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dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.

jeudi 5 janvier 2023

X-MEN : RED #10, de Al Ewing, Stefano Caselli et Jacopo Camagni


X-Men : Red #10 est le dernier numéro de la série avant de longs mois (au moins jusqu'en Mai prochain), puisque l'event Sins of Sinister va impacter plusieurs titres (rebaptisés pour l'occasion) entre-temps. Al Ewing devait donc boucler des lignes narratives développées depuis quelque temps avant de suivre l'idée de Kieron Gillen. Stefano Caselli est présent (avant de basculer sur le titre X-Men provisoirement) et reçoit pour quelques pages le renfort de Jacopo Camagni.


Vulcain manipulé par Abigail Brand et Mentallo réclame son trône d'empereur Shi'ar à Xandra et veut tuer celle-ci pour accomplir sa mission. Il pense la trouver dans l'ancien palais de Magneto sur Arakko mais Tornade l'attend. De son côté, l'équipe de Cable affronte Orbis Stellaris, autre complice de Brand.


Al Ewing n'a cessé de prouver depuis S.W.O.R.D. et plus encore avec X-Men : Red, qui en est plus que la suite, le prolongement, à quel point il maîtrisait son affaire. De manière très habile, en présidant à la destinée de la planète Mars, il a pu développer des intrigues personnelles, remontant parfois loin en arrière.
 

Mais alors que sur SWORD il subissait le calendrier, avec X-Men : Red, il a su mieux composer avec des storylines extérieures, en profitant même pour bousculer en profondeur le jeu mutant. Une dimension politique, complexe et claire à la fois, s'est révélée avec des protagonistes aux personnalités incroyablement fouillées.
 

Cela a conduit le lecteur à un climax dans ce dixième épisode où d'un côté, Vulcain défie Tornade, de l'autre Sunspot confond Abigail Brand, et enfin Cable confronte Orbis Stellaris. Brand, Vulcain et Orbis Stellaris oeuvrant pour un grand projet commun absolument diabolique.

J'ai lu, sur les réseaux sociaux, que certains avaient été déçus par l'issue de ce triple affrontement, espérant sans doute une grosse baston générale qui réglerait tout vite fait, bien fait. Il me paraît pourtant évident que cette solution de facilité aurait contredit tout les préparatifs minutieux, toute l'écriture architecturée de Ewing. Surtout les résolutions choisies par l'auteur en disent plus long et plus profond sur ce qui définit les bons des méchants, sans leur ôter un gramme de leur richesse intellectuelle.

Mais cette déception ressentie et exprimée par quelques-uns a surtout visée le duel tant attendu entre Vulcain et Tornade, annoncée comme le clou du spectacle. Il est vrai que cette bataille n'occupe pas la majeure partie de l'épisode et on peut en être frustré, mais les pages qu'elle occupe sont suffisamment intenses et spectaculaires pour ne pas se sentir floué. On a là deux mutants de niveau oméga qui ne retiennent pas leurs coups, effectuent des mouvements renversants, avec des manifestations de pouvoirs impressionnants. 

Ce qui prévaut, en vérité, c'est moins l'étalage de force, la démonstration, que la méthode, et sur ce point, Ewing, avec les dessins de Stefano Caselli, remonté comme un coucou, produisant des effets de puissance phénoménale grâce à un découpage magistral, définit bien ce qui distingue les deux adversaires. Et justifie la victoire du gagnant, plus intelligent, plus rusé.

La partie avec Cable et son équipe, amenée logiquement à devenir une formation repensée du SWORD, est, à mon sens, un peu en deçà. Mais uniquement parce qu'elle évacue ou diffère les problèmes qu'elle ne les solutionne. Ewing a voulu garder des cartouches pour le futur, quand X-Men : Red reviendra en bonne et due forme, tout en préparant la mutation temporaire du titre le temps de Sins of Sinister. Il faut donc lire ces pages avec, sinon indulgence, du moins en ayant en tête que le scénariste, toujours appuyé par Caselli au dessin, s'en sert comme rampe de lancement.

Enfin, le dernier segment avec Brand peut aussi surprendre car, là, par contre, il ferme visiblement un chapitre, un arc narratif, pour ce personnage. Ewing va-t-il sacrifier cette Nick Fury de l'espace qu'il a si savamment (re)modelée ? J'en doute. En tout cas, si je me trompe, ce serait dommage. Mais il semble très vraisemblable qu'elle a mangé son pain blanc. Je m'autorise à spoiler un peu car c'est le plus convenu. Le châtiment d'un méchant désigné est attendu, surtout que Ewing s'est amusé avec les clichés du genre (la révélation de son grand plan, et celle du contre-plan énoncé par Sunspot).

Jacopo Camagni, qui avait dessiné les derniers épisodes de SWORD, avec beaucoup de talent, revient donc donner un coup de main, en signant les pages 14 et 15 puis 20 et 21, en relation avec Brand puis Orbis Stellaris (dont on découvre la véritable apparence - et sur laquelle on peut se demander si c'est un choix de Ewing ou quelque chose qui lui a été imposé, même si on sait le scénariste toujours prêt à rebondir sur les idées des autres, en les améliorant sensiblement souvent d'ailleurs). Le style de Camagni créé une rupture avec celui de Caselli et c'est un peu dommage, mais peut-être que Caselli a eu recours à du renfort dans un agenda chargé (il a enchaîné des épisodes de Hack/Slash pour l'anthologie Image ! puis de X-Men : Red et va passer sans souffler au crossover X-Men/Captain Marvel).

Cela dit, X-Men : Red, même avec Caselli absent, est une des séries les plus abouties graphiquement de toute la franchise X, puisque les fill-in artists ont été exceptionnels, et revoir Camagni m'a fait plaisir, même pour quatre pages.

