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jeudi 16 août 2018

BATWOMAN #18, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco (FINALE)


Batwoman tire sa révérence (tandis que l'actrice Ruby Rose qui l'incarnera à la télé essuie une volée de bois vert sur les réseaux sociaux pour son homosexualité...) et Marguerite Bennett avec Fernando Blanco réussissent le tour de force de boucler leur saga dans un très beau final où Kate Kane semble retrouver la paix en même temps qu'une place propre pour son rôle de justicière maintenant qu'elle n'est plus soutenue par Batman.


La Crystal Tower. Le Clock King donne une réception pour vendre sa drogue, le Kairos, qui permettrait de voir dans le futur. Kate Kane et Renee Montoya se sont infiltrées parmi les invités mais leur hôte a anticipé leur venue et tendu un piège.


Batwoman affronte alors les automates du Clock King tandis que Renee éloigne les clients pour éviter qu'ils ne soient blessés, même s'ils tiennent surtout à obtenir leur dose de Kairos. La détermination des deux femmes a raison de cette adversité.


Le Clock King est acculé en coulisses mais, pour tenter à la fois de convaincre ses ennemies de l'efficacité de sa drogue et de s'échapper, il leur en souffle de la poudre au visage. Batwoman voit son avenir auprès de Renee, avec sa soeur Beth guérie et Julia Pennyworth. 


Mais Renee réagit et arrête le Clock King. Il est remis à son collègue, l'inspecteur Harvey Bullock du GCPD. Kate raccompagne Renee chez elle et cette dernière lui propose de reprendre leur histoire comme si rien ne s'était passé, comme un premier rendez-vous.


Estimant qu'un cycle se referme, Kate saisit cette opportunité pour savourer le moment présent. Et qu'importe si elle et Renee sont appelées chacune de leur côté pour des interventions, une page se tourne mais une autre commence.

Bien terminer un run, surtout quand on a disposé d'aussi peu de temps pour s'y préparer, est une gageure qui permet néanmoins de juger de l'adresse d'un scénariste. A ce jeu, Marguerite Bennett obtient la meilleure note en achevant sa prestation sur Batwoman, après seulement un an et demi de parution, dans ce qui est à la fois un terme, une synthèse et une ouverture pour ses successeurs (car, à n'en pas douter, l'héroïne reviendra).

Alors qu'on aurait pu croire que l'affrontement attendu avec le Clock King ne serait qu'un prétexte pour muscler ces adieux, la scénariste l'utilise au contraire pour leur donner un sens bien particulier. Alors que le méchant, pas très menaçant, tente une sortie, il propose à Batwoman et Renee Montoya de tester sa drogue, le Kairos, qui permettrait de voir son avenir.

La tentation saisit un instant les deux femmes car, si l'efficacité de cette substance est réelle, elle leur autoriserait de formidables opportunités : pour Kate, comment guérir définitivement sa soeur Beth ; pour Renee, prévenir des crimes - et pour les deux, savoir si leur couple peut être ressoudé. Le Clock King souffle de la poudre de Kairos au visage de Batwoman qui a un aperçu de son futur probable. Mais Renee appréhende le malfrat.

L'affaire est bouclée mais que va-t-il en découler ? Kate raccompagne Renee chez elle, Renee lui propose un nouveau premier rendez-vous. Et Kate privilégie, pour la première fois de son existence, de profiter simplement du moment présent, de laisser la vie choisir pour elle. Ainsi, elle s'affranchit de son passé agité, déchirée entre son père, Jacob ; son mentor, Batman ; elle se détache de ses erreurs, de ses démons (le meurtre de Clayface, son bannissement de la Bat-family, sa romance impossible avec Safiyah, sa rivalité avec Tahani). Et le bonheur qu'elle affiche en renouant avec Renee en dit plus long sur ce qu'elle compte y gagner que sur ce qu'elle craint de perdre. Ce n'est d'ailleurs pas seulement Kate mais Batwoman qui se resitue alors.

Fernando Blanco aura fait preuve d'une constance dans la très grande qualité durant la majeure partie de ce run, passant après Steve Epting sans que la série en souffre et rarement supplée. Encore une fois, il nous gratifie de superbes doubles pages, composées en orfèvre, sa spécialité. Mais on retiendra surtout, outre la bagarre nerveuse de Batwoman contre les automates, la simplicité payante des dernières planches.

L'espagnol se contente alors de saisir avec le plus de justesse possible dans la valeur des plans et des expressions des personnages la complicité de Renee et Kate, leur amour revenu, l'attirance évidente, la félicité lumineuse. L'artiste dessine des gros plans sur les visages mais aussi les mains, un sourire, avant d'offrir deux pleines pages romantique et iconique.

Blanco va bientôt remplacer (définitivement ou provisoirement ?) Joelle Jones au dessin de Catwoman. Quoiqu'il en soit, il a gagné ses galons avec Batwoman et DC lui doit une série à la hauteur de son talent.

Bien finir est délicat, mais ce dix-huitième épisode y parvient haut la main. C'est un peu étrange d'arrêter une si bonne série au moment où son héroïne va être incarnée à la télé (et donc profiter d'une publicité bienvenue), mais le personnage ne restera pas longtemps sans série. Espérons que la prochaine équipe créative à en hériter le traitera aussi bien. 

lundi 23 juillet 2018

BATWOMAN #17, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


De manière assez malicieuse, Marguerite Bennett a choisi de conclure son run sur Batwoman par un arc narratif en deux parties sur le thème du temps. Le mois prochain, cette excellente série s'arrêtera (avant d'être un jour relancée ? En tout cas, une série télé avec l'héroïne est en pré-production chez Warner) mais ni sa scénariste ni son dessinateur, Fernando Blanco, ne se sont résolus à bâcler leur sortie.


