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vendredi 26 juillet 2019

SKYWARD #15, de Joe Henderson et Lee Garbett


Conclure une histoire est toujours périlleux, surtout quand tout paraissait avoir été dit dans le pénultième épisode. Pourtant, Joe Henderson produit une vraie et belle fin à Skyward avec d'ultimes péripéties et sans maniérisme. Lee Garbett a eu aussi visiblement à coeur de quitter cette histoire sur une bonne note. Mais est-ce vraiment la fin ?


Le maire de Chicago et la mère d'Edison Davies reprochent, malgré la bravoure dont elle a fait preuve, l'attitude de Willa Fowler. En effet, sans les fermiers, la population risque la famine.


Outrée, Willa veut trouver une solution. En rejoignant sa mère, une idée lui vient car elle se rappelle avoir entendu que des terres environnant Crystal Springs, la cité souterraine, étaient à l'abandon.


Lilly Fowler convainc Randy et le conseil municipal d'accueillir les fermiers pour cultiver ces terres. Cela coûte sa place de maire à Randy mais offre aux compagnons de Serena un emploi et un gîte. Et à Chicago un ravitaillement.


A Chicago justement, Edison a décidé de travailler aux côtés de ses parents pour s'assurer qu'ils n'abusent pas de leur pouvoir puisqu'ils ont récupéré le business de Roger Barrow.


Cela oblige le jeune homme à rester en ville alors que Willa va partir en voyage avec sa mère. Mais elle lui promet de revenir...

Joe Henderson, à la fin de cet ultime épisode, laisse planer le doute sur une suite à Skyward. C'est étonnant puisque le titre s'arrête faute de ventes suffisantes et après que Image ait accordé à l'auteur cinq épisodes pour boucler sa saga. Mais il est vrai cependant que le dénouement est ouvert et que l'univers de la série conserve son potentiel intact.

Ce qui est sûr en revanche, c'est que Henderson et Lee Garbett préparent ensemble un nouveau projet (qui reste à rédiger cependant, précise le scénariste), toujours chez Image.

En attendant, Skyward s'achève sur un chapitre parfaitement mené, alors que tout semblait avoir été dit le mois dernier. Henderson met Willa face aux conséquences de la défaite des fermiers et la destruction de leur culture. La population risque la famine et ne peut compter sur les vivres d'autres villes pour subsister.

La solution trouvée par l'héroïne et son créateur est habile et permet de boucler la boucle de façon efficace. On passera du coup sur quelques rebondissements dispensables, comme le baroud d'honneur de Lucas Serrano, expédié avec une pointe d'humour. La situation d'Edison est aussi inspirée et évite à l'épisode de sombrer dans un excès de sentimentalisme et de contentement. Willa est devenue une jeune femme qui doit rattraper le temps perdu avec sa mère, quitte à s'éloigner de son amant.

Les dessins de Garbett autorisent tout : depuis le début, il a su donner à la série des planches bondissantes, aériennes, gracieuses, dynamiques, qui privilégient toujours le récit, la narration, la fluiditié.

C'est pour cela qu'on croit dans le caractère résolu et fonceur de Willa, qu'on a cru à son émancipation, qu'on a été touché par ses drames et heureux dans ses victoires. Garbett a maintenu cet aspect divertissant et coloré (avec l'aide d'Antonio Fabela) à une aventure qui, si elle a connu des heures graves, tragiques même, est toujours allée de  l'avant, comme Willa.

On accepte donc, comme Edison, de voir partir (pour toujours ?) la série et son attachante héroïne. Et si les auteurs remercient leurs fans, alors on les remercie aussi pour la qualité de leur travail. 

jeudi 20 juin 2019

SKYWARD #14, de Joe Henderson et Lee Garbett


C'est le pénultième épisode de Skyward et en vérité, il sonne déjà comme le dernier. L'intrigue est résolue de manière expéditive par Joe Henderson et spectaculairement mise en images par Lee Garbett. On ne peut pas dire que c'est mal fait, mais, de manière au fond logique, le coeur n'y est plus vraiment...


Luca Serrano et les fermiers sur leurs insectes géants sont aux portes de Chicago et exigent le reddition immédiate des autorités. Mais c'est alors que Lily Fowler et sa fille Willa surgissent aux commandes de leur avion, décimant une partie des troupes ennemies.


Willa et sa mère sautent de l'appareil avant qu'il n'explose et rejoignent Edison Davies et ses amis. Lily envoie ce dernier au siège de la compagnie de Roger Barrow mais le jeune homme est devancé par Serena, la compagne de Serrano.


Elle désactive les crampons magnétiques de chaussures des habitants de la ville qui s'envolent alors pour être attrapés par les insectess géants. Serrano fait irruption dans le bureau du maire en position de force.


Mais c'est alors que Willa et ses amis volent au secours des civils. Edison, lui, raisonne Serena en lui expliquant que Lucas a détruit leur ferme pour les forcer à agir. Elle rétablit le magnétisme des chaussures.


Le vent a tourné : les fermiers battent en retraite mais Lucas est arrêté avec l'aide de Willa. Edison la rejoint et ils s'embrassent. En attendant de tirer les leçons de cette crise...

