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jeudi 7 mars 2024

X-MEN #22 (Gerry Duggan / Phil Noto)

 

Où l'on assiste au grand retour de Ilyana Rasputin /Magik, infectée par des nanites et mourante mais désireuse de liquider quelques sbires d'Orchis tout en libérant des mutants détenus dans un goulag de l'organisation anti-mutante...



Je ne vais pas vous mentir : je n'ai pas aimé cet épisode, et pourtant j'adore Ilyana Rasputin / Magik, et pourtant il y a quelques très bonnes scènes. Mais ça n'a pas pris comme j'aurai aimé. En vérité, je trouve que Fall of X n'en finit pas de finir et que Gerry Duggan fait n'importe quoi - sans doute parce qu'il lui faut bien écrire d'ultimes épisodes avant que ne soit bouclé l'ère de Krakoa.


En fait, on pourrait dire que Marvel, une fois de plus, s'est tiré une balle dans le pied. En annonçant des mois à l'avance la fin de l'âge de Krakoa, l'éditeur a rendu des fans inconsolables et ceux qui n'ont pas aimé cette période à la fois excités et dubitatifs pour la suite. Et ce n'est pas la gestion de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X (les deux mini qui n'en font - soi-disant - qu'une mais qui sont surtout également médiocres) qui a arrangé les choses.


La fin de l'âge de Krakoa précédera, on le sait, une sorte de reboot qui ne dit pas son nom et sans doute un changement de cap. Tom Brevoort, un vétéran de Marvel avec plus de trente ans de service, va s'asseoir dans le fauteuil de Jordan White, qui n'a pourtant pas démérité mais qui s'en va parce que Brevoort est plus haut placé dans l'organigramme. Et Brevvort a déjà laissé entendre qu'il n'entendait pas réduire la voilure en éditant au moins autant de titres X, même s'il y aurai certainement pas mal de nouveaux auteurs et artistes sous ses ordres (Gail Simone, malgré ses dénégations, va certainement écrire une grosse série mutante).
 

Fall of the House of X raconte en parallèle de la série X-Men l'échec des mutants contre Orchis et notamment le règne des machines (Moira X, Nimrod et la sentinelle oméga en tête), tandis que Rise of the Powers of X suggère, sans nuances, via un voyage temporel, comment la franchise mutante va être rebootée. Et c'est bien là le problème comme l'illustre ce X-Men 22.

En effet que ce soit dans Fall of the House of X ou dans X-Men, on suit désormais des X-Men qui sont déterminés à rendre coup pour coup contre Orchis. L'objectif central qui est de libérer Cyclope dont la mascarade de procès se tient actuellement est complètement noyé par ces assauts dont j'ai toute la peine du monde à comprendre la logique. Mais ce n'est pas grave puisque on sait déjà comment tout sera pardonné (en tout cas pour le monde de la Terre 616) et oublié (grâce au fameux voyage temporel destiné à effacer toute la dixième vie de Moira et donc l'existence même de Krakoa comme nation).

Du coup, on assiste à un spectacle étrange et perturbant où tout ce qui se passe compte en fait pour du beurre mais qui écorne quand même considérablement l'image des X-Men. Car il y a ce qu'oubliera le monde dans les comics et il y a ce dont se souviendront les lecteurs, et ça, voyez-vous, ce n'est pas pareil. 

A quoi assiste-t-on et qui entache nos héros ? On voit des X-Men procéder à une vendetta sanglante contre Orchis. D'un côté, le fan de base se dit : "Hé, ce sont les méchants, s'ils meurent, ce n'est pas grave, et puis même, ils l'ont mérité". De l'autre, on se dit, et chez moi, c'est ce qui l'emporte : "Hé, les X-Men sont en train d'assassiner des hommes et des femmes qui certes ont conspiré pour les éliminer, mais quand même les X-Men TUENT !".

Et ça, hé bien, pour moi, c'est n'importe quoi, c'est vraiment tout ce que ne sont pas les X-Men, ces héros persécutés, mais qui ne répondent jamais en suivant la loi du talion. Wolverine tue, mais c'est presque à part, et d'ailleurs les meilleurs scénaristes savent souligner qu'il paie le prix fort pour ça. Mais voir, comme ici, Magik et Shadowkat et Emma Frost et Polaris zigouiller des membres d'Orchis, même pas les pontes de l'organisation, non de simples trouffions dans cette armée, franchement, ça ne me plait pas.

Et, attention, quand je dis qu'ils tuent, c'est pas comme ça en passant, mis en scène de manière suggestive, subtile. Non, c'est un putain de bain de sang, ça gicle de partout, c'est limite écoeurant. On peut avoir des héros qui pètent les plombs, et ça peut aboutir ensuite à d'autres histoires où ils sont confrontés à ces exactions commises en état de crise. Mais là, on sait que tout ça va être effacé des tablettes, que personne dans le monde des comics ne s'en souviendra (à part peut-être les X-men eux-mêmes, mais j'en doute - je crois que le reboot va les rendre tous amnésiques par un tour de passe-passe, un bon lavage de cerveau, peut-être par Xavier lui-même, ce ne serait pas la première fois).. Bref, tout ça restera impuni. Et c'est peut-être bien ça, le pire.

Parce que quand les séries relancées par Brevoort et compagnie débuteront, comme je le disais plus haut, le fan lui se souviendra ce qu'on fait les X-Men, il se rappellera du sang versé par eux, de leur acharnement, de leur absence totale de retenue et de scrupules, de leur absence totale d'héroïsme en fait. Et alors comment, à ce moment-là, pourrons-nous les considérer comme de sympathiques héros mutants ? J'ignore si les auteurs exploiteront ça et si oui, comment, mais là encore, j'en doute.

Je ne pense vraiment pas que Jonathan Hickman aurait fait les choses comme ça. Il voulait montrer l'avènement et la chute de l'empire mutant, c'est certain. Mais je ne crois absolument pas qu'il aurait bouclé ça dans un bain de sang, avec tellement de haine, de violence, et en ayant recours à un coup de tablette magique pour laisser la place à de nouveaux créateurs. C'est là qu'on mesure la perte qu'a représenté le départ de Hickman, qui n'a jamais été remplacé par un auteur supervisant les grandes lignes de Destiny of X et Fall of X. Peut-être que si Al Ewing avait pris sa relève, ça aurait pu marcher, mais vraisemblablement Jordan White et Marvel n'ont pas souhaité remplacer Hickman comme "head of X", et du coup chacun a fait son truc de son côté, Duggan, Gillen Percy, Ewing. Et aujourd'hui, il faut finir le boulot, mais c'est mal fait.

Phil Noto dessine encore cet épisode, qui aurait pourtant parfaitement convenu à Joshua Cassara (qui se contente de signer la couverture - je pense que Cassara se prépare pour quelque chose, qui sera annoncé prochainement parce que c'est trop bizarre qu'un artiste mis en avant comme ça auparavant se limite en ce moment à faire des couvertures). Et bon, j'aime bien Noto, mais franchement, il n'est pas en forme actuellement. On sent qu'il travaille à l'arrache, et que ce qu'il a à dessiner ne l'inspire pas. Il ne se foule pas et en plus, comme dans cet épisode précis, l'action domine, il n'est pas dans son élément. Il y a des angles de prise de vue maladroits, des compositions foirées, des moments qui tombent à plat.

