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mardi 18 juillet 2023

ALL-STAR SUPERMAN, de Grant Morrison et Frank Quitely - 3 000ème Entrée !

3 000ème entrée !


A chaque fois que je franchis un cap dans ce blog, j'aime bien marquer le coup en parlant d'une BD qui a marqué les esprits, que je l'ai aimée ou pas. Aujourd'hui, c'est la trois millième entrée du Mystery Comics et j'ai choisi d'évoquer une mini-série à laquelle je n'avais pas encore consacré d'article : All-Star Superman, de Grant Morrison et Frank Quitely, parue entre 2006 et 2008 chez DC Comics, et qui est désormais disponible à petit prix en vf dans la collection Urban Nomad chez Urban Comics. 



Lex Luthor sabote la mission solaire de Leo Quintum, obligeant Superman à venir en aide à l'équipage. Mais le super-héros absorbe une quantité trop grande de radiations solaires et son pronostic vital est engagé. Il n'a plus que quelques mois à vire et il décide de régler ses affaires pendant le temps qu'il lui reste. Il commence par révéler sa double identité à Lois Lane. Qui ne le croit d'abord pas jusqu'à ce que Superman la conduise jusqu'à sa forteresse de solitude et lui propose de partager ses pouvoirs pendant 24 heures.
 

Ensemble, ils vont affronter l'Ultra Sphinx dérangé par Atlas et Samson. Puis Jimmy Olsen fait un reportage sur la base lunaire de Leo Quintum en l'absence du savant. Exposé à de la kryptonite noire sur place, Superman devient violent mais Jimmy réussit à le calmer en s'injectant une dose de Doomsday.


Puis Clark Kent rend visite à Lex Luthor, incarcéré pour avoir voulu assassiner Superman. Une émeute éclate mais Lex ramène le calme et fait sortir du pénitencier Clark avec la complicité de Nasthaltia. De retour à Smallville, Clark est confronté à ses doubles spatio-temporels qui l'empêchent de venir en aide à son père adoptif, Jonathan, lorsqu'il est victime d'un infarctus. Leo Quintum explore le Sub-Univers et provoque accidentellement l'invasion de la Terre par une horde de Bizarros. 


Superman s'interpose et les renvoie chez eux mais il ne peut en repartir sans l'aide de Zibarro, le doyen des Bizarros, qui le met en garde : s'il reste là, il va perdre progressivement ses pouvoirs et mourir. Pensant que Superman ne reviendra pas, Leo Quintum révèle à Lois qu'il va mourir bientôt. Malgré tout, l'homme d'acier parvient à s'extraire du piège à bord d'une fusée... Pour découvrir, en son absence, que deux kryptoniens, Bar-el et Lilo, ont pris sa place et tentent de refonder leur société sur Terre. Affaiblis par l'environnement, Bar-el et Lilo sont envoyés dans la zone fantôme pour y faire régner l'ordre.



Leo Quintum élabore un plan pour tenter de soigner Superman : grâce à la science de Kandor, il se miniaturise pour traiter les cellules malades du héros qui, lui, s'emploie à créer un nouveau monde, la Terre-Q où il devient un personnage de fiction. L'essai thérapeutique de Quintum échoue mais va servir à guérir des humains. Grâce à Nasthalthia, Lex Luthor s'échappe de prison grâce au sérume que Superman avait fait absorber à Lois Lane pour partager avec elle ses pouvoirs pendant 24 heures.


Lex Luthor et Superman s'affrontent pour la dernière fois et l'homme d'acier rencontre son destin, prévu par Leo Quintum, qui a trouvé un moyen de remplacer le héros.

Avant de passer à la partie critique proprement dite, il est intéressant de s'interroger sur d'où vient l'idée de All-Star Superman. Et pour cela, il faut en vérité en passer par l'univers Ultimate de Marvel Comics !

En 2001, Marvel lance une nouvelle collection de comics pour séduire des lecteurs que la continuité rebute. C'est ainsi que Brian Michael Bendis réinvente Spider-Man dans Ultimate Spider-Man et Mark Millar les mutants dans Ultimate X-Men. L'année suivante, ce sera au tour des Avengers d'être remixé dans Ultimates puis en 2004, enfin, Ultimate Fantastic Four verra le jour.

L'idée derrière ce projet est d'abord d'ordre économique. A la fin des années 1990, Marvel est au bord de la banqueroute. La maison d'édition est racheté par le patron de la marque de jouets Toy Biz, Avi Zrad, qui décide de séparer les activités en deux départements et nommant à la tête de la division publishing Bill Jemas, connu pour ses méthodes de management brutales. Jemas impose tout de suite Joe Quesada , alors dessinateur de Daredevil comme éditeur en chef. Ensemble, ils vont repartir à la conquête des kiosques avec le projet de sortir les comics du ghetto dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés.

