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mardi 6 février 2024

OLD : retour (presque) parfait pour M. Night Shyamalan


Sur le point de divorcer, Gary et Prisca Cappa emmènent leurs deux enfants, Maddox et Trent, en vacances dans un complexe hôtelier luxueux sous les tropiques. Trent, sur place, devient ami avec le neveu du directeur, Idlib, qui l'initie aux messages codés. En quête d'une sortie surprenante, les Cappa se voient conseiller la visite d'une crique abritant une plage privée.
 

D'autres résidents de l'hôtel les accompagnent : Charles, un chirurgien ; sa mère, Agnes ; sa femme Chrystal ; leur fille, Kara ; les époux Carmichael, Jarin et Patricia. Sur place ils trouvent Sedan, un rappeur qui scrute la mer. 


Peu après, Trent découvre le corps de la fiancée de Sedan. Charles l'accuse de l'avoir assassiné et veut aller prévenir les autorités. Mais après s'être engouffré dans une galerie, il perd connaissance. Quand il se réveille, il est à nouveau sur la plage. Des événements incompréhensibles et inquiétants se succèdent : Maddox, Trent et Kara vieillissent et deviennent des adolescents, Agnes meurt de vieillesse, Prisca perd connaissance, Sedan saigne du nez, Charles perd la tête...


Comme pour The Killer, récemment adapté par David Fincher, Pierre Oscar Levy et Frederik Peeters ont dû être drôlement surpris il y a trois ans quand M. Night Shyamalan, le réalisateur de Sixième Sens et Incassable, a acheté les droits de leur roman graphique Château de sable pour en faire son nouveau film. Même si le cinéaste a perdu de sa superbe depuis ses tonitruants débuts, il a su se réinventer dans des productions au budget plus modeste et attirer un nouveau public (le film a coûté moins de 20M $ et en a rapporté plus de 90 !).



Que se passe-t-il donc sur cette plage où le temps passe plus vite et accélère le vieillissement mais aussi détériore la santé des plus fragiles ? Tant que Shyamalan reste le plus fidèle possible à la BD de Levy et Peeters, Old est fascinant et tordu, digne de ses meilleurs longs métrages. On attend bien sûr le twist final dont il s'est fait le spécialiste tout en espérant qu'il ne se prendra pas les pieds dans le tapis. Enfin... On l'attend sans l'attendre car le roman graphique se dispensait d'expliquer le mystère de cette crique et c'était tout aussi bien.


Mais Shyamalan n'a pas résisté et c'est dommage. Il nous impose une sorte de happy end inutile et maladroit, dont je ne vous dirai rien mais qui, pour ma part, m'a paru aussi superflu que raté. Ce n'est pas un bon twist, en tout cas pas aussi bon que ce que le cinéaste a pu inventer dans Le Village (à mon sens, son chef d'oeuvre, même si ce film est rarement cité) - surtout il ne vous sidère pas puisqu'il veut surtout expliquer les événements et non surprendre le spectateur avec une idée inattendue.

Avant cela, pourtant, M. Night Shyamalan fait de Old une oeuvre fascinante, envoûtante. Sa mise en scène privilégie les mouvements de caméra latéraux, allant et venant de droite à gauche et de gauche à droite, d'un personnage à un autre. Parfois le cadre prend de la hauteur et en plongée nous montre les protagonistes dans ce décor étroit comme si la mer d'un côté et les parois rocheuses de la crique enfermaient les héros et que le spectateur les examinait comme des rats de laboratoire. Parfois, encore, le cadre saisit les personnages en contre-plongée, nous faisant alors croire qu'ils dominent la situation.

D'un point de vue strictement formel, Old a tout de l'exercice de style : Shyamalan exploite au maximum ce décor d'abord paradisiaque puis cauchemardesque et dans le même plan réussit à lier deux événements aussi sidérants que la découverte d'un cadavre et deux adolescents qui, la scène avant, étaient encore enfants. Le trouble qui en résulte est suffisamment puissant pour créer un malaise durable.

