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mercredi 10 mai 2023

GREEN LANTERN #1, de Jeremy Adams et Xermanico, Philip Kennedy Johnson et Montos


Après Shazam ! la semaine dernière, c'est au tour de Green Lantern de connaître une relance. C'est aussi le come-back de Hal Jordan dans le rôle. Le héros qui reste attaché au run de Geoff Johns (qui en fit une vraie vedette) est cette fois entre les mains de Jeremy Adams et Xermanico, qui sont réunis après Flashpoint Beyond. Tandis que le mensuel s'accompagne d'une back-up story par Philip Kennedy Johnson et Montos impliquant John Stewart.


Les Gardiens d'Oa ont disparu et ce sont désormais les Planètes Unies qui les commandent. Mais Hal Jordan a refusé de les servir et a dû rendre son anneau de pouvoir et revenir sur Terre, placée en quarantaine car jugée trop peu sûre. Et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas accueilli à bras ouverts...
 

Il y a 19 ans (déjà !) Geoff Johns prenait les rênes du titre Green Lantern et fit de Hal Jordan (l'incarnation du héros depuis le Silver Age) un personnage vedette, éclipsant même à l'époque Superman et Wonder Woman. Quand il quitta la série neuf ans plus tard, il avait achevé un run historique.


Depuis, malgré les efforts des différents scénaristes à avoir animé les aventures de Green Lantern, DC n'a jamais renoué avec pareil succès pour ce personnage. Hal Jordan fut même remplacé par John Stewart dans la Justice League de Scott Snyder, accomplissant le plus souvent ses missions dans l'espace. Loin des yeux, loin du coeur...


C'est encore une fois à l'occasion de Dark Crisis (on Infinite Earths) que Hal Jordan fit son come-back et que, peu après, DC annonça le lancement d'une nouvelle série dont il aurait le premier rôle. Nous y voilà.

Jeremy Adams achève actuellement un long run sur Flash (autre point commun qu'il partage avec Johns) et il se trouve qu'il y a quelques années il avait soumis un pitch à l'editor de la série. Il la proposé à nouveau quand on chercha un auteur pour ce relaunch que DC souhaitait plus terre-à-terre pour le héros.

Comme pour Shazam ! sorti la semaine dernière, il s'agit, on le comprend, de réintroduire Green Lantern auprès des lecteurs, nouveaux ou plus anciens, et de le rendre à nouveau sympathique, abordable. De ce point de vue, c'est une totale réussite, même si comme pour la série de Mark Waid et Dan Mora, on pourra se sentir un brin frustré par ce premier épisode.

Toutefois, ce Green Lantern  n°1 comme Shazam ! témoigne de l'intelligence éditoriale actuelle de DC : plutôt, comme chez Marvel, de confier leurs séries phares à des vedettes pas forcément inspirées, la Distinguée Concurrence attribue les titres à des auteurs fans avec une vision claire et nette pour le personnage et son univers, s'appuyant sur une idée simple. En l'occurrence, faire de Hal Jordan un Green Lantern viré du Green Lantern Corps, revenu sur Terre qui a été mise en quarantaine car considéré comme un secteur trop dangereux pour l'équilibre cosmique.

Sans le sou, parti depuis longtemps, privé de son anneau de pouvoir, Hal Jordan ne résiste pourtant pas un soir à se rendre à Coast City où sévit un dangereux vilain, Steel Fury, vêtu d'une armure de Manhunter. Puis il va frapper à la porte de Caroll Ferris pour décrocher une place. Son retour ne passe pas inaperçu et si certains s'en félicitent, la plupart le voit d'un mauvais oeil...

L'épisode se lit rapidement, presque trop. Jeremy Adams (re)fait les présentations et surtout rétablit les fondamentaux de Green Lantern : Carol Ferris, Sinestro, les Manhunters. Cela contribue à rassurer un lecteur qui n'a plus lu la série depuis un bail. Mais le scénariste en garde sous le pied : où sont passés les Gardiens d'Oa ? Qu'est-ce qui justifie l'autoritarisme des Planètes Unies vis-à-vis du Green Lantern Corps ? Pourquoi la Terre est-elle mise en quarantaine ? Qu'y fait Sinestro, incognito ?