Je l'avoue, je suis un peu triste que cela s'arrête pour de longs mois, car X-Men : Red est ma série mutante préférée, et de loin. Al Ewing et ses artistes ont repoussé constamment les limites, offrant des épisodes de très haute volée, captivant le fan sans forcément lui donner ce qu'il aimait, mais plutôt en lui proposant, et c'est bien mieux, ce qu'il préférerait. C'est une sensation grisante et jubilatoire que de lire pareil comic-book. Alors s'en passer pour un event qui ne me dit rien (et que j'ai décidé de zapper en conséquence), c'est rageant. Mais à son retour, je sais aussi que ce sera un immense plaisir.  Alors ? Patience !

vendredi 9 décembre 2022

X-MEN : RED #9, de Al Ewing et Stefano Caselli


Quoiqu'il arive en 2023, il restera la satisfaction intense d'avoir suivi X-Men : Red depuis neuf mois, aisément la meilleure série attachée à l'univers mutant actuellement. Al Ewing est un scénariste prodigieux sur ce titre et il le prouve une nouvelle fois. Quant à Stefano Caselli, son retour est rien moins que tonitruant. (Et quelle couverture de ouf de Russell Dauterman !)


Magneto ayant refusé qu'on le ressucite, Cyclope et le Pr. Xavier décident de faire revenir parmi eux Vulcain, autre mutant oméga, malgré l'avis contraire de Havok.


Ils vont regretter leur choix car, manipulé par Abigail Brand et Mentallo, Vulcain réclame le trône Shi'ar qu'il occupa jadis, et n'hésite pas pour en déloger Xandra à affronter ceux qui la protègent.
 

Pendant ce temps, l'équipe de Cable a découvert à quel point Brand manigançait contre Krakoa et Arakko, avec Orbis Stellaris. Celui-ci réplique sévèrement contre les ex du SWORD.


Vulcain découvre qu'il a été dupé par Warbird et surtout Sunspot. Furieux, il part débusquer Xandra dans le seul endroit sur Arakko où elle a pu être cachée...

Cette semaine, j'ai décidé d'arrêter d'écrire sur Immortal X-Men après avoir lu le neuvième épisode de cette série tellement il m'a horripilé (je n'en peux plus de la fixette sur Mr. Sinistre par Kieron Gillen et par conséquent je ne lirai pas Sins of Sinister, le prochain event mutant au centre duquel le personnage se trouve). 

Sins of Sinister va hélas ! impliquer des séries que je lis et chronique ici comme X-Men : Red, tandis que le crossover Dark Web va lui concerner X-Men (et Amazing Spider-Man). New Mutants semble être annulé puisque le titre n'est pas sollicité en Janvier 2023 (Rod Reis a déjà annoncé qu'il ne reviendrait pas sur le titre de toute façon).

Conclusion : plus rien (ou presque : il ne restera que la fin de X-Terminators) à lire côté mutants au début de l'année prochaine. L'ère Hickman est bel et bien révolue, quand l'architecte du renouveau X avait établi une sorte de protectorat autour des séries de la franchise, évitant à ses personnages de se mélanger au reste de l'univers Marvel. Les digues ont sauté et désormais on voit Wolverine (Logan) et Magik être utilisés dans d'autres titres non mutants.

C'était prévisible : personne n'a l'autorité d'Hickman parmi les auteurs de titres mutants et Marvel n'a pas voulu le remplacer comme "Head of X". Jordan White semble beaucoup aimer Kieron Gillen et C.B. Cebuslki aussi, pour lui confier un autre event (Sins of Sinister donc) juste après Judgment Day. Mais je pense qu'ils se trompent de cheval.

Car, pour moi, le seul à avoir la carrure d'un patron, c'est bien Al Ewing. C'est curieux car jusqu'à présent je n'avais jamais vraiment prêté attention à son travail : je n'ai pas suivi son Immortal Hulk, acclamé, par exemple. Mais j'avais apprécié S.W.O.R.D. et surtout la façon dont il s'en est servi pour aboutir à X-Men : Red, série d'un tout autre calibre, follement ambitieuse et maîtrisée.

Alors que X-Men de Gerry Duggan reste plutôt basique et classique mais efficace, Ewing voit grand et l'assume. Il a fait par ailleurs preuve d'ingéniosité en s'occupant non pas d'une énième série basée sur Krakoa mais en s'exilant dans l'espace, d'abord avec SWORD, et maintenant sur Arakko avec X-Men : Red. Il en a fait son territoire, son pré carré, l'endroit où il est sûr que personne ne viendra l'embêter - ou presque, puisque, donc, Gillen a embarqué dans son pénible délire Sinistre X-Men : Red (qui sera rebaptisé pour l'occasion Storm & the Brotherhood of Mutants) et Legion of X de Si Spurrier (qui sera retitré Nightcrawlers).

Mais depuis neuf mois, Ewing a protégé X-Men : Red, même quand il a suivi la marche de Judgment Day à l'occasion duquel il a orchestré de fameux morceaux de bravoure et tué Magneto. Le génie de Ewing, c'est aussi de faire son miel de ce qu'il ne créé pas : en réalité, on retiendra davantage ce qui s'est passé dans les pages de sa série que dans tout l'event de Gillen (qui a diverti spectaculairement avant de se ramasser dans son ultime étape).

Ewing a la mentalité de l'architecte et s'il était la nouvelle "Head of X", nul doute que la franchise n'aurait pas à subir les traitements de Benjamin Percy (qui s'acharne toujours sur le Fauve) et les obsessions de Gillen. Mais peut-être ne veut-il pas coiffer cette casquette de général et préfére-t-il plus sagement rester sur Arakko, autour de laquelle il bâtit une fascinante saga politique. Plus forte, plus fine aussi, que tous les events et crossovers.

Ce neuvième épisode est un nouveau sommet et en fait c'est comme si la série s'employait à ne jamais baisser en intensité, à toujours maintenir la pression, à ne jamais décevoir son lecteur. Ewing est parti sur une histoire complexe et au long cours et n'a pas le droit de flancher, d'être simplement bon : il s'est condamné à l'excellence. Et parce qu'il est exigeant et talentueux, il nous ravit avec ce réseau d'intrigues, de personnages, tordus, machiavéliques, flamboyants.

