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mardi 14 septembre 2021

KATE, de Cédric Nicolas-Troyan


Comme tout fan de Mary Elizabeth Winstead, j'attendais avec impatience la diffusion sur Netflix de Kate, son nouveau film, mis en scène par Cédric Nicolas-Troyan. Non pas que ce soit un chef d'oeuvre programmé, mais parce que cette actrice n'a pas la reconnauissance qu'elle mérite. Et je n'ai pas été déçu par cette histoire d'une tueuse condamnée qui se lance dans une vengeance pleine de sang et de fureur, qui assume ses références en sachant les dépasser.


Osaka, Japon. Kate, une tueuse professionnelle, est accompagnée par son mentor, Varrick, pour y éliminer Kentaro, un cadre de la pègre locale. Elle remplit son contrat mais la présence sur les lieux de la fille de sa victime l'a perturbée suffisamment pour qu'elle annonce son intention de raccrocher, une fois sa mission achevée.


Après avoir passé la nuit avec un inconnu Stephen, Kate rejoint Varrick à Tokyo pour tuer Kijima, le grand chef des yakusas. Mais elle rate son tir, prise d'un malaise, et doit quitter les lieux avant d'être localisée par les gangsters et la police. Elle échoue à l'hôpital où un médecin de garde lui révèle qu'elle a été empoisonnée par une substance radiocative : il ne lui reste plus que 24 heures à vivre.


Kate pense tout de suite à Stephen et, se souvenant d'une adresse qu'il a mentionnée en discutant avec elle, le trouve en compagnie de sa femme. Il avoue l'avoir intoxiquée sur ordre de Sato, un lieutenant de Kijima. Pour débusquer Sato, Kate s'en remet à Varrick qui accepte de l'aider en sachant que sa protégée est condamnée.


Kate se rend dans un club, le Black Lizzard, et y commet un vrai massacre. Devant le refus de Sato de livrer l'adresse de Renji, son supérieur, elle affronte plusieurs hommes de main avant que l'un d'eux n'évoque Ani, la fille de Kentaro et protégée de Renji. Kate trouve la gamine dans une salle de jeux et l'enlève puis téléphone à Renji pour organiser un échange. Renji envoie ses hommes liquider Kate et récupérer Ani.


Mais Kate, enragée, ne fait plus de quartier et élimine ses adversaires. Elle gagne l'amitié de Ani quand celle-ci découvre que Renji a voulu la tuer par la même occasion, car elle est l'unique héritière de Kentaro, petit frère de Kijima. Pour remonter jusqu'à Renji, Ani a l'idée de s'adresser à Jojima, son amant dans le portable duquel Kate trouve l'adresse du yakusa. Renji, acculé, livre l'emplacement du repaire de Kijima.


Kate appelle Varrick pour l'informer de ses progrès mais elle ignore que son mentor est complice de Renji pour détrôner Kijima en se servant d'elle. Le chef des yakusas le lui apprend et elle l'épargne quand elle lui fait face. Cependant, Varrick enlève Ani, qui est restée à l'extérieur. Kate et Kijima opèrent alors une descente dans le building de Renji et Varrick pour en finir avec eux...

John Wick a été aux films d'action ce que Jason Bourne a été aux films d'espionnage : un salutaire coup de balai, un dépoussiérage en règle. Nul besoin pour cela d'une intrigue trop sophistiquée, mais d'une esthétique nouvelle, plus nerveuse, et aussi plus ironique, qui sait prendre ses distances avec le (sous) genre, en mettant en scène un (anti) héros qui n'a plus rien à perdre mais qui survit à tout, comme dopé par sa mission. John Wick voulait se venger des voyous qui avaient tué son chien et volé sa voiture, ils ignoraient s'en être pris à "Baba Yaga", le plus terrible des assassins, retiré après le décès de sa femme.

Chad Stahelski, comme Paul Greengrass pour Jason Bourne, avait appliqué à sa réalisation des codes simples mais redoutablement efficaces en utilisant une caméra très mobile, au plus proche de son héros, pour retranscrire toute la furie des combats, des poursuites. Cela a engendré bien des copies, plus ou moins inspirées, sur la base de cette grammaire visuelle.

Il était logique qu'une plateforme de streaming comme Netflix s'empare du phénomène en voulant le reproduire, quitte l'essorer. Au risque aussi de l'affadir car désormais, suivis par des millions et soumis au fait de devoir plaire à ce plus grand nombre, il n'est plus question pour Netflix (comme pour les autres services de streaming) de produire des films trop dérangeants : il faut que ce soit visible aussi bien dans des contrées qui n'ont aucun problème de censure que dans des secteurs où le problème est plus sensible.