Pourtant, le projet est un échec. C'est du côté des comic-shops que que le lectorat traditionnel répondra présent avec la ligne Ultimate qui propose une remise à plat des héros préférés de Marvel. Et les recueils (les trade paperbacks) confirmeront cette tendance en trustant les premières places des ventes dans les plus grandes enseignes de distribution.

Le succès de la collection Ultimate a passé par des auteurs et artistes qui ont su porter un regard neuf et spectaculaire sur des icones de l'éditeur. Il y avait une volonté de produire des comics cinématographiques et on peut dire que le MCU s'en est largement inspiré par la suite. Mais quid de DC Comics face à ce renouveau ?

C'est là où s'opère la jonction avec All-Star Superman. Il faudra attendre 2005 pour que la Distinguée Concurrence se réveille et ne réagisse avec les DC All-Stars. Même s'ils s'en défendront l'époque, les responsables éditoriaux de DC ont adopté une stratégie similaire à leurs rivaux en voulant créer des BD spectaculaires et accessibles pour des néophytes. Pourtant ils se distinguent en ne voulant pas créer un nouvel univers : chaque projet sera la vision d'une équipe créative prestigieuse et non pas de quasi-nouveaux venus. Sont donc annoncés pour démarrer All-Star Superman par Grant Morrison et Frank Quitely et All-Star Batman & Robin the Boy Wonder par Frank Miller et Jim Lee. Deux blockbusters assurés.

Si Marvel n'a pas su éviter des retards sur Ultimates par exemple, toutefois les séries Ultimate sortiront ponctuellement. En revanche, avec des artistes comme Quitely et Lee et un scénariste comme Miller, DC n'a pas sur éviter cet écueil - d'ailleurs All-Star Batman... restera inachevé. Et All-Star Superman mettra deux années à être complété.

Qu'importe si la qualité est là, me direz-vous, et c'est là qu'on va parler de ce que vaut All-Star Superman puisque c'est le sujet de ce jour. Pour beaucoup, il s'agit, avec ces douze épisodes, de l'hstoire ultime de Superman, déjà parce qu'elle confronte le héros à sa mort. Ce n'est ni la première ni la dernière fois, mais on suit le kryptonien pendant ses derniers mois à travers une série d'exploits, de rencontres, il règle ses affaires comme le ferait un mourant, révélant sa double identité à Lois Lane, longtemps dubitative, affronte Bizarro et s'allie à Zibarro, retrouve deux explorateurs de Krypton, et s'explique avec Lex Luthor.

Morrison choisit d'écrire une Superman qui se veut un concentré de tous les Superman, avec des références à ses origines, son passé, ses époques les plus farfelues, et aussi très moderne, vulnérable, soulignant avec Frank Quitely ce qui peut encore l'être entre Clark Kent et l'homme d'acier. L'approche de l'artiste divisera, notamment en exagérant au maximum, jusqu'à la caricature, la maladresse et l'allure de Clark Kent, représenté constamment vouté, avec une coiffure ringarde, des manières balourdes, alors que, dans le même temps, il reste doté d'un gabarit exceptionnellement impressionnant, ce qui ne peut manquer d'interroger sur le fait que personne ne se doute qui puisse être Superman et que son stratagème pour le masquer est bien grossier.

Quitely ne rend pas sa meilleure copie : pour un dessinateur aussi génial, il a, il est vrai, à composer avec des scènes qui l'empêchent de s'exprimer là où il est le plus fort, dans la suggestion de la vitesse, des impacts, de la force cinétique. Pourtant, quand il en a l'occasion, Quitely déploie toute sa maestria dans des découpages virtuoses, dont le sommet me paraît être la visite de Clark à Lex en prison, avec un flux de lecture d'une extraordinaire fluidité, des doubles pages montées comme des plans séquences, ou encore lors du combat final entre Superman et Lex, avec la dimension tragique qui l'entoure.

Mais il n'en reste pas moins que parfois on sent Quitely embarrassé par les consignes d'un script qui le musèle et où toute sa puissance graphique est gênée, comme quand Superman est à Smallville et qu'il affronte ses doubles dimensionnels en espérant sauver son père adoptif. Là où, en temps normal, Quitely aurait pu produire une bagarre homérique avec un suspense à couper le souffle, tout cela apparaît freiné par trop d'événements à gérer en même temps. La mort de Jonathan Kent n'a pas l'émotion qu'on pouvait en attendre, parasité par ces Supermen. En comparaison, lorsque Morrison accepte de simplifier ses idées narratives, comme lorsque Leo Quintum et les kandoriens s'unissent pour tenter de guérir Superman puis mettent en pratique leurs recherches pour sauver des malades humains, là, Quitely renoue avec le panache qu'on lui connaît et illustre tout le potentiel dramatique du concept.