Gerry Duggan ramène Lockheed et on a droit à une scène embarrassante de nullité quand le dragon est ramené à Kitty et Ilyana : on vient d'assister à un véritable massacre commis par les deux filles et tout d'un coup, le scénariste nous sort une scène tchoupi avec le dragon. "On vient d'éviscérer tout un bataillon d'Orchis mais on est trop contentes en plus de retrouver Lockheed". Non, c'est pas possible de tomber autant à côté de la plaque.

Je sens que la fin de Krakoa va être péééééééééniiiiiiiiiiible.

jeudi 15 février 2024

X-MEN #31 (Gerry Duggan / Phil Noto)

Avant-propos :

Je reviens après une absence indépendante de ma volonté : j'étais - et je suis encore un peu - atteint par la grippe et dans l'incapacité d'alimenter ce blog, d'écrire des articles. Les vicissitudes de mon grand-âge... Mais à chaque chose malheur est bon puisque, dans mes bons moments, j'avais quand même le plaisir de lire et donc d'emmagasiner du matériel pour le blog dans les prochains jours.

Merci pour votre patience. Et portez-vous bien.

Ce qui suit contient des spoilers : il devient impossible
de garder secrets des éléments de l'intrigue à ce stade.


Talon morte lors de leur mission sur la Contre-Terre, Synch a gardé son esprit grâce aux pouvoirs de Jean Grey mais sans le dire à personne. Toutefois, cela l'empêche d'assister ses amis X-Men aux prises avec Nimrod...


J'écris cette critique de X-Men #31 après avoir lu le deuxième chapitre de Fall of the House of X et cela me permet d'apprécier ce que rédige Gerry Duggan à la fois dans la série régulière et la mini-série qui accompagnent la fin de l'ère de Krakoa.


Et quand je dis "apprécier", c'est vraiment le cas car le scénariste conçoit X-Men et Fall of the House of X non pas comme deux histoires parallèles mais bien comme un tout, organiquement lié, qui se répond, se complète. Pas sûr qu'on trouve la même relation avec Rise of the Powers of X, ni même d'ailleurs que cette autre mini-série ne finisse pas gâcher le projet de Duggan.
 

En effet, ce qui frappe, c'est que Marvel a voulu, sciemment, élaborer Fall... et Rise... comme le furent House of X et Powers of X. Sauf que ces deux-là étaient écrites par le seul Hickman quand Fall... et Rise... le sont par des auteurs aussi différents que Duggan et Kieron Gillen, autrement dit pour le premier quelqu'un essentiellement tourné vers ses personnages quand l'autre l'est vers les concepts. (mais un bon cran en dessous de ce que peut faire Hickman).


Lire X-Men 31, c'est donc, avant tout, lire la relation de personnages. Même avec en son centre une bataille contre Nimrod, Duggan est concentré sur ses héros, leurs rapports. L'épisode est encore une fois dessiné par Phil Noto, dans une meilleur forme que pour X-Men 30, mais en vérité uniquement parce que lui aussi se distingue par sa qualité à dessiner des personnages alors que sa mise en scène de l'action demeure au mieux paresseuse, au pire bâclée.

Outre les retrouvailles entre Wilson Fisk et Typhoid Mary (celle-ci avait été projetée avec Magik et Dani Moonstar dans un dimension parallèle lors du Hellfire Gala, et tout cela a été relaté dans la mini Realm of X que je n'ai pas lue), Duggan et Noto consacrent donc l'essentiel de leurs efforts aux adieux entre Synch et Talon.

Comme j'ai tenu à prévenir en avant-propos, je ne peux tenir certaines infos secrètes plus longtemps sans écrire des critiques qui deviendraient trop cryptiques, tournant autour du pot sans avoir rien à commenter. En l'occurrence, je choisis de révéler que Talon a trouvé la mort sur la Contre-Terre où elle et Synch ont dérobé au Maître de l'Evolution une orbe capable de neutraliser le poison inoculé par Orchis à la médecine krakoane. Mais évidemment, la mission a dégénéré et Laura Kinney en a fait les frais et comme, les Cinq étant toujours introuvables, on ne peut plus ressusciter les mutants, elle est réellement morte.

Synch a toutefois trouvé une astuce pour conserver son esprit mais cette solution n'a pas d'avenir parce qu'elle lui coûte des efforts terribles et l'empêche de soutenir les X-Men sur le terrain. Cela aboutit à une scène vraiment déchirante d'adieux pour le plus vieux couple de mutants ayant jamais vécu (si on prend en compte la durée de leur séjour commun dans la Voûte et de leur romance).

Duggan et Noto rivalisent de sobriété pour traiter cela. Alors, évidemment, il y a une autre Laura Kinney dans la nature (ressuscitée par erreur quand on croyait la première morte dans la Voûte), mais il est impossible d'imaginer un rapprochement romantique avec Everett Smith : c'est bien la X-23 originelle qui disparaît ici et c'est réellement émouvant. Duggan aura fait de Synch et Talon un couple iconique de l'ère de Krakoa.

Un très bel épisode donc avant le retour des grandes manoeuvres pour Fall of the House of X 2, dont je vous causerai vite.

dimanche 21 janvier 2024

X-MEN #30 (Gerry Duggan / Phil Noto)


Trois tandems : Cyclope rêve de Jean Grey et en parle à une psy à la solde d'Orchis entre deus séances de son procès. Iron Man apprend par Firestar que Orchis la soupçonne d'être un agent double. Synch et Talon partent sur la Contre-Terre pour voler au Maître de l'Evolution de quoi soigner les humains victimes de l'empoisonnement des remèdes krakoans.


C'est un curieux épisode que ce (déjà) trentième numéro écrit par Gerry Duggan. Curieux d'abord parce qu'il se déroule en même temps que Fall of the House of X et nous montre que d'autres mutants sont affairés pendant que leurs semblables ont déclaré la guerre à Orchis. Et curieux par sa construction même.
 

En fait, comme l'indique mon résumé, Gerry Duggan découpe l'épisode en scènes où il suit des couples. Cyclope se confie à une psy aux ordres d'Orchis et du Dr. Stasis en particulier, qui veut se servir de ce que dit Scott Summers pour l'accabler durant son procès. Puis Iron Man retrouve Firestar qui lui fait part des soupçons qui pèsent sur elle dans la direction de Orchis. Enfin, et surtout, au coeur du dispositif, on a Synch et Talon en mission sur la Contre-Terre du Maître de l'Evolution qui possède un moyen de régler un des gros problèmes des mutants.


Duggan ne fait aucune mention de ce qui s'est passé dans Fall of the House of X, mais il ne fait pourtant aucun doute que ce qui se passe là se situe en parallèle, ne serait-ce qu'à cause de la situation de Cyclope qui se trouve à Paris pour son procès. En vérité, le scénariste prouve qu'il n'a pas oublié que tout ne tourne pas autour de cette mascarade judiciaire mais que d'autres mutants sont bien occupés par d'autres aspects de la crise actuelle.


Si la scène avec Cyclope ouvre l'épisode et celle avec Iron Man et Firestar est rapide, en revanche Duggan développe ce qui se passe avec Synch et Talon. Pour commencer, il revient sur ce qu'avait établi Jonathan Hickman dans X-Men #18-19 (dans le précédent volume du titre), avec la mission accomplie par les deux mutants chez les Enfants de la Voûte, les milliers d'années qu'ils ont passé ensemble ou séparés, la romance qui s'est nouée entre eux, mais aussi sur l'époque suivante (l'actuelle volume de la série) où Laura Kinney a été ressuscitée sans qu'on sache que sa précédente version vivait encore dans la Voûte.
   