Aussi quand Netflix décide de financer Kate, on n'en attend pas grand-chose a priori, un action movie de plus, réalisé par un technicien des effets visuels et promu metteur en scène sur Le Chasseur et la Reine des Glaces, Cédric Nicolas-Troyan. Et puis, on apprend, surpris, que le film sera déconseillé au moins de 16 ans, bigre. Qu'est-ce que ça cache ?

Le scénario de Umair Aleen est très classique : on suit une tueuse redoutable, dont on ne connaît que le prénom - Kate (mais est-ce seulement son vrai prénom ?) - dans une série d'exécutions au Japon contre des pontes yakusas. Elle est accompagnée par son mentor, Varrick, qui l'a découverte et formée, avec lequel elle entretient une relation père-fille complice. Après un premier contrat à Osaka qui l'a dérangée, Kate annonce son intention de raccrocher. Puis elle est empoisonnée avant une seconde exécution et apprend qu'elle n'a plus que 24 heures à vivre. Elle va les employer à terminer le boulot en se vengeant, car elle comprend qu'elle a été manipulée...

Sans cette condamnation à mort, que le film n'évite pas, car il n'a pas de happy end, pas d'antidote miracle, Kate ne sortirait pas du lot. Mais le fait que l'héroïne va mourir, qu'elle le sache, qu'on assiste à son déclin inéluctable, ses souffrances progressives, ajoute un sentiment d'urgence et de tragédie grisant. Soudain, la super-killeuse devient à la fois encore plus implacable et plus fragile : elle est mortelle. Ce n'est plus le personnage d'une potentielle franchise (comme Tyler Rake, autre gros carton dans le même genre sur Netflix).

Cédric Nicolas-Troyan filme tout cela, cette marche vers la fin, comme une sorte de jeu vidéo mortifère, désespéré. On accède à différents niveaux à mesure que Kate atteint les hommes qui la sépare de Kijima, le responsable présumé de son empoisonnement. Au début, les scènes d'action relèvent de la mécanique : on ne s'en fait guère pour Kate, même si elle dérouille, elle n'a à faire qu'à des sous-fifres, à la portée d'une tueuse de son niveau. Puis en même temps que son état de santé se détériore sous l'effet du poison, on se met à craindre pour elle car le temps lui est compté, ses forces l'abandonnent, elle n'est plus agie que par sa volonté et des injections d'adrénaline, quand elle ne compte pas sur cette horripilante gamine qu'elle traîne comme un boulet mais dont l'énergie rieuse lui permet d'avoir moins mal. A la fin de son calvaire, la peau brûlée, balafrée, pleine d'hématomes, un oeil injecté de sang, tenant uniquement sur ses réserves, Kate ressemble plus à une morte-vivante en décomposition qu'à une femme. La mort sera une délivrance - aussi bien celle de son ennemi que la sienne.

On saisit alors mieux pourquoi cette recommandation aux moins de 16 ans, non pas que le film dépasse les limites du supportable, mais il joue avec notre tolérance à la souffrance éprouvée par l'héroïne. Et ça, c'est quand même inhabituel pour une production Netflix. L'équipe des effets visuels (maquillage, cascades, effets spéciaux) a rendu une copie très efficace.

Mais que serait Kate sans son actrice principale ? Car Mary Elizabeth Winstead s'est donnée à fond pour ce rôle. Après sa prestation épatante dans Birds of Prey and the fantabulous emancipation of one Harley Quinn (où elle incarnait Huntress), elle persiste dans le registre de l'action avec brio. Fidèle à ses habitudes, la comédienne a refusé d'être doublée pour les scènes d'action et sa longue silhouette affûtée produit en elle-même un effet spécial car Kate n'est pas une tueuse au physique exceptionnelle. Elle est dure au mal, dure à cuire, mais suivant le scénario, de plus en plus ravagée. Winstead assume ce côté anti-glamour, on a mal pour elle. Comparez ce qu'elle fait avec ce que joue Jessica Chastain dans Ava (sur un mode comparable) et vous verrez qui convainc le plus. Winstead campe son personnage avec une forme de résignation à son sort qui rend son parcours poignant et ironique : la nettoyeuse va être nettoyée, elle devient la protectrice de la fille de l'homme qu'elle a tué (une relation qui n'est pas sans rappeler celle du récent Bloody Milkshake), s'allie avec le caïd qu'elle devait exécuter. Alors qu'elle est présentée comme une tueuse sûre d'elle, contrôlant tout, Kate est dépassée, dupée. Elle se trouve à davantage se venger qu'à remplit un dernier contrat.

