouverture, dynamique et sarcastique - voir l'affiche "Wanted Hawkeye dead... Or desintegraded" tendue par Nobili. Une touche d'humour bien noir pour remettre sur les rails ce récit désespéré.

Cela ne signifie pas que Sacks se contente de suivre un itinéraire tout tracé, sans surprise. La preuve en est que le coeur de l'épisode n'implique pas tant Hawkeye (ou les Hawkeyes, puisque désormais Kate Bishop accompagne Clint dans son expédition) que Bullseye. Ce dernier a rompu avec Crâne Rouge pour assouvir son envie d'en finir avec Barton et il est désormais lui aussi l'homme à abattre.

On a découvert que Crâne Rouge avait gardé en vie Bucky Barnes pour en faire son assassin majeur, sa wildcard. Le scénariste a eu une idée brillante et cruelle car il revient sur la longue période où Barnes a été manipulé par les russes pour devenir le Soldat de l'Hiver, telle qu'inventée par Ed Brubaker lors de son run sur Captain America. Et désormais le voilà tueur pour le pire ennemi de Steve Rogers.

L'affrontement tant attendu entre Bullseye et le Winter Soldier tient toutes ses promesses. Il est âpre, brutal, et surtout déchirant quand on comprend, vite, qui en sera le vainqueur, mais plus encore par la manière dont il est gagné, dans quelles circonstances, avec quelle finalité. Lorsque Bucky est à terre, il remercie son bourreau de l'achever et, par ces mots, on ressent la délivrance d'un héros qui a été si souvent le jouet des pires individus.

Puis, enfin, dans le dernières pages, Clint retrouve Melissa Gold/Songbird. Elle est devenue nonne dans un monastère prônant le silence - là encore une belle idée par rapport au pouvoir de l'ex-héroïne. L'épisode s'achève sur un geste en suspens : Barton va-t-il la tuer comme ses autres partenaires des T-Bolts ? Avec l'arrivée discrète de Bullseye, toutes les options sont possibles (sacrifice de Songbird pour sauver Clint et se racheter ?).

Nul doute en tout cas que Marco Checchetto saura donner à ce prochain chapitre toute l'intensité requise comme il le fait ici en enchaînant des pages éblouissantes, depuis la bagarre dans le repaire de Nobili puis le duel Bullseye-Bucky. 

L'artiste italien est au sommet de son art et, avec son coloriste Andres Mossa, il confère à cette série une puissance visuelle rarement atteinte. La liberté que lui octroie le cadre du récit, dans un futur alternatif, avec le suspense que génère la situation (où tout le monde peut être tué), et les décors désolés dans lesquels il s'inscrit autorisent Checchetto à se lâcher complètement tout en démontrant l'étendue de sa palette. La valeur des plans, le flux de lecture, les compositions sont fabuleux, d'une fluidité et d'une force peu communes.

Aussi bien graphiquement que narrativement, Old Man Hawkeye n'a plus besoin d'être comparé à Old Man Logan : cette production quatre étoiles a prouvé qu'elle établissait ses propres standards et l'exigence de son scénariste et de son dessinateur placent la barre très haut.

lundi 23 juillet 2018

OLD MAN HAWKEYE #7, d'Ethan Sacks, Ibraim Roberson et Marco Checchetto


Ce septième épisode marque un tournant dans cette maxi-série puisqu'il nous plonge aux origines de la chute des super-héros : il s'agit donc d'une étape importante... Hélas ! complètement ratée. Et finalement bien dispensable. Un faux pas de la part d'Ethan Sacks, qui ne peut pas s'appuyer sur Marco Checchetto (qui ne signe qu'une page), suppléé par Ibraim Roberson.


Il y a quarante-cinq ans... Un groupe d'Avengers - War Machine, Scarlet Witch, Quicksilver, Thor, le Faucon, Black Knight, Tigra, Black Widow et Hawkeye - et les Thunderbolts - Songbird, Moonstone, Atlas, Mach-1, Citizen V - vont à la rencontre d'une équipe de super-vilains signalés en ville. Mais Magneto fait exploser leur quinjet.


Le maître du magnétisme commence par tuer War Machine avant que n'entrent en scène ses complices - l'Homme-Sable, Crossbones, le Super-Bouffon, Morgan le Fay, L'Homme Absorbant. Ce dernier étrangle Thor tandis que Scarlet Witch est empalée par son père et Quicksilver piétiné par Atlas.


