Cette fois, c'est la bonne : James Tynion IV tire sa révèrence et quitte Batman avec ce numéro Fear State Omega. C'est le bilan de sa dernière saga et même de l'année écoulée, forcément contrastée, entre tentatives de redynamiser la série et échecs patents. Pour la peine, il est soutenu par cinq dessinateurs qui se partagent les chapitres rétrospectifs du numéro, un procédé habile.
Affichage des articles dont le libellé est Fear State. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fear State. Afficher tous les articles
mercredi 1 décembre 2021
BATMAN : FEAR STATE OMEGA #1, de James Tynion, Riccardo Federici, Christian Deuce, Guillem March, Ryan Benjamin et Trevor Hairsine
Batman convoie l'Epouvnatail dans son nouveau lieu de détention. Les deux hommes font le point : Molly Miracle a été incarcérée à Blackgate, payant pour tout le Collectif Insensé. Simon Saint est aussi en prison et son entreprise est sous la surveillance d'Amanda Waller.
Sean Mahoney s'est enfui et a quitté Gotham. Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais a rompu avec la Jardinière et réfléchit au meilleur usage futur de ses pouvoirs. Catwoman doit également penser à son implication dans Alleytown mis à mal par le GCPD, le Magistrat et ses rivaux.
Clownhunter reproche à Batman d'être responsable du chaos en ville sans apporter de réponses. Ghost-Maker propose à Clownhunter de le former pour être plus efficace en renonçant à une justice expéditive et sans intégrer la Bat-famille.
Avant de livrer l'Epouvantail à sa nouvelle psychothérapeute, Chase Meridian, Batman lui explique que, chacun à leur manière, ils ont cru pouvoir changer, contrôler Gotham. Mais Jonathan Crane n'a pas compris que c'est une ville qui change ses habitants et pas le contraire.
C'est l'heure pour James Tynion IV de ranger ses jouets et de confier Batman à son successeur, Joshua Williamson. Il s'en acquitte dans ce long épilogue d'une quarantaine de pages en mettant en scène un dialogue entre Batman et l'Epouvnatail durant le trajet qui mène du commissariat central de Gotham jusqu'au nouvel asile de la ville.
Le procédé vaut ce qu'il vaut, mais il est plaisant à lire. Au fond, le scénariste oppose deux conceptions du contrôle : Batman, comme il l'explique à la fin de l'épisode, a tiré une leçon de l'année chaotique qu'il vient de traverser (depuis Joker War). Il a voulu, comme l'Epouvantail, contrôler Gotham, la changer, mais a fini par admettre que c'était impossible. Cet enseignement lui a été inspiré par une instropection : le drame originel qui a décidé de sa vocation super-héroïque (l'assassinat de ses parents) l'a conduit à vouloir traquer les criminels de toutes sortes en leur faisant peur, une méthode finalement similaire à celle de Jonathan Crane avec ses toxines.
En élaborant l'Etat de la Peur (Fear State), l'Epouvantail a voulu plonger Gotham dans la terreur afin de mieux la soigner ensuite comme un thérapeute, un traitement de choc pour une ville constamment plongée dans le chaos. Sa méthode était juste plus radicale, globale que celle de Batman. Mais comme le justicier, elle a échoué.
Est-ce à dire que Gotham est incurable ? En tout cas, c'est une ville résiliente, qui se relève de toutes les épreuves, et c'est un trait de caractère qu'elle partage avec Batman, mais pas avec l'Epouvantail. James Tynion IV prolonge donc une idée formulée par certains auteurs de la série : Gotham est un personnafge autant qu'une métropole et lorsqu'on écrit Batman, on écrit Gotham.
Durant le trajet qu'ils parcourent du commissariat central jusqu'au nouvel asile (en vérité, Batman empêche l'évasion de Jonathan Crane par des sbires qu'il avait conditionnés pour stopper le fourgon de police qui devait le convoyer), les deux antagonistes dressent une sorte de bilan non seulement de leur affrotnement récent mais aussi de l'année écoulée, ce qui temporalise la run de Tynion, avec une année passée entre Joker War et Fear State.
Batman détaille le sort de plusieurs personnages liés à ces événements : Molly Miracle et Simon Saint sont incarcérés. La première paie pour le Collectif Insensé qui a participé à la déstabilisation générale en s'attaquant aux médias, mais son séjour à Blackgate va sûrement lui permettre de convertir des détenus. Le second a tout perdu : son entreprise est désormais au main d'un conseil d'administration surveillé par Amand Waller (et il y a là de la matière pour une intrigue de la série Suicide Squad).
Poison Ivy a renoué avec Harley Quinn mais chasse la Jardinière de son éden dans les sous-sols de Gotham. C'est la drôle de fin d'une histoire qui n'a jamais eu lieu puisqu'il est évident que Tynion IV devait certainement revenir sur le passé commun de Pamela Isley et cette Jardinière et il y a peu de chances qu'on revoit cette dernière dans le futur. A force de vouloir peupler la Bat-galerie de nouveaux personnages, Tynion a eu les yeux plus gros que le ventre et en laisse un paquet sur le carreau (car j'ai aussi des doutes au sujet de Molly Miracle, Sean Mahoney, Clowhunter, Ghost-Maker) : peut-être ne pensait-il pas, en les créant, partir de Batman et de DC si vite, mais en même temps personne ne l'a mis dehors, c'est lui qui a choisi de tout plaquer pour Substack et ses creator-owned.
Sean Mahoney prend le maquis et quitte Gotham. Clownhunter accepte que Ghost-Maker devienne son tuteur. Tous ces noms, je me répéte, sont condamnés aux oubliettes, à mon avis. Joshua Williamson n'a rien dit à leur sujet pour sa reprise de la série et l'histoire qu'il veut développer, et je ne vois personne s'y intéresser pour les intégrer à une autre série, une équipe. Tout ça fait beaucoup de casse. Mais entre des designs moches et des rôles improbables, comment les exploiter ? Le problème de tous ces personnages, outre qu'ils sont des seconds rôles oubliables, c'est qu'ils sont morts-nés : Tynion a échoué à leur donner une épaisseur, un intérêt, une fonction, il a échoué à les rendre indispensables. Ils manquent tous de l'étoffe dont on fait des personnages avec un avenir : Tynion n'a écrit ces personnages que pour lui, et comme il s'en va, ils vont disparaître. Personne ne les regrettera, trop nombreux, trop artificiels.
In fine, Tynion introduit Chase Meridian dans l'histoire. Il s'agit en fait d'une psy qui avait fait son apparition dans le film Batman Forever de Joel Schumacher en 1995, incarné par Nicole Kidman. Une addition inattendue, qui rend perplexe, mais qui, bizarrement, pourrait, elle, servir car, Arkham détruit, elle devient la nouvelle thérapeute des super-vilains de Gotham, à la tête d'un nouvel asile.
Comme pour Batman : Fear State Alpha, Riccardo Federeci rempile au dessin et livre des planches très détaillées (quoique aux décors fantômatiques - l'avantage d'ilustrer des scènes à l'intérieur de la Bat-mobile roulant dans un brouillard à couper au Batarang).
Chaque segment du scénario en relation avec un des acteurs de Fear State est ensuite dessiné par un artiste différent : Christian Deuce officie sur les pages impliquant Molly Miracle, le Collectif Insensé, Simon Saint et Amanda Waller. Du bon travail, propre.
Ryan Benjamin imite Jim Lee avec les pages consacrées à l'évasion de Sean Mahoney. Sans intérêt, paresseux.
Guillem March, fidèle à son goût pour les super-vilaines (cf. Gotham City Sirens), s'occupe de la scène avec Catwoman Poison Ivy, Harley Quinn et la Jardinière. Pas mal, mais convenu.