Ce qui me déplaît dans ce All-Star Superman et l'empêche, à mon sens, d'être le chef d'oeuvre que beaucoup voit en lui, c'est son surplus de concepts. Grant Morrison a beaucoup d'idées, mais trop pour douze épisodes. Ou plutôt il n'accorde pas à ses nombreuses idées la place qu'elle mérite. Par exemple, le périple dans le Sub-Univers avec les Bizarros m'a paru bien trop long alors que celui avec Bar-el et Lilo est trop court. Fallait-il absolument revenir sur les excentriques mésaventures de Jimmy Olsen durant le Silver Age dans l'épisode 4 ? Je ne le crois pas. Tout comme le doute de Lois Lane au sujet de la double identité de Superman me paraît trop appuyé et injustifié.

Il n'existe pas beaucouo d'auteurs à avoir eu l'opportunité de produire deux récits mémorables sur Superman et Batman. A mes yeux, seuls Morrison (avec donc All-Star Superman et Arkham Asylum) et Kurt Busiek (avec Superman : Secret Identity et Batman : Creature of the Night) ont vraiment marqué les esprits, qui plus est en disposant d'artistes de premeir choix (Quitely et Dave McKean pour Morrision, Immonen et John Paul Leon pour Busiek). Mais je trouve dans tous les cas que Busiek a fait montre de plus d'originalité et d'accessibilité avec ses deux comics que Morrison, qui s'est pris comme souvent les pieds dans le tapis, obsédé par l'envie de surpasser Alan Moore et sa lecture post-moderne des super-héros.

Il faut cependant posséder All-Star Superman dans sa bibliothèque. D'abord parce que, désormais, il n'y a plus d'excuse pour ne pas l'avoir : Urban Comics le vend désormais pour 7,90 Euros, un prix imbattable. Ensuite parce que, malgré ses défauts, c'est un récit complet passionnant pour ses origines éditoriales, son équipe créative, son ambition. 

Par la suite, DC voulut proposer sa All-Star Justice League avec la mini-série Justice (de Jim Krueger, Alex Ross, Doug Braithwaite - qui a été pénalisé par l'initiative absurde de Ross de vouloir peindre par dessus les crayonnés de Braithwaite, retardant considérablement la publication). Avant d'annuler ce qui aurait été peut-être le projet le plus prometteur de la collection, All-Star Wonder Woman, écrit et dessiné par Adam Hughes. L'univers Ultimate verra sa fin en 2015 lors de l'event Secret Wars (par Jonathan Hickman et Esad Ribic)... Avant de revenir à la rentrée 2023 (toujours avec Jonathan Hickman). Les DC All-Star ont depuis été oublié, un temps remplacé par les titres Earth-One.

jeudi 30 mars 2023

THE AMBASSADORS #1, de Mark Millar et Frank Quitely


C'est déjà un énorme carton puisque, à peine sorti, le premier épisode de The Ambassadors est déjà sold out ! Mark Millar a encore fait parler la poudre avec son nouveau projet, une mini-série en six épisodes, avec à chaque fois un artiste de premier plan différent au dessin. A commencer par Frank Quitely, de retour après six ans d'absence (dont deux rien que pour compléter ce chapitre !).


Le gouvernement américain avait développé durant la guerre froide un programme pour créer un Superman, d'abord pour la propagande, puis plus sérieusement, pour intimider les russes. Aujourd'hui, une chercheuse sud-coréenne, Choon-En Chung, a décrypté le super-génome et acquis des super-pouvoirs, mais elle ne veut pas partager sa découverte avec une armée, préférant assembler sa propre équipe, avec des membres qui le méritent...


2023 sera une grosse année pour le Millarworld, avec dans le viseur le premier event/crossover indépendant du scénariste, Big Game (qui sera dessiné par Pepe Larraz et sera publié cet été). Avant cela, le quatrième volume de The Magic Order sera achevé, et depuis hier débute The Ambassadors.


En vendant ses créations passées et à venir à Netflix, Mark Millar explique qu'il a pu se mettre à l'abri financièrement tout en continuant à développer des concepts pour la plateforme de streaming. En analysant le marché de son employeur, il a compris qu'il y avait des territoires à conquérir, des lecteurs à séduire, des histoires différentes à concevoir. C'est la base de The Ambassadors.


Ainsi les Etats-Unis ne sont plus devenus qu'une partie comme les autres du monde, et Millar a saisi qu'il y avait un lectorat considérablement négligé par les comics, dans les pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Europe. En termes plus concrets, cela signifie que les héros de ses histoires n'ont plus besoin d'être seulement nord-américains. Et c'est tout un nouveau champ des possibles qui doit être exploité.

Exposé ainsi, on se dit qu'il ne s'agit plus vraiment d'art, de BD, mais de commerce. Mais on peut rétorquer que les comics n'ont jamais distingué le lecteur du consommateur, et que les mangas doivent leur succès croissant et écrasant à ce refus de différencier les deux catégories. Millar, qui avoue lire désormais plus de mangas que de comics, l'a intégré et en fait la matrice de The Ambassadors.