Les Thunderbolts trahissent les Avengers : Songbird et Moonstone abattent le Faucon. Morgan le Fay décapite Tigra. Atlas pourfend Black Knight avec sa propre épée.


Black Widow tente de convaincre Hawkeye de battre en retraite mais l'instant d'hésitation qui le freine a raison de sa partenaire, à son tour assassiné par Citizen V, qui se démasque pour révéler qu'il est en réalité le Baron Zemo.


Pour que cette défaite cuisante soit communiquée aux autres héros tentés de répliquer, Hawkeye est laissé en vie. Quarante-cinq ans plus tard, il n'a rien oublié et Kate Bishop à qui il vient de raconter ces événements décide de l'accompagner dans sa vengeance. Mais tous deux ignorent que le Baron Zemo les suit à la trace...

Quand Mark Millar écrivit Old Man Logan, qui a établi l'univers dans lequel se déroule Old Man Hawkeye, il avait préféré ne pas montrer la chute des super-héros, se contentant de la suggérer par le déclin de Wolverine (abusé par Mysterio, il avait massacré tous les X-Men) et quelques images-chocs (le marteau de Thor abandonné). Cette économie dans l'évocation suffisait à rendre compte de la terrible attaque groupée des super-vilains.

Ethan Sacks, en racontant l'histoire de Clint Barton quelques années avant celle de Old Man Logan, a sans doute cru bien faire en figurant ce fameux apocalypse des héros, comme pour mieux justifier la vengeance de Hawkeye. Mais, en vérité, mal lui en a pris.

Pour rédiger pareil épisode, il fallait un souffle épique et tragique qu'il est incapable de produire, se contentant de rédiger un combat somme toute rapide et invraisemblable à bien des niveaux, mais qui surtout n'ajoute rien à son histoire. Encore une fois, mieux vaut ne pas en montrer trop mais le faire de manière percutante plutôt que tout et mal le montrer.

Il s'agissait surtout d'expliquer la trahison des Thunderbolts après lesquels le vieux Clint Barton court pour les tuer en mémoire de la défunte Black Widow et de ses amis Avengers. Mais même cela, Sacks le bâcle : on n'apprendra pas ici les motivations véritables d'Atlas, Moonstone, Mach-1, Songbird (cette dernière étant néanmoins la seule à agir à contrecoeur). Le reste est à l'avenant.

Par exemple, comment croire une seconde que Magneto, survivant des camps de concentration, ait pu s'entendre avec Crâne Rouge (grand stratège de la fin des super-héros), un criminel nazi, et qu'il empale sa fille, Scarlet Witch, sans regret, ou laisse Atlas piétiner Quicksilver, son fils, sans tiquer ? L'autre faiblesse concerne la mort de Thor, étranglé par l'Homme Absorbant (renforcé par la magie volée à Scarlet Witch et le magnétisme de Magneto) : difficile de croire que le fils d'Odin ait succombé si vite, sans même invoquer la foudre ? Quant aux autres Avengers participant à cette mission, ils semblent avoir été choisis pour être facilement sacrifiés, comme des personnages de second plan (le Faucon, Tigra, War Machine). Même la fin de Black Widow, censée être bouleversante, est expédiée.

Tout manque cruellement d'intensité, d'émotion. Et comme Marco Checchetto ne dessine pas cet épisode (se contentant de la dernière page - est-ce pour lui permettre de souffler après six épisodes de haute volée ? Ou pour que ce flash-back se différencie par un autre style graphique ?), on ne peut se raccrocher au dessin pour espérer du mieux.

Ibraim Roberson a un dessin qui ressemble à celui de Guiseppe Camuncoli, mais sans l'art de la composition de l'italien. C'est aussi sa faute si l'épisode manque d'envergure, les moments-clés étant souvent mal cadrés, avec des angles de vue, des valeurs de plans assez misérables, et peu d'expressivité.

Que ce numéro soit raté est à la fois dommage et peu grave : on peut le zapper sans craindre d'être perdu ensuite. Mais il faut tout de même souhaiter que les prochains épisodes, jusqu'à la fin de la maxi-série, renoueront avec l'excellence des six premiers et que Checchetto ne manque plus à l'appel : Old Man Hawkeye est une trop bonne production pour qu'elle échoue à mi-chemin. 

jeudi 28 juin 2018

OLD MAN HAWKEYE #6, d'Ethan Sacks et Marco Checcchetto


Ma liste d'achats, cette semaine, se limite à quatre titres mais c'est du costaud, une belle fin de mois. Et, donc, parmi ce lot, il y a le sixième épisode de Old Man Hawkeye d'Ethan Sacks et Marco Checchetto : cette excellente maxi-série a été une si bonne lecture depuis son début que je n'ai pas vu le temps passer, ni qu'on arrivait déjà à mi-parcours. Une fois encore, elle ne déçoit pas, règle son compte à un personnage, prépare à des aveux et réserve une surprise de taille...