Enfin, Trevor Hairsine livre la prestation la plus intéressante avec Clowhunter et Ghost-Maker. Nerveux, efficace.
On n'aura pas à attendre pour découvrir la nouvelle équipe créative à la tête de Batman puisque le #118 sortira dans une semaine pile. Joshua Williamson sera très attendu et aidé par l'excellent Jorge Molina pour un premier arc de quatre épisodes.
mercredi 24 novembre 2021
CATWOMAN #37, de Ram V, Nina Vakueva, Laura Braga et Geraldo Borges - FEAR STATE
Editorialement, il faut bien le dire, Fear State aura été du grand n'importe quoi, une preuve supplémentaire qu'un crossover ne profite à personne s'il n'est pas dirigé, si son instigateur écrit seul dans son coin et laisse ses camarades, annexés au projet, se débrouiller seuls, sans quelqu'un pour organiser tout ça. Ainsi lit-on ce 37ème épisode de Catwoman, l'avant-dernier écrit par Ram V et qui aura nécessité trois artistes. Pour un résultat inepte.
La Jardinière, Harley Quinn et Catwoman croyaient avoir eu raison des soldats du Magistrat et de l'Atout à leur tête, mais Simon Saint a cloné ce dernier. Les trois femmes gagnent alors du temps pendant que Poison Ivy est exfiltrée.
Mais le Sphinx et le Pingouin comptent sur la confusion générale pour mettre la main sur Poison Ivy. Le fourgon dans lequel elle est évacuée est pris dans une embuscade. Edward Nygma pense tenir sa revanche comme Oswald Cobblepot sur Selina Kyle qui les avait doublés.
Sauf que Catwoman répond au Sphinx qu'elle avait prévu sa trahison et qu'elle lui envoie la bande de Gueule d'argile. Ghost-Maker arrive en renfort pour éliminer l'Atout et les soldats du Magistrat et sauver Catwoman, la Jardinière et Harley Quinn.
La suite est connue : Poison Ivy et Queen Ivy sont réunies par Harley Quinn et la Jardinière. Shoes prévient Catwoman que Batman est sain et sauf. Le maire Nakano ordonne le retrait des forces de l'ordre de Alleytown. Selina Kyle peut souffler et réfléchir à la suite.
Ces épisodes tie-in à Fear State de Catwoman auront fait beaucoup de mal au run de Ram V. S'il n'avait pas été obligé de composer avec ce crossover, peut-être n'aurait-il pas renoncé à écrire la série au-delà du n°38, qui sortira le mois prochain (même s'il paraît évident que le scénariste a envie de se consacrer à des projets plus personnels)...
Quoi qu'il en soit, Fear State a parasité Catwoman au pire moment : juste avant que l'histoire imaginée par James Tynion IV ne débute, Selina Kyle affrontait le Père Vallée (et on a entraperçu qu'il avait survécu), le détective Hadley est mort en sauvant Maggie Kyle d'une balle que lui destinait le Père Vallée, et Catwoman était sur le point de règner sur Alleytown.
Tout ça a été balayé par Fear State : Alleytown a vu débarquer les soldats du Magistrat et le GCPD sur ordre de Simon Saint et du maire Nakano, Catwoman a vu son royaume flamber tout en étant embarqué dans une quête pour sauver Poison Ivy et alors que le Sphinx et le Pingouin préparaient leur revanche.
Le fait même que Catwoman #37 sorte une semaine après Batman #117 et Nightwing #86 montre bien à quel point DC a mal édité ce crossover puisqu'on se trouve à lire la conclusion du récit impliquant Catwoman alors que l'on sait déjà que Saint a été arrêté et son programme Magistrat annulé. C'est absurde.
Si Fear State s'était contenté d'être le dernier arc narratif du run de Tynion sur Batman, cela aurait amplement suffi. Mais DC a voulu que tous les Bat-titles soient impactés sans même se demander si c'était légitime et nécessaire. Pour Nightwing, on a eu droit à trois épisodes dispensables et pour Catwoman pas mieux. Surtout il était évident que Tom Taylor (pour Nightwing) et Ram V (pour Catwoman) ont été obligés de trouver quelque chose à raconter pendant trois épisodes sans que, visiblement, Tynion ait préparé quoi que ce soit pour leurs séries et leurs personnages. Du grand WTF.
Cela gâche complètement ce qu'a bâti Ram V : le départ du dessinateur Fernando Blanco a déjà nui à la série, mais ces épisodes tie-in ont été pénibles à lire parce qu'on s'y emmerdait franchement. Le scénariste, contrairement à Taylor, n'a rien fait pour dissimuler qu'il s'agissait d'une corvée pour lui, torchant son affaire en comptant ostensiblement les jours avant de quitter le titre.
Et, à ce sujet, en l'absence de toute nouvelle annonce, j'en viens de plus en plus à douter qu'il fasse de vieux os chez DC : il l'a encore répété récemment en interview, il souhaite consacrer plus de temps à ses creator-owned, et se partage l'écriture de Venom avec Al Ewing (de façon très compartimenté : Ewing écrit les parties dans l'espace avec Eddie Brock devenu le nouveau roi des symbiotes, Ram V écrit les parties avec Dylan, le fils d'Eddie, sur Terre, en possession du symbiote autrefois lié à son père).
Pour ne rien arranger, cet épisode est un vrai fourre-tout graphique puisqu'il a fallu trois dessinateurs pour le compléter. Nina Vakueva en réalise la moitié ce qui va jusqu'au moment où le Sphinx avoue à Catwoman qu'il l'a trahie avec le Pingouin), dans un style efficace mais un peu frustre, avec des scènes d'action aux compositions maladroites. Puis Laura Braga vient prêter un coup de main pour un quart (l'entrée en scène grotesque du Ghost-Maker), sans relief. Et enfin Geraldo Borges signe le dernier quart de l'épisode avec de meilleures pages que ses consoeurs, sobres et élégantes (en glissant même au passage un hommage discret au regretté John Paul Leon). Jordie Bellaire tente de coloriser tout ça en donnant une unité esthétique, mais c'est mission impossible.
Pour ses adieux à la féline fatale, Ram V sera associé à Felipe Andrade (avec qui il vient de publier The Many Deaths of Laila Starr, une mini chez Boom ! Studios - succès critique et public). On va voir comment il gère ça. Après, ce sera à Tini Howard et Nico Leon de redresser la barre et, comme ils ont décidé de partir dans une nouvelle direction, ça pique mon intérêt plus que je ne l'aurai pensé.
Labels:
Catwoman,
DC Comics,
Fear State,
Geraldo Borges,
Laura Braga,
Nina Vakuera,
Ram V
mercredi 17 novembre 2021
NIGHTWING #86, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE
Pour Nightwing aussi, la parenthèse Fear State se termine avec ce 86ème épisode. Tom Taylor s'en est bien sorti alors que cela ne le passionnait visiblement pas. Robbi Rodriguez au dessin a assuré un intérim honorable. Mais l'histoire aura surtout permis d'introduire une menace pour le futur.
Nightwing, Batgirl et Red Robin assistent, horrifiés, à l'effondrement de la Tour de l'Horloge, détruite par l'Anti-Oracle, alias la Voyante, complice de Simon Saint. Alors que les trois héros déblaient les décombres, Batgirl reçoit un appel de Spoiler qui les rassure.
Vêtus d'armures des soldats du Magistrat, la bande s'introduit dans la volante mais la Voyante provoque le crash de l'appareil à bord duquel se trouvent des enfants confiés aux bons soins de Simon Saint. Batgirl neutralise ce dernier pendant que les enfants sont évacués.