Six mois se sont écoulés depuis que Batman a répudié Batwoman, l'avertissant au passage qu'à la prochaine erreur de sa part il l'empêcherait de porter son pseudo et le signe de la chauve-souris. Kate Kane s'est installée à Gotham où elle partage un appartement avec sa soeur Beth, qui suit avec succès un traitement contre sa schizophrénie, et Julia Pennyworth. Sur son temps libre, elle combat le crime en ville.


C'est ainsi qu'elle vient en aide à son amie, l'inspectrice de police Renee Montoya, attaquée par un automate dans le commissariat central. Une fois le robot neutralisé, Renee explique à Batwoman qu'elle enquête justement en ce moment sur des engins identiques qui dealent une nouvelle drogue : le Kairos.


Ceux qui la consomment ont un bref aperçu de leur futur et peuvent ainsi planifier crimes et délits sans risquer d'être pris. Mais comment savoir qui est derrière ce trafic et ces robots ? Batwoman va aider à le découvrir en utilisant la technologie mise à disposition des alliés de Batman.


Elle se rend dans la "chambre froide" équipée d'un super ordinateur pour localiser la provenance d'un rouage de l'automate. En attendant le résultat de l'examen, Kate se souvient de sa dernière entrevue avec Safiyah Soheil à la prison de Gotham où elle lui avait offert un moyen de s'échapper mais avait refusé de la suivre en cavale.


Kate et Renee, avec le support de Julia Pennyworth, s'invitent à la Crystal Tower où a lieu une réception en l'honneur des clients du dealer de Kairos : le Roi des Horloges (Clock King). Mais ce dernier sait qu'elles sont là et les invités, tous des automates, reçoivent pour consigne de les tuer !

Le jeu auquel nous convie Marguerite Bennett est amusant : comment terminer une série en deux épisodes ? En racontant une histoire sur un vilain qui procure un moyen de lire l'avenir ! Cette mise en abyme est savoureuse puisque c'est comme si l'auteur nous glissait à l'oreille qu'elle avait prévu depuis longtemps le terme de son aventure, comme si, avec un brin de fatalisme, Batwoman était condamnée à être annulée...

L'espèce de poisse qui s'accroche au personnage a de quoi interroger en effet : malgré des équipes créatives talentueuses, et une volonté éditoriale de DC de soutenir l'héroïne depuis ses débuts dans la saga hebdomadaire 52, c'est comme si les fans n'étaient jamais assez nombreux pour permettre à Batwoman de s'imposer sur la durée. Il est certes difficile de vivre dans l'ombre de Batman, mais Batgirl, Nightwing y parviennent bien, alors pourquoi pas Batwoman ? 

Il est pourtant évident que l'éditeur et la scénariste avaient de grands projets pour Kate Kane avec le statu quo "Rebirth" puisqu'elle apparaissait dans Detective Comics et que, à la fin du premier arc de sa série, on découvrait son futur à la tête de la Colonie fondée par son père. 

En attendant, ce dix-septième épisode ne démérite pas par rapport à ceux qui l'ont précédé : Marguerite Bennett ne perd pas de temps pour résumer les six mois qui se sont écoulés depuis le n°16 ni pour introduire une nouvelle menace. Elle le fait d'ailleurs via Renee Montoya, reformant son couple avec Kate Kane (même si cela reste uniquement professionnel, car un flash-back nous rappelle que le souvenir de Safiyah reste vivace), et on peut penser que si Batwoman avait continué, la possibilité que la détective du GCPD redevienne la justicière The Question aurait été abordée. Le cliffhanger est accrocheur, plaçant les deux amies dans une situation périlleuse.

Le dessin de Fernando Blanco est toujours aussi séduisant et attractif : lui aussi sait comment mettre en images sur une page plusieurs mois passés, de manière inventive et élégante. Puis, comme l'histoire le lui permet, il alterne avec un égal talent scènes d'action (la bagarre dans le commissariat) et dialoguées (le repas avec Beth et Julia) ou descriptives (l'attente dans la "chambre froide").

Le découpage offre des enchaînements à la fois vifs et fluides, et Blanco soigne les décors, les costumes : cet artiste vous en donne pour votre argent sans chercher à épater la galerie, tout ça en assurant dessin et encrage, laissant à John Rauch la tâche d'une colorisation qui sait mettre en valeur ses planches.

Suite et fin, donc, le mois prochain.

dimanche 24 juin 2018

BATWOMAN #16, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


Pour ce dernier épisode de l'arc The Fall of the house of Kane, Marguerite Bennett orchestre un face-à-face entre Batwoman et Batman, qui trouve aussi des racines dans la série Detective Comics écrite par James Tynion IV. Fernando Blanco est au taquet. Et Alice au milieu. Autrement dit : ça va chauffer !


Batman est sur le point d'arrêter Alice pour l'envoyer à l'asile d'Arkham. Mais Batwoman lui demande de la s'occuper de sa soeur, convaincue qu'elle peut l'aider à recouvrer sa personnalité. Alice profite de la confusion pour fuir.


Batman la prend en chasse dans le building des entreprises Kane. Batwoman tente encore de raisonner son mentor, en vain. Elle prend alors le parti de sauver Alice, coûte que coûte, et l'embarque dans une folle course à moto dans le bâtiment.


Mais Batman ne lâche rien et réussit à écarter Batwoman et récupérer Alice. Batwoman riposte, d'abord par la force, pour gagner du temps, puis par la ruse en utilisant ce qu'elle pense être la seule vraie faiblesse du dark knight : un enregistrement des détonations du pistolet qui a servi à tuer ses parents.
   

Troublé, Batman accepte de laisser Alice à Batwoman. Mais il prévient cette dernière, fermement, que c'est sa dernière chance : après avoir tué Clayface et sauvé sa soeur, une troisième infraction l'obligerait à la chasser de Gotham en lui interdisant de conserver le nom de Batwoman.