Vulcain est le jouet de longue date d'Abigail Brand, grâce à Mentallo, mais aussi Orbis Stellaris. Il est sur le point de reprendre le trône des Shi'ar qu'il avait conquis durant les sagas cosmiques écrites apr Dan Abnett et Andy Lanning (War of Kings surtout) et initiées par le run de Ed Brubaker sur Uncanny X-Men (à partir de Deadly Genesis, puis The Rise and Fall of the Shi'ar Empire). Ewing a minutieusement, patiemment construit la conspiration de Brand en en faisant une Nick Fury au féminin avec des visées géo-stratégiques à l'échelle de la galaxie. Tout cela est désormais arrivé à ébullition et Vulcain l'illustre royalement.

Ressucité à la place de Magneto (qui avait exprimé la volonté de ne pas être ramené à la vie pour épouser la philosophie arakki) après avoir été tué par l'Eternel Uranos, Vulcain devait, pour Charles Xavier et Cyclope, malgré les doutes de Havok, remplacer Erik Lensherr comme mutant oméga sur Arakko. Les mutants de Krakoa ignoraient bien entendu que 1/ Vulcain avait été ramené à la vie une première fois par des aliens (depuis capturés par Orbis Stellaris) qui l'avaient transformé en bombe à retardement, et 2/ Brand l'avait instrumentalisé depuis des mois avec l'aide de Mentallo.

Mais le récit est un trompe-l'oeil magistral et dévoile un tacticien aussi retors que Brand en la personne de Sunspot. Petit rappel : 


Ceci était une couverture variante de Powers of X #6 par Guiseppe Camuncoli. A l'époque où cette image a été diffusée, pas grand-monde n'y a prêté attention, pensant qu'il s'agissait juste d'un dessin de plus pour illustrer le dernier épisode de la mini-série. Mais les plus curieux s'étaient demandé si Hickman n'annonçait pas quelque chose, surtout quand après ils surent que le scénariste allait écrire un arc de New Mutants avec Sunspot, qui était un de ses mutants favoris (il avait fait partie de ses Avengers).

Que pouvait bien alors signifer Roberto da Costa sur le trône Shi'ar avec Xandra l'impératrice et Gladiator agenouillés devant lui ? Finalement, Hickman n'en a rien fait quand il a écrit New Mutants ni ensuite dans X-Men. Mais il se trouve que Al Ewing adore aussi Sunspot (il était le leader de ses New Avengers). Et sans doute que cette variant cover l'a fait cogiter.

On n'en est pas encore arrivé à Sunspot empereur, mais disons que cet épisode de X-Men : Red établit une passerelle dans cette direction, d'autant que Hickman, par contre, avait amorcé une romance, sur un ton assez humoristique, entre Roberto da Costa et Warbird, la préceptrice de Xandra, et que, ce mois-ci, Xandra doit une fière chandelle à Roberto.

Cette façon d'intégrer des éléments, a priori insignifiants ou à peine considérés par ses prédécesseurs, mais aussi de reprendre à son compte des pistes narratives issus de précédents travaux de sa part (comme des mentions à Empyre dans l'épisode du mois dernier), c'est aussi ça, le génie de Ewing. Rien ne se perd, tout se transforme dans ce recyclage inspiré. Zéro déchet. Mais jubilation totale à lire ce qui en ressort. L'intemède avec l'équipe de Cable contre Orbis Stellaris, au centre de ce numéro, passerait presque pour une étape secondaire alors qu'elle fait partie de l'ensemble, offrant au lecteur un parallèle tout aussi tendu entre ce qui se passe avec Vulcain et ce qu'affrontent Cable et son gang.

Pour ne rien gâcher, Stefano Caselli nous fait la grâce de revenir sur la série au moment le plus brûlant. Suppléé remarquablement (par Madibek Musenbekov), l'artiste italien ramène son trait puissant pour ce chapitre incandescent.

Il nous gratifie, en miroir, au début et à la fin, de deux pages où justement deux personnages s'imposent en majesté dans les flammes, mais ce n'est pas exactement au début ni exactement à la fin. Entre temps, l'action domine et le combat que livre Vulcain contre Nova, Frenzy, Paibok et Gladiator est vraiment exceptionnel. Caselli découpe ça de manière rigoureuse, avec des cases de dimensions raisonnables, préférant imposer un rythme soutenu que de proposer des grandes vignettes ou même des splash-pages.

Il se défoule davantage avec le passage concernant l'équipe de Cable, gratifiant le lecteur, d'une double-page électrisante, formidablement composée. les seules trois pleines pages sont celles de la résurrection de Vulcain, de l'apparition de Sunspot (voir-ci-dessous) et la toute dernière de l'épisode, révélant... Non, je ne vous le dirais pas. Mais sachez simplement qu'on va avoir droit à un putain d'affrontement dans le #10 !

Les couleurs de Federico Blee jouent aussi un rôle déterminant dans cet épisode où les pages semblent vous sauter au visage par leur expressivité, leur dynamisme, leur ambiance.

Immense série, la meilleure que vous puissiez lire dans la collection mutante actuelle. De quoi vraiment enrager qu'elle soit perturbée dans les prochains mois.

jeudi 3 novembre 2022

X-MEN : RED #8, de Al Ewing et Madibek Musanbekov


X-Men : Red #8 est un chef d'oeuvre !... Attendez, j'ai pas dit ça pour le n° précédent ? En tout cas, c'est encore vrai. Et bon sang, quelle série que Al Ewing écrit là, c'est vraiment incroyablement dense, intelligent, ça relie tout un tas d'histoires et c'est magistral ! Madibek Musanbekov s'impose lui aussi comme bien plus qu'un remplaçant en signant des planches à tomber. Un chef d'oeuvre, je vous dis !