Seule avec Nightwing, Batgirl redirige la base volante pour qu'elle s'écrase dans la Baie de Gotham. Pourtant Barbara Gordon enrage car la Voyante court toujours. Elle ignore qu'il s'agissait d'un des enfants sauvés par Red Robin, Spoiler et Orphan...
Une des choses qui a vraiment manqué à Fear State comme crossover, c'est à l'évidence que les scénaristes des séries annexées n'ont pas reçu les détails de l'intrigue écrite par James Tynion IV. En gros, on a eu l'impression que chacun devait se débrouiller avec les grandes lignes de l'histoire, faire en sorte que les personnages soient tous impactés par le programme Magistrat, à tout prix.
Dans le cas de Nightwing, c'était flagrant dans la mesure où le personnage habite et agit à Blüdhaven et non à Gotham. Tom Taylor a dû trouver une ruse pour le faire venir à Gotham et l'impliquer dans cette affaire. Mais le scénariste a été malin.
En s'appuyant sur la solidarité de la Bat-famille, Nightwing n'a pas trop eu l'air d'un poisson hors de l'eau. Il est venu aider Barbara Gordon attaquée par un hacker informatique qui empêchait Batman de communiquer avec ses soutiens. Il devenait clair que Taylor allait profiter de Fear State pour formaliser la romance entre Dick Grayson et Babs, tout en adressant des clins d'oeil à Batman mais aussi aux Batgirls (en vue de leur prochaine série dédiée).
On ne s'est donc pas trop ennuyé, même si tout ça aurait très pu se faire sans Fear State. Non, là où Taylor a été habile, c'est qu'il a profité de la situation pour introduire une nouvelle menace dont il se servira dans de prochains épisodes de Nightwing. Il s'agit de l'Anti-Oracle alias la Voyante. En plus de Blockbuster et Heartless, ce ne sont donc pas les adversaires qui vont manquer pour Dick et Babs - entendu que ces deux-là reforment officiellement un couple (est-ce que Tom Taylor aura l'opportunité et l'envie d'impliquer Starfire, l'autre ex de Nightwing, pour savoir ce qu'elle en pense ?).
Mais bon, en dehors de ça, et quelques dialogues savoureux (Spoiler et Orphan réagissant au fait que Dick et Babs se sont embrassés, les enfants dans la base de Simon Saint interrogeant la bande sur leur relation avec des membres de la Justice League), pas de quoi se relever la nuit. Taylor a joué le jeu du crossover, mais il a dû trouver l'exercice bien contraignant et le lecteur attend avec impatience de retourner à Blüdhaven le mois prochain.
Au dessin, Robbi Rodriguez n'a pas été une mauvaise pioche pour suppléer Bruno Redondo (qui s'est acquitté des couvertures, et d'ailleurs si on dispose côte à côte celles des n°84 à 86, on peut profiter d'un joli triptyque). Le trait dynamique de Rodriguez colle bien avec les aventures bondissantes de Nightwing et de ses amis.
On peut être plus réservé sur l'esthétisme de Rodriguez car évidemment, son graphisme est moins beau que celui de Redondo, moins propre. Parfois on a le sentiment qu'il va trop vite, que ça manque de finesse, que certaines expressions sont trop cartoonesques, que certaines attitudes sont mal fichues. Mais dans l'ensemble, ça passe.
Le vrai problème, ce n'est pas Nightwing, c'est Fear State - et on pourra juger des approximations dans le partage des infos entre scénaristes comme quand on compare la scène où Nightwing et compagnie débarque dans la salle de contrôle de la base de Simon Saint et celle vue dans Batman #117 : d'un côté, seuls Batgirl et Nightwing s'y présentent, de l'autre ils sont entourés par Spoiler, Orphan et Red Robin, encore vêtus des armures des soldats du Magistrat.
Allez, passons. Et rendez-vous au prochain n°, qui sera un grand moment garanti (puisqu'il sera constitué d'une seule séquence !)
Labels:
DC Comics,
Fear State,
Nightwing,
Robbi Rodriguez,
Tom Taylor
mercredi 3 novembre 2021
BATMAN #116, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE
Pénultième chapitre de la saga Fear State, Batman #116 se rattrape un peu après avoir sombré au précédent épisode. On ne peut malgré tout pas s'empêcher de penser que James Tynion IV est passé à côté de son histoire, si prometteuse et finalement décevante dans son développement. D'aucuns diront qu'il avait déjà la tête ailleurs (du côté de chez Substack)... En revanche, la série récupère Jorge Jimenez au dessin pour la totalité des planches et ça, c'est une excellente nouvelle.
Ghost-Maker accueille à sa manière les forces du Magistrat qui pénètrent dans les bas-fonds de Gotham où se sont réfugiés le Collectif Insensé et Queen Ivy. Celle-ci, furieuse de leur intrusion et excédée qu'on ne la laisse pas en paix, décide de provoquer l'effondrement de Gotham.
Pendant ce temps, Molly Miracle et Batman courent dans les égoûts en remontant le signal de la Machine conçue par Maître WYze et désormais entre les mains de l'Epouvantail. Celui s'en prend à Molly pour obliger Batman à le suivre dans son repaire où il torture Sean Mahoney.
Alors que Jonathan Crane prépare l'acte final de son Etat de la Peur, il est abattu par Mahoney. Celui-ci, tel un illuminé, pense plus que jamais être la réponse au désordre de Gotham. Batman s'interpose et confie à Molly le soin d'éteindre la machine de Wyze.
Batman réussit, difficilement, à stopper Mahoney lorsqu'un tremblement de terre secoue les fondations du repaire de l'Epouvantail. Queen Ivy se déchaîne alors que Ghost-Maker a repéré des renforts envoyés par Simon Saint pour la tuer...
Pour la première fois dans la saga Fear State, on peut lire une mention explicite à l'event Future State, paru au début de cette année et qui montrait Gotham sous la coupe d'un nouveau régime paramilitaire, le Magistrat, mais aussi l'apparition du Next Batman et la résistance menée par Bruce Wayne, Catwoman et d'autres héros ou vilains.
C'est donc au détour d'un dialogue prononcé par l'Epouvantail que Future State est cité. Et cette citation pose les limites de Fear State qui a voulu jouer avec la possibilité de ce futur cuachemardesque tout en l'évitant, tout en prouvant que l'event DC de début 2021 n'était qu'un futur et pas le futur. C'est un étrange sentiment qui s'empare du lecteur alors, comme si l'éditeur l'avait baladé avant de, finalement, décider que, non, cette histoire ne prendrait pas une direction aussi radicale. Future State n'était donc pas un énorme spoiler pour Fear State, mais une probabilité narrative.
On cerne la limite alors et de Future State (qui n'a été qu'un cauchemar, un "Elseworld", un "What if.. ?") et de Fear State (qui nous a fait miroiter une conclusion radicale sans oser la franchir). James Tynion IV aurait-il été plus loin s'il avait choisi de rester le scénariste de Batman ? Ou s'est-il ravisé en songeant à son successeur ? Ou bien DC n'a-t-il jamais songé un instant à emprunter un tournant franchement culotté, vestige du projet 5G de Dan Didio (où les héros les plus emblématiques laissaient place à une nouvelle génération) ? On ne le saura sans doute jamais.
Alors puisqu'il faut en finir avec cette intrigue, qui était partie sur les chapeaux de roue, après l'arc The Cowardly Lot en guise de prélude, Tynion IV livre une pré-conclusion conventionnelle, à grands coups de baston, d'effondrement, de re-baston, de coup de théâtre téléphoné. Le folklore super-héroïque a repris tous ses droits et écrase toute velléité d'originalité, il faut que Batman gagne, que l'Epouvantail perde et que Sean Mahoney paie.