Batwoman enlace Alice, consciente de la responsabilité qu'elle prend mais surtout que sa soeur l'a poussée dans cette voie périlleuse.

Précisons d'abord que l'épisode est accessible sans connaître les références à Detective Comics qu'il contient. Mais néanmoins, il est utile de savoir que James Tynion IV a écrit un arc narratif dans lequel Clayface perd le contrôle de ses pouvoirs et menace à nouveau des civils innocents. Contre l'avis de Batman et de ses partenaires, Batwoman prend la décision d'abattre Clayface. Ce choix entraîne une forme de procès, auquel elle ne se rend pas, mais pour lequel Batman demande conseil auprès de ses fidèles (Robin, Batgirl, Nightwing, Red Hood...). Au bout du compte, Batwoman est exclue de l'équipe.

Marguerite Bennett a donc dû composer avec l'histoire de son confrère, par ailleurs son ancien co-scénariste au début de la série Batwoman. On mesure, en comparant la manière de chacun de caractériser l'héroïne, la différence de ton : pour Tynion IV, Kate Kane est d'abord un soldat et elle agit en conséquence, sans états d'âme, pour sauver des vies quitte à sacrifier celle d'un acolyte ; pour Bennett, c'est plus nuancée puisqu'elle a toujours obéi à Batman pour lequel elle est en mission. Il y a donc une contradiction évidente entre d'un côté une héroïne qui commet l'irréparable en refusant l'autorité de son chef et de l'autre, la même qui est son agent.

Pour rendre ces deux facettes compatibles malgré tout, la scénariste installe Batwoman au coeur d'un dilemme encore plus cornélien puisqu'elle veut sauver sa soeur de Batman qui estime que sa place est dans un asile pour criminels. Il ne s'agit pas de tuer Batman pour tirer Alice de cette détention, mais, comme Kate tente de l'expliquer, de faire admettre à son cousin que Beth Kane est aussi de sa famille. Elle joue sur la corde sensible tout en paraissant honnêtement persuadée que Beth peut prendre le dessus sur Alice.

Marguerite Bennett est habile : elle sait que l'attitude de Batwoman n'est pas objective, et même peu défendable. Aussi concentre-t-elle l'essentiel de l'épisode sur Batman - un Batman taiseux, déterminé, sans indulgence, ce qui fait qu'il n'attire guère la sympathie et, donc, par ricochet, nous rend Batwoman plus humaine. Néanmoins, elle gagne en employant un subterfuge assez bas (rappeler à Bruce Wayne son pire souvenir) et la conclusion de l'épisode souligne bien l'ambiguïté de cette victoire, chargeant d'une lourde responsabilité l'héroïne et donnant à Alice le gain de la partie (elle échappe à Batman, à l'asile, et elle accable sa soeur). C'est très finement joué.

Fernando Blanco a de l'espace pour scénographier beaucoup d'action et sa maîtrise du découpage fait une nouvelle fois merveille. Comme il nous en a donnés l'habitude, il produit notamment une somptueuse double page (voir ci-dessus) avec une cascade et une vraie tension.

Mais surtout, ce qui séduit, c'est sa manière de ménager les temps forts de ceux où l'action fait une pause. Les deux tiers de l'épisode sont intenses, explosifs, et opposent l'expérience et l'obstination de Batman à la résolution désespérée de Batwoman, dont on sait qu'elle ne peut l'emporter physiquement. Puis dans le dernier tiers, le dialogue prend l'avantage et, malgré cela, Blanco maintient le lecteur sous pression (que va faire Batman ?). Les dernières pages montrent les personnages dans des plans larges, isolés, séparés, leur rupture consommée, ponctuées de rares gros plans insondables. Dans ces moments-là, les masques qu'ils portent sont des caches ineffectifs contre les sentiments exprimés et les fossés creusés : Kate Kane parle à Bruce Wayne de Beth, ce ne sont plus deux super-héros mais trois cousins qui comprennent que le Rubicon a été franchi.

Il reste désormais deux épisodes à Marguerite Bennett et Fernando Blanco pour terminer leur superbe run. C'est une autre triste perspective de savoir que cette série va s'interrompre en ayant redoré si bien le blason de Batwoman...

dimanche 20 mai 2018

BATWOMAN #15, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


Ce Dimanche sera donc consacré aux héroïnes puisque j'enchaîne les critiques de Kick-Ass #4 et de Batwoman #15. La fin de l'arc approche, mais aussi, et c'est nettement plus dommageable, comme cela a été annoncé cette semaine, la conclusion de la série que DC Comics a décidé d'annuler au #18.


Les chauves-souris empoisonnées d'Alice fondent sur Gotham et Batwoman doit arrêter cette attaque qui menacent de faire de centaines (des milliers ?) de victimes civiles. Tahani a profité de la confusion pour disparaître.
  

Constatant son impuissance à présent, Batwoman reprend contact avec "Tuxedo One" alias Julia Pennyworth et lui demande de préparer un antidote à partir d'un échantillon de son sang (celui de Batwoman) exposé aux toxines de l'Epouvantail lors de leur affrontement dans le Sahara.


Cependant, Batwoman passe à l'action avec une idée simple mais ingénieuse : elle embarque dans une navette et émet des ultra-sons, inaudibles par l'oreille humaine, mais auxquels répondent les chauves-souris qui la prennent en chasse, s'éloignant de Gotham.


Batwoman attire les bestioles dans le vaisseau Séquoia appartenant à la Colonie (la milice de son père, Jacob). Elle actionne son siège éjectable et déclenche l'auto-destruction du vaisseau, entraînant également celle des chiroptères. 


Julia a mis au point l'antidote tandis qu'Alice, désorientée par sa défaite et la désertion de Tahani erre sur le toit de Kane Industries. Elle va être arrêtée par Batman que Julia a préféré prévenir comme elle en informe Batwoman - laquelle va devoir rendre des comptes au dark knight...

