Affichage des articles dont le libellé est Namor The Sub-Mariner. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Namor The Sub-Mariner. Afficher tous les articles

jeudi 9 février 2023

NAMOR THE SUB-MARINER #5, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


Ici s'achève la mini-série Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores. Il y a toujours quelque chose de frustrant avec les mini-séries Marvel car elles sont trop courtes, mais il faut reconnaître que celle-ci restera une des meilleures que j'ai lues ces dernières années. Christopher Cantwell et Pasqual Ferry ont sur redonner à Namor sa superbe et il faut désormais espérer qu'ils inspireront les futurs auteurs qui l'utiliseront.


Comme je n'aime pas spoiler la fin, je vais zapper l'habituel résumé de l'épisode (que j'ai par ailleurs considérablement réduit depuis le début de cette année). Episode qui s'ouvre par un flashback avec les Invaders dont durant la seconde guerre mondiale quand Namor faisait équipe avec Captain America, John Hammond, Bucky et Toro, contre les nazis.
 

Cette ouverture donne le ton de l'épisode, nostalgique et quelque peu hantée. C'est l'état d'esprit de Namor qui termine cette aventure en prenant conscience d'une remarque que lui firent Jim Hammond et Captain America dans les années 1940 alors que la guerre s'achevait mais que lui pensait déjà à la suivante.


Namor ou la tragédie du guerrier sans repos : protecteur des mers et de ses habitants, il a affronté les héros de la surface quand il estimait que leur peuple menaçait le sien. Il a rarement reconnu ses erreurs de jugement mais s'est rangé du côté des justes aunt la situation l'exigeait. Mais, profondément, c'est un homme qui a toujours été déchiré entre sa loyauté envers les atlantes et sa méfiance envers les humains.
 

Cette lutte interne, loin de nous rendre Namor étranger, en fait plutôt un personnage auquel il est simple de s'identifier car les sentiments qui le tourmentent, qui le définissent même, sont partagés par nombre d'entre nous. Et c'est ce que Christopher Cantwell a parfaitement compris.

En somme, le scénariste a remet l'église au milieu du village et cessé de traiter Namor comme une sorte d'individu hautain et unidimensionnel, mû uniquement par la colère et la défiance. Si Namor se distingue apr son rang social (c'est un régent), il reste sensible, comme l'a rappelé cette série en rappelant le lien qui existait entre lui et Sue Richards, entre lui et Captain America et Jim Hammond, entre les gens de la surface et le peuple des mers.

Si Namor n'était qu'un arrogant impulsif, il se ficherait bien d'avoir des amis, d'avoir aimé une humaine, ce ne serait qu'un méchant de plus. Or si on néglige cette part d'ambiguïté chez lui, comme par exemple chez Emma Frost chez les X-Men (avec laquelle il a aussi partagé une certaine forme d'intimité), alors on perd le personnage, ce qui le caractérise, et il devient une caricature.

Cantwell n'a, à mon sens, commis qu'une seule véritable erreur dans sa mini-série, en tuant Captain America, dans une mise en scène par ailleurs maladroite. Il eût été, mais ce n'est que mon avis, plus émouvant que Namor fasse ce voyage en compagnie de Steve Rogers car cela aurait apporté un poids supplémentaire au récit, tandis que Luke Cage a paru être une solution de rechange qui n'a pas porté ses fruits, qui a été mal, ou trop faiblement exploité. 

Au début, cela me semblait une idée intéressante car Cage n'a jamais été ami avec Namor et donc en l'accompagnant, le lecteur savait qu'il ne passerait rien au prince des mers (là où Captain America aurait sans doute été plus souple). Mais Cantwell n'a finalement que peu exploité la relation Cage-Namor et du même coup il s'est privé de la réunion des trois héros emblématiques que sont Captain America, Namor et la Torche Humaine.

Mais la conclusion de cette mini-série reste satisfaisante, surtout parce que le scénariste montre bien, de manière efficace, à quel point les enseignements de Namor se sont retournés contre lui, et qu'à la toute fin, ils le poussent à vraiment changer, certes contraint, mais déterminé.

L'autre grande qualité de cette mini, c'est d'avoir profité des dessins de Pasqual Ferry. L'artiste espagnol s'est vraiment investi dans ce projet et a rappelé qu'il était un graphiste de grand talent, au style unique, très élégant et inventif.

