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dimanche 1 octobre 2017

MARVEL LEGACY #1, de Jason Aaron et Esad Ribic

(Variant cover de Valerio Schiti)

Nous y voilà ! Marvel vient de publier ce fameux Marvel Legacy #1, qui, promis par l'editor-in-chief  Tom Brevoort, allait "scinder Internet en deux"... Mais aussi réconcilier les fans de toujours et les nouveaux lecteurs, restaurer le rêve et l'espoir, et, en prime, ramener un "personnage chéri" du public.

L'initiative ne manquera pas de rappeler celle de DC Comics il y a un an à l'occasion du lancement de Rebirth - même format (un one-shot), mêmes ambitions (rebondir après les cinq années d'expérimentations du reboot des "New 52", retour de versions iconiques des personnages emblématiques de l'éditeur) - et la comparaison est inévitable (même si Marvel n'est pas passé par la case reboot et sort d'une longue saga, Secret Empire, au terme de laquelle "la maison des idées" a promis de ne plus en lancer de nouvelle avant au moins 18 mois... Tandis que DC vit au rythme de Metal de Scott Snyder et Greg Capullo). Alors que raconte et que vaut Marvel Legacy #1 ?  


Il y a un million d'années, Odin récupère sur Terre son marteau Mjolnir avec lequel il vient d'affronter un Céleste (un géant galactique surpuissant, membre d'un corps qui a créé les Eternels et les Déviants, et à côté desquels même Galactus ne fait pas le fier) lorsqu'il est rejoint par Phoenix qui a également pris part au combat (et en revendique la victoire). Ils rejoignent un groupe formé par les premiers Iron Fist, Black Panther, Starbrand, Ghost Rider (qui a perdu dans la bataille sa monture, un mammouth) et le sorcier Agamotto. Le Céleste n'est pas encore mort et l'équipe repart l'achever avant, comme le conseille Odin, de l'enterrer sur la Lune.


De nos jours. Robbie Reyes se réveille après avoir rêvé de ce combat en découvrant, sidéré, qu'il est non pas à Los Angeles (où il s'était endormi) mais à Cape Town en Afrique du Sud. Peu après, il est pris à parti par Kevin Connor, l'hôte actuel du Starbrand, qui veut l'empêcher d'atteindre un site voisin. Se transformant en Ghost Rider, Reyes riposte et finit, au terme d'un duel ravageur, par tuer son adversaire.


Au même moment, dans la Zone 51 du Nevada, aux Etats-Unis, Loki téléporte des géants des glaces aux abords d'une base prochainement désaffectée du S.H.I.E.L.D. (qui va être dissout) pour y récupérer une caisse contenant un objet très puissant, avec lequel ils domineront les neuf mondes. 


Mais la mission des voleurs est contrariée par l'intervention de Captain America (Sam Wilson), Thor (Jane Foster) et Iron Heart (Riri Williams). Dans la confusion de la bagarre, un des géants réussit malgré tout à dérober la fameuse caisse mais il ne va pas bien loin avec car un camion le percute. 


Depuis l'espace, Gamora (des Gardiens de la Galaxie) remarque qu'une des Gemmes d'Infinité est activée et interprète cela comme le signe d'un conflit important et imminent. Loki, lui, a compris qu'il n'aurait pas la pierre et se déplace dans la grotte Wonderwerk du Grand Karoo (entre Cape Town et Johannesburg, en Afrique du Sud - à proximité duquel se sont battus Ghost Rider et Starbrand). Des archéologues ont découvert ici des peintures rupestres représentant l'équipe menée par Odin un million d'années auparavant et le Céleste enterré ici, dont Loki précipite le réveil.


Cependant, Le géant des glaces percuté par le camion découvre l'identité du chauffeur : il s'agit de Wolverine, qui tue le voleur aussitôt et s'empare du contenu de la caisse, la Gemme d'Infinité bleue dite de l'esprit (contenant notamment les âmes de feux Rick Jones et Captain Mar-Vell).

Ponctuant le récit, une série de planches montre la situation de différents personnages :  

 (dessins de Chris Samnee)

- Steve Rogers dîne dans un resto routier anonymement alors qu'un journaliste à la télé se demande où il est passé depuis les événements de Secret Empire (où son double nazi avait pris le pouvoir) ;

(dessins de Russel Dauterman)

- Thor Odinson se soûle à Asgard tandis qu'un des vizirs du royaume se suicide après avoir découvert le retour prochain de Mangog ;

(dessin d'Alex Maleev)

- Mary-Jane Watson, directrice intérimaire de Star Industries, découvre que le caisson où reposait, en animation suspendue, Tony Stark/Iron Man depuis le dénouement de Civil War II est vide ;

(dessins d'Ed McGuinness)

- Deadpool, enfermé dans des toilettes, invoque le pardon de Dieu pour avoir tué l'agent du SHIELD Phil Coulson durant Secret Empire alors que trois policiers veulent l'arrêter pour cela et ouvrent le feu pour cela ;

(dessins de Stuart Immonen)

- Iron Fist est avec le Dr. Strange pour tenter de savoir qui a tenté de pénétrer dans le Sanctum Sanctorum du sorcier suprême - il s'agit de Norman Osborn qui s'en éloigne en maugréant ;

(dessins de Pepe Larraz)

- au manoir des Avengers, le majordome Jarvis est troublé en observant la statue de la première équipe des héros dans le parc sans savoir pourquoi, alors qu'une héroïne supplémentaire, Valerie Victor alias Voyager, y a été rajoutée ;

(dessins de Jim Cheung)

- sur le toit du Baxter building, Johnny Storm, la Torche humaine, interroge son ami Ben Grimm, la Chose, sur la nécessité de perpétuer le souvenir de leur ancienne formation, les 4 Fantastiques ;

(dessins de Daniel Acuña)

- sur la planète Bast s'étend désormais l'empire galactique du Wakanda gouverné par Black Panther ;

(dessins de Greg Land)

- dans une station de l'Alpha Flight, un opérateur s'absente et rate l'émission d'un message provenant de la planète Sakaar demandant à Hulk de revenir urgemment ;

(dessins de Mike Deodato)

- au Canada, la jeune Jean Grey des All-New X-Men (aka X-Men Blue) découvre que le squelette d'adamantium fondu puis pétrifié dans lequel est mort Wolverine est cassé en deux et elle comprend que le mutant est revenu à la vie ; 

(dessins de David Marquez)

- et enfin, dans le Multivers, Valeria Richards, en compagnie de son frère Franklin, la narratrice du récit, se demande quelle zone elle va explorer - en vue de préparer le retour de ses parents sur Terre ?

