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vendredi 15 septembre 2023

WEREWOLF BY NIGHT, de Derek Landy et Fran Galan


Décidément, c'est une très bonne semaine pour les nouveautés chez Marvel : un bon relaunch de Daredevil, un bon lancement pour Avengers Inc., et pour couronner le tout, ce one-shot Werewolf by Night, excellent. On doit cette surprise au romancier Derek Landy et au dessinateur Fran Galan. Et on n'a qu'une seule envie après l'avoir lu : qu'il y ait une suite !


Jack Russell alias le Loup Garou de la Nuit, pénètre dans le château du Dr. Nekromantik pour libérer une jeune fille qu'il a enlevée pour lui faire subir des expériences comme celles pratiquées sur less monstres qui gardent sa demeure. Elsa Bloodstone, la chasseuse de monstres, a la même mission mais ignore que Jack est dans les murs...


Il y a un an, Disney + diffusait un unitaire Werewolf by Night réalisé par Michael Giacchino, une curiosité filmée en noir et blanc comme un hommage aux films de monstres du studio Universal. Et, contre toute attente, c'est sans doute, avec le recul, ce qu'a produit de meilleur la plateforme de streaming qui soit attaché au MCU dans la Phase IV.


Pourtant Marvel Comics n'avait rien produit en parallèle : la dernière fois que l'éditeur avait sorti un comic-book avec le personnage du Loup-Garou de la Nuit remonte à 2020, un projet co-scénarisé par Taboo, membre des Black-Eyed Peas.
 

Marvel n'a même pas attendu Halloween pour ressortir Jack Russell de son placard. Mais le résultat est franchement jubilatoire. C'est même certainement le meilleur one-shot publié par la "maison des idées" depuis un bail, certainement la meilleure parution de ce mois chez eux.
  

En vérité quand on se plonge dans ce fascicule d'une trentaine de pages, ce qu'il évoque, ce sont ces one-shots de Hellboy que Mike Mignola co-écrit régulièrement, en particulier au moment de Noël, avec un artiste de prestige (comme Adam Hughes). Et on se prend à rêver que Marvel fasse la même chose que la vedette de Dark Horse en sortant une aventure de Hulk en Afrique, de Morbius en Terre Sauvage ou quelque chose d'improbable dans ce genre.

Car il fut une période où Marvel gâtait les fans avec la Légion des Monstres, avec des récits consacrés à Man-Thing, Satana, la Momie, le monstre de Frankenstein, Dracula... Avec des auteurs et artistes de première classe (Archie Goodwin, Neal Adams, Dave Cockrum...)

L'histoire imaginée par Derek Landy est simple : un savant fou versé aussi dans l'occultisme enlève une jeune fille dans un village et la retient dans son château reconstitué tel qu'il était dans les Alpes bavaroises. Jack Russell part la délivrer à la nuit tombée quand il se transforme en loup-garou.

Au même moment, un jet privé survole les Rocheuses avec à son bord la chasseuse de monstres Elsa Bloodstone. La fille d'Ulysses philosophe, un verre à la main, sur son apparence : habillée d'orange, avec sa chevelure rousse, elle ne passe pas inaperçu, ce qui peut être un problème dans son job. Sauf si on veut que l'ennemi vous voit arriver de loin. Des ennemis, elle en a à bord puisque le jet appartient à des vampires qu'elle tue avant de sauter en parachute au-dessus du château. Car elle aussi est venue s'occuper de la jeune Charlotte.

Evidemment, Jack et Elsa se croisent rapidement et s'allient. Il est suggéré qu'ils ont eu une liaison autrefois - ce qui est peu commun pour une chasseuse de monstres et un type qui se transforme en loup-garou, mais qui dénote un humour jouissif de la part de Landy. Tout aussi vite ils surgissent dans la pièce où leur adversaire commun, le Dr. Nekromantik, s'apprête à sacrifier sa captive. Sauf qu'il ne les a pas attendus pour ça et que l'expérience entamée est destinée à une opération de plus grande ampleur...

Le rythme est soutenu, on ne s'ennuie pas une minute. La dynamique entre le Loup-Garou de la Nuit et Elsa Bloodstone est similaire à celle d'une screwball comedy, c'est l'union de deux individus que tout oppose mais qui, ensemble, pourtant, fonctionne parfaitement. Et le plus féroce n'est peut-être pas celui qu'on croit. Quant au grand méchant de l'épisode, son plan va connaître des complications dramatiques... Pour lui.

C'est déjà sympa comme ça. Mais en plus c'est divinement mis en images et sur ce point Marvel a eu du flair en recrutant l'artiste Fran Galan. Il a surtout travaillé en Europe, pour Glénat, mais c'est un sacré bon. Il réalise en effet ses planches en couleurs directes, ce qui requiert une technique solide. Mais attention, ce n'est pas Alex Ross : Galan a un style quasi-cartoony, très expressif et énergique.