La couverture indique aussi qu'on reverra Kilowog, le formateur du GLC aux côtés de Hal Jordan. Adams n'épargne pas ce dernier qui, embauché à nouveau par Ferris, ne pilote plus d'avion de chasse mais des drones car c'est désormais le matériel favorisé par l'armée, et on voit que cela le met en difficulté. Du coup, habilement, on prend fait et cause pour Hal à qui on souhaite le meilleur tout en se doutant bien que les ennuis vont resurgir vite. Le volontarisme du héros participe aussi à en faire une figure aimable (ce qui est une condition sine qua non pour un personnage se vantant d'avoir le willpower le plus affirmé de tous ses homologues).

DC fait aussi un effort régulier pour attacher aux projets des artistes en mesure de rafraîchir les séries tout en s'assurant de composer un binôme efficace avec le scénariste. Tout comme Dan Mora et Mark Waid, Xermanico et Jeremy Adams se connaissent bien puisqu'ils ont collaboré récemment sur Flashpoint Beyond

L'artiste espagnol s'est investi avec passion dans le titre et son trait sert à merveille le personnage, depuis la couverture à l'aquarelle jusqu'aux planches intérieures au rythme trépidant. Avec le coloriste Romulo Fajardo, il produit des images lumineuses et dynamiques, avec des compositions harmonieuses, sur lesquelles on peut s'attarder pour en apprécier les détails, avec des arrière-plans fournis, mais aussi une fluidité remarquable dans les enchaînements (bienvenue pour un épisode qui va-et-vient entre passé et présent).

Si Xermanico tient le rythme, alors pas de doute, cette relance a de beaux jours devant elle (sinon il faut souhaiter que DC trouve un fill-in artist d'un bon niveau pour laisser au titulaire le temps de souffler de temps en temps).

C'est en tout cas très engageant et on a envie d'y croire.


- JOHN STEWART HOMECOMING (Philip Kennedy Johnson/Montos) - De son côté, John Stewart a aussi fait son retour sur Terre, auprès de sa mère, pour qui il effectue des réparations dans sa maison. Mais dans l'espace, ses compagnons du Green Lantern Corps affrontent la Mère des Revenants qui le traque...

Cette back-up écrite par Philip Kennedy Johnson (Action Comics) doit, à terme, servir de rampe de lancement pour une série régulière consacrée à John Stewart (déjà vedette du run de Geoff Thorne. Il faut en tout cas le souhaiter car en l'état c'est un appendice dispensable pour le titre dédié à Hal Jordan (même si Jeremy Adams n'a pas fermé la porte à une interaction entre Stewart et Jordan).

L'idée de Kennedy Johnson est intéressante : il suggère que Stewart n'a pas claqué la porte du GLC (comme Jordan), mais a plutôt raccroché, comme un militaire professionnel en retraite. Pourtant, considéré comme le meilleur du Corps, il ne fait guère de doute qu'il rempilera, et d'ailleurs une menace dans l'espace indique qu'il est traqué par un mystérieux et féroce ennemi.

Au dessin, Montos, inconnu au bataillon, a un style qui fait penser à du Gary Frank et se montre aussi à l'aise dans les scènes intimistes (avec John et sa mère) que dans l'action (avec le GLC).

vendredi 28 avril 2023

ACTION COMICS #1054, de Philip Kennedy Johnson et Max Raynor, Dan Jurgens, Dorado Quick et Yasmin Flores Montanez


Ce n°1054 d'Action Comics a-t-il un editor (le type censé veiller à la qualité de la revue et à la correction d'éventuelles erreurs) ? On peut se le demander quand on s'aperçoit des erreurs de crédits sur la couverture, mais aussi de la médiocrité de son contenu. Mes craintes sur ce format se confirment et c'est sans doute le dernier exemplaire que je critiquerai car entre Action Comics et Superman, mon choix est désormais fait.


- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson / Max Raynor) - Metallo enlève les Super-Jumeaux (Osul et Otho) que Jon Kent devait surveiller. Superman les retrrouve vite et affronte son ennemi avant de le convaincre de s'allier pour sauver sa soeur, Tracy Corben...


Est-ce que ça pouvait seulement fonctionner ? C'est la question qu'on se pose avec ce numéro d'Action Comics. Le format anthologique de ce mensuel avait quelque chose d'expérimental et prometteur, mais la proposition qui le portait, avec le titre animé par Philip Kennedy Johnson portait en elle les limites du concept.