Le retour du Maître de l'Evolution à cette occasion va aboutir à un tour particulièrement dramatique et la dernière page de l'épisode vous réserve une image mémorable et très troublante. En dire plus serait criminel, mais il sera intéressant de voir quand et comment Duggan va négocier cette affaire. C'est en tout cas très fort et retors.

On peut par contre s'interroger sur la qualité du dessin de Phil Noto. J'aime beaucoup cet artiste mais il semble avoir ici travaillé rapidement, comme s'il avait été appelé en catastrophe. Cela se voit nettement dans la pauvreté des décors, des finitions bâclées. Noto est un artiste rapide mais professionnel, aussi quand ses planches montrent des signes aussi évidents de laisser-aller, c'est qu'il a livré son travail dans l'urgence.

Par ailleurs, Noto fait tout : dessin, encrage (même si ça n'a plus grand sens d'appeler ça de l'encrage puisqu'il travaille numériquement et que le temps où des encreurs trempaient leurs plume et pinceau dans un encrier semble révolu), et couleurs. Les effets qu'il tire de ces ressources infographiques sont impeccables, maîtrisées, mais moins peaufinées que d'habitude. En fait, Noto n'est jamais meilleur que lorsqu'on lui confie des scènes tranquilles, pas de l'action (car il n'a pas un découpage et des compositions très stimulantes pour représenter ce type de scènes). Mais là, même dans le registre qui lui convient le mieux, tout est trop plat.

C'est dommage parce que ce que raconte Duggan mérite mieux qu'une simple illustration : par exemple, dans la première scène avec Cyclope, il y a un mélange d'érotisme et de mélancolie, mais Noto échoue lamentablement à le restituer. Passons sur la scène entre Iron Man et Firestar, qui est purement fonctionnelle. Mais on a le même sentiment d'impuissance de la part de Noto quand il lui faut raconter visuellement la mission de Synch et Talon et ses terribles conséquences. Là aussi ça traduit un manque de temps, de recherche : Noto se contente de dessiner ça à l'économie et le résultat en pâtit terriblement.

On a donc l'exemple type d'un épisode faible visuellement mais très bien écrit : ce n'est pas plus suffisant ou satisfaisant qu'un épisode superbement bien dessiné mais mal écrit. Souhaitons que Phil Noto se ressaisisse puisqu'il sera aux manettes des trois prochains numéros avant le retour en Avril de Joshua Cassara.

jeudi 5 octobre 2023

X-MEN #27, de Gerry Duggan et Phil Noto

 

J'aime décidément beaucoup ce que Gerry Duggan fait avec Fall of X : on a le sentiment que le scénariste se lâche comme jamais et surtout il traduit à merveille l'ambiance oppressante de cette période. Dans ce X-Men #27, il ne reste pas en place, divisant l'épisode en deux parties distinctes, également intéressantes et prometteuses. Le dessin est assuré par Phil Noto qui a dû remplacer au pied levé Stefano Caselli, initialement prévu.



Shadowkat infiltre une prison d'Orchis où elle trouve le Fléau et découvre que son voisin de cellule est Cyclope dans un sale état et qu'elle ne peut libérer. De retour auprès de Synch, Talon, Ms. Marvel et Rasputin IV avec un casque Cerebro, elle les laisse aller rendre une visite aux 4 Fantastiques, eux aussi indésirables à New York...
 

Au fur et à mesure des épisodes se déroulant dans ce nouveau statu quo qu'est Fall of X, on mesure à quel point Gerry Duggan est un scénariste qui n'est jamais aussi bon que dans un cadre strictement établi. C'est déjà frappant avec Uncanny Avengers, ça semble l'être avec Invincible Iron Man (série également impactée par les mésaventures actuelles des mutants), et surtout avec X-Men.
 

En toute honnêteté, je ne trouve pas que Gerry Duggan a l'étoffe d'un grand scénariste susceptible d'apporter quelque chose de renversant à la franchise. Mais c'est un professionnel expérimenté maintenant et qui potasse ses dossiers de manière appliquée pour sortir de bonnes histoires, divertissantes.


A ce jeu-là, en tout cas, il est autrement plus convaincant que d'autres auteurs Marvel que l'éditeur a décidé d'éprouver sur de gros titres (comme Ryan North sur Fantastic Four ou Jed MacKay sur The Avengers). Tout simplement parce qu'il se plie plus facilement aux contraintes : mieux il s'y épanouit.

Comme, avec Kieron Gillen, c'est lui qui a précipité Fall of X avec le dernier Hellfire Gala en date, il a dû se préparer à raconter quelque chose de sensiblement différent de ce qu'on lui demandait jusqu'alors, c'est-à-dire mettre en scène les X-Men comme les champions de Krakoa, une équipe de super-héros dont la particularité est de ne comporter que des mutants.

Or, pendant les deux dernières années, on a pu constater que Duggan affichait ses limites dans cet exercice trop convenu. Les intrigues, les adversaires qu'il imaginait pour les X-Men n'avaient rien de bien palpitant : c'était efficace, bien fait, mais sans grand relief. Désormais que la crise est là, que les mutants sont à nouveau en position de faiblesse (comme ils l'ont rarement été), le cadre n'est certes pas original mais fournit à Duggan des ressorts dramatiques qu'il manie bien mieux.

La série est devenue plus dure, plus sombre, plus désespérée et en conséquence l'adversité est partout. Les X-Men sont acculés, diminués, face à Orchis qui a réussi à les entamer sérieusement, à retourner l'opinion contre eux. On n'est en vérité pas si loin de ce que Brubaker faisait quand il écrivait Captain America avec cette atmosphère poisseuse, noire, dépressive et un héros qui semblait ne jamais voir le bout du tunnel après avoir retrouvé Bucky Barnes changé en Soldat de l'Hiver et Crâne Rouge en coulisses.

Il y a donc maintenant un côté polar, série noire dans X-Men qui lui va bien, je trouve. C'est la guerre, tous les mutants sont réquisitionnés, sont des X-Men, doivent se salir les mains au besoin, gagner des points patiemment face à un ennemi omniprésent, malin, retors, organisé, puissant. C'est ce qu'on voit spécialement avec ShadowKat qui joue les ninjas et découvre ce mois-ci les conditions de détention du Fléau et surtout de Cyclope qu'elle ne peut même pas faire évader (je ne vous dis pas pourquoi pour ne pas spoiler mais c'est terrible).

L'autre partie de l'épisode met en avant Rasputin IV, la chimère conçue dans le futur de Powers of X par Mr. Sinister, désormais présente à notre époque. Comme toutes les chimères, elle possède les pouvoirs de plusieurs mutants mais sans avoir la puissance des originaux. Avec Synch et Talon, promus bien malgré eux chefs de la résistance, et Ms. Marvel, et muni d'un casque Cerebro récupéré par ShadowKat, ils vont demander de l'aide à Mr. Fantastic.

Comme les FF sont eux aussi hors de New York (suite aux événements dévoilés dans le premier arc de leur série - je vous renvoie aux critiques que j'avais rédigées de la série écrite par Ryan North), la rencontre se passe dans un environnement dépaysant, qui permet au lecteur de respirer un peu. Duggan revient sur une histoire développée dans la mini-série X-Men/Fantastic Four de Chip Zdarsky et Terry Dodson en 2020 quand Krakoa avait invité Franklin Richards à séjourner sur Krakoa. Pour résumer : méfiant, Reed Richards avait alors trouvé un moyen d'altérer le gène X de son fils afin qu'il ne puisse franchir le portail krakoan.