Woody Harrelson cachetonne : ce rôle de mentor manipulateur, on a l'impression qu'il l'a déjà joué mille fois. Il le fait bien, mais sans se forcer, juste pour le chèque. Les acteurs japonais comme Tadanobu Asano ou Jun Kunimura sont impeccables. La petite Miku Martineau est agaçante comme il faut (mais c'est son personnage qui le veut).

Il faut réserver Kate aux fans de Mary Elizabeth Winstead : ils ne seront pas déçus. La radicalité du récit a son charme. Il ne manque qu'à l'ensemble un peu plus de personnalité, d'originalité. Mais c'est divertissant et efficace. 

samedi 4 avril 2020

BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN, de Cathy Yan


C'était juste avant le confinement général, presque dans une autre vie : Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn sortait en salles. C'est un vrai ovni que le film réalisé par Cathy Yan, à la fois spin-off de Suicide Squad (David Ayer, 2016), hybride inspiré par le cinéma de Tarantino et Guy Ritchie, manifeste féministe, drôle de film de super-héros. Armé d'un casting bigarré, malgré quelques gros défauts, cette curiosité est souvent jubilatoire.

Dinah Lance/Black Canary et Harley Quinn (Jurnee Smollett Bell et Margot Robbie)

Abandonnée par le Joker, Harley Quinn est désormais livrée à elle-même dans les rues de Gotham. Entre chagrin et volonté de s'émanciper, elle créé un esclandre au club tenu par Roman Sionis alias Black Mask lorsqu'elle refuse sa protection. Une fois dehors, au petit matin, elle échappe à une tentative d'enlèvement par des malfrats qu'elle humilia jadis grâce à l'intervention musclée de Dinah Lance alias Black Canaary. Sionis, témoin de la scène, charge son lieutenant, Victor Zsasz, d'offrir à Dinah un poste de chauffeur particulier.

Huntress et Renee Montoya (Mary Elizabeth Winstead et Rosie Perez)

La nuit suivante, Harley fait exploser l'usine de Ace Chemicals, où elle lia son destin à celui du Joker. Au même moment, non loin de là, la détective du GCPD Renee Montoya enquête sur une nouvelle exécution commise par le tueur à l'arbalète lorsque la déflagration l'entraîne dehors. Elle y trouve le collier de Harley et en déduit qu'ellle est responsable de la destruction de l'usine voisine.

Harley Quinn, Victor Zsasz et Roman Sionis (Margot Robbie, Chris Messina et Ewan McGregor)

Sionis envoie Dinah et Zsasz récupérer le diamant Bertinelli, dans lequel serait gravé un code permettant d'accéder à leur fortune. Mais la jeune pickpocket Cassandra Cain subtilise le caillou à Zsasz juste avant d'être arrêtée par la police. Montoya appréhende Harley - mais doit la relâcher sous la pression de son supérieur qui ne veut pas risquer d'attirer l'attention du Joker. A peine libérée, Harley est capturée par les sbires de Sionis, qui n'a pas apprécié qu'elle le repousse.

Helena Bertinelli/Huntress (Mary Elizabeth Winstead)

En échange de la vie sauve, Harley, qui l'a entendu évoquer le diamant Bertinelli avec Zsasz, propose à Sionis de le lui retrouver. Elle attaque le commissariat où a été conduite Cassandra et l'aide à s'en échapper. Elle l'emmène ensuite chez elle, dans l'appartement qu'elle occupe au-dessus du restaurant de Doc. Ce dernier sait tout ce qui se passe dans le milieu et il est abordé par Helena Bertinelli alias le tueur à l'arbalète alias Huntress qui traque les assassins de ses parents - et apprend ainsi qu'ils étaient à la solde de Sionis.

Huntress, Harley Quinn, Renee Montoya, Cassandra Cain et Dinah Lance
(Mary Elizabeth Winstead, Margot Robbie, Rosie Perez
Ella Jay Blasco et Jurnee Smollett Bell)

Délogées par des ennemis du Joker, Harley et Cassandra sont obligées de fuir. Pour se protéger d'eux, Harley appelle Sionis et accepte de lui livrer Cassandra. Ils conviennent de se rencontrer dans un parc d'attractions désaffecté. Dinah prévient Montoya du danger que court Cassandra, sans se méfier de Zsasz qui l'entend au téléphone et prévient Sionis - que Huntress suit désormais en attendant de pouvoir l'éliminer. Tout ce beau monde se retrouve au point de rendez-vous, assiégé par Sionis et son armée. Harley convainc Montoya, Dinah, et Huntress (qui a tué Zsasz) de s'allier. Une bataille épique s'ensuit au terme de laquelle Sionis elève Cassandra avant d'être exécuté par cette dernière et Harley.