En voulant mettre en scène toute la Super-famille, le scénariste faisait un pari ambitieux mais risqué car faire tenir tout ce monde sur une vingtaine de pages n'était pas une mince affaire. Il a, le mois dernier, blessé Kara, et éloigné Kenan et Connor, on pouvait deviner qu'il faisait de la place pour Kal et Jon, qui sont effectivement au coeur de cet épisode.

Du coup, Kennedy Johnson mise tout sur l'action et le grand spectacle et ferme le ban avec un cliffhanger qui remet en lumière un autre ennemi du man of steel. Hélas ! ce n'est pas, à mon avis, très judicieux tant cet adversaire est un des moins inspirés de la rogue gallery du héros. Du coup, l'intérêt pour la suite de l'intrigue s'en trouve fortement diminué.

Mais le vrai défaut de Action Comics est qu'elle trop peuplée, quasi-obèse. Là où Joshua Williamson avec Superman a adopté un parti-pris clair et basique (retour à l'aventure et le renouvellement dans la relation Superman-Luthor), Kennedy Johnson n'a pas su imposer le sien sinon en écartant une partie du casting et avec une histoire bien moins concentrée.

Ce mois-ci, contrairement à ce qu'indique la couverture, ce n'est pas Rafa Sandoval qui dessine, mais Max Raynor. C'est déjà gênant de constater que Sandoval ne peut pas aligner plus de trois épisodes consécutifs, mais Raynor évolue un bon cran en-dessous de lui, même si son travail reste très honnête.

Bref : je vais en rester là.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens) - Ayant réussi à échapper au robot envoyée à ses trousses, la princesse Glyanna piège Jon Kent qui est recherché par ses parents, retardés par DoomBreaker...

Là aussi, pour la partie graphique, c'est la grande désillusion puisque Lee Weeks fait défaut. Comme l'artiste était le seul véritable intérêt pour lire Lois & Clark 2, autant dire que la motivation en prend un sérieux coup.

Dan Jurgens assume donc scénario et dessin. Sur ce dernier point, encré par son fidèle collaborateur Norm Rapmund, il ne fait pas d'étincelles : perso, je n'ai jamais été conquis par le style de Jurgens comme artiste, convenable mais sans plus. Ici, il réussit quelques planches (celles avec Glyanna et Jon) mais sa manière de croquer Superman reste très générique, loin de la classe de Weeks - même si les couleurs, magnifiques, d'Elizabeth Breitweiser atténuent le choc thermique.

Le récit en lui-même ne console pas : depuis le début, il ne casse pas des briques et le twist de fin d'épisode ne change pas grand-chose. Beaucoup de scénaristes vétérans sont condamnés, semble-t-il, à écrire des histoires situées dans le passé, mais pour un Mark Waid (avec World's Finest) qui en profite intelligemment, la majorité fait le strict minimum, sans inspiration.


- STEEL ENGINEER OF TOMORROW (Dorado Quick/Yasmin Flores Montanez) - Après avoir été attaqué par Amalgam,  John Henry Irons se rend à la conférence de presse pour l'inauguration de son complexe industriel SteelWorks...

Power Girl retirée du sommaire, Action Comics accueille donc Steel Engineer of Tomorrow qui s'intéresse au père et la fille Irons, proches de la Super-famille. Pas de quoi sauter de joie, sauf s'il y avait derrière ça un pitch accrocheur. Ce n'est absolument pas le cas puisque Dorado Quick (inconnu au bataillon) nous la joue encore ennemi caché dans l'ombre et préparant la chute de John Irons.

Côté dessin, c'est également insignifiant tant le trait de Yasmin Flores Montanez est impersonnel. DC n'a vraiment rien d'autre sous la main que cette back-up sans âme, et mise en images par une artiste aussi empruntée ? Faut croire que oui. Faut aussi croire que le format anthologique trouve ses limites quand en dehors de la série principale, le reste du programme fait aussi pâle figure.

Mais encore faudrait-il que la série Action Comics convainque, et ce n'est pas le cas. Je craignais bien qu'une des deux séries mensuelles avec le kryptonien ne soit pas à la hauteur et comparé au plaisir pris à la lecture du Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell, c'est sans regret que je laisse tomber Action Comics.

vendredi 31 mars 2023

ACTION COMICS #1053, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Ce mois-ci, Action Comics se déleste de sa première back-up story puisque c'est le dernier volet de Power Girl Reborn (qui reviendra dans un n° spécial) par Leah Williams et Marguerite Sauvage et qui sera remplacé le mois prochain par Steel Engineer of Tomorrow. La série-titre continue son intrigue sur un rythme toujours soutenu, tandis qu'on se régale surtout avec Lois & Clark 2 grâce au dessin de Lee Weeks.



