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jeudi 3 août 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #5, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


Trois mois après le précédent n°, Justice Society of America revient enfin. Pour ce cinquième épisode (rappelons qu'il en reste sept !), Geoff Johns est en grande forme, si grande qu'il devrait s'arrêter là (ou à la rigueur au prochain chapitre, histoire de régler le problème d'un personnage). Mikel Janin dessine cette fois la quasi-intégralité des planches, n'en laissant qu'une à Jerry Ordway, tous deux impeccables.
 

C'est l'heure du face-à-face entre la JSA et Per Degaton - ou plutôt Per Degaton et ses variants issus du passé, du présent, du futur. La clé pour les héros tient dans la boule à neige quantique de Huntress et une relique de leur ennemi. 


C'est, sans problème, le meilleur épisode qu'a écrit Geoff Johns pour ce retour de Justice Society of America. Il n'est d'ailleurs pas difficile de faire son choix puisque, jusqu'à présent, son retour sur le titre n'a guère été étincelant, tant le rythme manquait et l'inspiration patinait.


Bien des scénaristes n'aiment pas revenir sur des séries avec lesquelles ils ont connu la gloire, c'est un peu comme remettre les pieds sur le lieu du crime et s'exposer aux critiques qui ne manqueront pas d'épingler un défaut d'imagination. Geoff Johns, qui, à deux reprises, a écrit des runs consistants de Justice Society of America auraient dû se méfier.


Sauf que le scénariste, autrefois grand architecte en chef du DCU, a fait de ce troisième passage sur le titre une suite à d'autres projets comme Flashpoint et Flashpoint Beyond dont il reprend des éléments fétiches et qu'il vaut mieux avoir lu auparavant.

La boule à neige quantique est un de ces fétiches et devient la clé de ce cinquième épisode puisqu'elle représente une arme dans les mains de la JSA contre Per Degaton. On avait quitté les héros sur un cliffhanger puisque Huntress faussait compagnie à la Justice Society of America pour se rendre à Gotham voir son père, Batman.

L'épisode s'ouvre sur leurs retrouvailles et Geoff Johns utilise la voix-off de Huntress pour résumer leur échange dans lequel elle explique d'où elle vient, comment Batman va trouver la mort, comment Catwoman s'est sacrifiée pour elle. Toujours plus pragmatique que sentimental, Batman considère d'abord le paradoxe temporel créé par sa "fille" en lui racontant tout cela.

Sur ces entrefaites, la JSA débarque, accompagnée de Madame Xanadu, le Detective Chimp et Deadman. Puis c'est au tour de Per Degaton et ses variants d'entrer en scène pour affronter ses ennemis réunis au même endroit. La bataille qui suit tient toutes ses promesses.

En premier lieu parce que Mikel Janin la met en scène remarquablement. L'artiste, jusqu'ici un peu emprunté dans ce récit tortueux, donne tout ce qu'il a et se rappelle à notre bon souvenir quand il mettait en images Grayson puis Batman sous la direction de Tom King. Depuis son étoile a pali, errant de série en série sans jamais s'installer durablement, comme s'il peinait à trouver son second souffle ou que DC ne lui accordait plus sa confiance.

Geoff Johns, lui, remet au goût du jour un vieux projet abandonné en faisant apparaître au milieu du combat ce qu'on pourrait appeler la Justice Society Infinity. Recontextualisons : à la fin de son deuxième run sur Justice Society of America, Johns évoquait le projet d'une série très ambitieuse avec un casting digne de Avengers de Jonathan Hickman, affichant les membres des JSA d'hier, d'aujourd'hui et de demain, une sorte de culmination de la notion d'héritage au centre de ses histoires.

Finalement, cela ne verra jamais le jour et Johns passera le relais à Bill Willingham et Matthew Sturges pour deux titres (qui découlaient de son run), Justice Society of America et JSA All-Stars. Nul n'a jamais su pourquoi Johns, alors au sommet de sa gloire, abandonna sa grande idée et n'y revint jamais, s'en privant même complètement quand il lança les New 52 (où la JSA n'exista jamais avec une chronologie revisitée).

L'issue de la bataille entre la JSA et Per Degaton est plus que satisfaisante : elle est à la fois spectaculaire et maline. Janin déploie tout son talent pour l'illustrer et le lecteur jubile. Mission accomplie. Normalement, après ça, un auteur raisonnable et aussi expérimenté que Johns comprendrait qu'il faut mieux s'en tenir là.

Mais il reste un personnage dans une situation compliquée et on peut comprendre qu'un épisode supplémentaire soit nécessaire à régler ça. Justice Society of America #6 doit sortir début Septembre, mais qui est assez naïf pour croire qu'une série, qui connait des retards depuis le début de sa parution (sans qu'on sache si cela est imputable à son auteur ou ses artistes - sans doute les deux), respectera cette date. Pas moi.

Et surtout rien n'indique que Johns et DC ne raccourcissent la série de douze à six numéros. Pourtant, ce serait approprié parce que je ne vois vraiment pas ce qui va être raconté de passionnant pendant encore sept épisodes, et surtout combien de temps cela va prendre (à ce train-là, on y sera encore en 2025). J'hésite franchement à continuer et à le procurer le prochain n° (quand il sortira). J'ai déjà précédemment hésité à poursuivre tant je trouvais le déroulement laborieux et le projet incertain, mais si encore la qualité était au rendez-vous, je composerai avec cette attente.

Là, en l'état, je ne retire pas assez de plaisir, de satisfaction à lire cette histoire pour dépenser de l'argent à acheter chaque issue et me replonger dedans en devant me rappeler où ça en était plusieurs mois auparavant. Déjà Flashpoint Beyond ne m'avait pas franchement emballé et j'étais allé jusqu'au bout par curiosité. Mais ma patience est épuisée. Peut-être (je dis bien : peut-être, je ne promets rien) écrirai-je une critique sur les sept derniers épisodes quand la série sera achevée.

mercredi 24 mai 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #4, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway

 

Deux mois ont passé depuis la parution du précédent numéro de Justice Society of America, mais (normalement), on devrait lire le n°5 le mois prochain (et le 6 en Juillet). Il faut vraiment espérer que la périodicité de la série soit plus ponctuelle car cela rendrait sa lecture plus agréable. Geoff Johns réussit sans doute son meilleur épisode, même s'il est frustrant. Mikel Janin s'acquitte lui de (presque) toutes les planches, à l'exception de deux qui sont signées par Jerry Ordway, toujours irréprochables.
  


Le détective Chimp et Deadman ont abouti le globe quantique de Huntress à Madame Xanadu pour qu'elle tente d'y lire l'avenir. Cependant, au QG de la JSA, Per Degaton affronte l'équipe sans réussir à neutraliser Huntress et Doctor Fate. Mme Xanadu, Deadman et Chimp arrivent ensuite mais Power Girl interrompt la réunion de crise...


Je ne crois pas me mouiller beaucoup en annonçant, après avoir lu ce quatrième épisode de Justice Society of America, et donc avoir atteint le premier tiers de l'histoire, que Geoff Johns ne fera pas mieux que ses deux précédents passages sur le titre. Et les raisons ne manquent pas pour être aussi affirmatif.


Cela ne signifie pourtant pas que le scénariste, qui fut autrefois le grand architecte du DCU, fasse du mauvais boulot. Mais ça ne suffit pas non plus pour dire qu'il aboutit à quelque chose de concluant. En fait, le souci qu'on a avec ce projet ressemble à celui qu'on avait en lisant Flashpoint Beyond : où situer cette mini-série ? Comment l'appréhender ? Et la critiquer, justement ?


En parlant du dernier épisode de Batman - Superman : World's Finest, j'expliquai en quoi, selon moi, ce que Mark Waid et Dan Mora faisaient résumait ce que propose Dawn of DC, le nouveau statu quo mis en place après l'event Dark Crisis (on Infinite Earths) : cette volonté de l'éditeur de donner aux fans des héros plus positifs et surtout à nouveau accessibles, sans se débarrasser de la continuité mais sans non plus écraser quiconque avec.

