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mardi 31 octobre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 4 : DEMENAGEMENT, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Brandon Peterson, Mahmud Asrar et Brent Anderson

 

Comme je vous l'ai annoncé, cette rétrospective sur les X-Men par Brian Michael Bendis va alterner les critiques des tomes de All-New X-Men et Uncanny X-Men après X-Men : Battle of the Atom. Et donc me voilà, neuf ans après, à reprendre mes analyses sur All-New X-Men avec ce tome 4 intitulé Déménagement (All-Different en vo) où le scénariste doit traiter des conséquences du crossover en compagnie de Stuart Immonen (pour l'épisode 18), Brandon Peterson (pour l'épisode 19), Mahmud Asrar (qui vient aider Peterson sur l'épisode 20) et Brent Anderson (qui signe les premières pages de l'épisode 21).

Pour être complet : ce tome 3 comprend aussi un épisode anniversaire intitulé X-Men Gold, mais qui n'a aucun rapport avec l'histoire en cours et que j'ai choisi de zapper par conséquent.

Et comme pour le crossover, j'ai choisi pour le confort de lecture d'appeler les X-Men du passé (Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Beast, Young Angel) transportés par le Fauve les O5 (pour Original Five) quand je les désigne en tant que groupe.



Magik téléporte Kitty Pryde et les O5 au QG des Uncanny X-Men dans l'ancien base de l'Arme X. Angel retrouve ses amis avec joie puis tous s'installent dans leurs quartiers de la nouvelle école Charles Xavier. Le Fauve est plutôt mal à l'aise à l'idée de cohabiter avec Magneto tandis que Iceberg tombe de fatigue et que le jeune Cyclope cherche ses marques. Marvel Girl en revanche doit subir le mauvais accueil des Stepford Cuckoos qui la considèrent comme l'ennemie de Emma Frost. Magik dote les O de nouvelles tenues. 


Une alerte Cerebro conduit Magik, Kitty et les O5 en Floride où ils viennent au secours d'une jeune mutante pourchassée par les Purificateurs, un groupe anti-mutant lourdement armé. Pendant que l'équipe les corrige, Kitty poursuit la jeune mutante et l'identifie...


... Il s'agit de Laura Kinney/X-23, la clone de Wolverine. Mais elle refuse de rester à la base des Uncanny X-Men. Le jeune Cyclope l'apaise et elle accepte de mener l'équipe jusqu'au repaire des Purificateurs où elle a été torturée et dont elle venait de s'échapper et dont elle venait de s'échapper.


Quelques années auparavant, le révérend William Stryker confie son fils à l'A.I.M. pour que les scientifiques en fassent une arme vivante contre les mutants. Aujourd'hui, grâce à ses pouvoirs, il capture les O5. Mais ceux-ci réussissent à se libérer et à le vaincre après qu'il ait fourni à Monica Rappaccini de l'AIM des échantillons de leurs ADN.

Bon, on ne va se voiler la face : ce n'est pas bon. Non seulement il y a peu à lire (quatre malheureux épisodes) mais Brian Michael Bendis n'a surtout pas grand-chose à raconter. Tout est ici prétexte à ajouter un membre au groupe d'élèves sous la responsabilité de Kitty Pryde.

Sans surprise, l'épisode 18 qui ouvre ce tome 4 est le meilleur du lot. D'abord parce qu'il est dessiné par Stuart Immonen. L'artiste canadien est alors en pleine forme, il enchaîne les épisodes à une vitesse folle (la série est quasiment bimensuelle) et il anime les personnages avec un talent indiscutable. On peut discuter du bon goût des designs des nouveaux costumes dont il affuble les O5 qui ne sont pas son meilleur travail mais en même temps Bendis justifie cette séance de relooking de manière amusante.

Immonen et Bendis s'entendent très bien, le génie du premier complétant à merveille la sensibilité du second. En une succession de scènes courtes, on peut apprécier la justesse avec laquelle les relations entre les nouveaux arrivants et les mutants déjà présents au sein des Uncanny X-Men sont exploitées.

Le Fauve est visiblement mal à l'aise car il doit cohabiter avec Magneto qu'il a toujours eu comme ennemi et dont il peine à comprendre comment Scott Summers peut être devenu son allié. On remarquera lors de cette scène que sur les écrans de contrôle apparaît Dazzler quand elle exerçait son métier de chanteuse : le clin d'oeil est subtil quand on sait que Mystique a usurpé l'identité de Alison Blaire au sein du SHIELD.

Iceberg est conduit dans sa chambre par Eva Bell/Tempus et ne peut s'empêcher de confier les émotions fortes qu'il a vécues récemment... Avant de s'apercevoir que la jeune femme n'est plus dans la pièce. Et puis surtout il y ce formidable échange entre la jeune Jean Grey et les Stepford Cuckoos, en particulier Celeste, qui ne cache pas à quel point elle déteste Marvel Girl car elle a failli tuer Emma Frost. Le décalage entre le vécu de Celeste et ses "soeurs" et celui de Jean aboutit à un moment qui révèle le malaise incarné par ces mutants venus du passé pour tenter d'empêcher une catastrophe et dont personne ne sait quoi faire désormais.