C'est dommage parce qu'au fond, ce que ça dit vraiment de la fin de run de Tynion IV, c'est que ce qu'il a apporté à la série se consume en temps réel. Gâgeons que ni Simon Saint, ni Sean Mahoney, et certainement avec eux Ghost-Maker, la Jardinière, Queen Ivy, ne lui survivra. En renonçant à Batman pour la liberté du creator-owned et du pactole offert par Substack, James Tynion IV a fait le choix de sacrifier rapidement tout ce qu'il avait ajouté à la série, personnages, intrigues, etc. Son plan sur trois ans n'est plus d'actualité, ne sera pas repris par le prochain scénariste de la série (visiblement), et à l'image de Queen Ivy qui veut provoquer l'effondrement de Gotham, Tynion va certainement sacrifier, enterrer son legs.
Là où d'autres auraient saisi l'occasion pour orchestrer un feu d'artifices, tout semble bien triste, peu inspiré ici. Le #117 clôturera non seulement Fear State mais un run voulu par DC pour balayer celui de Tom King (qui, lui, jusqu'au bout, malgré des longueurs, aura raconté pratiquement une seule histoire).
La bonne nouvelle, malgré tout, c'est que cette fois Jorge Jimenez dessine l'intégralité des planches de ce numéro, après avoir été aidé par Bengal il y a quinze jours. L'artiste fait bonne figure mais on sent qu'il tire la langue. Les décors sont expédiés, là où, auparavant, il épatait par la minutie avec laquelle il les représentait. Il ne se prive plus non plus d'enchaîner des splash-pages, comme pour avouer qu'il n'a plus assez d'énergie pour découper des scènes. C'est tape-à-l'oeil et efficace mais sans âme.
Soumis à un rythme effrayant, Jimenez n'est pas un surhomme capable de produire comme une machine (façon Mark Bagley, John Romita Jr). Lui aussi est victime de la drôle de manière dont DC a choisi de publier cet arc final de Tynion IV, comme s'ils étaient pressés de passer à autre chose. Et malheureusement, cela se paie sur la qualité graphique. Jimenez réussit quand même à s'en sortir très honorablement, mais qu'est-ce que ça aurait donné s'il avait pu avoir un mois entier entre chaque numéro.
Allez, rendez-vous dans quinze jours pour le baisser de rideau sur Fear State et l'ère Tynion IV. Sait-on jamais, peut-être que ça se terminera bravement ?
Labels:
Batman,
DC Comics,
Fear State,
James Tynion IV,
Jorge Jimenez
jeudi 21 octobre 2021
CATWOMAN #36, de Ram V, Nina Vakueva et Laura Braga - FEAR STATE
Et encore du Fear State au programme ! Cette fois, dans les pages de Catwoman, sans doute la série attachée à cette saga la plus convaincante. Il faut dire que Ram V, lui, prend grand soin de construire une histoire digne de ce nom pour son héroïne, quelque chose qui ne ressemble pas trop à un exercice imposé (mais si c'en est un). Dommage que graphiquement ce ne soit pas aussi solide puisque Nina Vakueva a besoin du renfort de Laura Braga pour boucler son épisode.
Catwoman a compris qu'assainir Alleytwon n'était plus la priorité de Simon Saint : il veut capturer Poison Ivy. En revanche, elle ignore que c'est aussi l'objectif du Sphinx, qui pourtant travaille de son côté, et du Pingouin, pour reprendre le contrôle du quartier.
Tandis que la bande rassemblée par Gueule d'argile tente de freiner la progression des Gardiens de la Paix dans Alleytown, Catwoman, Harley Quinn et la Jardinière les rejoignent. Afin d'empêcher que Ivy tombe entre de mauvaises mains, il faut qu'ils coordonnent leurs efforts.
Gueule d'argile et son gang devront divertir les Gardiens de la Paix pendant que le Sphinx exfiltre Ivy et que Catwoman, Harley et la Jardinière affrontent une colonne armée menée par la Sorcière Blanche. Le Pingouin, en contact permanent avec le Sphinx, s'assure que celui-ci ne le double pas.
Si James Tynion IV s'est rêvé en grand architecte de Fear State, il a visiblement "oublié" de communiquer des détails de sa grande intrigue à ses petits camarades scénaristes contraints d'aligner leurs séries sur les événements qui se déroulent dans Batman. Du coup, la saga donne l'impression que ses tie-in composent plus qu'elles ne complètent la trame principale.
C'est flagrant avec Nightwing où Tom Taylor s'occupe de Batgirl aux prises avec un hacker (la Voyante) dans des épisodes dispensables. Ram V s'en sort mieux avec Catwoman parce qu'il l'entraîne dans une confrontation directe avec les forces du Magistrat alors qu'elle vient juste de sortir d'un combat éprouvant et dramatique avec le Père Vallée : Selina Kyle y est décrite comme une femme aux abois qui voit son royaume, le quartier d'Alleytown, s'effondrer.
En fait, Ram V appuie là où ça fait mal : Catwoman s'est vue trop belle, elle a réussi à écarter des rivaux mineurs, mais une fois face aux Gardiens de la Paix de Simon Saint, ce n'est pas avec sa bande de gamins des rues qu'elle allait faire le poids. Surtout qu'elle avait sur le dos un tueur professionnel, le Pingouin (qu'elle a doublé) et, ce qu'elle ignore, le Sphinx, qui complote contre elle avec Oswald Cobblepot.
Blessée, dépassée, traquée, elle ne sait plus trop quoi faire. A l'évidence, elle a perdu et cherche surtout à sauver ce qui peut l'être, à limiter la casse. Mais il ne fait aucun doute qu'à la fin de Fear State, et juste ensuite, quand Ram V quittera la série, qu'elle ne sera plus la reine d'Alleytown.
Dans ce chaos, désespéré, elle s'appuie sur des renforts de fortune, comme Gueule d'argile qui a formé une équipe impropable, davantage motivée par le fait de se battre contre des super-flics que pour protéger un quartier de Gotham. Catwoman a surtout compris que la cible s'était déplacée d'elle à Poison Ivy que Simon Saint veut capturer. Elle ignore que c'est aussi le plan du Sphinx et du Pingouin.
Pour bien comprendre cela, il faut rappeler que Ivy existe sous deux formes désormais : d'un côté Poison Ivy, qui a été détenue pour créer une drogue à partir de son ADN et qui ne semble plus avoir toute sa tête (ce qui est compréhensible), et de l'autre Queen Ivy, qui s'est installée dans les sous-sols de Gotham, où elle tolère les membres du Collectif Insensé, tout en menaçant de provoquer l'effondrement de Gotham si quelqu'un vient la déranger. On devine (on espère) qu'au terme de Fear State, ces deux parties d'Ivy seront réunies, qu'Ivy sera reconstituée, en ayant échappé l'une comme l'autre à Simon Saint, le Sphinx et le Pingouin. Si l'une ou l'autre devait tomber entre de mauvaises mains, ce serait un désastre annoncé.
L'heure est donc à l'union sacrée mais aussi au baroud d'honneur. Ram V souligne cet aspect quand il fait dire à Catwoman qu'elle est prête à se sacrifier pour sauver Ivy, qu'elle offira à Gueule d'argile, à Harley, à la Jardinière une issue de secours au péril de sa propre vie. Ram V fait de Catwoman une authentique héroïne et imprime à ses épisodes une dimension au potentiel tragique très efficace. C'est autrement plus puissant et troublant que tout ce que produisent Taylor dans Nightwing et Tynion dans Batman, où l'action prime sur tout le reste, et où ne subsiste qu'un sentiment d'agitation vaine, de gesticulation fatiguante. C'est aussi pour ça, sans présager de ce que fera Tini Howard sur la série l'an prochain, qu'on regrette déjà Ram V : parce qu'il avait su donner un vrai souffle et une vraie sensibilité à Catwoman.