Recueilli, bon gré mal gré, par Kate Bishop dans son sanctuaire dans les Wastelands, Clint Barton se remet de ses blessures en rêvant aux temps lointains, juste avant que l'attaque concertée des super-vilains n'anéantissent la communauté des super-héros, alors qu'il partageait un tendre moment avec la Veuve Noire.


A son réveil, il doit répondre de la pagaille qu'il a semée derrière lui et jusqu'aux portes du Fort de sa camarade. Les Venoms assiègent la place. Loin de là, à Washington, Crâne Rouge, dans un bureau de la Maison-Blanche, retarde le moment où il s'occupera de Hawkeye pour se débarrasser du renégat Bullseye avec son arme secrète.
  

Enseignant à Kate que les Venoms ne résiste pas aux flammes, Clint tire avec elles des flèches en feu contre les symbiotes tandis qu'elle lui fait remarquer qu'elle n'a jamais eu ce genre de problèmes, même dans cette région où on trouve des T-Rex importés de la Terre Sauvage pour des chasseurs locaux.
  

La présence de ces dinosaures donne une idée à Barton qui s'éclipse puis reparaît au volant de la Dodge Challenger 1970, customisée par Kate, qu'il acheta jadis. Il attire à sa poursuite les Venoms avec Kate, loin du Fort. Pour tenter de rattraper le véhicule, les symbiotes sacrifient plusieurs de leurs hôtes afin de gagner en vélocité. Jusqu'à ce que...
  

... Un T-Rex surgit dans un canyon et ne dévore les Venoms. Les deux archers ne traînent pas dans le coin pour éviter de finir comme dessert pour le monstre. A Rock Springs, le Maître de Corvée accuse réception d'un container envoyé par Crâne Rouge contenant l'arme secrète destinée à éliminer Bullseye : le Soldat de l'Hiver, Bucky Barnes !

A la moitié de son histoire, le scénariste Ethan Sacks a compris que pour continuer de progresser, il fallait commencer à lâcher du lest. Le mois prochain, il nous révélera comment les super-héros ont été vaincus par les super-vilains des décennies auparavant : ce sera un moment important qui doit être raconté sans être parasité par des éléments laissés en plan.

La couverture de l'épisode spoile beaucoup le contenu et c'est donc les Venoms aux trousses de Clint Barton depuis le premier épisode qui vont faire les frais de cette purge. Une fois encore, le récit est spectaculaire et nous montre avec l'envergure requise le siège du "Fort Bishop" dans les Wastelands par les symbiotes en nombre grâce à leur fusion avec les cadavres de l'Homme Multiple.

Plus que jamais, la série assume ses références avec le western dans cette situation évoquant la bataille d'Alamo (immortalisée au cinéma par John Wayne en 1960), à ceci près que cette fois les héros ripostent avec l'arme des indiens, des arcs et des flèches. 

Les retrouvailles entre Clint et Kate, qui seront certainement plus nuancées par la suite, sont ici orageuses, elle lui reprochant d'avoir amené le chaos aux portes de son refuge. C'est une Kate Bishop qui a pris de l'âge mais n'a rien perdu ni de son adresse ni de son sens de la répartie qu'on trouve là : Sacks colle parfaitement au personnage telle que l'avait caractérisée Jeff Lemire dans le second acte de All-New Hawkeye. Mais le scénariste glisse aussi un clin d'oeil au run de Matt Fraction en sortant de son carquois la Dodge Challenger 1970 que Clint acheta à Penny dans Hawkeye #3 dessiné par David Aja. On jubile en lisant les plaintes de Barton lorsqu'il voit les symbiotes abîmer sa voiture déjà bien transformée par Kate.

Marco Checchetto a abattu un travail impressionnant d'épisode en épisode et il ne faillit toujours pas dans ce nouveau chapitre où il ne ménage pas sa peine pour représenter des dizaines de Venoms enragés, auxquels il met ensuite le feu, puis les donne à manger à un T-Rex impressionnant de réalisme.