On ne peut guère reprocher à des auteurs qui ont consacré quinze mois de leur existence (et certainement quelques autres en amont pour la conception) à une série de ne conclure leur run la fleur au fusil.

A l'heure de sa (presque) fin, Skyward restera comme un échec éditorial et commercial, mais pas critique - ironiquement la série est en lice pour de nombreuses récompenses. Mais le public n'a pas été assez nombreux pour que l'aventure se poursuive et la politique d'Image ne l'a pas servie.

S'il faut se défendre des généralités, un coup d'oeil sur les solicitations de l'éditeur suffit pour remarquer qu'une majorité de leurs comics surfent sur des histoires violentes, non-super-héroïques, selon les règles du creator-owned (où les créateurs travaillent sans être payés jusqu'à ce que leur oeuvre se vende).

Le récit de Joe Henderson tranche dans ce paysage en proposant quelque chose de différent, une intrigue fantastique et initiatique, où les morts s'envolent dans le ciel et pas en subissant des atrocités physiques. L'héroïne, Willa, est une jeune femme à peine sortie de l'adolescence, qui devient orpheline au terme du cinquième épisode, et évolue dans un monde étrange de fermiers rejetés par la société des grandes villes, d'insectes géants, et dont le meilleur ami est amputé des deux jambes.

L'annulation de Skyward ayant été annoncée au bout du dixième numéro et de la fin du deuxième arc narratif, l'auteur a pu composer un dénouement sur les cinq épisodes qu'on lui a accordé. Beaucoup n'ont pas ce luxe. Mais cela ne signifie pas que Joe Henderson a eu le temps de tout dire ni de le faire avec l'inspiration nécessaire.

Ainsi, on s'étonnera de quelques errements scénaristiques, comme le fait que Edison Davies, de retour à Chicago plusieurs jours avant Willa, n'ait pas pénétré les locaus de la compagnie de Barrow avant que Serena ne le fasse pour le compte des fermiers. L'épisode joue un peu au yo-yo avec les civils qui s'envolent et qui sont attrapés tou à tour par des insectes puis par la bande de Willa, le fait que Serena accomplisse le plan de Lucas puis se range à l'avis d'Edison.

Lee Garbett ne ménage pas sa peine pour rendre tout cela le plus dynamique, aérien et spectaculaire possible : le dessinateur a vraiment explosé sur ce titre et il ne devrait pas rester inactif longtemps. Je parie volontiers qu'un des "Big Two" va le récupérer vite - en espérant qu'il n'héritera pas d'une série B ou ne soit noyé dans un collectif d'artistes sur une série qui en consomme beaucoup (genre Amazing Spider-Man ou Avengers ou Justice League - même si DC a annoncé qu'en 2020 il ne publierait plus que des mensuels).

Le mois prochain donc, la série va s'arrêter. Cet ultime numéro sera intéressant, ne serait-ce que pour le ton qu'imprimera Henderson à sa saga - un adieu mélancolique ou un salut lumineux ?   

vendredi 17 mai 2019

SKYWARD #13, de Joe Henderson et Lee Garbett


Joe Henderson et Lee Garbett ont beau faire comme si de rien n'était, on sent bien dans cet épisode que la fin de Skyward est imminente et la narration flotte comme les personnages. Le lecteur a le sentiment qu'il faut gagner un peu de temps pour ne pas expédier le dénouement et en même temps ne plus trop tarder pour boucler l'histoire.


Dans la cité souterraine de Crystal Springs, Roger Barrow cherche une sortie car il est certain que Nate Fowler y a forcément songé. Pourtant Randy les a toutes condamnées. Mais Willa aussi veut partir pour rejoindre et aider Edison à Chicago.


Edison Davies, justement, s'invite dans les beaux quartiers à une réception donnée par sa mère à qui il demande comment accéder aux équipements de Barrow. Elle préférerait, sachant l'attaque imminente des fermiers, qu'il quitte la ville avec elle.


Barrow, Willa et sa mère Lily inspectent la ville à la recherche d'une issue cachée. Les enfants leur indiquent une maison "hantée" - celle où Nate avait prévue de s'installer avec femme et enfant. Barrow est certain que là se trouve la sortie.


Et il ne se trompe pas car il découvre au sous-sol une trappe. Willa s'y engage. Lily assomme Barrow et le confie à Randy et part rejoindre sa fille qui a accédé à un hangar avec un avion.


Lily convainc sa fille d'embarquer pour regagner Chicago malgré les risques d'un vol en avion dans un monde privé de gravité. Il ne reste plus qu'à espérer arriver à destination à temps... Or les fermiers et les insectes géants sont aux portes de Chicago.

Cet épisode est bizarrement construit et cela trahit les difficultés de boucler l'histoire en peu de temps sans bâcler le dénouement. Joe Henderson fait ce qu'il peut mais n'évite pas quelques chutes de rythme et invraisemblances (dans le cadre évidemment "réaliste" avec de gros guillemets de son projet).

Ce qui est le plus visible, c'est le traitement réservé au "subplot" avec Edison Davies : le jeune homme est de retour à Chicago où il doit à la fois accéder aux équipements de Roger Barrow, susceptibles de contrer l'attaque des fermiers et de leurs insectes géants, tout en avertissant sa famille de la catastrophe.