Même si je suis moins clément, et client, avec ce qu'écrit Jason Aaron que beaucoup (mais sans pourtant le comparer à des auteurs que je lis plus volontiers - il ne s'agit pas d'une compétition de scénaristes, simplement d'être plus ou moins sensible à des histoires qu'ils proposent), je n'ai rien contre lui. Je constate cependant qu'il est devenu "l'architecte" en chef actuel de Marvel, son scénariste vedette, peut-être son scribe le plus influent (même s'il faut relativiser cette influence car les editors soufflent volontiers aux oreilles de leurs auteurs ce qu'ils veulent raconter).

Ceci étant dit, on mesure bien la différence entre ce que Marvel établissait en 2011, au moment de la publication de la saga Fear Itself (par Matt Fraction et Stuart Immonen), et aujourd'hui : il y a six ans, l'éditeur avait nommé plusieurs "architectes" - Aaron déjà, Jonathan Hickman, Fraction, Brian Bendis, Ed Brubaker) - pour conduire étroitement leurs séries-phares. Ce collectif trouverait à la fois son aboutissement et sa limite avec la conception de la saga Avengers vs. X-Men en 2013 où les scénaristes avaient développé une intrigue construite par Aaron et Bendis à la manière d'un pool comme celle des séries télé. Le résultat avait donné lieu à un récit bancal, avec de brusques ruptures de ton, une narration maladroite (sans parler de l'alternance pénible de trois dessinateurs).

Pendant ce temps, chez DC Comics, l'importance, dans l'organigramme et dans la continuité des titres, de Geoff Johns n'a cessé de croître (au point qu'il devienne une sorte de super-directeur artistique pour unifier les séries, ce qu'a concrétisé Rebirth). L'exemple a dû inspirer Marvel qui a confié les clés à Aaron : c'est ce que prouve nettement Marvel Legacy #1.

Ce one-shot de plus de 50 pages avait pour mission, selon l'annonce, de tirer le bilan des dernières années et de donner un nouveau souffle au Marvel-verse. Parallèlement, l'éditeur publie d'ailleurs une séries de récits unitaires, Generations, qui met en scène des rencontres entre les incarnations successives de héros emblématiques (Iron Man-Iron Heart, Captain Marvel-Captain Mar-Vell, les deux Wolverine, les deux Hawkeye, les deux Thor, les deux Jean Grey). "Legacy" signifiant "héritage" + Generations : le message est clair, il faut rendre justice au passé tout en gardant la fraîcheur des nouveautés injectées ces derniers temps.

Mais le souci, c'est que Marvel Legacy #1 ne parle pas vraiment d'héritage, quand bien même sa narratrice cite pas moins de 11 fois ce mot. Ou alors il s'agit surtout d'hériter d'ennuis, de cadavres dans les placards. Un Céleste qui se réveille et auquel Loki s'intéresse par ici, Steve Rogers obligé de restaurer sa réputation ruinée par un double nazi de Captain America par là... Rien n'est résolu ici, et la menace réactivée laisse perplexe (les Célestes sont quand même les entités les plus puissantes de tout l'univers Marvel, et celui qui est présent dans ces pages est décrit comme le plus dérangé).

Aaron a rédigé deux histoires en fait : la première, dessiné (superbement) par Esad Ribic, est incroyablement brouillonne, part dans plusieurs directions comme (déjà) une sorte de teaser artificiel où sont inventés des Avengers pré-historiques franchement grotesques. OK pour des créatures extraordinaires comme Odin, les premiers Starbrand, Ghost Rider et Phénix, voire Agamotto, dont les origines sont bien antérieures à un million d'années... Mais comment justifier des proto-Black Panther et Iron Fist à une époque où les hommes étaient encore des primates ? Et quitte à invoquer un Céleste pour réunir ces héros (bien que leur groupe brille surtout par la mauvaise ambiance entre ses membres), on peut légitimement s'étonner qu'aucun Eternel, des homo-sapiens génétiquement améliorés par les Célestes) ne soit dans les parages... Ou même qu'à la place d'Odin, ce ne soit pas son père, Bor, qui se montre... 

Ensuite, on a droit à un combat à mort entre les Ghost Rider et Starbrand actuels, le second voulant à tout prix empêcher le premier d'approcher de la tombe du Céleste... Alors que Robbie Reyes semble ne même pas être au courant de cela - et ne s'attarde d'ailleurs pas dans le coin, une fois qu'il a tué son adversaire ! A part éliminer Kevin Connor, à quoi sert ce passage ?

Le dernier segment est plus cohérent mais pas original pour un sou : on a droit à Loki qui, pour la énième fois, veut mettre la main sur une source de pouvoir sur Terre, mais sans se salir les mains. Evidemment, la mission échoue et, ni une ni deux, le dieu asgardien du mensonge s'en va en Afrique du Sud parachever le réveil du Céleste, dérangé par deux archéologues. Les émissaires de Loki, eux, sont embarqués par le SHIELD grâce à trois Avengers, et ce qu'ils étaient venus dérober est in fine récupéré par le fameux "personnage chéri du public" promis par Brevoort : Wolverine !

Le canadien est donc désormais non seulement de retour parmi les vivants (mais comment ? Mystère !) et en possession d'une Gemme d'Infinité (rien que ça !). En tout cas, ça risque d'être embouteillé question mutants griffus puisque actuellement on a Old Man Logan chez les X-Men Gold, Ultimate Wolverine chez les X-Men Blue, et Laura Kinney-All-New Wolverine dans sa propre série ! 

Lorsqu'on a terminé la lecture de la trame principale de Marvel Legacy, on est perplexe car il n'y a ni bilan ni assurance d'un avenir plus light. La seule nouveauté, ce sont ces fameux Avengers des temps anciens, qui apparaissent durant cinq pages, donc sans personnalité (Odin grogne, Phénix le nargue, Ghost Rider pleure son mammouth, Starbrand essuie des reproches, Agamotto avait tout prévu...), mais dont on nous promet le retour, et dont les actions impacteront le présent (à commencer par le fait qu'ils n'ont pas enterré le Céleste sur la Lune comme le recommandait Odin - bien prévenant pour les humains qu'il a pourtant toujours méprisé...).

Ce n'est donc pas brillant.

Alors on considère les planches intercalées dans cette histoire censées, elle, montrer où en sont des héros actuels... Et là, le procédé est aussi artificiel (toujours cet effet teaser) et frustrant (surtout en ce qui concerne les Fantastic Four, dont beaucoup espéraient davantage le retour que celui de Wolverine). Le sort de Tony Stark (qui n'est plus dans son caisson) est le plus intrigant et on verra ce qu'en fera Bendis (en charge du personnage), tout comme l'empire galactique (?!) du Wakanda. Mais la scène à Asgard avec cet exaspérant Thor Odinson qui se bourre la gueule en déprimant, celle où Deadpool se fait tirer dessus dans des WC, la tentative ratée de Norman Osborn d'entrer dans le sanctuaire du Dr. Strange, etc. Tout ça ne dit rien, c'est juste du placement de personnages, des allusions à de futures intrigues dans des séries, qui plus pauvrement dessiné (Immonen livre une page mochissime, tout comme Deodato, Marquez assure le minimum...). Seule la planche de Samnee avec Steve Rogers est bien composée et belle à voir (la reprise de Captain America par Waid et Samnee est, à ce jour, le titre le plus prometteur qui démarrera en Novembre).