Il y a un autre joli moment entre Magik et Kitty à l'occasion duquel les deux amies se confient sur ce qui les a éloignées l'une de l'autre et le plaisir de se retrouver. Immonen réussit impeccablement à montrer la maladresse qui s'empare de Magik quand elle veut étreindre Kitty qui, surprise, "phase" et qui donc provoque la chute d'Ilyana. C'est quelque chose qui paraît tout bête à représenter mais qui est en vérité très délicat à dessiner correctement.

Le reste est, autant narrativement que graphiquement, beaucoup moins heureux. D'abord en trois épisodes, on voit Brandon Peterson incapable d'enchaîner. Il est aidé par Mahmud Asrar (qui ne se doutait pas qu'il remplacerait Immonen deux arcs plus loin) puis Brent Anderson signe les premières pages du dernier numéro de ce tome.

Le souci, c'est que le style de Peterson n'est pas très plaisant à l'oeil avec un trait saturé de lignes inutiles, des corps et des visages improbables. Asrar est encore loin d'afficher un niveau correct et surtout on voit bien qu'il a été appelé en catastrophe pour dépanner et donc ses planches sont honnêtes mais un peu "rushés". 

En ce qui concerne Brent Anderson, il s'agit plus d'un clin d'oeil que d'un vrai fill-in : il ne réalise que peu de pages et Bendis a dû vouloir qu'il les dessine car il fait référence au graphic novel God Loves, Man Kills (Dieu aime, l'homme détruit en vf), un classique écrit dans les années 80 par Chris Claremont, qui posait un regard très cru, dur et adulte sur les mutants.

Mais Bendis se montre particulièrement gauche pour ce renvoi. Tout ce petit arc a du mal à convaincre, et en tout cas rien ne justifie qu'il y consacre trois épisodes entiers. Tout ça n'est qu'un prétexte pour introduire X-23, le clone de Wolverine, et en faire un membre des All-New X-Men. Pourquoi pas ? Mais pas comme ça. D'autant qu'on n'entendra plus parler ensuite de l'implication de l'AIM, des ADN prélevés sur les O5 par le fils Stryker.

Heureusement, par la suite, Bendis prouvera qu'il n'a pas intégré X-23 pour rien. Le personnage apportera une dynamique intéressante à la série et le scénariste en jouera sur plusieurs plans. D'ailleurs, l'arc suivant chamboulera la série de manière conséquente. Mais ça, ce sera pour une prochaine critique... Stay tuned !

samedi 17 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : UNCANNY INHUMANS, de Charles Soule, Steve McNiven, Brandon Peterson et Kev Walker


Après Uncanny Avengers et Squadron Supreme, je vais vous parler du contenu du volume de Uncanny Inhumans disponible dans la collection Marvel Gold chez Carrefour pour le prix modique de 3,99 E. Il s'agit encore une fois d'un copieux album qui présente des arcs complets, facilement accessibles. Ici, nous avons les épisodes 0 à 10 écrits par Charles Soule et dessinés successivement par Steve McNiven, Brandon Peterson et Kev Walker, publiés à l'origine entre 2015 et 2016.



Pour situer cette série, nous sommes donc après les events Infinity (au terme duquel Flèche Noire, le souverain des inhumains a libéré les brumes tératogènes pour réveiller des "agents dormants") et Secret Wars (du même Jonathan Hickman, ce qui justifie la présence de Johnny Storm dans le rôle d'un intermédiaire entre humains et inhumains). A cette époque, Marvel (plus précisément Ike Permulter, un de ses cadres, frustré de ne pas pouvoir exploiter pour le cinéma les X-Men dont les droits appartiennent à la Fox) rêve d'évincer les mutants au profit des inhumains, et après quelques péripéties, confie la direction du projet au scénariste Charles Soule qui lance deux titres : All-New Inhumans (où on suit Crystal et son équipe à la recherche des nouveaux inhumains) et Uncanny Inhumans.


L'éditeur y croit assez pour associer Soule à Steve McNiven, l'artiste de Civil War (l'event le plus vendu de tous els temps par Marvel). Soule convoque Kang le conquérant pour son premier arc. Et qui dit Kang dit voyage dans le temps. Flèche Noire lui a confié son fils Ahura pour le protéger mais Kang en fait son pantin et quand Flèche Noire veut le récupérer, Kang se sert d'Ahura pour tuer les descendants des inhumains actuels.

Le résultat est efficace et la caractérisation des personnages tout autant. Charles Soule est un scénariste que beaucoup considèrent avec dédain mais il mérite pourtant plus des respect, s'adaptant facilement et produisant des intrigues captivantes. Il n'a pas peur des inhumains et anime aussi bien des membres célèbres de cette communauté (Flèche Noire, Médusa) que des nouveaux venus (Iso, Lecteur), auxquels sont venus se greffer le Fauve et la Torche Humaine (Johnny Storm qui, avec la Chose, est le seul rescapé des Fantastic Four après Secret Wars).