Sa manière de camper les personnages correspond bien à ce qu'avait en tête Cantwell, entre survivants et protagonistes résolus à rester dignes dans la tempête. Les décors aussi sont éblouissants et Ferry prouve quel superbe designer il est. Associé à Matt Hollingsworth aux couleurs, il a produit des planches magnifiques tout au long de cette histoire, sans jamais forcer le trait. Sachant qu'il va s'occuper de la prochaine série Doctor Strange, j'ai hâte de voir ce qu'il va faire avec un héros magique  qui se prête à encore plus de fantaisie visuelle.

J'ignore quand et sous quelle forme Panini traduira cette mini-série, mais je vous encourage à surveiller les plannings de l'éditeur et à mettre quelques euros pour l'acquérir car Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores est un excellent comic-book.

jeudi 19 janvier 2023

NAMOR THE SUB-MARINER #4, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


Le pénultième épisode de Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores fonce à toute allure vers un final qui sera dramatique. Christopher Cantwell lâche les chevaux et entraîne le lecteur dans un récit de haute volée, à haute teneur émotionnelle. Pasqual Ferry, lui, continue de nous enchanter avec des pages merveilleusement belles, achevant de faire de cette mini-série un sommet.


Jim Hammond conduit Namor, Luke Cage et Egad au pôle Nord où il a établi une colonie pour les robots et les androïdes. Il dément toute intention de s'en prendre aux atlantes et aux humains, même si Namor a du mal à le croire. Pendant ce temps, Steve Rogers et Eudora reçoivent Machine Man au refuge et là, comme dirait l'autre, c'est le drame...


L'ironie n'a pas sa place dans cette histoire, encore moins quand elle arrive à sa fin, dans un mois. Christopher Cantwell avait jusqu'à présent conduit son affaire sur un rythme assez tranquille, nous laissant découvrir le monde post-apocalyptique dans lequel évoluait son "old man Namor" et quelques humains familiers. Il a décidé d'accélerer.


La réunion, attendue, entre Namor et Jim Hammond, la première Torche Humaine, est d'abord tendue, et pour cause, le prince des mers est convaincu que son ancien allié au sein des Invaders prépare un assaut contre les derniers survivants humains et la population atlante. Pourtant, la vérité est ailleurs.
 

Hammond a déplacé ses semblables, robots en androïdes au pôle Nord où il a établi une colonie futiriste et autonome, cherchant elle aussi à subsister après la guerre menée par les Kree. Mais si la Torche semble innocent, alors que se passe-t-il avec Machine Man, qui commet l'irréparable en son nom ?

L'épisode est clairement scindé en deux parties, mais la narration pose les deux actions en parallèle.  A n'en pas douter, le dernier numéro éclaircira ce qui a poussé Aaron Stack à faire ce qu'il a fait. Mais cela aura eu des conséquences immédiates, comme on le voit ici, et sans que je vous les dévoile. Car Namor a lui aussi eu un geste tragique.

Le procédé est simple, revu, mais Cantwell l'utilise à bon escient, avec beaucoup d'efficacité. On tourne les pages, pris par l'enchaînement des événements, entre surprise et effroi. Le scénariste ne se contente pas pour autant de nous accrocher avec de l'action et du grand spectacle, il glisse vers l'introspection avec habileté.

En effet, un dilaogue entre Eudora, la chef scientifique atlante, et Steve Rogers revient sur le passé des Invaders dont il fit partie aux côtés de Namor et Hammond. Qu'est-ce qui unissait trois hommes aussi dissemblables ? D'abord, il y avait l'époque, c'était la guerre et cette équipe de surhommes formait la première ligne de combat des alliés contre les nazis en Europe.

Dans l'horreur des combats, ils forgèrent une amitié indéfectible, même si au lendemain du conflit, ils prirent tous des chemins différents; Du moins conservaient-ils l'un pour les autres du respect. Et un rêve, une aspiration, la foi en un futur meilleur, pacifique, pacifié. Qu'en reste-t-il aujourd'hui, que le futur est là avec son visage catastrophique ?