Reste le cas des FF : ce que ne dit pas Marvel Legacy (ni les editors de Marvel), c'est que Ike Permulter, un des pontes de Marvel, refuse de relancer une série avec ces personnages tant que la Fox ne cédera pas leurs droits d'exploitation cinéma. D'où cette situation absurde où la Torche humaine et la Chose sont sur Terre comme des âmes en peine, et Reed Richards, sa femme Sue, leurs enfants Valeria et Franklin en train de jouer hors champ aux explorateurs du Multivers depuis la fin de la saga Secret Wars en 2015... Voilà qui est particulièrement incongrue de ne pas ramener l'équipe au grand complet quand on invoque des notions de générations et d'héritage puisque les 4F furent les premiers super-héros de Marvel en 1963 !  

En vérité, et pour conclure, je ne sais pas à quoi sert ce one-shot : il ne correspond ni à son annonce et ne comble rien de ce qui manque essentiellement à Marvel aujourd'hui (un esprit, une cohérence, une passerelle entre tradition et innovation, un sens évident au retour ou à l'absence de personnages : bref, tout ce qui agrège une collection de séries, fonde un univers). On a plus affaire à une sorte de brochure promotionnelle pour ce qui va arriver qu'un comic-book synthétique et prometteur, rappelant à tous, nouveaux et anciens lecteurs, ce qui distingue Marvel et ses héros et leurs histoires.

vendredi 18 août 2017

ASTONISHING X-MEN #2, de Charles Soule et Mike Deodato


Après un premier épisode qui, contre toute attente, m'avait beaucoup plu, j'attendais fébrilement de savoir si Astonishing X-Men #2, écrit par Charles Soule et cette fois dessiné par Mike Deodato, allait tenir ses promesses.


Amahl Farouk et Charles Xavier s'affrontent sur le plan astral pour un match au gain équivoque, quel que soit le vainqueur : en effet, le Roi d'Ombre entend contrôler l'équipe de mutants rassemblée par Psylocke, qu'il a agressé télépathiquement en premier, mais le Pr. X leur épargnera ce sort en les tuant psychiquement s'il l'emporte.


Cependant, donc, Old Man Logan démasque le Fauve dont la présence étonnait les autres depuis le début de l'aventure à Londres, tandis que Gambit et Rogue tentent de diriger cette expédition dont Fantomex devient l'éclaireur.


Dans notre dimension, au sommet d'un gratte-ciel londonien où ils se sont retranchés et que les services spéciaux encerclent désormais, Bishop et Angel veillent à ce que Psylocke évitent tout désagrément à leurs acolytes endormis...

Et alors ?
Et alors ça reste excellent : Soule lève un peu le pied côté action après un "pilote" haletant (mais aussi plutôt fluet en ce qui concerne l'intrigue) tout en maintenant notre intérêt. Le cliffhanger du premier épisode trouve ici son explication en mettant en scène le duel entre Farouk et Xavier sur le plan astral, mais leur match révèle aussi une issue pour le moins choquante, quel que soit le gagnant.

Progressivement, au fil de saynètes parfois drôles (la reconstitution des déclarations d'amour de Kitty Pryde et Colossus puis Rogue et Gambit), parfois plus dérangeantes (l'attirance de Logan pour Jean Grey), le scénariste conduit les héros à ce que sait déjà le lecteur : ils ne sont pas seuls et on les manipule. Dans la réalité, la situation est traité plus (trop) rapidement mais s'avère aussi tendue (l'officier des services spéciaux est résolu à régler le problème des mutants dans le building de manière radicale).

Ce qui est appréciable, c'est qu'on sort des poncifs habituels attachés aux séries mutantes : ici, pas de métaphore sur la persécution, mais un ennemi plus rare, très puissant, pervers, un vrai suspense - d'autant plus efficace que le casting, a priori choisi pour le potentiel commercial ou le contentement des fans, s'avère judicieux (à part Psylocke et Fantomex, les autres ne sont pas des mutants habitués aux jeux psi).

Deodato remplace Jim Cheung au dessin et livre une prestation de très bon niveau : son goût connu pour les ambiances noires, les personnages à la gestuelle imprimée par la tension, son aisance à passer de héros mâles très physiques à des héroïnes séduisantes, conviennent parfaitement à ce chapitre. Tout comme ce découpage caractéristique, avec des cases disposées comme un jeu de domino, adéquat pour une aventure visant à brouiller les repères.

Et si cette énième version des Astonishing X-Men, avec un scénariste inspiré et sa collection d'artistes de luxe, était la vraie bonne série mutante, voire celle qui réconcilie les fans et les profanes ?

samedi 8 juin 2013

Critique 399 : NEW AVENGERS (VOL. 2) #31-34 - END TIMES, de Brian Michael Bendis, Michael Gaydos, Carlos Pacheco, Mike Avon Oeming et Mike Deodato


New Avengers : End Times est le 7ème et dernierc arc du volume 2 de la série, rassemblant les épisodes 31 à 34, publiés en Décembre 2012 et Janvier 2013 par Marvel Comics, écrits par Brian Michael Bendis. Les dessins sont signés Michael Gaydos (#31), Carlos Pacheco (#32), Mike Avon Oeming (#33) et Mike Deodato (#34, auquel participent aussi, pour une page chacun Chuck BB, Farel Dalrymple, Ming Doyle, Lucy Knisley, Becky Cloonan et Yves Bigerel).
The New Avengers a toujours été une série à part. Il ne s'agit pas d'une série "Avengers" classique, traditionnelle, "old school". Bien sûr, il y a des membres historiques du titre, mais quand on y repense, l'avoir appelée "New" Avengers marquait une rupture avec les "Old" ou "Classic" Avengers.
Aujourd'hui, avec cet arc sobrement intitulé End times, un chapitre se clôt. C'est non seulement la fin du volume 2 de la série mais surtout la fin du run de son scénariste, Brian Michael Bendis, aux commandes depuis 2005.

Quand vous pensez aux Avengers, vous pensez à ses trois piliers : Captain America, Iron Man, Thor. Mais aucun d'eux ne se trouve dans cette série désormais (même s'ils font quand même une apparition dans le dernier épisode). Les New Avengers, c'étaient d'abord Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Dr Strange : des outsiders, promus au premier rang.