Tout cela est contredit par Justice Society of America, pur produit "Johnesque" où l'intrigue repose sur un vilain qui se déplace dans le temps pour éliminer la première équipe de super-héros du DCU. Les épisodes sont traversés d'éclairs de violence, d'images brutales, en rupture avec la tonalité plus lumineuse de beaucoup de titres actuels chez DC. C'est comme si Geoff Johns écrivait à contre-courant, mais sans qu'on sache si c'est pour se distinguer ou par provocation ou par passéisme.

En tout cas, l'impression qui s'en dégage est suffisamment curieuse pour qu'elle interroge sur la situation de cette mini-série qui semble hors-continuité, tel un "elseworld" ou une production DC Black Label, tout en voulant malgré tout s'inscrire dans le grand tout du DCU. Ainsi Johns a ajouté des éléments divers (nouveaux personnages, rétro-continuité, voyages temporels) comme autant de façons d'imprimer encore sa marque sur un ensemble dont il n'est plus le chef d'orchestre.

On peut donc légitimement douter que quiconque prenne en compte ce qu'il ajoute. Mais on peut aussi se poser la question, plus importante, de savoir à qui Johns s'adresse. Mon sentiment, c'est que son destinataire est le fan de Geoff Johns plus que le lecteur lambda, car si vous n'avez pas lu Flashpoint, Flashpoint Beyond, Doomsday Clock (et moi-même je n'ai pas lu tout cela), alors plusieurs points vous laisseront sur le bas-côté. 

Dans ces conditions, ne serait-il pas plus avisé pour Johns de développer son propre pré carré, comme Sean Murphy avec ses titres estampillés White Knight, un bac à sable privé où il peut réécrire l'histoire, les personnages à sa guise, plutôt que d'enrichir une mythologie déjà bien peuplée et qui échappe au commun des lecteurs ?

Comme je l'écris plus haut, Justice Society of America #4 est sans doute le meilleur épisode depuis le début de cette mini-série. On a tout ce qu'on peut venir y chercher : des interactions dynamiques entre les personnages, de la baston, de nouvelles pistes narratives, un cliffhanger efficace... Mais c'est plutôt la façon dont Johns distribue ses cartes qui trouble. En effet, la seule scène d'action, opposant la JSA actuelle avec Per Degaton dans le QG des héros, ne dure que huit pages. Elles sont proprement animées par le dessin de Mikel Janin qui nous gratifie d'une double page et d'une pleine page et d'un découpage tonique. La manière dont Degaton neutralise la plupart de ses adversaires est maline et bien mis en valeur à l'image tout comme la réplique des deux seuls héros qui échappent à ses assauts.

On peut être frustré par la brièveté de ce combat qui aurait pu (dû ?) être plus long, plus spectaculaire, plus épique, car teasé depuis quasiment le début. Mais il faut s'en contenter et le brio visuel de Janin est satisfaisant malgré tout. Tout comme il l'est quand il illustre l'ouverture de l'épisode chez Mme Xanadu avec de fort beaux cadrages chantournés, ou plus tard avec cette courte scène entre Power Girl et Huntress sur fond de soleil couchant, ou encore avec la scène finale qui prépare à une rencontre accrocheuse...

Jerry Ordway doit se contenter de deux pages : une splash assez lugubre et sanglante et une autre dispensable, soulignant ce que tout le monde comprend tout seul. Mais Ordway est impeccable quelle que soit la place dont il dispose.

On a aussi le fin mot du plan de Degaton enfin révélé. Et à ce sujet, s'il faut encore huit épisodes pour savoir s'il l'accomplira ou comment la JSA (quelle que soit la formation, quelle que soit l'époque) l'en empêchera, ça risque d'être un peu longuet quand même. Johns agrémente ce programme déjà improbable de secrets concernant Dr. Mid-Nite (Elizabeth Chapel) et Wildcat II (Yolanda Montez) en relation avec les conséquences de Lazarus Planet (et là, j'avoue avoir été complétement paumé). Toujours cette impression d'une série le cul entre deux chaises, avec Johns qui, d'un côté, joue avec des noms que lui seul connaît (the Witch Girl) et des faits qu'il emprunte à un event récent. C'est... Compliqué.

Je doutais il y a deux mois d'aller au-delà de ce quatrième épisode, envisageant de rédiger une critique globale de la mini-série une fois qu'elle sera achevée. Mais finalement je vais persévérer en espérant que les prochains numéros sortiront à l'heure et en souhaitant que Johns me prouve que son histoire en vaille la peine. Croisons les doigts.

mercredi 15 mars 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #3, de Geoff Johns, Mikel Janin et Jerry Ordway


En Janvier dernier, lors de la parution du précédent n° de Justice Society of America, j'exprimai mes doutes sur le projet de Geoff Johns, et ce troisième épisode ne les a pas levés. Pourtant, il s'agit bien du chapitre qui m'a le plus plu, mais ça ne signifie pas qu'il est sans défaut, loin de là. Mikel Janin dessine les 3/4 des pages intérieures, laissant les premières à Jerry Ordway, ce qui flatte le regard à défaut de contenter l'esprit.



1944. Le Soldat Inconnu indique au Sergent Rock et sa Easy Company l'adresse d'un laboratoire nazi où Per Degaton mène des expériences, mais il s'échappe en atteignant 1947. De nos jours, Huntress rencontre Khalid Nassour/Doctor Fate en compagnie de Deadman et le détective Chimp. Fate l'introduit auprès de l'incarnation actuelle de la JSA pendant que les deux autres emmeènent la boule à neige quantique à Madame Xanadu...
 

Dans le milieu des comics, aussi bien de la part des professionnels, des critiques que des fans, il y a toujours une méfiance certaine quand un auteur qui a marqué de son empreinte un titre y revient, comme s'il était improbable qu'il ait autant de succès la deuxième fois. Alors imaginez quand il y retourne pour une troisième fois...


Est-ce que Geoff Johns sait cela ? Sans aucun doute. Cela le préoccupe-t-il ? Visiblement pas. Et même si cette fois, il n'a signé que pour un run de douze épisodes, ce doute persiste car l'aura du scénariste n'est plus du tout la même qu'auparvant. La première fois qu'il a écrit JSA, il succédait au tandem David Goyer-James Robinson, la deuxième il relançait la série tout seul, fort d'un run acclamé, puis accompagné par Alex Ross.


Qu'est-ce qui a motivé Geoff Johns à s'y recoller ? Certainement une sincère affection pour ces personnages, absents depuis longtemps (ils avaient été effacé de la continuité DC durant la période des New 52 et n'ont reparu que tardivement depuis Rebirth). Mais cela suffit-il ?

Johns n'écrit plus pour DC des séries régulières depuis un moment (depuis Justice League durant les New 52 si je ne m'abuse). Sa réputation a été entâchée par les déclarations incendiaires de l'acteur Ray Fisher qui l'a accusé d'avoir eu un comportement limite durant al production du film Justice League commencé par Zack Snyder et achevé par Joss Whedon avant d'avoir droit à un director's cut par Snyder.

Johns a conservé malgré tout une place à part chez DC, développant des projets ambitieux (la trilogie Batman : Earth One) mais polémiques (comme Doomsday Clock, Three Jokers), semblant réserver son énergie à des titres indépendants (Geiger, Junkyard Joe, chez Image Comics). Etrange destin de celui qui fut le grand architecte du DCU, garant de la tradition tout en voulant moderniser la marque, et aujourd'hui oeuvrant dans son coin, quasiment comme un rescapé d'une époque révolue.

Le parallèle avec les héros de la JSA devient alors troublant puisque, eux aussi ont été écartés du DCU avant d'y revenir par la petite porte, mais grâce principalement à Johns, lié à eux comme un père à ses enfants mal-aimés. Et l'intrigue de The New Golden Age prolonge cette direction puisque l'héroïne est Huntress, la fille de Batman et Catwoman, envoyée à divers époques dans le passé pour prévenir le massacre de son équipe des mains d'un criminel temporel, Per Degaton.