Cassandra Cain et Harley Quinn (Ella Jay Blasco et Margot Robbie)

Montoya démissionne du GCPD et forme avec Dinah (qui reprend le pseudo de Black Canary porté par sa défunte mère justicière) et Huntress pour combattre le crime organisé. Harley et Cassandra quittent Gotham avec l'argent que leur a rapporté la vente du diamant Bertinelli à un prêteur sur gages.

Plus encore que le film de Cathy Yan, Birds of Prey... est celui de son actrice-vedette Margot Robbie qui souhaitait donner au personnage de Harley Quinn son propre long métrage depuis Suicide Squad de David Ayer en 2006. Il fallait de la conviction et de détermination pour croire à ce spin-off après les critiques désastreuses du précédent opus et son mauvais score au box office.

De fait, la conception a été longue et chaotique pour aboutir moins à un film sur Harley Quinn qu'à un team-movie assez curieux, voulue comme une sorte de manifeste féministe post #metoo et une alternative farfelue aux films de super-héros.

Pour cela, la scénariste Christine Hodson a pris des libertés, parfois discutables du point de vue de la continuité, mais on n'est plus vraiment à ça près quand il s'agit de parler du DCCU (DC Cinematic Universe) où la notion d'univers partagé a volé en éclats depuis le désastre Justice League. Désormais Warner met en chantier des longs métrages sans lien les uns avec les autres, avec des styles très divers comme Joker, Shazam, Aquaman, Suicide Squad 2 (qui promet d'ignorer le premier), etc. L'antithèse du MCU donc.

Pourquoi alors être allé voir Birds of Prey... après avoir zappé Shazam, Aquaman ou Joker ? En bonne partie, une fois n'est pas coutume, sur la foi de la bande annonce et d'un passage en particulier où, lors d'une fusillade, on voyait Harley Quinn se planquer derrière un tas de sac qui contenait de la coke. La poudre respirée alors la motivait pour contre-attaquer et dégommer ses ennemis. Si tout le reste était à l'avenant, ça promettait. Et puis, un chouette casting aussi.

Le résultat n'est pas aussi dingue que promis mais tout de même assez surprenant et jubilatoire, malgré des maladresses. Le script et la réalisation usent et abusent même pendant le premier tiers du film d'artifices un peu lassants, avec des allers-retours présent-passé, pour présenter ses protagonistes et justifier leur présence dans un périmètre réduit. Il faut néanmoins en passer par là pour introduire une justicière comme Huntress dont l'histoire familiale est la base de l'intrigue et qui n'est guère connu du grand public (y compris chez les fans de comics). Il s'agit aussi de situer la flic dur à cuire qu'est Renee Montoya (au risque d'en faire une vraie caricature, mais assumée comme telle par les auteurs), de totalement modifier Cassandra Cain (une tueuse implacable dans les comics, une pickpocket dans le film) ou de résumer Dinah Lance (jouée par une actrice noire, alors que c'est une blonde blanche dans les comics).

Paradoxalement, c'est dans cette mosaïque de personnages que le film gagne une identité accrochesue plutôt que de rester focalisé sur Harley Quinn. Le récit échoue assez remarquablement à traduire la folie de l'ex-fiancée du Joker et en tirer des effets comiques convaincants. En fin de compte, elle apparaît plutôt comme une foldingue pathétique pendant les deux tiers de l'histoire et quand elle doit rebondir pour sauver sa peau, elle le fait en admettant commettre un acte lâche (livrer Cassandra à Sionis). Etrange façon de rendre le personnage sympathique - et de fait, on aura plus de faciliter à se lier à Dinah ou même à Huntress.

La mise en scène est aussi déroutante. Cathy Yan cite, jusqu'à l'excès, Tarantino (jusqu'à la fin où le combat des "Oiseaux de Proie" renvoie à celui des filles de Boulevard de la Mort) et Guy Ritchie (avec une surabondance de plans, un montage effrénée, des ralentis, tout une collection d'effets tape-à-l'oeil). On a l'impression d'un film rempli à ras-bord de références stylistiques, une sorte de collage dans lequel la contribution réelle de la réalisatrice est difficile à cerner. Pourtant il semble qu'elle ait bénéficié d'une grande liberté (grâce à sa complicité avec son actrice-vedette qui est aussi co-productrice). Ce n'est pas déplaisant mais impersonnel.