Ainsi on peut envisager que si, aujourd'hui, les super-héros devenaient une réalité, ils n'apparaîtraient pas forcément aux Etats-Unis, mais plutôt en Asie, plus exactement en Corée du Sud comme c'est le cas ici, grâce aux ressources colossales d'une femme d'affaires et chercheuse qui aurait décrypté un super-génome, comme l'héroïne Choon-En Chung.

Lorsque celle-ci révèle sa découverte au monde, cela intervient après un flashback qui ouvre l'épisode où on plonge dans des documents datant de la guerre froide quand les américains fabriquaient une propagande pour impressionner les russes en faisant croire à la naissance d'un Superman, puis ensuite quand un programme scientifique tenta de créer un authentique surhomme. Aujourd'hui, la rumeur court que ce rêve est en passe de devenir réalité et qu'une base secrète abriterait cet achèvement.

Mais le plus surprenant reste à venir quand Choon-En Sung explique qu'elle n'entend pas partager ses pouvoirs avec une armée ou un pays : son projet, c'est de recruter cinq individus dans le monde en les jugeant sur leur mérite à recevoir des super-pouvoirs et à aider leur prochain...

Maître dans l'art de la formule marketing, Millar a présenté The Ambassadors en disant que c'était Willy Wonka (le héros de Charlie et la chocolaterie, le roman de Roald Dahl) chez les super-héros. Et c'est littéralement ça, tel qu'écrit dans un dialogue. L'approche est savoureuse, roublarde et efficace en diable. L'épisode se lit sans temps mort, on est immédiatement accroché, c'est un concentré de tout ce qu'on aime (ou déteste) chez Millar. Mais reconnaissons-lui au moins une chose : le bonhomme sait vendre ses histoires. Et il sait aussi les écrire.

Millar, c'est aussi un formidable aimant à artistes. Qui n'a-t-il pas séduit, avec ses avantageux contrats (qui garantissent à chacun la moitié des bénéfices) et ses pitchs imparables ? La liste des six dessinateurs attachés à cette mini-série a de quoi impressionner : Karl Kerschl, Travis Charest, Olivier Coipel, Matteo Buffagni et Matteo Scalera. Et pour commencer en force : Frank Quitely !

Depuis six ans (et la fin du deuxième volume de Jupiter's Children), le génial Quitely se faisait très (tgrop) discret, ne gratifiant ses fans que de quelques variant covers par-ci, par-là. Pourquoi en faire plus quand on a, grâce à Millar, de quoi voir venir ? Le scénariste travaille sur ce projet depuis 2018 et il a suivi toutes étapes, en donnant le temps nécessaire à chacun de ses collaborateurs pour travailler leur épisode, réécrivant des scènes au besoin (chose qu'il ne fait d'habitude jamais).

Quitely a révélé avoir commencé à dessiner ce numéro durant le premier confinement en 2020, et, lui aussi, pour la première fois, a pu profiter du luxe de recommencer des planches entières quand il n'était pas satisfait à 100%, en assumant l'encrage et même la colorisation (avec son fils Vincent). 

N'en doutez pas : le résultat est à la hauteur. On retrouve tout ce qu'on adore et admire chez ce génial dessinateur, ses compositions de plans incroyablement chiadées, ce découpage au cordeau, les personnages expressifs jusque dans les moindres nuances, des designs d'une méticulosité maniaque. Mais même en s'y attendant, on reste bluffé, comme, par exemple, par l'art incroyable de Quitely à suggérer le mouvement, les impacts, sans aucun trait de vitesse. Par la finesse ahurissante du trait, qui se lit dans les décors, les véhicules, les figures. C'est franchement à tomber à la renverse.

Il est toujours délicat à la fois de crier au chef d'oeuvre seulement après un épisode et aussi parce que Millar ne prétend jamais réinventer la roue (mais plutôt délivrer le divertissement ultime). N'empêche, The Ambassadors démarre puissamment, et vu ce que promet la suite, avec les artistes qui vont défiler, difficile de ne pas s'emballer.

lundi 21 mars 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIAL MILLARWORLD !

 


Etant abonné à la newsletter de Mark Millar, j'ai pu découvrir en avance les planches que je vais vous présenter (même si, depuis, elle circulent sur les réseaux sociaux, comme, par exemple, le compte Twitter de Panini Comics).


Mark Millar avait prévenu dans son précédent billet qu'il allait lâcher des previews dont on ne se remettrait pas et le scénariste écossais n'a pas menti. Qu'on soit fan ou non de son Millarworld, on ne peut que s'incliner devant l'incroyable régiment d'artistes qu'il réussit à attirer dans ses filets. Il faut aussi dire que les conditions sont très avantageuses car Millar est désormais financé par Netflix (à qui il a vendu son label) et que, même avant cela, il partageait tous les profits à égalité entre lui et ses dessinateurs (jackpot assuré quand on sait que ses comics sont adaptés ensuite en film ou en série télé, avec des produits dérivés à la clé).
Après avoir fait une pause durant 2021, Millar avait promis que 2022 serait son grand retour, avec des partenaires prestigieux et des histoires originales mais aussi des suites à quelques-uns de ses titres. Tout ça sera disponible en v.o. chez Image Comics, et en v.f. chez Panini Comics.