Au fond, ce que Cantwell dit, en creux, c'est que Rogers/Captain America était pour Namor comme pour Jim Hammond un exemple et un lien. C'était lui l'idéaliste de la bande, tandis que Namor incarnait le cynisme, la méfiance, et que Hammond figurait le détachement (puisqu'il était un androïde, certes capable d'émotions, mais pour la majorité de ceux qui le cötoyaient, il restait une machine). Rogers voyait en Namor un allié puissant et noble, même si son attitude arrogante et soupçonneuse n'était pas facile à gérer. Et il considérait Jim Hammond comme un homme plus que comme un robot.

Aujourd'hui, comme le lui dit Eudora, Rogers pourrait à noveau jouer son rôle de lien et d'exemple entre Namor et la Torche. Mais Cantwell va renverser la table et précipiter les trois hommes dans une tragédie. La fin de l'épisode choque par l'incertitude qu'elle fait peser sur l'un d'eux, et le sort subi par un autre. Tout compte fait, c'est donc une histoire noire que raconte Conquered Shores.

Et comme pour l'atténuer ou la nuancer du moins, la contribution de Pasqual Ferry s'avère un choix judicieux car le dessinateur ibérique nous émerveille avec des planches d'une beauté rare. L'épisode met en valeur le sens du design de Ferry, qu'il s'agisse du vaisseau de Jim Hammond, tout en courbes, ou de la base-colonie qu'il a installée dans l'Arctique, là aussi avec un bâtiment aux formes arrondies, aux perspectives acceuillantes et profondes, davantage une ville qu'une simple installation.

La complicité de longue date entre Ferry et le coloriste Matt Hollingsworth aboutit à des iamges composées avec une grâce divine et des ambiances toujours douces. Même quand une explosion survient, les flammes et le souffle de la déflagration ont quelque chose de moins terribles que de poétique, ce qui rend évidemment l'effet encore plus dramatique puisque le lecteur ne se rend compte qu'après des dégâts.

La manière dont Ferry représente la Torche tranche avec les canons établies par Alex Ross (qui pour figurer la chaleur des flammes avait peint Jim Hammond en s'inspirant d'un négatif photo et donc de la signature thermique imprimée sur le film). Hollingsworth et Ferry préfèrent des flammes qui semblent danser autour de la silhouette de Hammond, ce qui le rend moins menaçant mais pas moins intense ni puissant.

Quelle que soit l'issue de cette mini-série, on peut déjà affirmer que Cantwell et Ferry auront réussi à redonner son lustre à Namor, personnage fondateur de la maison des idées au même titre que la Torche Huimaine.

vendredi 23 décembre 2022

NAMOR THE SUB-MARINER #3, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


L'odyssée futuriste de Namor the Sub-Mariner par Christopher Cantwell et Pasqual Ferry est décidément une franche réussite. Pour qui est fan du héros, c'est même une bénédiction car rarement ces dernières années il aura été si bien traité. Le scénario réserve cette fois-ci encore des surprises et visuellement c'est tout simplement magnifique.


Alors que Eudora, la scientifique atlante, tente de reconstituer l'ADN de Jim Hammond, elle est enlevée par un androïde. Au même moment, Namor et Luke Cage atteignent la Latvérie désertée par Dr. Fatalis.


Accueillis et escortés par des Fatalibots, les deux hommes cherchent des indices sur la Torche Humaine et découvrent dans les sous-sols du château des survivants humains et leurs enfants.


Ceux-ci sont sous la protection de Egad le mort-vivant, créature de Fatalis, qui engage le combat avec Namor qu'il accuse de vouloir tuer les enfants. La bataille dégénère mais Namor calme son adversaire.


Eudora réussit à échapper à son ravisseur et contacte Namor, convaincu que Jim Hammond prépare un mauvais coup, même si Egad et Luke Cage sont plus réservés...

J'ai souvent été déçu ces derniers temps par les mini-séries produites par Marvel qui ressemblent plus pour moi à des moyens de garder dans l'actualité des personnages par ailleurs absents de titres popualires. Je compare fréquemment les ambitions de l'éditeur en la matière avec ce que réussit à faire DC et son Black Label, autrement plus ambitieux et abouti.

Mais Namor The Sub-Mariner : Conquered Shores de Christopher Cantwell pourrait bien marquer un tournant et inspirer de futurs projets et donc Marvel à être plus audacieux. Car si Namor est actuellement présent dans les pages de Avengers par Jason Aaron, il reste mal écrit par beaucoup, qui se satisfont de le décrire comme un vilain colérique, seulement sauvé par son amitié avec Captain America.