La scène de la course-poursuite dans les Wastelands bénéficie en outre d'un découpage très dynamique où l'artiste varie les angles de vue, compose des plans impeccables, insuffle toute la tension nécessaire dans ce combat dément. C'est vraiment superbe, d'une redoutable efficacité, d'un très haut niveau dans le style réaliste : s'il y en avait encore pour douter du brio de Checchetto, Old Man Hawkeye les aura convaincus (ou alors c'est à désespérer) de son immense talent. Aligner des épisodes pareils sans retard est un vrai tour de force.

La suite promet d'être palpitante, d'autant que l'intrigue secondaire avec Bullseye comporte un rebondissement imprévisible et très accrocheur (ainsi qu'une allusion à un plan secret intrigant à souhait). Et, pas d'excuses pour ceux qui n'auraient pas investi dans les singles issues, le premier recueil de la série va bientôt (le 28 Août pour être précis) être disponible (sous le titre : An Eye for an eye). 

dimanche 27 mai 2018

OLD MAN HAWKEYE #5, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


On approche de la moitié de cette saga (le mois prochain sera, je crois, consacré à un flash-back revenant sur la chute des héros, 45 ans dans le passé) et Old Man Hawkeye doit marquer un peu le pas pour ne pas tomber dans la routine d'un épisode/une vengeance. N'allez cependant pas croire que Ethan Sacks et Marco Checchetto vont laisser du répit à Clint Barton...


A la recherche de Songbird, une autre membre des Thunderbolts, Clint Barton s'arrête au "Josie's Bar" tenu désormais par Turk (ancien indicateur du Caïd et souffre-douleur de Daredevil). Le barman évoque un couvent où elle se serait retirée. Mais la conversation est interrompue par l'irruption des Venoms.


A Electroville, l'ex-marshall Bullseye, blessé précédemment par les enfants de Kraven le chasseur, se fait soigner par Claire Temple dans sa clinique. Il lui demande également si elle peut lui retirer l'implant Deathlock qui permet à Crâne Rouge de le localiser mais cela nécessiterait une intervention chirurgicale délicate. Dehors, une voix familière exige que Bullseye sorte et se rende sans résistance.


Au "Josie's Bar", la bataille fait rage et un des Venoms tue Turk. Son jeune neveu, en possession du casque de Ant-Man, attaque les symbiotes avec des fourmis tandis que Hawkeye exploite un de leurs points faibles en les incendiant.


Bullseye se débarrasse facilement des hommes envoyés par Crâne Rouge pour l'arrêter. Il fait passer au chef de ce commando, le Maître de Corvée, un message à leur Président de lui fournir des renforts dans trois jours à Rock Springs, sinon il continuera de tuer tous ceux qui le traquent.


Blessé par un Venom, Hawkeye prend la fuite avec Dwight. Ils roulent dans une zone ne figurant plus sur aucune carte en dehors des friches : la cité fortifiée dont Kate Bishop est la Maire...

Comme je le rappelais en ouverture, l'histoire approche de sa moitié et Ethan Sacks a suffisamment bien bâti son projet pour en ménager la progression. D'un côté, il ne peut pas se contenter d'aligner les règlements de comptes entre Hawkeye et les Thunderbolts à chaque épisode, ce qui générerait une lassitude. De l'autre, il ne peut épargner à ses protagonistes les conséquences de leurs actes, sans quoi le réalisme qu'il ambitionne serait démenti.

Alors il met en scène des corps éprouvés, à la croisée des chemins. Bullseye a été blessé par les enfants de Kraven et doit se faire soigner pour poursuivre sa traque, tout en échappant à Crâne Rouge auquel il ne répond plus. Clint Barton retrouve de manière explosive les Venoms qui ont pris pour hôtes les doubles de Madrox l'homme multiple et cette bataille le laisse également amoindri, obligé de battre en retraite et de différer la suite de sa vengeance.

On pouvait tiquer sur la forme parfois insolente du héros et des vilains dans les épisodes précédents au regard des combats qui les opposaient. Pour des quinquagénaires-sexagénaires, Hawkeye, Atlas, the Beetle, Bullseye et compagnie affichaient une santé encore vigoureuse (quand bien même l'archer se sait condamné à une cécité prochaine). Cette fois, Sacks les et nous rappelle à l'ordre et en décrivant Bullseye sur la table d'opération de Claire Temple ou Clint Barton obligé d'aller se cacher chez une vieille amie, on constate que ces hommes-là tiennent d'abord par la rage qui les animent. Mais quand ils sont atteints, ils doivent recevoir des soins.

L'ombre de la mort, ou du déclin, plane alors d'autant plus fortement et renvoie à la référence au western Impitoyable de Clint Eastwood, qui inspira Mark Millar pour Old Man Logan.