Toutefois, cet aspect baroque, bancal, joue en faveur de l'ensemble car on finit par ne plus savoir à quoi s'attendre. Et quand, dans le dernier tiers, tout s'assemble, converge, on est agréablement surpris. La manière dont le scénario réussit à réunir bons et méchants dans un lieu unique pour une explication épique, mise en scène avec brio, et avec, pour le coup, un humour réjouissant, est même formidable.

Cela, le film le doit beaucoup à ses acteurs, et surtout ses actrices. Margot Robbie reprend donc son rôle de Harley Quinn et livre une composition outrancière à souhait : cela ne répond pas à la question de son talent réel (que je trouve surestimé, bien que les critiques montent la comédienne en épingle depuis son passage, pourtant insignifiant, chez Tarantino), mais indéniablement elle investit le personnage et le défend avec énergie. le choix de Rosie Perez pour jouer Renee Montoya m'a également surpris car la comédienne est trop âgée et moins séduisante que son modèle, le script lui réservant un traitement par ailleurs trop caricatural. La jeune Ella Jay Blasco a aussi du mal à exister au milieu de ce cirque (alors que, c'est embêtant, elle est le trait d'union entre une majorité de personnages).

En revanche, il y a de superbes surprises. Par exemple, le tandem formé par Ewan McGregor et Chris Messina, avec un sous-texte homo savoureux, est fameux, voilà des méchants à la fois grotesques et sinistres. Jurnee Smollett Bell incarne Dinah Lance avec sobriété et efficacité, une espèce de rage rentrée et malgré tout très sexy détonante.

Pourtant, la grande gagnante de l'affaire, c'est Mary Elizabeth Winstead, dont l'interprétation a fait l'unanimité auprès des fans. Actice honteusement sous-côtée, elle joue Huntress avec beaucoup d'auto-dérision et fait de cette justicière une irrésisitible névrosée, qui ne contrôle pas du tout ses accès de colère et entretient des relations avec ses alliées de circonstances constamment décalées. Si Warner-DC est inspiré, alors il faudrait lui consacrer son propre long métrage.

Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn est un objet foutraque, mal foutu, mais finalement attachant. Sa bizarrerie est son meilleur atout, avec le numéro de quelques-uns de ses acteurs, l'habileté insoupçonnée de son script. Fouillis donc, mais aussi diablement rafraîchissant et tonique.  


lundi 27 août 2018

BRAINDEAD (CBS)


Annulée au bout de treize épisodes, Braindead a sans doute fait les frais de sa loufoquerie dans le paysage audiovisuel américain où une chaîne comme CBS n'a pas habitué son public à un divertissement pareil. Par ailleurs, le résultat ne pouvait que dérouter de la part de ses créateurs, Michelle et Robert King, showrunners de la plus sérieuse The Good Wife. Et pourtant, en 2016, cette série prophétisait avec une étonnante justesse la présidence Trump...

 Laurel Healy et Gareth Ritter (Mary Elizabeth Winstead et Aaron Tveit)

Laurel Healy est une jeune documentariste qui ne rencontre pas le succès escompté avec ses projets. Pour financer son film, elle accepte à contrecoeur la proposition de son père de devenir l'assistante pour six mois de son frère aîné, Luke, sénateur Démocrate. Mais elle se rend vite compte que quelque chose cloche au Capitole avec le comportement bizarre de plusieurs élus, en particulier Red Wheatus, le chef de file de l'opposition Républicaine. En faisant des recherches, Laurel apprend que le Smithsonian Museum abrite une météorite recueillie en Russie...

Luke Healy et sa soeur Laurel (Danny Pino et Mary Elizabeth Winstead)

Ce gros caillou contient des insectes semblables à la lucilie bouchère qui s'introduit dans le crâne humain par les oreilles et en grignotent la moitié, ce qui radicalisent les sentiments. Laurel enquête sur le décès du Dr. Daudier, chargé d'examiner la météorite, dont la tête a littéralement explosé, et elle rencontre à cette occasion sa fille, Rochelle, médecin, ainsi que Gustav Triplett, un excentrique adepte des théories conspirationnistes. En même temps, Laurel doit composer avec Gareth Ritter, le secrétaire de Wheatus, et ses manigances pour torpiller les Démocrates... 

Laurel et Luke

Lors d'un débat télévisé, la tête d'un Républicain explose en direct. Le F.B.I. ouvre une enquête et soupçonne vite Laurel d'activités terroristes en ayant appris son intérêt pour des insectes venus de l'espace. Elle est interrogée par l'agent Anthony Onofrio qui cherche à la charmer même si la proximité de Rochelle et Gustav le contrarie. Cependant, Luke voit son poste de chef de file des Démocrates menacé par son ambitieuse rivale, Ella Pollack...