Après avoir découvert grâce Wiz Kid les archives de Abigail Brand, Cable est déterminé à la tuer. Mais avant cela, il forme une équipe pour débusquer Orbis Stellaris avec lequel elle est associée.


Cependant, le conseil galactique se réunit à la demande de Paibok, le Skrull, qui dénonce une infamie perpétrée jadis par les Kree suivant de fausses infos transmises par les Shi'ar.


Grâce à Manifold, Cable et sa bande se téléportent dans le repaire de Orbis Stellaris où ils découvrent ce qu'il conçoit pour Brand mais aussi l'identité de son espion au sein de Krakoa et Arakko.


Le plan de Abigail Brand se dévoile complètement, mûri de longue date, et se développant sur le long terme, pour qu'elle devienne avec le SWORD la nouvelle puissance incontournable de la galaxie...

Quand on lit ce genre d'épisode, on est face à quelque chose de véritablement bluffant. Al Ewing n'écrit pas X-Men, la série-phrare, le vaisseau amiral de la franchise X, mais avec X-Men : Red, c'est lui qui oeuvre de la manière la plus ambitieuse et surtout la plus accomplie pour proposer un projet comparable à ce que Hickman fit jusqu'à Inferno.

Et encore, même en disant cela, on est en dessous de la vérité car ce que Ewing orchestre, sans faire de bruit, englobe plus que la franchise X : il opère une synthèse magistrale et captivante de qu'il semble avoir mis en chantier dans son coin depuis Empyre, donc avant sa série S.W.O.R.D. et aujourd'hui X-Men : Red.

Mais avant d'aller plus loin, il faut considérer la situation actuelle : Cable vient de découvrir que Abigail Brand a trahi la "mutanité" en s'alliant avec Orchis. Toutefois, il a aussi conscience qu'elle peut très bien avoir scellé cette alliance pour se jouer d'Orchis et donc neutraliser les mutants et cette organisation anti-mutants. Il a raison de penser cela quand on lit à la fin de l'épisode le plan de route qu'elle a rédigé et qui révèle depuis combien de temps elle prépare son coup et jusqu'à quand elle compte le développer.

Brand veut la guerre pour s'imposer comme celle par qui il faudra passer obligatoirement pour, sinon faire la paix, en tout cas parvenir à un règlement, un nouvel état. Pour cela, elle veut que les héros de la Terre (Avengers, Fantastic Four en premier) adhèrent à ce projet sans savoir évidemment qu'elle l'a planifié, mais en croyant qu'ils seront partie prenante grâce aux liens qu'ils ont avec différentes parties extra-terrestres.

On assiste donc à une réunion du conseil galactique, avec quelques absences notables (notamment celle de Tornade, qui, comme on l'a suivi récemment, a passé la main comme régente d'Arakko, suite au dénouement de Judgment Day). Une vieille affaire déterrée par Paibok, l'émissaire Skrull, va faire grimper la tension : jadis les Kree, mal informés par les Shi'ar, ont commis un massacre contre les Skrulls dans un endroit où leurs soldats se remettaient de blessures de guerre et non pas y fabriquaient de nouvelles armes. Paibok exige réparation sinon il promet une nouvelle guerre, à laquelle l'empereur Hukling ne saurait s'opposer vu la gravité des faits.

Xandra accède à sa demande mais comment abonder à la requête de Paibok ? Brand a sa réponse et elle abat sa carte maîtresse grâce à un mutant dont elle a su abuser depuis son retour à la vie. A ce stade, mieux vaut avoir lu X-Men #10 par Jonathan Hickman et Leinil Yu (paru en 2020) car Ewing fait référence à ce qu'a vécu un mutant et exploite ce subplot laissé en plan par Hickman (peut-être en suivant ses indications, mais je doute que Hickman ait rédigé un plan détaillé à ce sujet, étant donné qu'il a lui-même admis avoir abandonné en route plusieurs idées à cause de la pandémie et du désordre que cela a provoqué dans ce qu'il avait prévu pour X-Men).

C'est difficile d'en dire plus sans spoiler, même si le mois prochain, quand il me faudra parler de X-Men : Red #9, je ne pourrai pas faire autrement que de révéler l'identité de ce fameux mutant. En tout cas, un peu comme ce que fait actuellement Gerry Duggan avec les Enfants de la Voûte dans X-Men (là aussi en reprenant une idée de Hickman), Ewing fait feu de tout bois et construit une mythologie fgascinante sur ce qu'avait entrepris Hickman. Le plan de Brand rassemble des événements survenus dans X-Men (version Hickman donc), mais aussi l'event Empyre (que Ewing co-écrivit avec Dan Slott), et encore plus loin dans le passé War of Kings (de Dan Abnett et Andy Lanning). Et le plus fort, c'est que tout fait sens, tout est spectaculairement cohérent. Tout cela forme une fresque dont on comprend qu'elle n'en est qu'à sa moitié, si Brand réussit son affaire. Vertigineux.

Mais, bien sûr, Brand a un caillou dans la chaussure et il s'appelle Cable. Comme je l'ai déjà dit, Nathan Summers a découvert la trahison de Brand et son double, voire triple jeu. Il veut se débarrasser d'elle, mais aussi, avant cela, savoir ce qu'elle manigance avec Orbis Stellaris, un généticien marchand d'armes. Grâce aux talents de Manifold et le renfort de l'Epervier (Thunderbird), Wiz Kid, Khora et sa soeur Zsen, il a assemblé une bande pour débusquer le complice de Brand.

Ce qu'ils vont découvrir relie le dossier de ce mutant mystère à une affaire de clonage du virus techno-organique qui a infecté Cable et qu'il maîtrise avec beaucoup d'effort, mais qui pourrait devenir une arme terrible pour l'ennemi. La manière là aussi dont Ewing relie tous ces fils narratifs est impressionnante de clarté et d'intensité. Cet épisode est d'une telle richesse, d'une telle densité que ce qui s'y passe vous submerge dans un premier temps. Il faut digérer tout ce qui arrive pour véritablement comprendre la rigueur du travail du scénariste, sa portée, son envergure, sa puissance. C'est du grand art.