J'ignore ce qui a motivé la décision de DC Comics d'annuler Batwoman en Août prochain - ventes trop faibles ? Repositionnement du personnage (également au coeur des intrigues du run de Detective Comics par James Tynion IV, qui en a fait l'adversaire directe de Batman) ? - mais c'est un choix dont l'injustice frappe les fans de la série comme c'est toujours le cas lorsque les auteurs accomplissent un remarquable boulot.

Existerait-il une sorte de malédiction Batwoman ? Depuis sa création, le personnage n'a jamais eu une publication facile : introduite dans la saga hebdomadaire 52 par Greg Rucka, elle a ensuite dû attendre de nombreux mois pour réapparaître dans les pages de Detective Comics afin de préparer le lancement de sa propre série, toujours par Rucka et dessinée par J.H. Williams III. Avec une telle équipe créative, tout semblait réuni pour en faire un événement.

Ce fut le cas, un temps, car Williams III, artiste aussi virtuose qu'incapable de tenir un rythme mensuel (moins en raison d'un manque de discipline que par son style est exigeant), dut trouver une remplaçante pour réaliser un arc sur deux. Amy Reeder s'acquitta de la tâche avec mérite, mais sans convaincre les lecteurs, et elle jeta l'éponge sans être retenu par l'équipe éditoriale. L'aventure devait se conclure par une polémique quand Rucka et Williams III voulurent officialiser l'homosexualité de Kate Kane en mettant en scène son mariage avec sa compagne que refusa de valider DC Comics à l'époque (par peur de choquer une partie du public).

Tout cela remonte à avant les "New 52" dont Batwoman sera une des grandes absentes (la chronologie de la Bat-family ayant été très chamboulée par le reboot). Avec "Rebirth" et son objectif de corriger les errements du précédent statu quo, l'héroïne figure dans deux titres : Detective Comics et sa propre série. A chaque fois, elle est au premier plan, servie par des auteurs inspirés. Tout pour gagner enfin la place qu'elle mérite (l'égale féminine de Batman). Il semble donc que non - et pour le coup, James Tynion IV a une part de responsabilité car dans Detective Comics il met en scène, patiemment, la dérive de Kate Kane du "côté obscur de la force" jusqu'à l'opposer directement à Batman (avant un sursaut final).

Marguerite Bennett, qui a rédigé les premiers épisodes du titre dédié à l'héroïne avec Tynion IV, a vite montré, après le départ de ce dernier, qu'elle comptait corriger le tir et développé un vrai feuilleton à partir de l'organisation "Many Arms of Death", qui a fait voyager Batwoman en l'exposant autant à divers ennemis qu'à elle-même. Le résultat est devenu passionnant et ce quinzième épisode en offre une nouvelle preuve tout en misant sur le grand spectacle et l'action. La scénariste a aussi ramené sur le devant de la scène Alice, la soeur de Kate Kane, son Joker à elle, en nuançant son rôle (bien mieux qu'à l'époque de Rucka).

Fernando Blanco a été la révélation de ce run après avoir eu la lourde charge de remplacer Steve Epting (et de faire oublier JH Williams III, que Epting singea dans l'épisode 0). Sa prestation est encore une fois impressionnante, transformant des exercices comme les splash-pages ou doubles pages en véritables expériences de découpage et de composition.

La dernière page de l'épisode promet beaucoup et on devine que l'explication des Bats ne va pas être une discussion mesurée. Si les lecteurs américains n'ont pas été sensibles à la qualité de cette série et pas assez nombreux à l'acheter, c'est aussi étonnant que désespérant : quoiqu'il en soit, le couperet est tombé et il faut donc savourer les prochains et ultimes numéros, ce seront le chant du cygne d'une des meilleures productions de DC Comics depuis "Rebirth"

samedi 21 avril 2018

BATWOMAN #14, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


Avec son titre menaçant et épique, Fall of the House of Kane, le nouvel arc narratif développé par Marguerite Bennett depuis le mois dernier a des allures de baroud d'honneur, de climax après un an d'écriture qui ont confirmé le talent de la scénariste. Cette deuxième partie ne déçoit pas, au contraire, montant encore d'un degré, avec la contribution toujours épatante de Fernando Blanco au dessin : Batwoman vaut plus que jamais qu'on s'y engage.


Batwoman rejoint Gotham, depuis Bruxelles, par la voie des airs, en compagnie de Safiyha Sohail, mais elle a enfermé celle-ci dans une cellule de son jet car elle reste méfiante. Puis elle informe Julia Pennyworth de son arrivée et de la situation.


Tahani a enlevé Beth Kane, dont la schizophrénie a réveillé sa double personnalité maléfique, connue sous le nom d'Alice, et elles vont attaquer Gotham. Par quel moyen ? Batwoman ne va pas tarder à le savoir mais n'entend pas rester passive.


Elle a localisé l'avion de ses ennemies en train d'atterrir sur le toit d'un building et les y rejoint. Tahani l'attend pour l'affronter et le combat qui suit est âpre, sans concession, une lutte à mort entre celle qui estime que la justicière lui a tout pris et qui a convaincu Alice de lui rendre la pareile.


Si Batwoman réussit à prendre l'avantage sur Tahani, elle écoute ensuite Alice lui exposer avec quelle méticulosité diabolique elle a organisé sa revanche, depuis tous ces mois passés à affronter les membres de l'organisation "Many Arms of Death" jusqu'à sa rencontre dans le Sahara avec l'Epouvantail qui l'a exposée à une toxine spéciale.


Ce même poison a été administré à des chauve-souris qui sont lâchées sur Gotham pour infecter la population et la décimer. Punie pour avoir préférer servir Batman plutôt qu'aider sa famille, Batwoman ne se résigne pourtant pas car elle sait que le mal qu'elle porte est aussi l'antidote à la peste qui va ravager sa ville...