Par le passé, John Byrne par exemple avait écrit un run resté dans les mémoires de ceux qui l'ont lu et qui faisait honneur au prince des mers. James Robinson et Steve Pugh dans leur relance des Invaders l'animèrent aussi avec application. Et puis il y eut le superbe Namor : Voyage au fond des mers de Peter Milligan et Esad Ribic. Maigre bilan malgré tout pour le personnage imaginé par Bill Everett en 1939.

Christopher Cantwell a eu une riche idée en déplaçant l'action de son récit dans le futur car cela lui permettait d'appréhender Namor sans avoir à tenir compte de ce qui en a été fait récemment, de faire en somme table rase du passé. C'est un peu un "Old Man Namor" qu'on trouve dans les pages de Conquered Shores, moins impulsif, moins arrogant, et plus sage, presque repenti.

Namor n'a pas perdu sa morgue ni sa majesté, mais son périple en compagnie de Luke Cage fait irrésistiblement penser à Ulysse dans L'Odyssée de Homère. Son voyage s'apparente à une initiation tardive, celle d'un roi déchu en quête de réconciliation avec les gens de la surface qu'il a si souvent pris pour ennemi.

Ce troisième épisode souligne avec à-propos ce à quoi il doit faire face quand on lui rappelle sans cesse, Luke Cage le premier, à quel point son attitude hautaine et agressive a abouti à une méfiance éternelle à son égard. Même maintenant qu'il a abandonné son trône au profit de sa cousine et tente de s'imposer comme un protecteur de tous les rescapés d'une attaque kree qui a envoyé tous les super-héros dans l'espace, Namor doit persuader tous ceux qu'il croise qu'il a changé, mûri, appris de ses erreurs.

Dans cette étape qui le mène avec Cage en Latvérie, il est rappelé à ses alliances ponctuelles avec le Dr. Fatalis et à sa réputation de conquérant aux méthodes expéditives quand Egad le mort-vivant l'accuse de vouloir tuer des enfants qu'il a mis à l'abri dans les sous-sols du château. En parallèle, Cantwell met en scène l'enlèvement de Eudora, la scientifique atlante, par un androïde mais souffle chaud et le froid à ce sujet. Comme Namor, on devient sûr que Jim Hammond prépare un vilain coup avec les machines. Mais la voix de Cage nuance cela quand il s'agit de questionner le mobile de cette attaque. La dernière page nous plonge encore plus dans la perplexité.

Le script, nuancé donc et malin aussi, est magnifiquement mis en image par Pasqual Ferry qui revient en très grande forme - et ce retour semble se faire sur la durée puisque le dessinateur espagnol va enchaîner ensuite avec le relaunch de Docto. Strange (écrit par Jed MacKay, à partir de Mars 2023).

Ferry était fait pour dessiner Namor à qui il donne cette allure altière sans forcer. L'époque futuriste lui a permis de le vieillir légèrement en lui donnant des tempes blanches (comme son rival Mr. Fantastic) mais aussi un vêtement en rapport avec une régression de ses pouvoirs, sous la forme d'une armure. Ainsi, Namor ressemble à un chevalier revenant de la guerre, comme Ulysse ou un membre de la Table Ronde.

Surtout, Ferry respecte la physionomie du personnage, loin de son incarnation dans le MCU (où le personnage est devenu mézo-américain, un choix qui ne cesse de m'interroger alors qu'à tout prendre j'aurai davantage vu Namor campé par un asiatique comme le suggère ses yeux en amande). Il le représente ni trop grand ni trop musclé, svelte, ce qui apporte un contraste intéressant avec le plus massif Luke Cage ou le très grand Egad.

Tout cela évoulue dans des décors auxquels le dessinateur ibérique avec le coloriste Matt Hollingsworth insufflent un côté hanté, désolé sans être post-apocalyptique. Ces "rivages conquis" comme l'indiquent le sous-titre de la mini-série sont surtout ceux d'une Terre délaissée, déserté, où ceux qui sont restés vivent comme dans d'ultimes refuges et dans un dénuement poignant.