- ACTION COMICS (Philip Kennedy Johnson/Rafa Sandoval) - John Henry Irons est attaqué par les nécro-drones de Metallo au siège de SteelWorks, mais l'un d'eux est capturé vivant après avoir blessé Supergirl. Metallo comprend, lui, que ce n'est pas sa soeur Tracy qui communique avec lui. Et Jon Kent doit composer avec Otho et Osul alors qu'une manif de Blue Earth a lieu...
 

On n'a pas le temps de s'ennuyer avec l'intrigue concoctée par Philip Kennedy Johnson, construite sur des scènes courtes et rapides, qui multiplient le problèmes pour Superman et sa super-famille, entre les assauts de Mentallo et ceux du mouvement Blue Earth. 

Toutefois, ce morcellement de l'histoire finit par devenir de plus en plus frustrant - est-ce parce que ce découpage rompt avec la tradition des épisodes de 20 pages/mois ? Sans doute. Mais aussi parce qu'on a l'impression d'assister un peu à une sorte de zapping où les personnages n'ont pas le temps d'être creusés, où les événements sont survolés. A surveiller.

En revanche, rien à redire concernant la partie graphique où Rafa Sandoval et son coloriste Matt Herms accomplissent un excellent boulot, très énergique, avec des scènes d'action très percutantes. Mais aussi des moments qui reposent davantage sur les ambiances (entre Metallo et "Tracy"), très intenses. 

C'est solide mais un chouia trop fragmenté.


- LOIS & CLARK 2 (Dan Jurgens/Lee Weeks) - Superman parti secourir Jon, revient en catastrophe à la ferme où Lois est surprise par Lloyd Crayton/Doombreaker. Jon, lui, a disparu avec la princesse Glyanna, reconduite sur P'luhnn par le robot lancé à ses trousses...

On ne va pas se le cacher : même si Lois & Clark 2 n'est pas désagréable à lire, c'est d'abord pour les dessins, somptueux, de Lee Weeks, superbement mis en couleurs par la géniale Elizabeth Breitweiser, qu'on lit ce titre. Encore une fois, la maîtrise de l'artiste pour la narration transcende un script très banal de Dan Jurgens.

L'idée même de revenir sur le séjour des Kent avec leur fils à la ferme (comme au tout début de l'ère Rebirth) donne le sentiment d'une histoire gadget, juste là pour nous rappeler l'adorable gamin que fut Jon Kent (avant que Bendis ne le fasse précocemment vieillir). Jurgens ajoute donc une historiette à cette période, en faisant référence à Doombreaker (créé à l'occasion des 30 de la parution de La Mort de Superman, écrite par... Jurgens - on n'est jamais mieux servi que par soi-même).

J'aurai préféré un exercice moins nostalgique et sentimental - surtout pour Weeks, dont je rêve que Tom King lui écrive une mini-série pour le DC Black Label.


- POWER GIRL REBORN (Leah Williams/Marguerite Sauvage) - Après avoir tenté de traiter Beast Boy et Supergirl, Omen a l'idée de faire appel à Jon Kent pour qu'elle et Power Girl sondent son cerveau. Elles vont y découvrir qui mène ses attaques contre leurs patients...

En revanche, j'aurai bien aimé que se poursuive Power Girl Reborn, modèle de back-up story fondée sur des personnages redéfinis de manière intelligente et une intrigue accrocheuse. Leah Williams a réussi en trois petits épisodes à me captiver avec le duo Omen-Power Girl reconvertis en thérapeutes pour super-héros. L'identité du méchant qui s'attaque à leurs patients pour atteindre PG fait son petit effet et renvoie aux meilleures aventures de la JSA.

Qui plus est, c'est toujours un plaisir de lire les planches merveilleusement belles de Marguerite Sauvage, qui représente les plongées dans l'esprit avec une imagination visuelle débridée et d'une élégance folle. Sauvage mérite vraiment plus de crédit, mais, je ne sais si c'est son choix de ne pas se fixer sur une ongoing ou un manque de confiance des editors qui la sollicitent, elle ne reste jamais suffisamment longtemps pour qu'on profite durablement de son talent.