Avec le recul dont le lecteur dispose désormais sur la série, on peut clairement décrire la construction narrative de Marguerite Bennett : c'est un jeu de dominos où la chute de chaque pièce entraîne celle de la suivante et, in fine, dévoile un motif plus global, général, le plan machiavélique, ourdi de longue date, patiemment, cruellement, davantage par Tahani que par Alice. L'objectif n'est pas tant Batwoman que Gotham car en attaquant Gotham, c'est de toute façon Batwoman qu'on dépasse et terrasse.

Le mobile de tout cela est moins la vengeance, dans sa forme classique, que le dépit, ou la revanche, car Tahani considère explicitement que Kate Kane lui a pris ce que lui appartenait et elle riposte en faisant de même. Tahani était la maîtresse de Safiyha Sohail, résidente de l'île de Coryana, membre d'une organisation florissante de pirates : tout cela a été compromis, détruit et subtilisé par Kate devenue l'amante de Safiyha, sa remplaçante au sein du cartel, l'invitée sur l'île. En étant préférée par Safiyha à Tahani, Kate est devenue, sans le vouloir, sans en mesurer les conséquences, son ennemie.

Finalement, les amours saphiques des trois femmes au coeur de cette saga deviennent presque secondaires car Marguerite Bennett les traite sans avoir besoin d'insister : la haine, sans retour, a pris place et a présidé à un règlement de comptes qui trouve ici sa scène finale, son apothéose. Mais avec une dose de perversité et de cruauté supplémentaire puisque Alice est devenue l'ultime pièce du dispositif imaginé par Tahani : quoi de plus savoureux pour une méchante que d'utiliser la soeur de son adversaire pour justement la châtier ?

Fernando Blanco aura été l'autre grande révélation de la série, qui, après le départ de Steve Epting, aurait pu sombrer visuellement. Mais ce dessinateur a su relever le défi de passer après un confrère plus expérimenté, connu et impressionnant, et s'approprier l'héroïne et ses aventures en lui consacrant autant de soin.

La régularité de Blanco est d'autant plus saisissante que l'artiste épate par l'allure de ses planches. C'est un esthète complet, qui sait installer une ambiance forte, détaille ses décors sans étouffer ses compositions, insuffle du mouvement avec un découpage toujours intelligent et varié, maîtrise les designs, et profite de sa complicité avec le coloriste John Rauch.

Quand il cède à des effets plus convenus, comme l'usage de doubles-pages, il le fait avec à-propos pour servir une idée, un tournant dramatique, dynamiser une scène, et non pour se reposer un effet spectaculaire. C'est vraiment jubilatoire de lire un comic-book aussi bien fait : classique peut-être, mais avec classe.

Le cliffhanger est palpitant à souhait et on va compter les jours pour savoir si la "chute de la maison Kane" est effective ou pas. 

mardi 27 mars 2018

BATWOMAN #13, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


Avec ce treizième épisode commence en quelque sorte la deuxième "saison" de la série, mais "en quelque sorte" seulement car il est si organiquement lié aux précédents qu'il ne s'agit pas d'une histoire différente, mais de la poursuite, du développement de l'intrigue démarrée depuis le début du titre. On est dans une logique de feuilleton, sans interruption, et cela donne une ampleur nouvelle aux aventures de Batwoman, qui l'émancipe vraiment du reste de la "Bat-family".


Une fois arrivée à Bruxelles, Kate Kane se rend au sanatorium où est internée sa soeur jumelle, Beth alias Alice, l'ennemie de son alter-ego Batwoman. Mais elle apprend que celle-ci a disparu, enlevée (sans que cela ne semble vraiment déranger les responsables de l'établissement...). Batwoman se rend donc à l'adresse du domicile occupé par les Kane dans la capitale belge autrefois, là aussi où Kate, sa soeur et leur mère furent kidnappées avant d'être rendue, pour la première, à leur père, Jacob Kane.


La maison est abandonnée depuis les sinistres événements dont elle fut le théâtre mais Batwoman est certaine d'y trouver un indice, peut-être même la "Mother of War", leader de l'organisation des "Many Arms of Death", dont elle pense qu'il s'agit de Safiyha Sohail. Elle l'attend effectivement dans l'ancienne chambre des jumelles Kane.
  

Les deux ex-amantes s'affrontent et Batwoman, animée par la colère, a l'avantage et menace Safiyha. Mais celle-ci jure n'être pour rien dans la disparition de Beth ni même dans les manigances des "Many Arms of Death" : il s'agit d'une ruse, entreprise depuis longtemps, pour les éloigner de leurs bases respectives, Coryana et Gotham.


Et qui, plus que toute autre, peut leur en vouloir à ce point, à toutes deux ? Quelle femme est leur ennemie jurée, parce que Kate a été sa rivale et Safiyha la maîtresse qui l'a rejetée ? Tahani bien sûr. Celle-là même qui, en ce moment, est à bord d'un avion privé avec les jumeaux de l'organisation et la vraie chef des "Many Death of Arms" : rien moins qu'Alice, alias Beth Kane, résolue à attaquer Gotham comme elle l'a fait avec Coryana !

C'est vraiment un point d'orgue, un climax, pas seulement avec la révélation de la dernière page - l'identité de la "Mother of War" - mais tout l'épisode. Ce genre d'épisode où une série prouve qu'elle n'est pas seulement une série de plus, qui plus est dans une collection dont la tête de gondole est Batman. Mais un épisode où son héroïne gagne ses galons, devient vraiment une vedette, l'actrice d'une saga.

On me rétorquera, qu'en leur temps, Greg Rucka et J.H. Williams III, puis J.H. Williams III seul, avaient produit des arcs narratifs passionnants, visuellement impressionnants. Mais c'était à une époque où Batwoman cherchait encore sa place dans le "Bat-verse" (et par extension le DCU), après avoir eu du mal à prendre corps (depuis son apparition dans la saga hebdomadaire 52). Ce qui manquait à ce personnage, c'était une série où, peut-être, il y aurait moins de coups d'éclats narratifs et de morceaux de bravoure graphiques, mais une continuité, une suite d'épisodes qui l'affirmeraient comme un personnage méritant sa place.