Le lieu de l'action, sa théâtralité, donne au réalisateur l'occasion de filmer les corps comme il aime à le faire, en en révélant la sensualité et la fragilité. Par exemple, Maddox devient une ado aux formes pulpeuses que trahit son visage angélique : elle est déjà une femme mais avec des traits qui ne correspondent pas complétement à son nouvel âge. Chrystal a d'abord tout d'une bimbo avec sa ligne de top model et son maquillage trop prononcé mais ensuite on découvre qu'elle souffre d'hypocalcémie, ce qui la condamne dans les tourments de cette intrigue à une mort particulièrement horrible (que Shyamalan filme à la manière d'une scène d'épouvante, un peu grand-guignol). 

Une mise au point floue indique quand un autre personnage commence à perdre la vue. Le son qui se coupe quand un autre perd l'audition. Un décadrage subtil quand un autre encore bascule dans la folie. Même dans le moment le plus scabreux de l'histoire, où deux enfants font l'amour sans presque s'en rendre compte, Shyamalan fait preuve d'inventivité en restant très près d'eux, suggérant plus qu'il ne montre car le vrai choc interviendra ensuite.

Shyamalan est un scénariste qui sait ménager ses effets et il distille les révélations avec un sens du tempo infaillible. Il peut aussi s'appuyer sur des acteurs qui, sans être des stars comme celles qu'il avait devant son objectif à ses débuts, sont tous de solides comédiens, parfaitement choisis : de Gael Garcia Bernal à Rufus Sewell (terrifiant) en passant par Vicky Krieps ou Abby Lee Kershaw. Je retiendrai surtout Aaron Pierre qui donne à Sedan une dimension tragique intense.

Et puis il y a les trois acteurs les plus jeunes : pour les besoins de l'intrigue, il a fallu trois interprètes pour camper Maddox, Trent et Kara apparaissent à divers âges (entre 6 et 16 ans, puis adultes pour Maddox et Trent dans la dernière partie). Luca Faustino Rodriguez est excellent en petit garçon espiègle (alors joué par Nolan River) qui devient un ado affrontant des épreuves dramatiques, tout comme Eliza Scanlen fabuleuse en gamine confrontée à une puberté extraordinaire. Mais surtout il y a Thomasin McKenzie, qui incarne Maddox avec un mélange de candeur, de détermination et de féminité précoce de manière tout à fait sensationnelle : ce n'est pas la première fois que je le dis mais cette jeune actrice est vraiment incroyable de nuance dans son jeu et de présence à l'image.

Quel dommage que M. Night Shyamalan n'ait pas su arrêter le film au bon moment. Sans ce petit trop, il signait une série B magistrale, dont le mystère aurait laissé le spectateur s'interroger longtemps, hanté par cette plage mortelle. Mais que cela ne vous décourage pas de regarder Old : c'est quand même un opus très recommandable et puis, surtout, ensuite lisez Château de sable de Levy et Peeters.

dimanche 9 octobre 2022

WEREWOLF BY NIGHT, de Michael Giacchino (Disney+)


Et son tenait là la meilleure production de la Phase IV du MCU ? Werewolf by Night se présente comme un programme "Special", produit par Kevin Feige, et mis en ligne depuis Vendredi sur Disney +. Ce moyen métrage d'une cinquantaine de minutes est réalisé par le compositeur de musiques de film Michael Giacchino et investit une zone inexplorée de l'univers Marvel à l'écran. Le résultat est absolument unique et magistral.


Le décés du chasseur de monstres Ulysses Bloodstone aboutit à l'invitation dans son manoir par sa veuve Verussa de plusieurs de ses pairs mais aussi de sa file, Elsa, avec qui il était en froid. L'enjeu de cette réunion: désigner l'héritier de la Pierre de sang, une relique magique.
 

Parmi les invités se trouve Jack Russell, au palmarès impressionnant et qui gagne le droit de traquer dans le parc labyrinthique de la propriété une créature en captivité sur laquelle on accrochera la Pierre de sang pour l'affaiblir. Disposant d'une légère avance, Jack sera ensuite rejoint par les autres pour la chasse.


Particulièrement motivée, Elsa, à qui Verussa refuse tout privilège, doit se réfugier dans un crypte après avoir éliminé un de concurrents. Elle y est coincée avec Jack qui lui confie ne pas être là pour tuer le monstre mais pour l'aider à s'enfuir. Si elle l'aide, il lui cédera la Pierre de Sang. Marché conclu.