Si seulement Marvel avait l'idée de confier à Cantwell une série régulière dans le présent sur Namor, avec un artiste d'une classe équivalente à celle de Ferry, ce serait idéal. Mais en attendant cela, cette production a de quoi combler les fans du prince des mers.

vendredi 18 novembre 2022

NAMOR THE SUB-MARINER #2, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


Quand même, ça fait du bien de lire une bonne histoire avec Namor ! Christopher Cantwell prouve qu'il aime et connaît bien ce personnage, mais surtout qu'il l'a bien cerné dans cette mini-série futuriste. C'est somptueusement mis en images par Pasqual Ferry pour ne rien gâcher. Et la fin de l'épisode promet beaucoup pour la suite...


La Torche Humaine (Jim Hammond) a filé dans le ciel sans que Namor ait pu la rattraper. Eudora, sa conseillère scientifique explique en quoi l'androïde pourrait sauver l'humanité.
 

Namor et Luke Cage partent ensemble à sa recherche sur un voilier. Ils gagnent New York et le Baxter building où Namor espère que Reed Richards a conservé des infos sur Jim Hammond.


Une fois dans l'immeuble, Namor se rappelle la dernière discussion qu'il a eue avec Sue Richard, quand elle essaya de le convaincre de quitter la Terre avec les autres héros suite à l'attaque Kree.


Namor est sorti de sa rêverie par Machine Man qui l'attaque. Luke Cage l'aide à le maîtriser mais Machine Man s'enfuit en les prévenant d'une riposte imminente des machines...

Alors que Namor dans sa version MCU triomphe dans Black Panther 2 : Wakanda Forever (que je j'ai toujours pas vu), le prince des mers poursuit son aventure dans le futur sous la plume de Christopher Cantwell. Er même si d'autres avant lui ont su bien écrire le personnage (comme John Byrne ou Peter Milligan), force est d'avouer qu'on en a là une version passionnante.

Trop souvent réduit à un vilain, Namor est surtout un anti-héros, ambigü, parfois du bon, parfois du mauvais côté. Comprendre ça, c'est lui rendre justice. Ou alors il faut trouver une autre façon de l'animer et c'est comme ça que Cantwell a procédé.

A bien des égards, Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores fait penser Old Man Logan et les autres mini-séries inspirés par le récit fondateur de Mark Millar (avec Hawkeye, Peter Quill, etc.). Il s'agit d'une forme d'ultime histoire de Namor, qui le montre plus âgé et changé par les ans. Du coup, la question de savoir s'il est bon ou mauvais ne se pose plus car il a évolué pour atteindre une nouvelle incarnation.

Le Namor de Cantwell n'est même plus roi, il a laissé le trône à Namorita, il a fait la paix avec Attuma, et veille sur une poignée d'humains rescapés d'une attaque menée par les Kree à la suite de laquelle tous les super-héros ont quitté la planète. Avec ses tempes blanchies, il ressemblerait presque à son rival d'hier, Reed Richards. Et c'est tout sauf un hasard si Namor va retrouver le Baxter building, repaire des Fantastic Four, désormais exilés.

A la fin du premier épisode, Namor voyait dans le ciel la première Torche Humaine, Jim Hammond, l'androïde créé par Phineas Horton, qui fut son premier adversaire puis son compagnon au sein des Invaders (avec Toro, Bucky et Captain America durant la seconde guerre mondiale). Quand ce deuxième numéro commence, Namor se lance à la poursuite de la Torche mais celui-ci le sème facilement car Namor n'a plus volé depuis longtemps et ses ailettes aux chevilles ne le lui permettent plus.

Mais l'apparition de la Torche a tout changé, pour tout le monde. Eudora, la conseillère scientifique d'Atlantis, explique que l'énergie de l'androïde pourrait fournir de quoi sauver les humains et les atlantes. Luke Cage n'est pas chaud à l'idée d'habiter sous l'eau, mais avant d'en arriver là, il faut de toute façon retrouver Jim Hammond. Et Cage entend bien ne pas laisser Namor partir seul à sa recherche. Captain America reste donc avec les rescapés humains.

Cage et Namor gagnent New York à bord d'un voilier. Au Baxter building, Machine Man va surgir et bouleverser leur périple... Christopher Cantwell trouble le lecteur avec ce rebondissement : Jim Hammond est introduit comme le sauveur, à moins qu'il ne s'agisse de celui qui achèvera ce qui reste de l'humanité puisqu'il est question d'un clan de robots prêts à en découdre.