Or Henderson choisit de faire de la mère d'Edison une femme déjà au courant et prête à quitter Chicago, en laissant tout le monde se faire massacrer. Si cela explique la mauvaise relation entre Edison et sa famille, on se demande pourquoi il tient encore à les épargner.

Mais surtout cette partie semble sacrifiée alors qu'elle demeure importante. Lorsqu'on voit le nombre de pages qui lui est consacrée par rapport aux investigations de Willa et compagnie pour trouver une sortie dans la cité souterraine de Crystale Springs, le scénario souffre d'un déséquilibre flagrant. Dans cette affaire, c'est pourtant Edison qui a la tâche la plus cruciale (pour sauver Chicago).

Il ne fait guère de doute en effet que Nate Fowler avait prévu un moyen de quitter la ville sous terre. Or le comportement de Lily est incohérent : elle agit comme si elle ignorait où se situe cette issue de secours alors qu'il est évident qu'elle la connaît quand les investigations de Barrow et Willa aboutissent à la maison où son père et sa mère devaient s'installer.

A la fin de l'épisode, Willa et Lily partent pour Chicago à bord d'un avion et on touche aux limites du cadre de l'histoire : en décollant, l'appareil devrait directement être propulsé dans l'espace, mais il s'envole normalement.

Bon, on ne fera pas trop la fine bouche, d'autant que le récit est plaisant et que l'image finale est inquiétante, créant un suspense prometteur. Les deux épisodes avant la fin sont imprévisibles. Et les dessins de Lee Garbett sont toujours aussi remarquablement dynamiques.

Les finitions sont légères et plusieurs pages souffrent de plans qu'on devine faits à la hâte (l'épisode précédent est sorti il y a moins de trois semaines). Garbett, espérons-le, soignera un peu plus son ouvrage dans la dernière ligne droite, sans quoi on auraît la fâcheuse impression d'un bâclage.

On peut comprendre néanmoins ce relâchement : terminer une série qui a pris plus d'un an de votre vie sans conquérir un public survivant n'a rien d'une évidence. La tentation de renoncer à une certaine exigence est tentante. Mais je veux faire confiance aux auteurs pour réussir eux aussi leur sortie.  

jeudi 25 avril 2019

SKYWARD #12, de Joe Henderson et Lee Garbett


Ce mois-ci, Skyward s'offre un grand flash-back pour raconter l'histoire de Lilly Fowler, la mère de l'héroïne. C'est une audace que peut se payer une série condamnée et Joe Henderson se la permet tout en nous disant, à mots couverts, tout ce qu'il avait certainement prévu de développer en cas de succès. Lee Garbett délivre des planches encore une fois merveilleuses.


Il y a vingt ans. Nate Fowler fait promettre à sa femme, enceinte, Lilly de partir de se réfugier dans la ville souterraine de Crystal Springs qu'il a convaincu le gouvernement de bâtir en prévision du "G-Day".
  

L'événément a lieu plus tôt que prévu et alors que Nate croit voir Lilly périr en échappant à la gravité, elle survit miraculeusement. Accompagnée d'un chien, elle gagne l'abri où l'accueille Randy.


Les années passent. Randy et Lilly resten longtemps seuls dans leur souterrain et cette proximité noue leur relation amoureuse. Randy devient le maire de Crystal Springs et doit négocier avec le consei municipal de l'arrivée de nouveaux réfugiés.


Maîtresse d'école, Lilly  intercepte une radio trouvée par ses élèves à qui elle explique, comme elle le peut, pourquoi ils doivent rester sous terre. Puis un bulletin annonce l'attaque terroriste de Chicago, nommant Willa comme son auteur.


Bravant l'interdiction de quitter Crystal Springs, Lilly part à la recherche de Willa et la ramène avec Roger Barrow. Celui-ci, soulagé que son business ne soit pas menacé par la "solution" de Nate, veu repartir. Mais Randy l'en empêche en condamnant les issues. Willa est donc également coincée...

La fin de Skyward approchant chaque mois davantge (elle aura lieu en Juillet avec le #15), on mesure de plus en plus quels aspects du récit Joe Henderson a sacrifié pour conclure de manière malgré tout satisfaisante.

Si l'idée des retrouvailles entre Willa et sa mère s'est imposée à l'auteur (comme il l'expliquait dans les bonus du précédent numéro), l'explication sur les années passées de cette dernière amène forcément des regrets chez les fans de la série car on devine sans mal tout ce que Henderson a dû compresser dans son récit.

En une vingtaine de pages, pourtant, le scénariste réussit fort bien à résumer une vingtaine d'années, sans décevoir. Comment Lilly Fowler a survécu, acrobatiquement, lors du "G-Day", comment elle a gagné la cité souterraine (la fameuse "solution" à l'absence de gravité trouvée par Nate), sa liaison avec Randy, le peuplement du refuge, la découverte que Willa était en vie, sa décision de lui porter secours... Tout cela est formidablement raconté.