Pourtant il faut bien avouer que Johns peine à convaincre. La répétition du cliffhanger, la présence très discrète de Per Degaton pourtant censé être la grande menace du récit, le manque de substance des personnages (dûe au peu de scènes qu'ils ont pour exister), tout cela donne un produit confus, au rythme flottant, dans une ambiance vaporeuse, qui plus est perturbé par une publication irrégulière.

Cet épisode m'a pourtant plu, il est dynamique, il y a de l'action, Mikel Janin y dessine plus de pages, et Jerry Ordway est excellent. Visuellement, c'est un beau comic-book, on serait très ingrat de ne pas le reconnaître, et d'ailleurs Janin et Ordway ont beaucoup compté dans mon choix d'investir dans cette mini-série. Sur ce plan-là, aucun regret.

Le prologue, situé en 1944, illustré par Ordway, est superbe, et prouve encore une fois que Johns connaît l'Histoire de DC comme sa poche, convoquant le personnage du Soldat Inconnu mais aussi la Easy Company du Sgt Rock, et les mentionnant comme d'authentiques héros de l'âge d'or.

La suite est aussi soignée. Revoir Bobo le détective chimpanzé et Deadman aux côtés de Doctor Fate/Khalid Nassour fait plaisir, juste avant d'assister à une scène de baston avec la JSA (composée d'Alan Scott, Jay Garrick, Power Girl, Doctor Mid-Nite II, Stargirl, Wildcat II, Jakeem Thunderbolt et le génie Yz, et mentionnant ensuite Ted Grant et Hourman) mise en scène avec efficacité.

Mais d'où vient alors qu'on reste frustré ? La narration est très décompressée, il ne passe objectivement pas grand-chose, on a l'impression que Johns gagne du temps, joue la montre - un comble pour une histoire où l'horloge tourne contre les héros. Par exemple, la scène de bataille avec la JSA que je mentionne est tout de même très longue - trop ! Ce qu'affronte l'équipe (une invasion de Bizarro provoquée par Angle Man) n'est pas suffisant pour justifier qu'elle ne règle pas ça plus vite, ça ressemble à un prétexte pour délayer la sauce et respecter une sorte de quota de baston que le lecteur ne réclame même pas.

Et, en vérité, c'est comme ça depuis le début. Tout semble se traîner, tarder à exploser. Quand on ressent ça au bout de seulement trois épisodes, donc avec encore neuf à lire, ce n'est pas encourageant ni stimulant. C'est comme consulter sa montre quand on regarde un film, ce n'est pas bon signe. La seule chose qui fait espérer que ça va bouger un peu, c'est le cliffhanger final, qui change de celui vu auapravant. Mais pas non plus de quoi s'enflammer.

Parce que, honnêtement, Per Degaton est un vilain vu et revu et on peut légitimement s'interroger sur la pertinence à l'utiliser encore. Ce qui aurait été bienvenu, ça aurait de suprendre le lecteur avec un adversaire moins familier, ou à tout le moins avec un Per Degaton en possession d'une arme, d'un atout inédit. Et puis, franchement, retrouver la JSA aurait été certainement plus jubilatoire si c'était l'équipe qu'on aime, qu'on connait, et pas une importation de celle de la série télé Stargirl... Ecrite par Geoff Johns.

C'est tout le paradoxe (temporel) de cette mini-série : elle aurait gagné à être rafraîchie, peut-être avec un autre auteur, tout en ne cherchant pas à dérouter le fan là où il aime le moins l'être (donc sans lui imposer des personnages prolongeant une série télé annulée). Johns tente davantage ostensiblement de recycler des idées qu'il avait pour son show télé que de réellement proposer un troisième volume de Justice Society of America digne de ce nom.

Et se pose enfin LA question, un peu dérangeante mais évidente : et si Geoff Johns avait fait son temps chez DC (et qu'il lui fallait mieux tirer sa révérence, pour uniquement écrire ses creator-owned ou re-tenter sa chance chez Marvel) ?

Je ne sais sincèrement pas quoi faire. D'un côté, j'ai envie de lire la suite. De l'autre, je n'ai pas envie d'écrire dessus sans être pleinement motivé. Peut-être que je vais sagement attendre la fin et rédiger, quand elle sera venue, une critique globale sur les épisodes 4 à 12. Ce serait certainement la plus sage des options.

mercredi 25 janvier 2023

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #2, de Geoff Johns et Mikel Janin, avec Jerry Ordway et Scott Kolins


A la lecture de ce deuxième épisode de Justice Society of America, on sent bien que l'histoire conconctée par Geoff Johns ne sera pas de tout repos. Entre voyages dans le temps, allusion à des personnages inédits placés rétroactivement dans la continuité DC et récit initiatique, il s'agit d'un puzzle pour lequel il faudra être patient.


Envoyée en Novembre 1940 par la boule à neige de Batman, Huntress, sa fille, reprend connaissance dans le quartier général de la Justice Society of America de l'époque. Elle explique que son équipe est morte et qu'elle a besoin du Doctor Fate. Mais celui-ci est pris d'un violent malaise à proximité de la jeune femme...


Peut-être que la seule vraie question à se poser au sujet de ce retour de Justice Society of America, qui plus est (non pas comme je le pensais  comme série régulière mais) sous la forme d'une mini-série en douze épisodes, est : pourquoi DC ne l'a pas publié au sein de son Black Label ?


Car tout, absolument tout, dans le projet de Geoff Johns fait penser à ce qui se produit dans cette collection. Certes le scénariste a contextualisé son histoire dans le one-shot The New Golden Age en affirmant que les éléments narratifs s'inscrivaient dans une continuité réécrite, mais ce qu'on lit ressemble davantage à quelque chose d'alternatif.


Je ne reviendrai pas sur le fait que l'héroïne est Huntress, alias Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, alors qu'il existe une autre Huntress en activité actuellement (et qui n'est pas la fille de), ni que Johns, pour avoir les coudées plus franches, a situé le début de son récit dans un futur proche, ou encore donc qu'il a pris soin d'introduire des personnages inédits dans le passé pour servir son propos (sans qu'on sache encore précisément à quel point).

Mais surtout quand il y a cette volonté affirmée d'écrire une histoire qui ne veut pas dépendre de ce qui agite actuellement le DCU, alors le Black Label est fait pour ça. Et, comme je l'ai déjà dit, les autres auteurs de l'éditeur ne semblent pas intéressés par les additions de Johns pour leurs propres séries. Bref, Johns tient d'un côté à s'inscrire dans la continuité et, de l'autre, à jouer sans avoir à composer avec ce que font ses collègues.

A défaut de Black Label, le plus simple ne serait-il pas alors de créer une sorte de Johns-verse comme il existe le Murphy-verse de Sean Gordon Murphy (avec ses mini-séries estampillées White Knight), où l'auteur pourrait à loisir s'amuser avec ses personnages, ses lubies (narratives et esthétiques), au fil de one-shots et mini-séries inspirés par mais pas attachés au DCU ?

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que, après avoir lu ce deuxième épisode de Justice Society of America, j'ai été perplexe. La lecture est déjà curieuse et ce qu'on en retire l'est encore davantage. L'épisode se déroule en Novembre 1940 après que Hintress y ait atterri, propulsée là par la boule à neige de son père (celle-là qu'on voyait dans Flashpoint Beyond et qui contenait l'univers Flashpoint, sauvé des Time Masters qui voulaient le détruire). Elle y rencontre la JSA originelle, ce club de garçons avec Jay Garrick (le premier Flash), Alan Scott (le premeir Green Lantern), Hourman (Rex Tyler), le Spectre, Atom (Al Pratt), Johnny Thunder et le génie Thunderbolt, Sandman (Wesley Dodds), Hawkman et surtout Doctor Fate (kent Nelson) à qui elle demande son aide.