Visuellement, les planches de McNiven sont superbes, lorgnant de plus en plus sur Barry Windsor-Smith, même si sur la fin de l'arc, il tire visiblement la langue et néglige les décors. En tout cas, il donne une vraie majesté à Flèche Noire et Medusa, et Kang incarne un danger réel sous son crayon.  

Une bonne entrée en matière donc.
 

Suit un arc plus court en deux parties. On remarque d'entrée que McNiven a cédé sa place à Brandon Peterson, mais au moins ce remplacement conserve à la série une belle allure. Soule;, lui, opère un virage brusque en faisant de Flèche Noire le patron d'un club, la Quiet Room, puisqu'il a quitté New Attilan, ne supportant visiblement pas que sa femme ait pris pour amant Johnny Storm. Celle-ci et Ahura, mais aussi Lecteur viennent visiter l'établissement et c'est parti pour une nuit agitée...

Résumé ainsi, cela a l'air superficiel, un arc de transition, et effectivement, on est un peu surpris par ce que raconte Soule, l'évolution de certains personnages. Mais le scénariste en profite pour mettre en place des éléments qu'il développera par la suite (la série comptera au total 20 épisodes), notamment le fait que Ahura s'empare de la direction d'une entreprise et l'apparition de Capo, un inhumain maléfique et revanchard.

Peterson produit de belles planches, parfois un peu trop statiques, mais aux décors soignés, et qui montrent la diversité des looks des inhumains. Encore une fois, Flèche Noire et Medusa tiennent le haut de l'affiche et affichent leur classe royale. On voit tout le potentiel du projet et l'investissement de l'équipe artistique pour lui rendre justice.


L'album se conclut déjà avec deux autres arcs très brefs. Dans La Torche et la Reine, Charles Soule va dévoiler la liaison entre Medusa et Johnny Storm à Crystal. Celle-ci fut longtemps l'amoureuse de la Torche Humaine et intégra même les Fantastic Four avant d'épouser Quicksilver, d'avoir un enfant avec lui, puis d'être remarié à Ronan l'accusateur pour des raisons diplomatiques (les kree étant à l'origine des expériences subies par des humains primitifs pour en faire les inhumains).

Le prétexte que choisit Soule pour amener cette révélation est tiré par les cheveux (heureusement Medusa les a longs) et aussitôt fait, il entraîne le trio dans une rapide aventure spatiale vite expédiée. C'est dommage car cela aurait pu alimenter les séries All-New et Uncanny Inhumans à la manière d'un vaudeville super-héroïque, mais comme All-New s'achèvera seulement au bout de 11 n°, il a certainement compris que ce serait en pure perte.

Au dessin, un troisième artiste prend les commandes et c'est Kev Walker qui succède à Peterson. le changement de style est radical et le trait anguleux du dessinateur n'est pas toujours flatteur. En revanche, ce qu'on perd en séduction, on le gagne en dynamisme. Toutefois, inutile de se voiler la face, cette succession d'artistes, montre bien que chez Marvel les ambitions ont été revues à la baisse et l'échec de All-New Inhumans ne précédera que de 9 mois celui de Uncanny. Au moment où cet arc sort, les carottes sont déjà cuites.
 

Un seul épisode suffit à l'arc suivant où Lecteur tient le rôle principal. Cet inhumain aveugle peut disposer de pouvoirs ou créer des choses de manière limitée en lisant des cartes en braille et c'est un personnage que Charles Soule semblait apprécier puisqu'il l'utilisera aussi de manière spectaculaire dans son run sur Daredevil (et aussi dans des épisodes de Wolverine, je crois).

L'hsitoire reprend le fil du deuxième récit avec Capo qui a pris possession du chien-guide de Lecteur. L'animal risque de mourir vite car il est consumé par son occupant... Soule emballe cette histoire avec une remarquable densité. Toute la détresse et la détermination de Lecteur mais aussi toute la cruauté de Capo donnent à cet épisode une intensité exceptionnelle.

Les dessins de Kev Walker rendent eux cette course contre la montre viscérale. 

Les épisodes de cet album rappellent que les intentions de Marvel pour les inhumains étaient maladroites (il était parfaitement idiot de vouloir remplacer les mutants, dont la popularité, même quand ils sont mal écrits, ne s'est jamais démentie) mais honorables. En tout cas, Charles Soule, qui avait récupéré ces personnages après la défection de Matt Fraction (dont le projet ne convainquit pas l'éditeur), les écrivait avec intelligence, sans complexes. Et malgré le défilé d'artistes, la lecture demeurait agréable. Pas sûr que les inhumains aient droit à une seconde chance.

samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

vendredi 20 septembre 2019

SUPERMAN #15, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis avec Brandon Peterson


Derrière cette couverture un peu rétro par sa composition se trouve la conclusion de la (très) longue Unity Saga, démarré par Brian Michael Bendis quand il a repris la série Superman. Après les derniers numéros un peu hasardeux, le scénariste livre un dénouement satisfaisant, magnifiquement illustré une fois de plus par Ivan Reis (qui va pouvoir souffler un peu).