Au lendemain de la saga Avengers vs. X-Men, les New Avengers apprennent que leur leader, Luke Cage, quitte l'équipe pour protéger sa famille. Mais ces choses-là ne se déroulent jamais comme prévu dans un comic-book, et pour son chant du cygne, Brian Michael Bendis en profite pour conclure plusieurs intrigues en cours depuis longtemps.

Examiner la composition du groupe donne une indication claire de son aspect atypique, hors norme : il y a aussi bien Luke Cage et sa femme Jessica Jones, Captain Marvel (Carol Danvers), la Chose, Iron Fist, Spider-Man, Wolverine, Dr Strange, Mockingbird, Daredevil que Victoria Hand, sans compter la "nanny" de la fille de Cage et Jones, Squirrel Girl. Cela a toujours contribué à assimiler davantage cette équipe de Vengeurs à celle des Défenseurs, la "non-équipe" par excellence : il y a fort à penser d'ailleurs que si la série et l'équipe s'étaient appelées ainsi, les détracteurs de Bendis et autres gardiens du temple des Vengeurs classiques auraient été moins virulents, tous si appliqués à reprocher à l'auteur de ne pas raconter ce titre comme une pseudo-tradition l'imposait.
 

End Times revient sur les évènements du story-arc Possession (NA, vol. 2, #1-6, 2010).
Jericho Drumm alias Frère Voodoo était alors devenu le nouveau Sorcier Suprême, maître des arts mystiques, mais trouva la mort dans un combat contre Agamotto. Sob frère, le spectre Daniel Drumm, promit aux Nouveaux Vengeurs et au Dr Strange en particulier de revenir se venger.
C'est ainsi qu'il prend possession du corps et de l'esprit de Virginia Hand et s'en prend à Daimon Hellstrom, le Fils de Satan, allié de longue date de Strange et des Défenseurs (et ex-époux d'Hellcat, membre des Vengeurs), puis Jennifer Kale, autre magicienne, avec le projet de faire croire que Strange les a tués. Le SHIELD en la personne de sa directrice Maria Hill et le FBI s'en mêlent. Luke Cage et Jessica Jones prennent la fuite, sur le conseil de Captain Marvel...


Les Vengeurs arrivent au Manoir où tout se joue, après que Strange ait découvert que Daniel Drumm ait resurgi. Il prend successivement possession de plusieurs d'entre eux pour malmener Strange, après avoir tué Victoria Hand....


Strange défie Drumm tandis que Luke Cage, qui a assisté à la bataille en regardant la télé, a rejoint le champ ses amis. Qui va gagner ce face-à-face magique ? Notre dimension regagnera-t-elle un Sorcier Suprême ? Et Luke Cage survivra-t-il à l'épreuve ?
*
Plus qu'apprécier l'histoire et en analyser les défauts et les qualités, il faut d'abord en souligner la brièveté : Bendis termine son run en quatre épisodes (même si le dernier est plus long qu'à l'accoutumée). Celui à qui on a souvent reproché ses arcs trop longs, aux dénouements expéditifs, a bouclé la boucle de manière concise, efficace, en renouant avec sa passion pour la série noire (la première partie où Strange identifie le coupable, fuit, est accusé, revient se battre) et les codes élémentaires des récits super-héroïques (le combat final spectaculaire et décisif). 
Par ailleurs, chaque épisode est illustré par un artiste différent, chacun avec un style fort et original, et l'épisode 34 accueille même 6 invités, venant tous des comics indés, pour dessiner une page chacun. 
Michael Gaydos livre une copie un peu décevante, visiblement peu à l'aise. 
Carlos Pacheco n'est plus, depuis belle lurette, le grand dessinateur qu'il fut (qui plus est avec trois encreurs peu inspirés), mais il réussit quelques belles pages. 
Mike Avon Oeming détone lui aussi dans ce registre mais son énergie visuelle contrebalance et sa complicité avec le scénariste est palpable. 
Quand à Mike Deodato, le recordman d'épisodes dessinés pour ce titre, il signe un superbe dernier effort, très puissant. 
Les contributions de Chuck BB, Ming Doyle, Farel Dalrymple, Becky Cloonan, Yves Bigerel et Lucy Kinsley sont inégales mais utilisées de manière très astucieuse. C'est audacieux de laisser un espace à des styles si atypiques dans une série mainstream, qui plus est pour le finale de ce volume.

Tout cela contribue à rendre cette histoire tout à fait surprenante, comme si, une dernière fois, Bendis avait voulu montrer sa différence, surprendre son monde, bousculer aussi bien ses fans que dérouter les puristes.

Ce récit met l'accent sur la face mystique et même spirituelle de la série telle qu'écrite par Bendis : ce n'est pas un hasard si les deux vedettes ici sont Stephen Strange d'un côté et Luke Cage de l'autre. Le premier doit affronter celui qui a juré sa perte, lui imputant la mort de son frère, qui fut lui-même le successeur du Docteur comme Sorcier Suprême. Le second doit composer entre son choix de quitter sa vie de Vengeur et celui de les aider une dernière fois, éternellement tiraillé entre son devoir de héros et celui de mari-père de famille. 

Il y a manifestement chez Bendis, dans ce dernier arc (tout comme dans la fin de son run sur Avengers) une volonté à la fois de tourner la page tout en rangeant les jouets qu'il a utilisés. Il restaure un personnage important (Strange) dans son statut historique, il éloigne le personnage le plus emblématique de son run, l'âme, la conscience du groupe (Cage) en laissant ouverte la porte vers de nouvelles aventures, un nouveau projet (il a été question d'un relaunch de Heroes for Hire, avec Mike Deodato, mais rien n'a été communiqué officiellement depuis, et désormais Bendis est bien occupé avec deux séries mutantes tandis que Deodato alterne épisodes des Avengers et New Avengers écrits par Jonathan Hickman).

Comme toute fin, surtout après un run aussi long (le plus long effectué par un auteur avec un titre "Avengers"), il flotte sur ces épisodes et sur leur dénouement un parfum mélancolique, mais néanmoins serein. Le scénariste a eu ce privilège de choisir le moment de partir, privilège mérité (quoi qu'on en dise) car il a fait de ce titre un succès commercial et de la franchise "Avengers" une marque à la popularité telle qu'elle a permise d'aboutir au film sorti l'an dernier. Grâce à Bendis, les Nouveaux Vengeurs ont conquis quantité de lecteurs, et finalement suscité des réactions passionnées comme seuls les runs historiques en engendrent.

Pour ma part, je n'avais jamais porté un grand intérêt aux Vengeurs avant Bendis. Je n'ai pas non plus tout aimé dans ce qu'il y a apporté - j'ai vraiment commencé à adhérer qu'à partir des tie-in à Civil War. Mais il a su me parler de ces personnages, y injecter de l'humour, ce côté "soap" et "sitcom" attachants, avec le concours d'artistes parfois moyens, parfois exceptionnels. C'est devenu une des rares séries dont j'ai lu tous les épisodes, sans décrocher.