Et Al Ewing peut compter sur un dessinateur de choix pour illustrer tout ça sans que le lecteur n'en perde une miette et, mieux encore, soit embarqué dans cette aventure. Stefano Caselli étant toujours occupé ailleurs (avec le retour de Hack/Slash de Tim Seeley dans l'anthologie Image !), je doutais franchement que Madibek Musanbekov soit à même de supporter la comparaison, lui qui venait des productions Dynamite Comics.

J'avais tellement tort ! Musanbekov est une révélation telle que Caselli peut bien prendre son temps, X-Men : Red a trouvé un artiste plus que capable pour le remplacer avantageusement.

En vérité, quand je lis les planches de ce dessinateur, ce qui me frappe, c'est la ressemblance stylistique avec Juann Cabal, qui faisait équipe avec Al Ewing sur Guardians of the Galaxy : même trait ligne claire, même souci de lisibilité, même efficacité sobre pour la narration graphique. Musabekov est moins audacieux dans ses compositions (là où Cabal faisait parfois penser à J.H. Williams III), mais à vrai dire, cela n'est pas une faiblesse car le script est tellement foisonnant que des planches trop sophistiquées risqueraient de surcharger la lecture.

Ce qui ne veut pas dire que Musanbekov se contente de peu : quand il doit livrer une double page de ouf, il le fait et avec la manière (lors de la scène où Manifold et Wiz Kid pénétrent dans la zone où se trouve le repaire de Orbis Stellaris. Les personnages sont expressifs, les décors sont précis (et le fait qu'ils soient infographiés ne pique pas les yeux). Les couleurs de Federico Blee font merveille sur ce dessin à l'encrage un peu plat, très fin.

Cette semaine de critiques comics s'achève donc avec cet épisode, qui n'a aucun mal à dominer les sorties par son brio. Mais même au coeur d'une semaine plus chargée en publications, il aurait quand dominé les débats. X-Men : Red est tout simplement trop fort.

samedi 8 octobre 2022

X-MEN : RED #7, de Al Ewing et Madibek Musabekov - Tie-in A.X.E. : Judgment Day


X-Men : Red #7 est un chef d'oeuvre. C'est le meilleur comic-book que j'ai lu cette semaine et Al Ewing s'impose mois après mois comme l'auteur le plus captivant de la franchise X. Cette fois, en l'absence de Stefano Caselli, le titre est dessiné par Madibek Musabekov, un inconnui ne devrait pas le rester longtemps.


Au centre de la Terre, dans la Machine des Eternels. Magneto s'éteint dans les bras de Tornade en lui demandant de veiller sur Charles Xavier qui pourrait être amené à prendre des décisions terribles.


Arakko. Isca l'imbattable, prétendant remplacer Tornade, est défiée par le Roi Pêcheur qui lui fait prendre conscience qu'elle n'appartient plus à la communauté à force d'avoir toujours changé de camp.


Tornade, toutefois, a pris conscience de son échec et cède sa place à Lodus Logos pour siéger à la place de feu Magneto dans le Grand Cercle réformé.


Cependant, dans la station du Dongeon, Wiz-Kid accède au journal de bord d'Abigail Brand et découvre ses secrets. Qui motivent Cable à prendre des mesures radicales...

Cette semaine, par jeu, j'ai voulu passer en revue mes lectures par ordre alphabetique de leurs titres. Et le hasard a voulu qu'ayant commencé par Ant-Man écrit par Al Ewing, je termine par X-Men : Red également signé par ce scénariste. 

Si Ewing m'a déçu sur Ant-Man, il m'a une fois de plus impressionné sur X-Men : Red, qui confirme sa place de série la plus intéressante de la franchise mutante. Et ce septième épisode est rien moins qu'un chef d'oeuvre, un vrai tournant, un sommet.

L'épisode s'ouvre par la mort de Magneto. J'avoue que je ne croyais pas que cela arriverait, surtout à l'occasion d'un épisode attaché à l'event A.X.E. : Judgment Day, et plus généralement depuis que Jonathan Hickman depuis House of X/Powers of X a rendu toute disparition d'un mutant dépassée. 

Mais il semble bien que ce bon vieux Magneto ait connu sa dernière heure (même si je doute qu'il ne renaisse pas un jour). Ewing a voulu, c'est évident, mettre en scène cette mort dde telle manière que le lecteur n'ait aucun doute sur sa réalité, qu'il ne s'agit pas d'un coup dans l'eau, une simple péripétie. Et le scénariste avait d'ailleurs préparé son affaire puisque, précédemment, Magneto détruisait son module Cerebro miniature avec sa dernière mise à jour de son esprit, renonçant ainsi à sa résurrection par les Cinq de Krakoa pour se conformer à la tradition arakki où les guerriers acceeptent la possibilité de leur mort.

Cette scène est vraiment extraordinairement écrite et mise en images. Magneto acceepte son sort, non pour devenir un martyr, mais parce qu'il accepte sa fin. Il a une ultime requête adressée à Tornade à ses côtés à cet instant : prendre soin de/surveiller Charles Xavier, qui va désormais se trouver très isolé au sein du Conseil de Krakoa, après le départ d'Apocalypse, le revirement d'Emma Frost, l'arrivée de Destinée. Par ailleurs, la situation des mutants (aux prises avec les Eternels, Orchis, Feilong, etc) est préoccupante et Xavier pourrait avoir à faire de choix radicaux pour sauver Krakoa, entraînant la "mutanité" dans une direction potentiellement fatale.