James Tynion IV a grandement contribué à cela en intégrant Batwoman à la série Detective Comics, tout en caractérisant le personnage comme une sorte de chef très autoritaire, agissant comme une militaire, prête à tuer (ce qui reste cohérent vu sa formation). Mais cela lui ôtait du coup un capital sympathie essentiel pour adhérer complètement.

Marguerite Bennett n'a pas gommé la dureté inhérente, consubstantielle, à Kate Kane, mais elle a pu, en opérant un focus sur elle, en l'affranchissant de Batman, de la "Bat-family", lui ajouter une humanité, des failles, une prise de conscience de ses défauts - tout ce qui permet au lecteur d'apprécier une héroïne.

Ce travail a pu sembler d'abord classique et laborieux, avec le récit d'une romance contrariée avec Safiyha (alors que le fan de Batwoman l'associait à Renee Montoya). Mais la scénariste n'a pas effacé l'oeuvre de ses prédécesseurs comme on peut en juger dans cet épisode où elle mentionne les origines de Kate telles que narrées dans l'arc Elegy de Rucka, puis en ramenant Alice, et en rattachant tout cela au subplot de "l'année perdue" sur Coryana. Le plan du récit, on le voit ici, a été minutieusement élaboré et respecté, chacune des étapes, via les arcs narratifs successifs, participant à son déroulement. Non seulement la série a décollé mais pour atteindre des sommets. La suite est prometteuse.

Fernando Blanco revient au dessin, après l'intérim de Scott Godlewski (qui reste dans cet univers puisqu'il officie désormais sur Batgirl). On avait quitté l'artiste un peu fatigué avec l'aventure contre l'Epouvantail, épaulé par Marc Laming. Son break lui a été profitable car l'épisode est formidable.

Toute l'action, pratiquement, se situe dans la maison abandonnée des Kane à Bruxelles que Batwoman explore minutieusement avant de retrouver Safiyha. Il ne se passe pas grand-chose mais il fallait du talent pour exprimer la tension de ce retour, de cette visite. Blanco excelle à faire monter la pression, il fait mariner Batwoman et le lecteur avec un découpage admirablement dosé, ponctué d'éclats.

Le face-à-face entre Kate et Safiyha est intense à souhait et la transition jusque dans l'avion où se trouvent les jumeaux, Tahani et Alice est exceptionnellement fluide. Une merveille de précision.

Pour ceux qui en doutaient encore, Batwoman est une superbe réussite. Pas l'exploit permanent du Batman de Tom King, mais au moins aussi bien que Detective Comics de Tynion IV, et supérieure à Batgirl (qui joue sur un registre plus léger) et Nightwing (très irrégulier).   

lundi 26 mars 2018

BATWOMAN #11-12, de Marguerite Bennett et Scott Godlewski


Les épisodes 11 et 12 de Batwoman sont parus en Janvier et Février dernier, ce qui va me permettre, dès demain, d'atteindre le n°13 sorti ce mois-ci et de donc être synchrone avec la publication de la série, pour laquelle, malgré le plaisir que j'ai à la lire, j'ai commis l'erreur de laisser passer trop de temps après son premier arc narratif. Le diptyque auquel je consacre cette entrée aujourd'hui est une transition qui mène à la prochaine étape, dans laquelle Marguerite Bennett boucle l'intrigue sur "l'année perdue" de Kate Kane sur l'île de Coryana avant de rebondir directement sur la suite de sa mission contre l'organisation "Many Arms of Death".


Pendant qu'elle affrontait l'Epouvantail dans le désert du Sahara, où elle a croisé son père, Jacob Kane et sa Colonie, Batwoman a laissé seule son assistante, Julia Pennyworth, qui a été enlevée au Caire, en Egypte. Mais ses ravisseurs ont laissé un indice déterminant - un fragment de porcelaine - qui évoque à la justicière un ennemi de Batman.


Grâce à cela, elle peut mener des recherches à Alexandrie. Mais la concentration lui fait défaut car ce morceau de porcelaine lui fait aussi penser à sa soeur jumelle Beth, devenue Alice, son ennemie. Se pourrait-il que les deux affaires soient liées ?


Batwoman délivre Julia du Professeur Pyg qui détient plusieurs otages dont il comptait faire ses sbires. Mais il réussit à s'évader, non sans avoir livré quelques révélations troublantes à son adversaire au sujet de sa soeur. C'est désormais assez pour Batwoman qui décide de creuser cette piste tout en étant résolue à faire preuve de plus de rigueur - à la manière d'un détective comme Batman et plus seulement d'un soldat comme elle y a été formé...


Pour ses investigations concernant Alice, Batwoman se rend en jet à Bruxelles. En route, elle se remémore la fin de l'année qu'elle passa sur l'île de Coryana aux côtés de Safiyha Sohail au sujet de laquelle elle nourrit des soupçons sur sa disparition - serait-ce elle, la "Mother of War", leader des "Many Arms of Death" ?
  

Sur l'île une étrange épidémie touchait et éliminait tous les renards. Tout portait à croire à un empoisonnement et le cartel de pirates guidé par Safiyha était à cran : qui pouvait vouloir ruiner leur refuge ainsi ? Les soupçons se portèrent sur Maksim qui fut jugé expéditivement et condamné à mort, tué sous les yeux de Kate Kane qu'il avait accusé précédemment d'avoir semé le trouble dans leur communauté depuis son arrivée.


Mais Kate comprit qu'elle était responsable de la maladie des renards qu'elle avait infectés accidentellement en leur transmettant une bactérie provenant du corail qu'elle avait heurté avant d'être repêchée. Safiyha avait donc sacrifié Maksim en connaissance de cause et se préparait à démanteler son propre gang.