Puis tout déraille très vite : alors qu'elle s'approche du magicien, celui-ci est pris d'un violent malaise et transporté un an dans le futur, dans le marais de Gotham où il croise successivement Salem le sorcière (un des personnages inédits de Johns), puis Mister Miracle (Thaddeus Brown) et Salomon Grundy, à proximité duquel il est renvoyé en 1940 !

On ne sait absolument pas à quoi rime tout ça, sauf qu'on devine que Huntress en ayant été déplacée dans le temps l'a gravement perturbé (c'est le risque quand on interagit avec des éléments avec lesquels on n'est pas censé proche) et que ce n'est que le début. Selon un principe bien connu de la science-fiction, vouloir modifier le futur en allant dans le passé n'est pas une bonne idée et n'arrange rien, au contraire - même quand on a aux trousses un adversaire dont c'est la spécialité (de voyager dans le temps). C'est l'effet papillon.

La constante, c'est Doctor Fate, ses multiples incarnations, là-dessus Johns insiste beaucoup. Le souci, c'est que si toute la série (ou trop d'épisodes du moins) continuent ce zapping temporel, ça risque de devenir un poil lassant car on survolera des situations sans les creuser. C'est parfois l'écueil des histoires de Johns de secouer le lecteur pendant des épisodes avant de finir en force (et souvent sur une note qui annonce une autre histoire à venir - cf. Blackest Night - Brightest Day, Flashpoint - Flashpoint Beyond, et toutes les variations autour d'Alan Moore avec Three Jokers, Doomsday Clock...).

C'est donc frustrant parce qu'on se réjouit d'abord d'un épisode avec les vétérans de la JSA, mais on les voit peu, et c'est parasité par des scènes dont on a aucune idée de pourquoi elles sont là (Fate dans le Slaughter Swamp) ou de l'utilité de ces personnages inédits (même si Thaddeus Brown a effectivement été Mister Miracle avant Scott Free. Par contre à quoi sert Salem the witch girl ?).

C'est aussi rageant parce que visuellement c'est vraiment chouette. Mikel Janin est très en forme, son trait n'a rien perdu de son élégance et il réussit à remuer le lecteur sans forcer. Jordie Bellaire aux couleurs a eu la riche idée d'utiliser des trames pour imiter les impressions chromatiques des vieux comics, mais sans en abuser.

Lorsque Jerry Ordway se substitue à Janin sur les pages 9 à 12 (pour la scène dans le marais de Gotham), on peut constater que le vétéran est toujours aussi impeccable. Son trait précis, son découpage classique, tout est classe (j'ai toujours aimé Ordway, comme dessinateur et/ou encreur, et je trouve qu'il n'a pas la considération qu'il mérite).

Je serai plus réservé avec Scott Kolins, vieux complice de Johns, mais heureusement il ne signe que les pages 14, 17 et une partie de la double apge 19-20 (à moitié avec Ordway).

En fait la crainte que j'ai, c'est que Justice Society of America s'apprécie mieux en le lisant d'une traite que mensuellement. Si vraiment le mois prochain cela se vérifie avec un nouvel épisode trop elliptique, alors je me garde le droit d'interrompre les critiques sur ce titre pour en rédiger une sur la totalité du récit une fois qu'il sera achevé.

mercredi 18 janvier 2023

NIGHTWING #100, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Rick Leonardi, Mikel Janin, Scott McDaniel, Eddy Barrows, et Javier Fernandez


100 numéros, 50 pages : voici le programme pour cet épisode anniversaire de Nightwing période DC Rebirth. Tom Taylor, disons-le tout de suite, ne s'est pas raté et livre une superbe copie, bourrée d'action, de guests, d'émotion aussi. Il est accompagné par Bruno Redondo bien sûr, mais aussi Rick Leonardi, Scott McDaniel, Mikel Janin, Eddy Barrows et Javier Fernandez, qui ont tous dessiné à un moment les aventures de Dick Grayson sont également de la fête.


POur ce genre d'occasion, j'ai tendance à croire qu'il ne faut pas chercher à charger la barque et proposer quelque chose de simple mais jubilatoire qui comblera le fan, un super épisode divertissant, qui tourne une page et en ouvre une nouvelle.


Donc, le scénario est sobre : Heartless attaque la prison de Blüdhaven et en libère les détenus, parmi lesquels se trouvent KGBeast (qui avait blessé lourdement Nightwing) et Tony Zucco (voir #99). Nightwing se rend sur place, bientôt aidé par les Titans...


L'action se déroule en temps réeel sur les 3/4 de l'épisode avec cette grande évasion et la pagaille qui s'ensuit. Nightwing atterrit au beau milieu de la fuite des détenus et en convainc certains de l'aider plutôt que d'aggraver leur cas en soutenant un tueur comme Heartless.
 

Puis les Titans (Starfire, Cyborg, Raven, Flash, Donna Troy, Beast Boy) arrivent pour prêter main forte à leur ami. Nightwing peut alors se concentrer sur Heartless et Tony Zucco... Plus tard, Superman et Wonder Woman viendront lui faire une offre. Puis il aura une discussion poignante avec Batman. Et enfin, en compagnie de Barbara Gordon et Melinda Zucco, il sera temps de réfléchir à l'avenir...


J'ai beaucoup aimé ce qu'a écrit Tom Taylor pour ce ° 100. Le scénariste a parfaitemetn sur cerner les objectifs de cet épisode spécial et a voulu contenter les fans. D'une certaine manière, il est revenu à ses fondamentaux, ceux qui lui avaient si bien réussi au début de son run, en mixant humour, action, émotion, espoir.


Le défi était délicat car il fallait produire une cinquantaine de pages, plus du double d'un épisode normal, sans qu'on sente qu'il s'agissait de remplissage, de pages gratuites. Bien entendu, les artistes conviés à la fête ont le loisir de se faire plaisir, disposant entre autres chacun d'une splash page mettant en valeur les qualités acrobatiques de Nightwing. Mais pas que.

En effet, par la suite, l'épisode leur fournit le moyen de prouver leurs qualités de narrateur graphique, chacun à leur façon, et ça, c'est vraiment cool. Ils sont venus, ils sont (presque) tous là - il ne manque guère en fait que le regretté George Pérez, qui, le premier, dessina Dick Grayson en Nightwing dans les pages de New Teen Titans, designant son changement de look, et affrimant son émancipation vis-à-vis de Batman. On pourra d'ailleurs regretter que DC n'ait pas pensé à saluer Pérez d'une manière ou d'une autre  (même si je crois qu'une variant cover de l'épisode reprenant un dessin de l'artiste est dispo).

Concrétement, Bruno Redondo dessine les pages 1 à 5, puis 17, 24-25, 37 à 49. Rick Leonardi lui emboîte le pas pour les pages 6 à 11, 13-14. Mikel Janin n'a droit qu'à la page 12 (sans doute par manque de temps car il est déjà occupé par Justice Society of America actuellement, et peut-être aussi parce qu'il est le seul à n'avoir pas dessiné Nightwing à proprement parler mais Grayson, dans l'excellent titre écrit par Tim Seeley et Tom King). 

Eddy Barrows (qui avait relooké le personnage pour les New 52 et signé les premiers épisodes de la série à l'époque) dessine les pages 15, 26 à 30. Javier Fernandez (qui avait débuté la série période Rebirth) se charge des planches 16, puis 31 à 36 (on saluera la performance car Fernandez illustre désormais King Spawn mais a fait l'effort de se libérer pour ce n°). Enfin Scott McDaniel livre la page 18.

C'est un quasi sans faute, parce que je n'aime pas le style de McDaniel et que je regrette tellement le temps où Leonardi avait un encreur (particulièrement Terry Austin). Mais sinon, c'est un festin. Redondo est dans une forme  étincelante. J'aurai bien aimé plus de Janin mais je comprends qu'il n'a pas pu produire plus. Et quelle joie de revoir Javier Fernandez et Eddy Barrows.

Le spectacle est total pour cette très grande séquence suivant l'attaque de la prison. Le rythme est trépidant, Taylor laisse parler ses artistes en leur donnant du biscuit. L'entrée en scène des Titans est jouissive.