On reconnaît un épisode extraordinaire, supérieur à la moyenne, à sa capacité à enchaîner les temps forts, à prendre le lecteur à la gorge. Et ce n'est effectivement pas fini car ce qui reste du Grand Cercle d'Arakko, décimé par l'assaut d'Uranos et de l'armée éternelle, est l'occasion pour Isca l'imbattable d'avancer ses pions.

Elle prétend diriger la plnaète en profitant de la faillite de Tornade et parce qu'elle ne perd, littéralement, jamais. L'argument est suffisamment imparable pour être pris au sérieux. Comment évincer quelqu'un qui, effectivement, invincible ? Physiquement, ce seriat signer son arrêt de mort. Alors Ewing dégaine une nouvelle scène renversante.

On a fait connaissance avec les membres des Sièges Nocturnes, sorte de cabinet secret longtemps dissous, petit comité d'éminences grises chez les Arakki, et reformés par Sunspot avec le Roi Pêcheur et Syzia des ombres. Le Roi Pêcheur se dresse devant Isca pour un match peu commun où il s'agit de se mesurer à l'aune de la notion de perte, de défaite.

Ewing a recours à une data page, un procédé qu'il a toujours employé avec sagesse et parcimonie. Mais là, c'est particulièrement pertinent et brillant car Isca se remémore les fois les plus marquantes où son pouvoir l'a conduit à changer de camp pour rester dans celui des vainqueurs, multipliant les opportunismes et les trahisons et aussi les sacrifices. L'occasion aussi de rappeler que Isca est originaire d'Amenth, ce pays de démons, et qu'aujourd'hui, finalement, elle n'est de nulle part, ni de Krakoa, ni d'Arakko, ni d'Amenth. Elle a voulu être partout, tout le temps à la bonne place, mais elle n'est plus d'ici ou d'ailleurs. Donc  elle comprend, défaite, qu'elle ne peut prétendre gouverner Arakko ni autre part.

Quelle sortie de scène ! Ewing est vraiment fort. Là encore, on peut douter que Isca ne reviendra pas (et on peut sans doute imaginer qu'Abigail Brand tentera de la recruter), mais tout de même, que c'est malin comme façon d'éjecter ce personnage. Et ce n'est toujours pas fini.

Avant de poursuivre, un mot quand même sur les dessins, tout aussi excellents que le script. A chaque fois que Stefano Caselli n'est pas là, il y a une appréhension car c'est un formidable artiste, qui complète à merveille Ewing. Il s'est absenté pour illustrer le retour de Hack/Slash dans l'anthologie Image !, sur des scénarios de Tim Seeley.

Marvel, plutôt que d'appeler un dessinateur de rechange en interne, donne sa chance à un inconnu : Madibek Musabekov. Renseignement pris, j'ai appris qu'il avait jusqu'à présent officié sur des licences chez Dynamite Comics (Red Sonja). Mais quelle bonne pioche !

Musabekov ne rate pas son entrée dans la cour des grands et produit de superbes planches, très complètes. Il soigne les décors, s'aproprie avec aisance les personnages et se révèle un narrateur très doué. Quand il doit mettre en scène la mort de Magneto, son découpage est d'une précision impeccable qui ajoute à l'emotion du moment. Le résultat esst intense, poignant.

La scène avec Isca est également un joyau, tout aussi électrique, et on appréciera l'expressivité du dessin, Musabekov dessinant parfaitement les émotions qui traversent les protagonistes, en particulier l'assurance et la hargne de Isca.

Ce qui suit et conclut l'épisode donne envie que ce dessinateur devienne sinon l'artiste titulaire de la série, en tout cas le remplaçant officiel de Caselli, qu'il suppléé avec un vrai bonheur. Car Ewing va en profiter pour reconfigurer l'avenir du gouvernement d'Arakko dans la foulée. Tornade reconnaissant qu'elle s'est trop dispersée entre Krakoa et Arakko pour empêcher la catastrophe actuelle, renonce à sièger à la présidence du Grand Cercle. Elle préfère s'installer à la place de Magneto, à la fois pour lui rendre hommage mais aussi aprce que c'est la place de la perte, du deuil. Lodus Logos, l'artiste devient le nouveau gouverneur d'Arakko et ce choix est inspiré, le personnage incarnant un avenir plus serein et mesuré, insensible à la corruption ou à l'éparpillement, un vrai sage. Le Grand Cercle, ayant perdu pour toujours trois des siens, se résoud à n''en avoir plus que six - Sunspot, le Roi Pêcheur et Syzya des ombres déclinant l'offre de remplacer les disparus.

Madibek Musabekov nous gratifie d'une image sublime (voir ci-dessus) lorsque Tornade s'installe à la place de Magneto avec en arrière-plan un nuage qui prend la forme du casque du mutant tombé contre Uranos.

La conclusion de l'épisode est un tremplin prometteur pour la suite, qui ne dépendra plus de l'agenda de A.X.E. : Judgment Day, avec Wiz-Kid et Cable, ce dernier prêt à en découdre avec Brand dont il découvre les secrets.

Autant dire que X-Men : Red va encore nous régaler dans les mois qui viennent.

jeudi 15 septembre 2022

X-MEN : RED #6, de Al Ewing et Stefano Caselli - TIE-IN A.X.E. : JUDGMENT DAY (à lire avant A.X.E. : Judgment Day #4 !)


Comme je le mentionne dans le titre de cette critique, assurez-vous de lire X-Men : Red #6 avant A.X.E. : Judgment Day #4 (dont je vous parlerai demain) car cet épisode justifie l'état d'un  personnage majeur dans l'event. Al Ewing avait promis le mois dernier une sorte de match retour au carnage perpétré par Uranos sur Arakko e,t avec Stefano Caselli, il tient sa promesse. Avec panache.


Absente lors de l'attaque contre Arakko, Tornade est de retour sur le terrain, résolue à se faire pardonner en détruisant ce qui reste de l'arsenal laissé derrière lui par l'Eternel.