On commence donc par Prodigy vol. 2 : The Icarus Society. Après les six premiers épisodes de 2019, Millar remet le couvert pour cette série qui suit Edison Crane, milliardaire surdoué et aventurier, mais dont les premiers exploits dessinés par Rafael Albuquerque m'avaient laissé sur ma faim. L'artiste a renoncé à réaliser cette suite et Matteo Scalera a recommandé à Millar son ami italien Matteo Buffagni (Ultimate Iron Man, Astonishing X-Men). De quoi me faire changer d'avis (parce que j'adore son style) ?






Prodigy vol. 2 débutera en Juillet prochain.


The Magic Order est, de l'aveu de Millar, son projet favori (avec Jupiter's Legacy). Alors qu'on découvrira la conclusion du vol. 2 dans quelques jours, le scénariste avait annoncé depuis un moment que le vol. 3 serait dessiné par l'italien Gigi Cavenaggo (succédant donc à Olivier Coipel et Stuart Immonen). Ce dernier n'est pas encore très connu en France (encore moins aux Etats-Unis), mais c'est, je l'affirme sans détour, un génie, qui s'est illustré sur des couvertures de Dylan Dog notamment. Si vous ne me croyez pas, examinez ce qui suit :






The Magic Order vol. 3 commencera en Juillet 2022.
 

Mark Millar avait en revanche caché qu'il avait déjà écrit un quatrième acte à The Magic Order. On peut espérer le découvrir début 2023. Et pour le dessiner, il a débauché un artiste trè prometteur, qui a récemment travaillé pour Marvel sur l série Shang-Chi : Dike Ruan. Encore une bonne pioche si on en juge par les premières planches (non colorisées) :





Publication prévue en 2023.


J'avais posté dans une précédente entrée consacrée aux News Comics la première planche d'un projet qu'a écrit Mark Millar spécialement pour Travis Charest. Celui qui fut un des Image boys des années 90, reconnu par tous comme un dessinateur surdoué, a pâti ensuite de son incapacité à tenir les délais, jusqu'à devenir la risée du milieu lorsqu'il s'exila en Europe pour illustrer une histoire des Méta-Barons de Jodorowsky qu'il n'a jamais achevée. Depuis Charest s'est reconverti en cover artist (pour la franchise Star Wars ou chez DC). Qui d'autre que Millar pouvait être assez fou pour le convaincre de revenir sur des planches intérieures, en lui laissant tout le temps de travailler ? On ignore encore tout de l'histoire que Charest illustre ni quand elle sortira mais ce sera un événement et un festin visuel comme ce qui suit le montre :
 



Date de sortie indéterminée. Mais qu'est-ce que c'est beau !


J'ai, je l'avoue, été très déçu que le troisième volume de Jupiter's Legacy, Requiem, ne soit pas dessiné par Frank Quitely (bon, Tommy Lee Edwards, c'est bien aussi, mais c'est pas pareil). L'artiste étant très discret (même s'il est depuis peu sur Twitter), il fallait compter sur Millar pour avoir de ses nouvelles. Et quelle bonne nouvelle de savoir que les deux hommes vont réunir leurs talents. Pas de titre ni de pitch pour l'instant, mais, comme avec Charest, ça promet d'être énorme !






On attend ça avec impatience !


Et pour fermer le ban, la surprise du chef ! Figurez-vous que Mark Millar a écrit quelque chose pour Karl Kerschl. L'artiste, dont on attend toujours les nouveaux épisodes de Isola (depuis Février 2020 !), aura, je l'espère, à coeur de se faire pardonner avec cette collaboration inattendue dont deux pages ont filtré :



Il m'en reste encore. Je vous le mets quand même ?

Mark Millar a conclu sa newsletter avec d'autres annonces : l'artiste de Night Club (son histoire de vampires) sera révélé en Mai. Il a achevé le script du volume 2 de Nemesis (Steve McNiven reveindra-t-il pour le dessiner ?). La suite de Empress est toujours d'actualité (avec Stuart Immonen j'espère !). Il a débauché deux artistes vedettes de Marvel et DC pour deux mini-séries encore secrètes. Et, last but not least, Olivier Coipel va dessiner un autre titre pour le Milarworld (en 2023).

Je sais pas pour vous, mais, moi, j'en salive d'avance (pas pour tout, mais presque). N'hésitez pas à commenter si ça vous inspire. Et à bientôt pour de nouvelles aventures !

lundi 4 janvier 2021

MILLARWORLD 2021-2022

En attendant les premières publications de 2021, ce Mercredi, je partage avec vous des nouvelles de Mark Millar. Le scénariste écossais s'est fait inhabituellement discret en 2020 et je dois avouer que, bien qu'étant plutôt fan de ses productions, ces dernières prestations m'avaient beaucoup déçu (Space Bandits, Prodigy).