Aujourd'hui si les X-Men savaient à nouveau comment Reed avait réussi cela, ils pourraient échapper à leurs persécuteurs pour mieux les frapper. Mais Mr. Fantastic ne se souvient plus de ce qu'il a fait car Charles Xavier a effacé sa découverte de son esprit... Là encore, je ne vais pas vous spoiler comment cela lui revient mais Duggan emploie Ms. Marvel avec beaucoup d'à-propos dans une scène-clé.

Visuellement, l'épisode est, disons-le, assez faible. Pourtant j'aime beaucoup Phil Noto mais il est évident qu'il n'a pas disposé de beaucoup de temps pour livrer ses planches (que, comme d'habitude, il dessine, encre et colorise lui-même).

La raison en est simple : au départ X-Men 27 devait être illustré par Stefano Caselli, or celui-ci a fait ses adieux aux mutants il y a deux mois avec le n° 25, qui comptait une pagination plus conséquente qui plus est. Après quoi il s'est mis au boulot sur le one-shot Ultimate Universe qui sortira le mois prochain.

Marvel a dû donc trouver un artiste rapide et vite. Phil Noto est capable de relever le défi mais il a dû quand même se presser car plusieurs pages sont expédiées. Les décors sont pauvres, certains personnages sont rapidement croqués, sans finitions, et la colorisation est également peu nuancée.

Noto réussit les scènes les plus faciles, comme quand ShadowKat infiltre la prison. La suite est beaucou moins convaincante et lorsque les X-Men rencontrent les FF et que Rasputin IV écarte la Torche puis la Chose, on sent vraiment que Noto a dû faire vite. Comme les scènes d'action ne sont pas son fort en général, c'est particulièrement flagrant. Je reste quand même indulgent en prenant en compte les conditions dans lesquelles il a travaillées mais bon, c'est pas fameux éditorialement.

La fin de l'épisode annonce déjà le programme du suivant où Firestar va passer un sale quart d'heure. Mais chut ! Et rendez-vous dans un mois.

jeudi 15 décembre 2022

THE VARIANTS #5, de Gail Simone et Phil Noto


J'avais gardé ce dernier numéro de la mini-série The Variants sous le coude puisque, cette semaine, je n'ai acheté qu'une nouveauté (Danger Street). Gail Simone et Phil Noto concluent leur histoire sans éclat. Ce n'est pas honteux non plus. Mais ça pose des questions...


Pour ne pas trop vous spoiler, au cas où vous seriez quand même tentés, quand cette mini-série sera traduite en France, disons tout simplement que le souci de ce dénouement concerne le mobile du méchant, franchement pathétique.


Il y avait bien un variant de Jessica Jones qui n'était pas fiable et c'est Jewel, le plus jeune d'entre eux. Franchement Gail Simone déçoit énormément au moment de révéler ce qui a motivé ses actions et le lecteur a du mal à ne pas se sentier floué.


Les amateurs de happy end ne doivent pas être inquiets : tout est bien qui se finit bien. Au rayon des points positifs, on notera Gail Simone semble avoir clos pour un bon moment la relation toxique entre Jessica Jones et l'Homme Pourpre, même si elle utilisé ce dernier dans son récit.


L'autre bon point, c'est d'avoir impliqué une héroîne comme Jessica Jones, plutôt street-level donc, dans une intrigue à base de multivers, de variants, et ce, sans que cela ne soit trop incongru. La scénariste a fait preuve d'originalité et prouvé qu'on pouvait employer Jessica dans un autre registre que la detective story.

Enfin, il faut saluer la prestation irréprochable de Phil Noto au dessin et aux couleurs. Même si la mini-série a connu quelques retards sur la fin (sans un mot d'explication de Marvel pour qui communiquer sur ce sujet semble être tabou alors que les lecteurs apprécieraient, j'en suis sûr, de savoir), l'artiste s'est approprié sans difficulté les personnages et cette intrigue curieuse.

Noto n'est pas le dessinateur le plus dymanique qui soit et Simone joue avec ça en coupant court à la traditionnelle scène de baston finale qu'elle désamorce habilement. Noto est plus à son avantage pour saisir les émotions des personnages et livrer des planches lisibles, sobres et intelligentes. Son humilité a quelque chose de reposant dans un milieu où nombre de ses confrères n'arrive qu'à briller en voulant en mettre plein la vue.

J'ai toujours apprécié Noto et je persiste à croire qu'il n'a pas le crédit qu'il mérite. Sa productivité, son professionnalisme, sa capacité d'adaptation sont exemplaires et The Variants l'a encore prouvé.

Mais...

Mais ce projet pose tout de même un nombre conséquent de questions. La première et la plus importante dépasse presque Jessica Jones puisqu'elle concerne les créations laissées par Brian Michael Bendis à Marvel et de manière plus globale la gestion des personnages qu'il avait contribués à (re)mettre dans la lumière.

Miles Moralés/Spider-Man vient de voir sa série relaunchée (par Cody Ziglar et Federico Vicentini) en récupérant au passage son costume original (remplacé par un uniforme streetwear d'un goût douteux durant une partie du run de Saladin Ahmed). Luke Cage, bien qu'il soit devenu le maire de New York et apparaisse dans The Variants, comme Iron Fist (Danny Rand remplacé dernièrement - provisoirement ? - par un nouveau porteur du titre), et donc Jessica Jones font de la figuration ou n'ont droit qu'à des mini-séries.

C'est comme si Marvel ne savait pas quoi faire d'eux. Il est loin le temps de la famille des New Avengers, série pour laquelle je conserverai toujours une infinie affection car elle m'a fait revenir aux comics Marvel. On en pensait ce qu'on en voulait (et Dieu sait que des fans des Avengers manifestèrent bruyamment leur déplaisir à lire ce run), mais Bendis proposait quelque chose d'unique, avec des héros qui n'étaient pas des vedettes (même si Wolverine et Peter Parker/Spider-Man étaient invités). Et le titre vendait bien malgré ça.

Jessica Jones a été co-créée par Bendis et Michael Gaydos et c'est certainement le personnage le plus emblématique du scénariste qui l'avait d'abord animé dans une série réservée aux mature readers, puis transférée dans New Avengers car il y avait incorporé Luke Cage, devenu son compagnon et père de leur fille. Curieusement, Bendis a peu mis en avant sa propre créature dans New Avengers, plus occupée à s'occuper de Dani sa fille qu'à reprendre sa carrière de super-héroïne (même si à un moment il avait semblé préparer le terrain à son retour en tant que Jewel).

Bendis parti pour DC (où il s'est fait copieusement entuber...), Jessica Jones est passée entre les mains de femmes scénaristes comme Kelly Thompson et Gail Simone, selon l'habitude prise par l'éditeur de confier des femmes aux femmes, des noirs aux noirs, etc. Mais en fin de compte ni Thompson ni Simone n'ont fait grand-chose avec Jessica Jones, limitée à des séries... Limitées.

De manière générale, les street-level heroes ne sont pas à la fête chez Marvel (exception des Spider-Men et de Daredevil - si vous aimez ce qu'en font Zeb Wells et Chip Zdarsky, ce qui n'est pas mon cas). L'éditeur, encore une fois, ne semble pas quoi en faire, préférant miser sur les team-books avec une large voilure comme Avengers et X-Men. On peut rattacher aux street-level heroes des personnages comme Captain America ou Moon Knight, mais le premier transcende cette définition et le second reste un outsider (et là encore, je n'ai pas accroché aux offres faites par Collin Kelly et Jackson Lanzing et Jed Mackay).