Cependant, Magneto résiste toujours de son côté lorsqu'il reçoit le renfort de Sunspot en compagnie du Roi Pêcheur et de Sizia. Ce trio restaure à cette occasion une formation oubliée d'Arakko.


En effet, les Sièges de la Nuit étaient composés comme une sorte de cabinet de l'ombre, conseillant le Grand Cercle avant que Genesis, sous l'influence d'Annihilation, le le dissolve.


Aujourd'hu, cette instance va guider la réplique arakki. Et Tornade rejoint Magneto pour mener cette contre-offensive avec une cible toute désignée : Uranos.

C'est, peut-être (on le verra à la fin de l'event), ce qui fera la différence entre A.X.E. : Judgment Day et d'autres events Marvel : la complémentarité entre l'intrigue centrale et ses tie-in. De ce point de vue, les titres X ont parfaitement joué le jeu, et X-Men : Red le premier.

Pour mieux apprécier l'ampleur du massacre commis par Uranos, le précédent épisode formait une addition parfaite au premier numéro de l'event. Il convient à présent d'absolument lire X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 pour comprendre le sort d'un des acteurs majeurs de la nation X.

Magneto a survécu à l'assaut d'Uranos mais il est mal en point : l'Eternel lui a littéralement arraché le coeur et le maître du magnétisme ne tient debout qu'en utilsant son pouvoir à son maximum. Il lui faut encore lutter contre un monstre fait de plastique avec le renfort de Lodus et Xilo.

Mais cet épisode s'attache aussi au retour de Tornade sur Arakko : quand Uranos a frappé, elle se trouvait sur Krakoa, siégeant avec le Conseil, et elle s'en veut en considérant les dégâts. L'armée d'Uranos est toujours en train de dévaster son royaume et la résistance sur place s'affaire pour la contrer.

Ewing s'emploie à montrer les forces en présence et la difficulté à contenir l'arsenal éternel qui ravage Arakko. Le scénariste supprime quasiment tous les dialogues pendant une bonne partie de l'épisode pour s'appuyer sur une voix-off qui relate les positions des héros. Nova, Sunspot, Wrongslide, Khora,  sont aux avant-postes. Il y a aussi un astronaute humain en mission sur Mars qui sauve deux enfants arakki, ce qui confère au récit une touche plus normale, moins fantastique, et plus émouvante.

Lorsque Tornade rejoint Magneto et lui permet de subsister en lui fournissant une partie de son énergie électro-magnétique, la scène est magnifiquement mise en images par Stefano Caselli qui la transforme en un de ces moments épiques, bigger than life, jubilatoires. C'est aussi l'occasion pour les arakki d'apprécier la solidarité, l'esprit d'équipe, le sacrifice, le don de soi, dans une chorégraphie quasiment amoureuse. Si vous n'aviez jamais envisagé Tornade et Magneto comme un couple en puissance, vous changerez d'avis après cela (même s'il n'est pas sûr que Ewing concrétise cette union ensuite).

Il y a une richesse grisante dans ce chapitre qui embrasse avec panache l'envergure du conflit sans jamais oublier les personnages en route. On ressent parfaitement l'enormité de la tâche de ces arakki, de naissance ou d'adoption, face à une machine de mort effrayante, qui reste active même après le départ de son chef.

La narration capte aussi les nuances des sentiments d'un large casting, sans oublier personne : on assiste à la réusrrection d'Abigail Brand sur Krakoa (et peut-être que là, par contre, cela aura des conséquences par la suite car ce faisant, elle est redevable aux mutants qu'elle trahit par ailleurs en s'étant alliée à Orchis ou en reformatant le SWORD). On voit aussi Wiz-Kid et Cable déambuler en apesanteur dans la station du SWORD et Cable réclame à Wiz-Kid des explications sur les manigances de Brand.

Mais le climax de l'épisode se trouve dans l'effort fourni par Ewing pour apporter des pierres à l'édifice mythologique d'Arakko. Le scénariste a bien l'intention de faire de ce peuple autre chose qu'un supporting cast pour quelques X-Men exilés sur l'ex-planète Mars. On apprend donc les origines et l'évolution des Night Seats, une sorte de shadow cabinet, en marge du Grand Cercle d'Arakko, formés par trois sages. Durant la longue histoire d'Arakko et au gré des humeurs de Genesis, notamment quand elle subit l'influence d'Annihilation, ces trois sages furent congédiés et leur comité dissous.

Le Roi Pêcheur, qui en fit partie, a instruit Sunspot à leur sujet et il convoque Sizia pour le compléter. Ce secret bien gardé resurgit au plus fort de la crise et si cela contrarie d'abord Magneto, qui aurait aimé être dans la confidence (surtout après lui avoir ouvert la porte de son palais), il l'accepte vite car l'heure n'est pas au refus des alliances.

Srefano Caselli fournit un travail remarquable. Son trait expressif permet de savourer les émotions qui traversent les héros au coeur de la tempête tout en nous gratifiant d'images spectacualires. Il faut en profiter puisque l'artiste va prendre congé de la série au moins jusqu'en Décembre (il va illustrer le retour de l'héroîne de la série Hack/Slash écrite par Tim Seeley dans l'anthologie Image ! pour le 30èe anniversaire de l'éditeur indépendant).

X-Men : Red est une sacrée bonne série, qui conserve un niveau exceptionnel même en devant marcher dans les pas d'un event.

dimanche 7 août 2022

X-MEN : RED #5, de Al Ewing et Stefano Caselli - A.X.E. : JUDGMENT DAY tie-in


X-Men : Red #5 est une curieuse expérience puisqu'il s'agit d'un tie-in à Judgment Day #1, dont le projet consiste à nous narrer par le menu l'attaque d'Uranos sur Arakko. Un assaut éclair d'une heure durant laquelle l'Eternel a décimé les Arakki. On a donc l'impression de découvrir des scènes coupées d'une histoire et c'est spectaculaire, violent. Mais est-ce vraiment intéressant (en dehors des toutes dernières pages) ?