Hélas ! La qualité de l'épisode est ternie par son graphisme : Nina Vakueva a fait ce qu'elle a pu pour que l'absence de Fernando Blanco ne soit pas trop cruelle, et dans le précédent numéro, elle s'en sortait bien. Mais cette fois, elle n'arrive même pas à boucler les vingt pages du script et doit passer le relais dans le dernier tiers à Laura Braga.
Globalement, ce n'est pas vilain ni mauvais, mais Braga a un style trop propre, trop quelconque pour la transition avec Vakueva soit harmonieuse. Cela se produit en plus en pleine scène d'action, au pire moment, et du coup, on sort du récit, trop frappé par la différence esthétique entre les deux artistes.
Vakueva, de toute façon, affichait déjà dans la partie qu'elle a eu le temps de dessiner des faiblesses, avec des décors représentés par intermittence, des personnages parfois trop esquissés. Braga est plus soigneuse, mais elle a aussi moins de pages à sa charge, donc plus eu de temps. On peut tourner ça dans tous les sens, de toute manière ça ne prend pas : lorsqu'un épisode est illustré par deux personnes, la lecture est brouillée.
Décidément, ces tie-in auront été bien dommageables aux séries concernées, et dans le cas de Catwoman, j'ai l'impression tenace que cela a précipité la décision de Ram V d'écourter son run.
Labels:
Catwoman,
DC Comics,
Fear State,
Laura Braga,
Nina Vakuera,
Ram V
mercredi 20 octobre 2021
NIGHTWING #85, de Tom Taylor et Robbi Rodriguez - FEAR STATE
L'event/crossover Fear State se poursuit dans les pages de Nightwing #85, et le résultat n'est pas bien fameux. Parce qu'il est intelligent et se concentre sur son héros, Tom Taylor limite les dégats mais ça ne veut pas dire que ce qu'il raconte est bien passionnant. Robbi Rodriguez met cela en images avec efficacité, sans plus. Bof, quoi !
L'individu qui a piraté Oracle s'identifie auprès de Barbara Gordon sous le pseudonyme de la Voyante en lui affirmant qu'elle l'a définitivement vaincue. Barbara, revêtue de son costume de Batgirl, ne l'entend pas ainsi et convainc Nightwing de l'aider, alors qu'il souhaiterait la protéger.
Ensemble ils se rendent à la base Oracle 2, dans un hangar où Batgirl a installé des équipements de secours en cas d'urgence. Après avoir neutralisé des gardes envoyés là par Simon Saint, ils entrent dans le local où ils sont soumis à la toxine de la peur de l'Epouvantail.
Tim Drake/Red Robin arrive en renfort et Batgirl peut se connecter au réseau informatique, mais la Voyante l'a aussi piraté. Toutefois, elle a commis une erreur car désormais Batgirl peut la localiser et confirmer son lien avec Simon Saint, puisqu'elle opère depuis la base volante de ce dernier.
Alors que Nightwing, Red Robin et Batgirl partent pour attaquer la forteresse de Saint, la Voyante annonce qu'elle a piégé l'appartement de Barbara Gordon... Où celle-ci avait justement envoyé Spoiler et Orphan !
Un crossover, c'est un peu comme un diligence : lorsque le cheval de tête (en l'occurrence Batman) fait décroche, tout le reste de l'attelage (ici Nightwing et compagnie) part en sucette. C'est comme ça qu'on se retrouve avec un épisode de la série Nightwing où... C'est Batgirl qui tient la vedette, jusqu'en à assumer la narration en voix off !
Tom Taylor est un scénariste de talent et donc il sauve les meubles en emballant son affaire avec efficacité : on ne s'ennuie, le scénario ne part pas en vrille, le casting est resserré. Mais ça ne signifie pas que ce qu'il raconte est passionnant.
En fait, Taylor touche du doigt ce qui pourrait être un caillou dans son jardin : le rôle exacte dévolue à Barbara Gordon. Lorsque Alan Moore a écrit The Killing Joke en 1988, longtemps après DC a hésité à inscrire cette histoire dans la continuité. Puis Barbara Gordon, dans sa chaise roulante, est devenue Oracle, et y a gagné une étonnante popularité, éclipsant sa carrière en tant que Batgirl. A tel point que pour nombre de lecteurs, il n'était plus nécessaire qu'elle récupère cet alias. Et de fait, d'autres Batgirls sont apparus, dont la plus fameuse est encore Cassandra Cain, aussi connue sous le surnom de Orphan.
Pourtant, lors des New 52, sous l'égide de Gail Simone (qui avait pourtant largement contribué à faire de Babs Gordon en tant qu'Oracle un personnage de premier plan), la Batgirl originelle est revenue sur scène, sans vraiment d'explication sur son miraculeux rétablissement physique. Mais les différentes séries qui l'ont remise en selle n'ont guère convaincu les fans. Jusqu'à ce que finalement, Babs reprenne son rôle d'Oracle sans être clouée à sa chaise roulante.
En arrivant sur Nightwing, Tom Taylor a prévenu qu'il comptait utiliser Babs/Oracle mais aussi Batgirl et tout le monde s'est demandé comment il allait manoeuvrer. Maintenant qu'on sait que l'an prochain, une série Batgirls (au pluriel), mettant en scène Stephanie Brown (Spoiler) et Cassandra Cain (Orphan) sous la direction de Babs Gordon/Oracle, un nouveau statu quo semble établi. Et il paraît évident que Babs ne restera pas Batgirl une fois Fear State passé.
Il n'empêche, ça fait drôle, non seulement de la revoir dans la tenue de Batgirl, mais en plus mener le récit en voix off, comme si Nightwing devenait l'invité de la série qui, pourtant, porte son surnom. Ce qui n'est pas drôle du tout, en revanche, c'est quand à la fin de l'épisode, un clifffhanger explosif survient et qu'on nous informe que pour connaître la suite, il faut lire la back-up story de Batman #115, prélude à la susmentionnée série Batgirls (et pour l'avoir lue, ben, en vérité, c'est dispensable). DC nous prendrait pas un peu pour des pigeons ?
Côté dessin, Robbi Rodriguez assure. Ses planches ont un dynamisme certain, qui contribue au plaisir de la lecture en entretenant le rythme soutenu du script de Taylor. Parfois, malgré tout, on tique un peu sur des expressions pas très flatteuses, un trait un peu trop lâché, un encrage un peu brouillon. L'élégance de Bruno Redondo nous manque, même si on comprend que le dessinateur n'ait pas voulu s'embarquer dans des épisodes comme ceux-là pour mieux préparer son retour en beauté.
Au passage, Taylor et Rodriguez se paient la tête du fameux épisode du Batman de King dans lequel Nightwing prenait une balle dans la tête tirée par KGBeast (prélude à une série d'épisodes lamentables, écrits par Dan Jurgens où Dick Grayson survivait mais était amnésique). D'un côté, l'issue de la scène ici joue sur la note traumatique habilement. D'un autre côté, c'est une façon peu courtoise d'appuyer sur une idée malheureuse de King mais qui a surtout été exploité ad nauseam par Jurgens et DC.
Bref, je trouve le temps un peu long maintenant avec Fear State et les tie-in que j'avais hésité à suivre, ça me servira de leçon. Et ça vous instruira sur le fait qu'on peut zapper ces numéros pénibles.