Bendis ne reviendra pas chez Marvel, il l'a dit et l'éditeur ne semble pas vouloir le rapatrier. Le scénariste tire des cartouches dans l'indifférence générale chez Dark Horse où il a emmené ses créations du label Jinxworld et lancé des titres comme le navrant The Ones. Sans doute se moque-t-il bien de tout ça, lui qui a fait fortune et n'a plus rien à prouver, ne désirant visiblement plus que se faire plaisir, sans pression, loin des Big Two. Mais ne pense-t-il pas parfois, avec regret, à ce qu'il a accompli chez Marvel et qui est si mal entretenu ?

La nostalgie m'étreint, et c'est peut-être le sentiment le plus prégnant à la fin de The Variants : celui d'avoir lu quelque chose en espérant renouer avec un personnage attaché à une période, un auteur que j'ai tant aimé. J'aurai finalement mieux fait de ne pas succomber à la tentation. L'esprit Bendis chez Marvel n'est plus et même une détective comme Jessica Jones ne le e retrouvera pas ni ne le ranimera pas.

samedi 29 octobre 2022

THE VARIANTS #4, de Gail Simone et Phil Noto


Deux mois après son troisième épisode et deux mois avant son dernier, ce quatrième numéro de The Variants marque une nette accélération dans le déroulement de l'intrigue. Il y a un charme étrange dans ce projet mené par Gail Simone car tout y est imprévisible, foutraque. Phil Noto apporte un peu de sagesse dans tout ça et signe comme toujours de superbes pages.


Jessica Jones fait la connaissance de son quatrième variant, Knightress, qui l'a mise en garde contre les trois autres. Elle lui souffle aussi un plan pour se débarrasser de l'Homme Pourpre.


Ouvrant son esprit pour inviter Zebediah Kilgrave à se manifester, Jessica le piège car, auparavant, elle a pris soin de contacter le Pr. Charles Xavier.


Mais Xavier comprend surtout que pour que Jessica soit délivrée de l'emprise de l'Homme Pourpre, il faut qu'elle consente à lui pardonner. Ce qu'elle refuse.


Revenant à elle, Jessica a surtout compris que l'un de ses variants tire les ficelles et  la désigne aux autres. Mais la traîtresse a encore une carte à jouer...

The Variants n'a pas que des qualités, c'est certain, et on peut déplorer que Gail Simone ait cédé à des facilités en n'osant pas s'en détacher. La plus flagrante, c'est d'avoir une énième fois raconté une histoire de Jessica Jones en relation avec l'Homme Pourpre, comme si l'héroïne est définitivement condamnée à n'être cernée que par ce traumatisme.

Mais en dehors de ça, Simone a franchement surpris, voire dérouté, et sans doute perdu des fans du personnage, cantonné au registre du street-level hero ou de femme de Luke Cage. En imaginant cette histoire de Variants, la scénariste a entraîné Jessica Jones dans une aventure fantastique et même fantasque très rafraîchissante.

Alors, c'est vrai, ça sort un peu de nulle part et avec un seul épisode restant pour tout résoudre, peu de chance que ça révolutionne le destin de Jessica Jones ni même du reste du Marvel Universe, quand bien même on cite le Multivers, la rengaine du moment. Mais ce scénario est suffisamment imprévisible et bizarre pour maintenir notre attention.

Jessica fait donc la connaissance d'un dernier double d'elle-même, Knightress. C'est elle qui, dans le précédent épisode, lui a fait passer un message la mettant en garde contre la Captain Jessica, la Jessica Oméga et Jewel, mais sans préciser laquelle de ces trois-là présentait un danger. C'est aussi elle qui va proposer un plan pour se débarrasser de la menace de l'Homme Pourpre qui aurait implanté dans l'esprit de Jessica Jones une sorte de bombe à retardement psychique qui la pousserait à tuer Luke Cage et leur fille.

Gail Simone écrit sans complexes : il semble que pour elle la fin justifie les moyens et c'est donc sans gêne qu'elle convoque Charles Xavier dans son histoire alors qu'on ignorait que le chef des mutants de Krakoa était ami avec Jessica Jones jusqu'à présent. En fait, la scénariste a besoin d'un télépathe surpuissant et elle emploie donc le plus charismatique d'entre eux pour règler son compte à Zebediah Kilgrave.

Toutefois, la scène, de manière inattendue, fait sens car elle révèle que pour se détacher de son tortionnaire Jessica doit lui pardonner. Elle ne s'y résoud évidemment pas, elle a trop souffert à cause de lui pour ça. C'est là où Simone manque une occasion supplémentaire de faire évoluer le personnage en lui donnant une certaine noblesse et en laissant à de futurs auteurs la possibilité encore d'exploiter le fantôme de Kilgrave dans une prochaine aventure de Jessica Jones. Dommage.

In fine, pourtant, cette exploration express dans la psyché de Jessica permet de démasquer quel variant la menace vraiment et sur ce point, Simone désigne le plus surprenant. Avant de conclure l'épisode sur un cliffhanger spectaculaire, prélude à un dernier épisode qui opposera les bons Variants aux mauvais Variants. Plus classique mais efficace.

Phil Noto apporte une forme de classicisme dans l'écriture un peu foutraque de Simone. Son trait clair, ses couleurs délicates, son découpage sobre, tout concourt à ramener le lecteur sur terre. Noto connaît son métier et il l'exerce avec une humilité exemplaire, il n'est pas là pour se faire mousser mais pour servir le script.

On peut s'étonner que l'artiste n'embrasse pas la folie douce de cette intrigue, mais Noto sait aussi qu'en rajouter dans le délire ne reviendrait qu'à charger un projet déjà bien peuplé. Il réussit surtout parfaitement à représenter cinq femmes qui se ressemblent absolument sur le plan physique, à quelques détails près, et à contribuer à la confusion du lecteur qui cherche qui est le traître dans cette bande de variants.

La scène centrale avec Xavier est très réussie et j'aimerai vraiment que Noto revienne sur un titre mutant, lui qui n'a jamais déçu.

Comme pratiquement toutes les mini-séries Marvel, on sent bien les limites de l'exercice, qui confine au bouche-trou plus qu'à un véritable essai pour préparer le retour au premier plan d'un personnage avec une série régulière. Néanmoins, Gail Simone et Phil Noto y mettent suffisamment de coeur pour qu'on ne leur reproche pas de faire ça par-dessus la jambe. Rendez-vous en Décembre pour connaître le dénouement de The Variants.

dimanche 4 septembre 2022

THE VARIANTS #3, de Gail Simone et Phil Noto


Ce troisième épisode de The Variants montre bien à quel point cette min-série devient difficle à résumer : comme toutes les histoires avec des doubles, des sosies, des jumeaux, il n'est pas évident de communiquer au lecteur les subtilités de l'action. Gail Simone, qui plus est, n'avance pas vite et multiplie les mystères. Heureusement que les dessins, très clairs eux, de Phil Noto sont là.


L'arrivée de Jewel, une troisième version d'elle-même, plonge Jessica Jones dans une crise existentielle. A chaque fois, elle s'effraie un peu plus et sa mémoire se trouble.
 