A-t-il été inspiré par le film de Michael Giacchino l'an dernier ? En tout cas, il adopte une esthétique similaire. Le récit commence en noir et blanc avec des dégradés de gris, entièrement produits au lavis, et c'est juste sublime (comme vous pouvez le voir plus haut). Lorsque Elsa Bloodstone entre en scène, elle est représentée en couleurs, avec sa chevelure rousse flamboyante et son costume orange (tel que celui qu'elle portait dans Nextwave). Elle est la seule à bénéficier de ce traitement comme pour la distinguer encore plus dans cette ambiance nocturne et horrifique.

Toutefois, ça et là, Galan ajoute un peu de rouge pour les yeux des créatures de l'ombre qui garde le château de Nekromantik. Ces petites touches augmentent l'effet produit et contribuent à souligner le caractère inquiétant des monstres sur lesquels Nekromantik a pratiqués ses expériences.

Le découpage prouve la virtuosité de Galan pour orchestrer une histoire où l'action domine, dans des décors impressionnants et des tonalités intenses. L'humour est aussi présent dans le trait avec les expressions surjouées des personnages, à fond dans leurs rôles. Tout tend à cette caractérisation qui s'amuse des clichés des films de monstres, des récits d'épouvante, du look rétro. On mentionne les Avengers, Hulk, mais tout paraît détaché du reste de l'univers Marvel, et c'est aussi pour cela qu'on se dit que l'éditeur serait bien inspiré de développer une série Werewolf by Night par cette même équipe artistique pour explorer et exploiter ces recoins délaissés.

J'ignore si ce one-shot aura du succès, noyé dans la flot des sorties plus calibrées de la semaine. Mais ce dont je ne doute absolument pas, c'est qu'il séduise totalement ceux qui le liront et qui en voudront plus. Parce que c'est excellent, atypique, amené à devenir culte. La balle est dans le camp de Marvel.

dimanche 9 octobre 2022

WEREWOLF BY NIGHT, de Michael Giacchino (Disney+)


Et son tenait là la meilleure production de la Phase IV du MCU ? Werewolf by Night se présente comme un programme "Special", produit par Kevin Feige, et mis en ligne depuis Vendredi sur Disney +. Ce moyen métrage d'une cinquantaine de minutes est réalisé par le compositeur de musiques de film Michael Giacchino et investit une zone inexplorée de l'univers Marvel à l'écran. Le résultat est absolument unique et magistral.


Le décés du chasseur de monstres Ulysses Bloodstone aboutit à l'invitation dans son manoir par sa veuve Verussa de plusieurs de ses pairs mais aussi de sa file, Elsa, avec qui il était en froid. L'enjeu de cette réunion: désigner l'héritier de la Pierre de sang, une relique magique.
 

Parmi les invités se trouve Jack Russell, au palmarès impressionnant et qui gagne le droit de traquer dans le parc labyrinthique de la propriété une créature en captivité sur laquelle on accrochera la Pierre de sang pour l'affaiblir. Disposant d'une légère avance, Jack sera ensuite rejoint par les autres pour la chasse.


Particulièrement motivée, Elsa, à qui Verussa refuse tout privilège, doit se réfugier dans un crypte après avoir éliminé un de concurrents. Elle y est coincée avec Jack qui lui confie ne pas être là pour tuer le monstre mais pour l'aider à s'enfuir. Si elle l'aide, il lui cédera la Pierre de Sang. Marché conclu.


Mais si l'évasion de l'Homme-Chose Ted Salis réussit, au moment de se saisir de la Pierre, Jack est repoussé violemment par elle, révélant aux autres qu'il est lui-même un monstre. Enfermé dans un cage à l'intérieur du manoir avec Elsa, coupable de l'avoir aidé, il se change en loup-garou sous l'influence de la Pierre maniée par Verussa. La cage ne le retient pas longtemps et il tue avec Elsa les autres chasseurs et les gardes de Verussa. Avant que l'Homme-Chose ne revienne se venger de Verussa.


Comme promis, Elsa laisse filer Jack et l'Homme-Chose qui, au petit matin, dans la forêt voisine, déguste un café en mesurant leur chance de s'en être tiré.

Si on ignore à cette heure à quel moment se situe cet unitaire (pour employer un terme du jargon audiovisuel), en vérité peu importe. Mieux vaut laisser à ce Werewolf by Night son statut à part, quitte à ne pas l'intégrer au reste du MCU. C'est l'essence même de ce projet complètement décalé mais réjouissant.