Superman observe Rogol Zaar placé en stase par les autorités de Thanagar. Adam Strange le rejoint et s'enquiert de la situation : il apprend que la Légion des Super Héros est apparue inopinément et a fait une offre surprenante à son fils, Jon Kent.


Mais ces jeunes héros du XXXIème siècle sont arrivés un peu trop tôt car les différentes délégations planétaires présentes sur Thanagar n'avaient pas encore accepté l'idée de Superboy de se rassembler en Nations Unies de l'espace.


Néanmoins, grâce à la promesse de Superman de veiller à la représentation de tous, un consensus est voté et Superboy fête le Jour de l'Unité, confirmant par là même l'inspiration à l'origine de la création de la Légion. Celle-ci lui accorde 24 heures de réflexion pour décider s'il se joint à elle.


Mais Adam Strange est aussi et surtout là pour annoncer que le conseil galactique a prononcé son jugement vis-à-vis de Jor-El et de ses nombreuses infractions. Il a été décidé de le renvoyer dans le passé, au moment de la destruction de Krypton.
  

Bien qu'il n'ait pu ni défendre ni dire "au revoir" à son père, Superman se plie au verdict. Il accepte ensuite la trêve soumise par le général Zod, qui veut bâtir une nouvelle Krypton. Supergirl, Krypto, Superboy et Superman rentrent sur Terre.

Compte tenu de sa durée (quinze mois !), il est indéniable que cette saga a souffert de longueurs et on accueille sa conclusion avec soulagement (on va enfin pouvoir passer à autre chose) sans manquer de constater que Brian Michael Bendis expédie un peu son affaire sur certains points.

C'est en effet le curieux sentiment qu'on éprouve : le scénariste paraît avoir voulu tourner la page un peu vite après avoir bien pris son temps auparavant. Peut-être en avait-il lui aussi assez... 

Par exemple, la densité de l'épisode n'élude pas le règlement de certaines pistes narratives dont on avait fini par se demander comment Bendis les solderait. Rogol Zaar finit donc placé en stase sur Thanagar, mais alors qu'on apprend, au détour d'une ligne dialogue, qu'il a été "créé" par Jor-El (quand il était membre du Cercle donc), le sujet en reste là. Pour ma part, je ne regretterai pas ce méchant lassant, mais j'aurai préféré que Bendis en dise plus sur ses origines au lieu de multiplier ses affrontements avec Zod et Superman.

Le sort réservé à Jor-El est aussi brusque. Personnellement, la mort du père de Superman ne me dérange pas car je n'ai jamais aimé l'idée qu'il ait survécu et se comporte comme un magouilleur. Mais les circonstances de sa condamnation laisse perplexe car elle est décidée alors que le conseil galactique vient juste d'accepter l'idée de Nations Unies de l'espace. Commencer par tuer la grand-père de l'adolescent (Superboy) qui a inspiré cette institution ne me paraît pas très adroit. Superman a tout intérêt à surveiller les instances de cette assemblée dans l'avenir pour éviter qu'elle ne tranche toutes les têtes qui dépassent.

A côté de cela, Bendis marque des points. Et le plus important concerne la Légion des Super Héros. Son apparition le mois dernier était un peu providentielle et ressemblait à un teaser forcé pour la série à paraître en Novembre. Mais cette fois, le scénariste traite leur intervention avec humour et surtout se donne un peu d'air avant d'exfiltrer Superboy vers le XXXIème siècle. (En clair, le #16 verra l'ultime réunion des "Super Sons" et certainement une explication avec Lois Lane.)

De même le cas du général Zod demeurait une inconnue. Ennemi puis allié de Superman face à Rogol Zaar, mais animé par une rancune tenace envers Jor-El, qu'allait-il faire, devenir ? Bendis choisit de pacifier la situation entre l'officier renégat et Superman, de manière assez habile, avec une morale à laquelle il est facile de souscrire ("ne répétons pas les erreurs de nos pères.").

Et enfin, visuellement, l'épisode est de toute beauté : Ivan Reis accomplit encore un remarquable travail, très détaillé, ne lésinant pas sur la figuration (très conséquente !) et des scènes intimistes traitées avec sobriété.

Superman est vraiment au coeur de cet épisode et Reis le représente à la fois en grand rassembleur, sage, qui en impose, mais aussi en fils brisé, en père inquiet, en ami chaleureux. C'est une image synthétique du personnage, qui prouve que l'artiste, comme le scénariste, l'a bien saisi.

Curieusement, Reis cède sa place, le temps de deux pages, à Brandon Peterson dans la scène où Jor-El revient sur Krypton et lorsque la planète explose. Le dessinateur brésilien a-t-il manqué de temps ? Ou bien a-t-on voulu que, graphiquement, ces deux planches se distinguent du reste ? Ce n'est pas choquant en tout cas.