Marco Checchetto ne cesse d'aligner des épisodes de haute volée depuis le début de la série et on ne peut que répéter les compliments déjà adressés à l'artiste italien qui accomplit là son meilleur ouvrage. 

Lorsqu'il anime le morceau de bravoure de ce chapitre, avec l'assaut des Venoms dans le "Josie's Bar", tout reste lisible et énergique. La violence de la bagarre, qui culmine avec la mort très sanglante (mais traitée avec intelligence par le coloriste Andres Mossa) de Turk, est d'une intensité peu commune, d'autant qu'elle se passe dans un espace réduit, en intérieur. 

La présence du jeune Dwight, le neveu de Turk, qui a hérité du casque de Ant-Man, ajoute une force incongrue au combat car le jeune garçon est d'abord le spectateur dépassé de la séquence avant d'en être un acteur déterminant. Et la dernière page marque l'entrée en scène d'une figure familière qui fait plaisir et fait le lien avec le second volume du Hawkeye tel qu'écrit par Jeff Lemire et dessiné par Ramon K. Pérez (quand les deux archers étaient montrés dans leur grand âge grâce à un saut dans le temps).

Si Old Man Hawkeye ne s'aventure pas dans l'étrangeté interprétative de Mister Miracle, c'est une saga qui lui fait une concurrence (même format de douze épisodes, même complicité entre le scénariste et le dessinateur, même puissance narrative). Un projet alternatif comme Marvel serait bien inspiré d'en produire davantage.   

vendredi 27 avril 2018

OLD MAN HAWKEYE #4, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


Arrivée à son premier tiers, la série écrite par Ethan Sacks, révèle sa vraie nature et se pose, à sa manière, comme une concurrente au Mister Miracle de Tom King et Mitch Gerads chez DC, avec lequel elle partage le même nombre d'épisodes (douze). Mais là où les aventures de Scott Free se jouent sur un niveau mental, l'épopée de Clint Barton se distingue par son aspect physique et terminal, à l'image du dessin de Marco Checchetto. Old Man Hawkeye est bien, à mon sens, ce que Marvel produit actuellement de mieux, de plus puissant, et de plus poignant.


Kree Haven. Abe Jenkins travaille dans une usine de Doombots (les répliques robotiques du Dr. Doom), méprisé par ses collègues - qui se souviennent vaguement qu'il a appartenu au groupe de super-vilains repentis des Thunderbolts (première génération) sous les identités successives de Beetle et Mach-X. Il est vieux, en piteuse condition physique, incapable même d'achever la rédaction d'une lettre pour Melissa Gold alias Songbird, son ancienne complice. C'est alors que surgit Clint Barton qui le provoque en duel.
  

A ce moment précis, Hawkeye est dans la ligne de mire du marshall Bullseye. Mais il est distrait par les trois enfants de Kraven le chasseur qui le traquent depuis qu'il s'est soustrait à l'autorité de Crâne Rouge. Le tueur se débarrasse d'eux, non sans être blessé, mais en perdant de vue Barton.


Au Mémorial de Korath, Clint se souvient, quarante-cinq auparavant, avoir battu le rappel des Thunderbolts en compagnie de Back Widow pour contrer l'attaque des super-vilains. Elle doutait de leur loyauté, pas lui - elle avait raison. Beetle arrive mais avant d'engager le combat veut expliquer à Hawkeye que s'il l'a trahi, c'était par amour pour Songbird, pour que Crâne Rouge l'épargne.


Les deux hommes s'affrontent et leur combat est disputé. Barton est dominé mais réussit in extremis à piéger Jenkins avant de l'achever au corps-à-corps. Il trouve sur lui la lettre écrite à l'attention de Melissa Gold - sans savoir s'il lui en a envoyée une copie.


Cependant, les Venom trouvent Blink au Murderworld d'Arcade. Mais elle refuse de leur donner la position de Hawkeye et se suicide. Toutefois un des symbiotes a le temps en recueillant son dernier souffle d'intercepter son ultime vision et sait où se trouve l'archer...

Comme je le disais en ouverture, à ce point du récit, le véritable thème de Old Man Hawkeye se révèle et nuance notre sentiment. Il ne s'agit effectivement pas tant d'une histoire de vengeance, comme pouvait le faire croire le plan suivi par Clint Barton contre les Thunderbolts : il est surtout question de confiance et de trahison, donc de ce qui provoque cette vengeance.