Cette histoire se poursuivra dans un n° spécial Power Girl, par la même équipe créative, de 50 pages, à paraître fin Mai. Je serai au rendez-vous - en espérant que DC, Williams et Sauvage n'en resteront pas là.

mercredi 1 mars 2023

ACTION COMICS #1052, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


Après un excellent début, la nouvelle formule d'Action Comics avec son collège d'auteurs et d'artistes confirme ses bonnes dispositions. L'ensemble des séries proposées est d'un très bon niveau, se lit tout seul, et s'avère un régal à regarder. Tout juste déplorera-t-on le côté un peu trop morcelé de la totalité...


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson, dessiné par Rafa Sandoval.) - Metallo vient de commettre son attentat contre le siège de SteelWorks, blessant au passage Connor Kent. Superman l'envoie dans l'espace. Mais qui détient vraiment la soeur de John Corben ?


Dans sa nouvelle formule, Action Comics accueille donc trois séries et celle qui porte le titre de la revue se taille bien entendu la part du lion. Philip Kennedy Johnson s'est embarqué dans une histoire qui a démarré pied au plancher, avec beaucoup de personnages à gérer. Sans doute trop car on peut déjà constater que la majorité de la Super-family fait de la figuration, s'exprimant peu, ayant peu de place pour agir. Superman, légitimement, occupe le devant de la scène.

Il faudra donc vérifier si le scénariste va rectifier cela sur la longueur, et si ce n'est pas le cas, sans doute le concept retenu risque de devoir être corrigé. Mais il n'empêche que c'est loin d'être désagréable à lire, car toujours mené avec beaucoup de tonus. L'intrigue tisse déjà des liens entre le mouvement Blue Earth (qui s'oppose aux aliens) et Metallo, et disculpe Luthor d'être derrière la détention de Tracy, la soeur de John Corben.

Au dessin, Rafa Sandoval fait un sans-faute. Son découpage est généreux et il est aussi à l'aise dans l'action que dans le dialogue. On distingue bien chaque personnage, et les couleurs de Matt Herms font le reste. C'est un comic-book qui a fière allure.
 

- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens, dessiné par Lee Weeks.) - Jon Kent assiste à l'atterrissage de la princesse Glyanna de P'luhnn non loin de la ferme des Kent. Peu après surgit un exécuteur envoyé par le père de la princesse chargé de la ramener pour qu'elle soit jugée pour trahison...
 
Sans Lee Weeks et la coloriste Elizabeth Breitweiser, reconnaissons qu'on n'aurait pas de quoi s'émerveiller devant les quelques pages de Lois & Clark. Mais le dessinateur, si rare, nous régale avec son trait si élégant et sa collaboratrice habille chaque plan avec une palette d'une classe confondante.

Dan Jurgens nous sert un récit sympathique, qui n'est pas renversant avec sa princesse traquée. Mais le clifhanger final attise notre curiosité.


- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Marguerite Sauvage.) - Omen et Power Girl reçoivent Supergirl qui a un trouble du langage. Le traitement va réveiller les tensions entre les deux Kara mais surtout l'origine de son mal..

J'aime le concept de cette deuxième back-up story et le nouveau cas traité par Omen et Power Girl ce mois-ci est savoureux puisqu'il implique Supergirl. Or, Kara Zor-L (PG) est en quelque sorte une variante de Kara Zor-El (Supergirl), et Leah Williams rappelle avec à-propos que Power Girl n'a jamais été vraiment admise dans la Super-family (puisqu'elle vient d'une Terre parallèle). In fine, on comprend surtout que quelqu'un cherche à s'en prendre à Power Girl via Supergirl et c'est accrocheur.

Marguerite Sauvage (tout comme Sandoval et Weeks) prouve que Action Comics est bien fourni en artistes de qualité puisque ses planches sont merveilleusement belles et entraînantes, avec une mise en couleurs qu'elle effectue elle-même et qui est absolument magique.