Plutôt que vous servir le résumé classique d'un épisode dont le contenu est sommaire - une énorme baston entre Uranos et les membres du Grand Cercle d'Arakko, ponctuée par les destructions massives infligées à la population par l'arsenal d'Uranos - , je propose qu'on zappe cette étape pour aller directement à la critique.


En effet, résumer une bataille est un exercice fastidieux et je préfère que vous la savouriez quand vous en aurez l'occasion. Disons tout de même que Al Ewing et Stefano Caselli ne font vraiment pas dans la dentelle. On pouvait s'y attendre, de la part d'Uranos, dont la réputation, sinistre, repose sur le fait qu'il a par le passé été un criminel génocidaire, mais avec le soutien de sa flotte, il commet un vrai massacre.


Al Ewing et Stefano Caselli montrnte ce colosse invincible résisiter aux ripostes successives de ses adversaires qui, contrairement au Krakoans, n'ont visiblement jamais appris à se battre de manière concertée et échouent donc à terrasser Uranos en le frappant à l'unisson. Ici, c'est chacun son tour, et comme on l'a vu dans Judgment Day #1, à la fin ce n'est pas l'Allemagne qui gagne mais l'Eternel.


Cette opposition a sinon du panache en tout cas une vraie ampleur car Ewing ponctue le combat central par des scènes sur Arakko assaillie de toutes parts par des vaisseaux et pillonnée par des armes dévastatrices. En l'absence de Tormade (qui se trouve sur Krakoa au moment des faits - Krakoa étant représenté sur Arakko exceptionnellement par Diablo), il manque un véritable chef qui organise les troupes martiennes.

On aperçoit bien Nova, qui tente de sauver des civils Arakki et autres, tout en comprenant silencieusement qu'il s'agit d'une mission impossible à assumer par lui seul. On aperçoit Sunspot et Wrongslide dans des mouvements de retraite.

Mais ce qui frappe surtout, c'est un sentiment de malaise profond, à double détente si je peux dire. D'abord, assister à ce massacre est d'abord une démonstration de force, de la part d'Uranos et des auteurs. Stefano Caselli ne ménage pas sa peine pour représenter les ravages, la rapidité, la sauvagerie mais aussi l'intelligence de l'assaut des Eternels. Al Ewing a bien voulu insister sur la globalité de l'attaque et l'envergure des dégâts et des pertes. Ils auraient pu se contenter de la bataille entre Uranos et le Grand Cercle, mais ils se sont employés à dépasser ce cadre pour bien prouver qu'Uranos s'en prenait à toute la planète.

Le spectacle vaut le détour, si j'ose dire. Légion, puis surtout Magneto résistent vaillamment à Uranos et Caselli découpe ces moments-clés de façon redoutable, suivant le script visiblement détaillé de Ewing quand il s'agit de décrire les sévices infligés par l'Eternel à ses ennemis (il est là pour tuer, pas seulement pour impressionner).

Mais c'est aussi là que réside la limite au spectacle, au divertissement, et que le malaise supplante tout. Car, d'une part, on peut s'étonner que les Arakki, qui sont tous des mutants de niveau oméga et des guerriers avec des siècles d'expérience, soient si facilement défiaits, humiliés, taillés en pièces. Hickman avait beaucoup insisté au moment de X of Swords sur la vaillance, la force, la longévité des Arakki, pour prouver que les Krakoans étaient des agneaux à côté. Et c'est pour cette raison (pour éviter que a nature belliqueuse et la puissance des Arakki ne finissent pas poser des problèmes sur Terre) qu'il fut décidé de les transporter sur Mars, à la fois pour les éloigner mais aussi pour en faire une ligne de défense mutante dans l'espace.

Or ici, que voit-on ? Des êtres effectivement très forts mais pas tant que ça. L'épisode montre à peine leurs pouvoirs immenses, ils se prennent une tannée express. Et ceux qui composèrent l'armée la plus redoutable de l'Outremonde agissent comme des poulets sans tête face à l'agression, incapable de coordonner leurs ripostes, se marchant même sur les pieds, et se faisant mater sans trop de problème. C'est plutôt étonnant.

Et c'est perturbant du coup parce qu'on a l'impression que Ewing et Caselli montrent un massacre sur lequel ils n'ont pas eu vraiment leur mot à dire. En effet, Kieron Gillen a encadré l'attaque en en donnant la durée et en montrant, avec Valerio Schiti, le résultat cataclysmique. Ewing et Caselli sont tenus de respecter ce cadre strict, sans surprise. Il n'y a donc aucun suspense dès le départ : les Arakki vont perdre, lourdement, rapidement. Et nous assistons à cette défaite, sanglante, brutale, abominable, sans vibrer, mais perturbé, mal à l'aise, car ce que nous lisons est raconté avec une certaine complaisance - il faut que ça charcle pour bien prouver que Uranos a été impitoyable.

Je suis arrivé à la fin avec ce sentiment-là. En me rappelant aussi que Ewing avait, également très tôt, sur S.WO.R.D., était contraint de composer avec King in Black. Mais il s'en était, je trouve mieux sorti car Donny Cates n'avait pas imposé des limites aussi strictes pour son event et les épisodes de SWORD développaient une chouette petite intrigue en parallèle. Là, aucun espace de liberté pour s'exprimer. Gillen a étranglé Ewing.

Enfin... presque. Car les dernières pages révèlent une surprise, et même deux, qui empêchent d'être totalement déçu, dégoûté. Et qui promettent surtout un sixième épisode de X-Men : Red flamboyant. Je ne peux en dire plus sans spoiler, mais croyez-moi quand je dis que ça devrait valoir le coup. Rendez-vous donc le mois prochain pour un vrai nouvel épisode de X-Men : Red, qui sera encore lié à Judgment Day, mais avec plus de personnalité, de tempérament.