Labels:
DC Comics,
Fear State,
Nightwing,
Robbi Rodriguez,
Tom Taylor
mardi 19 octobre 2021
BATMAN #115, de James Tynion Iv, Bengal et Jorge Jimenez - FEAR STATE
Oula ! C'est pas bon du tout ! Ce que je craignais se réalise dans ce Batman #115, nouveau chapitre de Fear State : l'histoire écrite par James Tynion IV est en train de se barrer en sucette, cet épisode est vraiment médiocre. Inutile de faire durer le suspense. Pour ne rien arranger, Jorge Jimenez est quasiment aux abonnés absents, ne signant qu'une poignée de pages, laissant Bengal assurer le reste, sans grand talent. Va falloir que tout ce beau monde se retrousse les manches pour la prochaine étape.
Peacemaker X mort, Simon Saint est aux abois car Sean Mahoney est introuvable. C'est alors qu'un de ses techniciens l'aborde pour lui signaler que Queen Ivy s'est réfugiée dans les sous-sols de Gotham, et qu'elle pourrait à tout moment provoquer l'effondrement de la ville.
Sean Mahoney fuit les Gardiens de la Paix à ses trousses en passant par les égouts. C'est ce moment-là que choisit l'Epouvantail pour enfin aborder l'ancien Gardien de la Paix 01 et lui proposer d'accomplir sa mission en acceptant de se prêter à une expérience...
Cependant, Molly Miracle entraîne Batman jusqu'au repaire du Collectif Insensé. Là se trouve une machine conçue par Maître Wyze, le leader du Collectif Insensé, et qu'elle a perfectionnée. Malheureusement, l'Epouvantail s'en est emparé mais Molly pense pouvoir la localiser.
Dans les sous-sols de Gotham, Maître Wyze révèle à Queen Ivy l'avoir connu lorsqu'ils étaient tous deux internés à Arkham. Il y avait dessiné les plans de sa machine à effacer la mémoire avec le Châpelier Fou. Mais la conversation est interrompue lorsque Ivy sent les troupes de Saint arriver...
L'introduction à cette critique peut paraître alarmiste mais il faut dresser un constat lucide de cet épisode et en conclure honnêtement qu'il déçoit beaucoup. C'est en vérité comme si James Tynion IV était rattrapé par ses excès et c'est visible dès la première scène. Détaillons cela.
Tout commence dans la forteresse volante de Simon Saint qui vient d'assister, par écran interposé, à la mort de son Gardien de la Paix X au terme de son affrontement avec Sean Mahoney, qui est sous l'emprise de l'Epouvantail. La réaction du milliardaire est tellement hystérique qu'elle donne en quelque sorte le la à ce qui va suivre : un enchaînement ininterrompu de scènes souvent grotesques, qui fatigue mais surtout nuise au récit jusqu'à le plomber. Définitivement ? On le saura vite, dans deux semaines, en lisant Batman #116.
Avant cela, il faut donc en passer par un chapitre complètement foiré où James Tynion IV semble souvent dépassé par ce qu'il a mis en scène. Tout d'abord, comme j'ai déjà eu l'occasion de le relever, la série s'est trouvée doté sous sa direction d'un casting de supporting characters important, voire excessif. Il y avait là une volonté évidente de réformer/reformer une Bat-family, mais en l'élargissant avec des éléments inédits (Ghost-Maker) ou inattendus (Harley Quinn). Pourquoi pas après tout ?
Reste que dans une intrigue déjà bien dense comme celle de Fear State, à laquelle il a fallu tout un arc (The Cowardly Lot) pour se mettre en ordre de marche, le trop est franchement l'ennemi du bien, et il est impossible en l'état de faire de la place pour tout le monde, quand bien même les personnages ont de quoi faire avec la menace qui s'est abattue sur Gotham (on le voit au détour d'une double page).
Comme il est désormais évident que les scénaristes des séries attachées à l'event n'ont pas eu leur mot à dire sur l'intrigue principale conçue par Tynion, tous les personnages dont il n'a pas la charge directe suivent à pas forcé une histoire où leurs actions impactent peu, voire pas du tout, ce qui se passe dans Batman. Et donc, la Bat-family étendue qu'a voulue Tynion se trouve déconnectée de Batman : un comble.
Résultat : dans cet épisode, Batman passe son temps avec Molly Miracle, et tous ses alliés sont absents alors qu'en toute logique ils devraient l'aider. C'est a minima le rôle dévolu à Ghost-Maker, mais ne le cherchez pas, vous le verrez pas dans cet épisode alors qu'il a contribué à la progression du récit de manière décisive dans le précédent numéro !
D'un autre côté, si on veut quand même tirer du positif de tout cela, on peut dire que le paysage s'en trouve nettement dégagé et le parcours des personnages dans cet épisode est plus simple à suivre. Vous avez Simon Saint qui perd ses nerfs dans sa soucoupe au-dessus de Gotham, vous avez Sean Mahoney qui est récupéré par l'Epouvantail, vous avez Batman et Molly Miracle qui tentent de récupérer une machine qui contrerait l'Epouvantail (mais pas de bol, il a déjà la main dessus), et vous avez Queen Ivy dans son sous-sol qui s'apprête à affronter les Gardiens de la Paix envoyés par Saint. Six protagonistes.
Le rythme est bon, mais ça, Tynion maîtrise depuis le début. Malheureusement, on garde ce sentiment tenace depuis deux-trois épisodes que, même si ça va vite, les épisodes pourraient être plus resserrés, moins éparpillés, que des scènes pourraient être coupées au montage sans que cela ne gêne personne. Par exemple, ici, on a droit à une bagarre entre Batman et un membre du Collectif Insensé contrôlé par l'Epouvantail qui ne sert à rien, absolument à rien, sinon à assurer le quota de baston. Mais quand on comprend qu'en vérité le vrai thème de Fear State, c'est le contrôle mental, bon, une scène de baston en moins, ce serait un service à rendre à toute l'histoire.
Au coeur de l'épisode, en fait, ce qui embarrasse, c'est la grossiéreté du procédé de Tynion : cette machine à effacer les traumas inventée par Maître Wyze et perfectionnée par Molly Miracle arrive trop à point nommé pour préparer la conclusion de l'event et justifier la victoire de Batman (même si elle s'accompagnera certainement d'une casse notable puisque, on le sait, DC ayant spoilé allègrement, Batman quittera Gotham au terme de cette aventure). Idem pour Sean Mahoney qui passe des mains d'un vilain (Saint) à celles d'un autre (l'Epouvantail) comme un pantin pathétique, sans qu'on n'en ait plus rien à faire : il s'agit moins d'un personnage que d'un outil narratif, d'un élément dramatique que d'un être. Les ficelles sont grosses comme des cables à présent et cela nuit énormément à l'intérêt qu'on éprouve pour ce qu'on lit. Tout devient trop mécanique, évident, outrancier, mais surtout sans âme. Dommage.
Pour ne rien arranger donc, Jorge Jimenez, qui montrait des signes de fatigue évident sur les deux derniers chapitres, passe quasiment le relais à Bengal sur les 3/4 de l'épisode. Pour faire simple, Jimenez ne dessine que les deux scènes avec l'Epouvantail et Mahoney.
Bengal n'est pas un mauvais artiste mais il n'a pas le niveau de Jimenez, même en petite forme, son style est bien moins fouillé, énergique, puissant. Du coup, le contraste est violent mais le résultat, lui, manque singulièrement de relief, d'épaisseur. On a même l'impression que Bengal a été appelé en catastrophe sur l'épisode tant le niveau de finitions laisse à désirer. Il ne fait pas l'effort de soigner ses planches ou, sans doute, n'en a-t-il pas eu de tout façon le temps (et l'envie ? L'énergie ?). Ce qui faisait le sel graphique des précédents numéros est alors dilué dans un trait et un découpage beaucoup moins intenses, tout comme la colorisation qui est infiniment plus fade (Tomeu Morey affadissant incompréhensiblement sa palette sur les pages de Bengal).