Refusant d'être sa complice, Kate prit la fuite mais Safiyha lança à sa poursuite Tahani pour l'empêcher, à tout prix, de quitter Coryana. Kate parvient à ses fins malgré tout... Aujourd'hui, elle a la conviction que Safiyha est à la tête des "Many Arms of Death" depuis laquelle elle prépare des actes terroristes d'ampleur - et prête, pour écarter Batwoman, à s'en prendre à sa soeur Beth/Alice...

C'est une mécanique décidément bien huilée qu'a développée Marguerite Bennett depuis le début de la série (même si elle a d'abord été aidée par James Tynion IV, dans un rôle de mentor/superviseur) car pile un an après son lancement, on arrive aux révélations expliquant comment et (surtout) pourquoi Kate Kane a quitté l'île de Coryana et son amante Safiyha Sohail. Un an dans le passé pour mieux éclairer l'année présente et sa collection de péripéties avec la mission donnée par Batman à Batwoman de démanteler l'organisation "Many Arms of Death".

On mesure donc avec quelle rigueur et quelle application la scénariste a à la fois respecté son plan tout en semant les indices. Le lecteur a avancé à la même vitesse que Batwoman dans cette enquête, partageant son trouble, ses doutes, ses incertitudes, mais aussi sa détermination, sa pugnacité, et sa croyance dans l'identité du coupable - même si, sur ce dernier point, on le verra dans le numéro suivant, l'auteur nous a réservés une surprise...

Ces deux épisodes soulignent aussi l'importance des femmes qui ont entouré/entourent Kate/Batwoman : dans un premier temps, elle doit retrouver Julia Pennyworth, qui l'assiste dans ses missions, alors qu'elle a été enlevée par le Pr. Pyg. Celui-ci est un des méchants les plus grotesques, inquiétants et contestés de la galerie d'ennemis de Batman : affublé d'un masque porcin, il pratique des expériences sur ses victimes pour en faire ses laquais. Visuellement, il semble sorti d'un cartoon mais psychologiquement il émane de lui quelque chose de profondément malsain qui contredit son aspect ridicule. C'est en fait comparable au clown Pennywise du roman ça de Stephen King.

Passé ce chapitre, vite expédié bien que livrant des informations qui désarçonnent Batwoman (et qui voit le méchant lui échapper), Bennett revient au coeur de sa saga, la mythologie établie dans son run, la fameuse "année perdue" de Kate Kane passée sur l'île de Coryana et sa romance avec la pirate Safiyha Sohail. Comme le promet la couverture, on va enfin savoir comment elles se sont achevées.

La narration se fait encore plus nerveuse, tendue, intense, atteignant un vrai pic avec l'exécution de Maksim, la découverte de la véritable raison de la mort des renards, de la duplicité de Safiyha, la rivalité explosive entre Kate et Tahani. De nombreuses pièces du puzzle s'assemblent alors et le lecteur partage avec Batwoman une conviction terrible sur les projets de son ex-amante, liés à l'organisation des "Many Arms of Death". De l'art d'utiliser un flash-back avec à-propos et efficacité, juste avant d'entamer la "saison 2" de la série.

Pour ces deux épisodes, Scott Godlewski remplace Fernando Blanco (qui reviendra au #13). Ce dessinateur, révélé par la série Copperhead (écrite par Jay Faerber chez Image, avant qu'elle ne soit interrompue puis relancée avec un autre graphiste récemment), a rejoint DC Comics où il cherche encore sa place (on l'a vu participer au Superman de Peter J. Tomasi en fill-in de Patrick Gleason).

Animer une héroïne, au caractère bien trempée et dans le feu de l'action, ne le dépayse guère puisque c'était déjà le cas de la shérif Bronson de Copperhead. On remarquera cependant qu'il a modifié un peu son style : Godlewski faisait penser à un Scott Murphy plus calme, avec un trait moins saturé de hachures, mais avec des éléments communs (une tendance à privilégier les formes anguleuses, y compris anatomiquement, et un soin apporté aux détails des décors).

Peut-être plus pressé par le temps, il rend une copie moins peaufinée mais néanmoins excellente. Son dessin a gagné en nervosité ce qu'il a perdu en précision, mais c'est un mal pour un bien car la narration est très dynamique. Godlewski multiplie les angles de vue, varie son découpage, et la colorisation de John Rauch donne beaucoup de force aux scènes (en particulier nocturnes).

La suite, très vite, promis, avec des twists percutants, le retour de Fernando Blanco, et Marguerite Bennett toujours aussi captivante !    

vendredi 16 février 2018

BATWOMAN #9-10, de Marguerite Bennett, Fernando Blanco et Marc Laming


Et voici donc la suite et fin de l'arc Fear and Loathing, écrit par Marguerite Bennett, toujours dessiné par Fernando Blanco avec l'aide de Marc Laming (pour le #10). Batwoman va-t-elle réussir à se sortir de l'emprise de l'Epouvantail dans sa base cachée sous le sable du désert du Sahara ?


Exposés aux gaz du Dr. Jonathan Crane, Batwoman et Colony Prime perçoivent leur environnement commun différemment : pour elle, c'est une version du pays des merveilles inspirée de son ennemie Alice (alias sa soeur jumelle Beth Kane) ; pour lui, d'un jeu vidéo auquel il s'amusait dans son enfance.


Grâce au casque de son armure (à lui) et à son costume (à elle), ils réussissent à lancer un S.O.S. par radio afin d'atteindre Jacob Kane. Mais l'Epouvantail éprouve ses otages : Colony Prime pense à sa famille en danger et Batwoman découvre ainsi qu'il est père.