L'épisode fait ensuite le pont entre ce qu'on vient de lire et les conséquences de Dark Crisis (on Infinite Earths), au terme de laquelle la Justice League décide de prendre du champ pour réfléchir à de nouvelles méthodes d'action. Bien entendu DC relaunchera Justice League tôt ou tard, mais peut-être pas en 2023 où l'éditeur veut visiblement tenter quelque chose en rupture avec l'ère Dawn of DC et de nouveaux titres lancés pour tester le lectorat. N'empêche, c'est couillu de se priver d'un titre aussi emblématique, comme si Marvel suspendait sans date de retour Avengers.

Je ne spoile rien en révélant que les Titans vont donc devenir la nouvelle équipe en première ligne : Tom Taylor a été le premier à teaser cela depuis des mois en multipliant les apparitions en guest-stars de membre du groupe dans les pages de Nightwing (quand ils n'étiaent pas tous réunis). Et sans Justice League, qui d'autre pour assurer l'intérim ? Justice Society of America de Johns a une histoire en parallèle, qui n'est pas connectée au statu quo post-Dark Crisis

Il y a quelque chose d'évident dans cette situation que Taylor a largement contribué à préparer. Cela montre aussi que DC fonctionne différemment de Marvel, toujours très partisan de l'univers partagé, de l'interconnection des séries (même si c'est moins fréquent qu'à une certaine époque où les events obligeaient quasi tout le monde à être au diapason). On a le sentiment qu'aactuellement chacun vit sa vie et que ceux qui veulent s'aligner sur le dernier event le choisissent. Par exemple, Batman par Zdarsky s'en fiche (mais c'est Batman, il fait ce qu'il veut). Taylor, lui, a vraiment voulu profiter de Dark Crisis pour établir une nouvelle étape pour Nightwing. Et on sait que Joshua Williamson va faire revenir Green Arrow dans une mini-série en Avril à partir de ce qui est arrivé à Oliver Queen dans Dark Crisis.

Ce qu'on peut trouver plus aléatoire, c'est à quel point tout ça est raccord avec l'historique des personnages. Durant Rebirth, Nightwing, dans la série Titans, avait dissous son équipe à la demande de la Justice League... Et maintenant il la reforme à la demande de la Justice League. C'est un peu embarrassant car Superman, Wonder Woman et Batman lui demandent de le faire en lui jurant qu'ils ont confiance en lui plus qu'en quiconque... Après avoir été beaucoup moins flatteurs auparavant. Et sans tenir compte du fait que Nightwing est déjà bien occupé avec ce qui se passe à Blüdhaven.

A ce petit jeu, Dick Grayson passe davantage pour le gentil garçon qui ne sait pas dire "non", qui veut toujours faire plaisir, que comme un leader qui a vraiment les clés, vraiment le choix. Et donc la décision de repartir avec les Titans apparaît un brin facile alors que Dick pourrait simplement former une nouvelle Justice League, avec quelques Titans, mais aussi des héros expérimentés, plus puissants que ses copains (même si les Titans ne sont pas des demi-portions à ce niveau-là). Je ne peux pas m'empêcher de comparer ça avec les New Mutants, que Claremont avait introduit avec le projet de remplacer à terme les X-Men, d'en faire une nouvelle génération de X-Men, reléguant donc Wolverine, Cyclope et compagnie comme eux-mêmes avaient succédé aux cinq premiers élèves du Pr. X. Cela n'arriva jamais, la popularité de l'équipe née en 75 étant devenu trop grande, et les New Mutants sont restés à jamais ce groupe de jeunes mutants dans l'antichambre. Les Titans, c'est pareil : ils ne seront jamais la nouvelle Justice League, toujours les remplaçants et c'est ce qu'on voit encore ici.

Pour en finir sur ce sujet, DC pas plus qu'un retour de la série Justice League n'a annoncé une nouvelle série Titans, donc tout ça va rester cantonné aux pages de Nightwing, un titre sur un héros solo mais entouré d'une équipe. Etrange statut. Pour combien de temps ? A suivre.

Toutefois, je ne veux pas paraître grognon et dire que ça a gâché mon plaisir de lecture. Ce n° 100 est vraiment très bon, avec une dynamique impeccable. Les questions qu'il pose sont plus périphériques que narratives. Visuellement, c'est top, et Taylor a été vraiment bien inspiré. Est-ce que je vais replonger ? Je ne sais pas. C'est tentant, d'autant que le prochain arc sera dessiné par Travis Moore, une valeur sûre (même s'il n'ira certainement pas au-delà de quatre-cinq épisodes - depuis Javier Fernandez, Nightwing manque vraiment d'un artiste capable de faire davantage, et c'est vraiment triste quand on sait que, par exemple, Immonen dessine si peu en ce moment - imaginez Immonen sur Nightwing...). Le plus probable, c'est que je vais attendre quelque temps, voir ce que vaut le prochain arc, et s'il est bon, j'en ferai une critique.

mercredi 30 novembre 2022

JUSTICE SOCIETY OF AMERICA #1, de Geoff Johns et Mikel Janin


Quinze ans après son précédent volume (débuté en 2007), Justice Society of America revient. Enfin ! Et on le doit à Geoff Johns, celui qui était déjà à la manoeuvre la dernière fois, véritable amoureux de cette équipe. Il s'associe à Mikel Janin, dont c'est également le grand retour sur une série majeure. Et le résultat est aussi inattendu que classieux.


26 ans dans le futur. Huntress interroge de manière musclée la mafia de Gotham suite à la disparition de Doctor Fate. Elle est secondée par Salomon Grundy mais personne ne sait où est Khalid Nassour.


Au Q.G. de la J.S.A., Power Girl s'énerve après les nouvelles recrues et leur absence de résultat dans cette enquête. Deux jours plus tard, le corps, momifié, dans un sarcophage, de Nassour est retrouvé.


L'équipe se rend sur place quand elle est attaquée par Per Degaton. Il tue en manipulant le temps tous les membres sous le regard impuissant de Huntress.
 

C'est alors que Catwoman surgit et envoie à sa fille la boule à neige que Batman vola à Rip Hunter. Huntress est projetée dans le passé dont elle voit des moments-clés associés à la JSA défiler...

L'histoire éditoriale de Justice Society of America a toujours été compliquée. Au sein de DC Comics, deux clans se sont affrontés, entre ceux qui aimaient ce qui fut la toute première équipe de super-héros et estimaient qu'elle représentait les fondements de DC ; et ceux qui, au contraire, pensaient que ces personnages appartenaient au passé, qu'il fallait mieux les ranger au placard, les effacer de la continuité comme de vieilles reliques démodées.

C'est ainsi que, fort logiquement, quand survinrent les New 52, DC ignora le JSA puisque dans cette continuité réécrite, les premiers super-héros n'étaient là que depuis cinq ans. On aurait alors pu penser qu'avec le nouveau statu quo de Rebirth l'éditeur allait redonner leur place de fondateurs à ces héros, mais non.

Geoff Johns, dont la carrière est attachée à la JSA autant qu'au renouveau de Green Lantern ou Flash depuis qu'il succéda à James Robinson et David Goyer au tout début des années 2000, avait teasé le retour de l'équipe dans un one-shot consacré à Stargirl (à laquelle il consacre également actuellement une nouvelle série), pour lequel Bryan Hitch devait signer les dessins. Mais cela semblait rester sans lendemain.

Et puis, enfin, il y a quelques mois à peine, DC officialisait le retour du titre Justice Society of America pour ce mois de Novembre avec toujours Johns aux manettes mais avec Mikel Janin comme artiste( Hitch étant reparti chez Marvel entre temps). Cette série a été précédée d'un one-shot, The New Golden Age, au début du mois, qui faisait suite aux événements de Flashpoint Beyond.