De tout ça se dégage une impression de fin de "saison". La série va prendre un nouvel élan, en souhaitant que le prochain arc narratif soit plus concis. Et que les remplaçants (David Lafuente et Kevin Maguire) de Reis (qui revient en Décembre) soient à la hauteur.     

vendredi 12 juillet 2019

SUPERMAN #13, de Brian Michael Bendis, Brandon Peterson et Ivan Reis


Un épisode pour rien. Ou pour pas grand-chose. C'est ce qu'on retiendra de ce treizième numéro ("je ne ne suis pas superstitieux, ça porte malheur" comme disait je-ne-sais-plus-qui). Brian Michael Bendis surjoue le mystère sur la fin de Krypton et diffère trop les révèlations. Par ailleurs, Brandon Peterson dessine la quasi-totalité du chapitre, sans démériter certes mais sans égaler Ivan Reis.


Autrefois, sur Krypton. Jor-El se tient devant le Conseil scientifique et expose sa théorie sur la fin prochaine de la planète. Mais ses arguments sont réfutés par l'auditoire, notamment le Gardien d'Oa, Ali Apsa.


Le ton monte et le nom de Rogol Zaar est prononcé, sans que Jor-El comprenne la mention à ce mercenaire dans ce débat. Le Conseil se retire pour délibérer et donne rendez-vous à Jor-El dans 24 heures.


En ville, Jor-El aborde une collègue, Kito, à qui il demande des informations sur Rogol Zaar. Elle se dérobe. Juste après, il est agressé par un soldat thanagarien qui le blesse mais qu'il arrive à neutraliser.


De retour chez lui, Jor-El alerte sa femme et la convainc de faire quitter Krypton à leur fils, Kal-El. Un séisme se déclare, c'est la fin, déjà. Aujourd'hui, dans le vaisseau de son père, Superman s'interroge.


Jor-El achève de lui expliquer que le Cercle veut l'empêcher de révèler leurs manigances passées, raison pour laquelle on l'a attaqué. Superman désapprouve le projet de vengeance de son père qui maintient qu'il changera d'avis quand il découvrira le fin mot de l'histoire dans les cendres de Krypton...

Depuis qu'il a pris en main la série Superman, Brian Michael Bendis a entrepris de raconter l'histoire secrète de la disparition de Krypton. Le méchant Rogol Zaar s'est vanté de l'avoir détruite et on a ensuite appris qu'il agissait sur l'ordre de Gandelo, membre du Cercle, un groupuscule composé de plusieurs notables extra-terrestres.

Néanmoins, depuis plus d'un an maintenant, on ignore toujours ce qui a valu à Krypton un tel châtiment. Jor-El savait la planète menacée et a tenté d'organiser le sauvetage de sa population, sans en avoir la possibilité. Il a juste pu épargner son fils, qui est donc devenu Superman en atterrissant sur Terre.

Il apparaît seulement que Krypton était condamnée naturellement mais que sa fin a été accélérée par le vol d'un dispositif mis au point par le père de Supergirl, initialement voué à préserver la planète mais dont l'usage a été inversé. A cela s'ajoute la haine viscérale de Rogol Zaar pour les kryptoniens, qui seraient responsables du triste sort de ses semblables éparpillés aux quatre coins du cosmos.

Plus d'un an à tirer la corde là-dessus, c'est tout de même un peu long, même si, entre temps, Bendis a développé d'autres pistes narratives (notamment le voyage mouvementé de Jon Kent avec son grand-père). Je comptais que cette Unity Saga serait réglée au douzième épisode, mais elle se concluera au quatorzième, le mois prochain.

Revenir comme il le fait sur le passé de Krypton, la bataille d'expert mené par Jor-El face au Conseil scientifique... Tout cela ressemble fort à un épisode pour rien, qui ne fait que dire ce que tout le monde a compris depuis belle lurette. Une sorte de moyen de faire durer le plaisir, de gagner du temps. Dommage. 

Le fait aussi que ce soit Brandon Peterson qui dessine 19 des 23 planches de ce numéro déçoit. L'artiste ne démérite pas, c'est même un bon fill-in, garantissant une bonne qualité à la série, mais on sait qu'il est appelé pour permettre à Ivan Reis de souffler (le brésilien ne réalise que les quatre dernières pages de l'épisode).

Paradoxalement, cette déception peut annoncer un grand final, épique, à la (dé)mesure de l'ambition de Bendis, puisque le sort de Rogol Zaar et la vérité sur Krypton (cette retcon qui ne dit pas son nom - mais ce n'est pas la première fois que l'histoire de la planète est réécrite) formeront le programme du prochain chapitre et la conclusion de la saga. Croisons les doigts (même si ça devrait quand même bien le faire).
      
La variant cover d'Adam Hughes.

mercredi 10 avril 2019

SUPERMAN #10, de Brian Michael Bendis, Ivan Reis et Brandon Peterson


La couverture de ce nouveau numéro de Superman comporte deux erreurs : d'abord, non, le duel entre Kal-El et son père n'a pas encore lieu dans cet épisode, et ensuite Brandon Peterson co-signe les dessins avec Ivan Reis. Pour le reste, Brian Michael Bendis conclut son explication sur l'évolution de Jon Kent et pose les bases de la conclusion de cet arc.