Mais il est certain que si Skyward avait performé au niveau de ses ventes, Henderson aurait certainement consacré plus de temps à cette partie de l'intrigue. Il y avait là un matériau abondant, à l'image du concept de la série entière. Le portrait de Lilly, son évolution, et par ricochet celui de Crystal Springs, cette ville sous terre, avec ses règles arbitraires, strictes, ses illusions pathétiques, son propre sort - qui fait écho à la politique de Trump, et son refus d'accueillir des réfugiés et migrants - , sont autant d'éléments susceptibles d'alimenter des épisodes, voire des arcs entiers.

D'ailleurs, dans les deux dernières pages, la contrainte de ramasser les évènements impacte le découpage de Lee Garbett qui se voit obliger de mettre en scène un moment particulièrement important de façon maladroite. Lorsque Randy condamne l'issue de la ville, et donc empêche Barrow et Willa de ressortir (ce qui est surtout dramatique pour cette dernière, alors qu'elle devait rejoindre Edison pour l'aider contre le raid des fermiers), on a droit à une petite case en fin de page et une explosion dérisoire alors que le moment nécessitait plus de place, d'espace.

Ce bémol mis à part, le dessinateur accomplit un sans-faute. Parce que le "G-Day" a été montré de manière spectaculaire dès le premier épisode, il évite de répéter ce qu'il a déjà représenté. Tout juste s'offre-t-il une double page du point de vue de Lilly.

Ensuite Garbett enchaîne des planches rigoureuses et intimistes, avec Lilly et le chien Stranger (dont le modèle est le propre chien de Joe Henderson, comme il l'explique dans les bonus), puis avec Randy. Les années défilent et avec une économie de moyens qui force le respect, on admet leur rapprochement, leur amour, on compatit avec eux quand l'animal meurt de vieillesse. Le trait vif et expressif de Garbett est impeccable, même dans un épisode moins aérien.

Une belle leçon de narration écrite et graphique. Quel dommage que cela s'arrête bientôt, si prématurèment.    

samedi 30 mars 2019

SKYWARD #11, de Joe Henderson et Lee Garbett


Et c'est parti pour le troisième et dernier arc de Skyward : intitulé Fix the World, il s'annonce riche en suspense et en révélations étant donné la situation posée dans le dernier épisode en date. Joe Henderson et Lee Garbett ont, semble-t-il, travaillé étroitement pour conclure en beauté leur série.


Willa Fowler est en route pour Kansas City où elle doit rattraper Roger Barrow tout en trouvant le moyen imaginé par son père pour rétablir la gravité sur Terre. Pour cela, elle ne dispose que d'un vague plan trouvé dans les notes de Nathan.


Tandis qu'à Chicago, Edison Davies doit préparer la ville à l'attaque imminente des fermiers et des insectes géants, avec l'aide de son amie Joan et de sa compagne, une policière, Willa rallie Kansas City, escortée par des vautours.


Ces oiseaux peu sympathiques vont pourtant lui être d'un grand secours car en s'accrochant à l'un d'eux, elle prend de la hauteur et découvre où son père a pu cacher son invention.


Mais Roger Barrow l'a suivie et tente de l'empêcher d'accéder à une machine vraisemblablement construite pour rétablir la gravité. Ils s'affrontent, elle pour réparer le monde, lui pour le garder en l'état afin de préserver son business.


Leur querelle est interrompue par un individu cagoulé qui leur explique que la solution ne se trouve pas là. Willa et Barrow le suivent sous terre où se trouve une ville reconstituée et peuplée, le vrai remède de Nathan. Mais qui est leur guide ?

Comme d'habitude, avec une générosité rare, Joe Henderson a complété l'épisode avec des bonus, dont un post-scriptum où il revient sur l'écriture de la série. On comprend que le scénariste (dont c'est, rappelons-le, le premier comic-book) est parti avec une histoire bien établie mais permettant quelques corrections en chemin.

Ainsi, explique-t-il, le premier arc (les cinq premiers épisodes) racontait comment Willa allait poursuivre l'oeuvre de son père. Le deuxième arc (épisodes 6 à 10), comment elle entrait dans l'âge adulte. Ce troisième arc révélerait le destin de sa mère, morte le "G-day", et si le monde pouvait redevenir normal.

La narration se déploie en parallèle : d'un côté, on suit Edison Davies qui rentre à Chicago pour préparer la population au raid des fermiers et de leurs insectes géants. Henderson n'y consacre que peu de pages mais suggère clairement que l'opération est cruciale et imposera à Edison des sacrifices.

De l'autre, et c'est l'essentiel de l'épisode, Willa rallie Kansas City, investie d'un double objectif. Elle doit trouver le moyen que son père avait mis au point pour rétablir la gravité tout en y arrivant avant Roger Barrow qui a fait fortune sur l'absence de pesanteur et donc a tout intérêt à ce que rien ne change.

Henderson ne lésine pas sur les péripéties et emballe l'épisode sur un rythme trépidant. C'est d'une efficacité imparable, ponctué de moments mémorables (Kansas City transformée en ville fantôme depuis la première attaque des fermiers et des insectes, la bagarre entre Willa et Barrow, la découverte de la ville souterraine, la révélation de l'identité du guide).