Faut-il avoir lu The New Golden Age et même Flashpoint Beyond avant de se plonger dans Justice Society of America #1 ? Disons que ça aide à comprendre d'où sortent certains éléments, certains personnages, certains objets, comme les membres de l'équipe au début ou la boule à neige que lance Catwoman à Huntress (cette boule à neige provient même exactement de Doomsday Clock). Toutefois, il me semble juste de dire qu'on saisit tout sans avoir besoin d'être à jour sur toutes ces précédents histoires.

La question qu'on pouvait vraiment se poser, c'est à quand se situait ce nouveau volume de la série. Et sur ce point, on est très vite renseigné, dès la page 2 : l'action a lieu 26 ans dans le futur, 26 ans à partir de maintenant ("26 years from now"). Dans les comics, le temps est fluctuant, on vit dans une sorte de présent éternel, les personnages ne vieillissent pas, du moins pas à vitesse réelle, donc c'est malin de dire qu'une intrigue démarre 26 ans à partir de maintenant car dans un an, ce sera toujours valable.

Dans ce futur, Batman est mort depuis 8 ans. Il a été tué par un gangster sans intérêt mais que quelqu'un avait dôté de capacités spéciales pour accomplir sa mission. Batman (comme on le voyait dans The New Golden Age) avait eu une fille avec Catwoman, prénommée Helena, et celle-ci, après la mort de son père, a décidé de devenir Huntress pour traquer le meurtrier et poursuivre le travail paternel. Catwoman est encore active, mais davantage pour (sur)veiller sa fille que pour jouer les justicières ou les voleuses.

Helena Wayne/Huntress a donc 28 ans et elle a aussi contribué à refonder la Justice Society of America avec Power Girl. C'est la grosse surprise de cet épisode que de découvrir la nouvelle et très étonnante composition de l'équipe puisque ce sont d'anciens vilains qui siègent autour de la mythique table ronde. On reconnait Salomon Grundy (longtemps adversaire de la JSA mais aussi ami de Starman/Jack Knight) ou Gentleman Ghost (ennemi de Hawkman et Hawkgirl). Mais sinon ce sont des créations originales, comme le fils d'Icicle, le fils d'Harlequin (qui, elle, était une adversaire d'Alan Scott/Green Lantern), Ruby Voskov (fille de Red Lantern, le héros soviétique vu dans The New Golden Age), the Mist (fils de Jack Knight et Nash).

Ensemble et séparément, ils enquêtent sur la disparition de Khalid Nassour/Doctor Fate  qui avait donné rendez-vous à Huntress pour lui confier des infos (sur l'assassin de Batman). Pas de suspense : il sera retrouvé mort, momifié dans un sarcophage. Et la JSA subit alors l'attaque de Per Degaton qui, grâce à ses pouvoirs sur le temps, les abat sans pitié et rapidement. Huntress seule en réchappe grâce à l'intervention de sa mère en étant projeté dans le passé...

Geoff Johns est à son meilleur dans cet épisode. Non seulement parce qu'il ne cherche pas, comme trop souvent dans ses travaux pour DC ces dernières années, à imiter (mal) Alan Moore, mais parce qu'il produit un script à la fois dense et frustrant. C'est en effet un vrai pâge-turner et quand on arrive à la fin, on se dit "déjà ?!", ce qui est bon signe puisque ça signifie qu'on a envie d'en lire plus et vite. En commençant par une histoire dans le futur avec une JSA composée de vilains, il surprend, désarçonne, tout comme il le fait en tuant Doctor Fate (pourtant un des magiciens les plus puissants du DCU). Il s'attache aussi et enfin à suivre non pas une équipe mais un personnage, Hintress, qui, sur la couverture, a à ses pieds le casque de Jay Garrick, celui de Fate, la masse de Hawkman, la lanterne de Alan Scott : une image puissante, dramatique, qui suggère que la série va expliquer ce qui est arrivé à la JSA historique. Ou comment expliquer le futur en explorant le passé.

En étant renvoyé dans le passé, Huntress voit défiler sur une double page (dessinée par Scott Kolins, Brandon Peterson, Steve Lieber - Jerry Ordway signe aussi une page plus tôt sur des actualités du passé) des moments qui vont sans doute être expliqués dans les prochains épisodes et participer à la résolution du mystère. C'est un procédé cher à Johns que de teaser le programme à venir de manière cryptique mais excitante. En tout cas, que les fans de la JSA classique soient rassurés, tout indique qu'on reverra Jay Garrick, Alan Scott, Wildcat, Doctor Fate (Kent Nelson), Hawkman et Hawkgirl, Starman (Ted Knight). Et leurs héritiers - car c'est de tout temps le sujet essentiel de Justice Society of America.

On ne saura jamais à quoi aurait ressemblé la série dessinée par Bryan Hitch, mais on ne perd pas au change avec Mikel Janin. L'artiste espagnol a connu les sommets avec ses runs sur Grayson puis Batman (par Tom King les deux fois). Mais depuis il paraissait avoir du mal à s'imposer. Peut-être aussi que DC estimait qu'il était justement trop associé à Batman. L'ironie du sort, c'est qu'il revient sur une série avec la fille du dark knight en vedette...

Janin, en tout cas, a de quoi briller à nouveau et, même si, donc, il laisse quelques pages à des confrères sur ce premier épisode, il réalise une prestation excellente. Son trait din et élégant fait merveille, son découpage précis et dynamique sied parfaitement à un script nerveux. Il n'est pas du tout à la ramasse et s'est investi jusque dans les characters designs (celui d'Huntress en particulier, très classe). Il nous gratifie de pages intenses, raccord avec ce que raconte Johns (visiblement très heureux de l'avoir comme collaborateur, comme il l'a expliqué en interview).

Pour ne rien gâcher, c'est Jordie Bellaire qui s'occupe des couleurs et elle participe grandement à la réussite de ce premier épisode avec une palette nuancée le plus souvent, mais aussi vive à d'autres moments, qui est dans la ligne de qu'elle a fait sur The Nice House on the Lake (en moins radical cela dit). Johns, Janin, Bellaire : y a pas à dire, ça a de la gueule.

Parce que ces trois-là ont réussi à surprendre tout en donnant des gages pour la suite, ce retour de Justice Society of America promet beaucoup et comble même ceux qui attendaient désespérement le retour de ce titre emblématique.

mercredi 19 octobre 2022

FLASHPOINT BEYOND #6, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico, Mikel Janin et Gary Frank


Ce dernier épisode de Flashpoint Beyond n'aura pas sauvé ce projet boiteux et risque même d'attiser à nouveau la colère des détracteurs de Geoff Johns qui ne se prive pas de retconner une bonne partie du DCU (et de se servir de Watchmen au passage). On se rend aussi compte que Jeremy Adams et Tim Sheridan n'ont rien apporté de personnel à l'histoire. Restent les dessins, superbes, de Xermanico, Mikel Janin et (pour deux pages) de Gary Frank.


Rip Hunter et Corky Baxter tentent de reprendre à Batman le globe temporel qu'il a volé dans le labo des Chasseurs du Temps avec le projet de le briser et d'anéantir l'univers Flashpoint dans l'Hypertemps.


Au même moment, dans cet univers, Thomas Wayne écoute Martha, sa femme, expliquer comment elle veut remonter le temps pour empêcher la mort de leur fils, quitte à sacrifier Dexter Dent.


Gilda menace Dexter avec un pistolet et Thomas tente de la désarmer. Gilda fait exploser une bombe qui détruit la sphère temporelle de Martha et provoque l'effondrement de l'asile d'Arkham.


Thomas sauve Martha et Dexter. Et ce geste suspend celui de Rip Hunter qui constate que l'univers Flashpoint s'est stabilisé et ne menace plus l'hYpertemps. Comme l'avait parié Batman...

On peut peindre un tableau de bien des façons, avec nombre d'accessoires : au pinceau, au couteau, ou à la truelle. La finesse du résultat dépendra de l'outil employé. Et Flashpoint Beyond ressemble finalement à un assez mauvais tableau à la truelle mais où l'artiste aurait voulu être aussi fin que s'il avait manié un pinceau.