La périodicité accélérée de l'event a fini par le desservir, empêchant Jimenez d'assurer tout l'arc, mais aussi soulignant les excès comme les manques de l'intrigue de Tynion. Il faudra donc au scénariste un sacré coup de fouet pour regagner la confiance du lecteur. Mais en l'état, on ne voit pas comment il pourrait réussir cet exploit.
Labels:
Batman,
Bengal,
DC Comics,
Fear State,
James Tynion IV,
Jorge Jimenez
jeudi 7 octobre 2021
BATMAN #114, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE
Fear State continue sur un rythme soutenu puisque, quinze jours après Batman #113, voici le nouveau chapitre de la série. James Tynion privilégie cette fois la ligne narrative concernant Sean Mahoney, le Gardien de la Paix 01, en pleine déroute après avoir été confronté à la toxine de l'Epouvantail. Jorge Jimenez dessine tout ça avec un sens du spectacle irréprochable, même si l'histoire part un peu trop dans tous les sens.
Dans le "paradis" de Queen Ivy, Molly Miracle tente de se tenir au courant des événements à la surface de Gotham. Elle explique que le Maître Wize du Collectif Insensé l'a guérie de ses maux grâce à une machine effaçant les traumas. Ce qui lui laisse penser que ça peut être la solution contre l'Epouvantail.
Simon Saint localise Sean Mahoney et envoie le Gardien de la Paix X pour l'appréhender en douceur car son équipement coûte une fortune et ne doit pas tomber dans les mains de Batman. Mais Mahoney est sujet à des hallucinations provoquées par l'Epouvantail et s'avère ingérable.
Batman surgit alors pour éviter un drame mais Saint envoie alors une brigade de robots pour l'arrêter pendant que le Gardien de la Paix X se lance à la poursuite de Mahoney en ayant la permission de le tuer si c'est nécessaire.
Mais Mahoney, sous l'emprise de l'Epouvantail, devient fou et quoique sévèrement blessé par le Gardien de la Paix X, réussit à le tuer. Saint engage l'auto-destruction de l'armure du Gardien de la Paix X, rasant une partie du quartier. Batman réussit à s'abriter avant d'être rejoint par Molly Miracle...
Autant le dire d'emblée, j'ai eu un problème avec cet épisode qui, même très rythmé et spectaculaire, me semble un cran en dessous. Trop de Gardiens de la Paix, trop de robots tueurs, une intrigue qui n'avance pas... C'est comme si James Tynion IV cherchait à faire de la place dans tout le bazar qu'il a provoqué, mais sans réussir à nous captiver dans la manoeuvre.
C'est que le scénariste, depuis son arrivée sur la série, n'a pas ménagé ses efforts pour enrichir considérablement la galerie de personnages secondaires. Son mérite est indéniable : vouloir renouveler le casting est toujours louable. Mais la contrepartie, c'est que si l'auteur n'impose pas ses nouveaux venus avec suffisamment de force pour convaincre le lecteur qu'ils ont l'étoffe de seconds rôles emblématiques, alors le lecteur aura du mal à s'y intéresser.
Dans la saga Joker War, entre Punchline (nouvelle partenaire du Joker), Clownhunter (une sorte de Punisher ado) et les classiques de la série (Batman, la Bat-family, Harley Quinn), c'était déjà consistant, mais la seconde catégorie restait en haut de l'affiche. Le Joker et Punchline finissaient par emprunter une nouvelle direction, comme si Tynion voulait surtout les éloigner de Gotham, histoire de rafraîchir un peu le décor (et ma foi, on peut lui dire "merci" parce que je ne crois pas être le seul qui en a marre du Joker).
Par la suite, il y a introduit Ghost-Maker, une création plus contestable, parce que découvrir un énième rival issu de la jeunesse de Batman n'avait rien d'indispensable. Puis avec l'arc The Cowardly Lot, qui a conduit à Fear State, ce fut Molly Miracle, le Collectif Insensé, Sean Mahoney, Simon Saint, des nouvelles têtes prometteuses.
Reste que je doute que, une fois Tynion parti, tous ceux-là restent dans le paysage (Joshua Williamson, qui reprendra la série, a déjà annoncé qu'il présenterait un nouveau vilain et que l'action se situera hors de Gotham pour un moment). L'injection de personnages inédits est souvent un legs sans suite laissé par un scénariste à son successeur, sauf si, vraiment, ils possèdent ce truc en plus qui les rend intéressants sur le long terme.
Aussi, quand on lit Batman #114, et qu'on passe la majeure partie de l'épisode à assister au combat entre Sean Mahoney, en plein délire paranoïaque à cause de l'Epouvantail, et le Gardien de la Paix X, envoyé à sa poursuite par Simon Saint, on a du mal à se passionner pour ces deux Robocops dont l'affrontement est inévitable et contre lequel Batman ne peut rien. Tout cela, soyons honnêtes, aurait pu être règlé en moins de pages au lieu d'accaparer un épisode entier. Surtout que l'ouverture dudît épisode suggère quelque chose de plus intrigant.
Car, dans cette multitude de personnages transhumains, Molly Miracle révèle avoir été le sujet d'expériences de la part du gourou du Collectif Insensé (un individu étrangement absent de l'arc), pour effacer des traumatismes dues à son séjour dans cette ville perpétuellement en guerre qu'est Gotham. En dialoguant avec Queen Ivy (qui, là aussi, n'est pas développée alors que Poison Ivy figure dans Catwoman et qu'on aimerait comprendre un jour comment les deux créatures peuvent vivre séparées, depuis quand, comment), Molly explique que cela pourrait aider Ivy mais surtout neutraliser l'Epouvantail. Il faut attendre la dernière image de la dernière page pour que cette hypothèse rejoigne la situation de Batman (qui, au passage, se lance dans la bataille sans Ghost-Maker - où est passé ce dernier ?).
Tout ça laisse un sentiment de trop plein. A force de courir trop de lièvres à la fois, Tynion semble se perdre. Il faut impérativement que Fear State mette plus en avant l'Epouvantail, quitte à s'occuper de Simon Saint et ses Gardiens de la Paix ensuite, parce que, là, Jonathan Crane est trop en retrait, observant en ricanant tout le monde, égarés dans le chaos qu'il a orchestré. Avec tous ceux qui l'assistent, Batman ne devrait pas avoir à se jeter seul dans la mêlée. Et Tynion, au lieu de consacrer un numéro entier à Sean Mahoney contre le Gardien de la Paix X, devrait nous montrer ce que font Harley Quinn et la Jardinière, Renee Montoya, pourquoi pas Orphan, Spoiler, Huntress (entendu que Barbara Gordon et Nightwing sont occupés dans la série de ce dernier).
Heureusement que Jorge Jimenez tient le coup graphiquement sinon ça sentirait le roussi, cette affaire. Le dessinateur livre une copie dans la droite ligne du numéro précédent, c'est-à-dire qu'il a fait clairement le choix de sacrifier les décors (avec lesquels pourtant il nous régalait) pour tout donner sur les scènes d'action.
Son découpage use (et abuse) de décadrages, chaque coup porté a un impact terrible, au point que parfois on a l'impression d'être dans un épisode de Superman ou Thor plus que dans Batman. C'est logique d'un certain point de vue puisque les Gardiens de la Paix sont tous équipés lourdement, ce sont de véritables machines de combat, capables de défoncer des immeubles ou de raser des quartiers, et ils sont soutenus par des hordes de robots surarmés, dignes des Sentinellesou Nimrod dans X-Men. Du coup, quand Batman s'engage entre les deux super-flics de Simon Saint, il ne fait plus le poids, et on peut se demander comment il ne finit pas en loques après avoir été soufflé par le dernière explosion.