Jon Kent, sur Terre-3, s'est infiltré dans le quartier général de la Ligue d'Injustice, mais Superwoman l'a repéré et veut le tuer. Il s'enfuit mais elle le poursuit, enragée. Jusqu'à ce qu'un rayon d'énergie ne la frappe.


Jor-El vient à la rescousse de son petit-fils et l'éloigne à bord de son vaisseau. Une fois à l'abri, il procède à un examen complet de Jon tout en lui expliquant avoir passé des années à le rechercher depuis leur séparation.


En entendant son grand-père, Jon réalise l'extravagance de la situation et lui demande depuis combien de temps exactement ils ont été loin de l'autre. Mais l'explication devra attendre car leur vaisseau est attaqué.


Une brêche dans la coque aspire Jon dans le vide sidéral. Il aperçoit alors l'assaillant, Rogol Zaar. Jor-El dégaine une arme et vise son agresseur. Le rayon frappe Jon et le téléporte sur Terre-1.


Retour à la Forteresse de Solitude. Superman a saisi l'importance de la crise et est résolu à la règler. Il entraîne Jon sur le champ de bataille. Le père et le fils se retrouvent au coeur du combat entre Jor-El et Rogol Zaar.

L'épisode, disons-le tout net, vaut davantage pour sa chute, son cliffhanger très spectaculaire, qui promet une fin d'arc épique, que pour la résolution de l'intrigue expliquant le veillissement de Jon Kent.

Ceux qui ont pesté après Brian Michael Bendis à l'époque où il avait transporté les cinq premiers X-Men dans le présent (la série All-New X-Men) diront que les voyages dans le temps n'inspirent guère le scénariste. Il faudra encore voir comment l'état de Jon va ou non évoluer (même si - spoiler ! - il semble qu'il va redevenir enfant). Mais alors pourquoi cette longue péripétie ?

Hé bien, là aussi, il faut véritablement attendre la fin de l'épisode pour l'apprécier. Les retrouvailles de Jon avec Jor-El, l'attaque qu'ils subissent et les séparent à nouveau, tout ça en fait semble se terminer de façon un peu abrupte, comme si Bendis admettait qu'il ne convaincra personne avec la prise d'âge de Jon. Il s'agit plutôt de réunir la famille Kent et de préparer les explications avec le grand-père et Rogol Zaar.

On remarquera au passage que ce dernier a trouvé un moyen de s'échapper de la Zone Négative. Pire : on note à ses côtés, pour aborder le visseau de Jor-El, le général Zod. Pas de doute, la bataille qui s'annonce va être corsée.

Le vieillissement de Jon est en vérité expédié à la faveur des distorsions temporelles provoquées par le trou noir dans lequel il a été aspiré et qui l'ont conduit sur Terre-3. Jor-El l'a cherché ainsi des années avant de le localiser. Le hic, c'est que le lecteur n'a pas pas vraiment vu Jon passer de l'enfance à l'adolescence malgré des flash-backs entièrement centrés sur lui. Pourtant, une solution toute simple aurait été d'inclure une ellipse entre la séparation du grand-père et de son petit-fils et le moment où Jon se réveillait sur Terre-3, suggérant qu'il y était captif depuis des années et qu'il était devenu ado depuis tout ce temps. 

Au lieu de ça, Bendis a préféré suivre le garçon sans interruption. La manière qu'a eu alors Brandon Peterson de le représenter s'avère moins maladroite que visiblement mal indiquée dans le scénario. Les flash-backs se sont déroulés comme une séquence continue, annulant le temps qui passe. S'il est logique que Jor-El paraisse plus âgé aux yeux de Jon quand ils se retrouvent, rien ne justifie que Jon ait grandi autant.

Néanmoins, même si la pilule aura du mal à passer pour certains (quand bien même Jon va certainement retrouver sa jeunesse au bout du compte), les pages dessinées par Ivan Reis (qui devrait réaliser l'entiéreté du prochain épisode et des suivants) entraînent le récit vers de l'action à grand spectacle. La dernière (double) page est éloquente à ce sujet avec le vaisseau de Jor-El contre la flotte de Rogol Zaar et la perspective d'une union des El contre cet ennemi, avant que grand-père, père et fils règlent leurs différends.

Le dénouement de l'arc suffira-t-elle à atténuer, voir effacer, la confusion de l'intrigue axée sur Jon ? Si la baston finale tient ses promesses (et avec Reis, on voit mal comment elle ne le ferait pas), certainement. Mais mieux encore, il faudra que Bendis après avoir inutilement joué avec Jon le rende à ses fans tel qu'ils l'apprécient. Alors, à l'ivresse de l'action s'ajoutera une authentique émotion.

La variant cover d'Adam Hughes.

jeudi 14 mars 2019

SUPERMAN #9, de Brian Michael Bendis, Ivan Reis et Brandon Peterson


Au menu de ce numéro de Superman, la suite de l'arc narratif The House of El avance peu : Brian Michael Bendis traîne un peu, après un premier acte plein d'action. De ce point de vue, cette série est sans doute moins aboutie qu'Action Comics. D'autant que Brandon Peterson commet quelques impairs graphiques et qu'Ivan Reis se fait très discret. Un petit coup d'arrêt donc.