Ce qui est jubilatoire avec une série comme Skyward, c'est que ses auteurs ne se reposent pas sur un concept astucieux et ses possibilités narratives et visuelles (même si elles sont particulièrement bien valorisées). On a droit à un récit d'aventures, initiatique, plein de surprises.

Le dessin de Lee Garbett traduit parfaitement tout le script peut exprimer. La sensation de voler est singulièrement bien mise en scène, à la fois grisante et dangereuse, acrobatique et fascinante. 

Les plans sont superbement composés pour que le lecteur ressente au maximum ce qu'éprouve l'héroïne, très expressive, résolue malgré l'adversité. On s'attache à Willa parce qu'elle s'improvise héroïne sans jamais être certaine d'atteindre son but. Cela suscite notre sympathie et évite au scénariste comme à l'artiste d'en rajouter.

C'est bien pour cela, avec toutes ces qualités, que l'échec commercial de Skyward demeurera une énigme. Série extrêmement plaisante, doté d'un pitch original, avec une intrigue excellemment construite, et des héros très bien campés, pourquoi ce projet n'a pas rencontré un plus large public ? Marché saturé, concurrence exacerbée, etc. Cest tout de même dur, injuste. Mais au moins Lee Garbett et Joe Henderson n'ont pas baissé les bras et continuent, vaille que vaille, à régaler leurs fans. 

samedi 2 février 2019

SKYWARD #10, de Joe Henderson et Lee Garbett


Le dixième épisode de Skyward conclue le deuxième arc narratif de la série. Mais l'aventure va continuer car le titre aura droit à un troisième (et dernier sans doute) acte : de quoi permettre à Joe Henderson et Lee Garbett de raconter totalement leur histoire. Et cette prolongation s'annonce très prometteuse.


Willa Fowler et Edison Davies ont compris que Lucas Serrano et les fermiers vont attaquer Chicago comme ils l'ont fait pour Kansas City, dans un esprit de revanche sur les citadins ignorant leur sort. Pour empêcher ce carnage, il faut libérer Roger Barrow.


Car l'homme d'affaires est le seul à pouvoir activer le système de défense de Chicago contre les insectes géants, Willa doit composer une alliance avec le rival de son père. Pendant ce temps, Edison occupe Lucas Serrano.


Mais Edison comprend que Lucas a déjà extorqué par la torture le protocole de sécurisation de Chicago à Barrow. L'évasion de ce dernier devient inutile mais Willa l'ignore. Et Serrano, ayant deviné le plan de la jeune femme, s'en prend à Edison pour l'arrêter.


La ferme prend feu mais Serrano a provoqué cet incendie pour que ses troupes ne puissent plus revenir en arrière. Willa le retarde afin de s'échapper avec Edison et Barrow. Mais celui-ci a pris la tangente avec le carnet de notes de Nathan Fowler.


Edison accepte à contrecoeur de le rattraper pour sauver Chicago alors que Serrano et son armée de fermiers sont sur le départ. De son côté, Willa va chercher de l'aide dans une autre ville, ignorant qu'on l'observe avec bienveillance...

D'abord, réjouissons-nous que, malgré de faibles ventes, Image Comics ait permis à Joe Henderson d'écrire un troisième arc pour conclure dignement son histoire. Skyward se terminera donc au #15, avec assez d'épisodes pour un dénouement qui ne soit pas expédié.

Même si son concept aurait permis de développer le titre comme une vraie saga, et malgré des critiques enthousiastes, la série n'a pas trouvé un public assez consistant. Mais ses fans sont de vrais mordus et Henderson avec Lee Garbett ne lésinent pas sur les efforts pour les satisfaire comme en témoigne en plus de l'épisode plusieurs pages de suppléments.

Dans ces dernières, on trouve une note du scénariste en proie au doute sur la fin de cet arc. Comme pour le premier, il a eu la sensation que quelque chose manquait pour que le récit rebondisse et accroche l'attention. De la même manière qu'il avait sacrifié "pour la bonne cause" le père de son héroïne, il lui fallait prendre une décision radicale.

C'est une solution moins tragique ici puisqu'il sépare le duo formé par Willa Fowler et Edison Davies afin de sauver Chicago d'un raid vengeur des fermiers emmené par Lucas Serrano et alors que Roger Barrow en a profité pour se faire la belle. Toutefois, on retiendra encore mieux la mystérieuse silhouette masquée apparaissant dans la dernière case de la dernière page et qui observe Willa avec attention et bienveillance. Qui est-ce ? J'ai ma théorie, mais je préfère attendre avant de vous la dévoiler. Toutefois, si j'ai raison, cela serait un twist fameux obligeant à une explication passionnante.

En l'état, Skyward demeure un captivant récit d'aventures aux personnages bien campés et au rythme soutenu. Henderson est capable d'aller d'un point à un autre, d'un personnage à un autre, de manière remarquablement fluide et palpitante, comme en témoigne le coeur de l'épisode où Willa exflitre Barrow tandis que Edison affronte Lucas en devinant ses intentions criminelles.

Cette séquence est ponctuée avec brio par les dessins de Lee Garbett qui utilise une pleine page (la seule du numéro) reproduisant l'image de la couverture et représentant le spectaculaire incendie ravageant la ferme. Comme les deux héros, on croit alors assister à un accident remettant en cause toute la manoeuvre guerrière des fermiers.