Comme je suis d'abord les auteurs, je ne poursuivrai pas la lecture des New Avengers (qui plus est maintenant qu'ils sont pilotés, dans une incarnation très différente, par Jonathan Hickman, un auteur qui m'insupporte). Par contre, j'ai hâte de découvrir comment Bendis va diriger ses séries mutantes (All-New X-Men et Uncanny X-Men), voire cosmique (Guardians of the Galaxy), où il est graphiquement très bien accompagné (Stuart Immonen, Chris Bachalo, Frazer Irving, Steve McNiven et Sara Pichelli).
*
Qu'ajouter ?
Simplement : merci. Ce fut une belle aventure, un bon moment de lecture. Oui, merci.

dimanche 2 juin 2013

Critique 398 : NEW AVENGERS (VOL. 2) #24-30 - AVENGERS VS X-MEN, de Brian Michael Bendis, Mike Deodato et Will Conrad









The New Avengers : Avengers vs X-Men est le 6ème story-arc du volume 2 de la série écrite par Brian Michael Bendis, rassemblant les épisodes 24 à 30, publiés par Marvel Comics de Juin à Novembre 2012. Les dessins sont signés par Mike Deodato (#24-30) avec Will Conrad (#24-25).
*
Jessica Jones retourne au manoir des Vengeurs avec son bébé, encore bouleversée par les menaces de mort proférées par Norman Osborn, même si celui-ci a été arrêté. Elle confie à Luke Cage qu'elle ne peut plus élever leur fille dans un environnement aussi dangereux et lui demande de partir avec elles. Mais Luke lui répond qu'ils ne seront de toute façon jamais en sécurité nulle part à cause de leur situation au sein des Nouveaux Vengeurs.
Leur conversation est interrompue par l'arrivée de Captain America qui leur explique que le Phénix se dirige vers la Terre et menace de la détruire. Le chef des Vengeurs redoute un conflit avec les X-Men, qui n'envisage pas l'évènement comme un danger.
C'en est trop pour Jessica qui boucle ses valises et quitte le manoir alors que Luke part pour l'île d'Utopia, au large de San Francisco, repaire des X-Men dirigés par Cyclope. Rapidement, sur place, la situation dégénère...
Plusieurs siècles auparavant, le Yu-Ti Nu-An fait le même rêve récurrent d'une jeune fille aux cheveux roux associée à un dragon et un Phénix. Des années aprés, il découvre que cette jeune fille s'appelle Fongji et vit dans les rues de la cité céleste de K'un-L'un. Il la confie aux soins de l'Iron Fist de l'époque pour qu'il l'entraîne.
A présent, alors que Lei Kung lit ce compte-rendu, Nu-An lui révèle que le Phénix est de retour et qu'il doit en avertir l'Iron Fist actuel. Autrefois, Nu-An demanda l'aide de Léonard de Vinci en le faisant venir à K'un-L'un pour préparer le retour du Phénix et protéger la Terre contre lui. Fongji fut soumis à un entraînement intensif au cours duquel ses pouvoirs pour juguler la force du Phénix se manifestèrent. Nu-An Lui ordonna alors de combattre le dragon Shao-Lao suivant le rituel du sacre de l'Iron Fist. Fongji passa cet examen avec succès et devint une Iron Fist, peu de temps avant que de Vinci prophétisa le retour du Phénix sur Terre. Fongji était désormais capable de contrôler cette force sans être corrompu par elle, mais elle sentit aussi que la Terre n'était pas encore prête pour les changements que pourrait produire sur elle le Phénix.
Aujourd'hui, l'actuel Iron Fist, Danny Rand, raconte l'histoire de Fongji à Hope Summers et la confie aux soins de l'actuel Yu-Ti, dont les visions lui indiquent que la jeune fille doit être entraînée par Spider-Man. Le Tisseur enseigne à Hope son fameux adage selon lequel "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités" et l'incite à réfléchir sur ce que signifierait pour elle de devenir le nouvel hôte du Phénix.
Cependant, lors d'un affrontement sur la Lune contre les Vengeurs, Cyclope, Emma Frost, Colossus, Magie et Namor ont été frappés par la force du Phénix et se partagent désormais sa puissance. Grâce à ce pouvoir, ils réforment profondément l'ordre mondial, n'hésitant pas à mater les résistants par la force. C'est ainsi qu'ils incarcèrent plusieurs Vengeurs. Luke Cage, Spider-Woman et Hawkeye tentent de s'évader et malmènent plusieurs mutants, puis quittent l'île d'Utopia - mais ils découvrent ensuite que tout cela n'est qu'un mirage, une manipulation mentale de leurs geôliers.
Pendant ce temps, Captain America organise une réunion entre les Illuminati dans l'intention de raisonner Namor, l'un des Cinq Phénix. Le Professeur Charles Xavier ressent télépathiquement les émotions de chacun des Illuminati, qui se reprochent tous de n'avoir pas maîtrisé les évènements. Reed Richards pense que les cinq Phénix ne font peut-être pas tant de mal que ça à la Terre. Le Dr Strange et Iron Man, impatients, pensent que Namor ne va pas venir au rendez-vous. Et quand le Prince des Mers apparaît enfin, seul Captain America est encore là pour lui parler - hélas ! Namor refuse toute négociation, malgré l'amitié et l'estime qu'il porte au chef des Vengeurs et leur passé commun.
La force du Phénix rend progressivement fou ses cinq hôtes, qui tombent sous les coups des Vengeurs réunis. Cyclope hérite de toute la puissance de l'entité, tue le Professeur Xavier, avant d'être vaincu à son tour grâce aux interventions conjugées de Hope et de la Sorcière Rouge.
Après la défaite de Cyclope, une partie des Nouveaux Vengeurs transfèrent Emma Frost en prison, lorsque leur véhicule est attaqué par un groupe d'anti-mutants résolu à tuer la prisonnière. Les agresseurs sont facilement neutralisés mais ce combat a fait réfléchir de manière déterminante Luke Cage. Daredevil a compris, comme il l'explique aux renforts sur place, que son ami a choisi de quitter les Vengeurs...
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Suivre les épisodes d'une série qui est annexée à une saga évènementielle comme Marvel en propose une par an désormais est un exercice qui est souvent ennuyeux, rarement enthousiasmant. Lorsque Brian Michael Bendis était à la fois l'auteur de New Avengers et de l'event annuel, il a su généralement tirer profit de la situation pour que la série n'en souffre pas trop.
Avengers vs X-Men a eu ceci de particulier que c'était une saga à la fois très longue (12 épisodes, publiés sur 6 mois) et écrite collégialement par les "architectes" de Marvel (Bendis, Jason Aaron, Jonathan Hickman, Matt Fraction et Ed Brubaker - ce dernier étant sur le départ). Le résultat, pour ce que j'en ai lu, s'est avéré un hit commercial mais une lecture très inégale, qui confirment qu'il vaut mieux un event moyen mais rédigé par un seul homme qu'un best-seller partagé par plusieurs - affaire d'unité stylistique.
Pour ma part, ces sagas ont fini par me lasser, même si j'en aimé quelques-unes (comme House of M, Civil War ou Fear Itself). Trop fréquentes, elles usent les auteurs et les artistes (pas moins de trois se sont relayés sur AvX), et cassent le rythme de parution des séries qu'elles annexent. Mais leurs succès commerciaux leur assurent un bel avenir.