Le duo Namor-Cage est inattednu mais évite à la mini-série de se complaire dans la nostalgie en reformant le tandem Steve Roger-Namor pour ce voyage. Cage n'aime pas Namor et ne s'en cache pas. Mais Namor n'est plus ce régent soupe-au-lait prêt à répliquer au quart de tour, toisant les humains comme des êtres inférieurs, il s'accommode de ce compagnon ombrageux. L'histoire ne dit pas un mot du sort des mutants suite à l'attaque Kree et occulte du même coup le sentiment de Namor vis-à-vis de la communauté à laquelle il appartient génétiquement (on verra si dans les prochains épisodes Cantwell en parle, mais je ne parierai pas là-dessus vu l'endroit où Namor et Cage vont se rendre dans le prochain épisode).

Captivant, le récit est aussi somptueux au niveau visuel. Pasqual Ferry est très en forme et ça fait plaisir. Son style convient parfaitement au personnage à qui il donne une majestie et une mélancolie mais aussi une forme de sagesse très élégante. Le costume dont il l'a vêtu m'a d'abord désarçonné car je pensais que ce vieux Namor aurait renoué avec son look originel, mais finalement cette combinaison noire lui sied bien.

L'armure qu'il porte ensuite est justifiée de manière simple et logique et le design est superbe. Ferry nous éblouit avec une splash-page renversante lorsqu'on voit Namor et Cage sur le voilier (voir ci-dessus). Et leur entrée dans New York submergée a le bon goût de rester sobre alors qu'on a vu et revu des images de la mégapole sous les eaux dans nombre de films catastrophe. En revanche, une fois, dans le Baxter building, Ferry déploie des trésors d'invention pour créer un intérieur très moderne aux formes épurées et sophistiquées à la fois.

Le flash-back avec Sue Richards est lui ausi découpé sans fioritures : Ferry s'appuie sur un dialogue exemplairement traité et qui suggère à merveille la relation entre la femme invisible et le prince des mers, une romance contrariée mais résumée à l'essentiel (Sue a préféré Reed comme on préfère la raison à la passion).

La bataille contre Machine Man est traitée avec dynamisme, avec des cases occupant la largeur de la bande, là encore le procédé importe moins que le résultat qui est efficace. Ferry a un trait naturellement beau et il a le bon goût de ne pas surcharger ses visuels avec des effets de composition inutilement compliqués. Tout est fluide.

C'est vraiment très agréable à lire, avec cette pointe de mélancolie et cette part d'inattendu qui suffisent pour avoir envie de continuer.

vendredi 14 octobre 2022

NAMOR THE SUB-MARINER #1, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


La publication d'une nouvelle mini-série consacrée à Namor the Sub-Mariner ne doit rien au hasard puisque le personnage sera à l'affiche de Black Panther 2 : Wakanda Forever (dont on ignore toujours s'il sortira en France). C'est Christopher Cantwell qui a la lourde tâche de raconter une histoire originale avec cet anti-héros fascinant et souvent mal écrit, et ce avec la complicité du trop rare Pasqual Ferry au dessin. Un début prometteur.


Cent ans dans le futur. La Terre, suite à une attaque des Kree, a vu sa population décimée et ses héros défaits, en fuite. Submergé par la fonte des glaces, la planète est plus que jamais le royaume de Namor.


Celui-ci a laissé sa couronne à son jeune cousin et Namorita fait le lien entre l'ex-prince des mers et Atlantis tandis qu'à surface, les rescapés survivent dans des conditions terribles.


Namor retrouve son vieil ami Captain America et apprend que, pour la première fois depuis longtemps, une femme va donner naissance alors qu'elles sont toutes devenues stériles à cause des Kree.
 

Mais quand Luke Cage, à la tête des rescapés, voit arriver Namor, un affrontement éclate entre les deux hommes et les atlantes se défendent. C'est alors qu'une silhouette familière apparaît dans le ciel...

Namor n'est pas un personnage facile à manier. Le plus souvent, les scénaristes le représentent comme un vrai tête de noeuds, antipathique, animé par un seul objectif (éliminer les humains à la surface de la Terre). Actuellement, Jason Aaron l'a intégré à l'équipe des Avengers, manière de rappeler que, malgré son mauvais caractère, le prince des mers fut un héros durant la seconde guerre mondiale au sein des Invaders. Il a aussi été désigné comme mutant, même s'il a refusé de se joindre à Charles Xavier pour la fondation de Krakoa comme Etat-nation.