Jon Kent a atterri accidentellement sur Terre-3 après avoir été séparé de son grand-père en traversant un trou noir. Le Syndicat du Crime l'attaque aussitôt mais leur chef Ultraman l'entraîne à l'écart.


Déposé sur un volcan, Jon saisit vite la situation délicate dans laquelle il se trouve : Ultraman l'avertit qu'il ne rentrera pas chez lui et ne recevra aucune aide. Une fois ce dernier parti, Jon tente de fuir mais découvre que ses pouvoirs ont disparu.


Faute de l'énergie d'un soleil sain, le garçon comprend en effet qu'il est coincé. Les jours, les semaines (les mois ?) passent, ponctués par les visites d'Ultraman qui pense que Jon est arrivé là pour l'éprouver et être testé.


Le double maléfique de Superman est troublé par la présence de Jon en qui il voit le fils qu'il n'a (n'aura) jamais eu. Il a renoncé à le torturer mais semble ne pas savoir que faire de lui. Jon joue son va-tout et détruit sa prison.


Parcourant incognito Terre-3, il mesure la décadence de ce monde parallèle et mais cherche néanmoins une issue. Il s'infiltre dans le repaire du Syndicat du Crime pour y envoyer un S.O.S., mais Superwoman le surprend...

Brian Michael Bendis joue avec le feu et semble s'en amuser : en ramenant Jon Kent vieilli, il s'est attiré des réactions vives parmi les lecteurs, fans de la version enfantine du fils de Superman et Lois Lane. Maintenant, il s'est engagé dans un arc narratif pour expliquer cette mue, tout en voulant relier cette intrigue à celle du précédent arc.

Ainsi, l'épisode démarre par une séquence hallucinatoire de Superman qui est célèbré comme un sauveur par tous les héros de la Terre et de la galaxie et auquel même le général Zod présente ses hommages. Ces quelques pages, dessinées par Ivan Reis avec la majesté qui convient, déroutent car elles ne présentent aucun rapport avec ce qui suit : il semble s'agir d'une sorte de teaser (Zod étant resté dans la Zone Fantôme avec Rogol Zaar et sa horde) pour expliciter le titre de la saga (The Unity Saga, qui se poursuit depuis).

Bendis est familier de ce genre d'accroche, il aime jouer avec la narration (en la déstructurant, à coups de flash-backs ou, comme ici,vraisemblablement, de flash-forwards). On verra où cela nous mène - même si Superman va endosser un rôle de sauveur universel, sur la foi de ce qui est montré, avant qu'une nouvelle menace n'apparaisse (le retour de Rogol Zaar et son armée, échappés de la Zone Fantôme, puisque Zod est présent aux festivités ?).

Puis, donc, le scénariste enchaîne sur le récit de The House of El (on notera, amusé, la similitude de l'intitulé avec la saga House of M que Bendis signa chez Marvel, ce qui n'est sans doute pas un hasard). On reprend donc les explications de Jon Kent sur son absence et sa mue spectaculaire.

Prisonnier sur Terre-3 et d'Ultraman, chef du Syndicat du Crime, le fils de Superman est un peu comme le lecteur, cloué sur place. L'histoire ne progresse pas, même si Bendis développe quelque chose d'intéressant entre le méchant et l'enfant, le premier étant le double maléfique du père du second tout en voyant chez le garçon le fils qu'il n'a pas eu. Malheureusement, Bendis ne creuse pas cet aspect, il le fuit même comme Ultraman s'éloigne régulièrement, très affecté, de Jon. Dommage. Le dénouement de l'épisode est accrocheur, mais sans plus.

Il y a un sentiment de surplace évident, même si ce n'est pas désagréable à lire. La frustration atteint son pic car on ignore toujours comment Jon a vieilli autant, où est passé Jor-El pendant ce temps, comment Jon est rentré sur notre Terre. Mais c'est une frustration négative dans la mesure où l'auteur semble gagner du temps pour faire construire un arc en six parties.

Le désappointement est souligné par la qualité graphique en baisse. Reis cède sa place pour le gros de l'épisode (soit toutes les scène passées avec Jon) à Brandon Peterson qui, à plusieurs reprises, se rate complètement pour dessiner le garçon, lui infligeant un visage et des expressions grotesques, étrangement déformés. Erreurs d'autant plus grossières que, lorsqu'il le faut, Peterson montre ce dont il est capable positivement dans des doubles pages bien découpées.

C'est la première fois que Bendis et sa bande déçoivent depuis le début de son run sur Superman. Pas de quoi, toutefois, se décourager, mais de vraies révélations seraient bienvenues rapidement. 

vendredi 15 février 2019

SUPERMAN #8, de Brian Michael Bendis, Ivan Reis et Brandon Peterson


En développant récemment son champ d'action au sein de DC Comics, Brian Michael Bendis peut désormais se permettre de jongler avec ses différentes séries,de façon à en harmoniser les parutions. Il est donc amusant de découvrir Superman #8 après les deux premiers numéros de Young Justice car les deux titres tournent autour de l'existence de deux Superboy. Néanmoins, ne vous fiez pas à la couverture ci-dessus : le contenu, dessiné par Ivan Reis et Brandon Peterson n'a rien à voir !