Et voilà qu'il vient de publier un teaser très alléchant pour annoncer son retour aux affaires. Accaparé par la production de l'adaptation de Jupiter's Legacy en mini-série pour Netflix (qui possède désormais son label "Millarworld"), Millar a choisi de ne rien publier pour se consacrer à l'écriture de nouveaux projets qui paraîtront en 2021-2022. Et le programme est copieux - même s'il faudra attendre un mois après la première diffusion de Jupiter's Legacy pour lire un de ces nouveaux comics.


En parcourant cette image, on peut lire une sacrée liste de noms prestigieux, ce qui confirme que Millar attire toujours des vedettes et en débauche auprès des "Big Two" (Marvel, DC) comme il aime à l'écrire. Décryptons un peu :

- Frank Quitely : annoncé depuis longtemps, Jupiter's Legacy aura un troisième et ultime volume, intitulé Requiem. L'artiste, co-créateur de la série, le mettra en images et on peut penser que que cela ne sortira que lorsque Quitely aura terminé tous les épisodes afin d'éviter une trop longue attente entre chaque. Jupiter's Legacy étant un chef d'oeuvre (sin ce n'est le chef d'oeuvre) du "Millarworld", son final est très alléchant.

- Stuart Immonen : après sa fausse retraite, qui aura quand même duré quelques mois (même s'il en profité pour dessiner Grass of Parnassus, publié directement sur Instagram, et écrit avec sa femme Kathryn), le dessinateur a surpris en 2020 en collaborant avec Joe Hill pour la mini-série The Plunge, chez DC. Je ne l'ai pas lue (je ne suis guère fan des récits horrifiques) mais la mention d'Immonen sur la liste de Millar signifie qu'on va enfin pouvoir lire la suite de Empress. Et ça, c'est cool, vu le cliffhanger du Book One.

- Olivier Coipel : le français a, paraît-il, hésité à rempiler mais Millar a dû trouver les bons arguments pour qu'il dessine le deuxième volume de The Magic Order. Je m'en réjouis car j'avais aimé cette histoire et je suis curieux de voir ce que l'écossais et son compère ont trouvé à raconter.

- Matteo Scalera : si je suis un fan de Scalera, je ne lis que peu de choses qu'il dessine car, généralement, les scénarios ne m'attirent pas. Sa prestation sur Space Bandits était la seule bonne chose de cette histoire paresseuse à laquelle Millar a visiblement en projet de donner une suite. Espérons qu'il sera plus inspiré car Scalera le mérite (et nous aussi).

Voilà pour le plus prévisible. Passons maintenant aux surprises, et elles sont de taille.

Le nom qui claque certainement le plus dans cette liste est celui de Travis Charest. Celui fut considéré comme probablement le meilleur artiste des débuts d'Image mais qui est aussi devenu le parangon des dessinateurs les plus lents des comics s'est depuis reconverti en cover-artist brillant (quoique inégal). En vérité, sa carrière ne s'est jamais remise de son aventure européenne où il échoua à réaliser entièrement un tome des Métabarons de Jodorowsky. Charest a notamment signé des couvertures variantes pour certaines séries du "Millarworld" et actuellement sur Batman/Catwoman. Millar lui a-t-il confié un récit entier ? Ce serait exceptionnel, mais certainement pas dans les bacs avant 2022 (si tout va bien).

Karl Kerschl était impliqué dans la série Isola chez Image Comics, la co-écrivant (avec Brenden Fletcher) et la dessinant. Mais le titre semble à l'arrêt (alors qu'il devait reprendre l'été dernier). Millar a donc alpagué Kerschl pour un projet mystère et je suis vraiment intrigué par cette association. 

Matteo Buffagni est un dessinateur dont je pense beaucoup de bien mais qui restait anormalement sous-exploité chez Marvel (sa dernière prestation a été un épisode de X-Men, le #6). Je suis donc très content que Millar le récupère car nul doute qu'ainsi l'italien va connaître une exposition inespérée et surtout du "temps de jeu".

Son compatriote, Gigi Cavenaggo, est une autre très belle prise pour Millar même si son nom ne dira pas grand-chose à beaucoup de monde. Pourtant c'est un artiste fabuleux, dont je connais surtout les couvertures pour Dylan Dog, absolument renversantes. 

Tommy Lee Edwards dessine actuellement une série, Grendel, Kentucky, mais il a déjà travaillé avec Millar sur la mini 1985. Ce fut une réussite et donc la perspective de lire un nouvel opus par ce duo est très excitante (même si je ne pense pas qu'il s'agira d'une suite à 1985 car cette histoire se déroulait dans l'univers Marvel).