Pas plus tard qu'hier, après avoir lu ce sixième et dernier épisode, j'ai lu une interview de Geoff Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams, qui dressaient le bilan de leur mini-série, revenaient sur des points majeurs de cet ultime chapitre et les conséquences pour le futur du DCU, en particulier pour le relaunch de Justice Society of America par Geoff Johns.

On pouvait alors comprendre, ne serait-ce qu'en mesurant la longueur des interventions de Johns par rapport à celles de ses deux collègues, que non seulement, comme attendu, c'était bien lui le chef d'orchestre de ce projet, mais que surtout les deux autres n'avaient finalement pas apporté grand-chose, sinon des détails dans la caractérisation.

Un peu comme Omar Sharif dont le tiercé était la grande passion, on peut dire que Geoff Johns a pour hobby préféré la retcon, ou comment modeler le DCU à sa guise, à sa main. Pendant longtemps, jusqu'à la fin des New 52, on pouvait apprécier ses efforts en ce sens comme ceux d'un architecte occupé à mettre de l'ordre dans la chronologie éditoriale d'une maison comme DC où règnait un joyeux bordel. Et fort de ses succès sur des titres emblématiques comme Flash, Green Lantern, Justice Society of America et Justice League, ses patrons auraient eu tort de ne pas le laisser faire : Johns avait l'amour, la connaissance de cet univers, et les compétences pour le ranger.

Puis DC s'est rendu compte que, malgré tout ça, ça ne fonctionnait pas parfaitement. Il fallait passer à autre chose, réconcilier la tradition et la modernité, passer des New 52 à Rebirth (avec ses étapes successives). Johns, peut-être vexé, peut-être aussi écarté (à cause des polémiques sur le film Justice League de Zack Snyder, où son nom était régulièrement cité comme un des responsables de la débâcle), a alors semblé lâché l'affaire, et d'autres auteurs ont essayé à leur tour de jouer les architectes - Scott Snyder, puis Joshua Williamson.

Flashpoint Beyond, avec le recul, ressemble à une tentative en loucedé pour Johns de reprendre un peu les commandes, ou du moins de négocier avec Williamson. Mais en fin de compte, ce n'est guère concluant. Tout d'abord, parce qu'en sept épisode (si on compte le n° 0), il a démarré très lentement et fini à l'arrache, en injectant massivement des éléments dont beaucoup sont plus frustrants qu'enrichissants. Et, c'est le pire, en revenant se servir dans les travaux de Alan Moore, malgré les critiques virulentes reçues pour Doomsday Clock.

La partie la plus incongrue de Flashpoint Beyond restera cette invasion des kryptoniens, un subplot qui aurait convenu pour une mini-série de douze épisodes, mais qui dans un format réduit de moitié ne ressemble à rien d'autre qu'à une promesse non tenue. Ne comptez pas sur une résolution de cette ligne narrative, qui n'est d'ailleurs mentionnée que dans une double page et une autre page. Disons-le clairement : c'est du gros foutage de gueule.

Plus réussie est la partie, principale concernant le fait de sauver l'univers Flashpoint, qui se situe non pas dans le Multivers (donc qui n'est pas une Terre parallèle) mais dans l'Hypertemps (donc qui une sorte d'écho à notre Terre, une variation née d'événements émotionnels divergents - en l'occurrence le fait que Bruce Wayne ait été tué à la place de ses parents et que Flash y soit intervenu pour sauver sa mère). Notre Batman (Bruce Wayne) confronté à Rip Hunter a joué aux dès avec Dieu en somme puisqu'il a compté sur un geste improbable de Thomas Wayne dans l'univers Flashpoint pour que celui-ci soit préservé. Un sacré pari qui convainc malgré tout Rip Hunter de ne pas détruire l'univers Flashpoint contenu dans un globe temporel chargé par Dr. Manhattan.

Ce qui nous conduit au dénouement de Flashpoint Beyond : comme il aime tant le faire, Johns procède par allusions, assez alléchantes reconnaissons-le (teasant des épreuves futures pour Batman notamment - reste à savoir si Chip Zdarsky, actuellement en charge de la série Batman en tiendra compte, ou si Ram V les développera dans Detective Comics. J'en doute, mais bon, je m'en fiche un peu, ne lisant plus ni l'un ni l'autre de ces titres). Johns d'un autre côté déplace les meubles et pas qu'un peu, et là, sans aucune subtilité, mais bien comme un général redisposant ses troupes.

Ainsi Rip Hunter et Bonnie Baxter compte-t-il sur la réintégration dans le passé de plusieurs personnages, totalement inédits, pour corriger les altérations subis par l'Hypertemps. Pas moins de treize individus sont cités, qui réécrivent massivement la continuité DC, avec des versions Golden Age de Mister Miracle, Aquaman, Red Lantern, Legionnaire par exemple, mais aussi Salem the witch Girl (en lien avec Klarion the witch boy ?), Ladybug (rien à voir avec Miraculous Ladybug), John Henry Jr. (importé de The New Frontier de Darwyn Cooke ?), Quiz Kid, Betsy Ross, Molly Pitcher, Cherry Bomb (inspiré du tube des Runaways ?), Judy Garrick (probable parente de Jay Garrick ?), Les fils de Harlequin. Personne ne sait qui sont ces gens, débrouillez-vous avec ça, semble dire Johns, qui risque bien d'être le seul à exploiter ces noms (probablement dans Justice Society of America).

En soi, pourquoi pas ? Mais ce qui interroge, c'est bien la manière. DC veut-il laisser Johns développer une sorte de Johns-verse, dans son coin, juste pour satisfaire son ancien enfant prodige. C'est généreux, et après tout pourquoi pas, quand on sait que Sean Murphy a son propre pré carré chez l'éditeur avec la saga White Knight. Néanmoins, tout ça est quand même présenté comme quelque chsoe censé impacter profondément le DCU, or qui chez les scénaristes de l'éditeur semble intéressé ? Encore une fois, Kennedy Johnson (qui a la main sur Superman), Zdarsky et Ram V (sur Batman), Taylor (sur Nightwing - annoncé comme le personnage au coeur du DCU après Dark Crisis) ne me paraissent pas très connectés à Flashpoint Beyond. Et ne parlons pas de Williamson (qui, comme je vois les choses, va sûrement être l'élu pour relancer Justice League en 2023).

C'est donc surtout visuellement que Flashpoint Beyond aura été le plus satisfaisant. Xermanico aura livré des épisodes de haute facture tout du long et ce mois-ci ne fait pas exception. Il se partage l'épisode presque à égalité avec Mikel Janin, qui illustrera dès le mois prochain, la Justice Society of America nouvelle version de Johns. Rien à redire : les deux artistes auront ravi les fans et permis à cette saga d'avoir belle allure.

Gary Frank signe les deux dernières pages. Pas étonnant qu'il ait été invité puisque c'est devenu le partenaire privilégié de Johns avec qui il a co-créé Geiger chez Image Comics, et avant cela ils ont réalisé ensemble Doomsday Clock et la trilogie Batman : Earth-One. Toutefois, ces deux dernières pages vont déchaîner les passions et m'ont, pour part, particulièrement déplu.

Alan Moore, devenu la grande obsession de Johns, qui n'a de cesse depuis quelques années de recopier ses effets de narration, mais surtout de réécrire Watchmen en l'intégrant à grands coups de pompes sur la tête dans le DCU, a qualifié les editors de DC de "ratons-laveurs venant chaque nuit grignoter dans ses poubelles". C'est exactement ce qui se passe ici avec une énième mention à Watchmen qui laisse pantois. DC et Johns ne pourraient-ils pas laisser simplement Watchmen tranquille et lâcher Moore ? A la fin, ça ressemble à du harcélement, et pour quel résultat ? De la bouillie, dont les lecteurs se moquent, que les détracteurs de Johns emploient pour troller ce dernier. Etrange et pénible manie de la part d'un éditeur qui a popularisé le multivers et le concept de mondes parallèles dans les comcis que de vouloir à tout prix incorporer la mni-série super-héroïque la plus révolutionnaire de tous les temps à leur univers central, sans jamais convaincre personne de la pertinence de cette manoeuvre.