Dans la nouvelle Forteresse de Solitude (située dans le triangle des Bermudes), Superman procède à un scan complet de son fils, Jon. Tout comme Lois Lane, il veut comprendre comment un gamin de onze ans est devenu un ado de dix-sept.


En relatant son voyage avec Jor-El, Jon revient sur la raison pour laquelle il l'a suivi : grandissant dans l'ombre du plus grand des super-héros, l'enfant espérait que son grand-père l'aiderait. Mais ce dernier était hanté par d'autres interrogations.
  

Furieux que Jor-El l'ait privé de son fils et le lui rende ainsi, Superman s'absente un instant. Puis revient, calmé (après avoir administré une correction express à Mogul), pour découvrir que Jon est en parfaite santé.


Le garçon reprend le fil de son récit : Jor-El l'a impliqué dans de nombreuses batailles, faute de réussir à négocier la paix calmement avec des extra-terrestres. Lors d'un combat, Jon croise des Green Lanterns à qui il demande des nouvelles de la Terre.


Jor-El comprend que son petit-fils n'est pas à sa place et décide de le ramener chez lui. Mais c'est alors que son vaisseau est aspiré dans un trou noir... Séparé de son grand-père, Jon atterrit sur Terre-3, le monde de la Ligue d'Injustice !

Comme je le disais en préambule, Bendis a, en actant le retour de Connor Kent dans Young Justice #1, donné à Jon Kent une sorte de double pour le titre de Superboy, d'autant plus que le fils de Superman est aussi désormais un adolescent. Dans la mesure où le scénariste pilote ces deux intrigues, sans rapport (pour le moment ?) ni interaction, on peut raisonnablement penser qu'il a un plan solide pour la suite (quand Connor Kent reviendra sur Terre et que le statu de Jon sera établi).

Mais cela montre, incidemment, qu'en très peu de temps, Bendis a délimité son territoire en bouleversant la famille Kent, vieillissant Jon, ramenant Connor, et devant expliquer l'un et l'autre tout en exposant les réactions des parents du premier et des amis du second. Avant que tout ce beau monde ne se rencontre ? On verra (même si Bendis, pour le coup, n'a pas communiqué sur l'opportunité d'un crossover).

Bien entendu, la situation est acrobatique car le risque majeur est d'aboutir à un doublon. Deux Superboy, c'est certainement un de trop. Le mois dernier, je misais sur une exflitration possible de Jon qui rejoindrait La Légion des Super-Héros (série et personnages que DC voulait relancer) - pour se former, trouver sa voie, par exemple. A moins que Bendis ne résolve le cas Jon Kent en lui rendant ses onze ans au terme de cet arc (solution que souhaitent beaucoup de fans - même si je m'en méfie).

Le parallèle avec le dernier épisode de Young Justice (sorti la semaine dernière) ne s'arrête pas là : dans ce huitième épisode de Superman, on assiste à une narration similaire, où prédominent les dialogues, les explications. Tout n'est pas dévoilé, mais Jon Kent (comme Cassie Sandsmark/Wonder Girl) a largement la parole et, lui aussi, a des relations compliquées avec son grand-père. Le récit souligne subtilement la prise de conscience du garçon qui s'aperçoit vite qu'il est parti à l'aventure en espérant s'amuser et recevoir des conseils et qui constate qu'il voyage avec un vieillard instable. Le cliffhanger final promet de nouvelles péripéties, même si l'usage du trou noir est un "truc" bien facile pour justifier ce qui s'annonce.

Une nouvelle fois, Ivan Reis et Brandon Peterson se partagent les dessins de l'épisode, le second se réservant les flash-backs. La série conserve donc une belle qualité esthétique car même si les deux artistes évoluent dans le même registre réaliste, leurs traits sont bien distincts.

Reis a une rondeur hérité de Neal Adams et s'en sert pour des scènes tendues, jusqu'à un règlement de comptes éclair entre Superman et Mogul - le moment saisi sur une double page sert avec à-propos la colère et la frustration de l'homme d'acier qui en veut à Jor-El de l'avoir privé de son fils.

Peterson est un peu moins souple et charge parfois inutilement son dessin. Mais si certaines expressions sont forcées ou maladroites, ses pages sont bien remplies et les "effets spéciaux" sont utilisés avec parcimonie (voir la bataille dans l'espace, là aussi sur une double page, ou le passage dans le trou noir, avec un effet négatif inspiré).

Ce qui ressort de cet épisode au niveau graphique, c'est une vraie générosité. On est dans le ton de ce qui a précédé puisque la série se veut avant tout spectaculaire (plus en tout que Action Comics).

Mais, plus encore, c'est bel et bien le sentiment d'un mini-Bendis-verse en construction qui subsiste. Moins d'un an après son arrivée chez DC, le scénariste n'a pas perdu son temps, tout en respectant le cadre plus général, c'est-à-dire en jouant collectif (plus même que chez Marvel).