Enfin Millar promet une "superstar" qui a travaillé à la fois pour Marvel et DC. Il a donc pêché un gros poisson, pour un récit original et qui fera l'événement. Je ne pronostique rien, car je préfère être surpris (en souhaitant que ce soit une bonne surprise et que cette superstar soit un bon artiste et pas simplement un mercenaire qui a effectivement alterné entre les "Big Two").

On peut penser ce qu'on veut de Millar et il est certain que le personnage clive beaucoup le lectorat. Sa personnalité de bâteleur peut facilement passer pour de l'esbroufe et il est indéniable que ses comics personnels sont très inégaux en qualité et en inspiration. Néanmoins sa capacité à convaincre les artistes les plus côtés et talentueux à lui consacrer plusieurs mois (voire années) est fascinante et impressionnante, et aboutit quelquefois à d'authentiques pépites. Cette liste de dessinateurs et de projets, évidents ou plus mystérieux, augure de lectures prometteuses en tout cas.

vendredi 24 novembre 2017

JUPITER'S LEGACY : BOOK TWO, de Mark Millar et Frank Quitely


Et on passe à la suite de Jupiter's Legacy avec ce Livre II contenant cinq nouveaux épisodes.


Brandon Sampson et son oncle Walter ont établi un nouvel ordre mondial. Mais après avoir assassiné leur leader, Sheldon, qui était respectivement leur père et leur frère, Chloe, leur soeur et nièce, a pris la fuite avec Hutch et Jason. Ce dernier doté comme toute sa famille de super-pouvoirs a fait de ses parents des fugitifs qui, une fois découverts, ont décidé de contre-attaquer... Mark Millar promettait que ce deuxième acte (un troisième est bel et bien programmé à partir de 2019 sous le titre Jupiter's Requiem) serait encore meilleur que le premier. Promesse tenue ?
  

1991 : Skyfox fabrique pour son fils la même arme que son héros favori, Blue Bolt, dont il n'aura droit de se servir qu'une fois adulte. Puis il sort de chez lui, attendu par Walter et son armée de surhommes... 2020 : Hutch, Chloe et Jason procèdent à travers le monde à un recrutement d'anciens super-vilains pour renverser le régime hégémonique mis en place par Brandon et Walter Sampson. Leur dernière cible est Repro, détenu à Dubaï, sous la garde de la redoutable Raikou, fille de Walter. Jason la défie pendant que son père et ses complices vont délivrer leur ami.


Raikou se montre à la hauteur de sa terrible réputation en tenant tête au gang de Hutch qui parvient toutefois à libérer Repro. Ce dernier peut dupliquer les pouvoirs d'autrui et ainsi maîtrise-t-il Raikou. Pendant de temps à Detroit, Brandon présente en grandes pompes un nouveau type de moteur qui relancera l'industrie automobile de la ville, conçu par Jules, le fils de Walter, lorsqu'un djihadiste baptiste se fait exploser. La déflagration est si meurtrière qu'elle cause des milliers de victimes et des dégâts matériels colossaux. Persuadé qu'il s'agissait d'un agent chinois, Brandon, contre l'avis de Walter, décide de riposter et en quelques heures conquiert le pays, dominant ainsi l'économie mondiale. Cependant, en Afrique, dans l'ex-repaire de Skyfox, Jason localise son grand-père que tout le monde croyait pourtant mort.  


Chloe, Jason et Hutch rencontrent, dans une planque en Russie, George Hutchence alias Skyfox, et lui demandent son renfort pour libérer d'autres surhumains du pénitencier de haute sécurité, le Supermax. Mais il refuse, estimant que l'Amérique qui l'a autrefois condamné parce qu'il avait contrarié Walter dans ses plans, mérite d'être écrasée par des dirigeants corrompus aujourd'hui. Le gang se prépare et Chloe demande alors à Hutch de l'épouser une fois que toute cette affaire sera réglée. C'est alors, contre toute attente, que Skyfox se joint à eux.


Jules découvre un satellite sur la Lune, fabriqué par Jason pour détecter les surhumains clandestins et que Walter compte utiliser à son tour pour localiser les super-vilains. Ignorant cela, ces derniers sont donc attaqués par surprise dans leur forteresse volante supposée invisible aux radars. Chloe affronte Brandon tandis que Hutch se bat contre Walter avec Repro. Pendant ce temps, Jason rejoint le Supermax.
   

La bataille finale est épique entre les deux camps mais malgré leur infériorité numérique, les alliés de Hutch prennent l'avantage grâce à l'arrivée de leurs acolytes libérés du Supermax. Hutch tue Walter après que celui-ci ait abattu Skyfox. Chloe se téléporte, grâce à l'arme de Hutch, sur Mars avec Brandon de manière à le neutraliser dans faire courir de risque aux civils. Une fois les dégâts sur Terre réparés, Hutch et Chloe décident de reprendre le flambeau de leurs parents pour guider le monde vers un avenir meilleur tout en laissant aux hommes leur libre arbitre et en conservant une double identité pour vivre sereinement en famille.