Christopher Cantwell, lui, explique dans la postface de ce premier épisode que cette mini-série Namor the Sub-Mariner dort dans ses cartons depuis plusieurs années, c'est même le premier pitch qu'il a soumis à Marvel. Le scénariste a découvert le personnage dans Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross et a été fasciné au point ensuite de lire tout ce qu'il pouvait à son sujet. Ce projet, c'est sa lettre d'amour à Namor, au passé de Marvel quand la maison d'édition s'appelait encore Timely Comics, mais aussi au futur, puisqu'il situe son intrigue dans cent ans.

Cantwell nous explique rapidement que les Kree attaquèrent notre planète, que les super-héros périrent ou fuirent et que els humains furent décimés en majorité - les femmes souffrant ensuite de stérilité. Cette guerre a également provoqué a submersion de la quasi-totalité des terres. 

Namor, tel qu'il apparaît désormais, a les tempes blanchies et ne régit plus Atlantis, ayant passé le flambeau à son plus jeune cousin. Namorita, sa cousine, lui sert de relais entre son royaume sous l'eau tandis qu'il voyage fréquemment à la surface, veillant à ce que les survivants humains ne souillent pas les océans. Puis il rend visite à Captain America qui lui apprend une nouvelle surprenante, avant de se bastonner avec un Luke Cage très remonté contre les atlantes. Jusqu'à ce qu'un personnage du passé ne se pointe...

C'est donc un épisode d'exposition, mais qui laisse quelques zones d'ombre pour la suite. C'est assez alléchant pour donner envie de lire ce que Cantwell a prévu, d'autant qu'en situant son récit dans un siècle, le scénariste ne sera pas embêté par ce qui se passe dans des séries actuelles. On entrevoît de cette manière ce à quoi ressemblerait un Marvel Black Label si l'éditeur se décidait à le développer (comme il l'avait fait avec la gamme Marvel Knights ou la collection Icon).

Cantwell, en tout cas, assure pour écrire Namor avec nuance : il lui conserve cette arrogance mais en le montrant assagi, vieilli, détaché de ses obligations royales, on apprécie aussi son humanisme, sa compassion. En tout cas, ce n'est plus l'abominable connard auquel on l'a trop souvent réduit. A voir si l'histoire évoquera sa mutanité (qui fut, en son temps, un sujet de débat parmi les puristes - personnellement, je n'ai jamais compris le bénéfice qu'en aurait tiré le personnage, au contraire Namor est un outsider absolu donc le rattacher à cette communauté me semble un contresens).

Que ce soit dans les projets en creator-owned ou mainstream, j'ai toujours vu Cantwell bien accompagné. Et cette fois, encore, il bénéficie d'un dessinateur d'exception avec le trop rare Pasqual Ferry, qui se montre actuellement très actif (il a également participé à des tie-in pour A.X.E. : Judgment Day).

Si Ferry a été plus discret, c'est parce qu'il a ces dernières années consacré beaucoup de temps et d'energie à un projet personnel, une adaptation futuristes de Alice au pays des merveilles intitulé AL1C3, édité avec un financement participatif. Mais ce fut un échec et j'ignore même si l'oeuvre a été achevée, sera complétée si elle n'est pas terminée, ou a été abandonnée définitivement. Dommage parce que, pour ce que j'en ai vu, c'était superbe.

Il n'empêche, quel plaisir de relire du Pasqual Ferry, lui qui a un style à la fois reconnaissable entre mille et si beau. L'artiste nous gratifie très vite de splash (c'est le cas de le dire...) et de doubles pages somptueuses, avec notamment les scènes se passant à Atlantis. On peut rester de longues minutes à apprécier l'architecture magnifique qu'il donne à la cité sous-marine, avec les couleurs fabuleuses de Matt Hollingsworth.

Mais le script de Cantwell est aussi assez strict pour que, dans la seconde moitié de l'épisode, Ferry prouve qu'il est un narrateur aguerri, capable de faire autre chose que de belles images. Le dialogue entre Namor et Captain America donne toute la mesure du respect que se vouent les deux hommes, tandis que l'altercation avec Luke Cage a une vraie intensité, avec un découpage plus hâché, reflétant la confusion de la bagarre.

Bref, j'ai beaucoup aimé ce bon début, très accrocheur et maîtrisé. Cantwell est un auteur à suivre, et Ferry nous fait plaisir. What else ?