Mais si l'évasion de l'Homme-Chose Ted Salis réussit, au moment de se saisir de la Pierre, Jack est repoussé violemment par elle, révélant aux autres qu'il est lui-même un monstre. Enfermé dans un cage à l'intérieur du manoir avec Elsa, coupable de l'avoir aidé, il se change en loup-garou sous l'influence de la Pierre maniée par Verussa. La cage ne le retient pas longtemps et il tue avec Elsa les autres chasseurs et les gardes de Verussa. Avant que l'Homme-Chose ne revienne se venger de Verussa.


Comme promis, Elsa laisse filer Jack et l'Homme-Chose qui, au petit matin, dans la forêt voisine, déguste un café en mesurant leur chance de s'en être tiré.

Si on ignore à cette heure à quel moment se situe cet unitaire (pour employer un terme du jargon audiovisuel), en vérité peu importe. Mieux vaut laisser à ce Werewolf by Night son statut à part, quitte à ne pas l'intégrer au reste du MCU. C'est l'essence même de ce projet complètement décalé mais réjouissant.

A l'origine, cette adaptation du Loup-Garou de la Nuit, personnage de anti-héros apparu en 1972 sous la plume de Gerry Conway et le crayon de Mike Ploog, devait être un long métrage. Mais le projet n'a pas abouti malgré les efforts de Kevin Feige, le grand architecte du MCU et grand fan du personnage. Connu aussi pour avoir été le premier adversaire de Moon Knight, ce n'était que partie remise.

Mais qui aurait prédit qu'il réapparaîtrait sous une forme aussi originale ? En effet, Disney + veut désormais dévelopepr un nouveau format pour donner leur chance à des personnages pour lesquels un film de cinéma ou une série seraient sans doute trop compliqués à produire. Ce sera donc un "Special" d'une cinquantaine de minutes, en noir et blanc qui plus est (exception faîte de la fin en couleurs).

C'est au compositeur de musiques de film Michael Giacchino (Ratatouille, Les Indestructibles mais aussi  Dr. Strange in the Multiverse of Madness ou Spider-Man : No Way Home, et bien sûr ici) que Feige confie cet unitaire, convaincu par sa proposition cinématographique. Giacchino veut en effet en faire un hommage aux films d'épouvante des années 50, sans aucune référence au MCU et à ses super-héros.

Ecrit par Heather Quinn (qui a rédigé le synopsis original) et Peter Cameron, l'histoire se déroule sur une nuit au cours de laquelle plusieurs chasseurs de monstres sont réunis par la veuve d'Ulysses Bloodstone, leur meneur, afin de désigner qui sera son héritier. Pour gagner la Pierre de Sang qui lui permettait de vaincre les pires créatures, ils vont devoir traquer dans un labyrinthe une "abomination" affaiblie par le caillou magique. Mais parmi les concurrents s'est glissé un intrus. Et la fille de Bloodstone, en froid avec son père et en conflit ouvert avec sa belle-mère.

Sur un rythme haletant, la suite est absolument jubilatoire. Giacchino manie l'humour avec habileté, sans jamais sombrer dans la farce ou parodier les classiques dont il se réclame. On sent qu'il a beaucoup étudié les films de Jacques Tourneur (La Féline) car il privilégie à la débauche d'effets péciaux numériques la suggestion, les jeux d'ombres, les trucages traditionnels mécaniques, soutenus par une magnifique photo signée Zoë White.

Même si la durée de l'objet oblige à sacrifier la caractérisation de tous les chasseurs, le tandem formé par la force des choses par Jack Russell/le Loup Garou de la Nuit et Elsa Bloodstone est un régal, chacun étant obligé de composer avec un allié de circonstance qui, en d'autres occasions, voudrait lui faire la peau.

Puis lorsque le fameux monstre apparaît, divine surprise : il s'agit de Ted Salis, Man-THing, création de Steve Gerber et Gray Morrow, apparu dans les comics un an avant le Loup-Garou de la Nuit (en 1971 donc). Pour les connaisseurs, Salis est un savant associé au sérum du super-soldat, qui transforma Steve Rogers en Captain America, et qui chercha à le reproduire, avant d'être trahi par sa compagne, une espionne à la solde de l'A.I.M.. Il s'injecta le dernier échantillon de sa potion et se transforma en l'Homme-Chose.