Les couleurs de Tomeu Morey ajoutent à ce feu d'artifices. Franchement, si le maire Nakano se représente et qu'il est réélu, ça voudra surtout dire que les gothamites sont des imbéciles car l'édile a laissé sa ville aux mains d'une milice qui laisse un champ de ruines derrière elle.
Une déception donc, même si visuellement, ça pète. Souhaitons que la suite redresse le niveau parce que ce serait dommage pour l'intrigue et pour Tynion de finir sur une mauvaise note après avoir tant promis.
Labels:
Batman,
DC Comics,
Fear State,
James Tynion IV,
Jorge Jimenez
samedi 25 septembre 2021
BATMAN #113, de James Tynion IV et Jorge Jimenez - FEAR STATE
Fear State encore, mais cette fois-ci au coeur de la série Batman, où tout se passe, en tout cas l'essentiel. James Tynion IV est maître de son affaire dans ce titre et gère un casting foisonnant au gré de nombreuses péripéties; Peu de choses lui échappent, même si on déplorera quelques bizarreries et des facilités providentielles. Jorge Jimenez donne tout ce qu'il a au dessin, en sacrifiant parfois les décors mais au rythme où il produit actuellement, on le lui pardonnera.
Le chaos règne à Gotham et la Bat-family étendue ne sait plus où donner de la tête entre les machinations de Simon Saint, celles de l'Epouvantail, celles de l'Anti-Oracle et Sean Mahoney qui erre dans les rues, l'arme au poing et la tête en vrac.
Batman, que tout le monde croit mort, s'introduit dans le bureau de la détective Renee Montoya pour obtenir son aide. Elle la lui accordera si un membre du Collectif Insensé accepte de témoigner contre Simon Saint et s'il neutralise Sean Mahoney.
Batman retrouve Ghost-Maker et grâce à des casques de réalité virtuelle, ils se connectent pour savoir si l'Epouvantail n'a pas corrompu le cerveau de Bruce Wayne. Il apparaît que Jonathan Crane s'est toujours servi de Simon Saint pour procéder à un test à grande échelle sur Gotham.
Mais surtout, Ghost-Maker révèle à Batman qu'il avait croisé Crane bien des années avant et déjà il avait théorisé son "Etat de la Peur", avec pour objectif de trouver des financements et un bouc émissaire. Cependant, le Gardien de la Paix X appréhende Sean Mahoney...
Le rythme soutenu auquel paraît Batman (soit un épisode tous les quinze jours) durant Fear State permet à James Tynion IV de maintenir la pression autant sur ses personnages que sur le lecteur : on a à peine le temps d'intégrer ce qui s'est passé dans un épisode qu'on plonge dans le suivant. C'est efficace mais périlleux car le scénariste n'a pas le droit à l'erreur.
Or, dans ce numéro 113, Tynion IV commet quelques bévues et abuse de quelque facilités. Commençons par une bizarrerie : au début de l'épisode, Batman a un échange avec le détective du GCPD Renee Montoya. Celle-ci, jusque récemment, suivait les ordres du Maire Nakano avant de manifester ses réserves et son désaccord quand il a autorisé le programme Magistrat mis au point par Simon Saint (dans lequel elle voyait davantage un escalade de la répression policière qu'un moyen de règler le problème du vigilantisme).
Maintenant que le chaos règne, il est naturel que Batman et Montoya se retrouvent pour tenter de ramener le calme et la détective ne se pose plus en adversaire du justicier. Chacun a fait la paix avec l'autre par la force des choses.
Mais James Tynion IV n'est pas Greg Rucka. Il n'a pas la même affection pour Montoya que son confrère (qui, c'est vrai, adorait la détective, dont il animait les aventures dans Gotham Central, la maxi-série 52, plusieurs minis La Question, Batwoman, etc). Montoya, c'est une créature Rucka-ienne par excellence : brune, forte tête, dure-à-cuire. Il a même trouvé le moyen d'en faire l'héroïne de la mini-série Lois Lane. Mais surtout Tynion semble complètement occulter le fait que Renee Montoya est elle aussi une justicière masquée puisqu'elle agit sous l'alias de la Question (on l'a encore vue dans Event Leviathan de Bendis et Maleev).
Comment se fait-il alors que : 1/ Montoya soit devenue une contemptrice des masques et 2/ que cette femme, volontiers parano, n'ait pas deviné plus tôt que Nakano s'embarquait dans une alliance dangereuse avec Saint ? Tout cela est totalement évacué dans le Batman de Tynion et c'est vraiment maladroit (pour ne pas dire pire).
Ensuite, le scénariste utilise de chapitre pour revenir sur le fait que l'Epouvantail semble avoir trouvé un nouveau moyen (c'est-à-dire autre que ses fameuses toxines de la peur) pour contrôler ses adversaires. Batman a-t-il été compromis, corrompu par ce nouvel atout ? Il va chercher à le savoir avec l'aide de Ghost-Maker grâce à une espèce de casque de réalité virtuelle (mis au point par Wayne Tech), permettant de sonder l'esprit.
Bon, c'est très pratique, mais un peu grossier, surtout quand on voit à quoi ça aboutit. Soit : Ghost-Maker a rencontré Jonathan Crane des années plus tôt et celui-ci lui a fait assez confiance pour lui déballer par le menu sa fameuse théorie de l'Etat de Peur et comment il s'y prendrait pour le provoquer, en trouvant un mécéne assez naïf et un bouc émissaire. C'est un sacré coup de bol, ça ! Et pour un génie du mal, l'Epouvantail n'est finalement pas beaucoup plus malin qu'un méchant ordinaire qui ne trouve rien de mieux que de détailler la machination qui entraînera toute une ville dans les ténèbres. Le véritable énnemi des vilains, ce ne sont pas les justiciers, mais le fait qu'il ne tienne pas leur langue.
Heureusement, Jorge Jimenez est là et l'énergie phénoménale qu'il insuffle à ses dessins suffit prrsque à oublier ces boulettes. Toutefois, l'artiste tire un peu la langue lui aussi : alors qu'il se distingue par sa capacité à illustrer avec le même soin scènes d'action et scènes d'exposition dans des décors fouillés, on note bien cette fois que les décors sont plus esquissés, moins précis.
La séquence en réalité virtuelle permet à Jimenez de s'économiser sur les arrière-plans, et de manière plus générale, le dessinateur joue avec l'environnement dans lequel se trouvent les personnages pour ne pas avoir à trop en dessiner. Le dialogue entre Batman et Montoya se déroule opportunément dans un pièce mal éclairée. A la fin, quand le Gardien de la Paix X est sur le point d'arrêter Sean Mahoney, la pluie qui tombe permet aussi de ne pas représenter trop minutieusement l'endroit où tout cela se joue.
Jimenez se rattrape sur l'expressivité des personnages, même si la valeur des plans qu'il leur accorde a tendance à hystériser leurs réactions, comme quand on voit Jonathan Crane jeune homme s'emporter sur une quasi-pleine page avant de se ressaisir pour expliquer son grand plan. Néanmoins, je serai indulgent avec Jimenez car dessiner comme il le fait à une telle cadence nécessite une sacrée forme et ses planches gardent une belle tenue. Il ira jusqu'au bout de ce run sans fill-in artist, ça mérite le respect.
Quelque part il vaut mieux que ce coup de moins bien se produise maintenant en souhaitant que Tynion soit plus inspiré pour la suite et fin. Cette saga a encore du potentiel et on peut accorder sa confiance à l'auteur, bien soutenu par son dessinateur, pour vite se reprendre.
Labels:
Batman,
DC Comics,
Fear State,
James Tynion IV,
Jorge Jimenez
Inscription à :
Articles (Atom)