Malgré tout ça, j'ai envie de voir ce que Johns va faire avec son troisième run sur la JSA, avec en prime Janin (qui, je l'espère, sera aussi régulier que du temps du Batman de Tom King). Mais pour Flashpoint Beyond, hormis les dessins, je vais plutôt essayer d'oublier cette expérience.

mercredi 7 septembre 2022

FLASHPOINT BEYOND #5, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un quatrième épisode calamiteux, Flashpoint Beyond se reprend un peu pour son pénultième chapitre. Mais tout n'est pas réparé et le script de Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan doit expliquer dans l'urgence de nombreux points, tout en en laissant d'autres de côtés. Mikel Janin a plus de pages à dessiner et Xermanico complète les siennes avec beaucoup de talent.
 

Interviewé à la télé sur le retour de la Justice League et le concept d'Omnivers, Mr. Terrific est interrompu par Bonnie Baxter qui préfère insister sur la notion d'Hypertemps pour la dernière Crise.


Cependant, Flashpoint Batman débarque à Arkham alors que sa femme, Martha, menace Dexter Dent. Tandis que le couple s'affronte, Gilda se dérobe avec son fils.


La sécurité de l'asile intervient mais Thomas s'enferme dans la cellule de Gilda avec Martha. Elle l'entraîne dans les entrailles de l'établissement en justifiant ses crimes signés du Tueur de l'Horloge.


Thomas découvre la machine construite par Martha à partir des infos qu'elle a soutirées à ses victimes et avec laquelle elle compte réécrire leur passé, quitte à sacrifier leur univers...

Depuis la sortie du précédent épisode, des annonces de DC Comics donnent à l'intrigue de Flashpoint Beyond une autre envergure. D'abord, on sait que Geoff Johns va se servir de cette histoire comme rampe de lancement pour son relaunch, attendu de longue date, de la série Justice Society of America (que dessinera Mikel Janin), à partir de Novembre. L'avenir nous dira à quel point le dénouement de Flashpoint Beyond influence ce prochain projet.

La JSA a refait parler d'elle dans le troisième épisode de l'event Dark Crisis (de Joshua Williamson et Daniel Sampere, actuellement en cours de publication). Et c'est un drôle de manège entre les deux titres car Flashpoint Beyond spoile carrément la fin de Dark Crisis dès le début de ce n°5 ! Enfin... Spoiler est un bien grand mot, car qui a cru Williamson quand il jurait ses grands dieux que, si, si, sérieusement, à la fin de Justice League #75, les héros étaient vraiment morts (ou du moins qu'ils ne reviendraient pas avant longtemps) ?

Maintenant,, de manière très prévisible et confirmée ici, on sait que Superman, Batman, Wonder Woman, John Stewart, Hawkgirl, Aquaman, sont encore vivants, en forme et bientôt de retour (en revanche, les situations de Zatanna, Black Canary, Green Arrow et Flash sont plus nébuleuses).

Reste que c'est assez surprenant de voir DC laisser Flashpoint Beyond révèler ainsi le comeback de la JL. Pour un peu, mais peut-être vais-je trop loi, on jurerait que Geoff Johns est à nouveau en train de vouloir organiser le DCU en sous-marin (comme il avait voulu le faire durant les New 52), alors que l'éditeur semblait vouloir faire de Williamson son nouvel grand architecte...

Revenons à Flashpoint Beyond #5. L'épisode du mois dernier était passablement ruiné par une grotesque séquence avec Dexter Dent mais également par des points importants de l'histoire condamnés à rester irrésolus ou inexploités (en particulier l'invasion des kryptoniens). Sur ce dernier point, il paraît clair que ça restera une grande idée sans suite. Concernant Dexter Dent, il est exfiltré avec sa mère pendant le combat qui oppose Thomas à Martha Wayne - celle-ci n'était donc pas morte et a survécu miraculeusement avant de tuer plusieurs personnages capables de manipuler le temps.

Avec leurs connaissances (qu'elle a acquises vraisemblablement en les torturant avant de les assassiner), elle a réussi à construire dans les sous-sols de l'asile d'Arkham une machine lui donnant accès à l'Hypertemps, et donc lui permettant de modifier le passé et/ou le futur. Son projet est de réécrire le passé afin que que leur fils survive et qu'elle et Thomas meurent dans Crime Alley, conformément aux origines du Batman que l'on connaît. Et ce, même si l'opération risque de détruire tout leur univers...

Passons, au risque d'en ricaner, sur la crédibilité d'une femme complètement folle, psychopathe et délirante qui parvient à construire une telle machine sans avoir aucune notion préalable d'ingénierie et sans aucune considération sur les risques des voyages temporels. Et voyons plutôt comment Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams raccrochent acrobatiquement les éléments avec ce qui ouvre et ferme l'épisode. Deux scènes diversement compréhensibles.

Dans la première, Mr. Terrific se fait publiquement moucher par Bonnie Baxter, une partenaire des Time Hunters, quand elle explique que les différentes Crisis ne sont pas seulement d'origine cosmique mais temporelle. On en revient au Divine Continuum composé de l'Omnivers et de l'Hypertemps, le premier étant conceptuel, l'autre émotionnel. Or, il semble bien qu'on ait sous-estimé les conséquences des crises hypertemporelles qui provoquent l'effet Mandela, c'est-à-dire une fausse croyance ou des faux souvenirs collectifs - seuls certains individus auraient conscience des véritables altérations de la réalité (comme le Pyscho-Pirate).

Question (laissée - pour l'instant ? - sans réponse) : les Time Hunters aggraveraient-ils ou amoindriraient-ils cet effet Mandela ? Bonnie Baxter disparaît subitement avant de le dire. On devine où elle est partie à la fin de l'épisode, même si avant cela, on assiste à la résurrection de Ra's Al Ghul (dans son look originel), surpris par Batman (Bruce Wayne) à son manoir et connaissant quelqu'un au sein de l'équipe de la Justice Incarnée (les gardiens de l'Omnivers, créés par Grant Morrison dans The Multiversity).

A la fin de l'épisode donc, Batman et Corky Baxter voient débarquer dans la Batcave Rip Hunter, le chef des Time Hunters, résolu à empêcher Bruce d'utiliser sa propre machine hypertemporelle avec laquelle il compte sauver son père, Thomas.... Pfiou ! Tout ça fait beaucoup à assimiler entre l'intrigue principale (dans l'univers Flashpoint) et ce que trament les Time Hunters et Bruce Wayne. Malgré tout, les deux lignes narratives sont parallèles et ont un objectif semblable : sauver Bruce dans l'univers Flashpoint, sauver Thomas dans l'univers Flashpoint. Sauf que sauver Thomas ne permettra pas de sauver Bruce et vice-versa. (Voyez pourquoi il était inutile d'ajouter ce subplot avec l'invasion kryptonienne, ou alors il aurait fallu une mini-série de douze épisodes).

Flashpoint Beyond a deux dessinateurs de grand talent et dans cet épisode, chacun a de la place pour s'exprimer. Mikel Janin dessine toujours les deux pages finales mais s'acquitte aussi des cinq premières. Il a du mérite car il se tape les planches les plus explicatives, mais son trait fin et précis rend tout ça très digeste. En attendant, je suis surtout content à la perspective de lire plus de Janin prochainement avec le retour de Justice Society of America.

Xermanico reste, lui, sur sa bonne lancée. Il livre une copie impeccable depuis le début et donne beaucoup de puissance à ses pages, alternant facilement entre moments dialogués et d'autres plus mouvementés (le combat Thomas-martha est intense). Son découpage est fluide, ses deux doubles pages sont bluffantes. Lui aussi, je le souhaite, aura un titre à sa hauteur dans la futur.

Plus qu'un épisode pour conclure. La tension sera au rendez-vous, même si elle ne comblera certainement pas une certaine frustration vis-à-vis d'idées prometteuses mais inexploitées.