Et puis, immédiatement après, on comprend que l'explosion a été justement provoquée par Serrano, détruisant sa base pour ne plus permettre à son régiment d'y revenir, pour ne plus laisser le choix à quiconque. Il veut, il va détruire Chicago comme il l'a fait avec Kansas City. C'est un terroriste qui se démasque et non plus un charmant meneur d'hommes, amoureux de Willa. 

Garbett s'aligne sur son scénariste pour ménager ses effets : tout paraît aimable ou du moins rassurant mais dissimule une noirceur choquante. Tout comme le découpage, sage, donne à croire qu'on suit des personnages entre deux dangers alors qu'ils tombent dans les griffes d'individus redoutables sous un masque honnête. La frêle mais déterminée Willa et l'handicapé résolu que sont Willa et Edison n'ont pas l'étoffe apparente de héros capables de changer le cours des choses, c'est pour cela qu'on vibre pour eux et qu'on souhaite leur réussite. Le dessin de Garbett le traduit parfaitement.

Vraiment, Skyward méritait plus de soutien de la part des lecteurs, mais ceux qui s'y sont attachés et l'ont soutenue auront toujours passé un bon moment et sont récompensés par Image Comics.

lundi 17 décembre 2018

SKYWARD #9, de Joe Henderson et Lee Garbett


Skyward est une série qui s'achemine visiblement vers sa fin : le public n'a pas adhéré à la proposition de Joe Henderson et Lee Garbett, et le scénariste semble préparer sa sortie. Il est certain qu'il avait des plans à plus long terme. Mais il y a un souci louable de conclure en beauté. L'occasion de savourer encore davantage cet épisode.


Les travailleurs de la Ferme ont attiré Roger Barrow dans un piège en lui révélant que Willa s'y trouvait. Cette dernière s'interroge légitimement sur la suite qu'ils comptent donner à cette situation tandis que les fermiers se demandent pourquoi la jeune femme est si activement recherchée par leur otage.
  

Edison Davies questionne aussi Willa sur sa volonté de supporter ce qui semble bien être un groupe d'activistes radicaux qui sacrifieront sans doute Barrow. Serrano invite Willa à dîner.


Serrano montre à la jeune femme des insectes adultes en captivité et lui révèle qu'à cet âge ils deviennent inoffensifs car herbivores. Il lui révéle aussi pourquoi elle ne peut plus aller à Kansas City. Pendant ce temps, Edison a un discussion avec Barrow.


Barrow explique à Edison que les fermiers sont des terroristes qui vont s'en prendre à leurs familles, dont les entreprises sont en conflit avec eux. Willa apprend, elle, que Kansas City a été décimée par les insectes lors d'un raid des fermiers ayant voulu pirater la technologie de la ville et les ayant accidentellement attirés.


Willa retrouve Edison et ils échangent leurs informations. Ils conviennent de quitter la Ferme. Mais, pour rejoindre Chicago et la sauver, il leur faut aussi emmener Barrow...

Bien entendu, je peux me tromper en affirmant que Skyward n'en a plus pour longtemps, mais soyons lucides, il faudrait un miracle pour que ses ventes décollent (le titre est en dessous de 5 000 exemplaires écoulés/mois : une misère). Par ailleurs, l'économie du creator-owned engage ses créateurs personnellement et à moins d'avoir de grosses économies, ils ne peuvent produire leur série indéfiniment.

C'est regrettable car l'histoire entreprise par Joe Henderson, depuis le début de ce deuxième arc narratif, ouvrait des perspectives prometteuses, de quoi alimenter une vaste saga, explorer ce monde sans gravité, avec la quête de son héroïne.

On peut spéculer sur les raisons pour laquelle une série ne marche pas, le déplorer, mais auteurs comme lecteurs doivent se résigner au couperet. Pourtant, l'élégance de Henderson dans cette situation est de continuer comme si de rien n'était, sans sombrer dans une direction prévisible.

On sent à peine en effet que le terminus est imminent car le scénario produit encore des rebondissements : la description des fermiers, de leurs méthodes, le récit de leur raid à Kansas City et ses consquences dramatiques, aliment richement l'histoire, la rendant ambigue alors qu'on croyait avoir rencontré de braves renforts. De même, l'attitude de Willa et Edison demeure complexe, chacun semblant se jouer de l'autre mais poursuivant un rôle identique (leurrer le fermiers, sceller des alliances, préparer leur sortie). Un suspense efficace se dessine qui aboutirait à un final explosif mais satisfaisant.

Lee Garbett se cale sur son scénariste en refusant de bâcler son travail : ses planches débordent de la même énergie qu'au départ de l'aventure. Même si l'action de cet épisode se circonscrit aux murs de la Ferme, l'artiste s'adapte en soulignant l'expressivité des protagonistes.

Garbett traduit parfaitement l'atmosphère de méfiance, de défiance entre les fermiers (en particulier l'autoritaire Serena, qui se demande pourquoi Barrow en veut tant à Willa) et les héros (qui, eux, veulent savoir ce que mijotent leurs hôtes et s'ils ont intérêt à les aider).