Avec She-Hulk à ses côtés, Jessica joint Daredevil puis Iron Fist pour qu'ils retrouvent ses deux  premières variantes et leur donnent rendez-vous pour une réunion.


Autour d'un café, les quatre Jessica Jones comprennent ce qu'elles partagent de traumatisant et se promettent de se neutraliser au cas où elles déraperaient.
 

Cependant, Misty Knight et Colleen Wing gardant sa fille Dani, Luke Cage sort prendre l'air lorsqu'il est agressé. Jessica, elle, reçoit un message lui conseillant de se méfier de ses doubles...

Bon, récapitulons, ça ne fera pas de mal : Jessica Jones a depuis quelque temps des malaises qu'elle finit par relier à Zebediah Kilgrave:l'Homme Pourpre. Elle le comprend quand elle fait la connaissance d'une cliente de Matt Murdock qui a été sous l'emprise de Kilgrave et qui lui a affirmé qu'il la contrôlerait toujours. Peu après, cette femme se suicide. La crise de confiance de Jessica s'aggrave quand elle découvre une autre version d'elle-même, portant le bouclier de Captain America, dans son appartement. Puis une autre qui lui ressemble comme sa jumelle.

Terrorisée à l'idée que Kilgrave puisse à nouveau la contraindre à commettre le pire, elle éloigne Luke Cage, son mari, et Dani, leur fille. C'est alors que surgit une troisième version d'elle-même, vêtue comme à l'époque où elle était la super-héroïne Jewel.

Donc : quatre Jessica. Jessica Jones (celle qu'on connaît). "Captain Jessica" (qui a le bouclier de Captain America). Oméga Jessica (qui a le même look que Jessica Jones). Jewel (qui est habillée comme Jessica lorsqu'elle était super-héroïne).

Ce qu'on sait : ces Jessica viennetn de Terres parallèles, du Multivers. Elles ignorent comme Jessica Jones pourquoi et comment elles sont sur notre Terre. Elles ont toutes vécu des traumatismes en rapport avec l'homme qu'elles aimaient. Et quelqu'un a prévenu discrètement Jessica qu'elle devait se méfier de ses "variantes". Qui ? Pourquoi ?

Ce qu'on ignore : est-ce que l'Homme Pourpre a encore le contrôle sur Jessica (et d'autres femmes) comme l'a affirmé Sarah Snyder, ce qui feraient de ses victimes des bombes à retardement, capables de commettre le pire, y compris contre ceux qu'eles aiment ?

Il faut bien avoir tout ça en tête pour suivre l'intrigue mise en place par Gail Simone. Et on sait, en se fiant à la couverture du premier épisode, qu'il reste une dernière version de Jessica à découvrir (vêtue d'un masque et d'un costume rouge).

La scénariste avance à pas comptés. Elle ne fournit au lecteur que des informations au compte-gouttes, ce qui le déstabilise autant que Jessica. De ce point de vue, c'est très bien fichu, on ignore où on va, quelle machination secrète est derrière l'apparition de ces "variants", etc.

Mais c'est également très frustrant et ça peut donner une impression de surplace un peu désagréable car à force de retenir des infos et avec seulement deux épisodes avant la conclusion de cette mini-série, est-ce que ça ne fait pas trop de mystères ? D'un côté, on savoure l'écriture de Gail Simone qui réussit parfaitement à caractériser Jesscia, ses doubles, et les seconds rôles. De l'autre, on ne sait plus trop ce qui relève de la maîtrise d'une intrigue retorse ou d'un pitch peut-être trop ambitieux pour tenir dans cinq épisodes (et ce n'est pas avec cet inconnu qui inflige une raclée à Luke Cage avant de, littéralement, de se consumer, qu'on est plus avancé).

Face à des interrogations, il faut pouvoir s'appuyer sur un dessinateur particulièrement solide et qui n'éprouve pas le besoin d'en rajouter. De ce point de vue, c'est une bénédiction que ce soit à Phil Noto que Marvel ait confié la partie graphique.

Certes, dès qu'il y a de la baston, Noto n'est pas un champion : ses compositions manquent d'espace et de punch pour convaincre de l'âpreté d'un combat. Mais en revanche, pour tout le reste, qui constitue l'essentiel du récit, il est irréprochable.

Noto, avec un découpage très simple, illustre les dialogues, nombreux, du script sans jamais lasser le lecteur. Ses personnages sont expressifs juste ce qu'il faut, la valeur des plans est toujours impeccable, on est toujours à la bonne distance. La complicité entre l'artiste et la scénariste est indiscutable. Comme Noto assume aussi la colorisation, il a la maîtrise totale de ses images et ne sombre jamais dans des effets visuels inutiles.

Le boulot de Noto est superbe car c'est vraiment lui qui permet à The Variants de ne pas perdre le lecteur par sa narration sobre. Il faut croiser les doigts pour que Simone ait aussi bien en main ce qu'elle a entrepris de raconter. Je n'ai guère de crainte car elle a de l'expérience. Même s'il faut s'accrocher un peu.

vendredi 29 juillet 2022

THE VARIANTS #2, de Gail Simone et Phil Noto


La couverture interpèle, c'est son travail et Phil Noto sait comment attirer le regard du lecteur. Gail Simone poursuit son histoire en sachant en conserver tout le mystère. S'il y a un goût de redite indéniable dans cette intrigue, ça n'en reste pas moins plaisant, surtout qu'elle est émaillée de moments troubles et troublants.


Il y a 4 ans. Autour d'un verre, Tigra offre à Jessica Jones d'intègrer A-Force car si Hell's Kitchen n'a pas été victimes de grandes menaces, cela ne saurait tarder et il faut qu'elle s'y prépare.


De nos jours. Après avoir, avec l'aide de Luke Cage, maîtrisé les deux variants chez elle, Jessica perd connaissance, à nouveau hantée par l'Homme-Pourpre. Elle craint pour sa famille.


Bouleversée, elle envoie Luke et leur fille au loin. Puis Daredevil la surprend, encore ébranlée. Elle se jette à son cou, confuse. Elle se ressaisit et comprend qu'elle a besoin d'aide.


Elle appelle She-Hulk. Mais c'est alors que débarque une troisième variante de Jessica, vêtue de son costume de Jewel...

Deux réflexions :

- il est intéressant de lire The Variants #2 après Ant-Man #1 car, d'une certaine manière, c'est comme si ces deux mini-séries se répondaient en explorant le thème du double. Al Ewing sonde, à travers le temps, les différentes incarnations de l'homme-fourmi. Gail Simone utilise les variants de Jessica Jones pour sonder l'identité du personnage, qui ne sait littéralement plus où elle en est.

- Et cela conduit à la seconde réflexion. L'histoire de Jessica Jones est liée à celle de l'Homme Pourpre, Zebediah Kilgrave, qui a abusé d'elle et l'a manipulée pour faire du mal à des innocents. Une métaphore des violences faites aux femmes, de la toxicité masculine, bien avant #MeToo, écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Michael Gaydos. Gail Simone n'est pas allée cherché loin le méchant de son histoire.

Tout ceci fait à la fois la force unique et la limite principale de The Variants, dont on sent bien que, pour la scénariste, c'est l'occasion de broder à partir de la mythologie de Jessica Jones en convoquant ses doubles multiversels, mais qui ne peut éviter de tomber dans une facilité certaine.