BIlan des courses : on aimerait que cette revue compte plus de pages pour que chaque série ait plus d'espace. C'est parfois frustrant, mais c'est aussi bon signe car lorsqu'on en veut plus, c'est que c'est bon. Et de ce point de vue, Action Comics confirme qu'elle est une excellente surprise, impeccablement pensée et éditée.

vendredi 27 janvier 2023

ACTION COMICS #1051, de Philip Kennedy Johnson et Rafa Sandoval, Dan Jurgens et Lee Weeks, Leah Williams et Marguerite Sauvage


On dirait bien que Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Inifnite Earths), va d'abord profiter à Superman. Avant le relaunch de la série qui porte son nom (par Joshua Williamson et Jamal Campbell), Philip Kennedy Johnson, qui s'occupe déjà de la série depuis un moment, inagure avec ce n° 1051 une nouvelle formule. Et le résultat est enthousiasmant.


- ACTION COMICS (Ecrit par Philip Kennedy Johnson et dessiné par Rafa Sandoval). - Superman a rassemblé toute sa famille à Metropolis en pensant au futur de la ville. Un mouvement de protestation anti-alien, Blue Earth, fait pourtant part de son mécontentement à ce propos.


Et pour ne rien arranger, Lex Luthor, depuis sa cellule de prison, fait chanter Metallo pour qu'il commette un attentat contre le siège de SteelWorks...

Depuis Mars 2021 et le n° 1029, Philip Kennedy Johnson écrit Action Comics et le scénariste a tout de suite marqué les esprits en s'engageant dans une très longue saga dans l'espace confrontant Superman à Mongul sur le Warworld, et l'intégration à son récit de ce que Grant Morrison avait écrit dans sa mini Superman and the Authority.

Le mois dernier, alors que s'achevait 2022, Action Comics #1050 établissait un nouveau statu quo en restaurant l'identité secrète de Superman (révélée lors du run de Brian Michael Bendis - on voit que DC fait vraiment tout pour effacer ce que ce dernier a pu apporter...). Pour ceux qui n'ont pas suivi : Lex Luthor a kidnappé le magicien Manchester Black (qui avait aidé Superman sur le Warworld) pour effacer le souvenir de l'identité civile de Superman des esprits, mais pour ceux qui voudraient quand même tenter de percer ce secret, le sortilège peut les tuer. En l'apprenant, Superman affronte une énième fois Luthor et l'envoie derrière les barreaux, même si son adversaire lui a expliqué avoir fait ça pour lui rendre service.

Avant de se faire arrêter, Luthor avait offert une nouveau corps à John Corben alias Metallo en échange de ses services futurs. Superman, lui, réunit toute sa Super-famille à Metropolis pour des initiatives plus pro-actives et faire de la cité la vraie ville de demain (the city of tomorrow pour the man of tomorrow donc). Il est désormais entouré de Jon, son fils, Kon-El, Kenan Kong (le Superman chinois), Kara Zor-El (Supergirl), Natasha Irons et son père John (Steel), mais également deux orphelins adoptés sur le Warworld, Osul-Ra et Otho-Ra. Et bien sûr Lois Lane, son épouse.

L'arc qui s'ouvre s'appuie sur les dessins de Rafa Sandoval, et les couleurs de Matt Herms, ce qui explique qu'ils aient tous deux quitté si vite la mini-série Black Adam de Christopher Priest. Le résultat est superbe, confirmant les progrès de Sandoval, en qui DC place sa confiance car dessiner Superman est une vraie promotion. L'artiste régale le lecteur avec un découpage dynamique, une gestion parfaite d'un casting étoffé, et une aisance aussi bien dans les scènes calmes que mouvementées.

Kennedy Johnson accroche le lecteur avec une entame nerveuse et dense où le danger vient de toutes parts (le mouvement Blue Earth, Luthor, Metallo). C'est très engageant et le fait de mettre en scène toute la super-famille est une idée enthousiasmante, qui transforme la série en un team-book qui ne dit pas son nom. Je n'avais pas lu la saga du Warworld (seulement des résumés et critiques, applaudissant l'ambition sans cacher son inégalité). Mais là j'ai envie de voir ce que ça donne dans cette configuration.


- LOIS & CLARK 2 (Ecrit par Dan Jurgens et dessiné par Lee Weeks). - Dans le passé, après le combat de Superman contre Doombreaker, Lois et Clark repartent d'installer dans la ferme des Kent avec leur fils Jon.


Alors que Batman avertit Superman qu'un éclat de Doombreaker a disparu, il s'avère que c'est Jon qui l'a récupéré pour protéger son père...