Ces épisodes soulignent la difficulté de raconter quelque chose qui soit, en soi, intéressant, tout en collant aux grandes lignes de la saga principale. Les tie-in d'un event sont un peu comme des scènes coupées dans l'event lui-même, censées nous faire mieux comprendre l'importance des enjeux, mettre en valeur certains personnages sur lesquels on n'a pas le temps de s'attacher dans la saga.
De ces points de vue, New Avengers #24-30 n'ont rien de honteux : on y apprend quelques éléments supplémentaires intéressants, des liens sont établis entre plusieurs faits, se référant à des points exhumés dans d'obscurs titres Marvel (comme la connexion entre le Phénix et Iron Fist).

Mais, ensuite, sorti de cet aspect "instructif", cela fonctionne-t-il en tant que récit ? Est-ce divertissant ? La ligne narrative est-elle efficace et fluide ? A ces questions, la réponse est non.
Bendis a choisi de développer une partie spécifique de la saga en narrant la première fois que la force du Phénix et le passé de la cité céleste de K'un L'un (et donc la mythologie d'Iron Fist). Ce mélange curieux mais original entre le fantastique cosmique et le mysticisme kung-fu a du mal à passionner le lecteur (et même le fan de cosmique ou de kung-fu ou des New Avengers - si vous ne faîtes partie d'aucun des trois, vous vous ennuierez encore plus, et donc, passez votre chemin). Il s'agit d'énoncer de manière prophétique qu'une fille rousse (en l'occurrence Hope Summers aujourd'hui, Fongji hier) est la clé de l'histoire.
Le temps passé à cette partie de l'histoire peine à éveiller l'intérêt, cela traîne en longueur et produit même des moments forcés un peu absurdes (l'exemple le plus évident survient lorsque Spider-Man est désigné comme celui qui doit entraîner Hope).
Bendis n'évite pas non plus le piège, classique, prévisible, de la répétition lorsqu'il se penche sur le cas de Wolverine à un moment : bien sûr, le personnage est directement concerné par la saga puisqu'il est à la fois un X-man et un Vengeur, qu'on veut savoir quel camp il va suivre (et pourquoi), mais cela est également traité par Jason Aaron dans la série Wolverine & the X-Men.

En revanche, deux séquences relèvent le niveau de ce (trop long) arc :

- D'abord, il y a la réunion des Illuminati - Reed Richards, T'Challa, Pr Xavier, Dr. Strange, Iron Man  et Namor. Ce dernier est un des cinq mutants à avoir reçu une partie des pouvoirs du Phénix et, déjà que le bonhomme a toujours été un électron libre, son cas est encore plus épineux à présent qu'il est corrompu par cette puissance. Le dialogue entre Captain America et le Prince des Mers, autrefois alliés, amis, est un beau moment, brillamment écrit. Avant cela, les reproches adressés au Pr X pour ne pas avoir su anticiper la dérive de Cyclope (son fils spirituel) - et par extension des mutants qui lui sont restés fidèles - humanise un personnage qui a été beaucoup chargé au fil des ans (et dont le sort final dans la saga sera déterminant pour la refonte des séries Marvel).
Même si Bendis prête quelques plaisanteries un peu faciles à Tony Stark (ce qui est déplacé dans un tel contexte et ressemble grossièrement à une volonté de coller davantage à l'interprétation de Robert Downey Jr dans les films consacrés à Iron Man), la rupture consommée entre Cap et Namor et la charge contre Xavier possèdent une certaine force.

- Meilleure encore est la partie centrée sur Hawkeye, Spider-Woman et Luke Cage, qui ont été capturés et emprisonnés par les X-Men sur l'île d'Utopia. Leur tentative désespérée d'évasion, le suspense que cela génère, et le dénouement cruel de cette séquence est vraiment ce que Bendis réussit de mieux dans tout l'arc. Sans doute parce qu'il s'attache à juste quelques personnages, avec une situation dramatique forte, une ambiance sombre.

C'est tout de même bien peu. Dommage. Dommage pour la série, dommage pour le procédé - annexer des séries aux events, soit, mais sur autant d'épisodes, c'est indigeste.
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Les dessins sont assurés par Mike Deodato, seul sur 5 des 7 épisodes, et secondé par Will Conrad sur deux autres. L'artiste s'acquitte fort bien de sa tâche, même si, parfois, son traitement des décors trahit trop l'emploi de traitements informatiques (c'est particulièrement et déplaisamment remarquable dans les épisodes à K'un L'un avec De Vinci). Par contre, quand il doit illustrer des scènes aux atmosphères plus ténébreuses et tendues, comme celles de la prison d'Utopia, son style fait merveille et contribue à la réussite de l'ensemble, bonifiant encore le script.
Will Conrad n'assiste Deodato que sur quelques planches à chaque fois qu'il est crédité : on note quelques différences dans le trait, mais sans que cela ne gêne la lecture.
La colorisation de Rain Breredo est par contre excellente de bout en bout et démontre à quel point il a une influence sur le ton de ces épisodes.
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Brian Bendis prépare désormais sa sortie : son dernier arc sur la série (et sur la franchise "Avengers") va boucler la boucle avec le premier de ce deuxième volume - souvenez-vous, Daniel Drumm, le frère de Jericho, avait promis de se venger des Nouveaux Vengeurs. Suite et fin, donc, bientôt...

mardi 16 octobre 2012

Critiques 355 : NEW AVENGERS (VOL. 2) #16.1 + 17-23, de Brian Bendis, Neal Adams, Mike Deodato et Will Conrad & AVENGERS (VOL. 4) #18-24 + 24.1, de Brian Michael Bendis, Daniel Acuña, Renato Guedes et Brandon Peterson

Double ration exceptionnelle : l'histoire se déroule en effet cette fois à la fois dans New Avengers (vol. 2) et Avengers (vol. 4), les deux séries écrites par Brian Michael Bendis, durant 16 épisodes au total.









The New Avengers : Dark Avengers Reborn est le 5ème story-arc du volume 2 de la série écrite par Brian Michael Bendis, rassemblant les épisodes 16.1 et 17 à 23, publiés par Marvel Comics de Novembre 2011 à  Mai 2012. Les dessins sont signés par Neal Adams (#16.1), Mike Deodato (#18-21) avec Will Conrad (#17, 22-23).