Ethan Sacks n'est pas du genre à souligner son propos par de longs flash-backs (même si dans un des prochains épisodes, on aura droit à un retour en arrière éclairant comment la guerre entre super-vilains et héros a décimé ces derniers). En jouant sur les mots, il ne nous a offerts que quelques flashes, des visions de ce passé terrible, mais à peine de quoi, en vérité, savoir ce qui s'est produit. Tout ce qu'on sait, c'est que Clint Barton va perdre la vue, qu'il mène son expédition punitive en urgence avant d'être aveugle, et qu'il a dressé une kill list.

Dans ce quatrième chapitre, encore une fois, le scénariste ne nous en dit guère plus mais en lisant bien chaque mot, en interprétant bien chaque image de l'unique flash-back, il y est question de confiance. Et en recoupant cela à la situation présente, on déduit facilement que cette confiance a été trahie, et que cette trahison est à la source de la mission que s'est fixé Hawkeye.

Barton ne part pas en guerre contre l'autorité qui régit ce monde futuriste, une sorte d'opération commando suicide, qui viserait Crâne Rouge, le leader. Non, il cible quelques personnes en particulier qu'il juge responsable des gens qu'il aimait, et principalement de Black Widow. Sacks fait le choix du couple originel formé par Hawkeye et Black Widow à celui, plus récemment établi, entre Black Widow et Bucky Barnes/Winter Soldier - ce faisant, il revient aux bases des comics puisque, quand ces personnages sont apparus dans les pages des revues Marvel, il s'agissait de deux criminels (une espionne russe et son homme de main-amant) contre Iron Man. On pourra discuter du rétablissement de l'union amoureuse entre Barton et Natasha Romanov (alors qu'elle a été plus longtemps en couple avec Bucky), mais cette option reste valide.

Après avoir vaincu Atlas, Hawkeye défie Beetle/Mach-X. La série ne se limitera certainement pas, alors qu'il reste encore huit épisodes, à enchaîner les combats entre l'archer et les anciens Thunderbolts, mais grâce à Marco Checchetto, ces empoignades, entre adversaires qui doivent bien avoir entre soixante et soixante-dix ans, restent palpitantes, formidablement chorégraphiées.

Le dessinateur traduit parfaitement le fait que les cibles de Barton ne sont pas résignées à l'idée de se faire liquider rapidement, et de façon très nuancée, on observe que l'archer a des difficultés déjà croissantes à éliminer ses ennemis (ici, il manque un tir à l'arc a priori anodin). L'issue de la bagarre a quelque chose de brouillon, sale, aigre. Elle se joue au corps-à-corps, et révèle chez Hawkeye un manque total de pitié, une volonté d'en finir peu importe la manière. L'inspiration d'Impitoyable de Clint Eastwood (déjà cité par Millar dans Old Man Logan) est manifeste : comme William Munny, tuer n'a rien de noble, c'est une tâche pénible, cruelle, déshumanisante.

Mais, ce qui diffère avec le "match" contre Atlas dans l'épisode précédent, c'est aussi la raison pour laquelle donc Abe Jenkins a trahit Barton il y a 45 ans. Et là, ce post-western super-héroïque se nuance d'une teinte sentimentale étonnante, qui suscite presque notre indulgence. En même temps qu'elle révèle une des prochaines éventuelles cibles de Hawkeye en la personne de Melissa Gold/Songbird (pourtant certainement une des Thunderbolts dont la conversion positive a été la plus sincère - même dans le run de Warrens Ellis, elle était le membre le plus réticent à réintégrer l'équipe alors aux ordres de Norman Osborn pour traquer les super-héros refusant d'être recensés durant Civil War).

Enfin, Sacks et Checchetto glissent une séquence effrayante avec les Venom, toujours sur la piste de l'archer, comme le marshall Bullseye (qui, pour ne plus prendre les appels de Crâne Rouge, a désormais sa tête mise à prix). De manière sarcastique et sinistre, l'intrigue est donc celle d'un justicier pistant des traîtres sans se douter qu'il est lui-même traqué par des monstres et un tueur. Tout cela donne au récit des allures de poudrière et promet à un moment ou un autre (dans le cas des Venom, le #5 pourrait être décisif, si on en croit la couverture du prochain épisode) des explications musclées...

Old Man Hawkeye est un coup de maître : une ambiance intense, un récit oppressant et poignant, des personnages forts, une montée en puissance maîtrisée, un graphisme puissant. En dehors des relaunchs et des changements de statu quo actuels chez Marvel, cette production tire tous les avantages de son autonomie.