D'une certaine manière, il s'agit là encore d'un pied-de-nez adressé au travail de Bendis dont une des décisions narratives les plus controversées a été de vieillir Jon Kent, que tant de lecteurs adoraient comme super-son, partenaire de Robin/Damian Wayne dans la série du même nom et le run de Peter J. Tomasi sur Superman.

Dan Jurgens, qui sait qu'il ne peut revenir sur cet état de fait, désormais exploité par d'autres auteurs (Tom Taylor le premier), situe donc la suite de sa mini-série Lois & Clark dans le passé. Il renoue avec Lee Weeks, qui signait déjà les dessins, et  rien que pour ça, on est heureux de lire ce qui suit.

Pour le trentième anniversaire de La Mort de Superman, DC a publié un one-shot dans lequel il confrontait le man of steel au successeur de Doomsday, le Doombreaker. Je n'ai pas lu ce one-shot, mais j'ai quand même compris cet épisode qui y fait référence à travers un éclat perdu par le monstre et dont Batman craint qu'il tombe entre de mauvaises mains - ignorant que c'est Jon qui l'a récupéré en toute discrétion pour protéger son père.

Toutefois, Jurgens et Weeks introduisent un nouvel élément pour nourrir leur intrigue. Visuellement, soutenues par les couleurs splendides d'Elizabeth Breitweiser, les planches de Weeks sont un enchantement et rappellent que cet artiste n'a pas le crédit qu'il mérite (même si désormais il se consacre aussi à l'enseignement de la narration graphique à la Joe Kubert School).

Quant à Jurgens, s'il est un dessinateur que je n'apprécie pas beaucoup, c'est un auteur bien meilleur et qui dispose d'une marge de liberté avec ce type de récit.
 

- POWER GIRL REBORN (Ecrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage). - Suite aux événements de Lazarus Planet, Power Girl et Omen sont psychiquement liées et décident de travailler ensemble pour aider des héros.


Leur premier patient est Beast Boy que son combat contre Deathstroke a traumatisé... 

Action Comics #1051 permet aussi à Power Girl de revenir sous le feu des projecteurs - et c'est heureux puisqu'elle ne fait visiblement pas partie de l'histoire imaginée par Geoff Johns pour sa nouvelle version de Justice Society of America. La plantureuse blonde a souvent été considérée comme la cinquième roue du carosse kryptonien et c'est dommage.

Leah Williams, dont j'ai adoré X-Terminators (qui s'est achevé cette semaine), est aux commandes de cette histoire annoncée en trois parties (visiblement Action Comics va alterner les back-up stories). Il y est question de Lazarus Planet, l'event en cours piloté par Mark Waid et Gene Luen Yang, mais là encore, pas besoin de suivre ça pour comprendre ce qui se passe ici. Il suffit juste de savoir, comme on nous l'explique, que Power Girl, affectée par la magie déployée, et Omen, une membre des Titans, ont noué un lien psychique inattendu qui leur inspire une collaboration.

Ensemble, elles deviennent donc des espèces de thérapeutes pour super-héros traumatisés, ce qui rappelle l'idée initiale (mais hélas ! mal exploitée par Tom King) de Heroes in Crisis. Omen trouve le problème, envoie Power Girl dans le plan astral pour le résoudre. C'est ingénieux, et très bien écrit, avec un premier cas touchant.

Marguerite Sauvage met cela en image avec son style exubérant et si beau. Pour l'occasion, elle a redesigné les costumes de Power Girl (très élégamment, même si je regrette la cape et le body-suit)) et Omen (super classe). C'est toujours un plaisir de lire les planches de Marguerite Sauvage, ça ne ressemble qu'à elle, et elle embellit tout ce qu'ele illustre.

Ce n° est king-size (une cinquantaine de pages), ce qui signifie que la pagination sera réduite ensuite. Mais le sommaire avec une série principale et deux back-ups, embrassant toute la super-famille, avec des équipes créatives d'excellent niveau, rend la proposition très attractive.

jeudi 11 juin 2020

BATMAN : SECRET FILES #3, de Vita Ayala et Andie Tong, Philip Kennedy Johnson et Victor Ibanez, Mariko Tamaki et Riley Rossmo, Dan Watters et John Paul Leon, James Tynion IV et Sumit Kumar


Pour ce troisième numéro des "Dossiers Secrets" de Batman, un thème a été retenu : celui des assassins qui en veulent, pour diverses raisons, au Dark Knight. Ce format anthologique, qui prévilégie les histoires courtes, offre une bonne occasion de voir à l'oeuvre des auteurs et artistes qui n'ont pas l'occasion de travailler sur le héros de Gotham. C'est aussi un bon moyen de sortir un peu des sentiers battus.