Avengers : H.A.M.M.E.R. Assemble ! rassemble les épisodes 18 à 24 et 24.1 du volume 4 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés de Décembre 2011 à Juin 2012 par Marvel Comics. Les dessins sont signés par Daniel Acuña (#18-20, 23-24), Renato Guedes (#21-22) et Brandon Peterson (#24.1).
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Après les évènements survenus durant la saga Fear Itself, tous les équipes de Vengeurs sont convoquées par Captain America dans leur manoir (la Stark tower ayant été détruite) : il faut , après les morts de Thor et Bucky Barnes, repenser les formations et les missions de chacun, donc désigner qui doit être un Vengeur pour être le plus efficace possible. Par ailleurs, les médias et le public sont devenus méfiants envers les héros qui n'ont pas été capables d'empêcher des destructions matérielles et des morts d'innocents au cours de précédents conflits (Civil WarSecret InvasionSiege).
Les Vengeurs élus sont donc Captain America, Iron Man, Hawkeye, Spider-Woman, Storm, Red Hulk (Rulk), la Vision (réparée par Tony Stark), Protector et Quake (issue des Secret Warriors de Nick Fury). Captain America confie aux Nouveaux Vengeurs de Luke Cage (réunissant Iron Fist, Spider-Man, Wolverine, Dr Strange, Mockingbird, Ms Marvel et Daredevil) la mission de convoyer Norman Osborn de la prison du Raft (où il a été incarcéré après Siege) jusqu'au tribunal.
Mais Osborn s'échappe avec l'aide de l'Hydra, l'A.IM. et ses fidèles du H.AM.M.E.R.. Leur objectif commun a permis leur alliance : neutraliser les Vengeurs à la fois physiquement et médiatiquement (n'ont-ils pas jeté Osborn en prison et dissous le HAMMER sans aucun procés après Siege). Cette coalition dispose, qui plus est, de plusieurs prélèvements sanguins et génétiques de héros, effectués par le Dr Carolina Washington, agent du SHIELD sur les théâtres de batailles antérieures. Grâce à ce matériel, Osborn et ses complices peuvent créer des avatars avec les mêmes pouvoirs que leurs plus puissants adversaires.
Osborn décide aussi de reformer une équipe de Vengeurs Noirs et recrute pour cela Trickshot (Barney Barton, le frère d'Hawkeye) ; Superia (Deidre Wentworth, ex du HAMMER, également détenue au Raft) ; Ragnarok (le clone de Thor, créé lors de Civil War) ; Gorgon ; Ai Apaec (divinité arachnoïde sud-américaine) ; Toxic Doxie (le Dr. June Covington) et Skaar (le fils de Hulk, qui vit en Terre Sauvage).
L'attaque se déroule alors en deux temps : un hologramme d'Osborn vient provoquer les Vengeurs lors de leur présentation publique. Captain America sépare ses co-équipiers pour inspecter les planques de leur adversaire (Spider-Woman et Hawkeye ; Storm et Rulk ; Iron Man et Protector ; Vision, Maria Hill et lui-même) - un choix stratégique malheureux puisqu'ils seront tous capturés. Seules la Vision et Quake (envoyée à la recherche de l'homme ayant permis à l'hologramme d'Osborn d'apparaître devant le manoir) s'en sortent.
De leur côté, Les Nouveaux Vengeurs sont envoyés par Victoria Hand à Miami où ils affrontent une première fois les Vengeurs Noirs. Malmenés par Ragnarok, ils battent en retraite et regagnent le manoir, qu'ont quitté Squirrel Girl, Jessica Jones et son bébé, après avoir été prises à parti par la foule en colère. Les autorités gouvernementales attendent les héros et veulent les arrêter mais ils refusent et s'enfuient.
Les Nouveaux Vengeurs retrouvent Victoria Hand, convaincus qu'elle les a trahis au profit d'Osborn. Mais elle leur révèle que si elle a effectivement renoué avec lui, c'est sur ordre de Captain America, et que les Vengeurs ont été neutralisés par l'AIM et l'Hydra.
Quake et la Vision, grâce aux renseignements du complice d'Osborn, d'un côté, et les Nouveaux Vengeurs, grâce aux révèlations de Victoria Hand, de l'autre, contre-attaquent en allant respectivement libérer leurs partenaires et défaire les Vengeurs Noirs, mis en déroute par Skaar, également infiltré par Captain America.
Osborn, grâce à l'AIM, a subi une opération le transformant (comme Yelena Belova avant lui - cf. New Avengers Annual 1) en super-adaptoïde et peut désormais absorber les pouvoirs de ses ennemis en les touchant.
Vengeurs et Nouveaux Vengeurs affrontent Osborn qui, en intégrant tous leurs pouvoirs, fait une overdose. 
Il reste néanmoins, pour l'avenir, aux héros à regagner la confiance du public... Tandis que Madame Hydra reprend les commandes de l'alliance entre son organisation et celles du HAMMER et de l'AIM.
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Chef d'orchestre de la franchise "Avengers", Brian Bendis a animé depuis plusieurs années les sagas évènementielles de Marvel (House of M, Secret Invasion, Siege) comme autant d'étapes. Quand il n'a pas piloté ces events, il a su composer avec ce qu'avaient imaginé les autres auteurs (comme Mark Millar pour Civil War ou Greg Pak pour World War Hulk). Néanmoins, lors de Fear Itself, le scénariste-vedette de la Maison des Idées a aligné des épisodes tie-in dans les séries New Avengers et Avengers moins inspirés, semblant davantage subir que complèter ce qu'avait écrit Matt Fraction.
Est-ce cette frustration qui l'a conduit à imaginer cette vaste histoire en 16 épisodes réparties sur ses deux séries, comme un event contenu (ce qu'il avait voulu faire avec Secret Invasion avant que l'équipe éditoriale ne redirige son idée) ? On peut le penser.
En tout cas, jamais jusqu'à présent Bendis n'avait conçu un récit où les Vengeurs et les Nouveaux Vengeurs étaient si directement liés. C'est aussi l'occasion pour lui de conclure des arches narratives entamées dans New Avengers depuis la fin de Secret Invasion et la période du "Dark Reign" jusqu'à Siege et l'avènement de l' "Heroic Age", avec dans le rôle du grand méchant revanchard Norman Osborn, plus une nouvelle mouture des Dark Avengers, le HAMMER, l'Hydra et l'AIM. Alors qu'il a lancé ces deux nouveaux arcs, Bendis annonçait aussi qu'il quitterait fin 2012 la franchise "Avengers" et cela se traduit par l'envie de boucler la boucle, restaurer certains éléments (notamment en "ressucitant" certains personnages comme la Vision).
L'intrigue déployée est à la fois vaste mais remarquablement lisible et rythmée : le casting est pléthorique mais les rôles sont bien distribués. Bendis, contre toute attente, s'y montre plus grave dans la partie consacrée aux New Avengers, dont le manoir est envahi, et les vies plus en danger (Osborn voulant clairement les supprimer) : deux séquences sont mémorables en particulier - celle du combat contre Ragnarok, d'une brutalité débridée (avec Wolverine pouvant lâcher ses coups) et celle, à la toute fin, où Luke Cage constate que Jessica Jones a préféré s'en aller pour protéger leur enfant (dans ce dernier cas, on devine que Bendis prépare la sortie du couple Luke-Jessica, ses deux personnages favoris, de plus en plus préoccupés par leur double vie de justiciers et de parents).
Quand il écrit les Avengers, privé de Thor, Bendis a à coeur de bâtir une équipe à la fois iconique et ouverte à de nouvelles recrues (le scénariste a toujours aimé introduire des nouveautés dans la line-up de ses groupes) : Red Hulk et la jeune Quake (provenant de la série Secret Warriors de Jonathan Hickman, mais qui est d'abord apparue dans les pages de Mighty Avengers à l'époque de Secret Invasion). La Vision, membre emblématique de la période Roy Thomas, qui avait été tuée lors d'Avengers disassembled (provoquant l'ire de certains fans), fait son retour et joue un rôle important dans la résolution de l'histoire.
Après avoir organisé l'action en crescendo, Vengeurs et New Avengers perdant du terrain face aux troupes d'Osborn, l'histoire rebondit de manière habile avec la révèlation d'agents doubles : Skaar, le fils de Hulk, va sévèrement corriger les nouveaux Dark Avengers dans une scène jubilatoire, et surtout le statut de Victoria Hand s'en trouve profondèment bouleversé (personnage équivoque qui a soutenu Osborn durant le "Dark Reign", dont Spider-Man s'est toujours méfié, on comprend désormais pourquoi Captain America lui a accordé sa confiance et une chance de se racheter).
Le final dans Avengers, avec Osborn transformé en super-adaptoïde, rappelle le premier Annual de NA et offre un dénouement correct, peut-être pas suffisamment spectaculaire, mais là aussi, le méchant semble vaincu pour un moment.
Plus intéressante est la notion de rachat qui s'impose à tous ces héros en les renvoyant à des conflits plus ou moins récents : Bendis rappelle avec à-propos que leurs actions coûtent cher en vies humaines et en matériel à la société, qui en retour se méfie à présent d'eux, leur réclame des comptes, voire les déteste (un sentiment qu'on croyait réservé aux mutants), et qui les pousse à se remettre en question, au début (quand Cap' veut réorganiser les équipes de Vengeurs pour être plus efficaces) et à la fin (quand le même Cap' est sommé par le Président en personne de soigner davantage la communication, les relations publiques avec les médias et les civils). J'ignore si Bendis aura le temps et l'envie (et ses successeurs après lui) d'approfondir cet aspect des choses mais ce serait une piste intéressante car, dans les comics, les super-héros provoquent des dégâts, risquent la vie d'innocents, souvent en toute impunité.
L'histoire se clôt vraiment (tout en annonçant le futur event Avengers vs X-Men) avec l'épisode #24.1 d'Avengers, dédié au retour de la Vision : l'exercice est intéressant car le personnage n'a pas traversé des évènements importants comme House of M (dans lequel était directement impliquée la Sorcière Rouge, sa femme), ce qui le conduit à une explication musclée avec son beau-père Magneto sur l'île d'Utopia (où vivent les mutants supporters de Cyclope), mais aussi à une réconciliation avec Miss Hulk (qui l'avait détruite dans Avengers disassembled). Le parallèle, exposé in fine, entre sa situation et celle de Captain America, comme lui revenu à la vie après avoir raté nombre d'épisodes historiques déterminants, est bien vu.
16 épisodes donc... C'est beaucoup, c'est copieux, mais c'est une saga qui se lit sans ennui, avec son lot d'actions fortes, de rebondissements efficaces. Cela aurait sans doute pu être raconté plus rapidement, en diminuant le nombre de protagonistes (pas moins de 24 !... Le péché mignon de Bendis, qui aime ces big bands, quitte à ne pas animer tout le monde avec le même intérêt). Mais l'interaction entre les deux séries fonctionne à plein, c'est dynamique, les héros sont vraiment en difficulté. L'ambition du projet est bien exploitée.
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La crainte que ce genre de projet suscite tient dans ses artistes, compte tenu qu'aujourd'hui très peu tiennent les délais, et donc à l'heure d'aligner huit épisodes de chaque côté, la tâche est ardue. Mais la gestion éditoriale sur ce plan a été intelligente.