Luke, Gustav Triplett, Laurel et Rochelle Daudier (Danny Pino, Johnny Ray Gill,
Mary Elizabeth Winstead et Nikki James)

Laurel demande à Onofrio de convaincre, si besoin est par la contrainte, son amie d'enfance Abby de passer un scanner car elle craint qu'elle soit infectée par les insectes. Mais celle-ci préfère se suicider que de se soumettre au moindre examen. Luke tente de négocier un compromis avec les Républicains modérés pour éviter un blocage parlementaire tout en cachant ses manoeuvres à Ella Pollack et Red Wheatus...

L'agent du FBI Tony Onofrio et Laurel (Charles Semine et Mary Elizabeth Winstead)

Laurel insiste auprès de Luke pour que le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies entame des recherches sur la lucilie bouchère. Mais, trop occupé par ses devoirs au Capitole, il l'adresse à Joanne Alaimo, une entomologiste réputée. Elle aide Gustav à localiser le repaire des insectes dans un cerisier proche du parlement. Laurel, elle, devine que Onofrio est infecté et veut la contaminer...

Rochelle et Gustav

Atteinte à son tour, Laurel ne doit son salut qu'à l'intervention de Gustav et Rochelle et la présence de Gareth avec lequel elle couche car, pour expulser les insectes, il faut éprouver des émotions fortes et primales. Wheatus et Pollack oeuvrent pour couper les vivres du Centre de Contrôle et de Préventions des Maladies et réussissent à stopper les recherches sur les insectes tandis que Joanna Alaimo est infectée à son tour...

Laurel et Luke

Grâce à l'influence de Wheatus, le FBI arrête Laurel pour la soumettre à un interrogatoire poussé, mené par Onofrio. Sans nouvelles de sa soeur, alerté par Gustav et Rochelle, Luke apprend où elle est retenue grâce à un agent intègre et la fait libérer en menaçant le directeur du Bureau de restrictions budgétaires. Rochelle et Gustav font ensuite part à Laurel du moyen qu'ils ont trouvé pour brouiller les communications entre les insectes et leurs hôtes. Puis elle retrouve Gareth qui la réconforte après cette journée éprouvante.

Les sénateurs Ella Pollack et Red Wheatus (Jan Maxwell et Tony Shalhoub)

Rochelle assomme un intrus chez elle et l'interroge avec Gustav et Laurel pour apprendre que les insectes veulent pousser l'humanité à s'auto-détruire. Laurel soupçonne son père, atteint de la maladie de Parkinson, d'être infecté en voyant son état subitement s'améliorer. Pendant ce temps, Wheatus et Luke se chamaillent sur un projet mené par le sénateur Républicain de livrer une guerre contre la Syrie qu'il accuse d'être responsable des explosions de têtes sur la base de documents falsifiés.

Rochelle et Laurel

Une journaliste, Claudia Monarch, révèle que la C.I.A. est intervenue pour stopper le projet de guerre. Wheatus accuse aussitôt Luke d'avoir fait fuiter l'information et obtient qu'un procureur spécial enquête. La liaison entre Gareth et Laurel bat de l'aile quand il a en mains un dossier sur elle, révélant entre autres qu'elle aurait eu une aventure avec le célèbre documentariste de gauche Michael Moore. 

Laurel

A la demande de Luke, Laurel doit produire une vidéo virale pacifiste. Elle collabore à cette occasion avec un de ses ex, Ben Valderrama, qui préférerait dénoncer le pouvoir de Wall Street et les inégalités financières des classes sociales. Germaine, la femme de Luke, déjà infectée, met au monde une petite fille et Laurel convainc son frère de rompre avec toutes ses maîtresses pour le bien de sa famille et de sa carrière. D'autant qu'elle a remonté la vidéo mise en scène par Valderrama et obtient un beau succès, même si son ex s'en attribue tout le mérite au JT...

Gareth et le sénateur Wheatus

Wheatus veut à présent faire voter un budget dont Laurel et Luke découvrent qu'il financera la construction de serres pour des cerisiers dans les cinquante Etats du pays. Gareth surprend Wheatus à son insu en train de nourrir la reine des insectes logée dans son crâne et comprend que Laurel ne délirait pas avec cette histoire. Il renoue avec elle, prêt à l'aider à ruiner les projets de son patron.

Laurel et Gareth

Devant l'ampleur du plan de Wheatus, Laurel est pourtant découragée au point de songer à quitter Washington pour partir terminer son documentaire su la disparition des chants traditionnels mélanésiens. Mais par amour pour Gareth et amitié pour Gustav et Rochelle, elle se ressaisit tandis que Luke, approché pour devenir le nouveau directeur de la CIA, découvre que son actuel dirigeant est de mêche avec Wheatus et apprend pour l'invasion des insectes. Lui aussi va désormais aider sa soeur.