En parcourant des commentaires sur un site, je lisais les reproches faits à Gail Simone, mais aussi aux différents scénaristes qui ont animé Jessica Jones depuis que Bendis a abandonné son personnage. L'Homme Pourpre est omniprésent, on a rarement vu une héroïne aussi intimement liée à un méchant, et par là même une telle paresse des auteurs à lui donner d'autres adversaires. Comme si, en vérité, Jessica Jones n'était définie que par son agression par Zebediah Kilgrave.

On peut comprendre qu'au bout d'un moment ça devienne un peu lassant. Pourtant, avec sa situation atypique dans l'univers Marvel, il y aurait de quoi raconter bien des choses avec Jessica Jones, et ainsi dépasser ce statut d'éternelle victime hantée par Kilgrave.

Mais, est-ce un hasard, Jessica Jones n'a été écrite que par des femmes (Kelly Thompson, Gail Simone) depuis le départ de Bendis et c'est étonnant qu'elles continuent à victimiser ainsi ce personnage au caractère pourtant bien trempé. La voilà encore, toujours hanté par l'Homme Pourpre, comme prise dans une spirale infernale. Et donc fatigante. Usée, rebattue.

D'un autre côté, il y a cette affaire de variants qui surgissent d'on ne sait où : après une Jessica Jones parfaitement ressemblante à l'originale (en jean, perfecto, bottes), une autre portant le bouclier de Captain America, voici celle vêtue du costume de Jewel (l'alias éphémère des débuts du personnage)... Impossible de savoir où Gail Simone veut en venir avec tout ça. Sauf à souhaiter qu'enfin cela permette à Jessica de dépasser son trauma, de tourner la page Homme Pourpre (même si dans les faits, celui-ci a été battu lors de Devil's Reign, l'argument ici est qu'il aurait suffisamment tourmenté ses victimes pour en faire des bombes à retardement).

Mais peut-être qu'au fond, ce qui demeure le plus intéressant, ce sont ces petits moments troubles et troublants dont Simone émaille son script. Déboussolée, Jessica laisse Tigra l'embrasser sur la bouche, puis c'est elle qui roule une pelle à Daredevil, avant de gifler She-Hulk pour se prouver qu'elle a encore sa super-force (et se passer les nerfs sur quelqu'un qu'elle ne risque pas de blesser). Dans ces moments-là, Gail Simone suggère quelque chose d'encore nébuleux, qui restera peut-être dans suite, mais qui interroge différemment Jessica, sa difficulté à cerner qui elle est, sa confusion extrême.

Phil Noto a du mérite, c'est certain, à garder lisible un propos parfois difficile à apprécier (même si c'est voulu). Son dessin possède ce calme dans la tempête qui permet au lecteur de savourer justement ces fulgurances improbables dans un récit où les péripéties se succèdent sur un rythme étrange, un faux rythme en fait, où rien n'avance vraiment mais qu'on lit sans déplaisir.

Dans ce genre de situation, il est précieux de disposer d'un artiste comme Noto qui suit respectueusement l'histoire qu'il met en images et dont le trait précis, sobre, fait office de boussole. Il dépeint soigneusement le désordre intérieur de l'héroïne, sa peur, la succession de scènes comme une fuite en avant. Le découpage est presque austère, du moins simple, sans fioritures, toujours dans cette démarche de ramener l'histoire sur terre alors que tout déraille.

Vous l'aurez compris, The Variants s'autorise des redites, des facilités un peu agaçantes, tout en entretenant une ambiance envoûtante, supportée par un dessin élégant. Mais il va quand même falloir que ça bouge plus franchement car il ne reste plus que trois épisodes pour boucler ce Jessica Jones Mystery.

vendredi 1 juillet 2022

THE VARIANTS #1, de Gail Simone et Phil Noto


A Jessica Jones Mystery : le sous-titre nuance le projet de cette mini-série en cinq épisodes, comme pour rappeler qui en est l'héroïne, alors que The Variants renvoie à la série Loki (sur Disney +). Gail Simone revient chez Marvel pour s'occuper du personnage créé par Brian Michael Bendis et David Mack, et elle est en bonne compagnie puisque Phil Noto s'occupe des dessins.


Jessica Jones essaie, sur les recommandations d'une vendeuse, plusieurs rouges à lèvres. Elle sort de la boutique le soir venu et tombe dans les pommes.


Rattrapée par Daredevil, elle tente de le rassurer sur son état de santé. Il en profite pour lui rappeler qu'elle doit se présenter à une audience pour une cliente qu'il défend et qu'elle peut aider.


Après une nuit blanche, Jessica assiste à l'audience, qui tourne mal pour Maria Snyder. Celle-ci lui explique ensuite avoir été victime de l'Homme Pourpre et elle pense que Jessica est encore en danger.


Furieuse que Matt Murdock ait parlé de son passé avec Zebediah Kilgrave, Jessica rentre chez elle. Mais Luke Cage est absent et une femme se trouve dans la chambre de Danielle, leur fille...

Jessica Jones est une des créations les plus fortes de Brian Michael Bendis mais en partant de Marvel, il a accepté d'en laisser la garde à l'éditeur. Dans un premier temps, la détective privée ancienne super-héroïne sous l'alias de Jewel a été animée dans une série numérique écrite par Kelly Thompson et dessinée par Mattia de Iulis.

Pourtant, malgré d'autres apparitions ça et là (notamment dans le one-shot Incoming de Al Ewing, prologue à Empyre), Jessica Jones n'a pas semblé inspirer grand-monde, malgré la série adaptée sur Netflix (et brillamment incarnée par Krysten Ritter), alors que Miles Morales (l'autre Spider-Man, rescapé de l'univers Ultimate), lui aussi inventé par Bendis, continue son bonhomme de chemin avec succès.

Et puis l'espoir est revenu quand Marvel a annoncé la publication de la mini-série The Variants il y a quelques mois. Il faut dire que ce projet allait être écrit par Gail Simone en qui on peut avoir confiance pour écrire un tel personnage. En prime, le pitch était vraiment intrigant puisque l'héroïne allait rencontrer ses doubles de mondes parallèles.

Ce premier épisode (sur cinq) est conforme à ce qu'on pouvait en attendre : rondement mené, il pique notre curiosité sans forcer et s'avère remarquablement écrit. Gail Simone respecte la charte : elle conserve le caractère bien trempé de Jessica Jones tout en soignant sa vulnérabilité. A commencer par ses pertes de connaissance en quelques jours et ce sentiment de malaise persistant. Que se passe-t-il ?

En guest-star, Matt Murdock/Daredevil est habilement employé pour évoquer la némésis éternelle de Jones, Zebediah Kilgrave/l'Homme Pourpre. Bon, ce n'est pas la partie la plus originale et j'aurai préféré que Simone trouve quelque chose de plus inattendu, mais c'est tout de même accrocheur car via le procès de Maria Snyder, cliente de Murdock, est suggéré que ce manipulateur aurait encore une influence sur ses proies des années après, au point d'en faire des bombes à retardement.

Toutefois, il faut attendre les ultimes pages pour que le titre de la série se justifie avec l'apparition de deux variants de Jessica. De quoi faire phosphorer le lecteur sur la suite de cette histoire... C'est donc mission accomplie. Même si on se gardera, prudemment, de trop vite s'enthousiasmer car si Simone est excellente dans la caractérisation, elle pêche parfois à raconter des histoires abouties dignes de bons débuts.

La scénariste a aussi pour elle un atout : Phil Noto. J'aime beaucoup cet artiste même si je reconnais qu'il a ses faiblesses (ce n'est définitivement pas un dessinateur qui brille pour son sens de l'action). Toutefois il est impeccable pour camper des personnages et en particulier des femmes, qu'il représente avec une rare justesse, sans les hypersexualiser.