Pour les New Avengers, on peut compter sur la régularité de Mike Deodato (devenu le dessinateur le plus prolifique du titre, tous volumes confondus) : il signe 4 épisodes , et est secondé par Will Conrad sur trois autres (leurs styles se marient bien, même si on les distingue). Le brésilien produit des scènes de combat avec un vrai souffle, comme lorsque Wolverine ou Skaar entrent en jeu, et il a su se calmer sur le découpage. Neal Adams est invité à illustrer l'épisode 16.1 : sa copie est honorable, même si on est loin de ses meilleures pages.

Pour les Avengers, Daniel Acuña fait encore mieux avec cinq épisodes au total : son style (il effectue tout, du dessin à la colorisation) est expressif, vif, très complet. On n'en dira pas autant de son fill-in sur deux épisodes, Renato Guedes, dont le choix est le plus hasardeux et tranche avec le reste : dommage, c'est le seul vrai faux pas de l'entreprise. Enfin, Brandon Peterson signe l'épisode 24.1 avec la Vision : rien à lui reprocher (c'est nettement mieux que lorsqu'il fait des couvertures aux couleurs flashys), si ce n'est parfois des personnages bizarrement grimaçants. 
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La voie est libre pour le crossover Avengers vs X-Men, écrit de manière collégiale par les "architectes" Marvel (Bendis, Jason Aaron, Jonathan Hickman, Ed Brubaker, Matt Fraction), en 12 épisodes bimensuels, dont le terme aboutira à un relaunch des séries avec des changements d'équipes créatives et un nouveau statu quo - la réponse au reboot de DC il y a un an.
J'ai cependant décidé de zapper cet event, lassé par leur fréquence et méfiant sur sa durée. Ce qui va m'obliger à zapper également les épisodes tie-in de New Avengers (et Avengers) écrits par Bendis. Je reviendrai sur NA pour son dernier arc (End Times, avec la vengeance de Daniel Drumm). Puis il sera temps de tourner la page et de suivre Bendis dans sa nouvelle aire de jeu, chez les mutants, avec le nouveau titre le plus intriguant du futur relaunch, All-New X-Men, en compagnie de Stuart Immonen...