Laurel

Laurel découvre comment déloger les insectes de leurs hôtes et teste la méthode sur son père avec succès. Puis avec Gareth, elle neutralise Wheatus pendant que Rochelle et Gustav accélèrent la défloraison des cerisiers grâce à un pesticide puissant et rapide. Les bestioles battent en retraite avec la mort de leur reine et la destruction de leur repaire. Luke quitte son poste pour devenir trader à la Bourse. Laurel s'installe avec Gareth.

C'est une bien curieuse mais très drôle série que Braindead, quand bien même on sent que son dénouement est un peu précipité à cause de son annulation au treizième épisode (la moitié de la saison, terme à partir de laquelle une chaîne télé américaine stoppe les frais si l'audience n'est pas au rendez-vous). Ce mélange de satire politique, d'épouvante et de comédie sentimentale aboutit à un cocktail tel qu'on le trouverait plus volontiers sur des networks à péages comme HBO ou des plateformes comme Netflix.

Pour bien apprécier le propos, il faut remettre le projet de Michelle et Robert King en perspective. Ces deux showrunners sont alors auréolés du succès de la série The Good Wife (qui s'est terminée depuis mais a connu un spin-off The Good Fight, qui cartonne), sur la vie d'un cabinet d'avocats dont l'héroïne reprend son métier après avoir découvert l'infidélité de son mari (on retrouve cette configuration en partie avec le personnage de Luke Healy, sénateur coureur de jupons).

Logiquement, ils sont courtisés pour écrire une nouvelle production et sont soutenus pour cela par la société "Scott Free", de Ridley Scott. Nous sommes en 2016, quelque mois avant l'élection présidentielle américaine, Barack Obama termine son second mandat et Hilary Clinton affronte Donald Trump en campagne. A cette époque, l'ancienne secrétaire d'Etat et épouse de Bill est grande favorite pour accéder à la Maison-Blanche...

La suite est connue. Mais Braindead avait vu étonnamment juste en prophétisant la victoire des Républicains et de leur frange la plus dure, la plus populiste. Toutefois, les auteurs, peut-être par fatalisme, choisissent d'en rire et inventent une intrigue farfelue qui expliquerait la stupidité de l'opposition aux Démocrates par une invasion d'insectes dévoreurs de cerveaux venus de l'espace.

Le show ne fait pas peur, même s'il y a quelques giclées d'hémoglobine et d'éclatements de cervelle spectaculaires, toujours hors-champ. La mise en scène est suffisamment habile pour souligner le caractère délirant et rigolo de l'effet. Et le récit explore davantage l'enquête menée par l'improbable trio formé par Laurel, Rochelle (jouée par Nikki James, excellente en voix de la raison) et l'impayable Gustav (formidable Johnny Ray Gill) que l'aspect horrifique de la situation.

Par contre, le scénario ne lésine pas sur  les moyens pour démontrer l'absurdité de l'arsenal législatif américain, avec des sénateurs tous plus bornés les uns que les autres, plus occupés à contrarier leur opposition qu'à gouverner justement le pays. Les allusions à la guerre en Syrie, aux coucheries des politiciens, aux alliances entre Républicains et Démocrates modérés contre les plus radicaux de leurs éléments, toutes ces magouilles visibles en direct à la télé comme une pièce de théâtre, sont innombrables. On en rit tout en étant ahuri. Dans ces scènes-là, Tony Shalhoub (Wheatus) domine Danny Pino (Luke) et Jan Maxwell (Pollack) grâce à une composition d'abruti retors particulièrement savoureux.

Mais les King ont voulu aussi offrir au public des personnages auxquels se raccrocher dans ce jeu de massacre : Aaron Tveit (Gareth) est parfait en jeune loup arriviste qui tombe sous le charme (on le comprend) de Mary Elizabeth Winstead (Laurel). L'actrice, un des talents les plus fins de l'actuelle génération, est magnifique dans ce rôle auquel elle donne une classe folle et une fantaisie exquise, que viendra confirmer sa prestation la même année dans la saison 3 de Fargo (inoubliable Nikki Swango).