En filigrane, on trouve un discours discret mais sensé sur les dérives de groupes radicaux, prêts à toutes less extrémités pour ce qu'ils estiment être une justice. Ici, cela se voit dans les manières des fermiers dont la conduite tient autant de la vengeance contre les citadins que de l'envie de révéler une vérité longtemps cachée (à savoir leurs conditions de travail et de vie, la technologie qui a protégé les villes des insectes). Leur logique est aussi discutable que la profitabilité recherchée par Barrow grâce à la disparition de la gravité (quitte à n'en faire bénéficier qu'une classe sociale favorisée).

Ce n'est ni l'ambitio, ni l'intelligence, ni le divertissement qui manquaient à Skyward. Pourtant, tout ça n'a pas suffi. Joe Henderson rebondira certainement vite, tout comme Lee Garbett (que Marvel doit avoir sur ses tablettes après lui avoir confié un épisode de The Immortal Hulk). Mais leur série valait mieux qu'une poignée d'épisodes.  

mercredi 21 novembre 2018

SKYWARD #8, de Joe Henderson et Lee Garbett


Skyward continue de se distinguer par ses qualités écrites et visuelles dans ce huitième épisode : la série de Joe Henderson et Lee Garbett tranchent avec d'autres productions d'Image Comics... Et c'est peut-être ce qui causera sa perte, car ses chiffres de vente ne sont pas bons (moins de 10 000 exemplaires : l'annulation semble inévitable à la fin de cet arc). C'est dommage car l'histoire de Willa Fowler a un potentiel énorme.


Willa et Edison sont conduits à la Ferme appartenant à Barrow après avoir été sauvés des insectes géants dans la forêt. Leur guide, Lucas Serrano, leur explique qu'on y élevait du bétail jusqu'au "G-Day", lorsque toutes les bêtes moururent à cause des bugs.


Depuis, donc, sans que les citadins ne s'en doutent, la nourriture provient des insectes. Mais l'exposé de Serrano est interrompue par Serena, la soeur d'un des hommes tués lors du raid. Seul avec Willa, Edison en profite pour lui demander pourquoi elle tient tant à gagner Kansas City et ce que renferme le cahier de son père.


Elle refuse de le lui dire - et pour cause elle n'arrive pas à déchiffrer les données de Nathan. Ne trouvant pas non plus le sommeil, elle retrouve Serrano dans une salle où il s'entraîne sur des mannequins pour tuer les insectes et initie la jeune femme au maniement de l'épée.


Il l'équipe aussi d'un harnais avec lequel elle peut se déplacer dans les airs comme un moustique - un moyen qu'elle compte secrètement employer pour s'évader de la Ferme le moment venu. Serena surgit à nouveau et appelle Serrano tandis que Willa rejoint Edison.


Ce dernier l'avertit que des fermiers l'ont reconnue et ont averti Barrow de sa présence ici. Mais, surprise, Serrano leur explique que Barrow vient d'arriver et a été fait prisonnier car, comme elle, les employés de la Ferme veulent rétablir la gravité...

Comme je le disais en ouverture, malgré son capital sympathie indéniable (je n'ai rien lu de négatif sur cette critique, tous ceux qui la suivent en sont ravis), Skyward est plus qu'en sursis : la série se vend mal, se vend peu, et il est à peu près certain qu'elle s'achemine vers une annulation à la fin de cet arc narratif. A moins qu'Image Comics ne la soutienne, mais leur catalogue est déjà abondant et le système même du creator-owned ne permet guère aux auteurs de produire à perte.

C'est regrettable car le titre a un potentiel certain, de quoi alimenter une saga au long cours, et son scénariste, Joe Henderson, a visiblement un plan au long cours quand on voit toutes les idées que lui inspire le contexte de son intrigue.

Par ailleurs, comme je le reprochais à Death or Glory (Remender/Bengal) ou The Weatherman (Leheup/Fox), la narration est impeccable et ne s'écarte jamais de son pitch initial. Henderson fait en sorte qu'on se rappelle toujours de tout, depuis le nom des personnages jusqu'aux étapes ayant mené à l'épisode du mois. Skyward n'a pas non plus pris de repos entre deux arcs narratifs, ce qui maintient un rythme entraînant, un suspense accrocheur.

Peut-être faut-il imputer l'échec commercial de la série au fait qu'elle ne ressemble pas à ce que produit souvent Image Comics, à savoir une histoire sans violence, sans hémoglobine, sans excès - ce que j'appellerai les stigmates de (Robert) Kirkman. C'est un récit qui sait être émouvant, mais surtout littéralement aérien, avec des personnages jeunes, dont l'aventure prend des airs de parcours initiatique dans un cadre fantastique bien dosé. Willa est une héroïne qui suscite la sympathie facilement, Barrow est un méchant efficace, et les autres protagonistes sont rapidement caractérisés pour faire progresser l'ensemble (à l'image de Serrano).

Skyward profite aussi à plein du charme du dessin de Lee Garbett, qui a entamé une mue stylistique avec Lucifer (DC/Vertigo) et la prolonge ici, bien soutenue par le coloriste Antonia Fabela. Il émane de leurs planches quelque chose de lumineux, de solaire, et de poétique, qui tranche avec les séries sombres en vogue chez Image.