C'est bien simple : il est fait pour Jessica Jones qu'il traite parfaitement, lui donnant ce côté renfrogné, tourmenté, pas immédiatement séduisant. Il saisit à la perfection les expressions de son visage, son attitude revêche, et en même temps son incapacité à masquer son jeu. A cet égard, sans forcer le trait, Noto nous régale dans la scène de dialogue entre elle et Daredevil tandis que la voix off indique que l'homme sans peur peut détecter les mensonges qu'elle lui sert.

Plus loin, il fait encore merveille dans la confrontation entre Jessica et Maria Snyder puis la colère qu'elle exprime contre Matt Murdock qu'elle accuse de l'avoir manipulée en ayant révélé à sa cliente son passif avec l'Homme Pourpre. 

Comme à son habitude, Noto assume tous les postes de sa partie : dessin, encrage, colorisation. Cela lui permet de concevoir ses images de A à Z avec une maîtrise parfaite, comme en témoigne la double page (voir plus haut) magnifique du début de l'épisode.

The Variants est prometteur, même si je méfie un peu des mini-séries Marvel, toujours réduites à peau de chagrin alors que si l'éditeur développait un équivalent du Black Label de DC, il pourrait proposer à ses auteurs et ses lecteurs des projets bien plus aguicheurs. Espérons que Gail Simone et Phil Noto exploitent au mieux les cinq épisode qu'on leur a accordés pour que Jessica Jones profite du retour qu'elle mérite.

jeudi 13 janvier 2022

MARAUDERS #27, de Gerry Duggan, Matteo Lolli et Phil Noto


Le run de Gerry Duggan s'achève avec ce vingt-septième numéro de Marauders, qui sera aussi très certainement le dernier épisode que je critiquerai. Série profondément inégale mais étrangement attachante aussi, elle va être relancée au n°1 avec une nouvelle équipe artistique. Pour ce baisser de rideau, Matteo Lolli revient et Phil Noto l'accompagne. 



Krakoa. Kitty Pryde questionne Forge sur l'avancée de ses travaux pour qu'elle puisse utiliser les portails de l'île. Il a encore besoin de temps et cela ne la satisfait pas. Elle va donc se tourner vers quelqu'un d'extérieur.


Ailleurs. Pyro et Bishop usurpent les identités de deux marchands d'armes pour vendre des héliporteurs du SHIELD aux Homines Verendi. Mais le deal, une fois conclu, dégénère avec l'arrivée des vrais trafiquants. Lors de la bataille qui suit, Kitty enregistre les prochains départs de plusieurs membres.


Madripoor. Wilhelmina Kensington est en cavale après avoir quitté les Homines Verendi. Traquée par les Reavers, elle est sauvée par Callisto qui la conduit jusqu'à Masque. Ainsi, Mina a un nouveau visage et peut partir pour commencer une nouvelle vie.


Krakoa. Lourdes Chantel annonce à Sebastian Shaw qu'elle prend sa place au sein de la Hellfire Trading Company, tandis que Emma Frost donne la sienne aux Stepford Cuckoos. Le conseil de l'île se réunit après cette redistribution des cartes.

Gerry Duggan est un bien curieux scénariste qui écrit des séries parfois avec rigueur, quand il s'en tient à une idée précise (Cable où il a orchestré durant un an le remplacement de la version jeune de Nathan Summeurs par sa version plus âgée et connue - et appréciée). Parfois aussi avec une irritante nonchalance, quand il mène sa barque au gré d'intrigues lâches, dont on a du mal à retenir un vrai fil conducteur.

Marauders appartient à la seconde catégorie. En vingt-sept épisodes, Duggan aura fait un peu tout et n'importe quoi, sauf s'en tenir au programme du titre - pour rappel, il devait s'agir d'une série sur le commerce de la médecine krakoane et le sauvetage de mutants dans des pays où ils étaient persécutés. Ces deux thèmes n'ont été, la plupart du temps, que survolés, comme si Duggan s'en fichait.

La série partait qui plus est avec un handicap : le nom Marauders renvoie à une bande de vilains qui ont commis un abominable massacre dans les années 80 et personne n'a jamais compris l'idée de Marvel d'attribuer de nom à une équipe de mutants héroïques. Pire : on pouvait penser qu'avec Destiny of X en vue, la série changerait de nom (comme Excalibur qui devient Knights of X). Mais non.

A présent que Gerry Duggan écrit X-Men, il a choisi (ou on lui a demandé de choisir) entre continuer à animer Marauders ou passer le flambeau. Là encore, c'est la deuxième option qui a été retenue. Comment allait-il quitter la série étant donné qu'il l'avait si mal commencé et poursuivi cahin-caha ?

Hé bien, comme à son habitude, Duggan passe d'un sujet à l'autre, sans vraiment en creuser aucun, il déplace des pions, évacue des personnages. Peut-être avec la complicité de son successeur (Steve Orlando), pour lui permettre de démarrer sans avoir à se soucier de replacer son casting. La solution a au moins le mérite d'être élégante, même si, en définitive, Marauders s'achève avec le sentiment de n'avoir jamais complètement débuté, comme si 27 épisodes n'avaient pas servi à grand-chose.

Car au fond ce qui se joue ici n'inspirera rien au lecteur. Il ne sera jamais ému, amusé, étonné, choqué d'assister aux mouvements des personnages, parce que Duggan ne s'est jamais investi pour nous les rendre attachants. Il a parfois fait n'importe quoi (rebaptiser Kitty Pryde Kate et l'affubler d'un costume grotesque, faire de Pyro un sombre crétin), parfois il a voulu bien faire mais trop tard (montrer la véritable puissance de mutant oméga de Iceberg), parfois il a insisté inutilement sur le caractère d'un personnage (Shaw dépeint comme une ordure - sans blague ?). D'autres ont été sous-exploité (Callisto, Bishop, Tornade - depuis partie sous d'autres cieux, dans les mains d'un auteur plus doué), d'autres sont revenus de nulle part ( Lourdes Chantel, Christian Frost, Shinobi Shaw), d'autres n'ont fait que passer (le Hurleur).

C'est dommage. Comme il est dommage que la série n'ait jamais bénéficié d'un artiste régulier. Matteo Lolli, qui a ouvert le bal d'un long défilé, revient pour l'occasion et livre, contre toute attente, son meilleur boulot. Phil Noto, qui aurait été parfait (et aurait tenu la barre sans faillir), l'accompagne, et j'enrage que ce dessinateur si compétent ait perdu son temps sur la série Cable au lieu d'être titularisé sur Marauders. Encore un rendez-vous manqué.

C'est terriblement frustrant au final. 27 épisodes pour ça ? Mais que vraiment retenir en dehors de ce sentiment d'une série qui vous glisse en permanence entre les doigts ? Sur le papier, il y avait de quoi en faire un titre majeur, avec un programme précis et intéressant. En fin de compte, Gerry Duggan aura sans cesse tout fait pourse défiler, et le staff éditorial aura été incapable d'attribuer un desssinateur de bon niveau et régulier (en dehors des trop rares épisodes signés par Stefano Caselli).

Au fond, Marauders marque bien la fin d'une époque. Je ne prendrai pas le prochain volume, et je constate que le nombre de mensuels X que je suivais va diminuer conséquemment (à part X-Men Red, rien n'est attirant, et X-Men est en ballotage).