La démarche de Mark Millar sur les deux premiers tomes de Jupiter's Legacy ressemble en définitive assez à ce qu'il avait accompli durant son run sur Ultimates. Dans un premier temps, il a posé les bases d'une relecture personnelle des codes d'un univers identifiable facilement (hier la fondation de l'équipe des Avengers, ici celle des premiers super-héros) en les confrontant à des menaces internes (stopper Hulk puis une invasion alien, se débarrasser de The Utopian pour commander le monde). Puis, dans un deuxième temps, orchestrer une riposte d'envergure à partir de la division de la communauté des super-héros en deux camps, avec une supériorité affichée d'une des parties (la cavale et la préparation de la contre-attaque du gang de Hutch et Chloe contre l'armée de Brandon et Walter).

C'est donc évident que ce Book Two gagne en nervosité et en spectaculaire et tient toutes ses promesses en plaisir de lecture. La carte maîtresse de Millar est que, par rapport à Ultimates, outre qu'il est ici libre de faire de qu'il veut avec son histoire et ses personnages principaux, il a considérablement concentré ses arcs narratifs (deux fois cinq épisodes). Le rythme est à la fois soutenu sans être précipité, mais surtout comme le lecteur est désormais en terrain familier, il suit le scénario sans se poser de questions, tous les éléments ayant été admis et assimilés dans leur naïveté comme dans leur énormité.

Millar propose un comic-book qu'il souhaite d'abord divertissant et pour cela il évoque une super-prison avec cinq mille gardes (la grandiloquence du chiffre évite de représenter une telle masse de matons, l'auteur mise sur la complicité du lecteur pour l'absorber et la visualiser afin de rendre la bataille qui s'annonce impossible à gagner par les super-vilains), une invasion de la Chine et sa domination en quelques heures suite à un attentat (attentat lui-même d'une exagération ahurissante) et au caprice de Brandon. L'ambiguïté reste tout de même présente avec Walter qui, devenu Président, même avec des résultats moins positifs qu'espérés, avec son neveu à sa botte, s'emploie à restaurer la grandeur de l'Amérique (ce qui est presque visionnaire de la part de Millar puisqu'on a là le slogan de la campagne électorale de Trump alors que l'histoire a été écrite avant sa victoire). La morale, simple certes, c'est que même avec les meilleures intentions le succès n'est pas garantie, surtout si on applique ses solutions avec trop d'autorité, de manière unilatérale.

Mais ce deuxième acte met surtout l'accent sur le recrutement des amis de Hutch, la préparation de leur riposte pour renverser cet ordre établi. On a droit à une scène d'évasion extraordinaire à Dubaï avec un combat fantastique contre Raiku. Les membres du gang ne bénéficie pas d'un développement caractéristique profond mais séduisent surtout par leur diversité (ethnique, de leurs pouvoirs). Le membre le plus important gagné à la cause est le père de Hutch, présenté comme le plus grand super-vilain ayant agi dans le passé et donné pour mort : la vérité sur son sort, l'effet miroir entre son action et celle de son fils (s'être rebellé contre le régime des Sheldon ou, au contraire, avoir assumé ou non leur rôle de père) produit une émotion rapide mais intense, qui exalte aussi le lecteur en lui faisant reprendre espoir dans l'entreprise de ses outsiders.

Ce développement qui culmine dans les deux derniers chapitres est accompagné superbement par les dessins fantastiques de Frank Quitely qui se surpasse encore une fois. L'artiste britannique donne sa pleine mesure grâce au découpage très cinématographique du script de Millar, souvent avec des planches de quatre bandes, chaque bande formant une case entière, composée de manière à optimiser la profondeur de champ, le détail des décors, la variété des costumes, le naturel (ou le comique aussi parfois) des attitudes.

Puis, quand débute la bataille finale, Quitely se déchaîne avec la même énergie que les deux belligérants : le génie avec lequel il suggère le mouvement (sans recourir à des lignes de vitesse par exemple), l'impact dévastateur des coups, la représentation maximale des pouvoirs, grâce aux angles de vue, aux perspectives, donne une idée parfaite de la puissance de chacun, de la brutalité libérée, de la cruauté et de la malice délivrées. C'est une vraie leçon de narration graphique à laquelle on assiste, qui porte l'histoire à un degré d'intensité supérieur.

La happy end souligne au fond un certain sentimentalisme de la part de Millar, qui, au-delà de ses outrances, témoigne ainsi de sa passion pour le genre qu'il aborde, le respect de ses codes mais aussi sa volonté de les honorer en les dépassant. Tout cela se retrouve en fait dans plusieurs de ses productions de son label "Millarworld", quel que soit l'éditeur qui les distribue. Mais il demeure fort possible que cela soit nuancé avec le troisième et dernier acte, sous-titré Requiem, prévu à partir de 2019, où après avoir engendré cette dynastie de surhommes, puis leur division, l'auteur semble suggérer qu'il conclura avec le récit de leur crépuscule.