La régularité, dans la qualité et la ponctualité, de la série est remarquable (Garbett a même réussi à produire un épisode de The Immortal Hulk tout en dessinant le chapitre précédent). Il y a vraiment tout pour séduire... Et, pourtant, ça ne prend pas.

On ne peut qu'être désolé de l'indifférence avec laquelle est reçue Skyward. Aussi, les fans ont tout intérêt à savourer, en souhaitant que Henderson et Garbett puissent conclure proprement une histoire qui méritait un lectorat plus curieux et enthousiaste.   

vendredi 19 octobre 2018

SKYWARD #7, de Joe Henderson et Lee Garbett


Comme toujours, avec les (bonnes) séries d'Image Comics, c'est un bol d'air frais qu'offre Skyward, loin du folklore des super-héros. La série de Joe Henderson et Lee Garbett est d'une constance remarquable dans l'originalité et l'efficacité, comme le prouve ce numéro. Où le salut n'est jamais loin d'une malchance tenace...


Au mépris du danger, Willa est donc sortie du train à l'arrêt en pleine forêt pour porter secours à un père de famille capturé par des insectes devenus géants à cause de l'absence de gravité terrestre. Mais elle comprend vite que l'objectif qu'elle s'est fixée risque d'être plus compliqué à tenir que ce qu'elle avait prévu.


Cependant, resté dans le train, Edison supplie le contrôleur de lui ouvrir la porte pour qu'il aille aider Willa, mais il essuie un refus catégorique car cela représenterait un trop grand danger pour les autres passagers si un insecte s'introduisait à bord. Willa, elle, se voit sauvée opportunément par un chevalier.


Chevauchant un papillon géant, Richard Serrano est armé d'une épée et accompagné par une troupe entraîné à tuer les insectes. Il ramène Willa au train et se présente aux passagers puis explique qu'il évacuera le maximum d'entre eux qui le souhaitent et laissera des vivres aux autres.


Willa retrouve Edison et le convainc de la suivre jusqu'à la ferme qui sert de repaire à leurs sauveurs. Elle ne s'aperçoit pas qu'au même moment Serena, une alliée de Serrano, désapprouve qu'il emmène des étrangers chez eux - mais il reporte cette discussion à plus tard.


Méfiant, Edison suit Willa et la troupe de Serrano. La jeune femme se réjouit de ce détour, convaincue que là où ils vont, Barrow ne les retrouvera jamais. Sauf que Edison lui fait remarquer que la ferme arbore le nom de leur ennemi...

Dans les bonus de cet épisode (où figurent les différentes étapes de la réalisation d'une planche et de la couverture), Joe Henderson revient sur l'élaboration de cet arc narratif. Il avait la volonté d'emmener Willa hors de sa zone habituelle, la ville, pour faire découvrir, à elle et au lecteur, le monde extérieur depuis les "G-Day". Ensuite se posait la question de l'imaginer, ce monde, et c'est en consultant diverses théories sur l'évolution végétale et animale qu'il a développé l'idée des insectes géants.

Ils tiennent donc logiquement la vedette dans cet épisode très mouvementé qui rappelle les aventures d'Atom chez DC, notamment quand Gil Kane les dessinait et que les histoires se déroulaient uniquement dans le Microvers, avec un Ray Palmer transformé en héros d'heroic fantasy dans un univers subatomique où chaque insecte était démesuré.

L'apparition de Richard Serrano, épée à la main, et plastron sur le torse, renvoie immédiatement à cela, transformant le récit en quelque chose d'inattendu, de délirant, mais validé par le contexte. Henderson oublie du coup un peu le motif de la cavale de Willa et Edison, et donc la traque de Barrow... Jusqu'au cliffhanger de la dernière page qui prouve que le monde est à la fois bien grand et bien petit.

Ce rebondissement final est peut-être un peu "too much" (à peine Willa croit-elle avoir définitivement échappé à Barrow qu'elle comprend son erreur), mais il est bigrement efficace. D'autant plus qu'il conclut donc un numéro riche en action et en grand spectacle (la lutte de Willa contre les insectes, l'intervention de la troupe de Serrano).

Et là, on voit que Lee Garbett et son coloriste Antonio Fabela se sont amusés comme des fous pour composer ces scènes. Le dessinateur donne vraiment le tournis au lecteur en multipliant les changements d'angles de vue, de valeurs de plans, donnant un rythme échevelée aux mouvements improvisés de Willa, avant de faire entrer en scène la "cavalerie" des papillons, comme dans un western.

Fabela a tout l'espace requis pour meubler les fonds de l'image et sa palette suggère merveilleusement un environnement forestier à la fois effrayant et chatoyant. C'est un exemple de colorisation car l'artiste a laissé son partenaire s'exprimer et celui-ci s'y emploie sans oublier de rester concentré sur les personnages, qui sont le repère du lecteur.

Garbett se montre généreux dans l'effort, mais surtout éclairé dans son découpage, toujours fluide, aéré, où les enchaînements sont à la fois vifs et aisés.

C'est grisant, fort bien écrit, captivant. Skyward est décidément une série jouissive.