A l'origine, cette adaptation du Loup-Garou de la Nuit, personnage de anti-héros apparu en 1972 sous la plume de Gerry Conway et le crayon de Mike Ploog, devait être un long métrage. Mais le projet n'a pas abouti malgré les efforts de Kevin Feige, le grand architecte du MCU et grand fan du personnage. Connu aussi pour avoir été le premier adversaire de Moon Knight, ce n'était que partie remise.

Mais qui aurait prédit qu'il réapparaîtrait sous une forme aussi originale ? En effet, Disney + veut désormais dévelopepr un nouveau format pour donner leur chance à des personnages pour lesquels un film de cinéma ou une série seraient sans doute trop compliqués à produire. Ce sera donc un "Special" d'une cinquantaine de minutes, en noir et blanc qui plus est (exception faîte de la fin en couleurs).

C'est au compositeur de musiques de film Michael Giacchino (Ratatouille, Les Indestructibles mais aussi  Dr. Strange in the Multiverse of Madness ou Spider-Man : No Way Home, et bien sûr ici) que Feige confie cet unitaire, convaincu par sa proposition cinématographique. Giacchino veut en effet en faire un hommage aux films d'épouvante des années 50, sans aucune référence au MCU et à ses super-héros.

Ecrit par Heather Quinn (qui a rédigé le synopsis original) et Peter Cameron, l'histoire se déroule sur une nuit au cours de laquelle plusieurs chasseurs de monstres sont réunis par la veuve d'Ulysses Bloodstone, leur meneur, afin de désigner qui sera son héritier. Pour gagner la Pierre de Sang qui lui permettait de vaincre les pires créatures, ils vont devoir traquer dans un labyrinthe une "abomination" affaiblie par le caillou magique. Mais parmi les concurrents s'est glissé un intrus. Et la fille de Bloodstone, en froid avec son père et en conflit ouvert avec sa belle-mère.

Sur un rythme haletant, la suite est absolument jubilatoire. Giacchino manie l'humour avec habileté, sans jamais sombrer dans la farce ou parodier les classiques dont il se réclame. On sent qu'il a beaucoup étudié les films de Jacques Tourneur (La Féline) car il privilégie à la débauche d'effets péciaux numériques la suggestion, les jeux d'ombres, les trucages traditionnels mécaniques, soutenus par une magnifique photo signée Zoë White.

Même si la durée de l'objet oblige à sacrifier la caractérisation de tous les chasseurs, le tandem formé par la force des choses par Jack Russell/le Loup Garou de la Nuit et Elsa Bloodstone est un régal, chacun étant obligé de composer avec un allié de circonstance qui, en d'autres occasions, voudrait lui faire la peau.

Puis lorsque le fameux monstre apparaît, divine surprise : il s'agit de Ted Salis, Man-THing, création de Steve Gerber et Gray Morrow, apparu dans les comics un an avant le Loup-Garou de la Nuit (en 1971 donc). Pour les connaisseurs, Salis est un savant associé au sérum du super-soldat, qui transforma Steve Rogers en Captain America, et qui chercha à le reproduire, avant d'être trahi par sa compagne, une espionne à la solde de l'A.I.M.. Il s'injecta le dernier échantillon de sa potion et se transforma en l'Homme-Chose.

Le charisme de la créature, inquiétante et sympathique à la fois, est idéalement traduit à l'image et forme l'autre grande attraction de ce programme - à tel point que depuis Vendredi, de nombreux spectateurs manifestent sur les réseaux sociaux pour qu'il réapparaisse dans de futurs projets.

Giacchino a réservé pour la fin l'intervention du Loup-Garou pour une longue séquence magistralement mise en scène. Le réalisateur n'hésite pas à faire couler le sang, de manière graphique mais pas complaisante, ce qui est étonnant pour une production Disney +.

Le casting est une réussite également. On saluera l'excellente idée d'avoir recruté Gael Garcia Bernal pour le rôle principal car le comédien s'est visiblement beaucoup amusé à composer ce faux chasseur de monstres fébrile et ironique, qui redoute sa propre sauvagerie. Sa complicité avec Laura Donnelly, qui campe Elsa Bloodstone (un choix moins évident quand on sait que dans les comics il s'agit d'une grande rousse forte en gueule) avec brio, et ses échanges avec Casey Jones, qui se cache sous le costume de Man-Thing, est savoureuse. Quant Harriet Sanson, elle est totalement déchaînée dans le rôle de Verussa.

Même si le MCU vous a déçu durant sa Phase IV et plus globalement si vous n'êtes pas client de cet univers, Werewolf by Night a toutes les chances de vous plaire car il est comme un satellite, un électron libre. Est-ce le poisson pilote pour de futures productions aussi barrées ? Une alternative aux blockbusters en salles ou les séries plus formatées sur Disney + ? L'avenir le dira. Mais quoiqu'il arrive, ça restera l'expérience la plus audacieuse de Kevin Feige.