On commence avec un duel entre Batman et Cheshire, l'empoisonneuse : Vita Ayala imagine une confrontation maline où il est finalement moins question de savoir qui va remporter le match que de l'avoir anticipé. Et à ce jeu, Batman est pour une fois pris de vitesse. Par ailleurs, revoir Cheshire rappelera de bons souvenirs aux nostalgiques (comme moi) des Secret Six de Gail Simone (même si James Tynion IV, l'actuel scribe de la série Batman, l'utilise). Les dessins sont très bien : Andie Tong fait preuve d'une belle maîtrise, son découpage est dynamique, il n'exagère pas le côté sexy de Cheshire mais souligne ses qualités athlétiques et son caractère vicieux avec un trait expressif, le tout dans des décors soignés.


Ensuite, Merlyn l'archer de la Ligue des Assassins, est en vedette. C'est, je trouve, une idée bienvenue d'opposer un adversaire de Green Arrow, qui joue les guests-stars, à Batman, cela change des sempiternels Riddler, Joker, Pingouin, Bane. Et Philip Kennedy Johnson montre efficacement la dangerosité de cet archer contre Batman qui doit sauver une fillette dans un incendie provoqué par Merlyn. Victor Ibanez illustre ce segment avec élégance : c'est un très bon desssinateur, au style classique, qui a servi aussi bien chez Marvel que chez DC mais sans jamais s'imposer sur un titre. Ici, il bénéficie de ce qui lui a souvent fait défaut (une excellente mise en couleurs) et s'avère très à l'aise avec les personnages.


La troisième histoire est écrite par la prometteuse Mariko Tamaki, retenue pour être la prochaine scénariste de Wonder Woman (avec les dessins de Mikel Janin). Elle imagine une nouvelle dont Batman est absent dans les premières pages et quasiment muet quand il apparaît enfin. Le choix de Mr. Teeth en méchant est astucieux et entraîne le récit vers quelques chose d'horrifique, en jouant avec les codes du genre (maison isolée, victime seule, criminel au physique effrayant). Toutes choses soulignées par le graphisme si particulier de Riley Rossmo, très à son affaire dans ces pages pleines d'action, aux cadres tangents et à l'atmosphère oppressante.


Gunsmith est sans conteste le chapitre le plus puissant de la sélection. Déjà parce qu'il est dessiné par le génial John Paul Leon, dont le style en clair-obscur, les à-plats noirs intenses, le découpage implacable, transcende n'importe quel script. Chaque fois qu'il a à animer Batman, on se dit qu'il possède ce personnage comme peu le font. Mais l'attraction est aussi dans l'intelligence du script de Dan Watters qui, à travers le personnage de Gunsmith (un ancien soldat qui transforme n'importe qui/quoi en arme), dénonce sans ambiguïté l'arsenal dont peut disposer tout citoyen américain. la morale est glaçante : Batman a, comme d'autres, peur de ce que devient l'Amérique, et cela prend une résonance remarquable à l'heure de l'affaire George Floyd et des tueuries de masse fréquentes qui endueillent le continent.


Enfin, pour conclure ce numéro, passage obligé par la case "promotion de la prochaine saga de la série Batman", à savoir The Joker War. C'est donc logiquement James Tynion IV qui s'y colle et en profite pour révéler comment le Joker et sa nouvelle adjointe (Punchline) recrutent Deathstroke et pourquoi. Tout cela ne me donne pas davantage envie de suivre le run de Tynion et de me plonger dans cet arc qui devrait aboutir au #100 du titre. Mais il faut malgré tout reconnaître que la baston entre Batman et Deathstroke, d'une âpreté peu commune (le premier enfonce carrèment un batarang dans l'oeil déjà éborgné du second), est dessiné magistralement par Sumit Kumar.

Si on met de côté ce dernier récit, les Secret Files de Batman continuent de produire une lecture très divertissante. J'aime ce format court et la diversité des styles à disposition, ça se lit bien, vite, sans être superficiel.