Jacob Kane, à bord d'un vaisseau de la Colonie, sa milice, reçoit l'appel au secours de son agent et de sa fille et remonte le signal pour les localiser. Pendant ce temps, Batwoman est à son tour tourmentée par l'Epouvantail mais elle refuse de céder à la panique. En résistant du mieux qu'elle le peut, elle se remémore son parcours, ses échecs, son émancipation aussi.


Ainsi laisse-t-elle sa part la plus bestiale prendre le dessus afin d'avoir l'avantage sur l'Epouvantail et de l'affronter sur son terrain. Elle lui inspire une peur encore plus grande alors que celle qu'il a voulu lui inoculer.


La stratégie du savant fou se retourne contre lui alors que Batwoman lui apparaît comme un monstre prêt à le détruire...


Qu'advient-il dès lors qu'une héroïne et son adversaire, pour se neutraliser, doivent, en vérité, faire face à leurs propres peurs ? Qui, de Batwoman ou de l'Epouvantail, peut être le plus terrifiant ?
  

Batwoman arrache par l'effroi qu'elle lui inspire un antidote à l'Epouvantail. Après quoi elle se lance à la poursuite de Fatima, son intermédiaire avec les jumeaux à la tête de l'organisation terroriste "The Many Arms of Death" mais sans réussir à la rattraper, car trop confuse.


Pour retrouver la paix en elle, Batwoman pense à Safiyah et s'abandonne à une étreinte fantasmatique avec son amante. Elle est ensuite prise en charge par les médecins de la Colonie, qui investit le laboratoire de Jonathan Crane, à qui on passe les menottes.


Jacob Kane fait son entrée et tente une nouvelle fois de la persuader de rallier son armée en lui expliquant qu'à eux deux, leur action sera plus efficace. Mais elle décline l'offre par loyauté pour Batman. Cette réponse déplaît à son père qui a toujours considéré le chevalier noir de Gotham comme son rival, celui qui lui avait volé sa fille.


Jacob gronde Batwoman pour tourner ainsi le dos à sa famille au profit d'un justicier dont il veut la convaincre qu'il la manipule et la sacrifiera si besoin est. Mais l'héroïne campe sur sa position. Seule avec Colony Prime, elle le met à son tour en garde contre les méthodes de Jacob, le cycle de violence dans lequel il l'entraînera.  

Batwoman annonce son projet de poursuivre son enquête sur "The Many Arms of Death" en trouvant une femme mentionnée par Fatima sous le nom de "Mother War", qui serait, selon elle, la véritable leader de l'organisation terroriste - les jumeaux n'en représentant que l'image publique. Elle quitte la base de l'Epouvantail et, sous le clair de lune dans le désert, fixe un renard passant par là : l'animal lui rappelle l'île de Coryana - et donc Safiyah...

Ces deux chapitres concluent en beauté cette histoire, menée sur un rythme soutenu, riche en péripéties bien que se déroulant en huis-clos. Marguerite Bennett maîtrise son affaire et a des idées arrêtées sur la manière d'animer Batwoman et de développer sa série, en en respectant les origines mais aussi en lui bâtissant un avenir.

L'affrontement qui oppose l'Epouvantail à Batwoman et Colony Prime réserve son lot de scènes spectaculaires, faisant la part belle à des hallucinations mémorables et soulignant à la fois le machiavélisme du méchant (dont les fumigènes réveillent les démons et les peurs les plus intimes) et son aspect terrifiant (sa représentation, démesurée, est particulièrement efficace).

La solution choisie par l'héroïne pour vaincre son ennemi équivaut à la stratégie d'un kamikaze, en se lâchant complètement, quitte à perdre la raison. Cela aboutit au climax de leur duel quand Batwoman apparaît en monstre indescriptible, qui tient de la chauve-souris et du chien, une abomination propre à terrasser l'Epouvantail lui-même. La séquence est impressionnante.

Mais l'intrigue, développée en parallèle, avec l'organisation que sert Jonathan Crane, n'est pas oubliée et s'enrichit même d'une nouvelle piste avec l'évocation de "Mother War", dont l'identité sera le prochain mystère à résoudre pour Batwoman. J'ai personnellement une piste concernant la chef de "Many Arms of Death", inspirée par l'apparition du renard à la toute dernière page de l'épisode 10, mais si elle se vérifie, ce serait un fameux twist, dont je me demande comment il serait à la fois amené et expliqué. Je ne le révélerai pas par prudence et pour ne pas vous influencer (mais si vous avez des hypothèses à ce sujet, partagez-les en déposant un commentaire...).

Visuellement, ces deux épisodes conservent l'excellent niveau du début de l'arc : Fernando Blanco réalise l'entièreté du #9 avec le même soin qu'auparavant, détaillant les décors, variant le découpage, d'un trait précis et fouillé, avec des personnages expressifs à la gestuelle traduisant bien l'intensité de la situation dans laquelle ils sont plongés.

Mais sans doute ces efforts ont un prix pour l'artiste qui, plutôt que de risquer de bâcler, a préféré être suppléé pour les deux derniers tiers du #10 : c'est Marc Laming (entre autres remplaçant de Leonard Kirk sur Fantastic Four, écrit par James Robinson, et dessinateur chez Dynamite Comics) qui s'y colle et le résultat est concluant. Bien que son trait soit un peu plus raide, rappelant celui de Fernando Pasarin (Justice League, Justice Society of America), il ne lésine pas non plus sur les détails et reste proche du style de Blanco, avec un encrage plus fin et une utilisation plus abondante de l'infographie pour les arrière-plans. Le coloriste John Rauch conserve l'unité esthétique de la série grâce à une palette identique, nuancée pour les moments calmes, expressionniste pour les hallucinations.

En quatre épisodes, en tout cas, Batwoman a trouvé une cohérence, un tonus et une élégance très accrocheurs : c'est une excellente production, avec une identité forte dans la collection abondante des Bat-titles qui, comme Batgirl par Hope Larson, mérite qu'on la suive avec fidélité.