Parfois coupable de s'éparpiller, accusant quelques longueurs (une saison de dix épisodes aurait été impeccable), mais en même temps troublante de justesse et très drôle, complètement dingue, Braindead est taillée pour devenir une série culte. Laissez-vous tenter.    

vendredi 21 juillet 2017

FARGO (Saison 3) (FX)


Connaissez-vous Eden Valley ? Non ? Laissez-moi vous y inviter car c'est le théâtre de l'intrigue de la saison 3 de la génialissime série Fargo, diffusée sur FX.
 Emmit Stussy (Ewan McGregor)

Emmit Stussy est "le roi des parkings du Minnesota", comme aime à le lui répéter son bras-droit, Sy Feltz. Il a bâti son empire en vendant une collection de timbres rares, dont il ne lui reste plus qu'un exemplaire et qu'il tient de son père, un immigré venu d'Europe de l'Est.
 Ray Stussy (Ewan McGregor)

Cette héritage l'oppose depuis à son frère jumeau, Raymond, agent de probation, qui veut désormais que Emmit lui octroie un dédommagement substantiel en espèces sonnantes et trébuchantes.
 Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead)

Mais cette idée, ce loser sympathique de Ray ne l'a pas eue tout seul : enfreignant les règles déontologiques de sa profession, il fréquente une superbe arnaqueuse, Nikki Swango, aussi âpre au gain et fine stratège que sincèrement entichée. Elle lui inspire plusieurs plans, toujours plus pervers, pour obliger Emmit à cracher l'oseille (fausse sex-tape, chantage, etc).
V.M. Vargas (David Thewlis, au centre)

Ce que personne n'avait prévu, c'était que cette affaire de vengeance familiale allait déplaire à V.M. Vargas (prononcez "Varga"...), un affairiste crapuleux, qui a prêté un an auparavant un million de dollars à Emmit et qui, aujourd'hui, en contrepartie, va se servir de son entreprise pour du blanchiment d'argent. Quiconque déplaît à Vargas et ses deux terrifiants sbires ne fait pas long feu...
Commissaire Gloria Burgle (Carrie Coon)

Mais ce que Vargas n'avait pas escompté, c'est l'imbroglio imaginé initialement par Ray pour rançonner Emmit : il avait recruté un de ses prisonniers en liberté conditionnelle, un junkie totalement stupide, pour le charger de voler le fameux dernier timbre rare. Mais, ayant égaré l'adresse d'Emmit, il ne se rend pas au bon endroit et tue un innocent également nommé Stussy... Qui est le beau-père de Gloria Burgle, commissaire de police d'Eden Valley, aussi pugnace que maline !

Cette histoire complètement timbrée, ici à peine résumée (tant elle foisonne de rebondissements) sert de trame à cette saison 3, riche de 10 épisodes de 50 minutes.

Comme vous l'aurez deviné, si vous ne le saviez déjà, Fargo est une déclinaison du film éponyme des frères Coen, sorti en 1996. Le showrunner Noah Hawley a si bien intégré ce qui fit le sel de ce long métrage qu'on croirait la série pilotée par le tandem de cinéastes.

Pourtant, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style, "à la manière de". L'écriture est prodigieusement maîtrisée, mélange de comédie noire et d'intrigue policière, développée selon un tempo rigoureux et une imagination fertile. L'histoire est complexe, certes, mais parfaitement lisible et passionnante (moi, je m'en suis tenu à deux épisodes par jour, sauf à la fin où j'ai enquillé quatre chapitres car je ne pouvais plus attendre de connaître le dénouement, mais les amateurs de "binge-watching" se régaleront avec ces dix heures intenses, hilarantes, surréalistes).

Chaque épisode s'ouvre avec la mention selon laquelle l'histoire s'est vraiment déroulée en 2010 dans le Minnesota, mais que par respect pour les défunts, les noms ont été changés alors que le déroulement des faits respecte scrupuleusement la vérité. J'ignore si c'est authentique ou juste une plaisanterie supplémentaire, mais après tout qu'importe, même si un récit aussi fou a bien pu avoir lieu.

Réalisée avec un brio bluffant (ambiances hypnotiques, rythme implacable, photo magnifique, compositions des plans sensationnelles), la série bénéficie aussi d'un casting éblouissant - et c'est pour lui que j'ai démarré par la saison 3.

Dans Fargo, vous aurez droit à deux Ewan McGregor pour le prix d'un (et s'il ne décroche pas un Emmy Award, je n'y comprends rien car il est époustouflant). Mais vous aurez aussi Mary Elizabeth Winstead, qui est à la fois d'une beauté renversante, qui a le meilleure nom d'héroïne (Nikki Swango !), et qui interprète génialement cette dure-à-cuire. Vous retrouverez David Thewlis dans une composition de salopard répugnant jubilatoire (avec une recette de thé inoubliable...). Et vous sourirez avec la même satisfaction que l'épatante Carrie Coon à la fin (la comédienne est fantastique dans son rôle de flic obstinée).

Enorme kif donc. Ne vous en privez pas !