Le charisme de la créature, inquiétante et sympathique à la fois, est idéalement traduit à l'image et forme l'autre grande attraction de ce programme - à tel point que depuis Vendredi, de nombreux spectateurs manifestent sur les réseaux sociaux pour qu'il réapparaisse dans de futurs projets.

Giacchino a réservé pour la fin l'intervention du Loup-Garou pour une longue séquence magistralement mise en scène. Le réalisateur n'hésite pas à faire couler le sang, de manière graphique mais pas complaisante, ce qui est étonnant pour une production Disney +.

Le casting est une réussite également. On saluera l'excellente idée d'avoir recruté Gael Garcia Bernal pour le rôle principal car le comédien s'est visiblement beaucoup amusé à composer ce faux chasseur de monstres fébrile et ironique, qui redoute sa propre sauvagerie. Sa complicité avec Laura Donnelly, qui campe Elsa Bloodstone (un choix moins évident quand on sait que dans les comics il s'agit d'une grande rousse forte en gueule) avec brio, et ses échanges avec Casey Jones, qui se cache sous le costume de Man-Thing, est savoureuse. Quant Harriet Sanson, elle est totalement déchaînée dans le rôle de Verussa.

Même si le MCU vous a déçu durant sa Phase IV et plus globalement si vous n'êtes pas client de cet univers, Werewolf by Night a toutes les chances de vous plaire car il est comme un satellite, un électron libre. Est-ce le poisson pilote pour de futures productions aussi barrées ? Une alternative aux blockbusters en salles ou les séries plus formatées sur Disney + ? L'avenir le dira. Mais quoiqu'il arrive, ça restera l'expérience la plus audacieuse de Kevin Feige. 

mardi 19 juin 2018

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 4) (Amazon)


Même si, autant le dire tout de suite, cette saison 4 déçoit un peu en n'étant pas à la hauteur de ses devancières, on quitte ses personnages avec une pointe de regret au terme du dixième épisode qui est aussi le dernier de Mozart in the Jungle. Car le show a été annulé par Amazon et n'a pas été sauvé par un autre producteur-diffuseur. Il faut donc dire ce qui a fonctionné ou pas et tirer le bilan plus global de cette série souvent jubilatoire. 

 Hailey Rutledge et Rodrigo da Souza (Lola Kirke et Gael Garcia Bernal)

Rodrigo vit désormais chez Hailey et ses deux co-locataires, musiciens comme elle au sein du New York Symphonic. Le Maestro excentrique est désormais désigné par Hailey comme son "petit ami" officiel, ce qui le rassure sur la solidité de leur relation. Cependant, Gloria Windsor, l'administratrice de l'orchestre, apprend à Thomas Pembridge, son amant et ex-chef de l'ensemble, que le Pape, lors d'une visite à New York veut assister à une représentation dans sa salle de concert.  

Le Maestro à la baguette 

La nouvelle met tout le personnel en ébullition et il faut répéter une oeuvre commandé par le Saint-Père... Sauf qu Rodrigo est parti accompagner Hailey chez ses parents ! La rencontre est tendue car il découvre que le père a toujours forcé sa fille à devenir une musicienne alors qu'elle n'en avait pas spécialement envie. Et maintenant qu'elle songe à la direction d'orchestre, il considère cela comme un échec alors qu'il lui prédisait une grande carrière de hautboïste.  

Thomas Pembridge à la tête du Queens Symphonic (Malcolm McDowell)

Le concert organisé pour le Pape tourne à la catastrophe car le plafond de la salle s'effondre sur les musiciens, heureusement sans faire de blessés graves. En cause : la prolifération de rats dans le bâtiment. Les réparations vont coûter une fortune et préoccupent donc Gloria. Moins Pembridge qui accepte, sans le lui dire, la direction d'un orchestre dans le Queens.  

Thomas Pembridge et Gloria Windsor (Malcolm McDowell et Bernadette Peters)

Gloria, tout en recherchant un riche mécène qui financera les travaux du Symphonic, est courtisée pour devenir l'administratrice du Musée Guggenheim. La proposition est alléchante jusqu'à ce manifeste Fukumoto, un industriel japonais prêt à renflouer les caisses en échange d'un concert en Asie dirigé par Rodrigo.

Hailey à la baguette

Hailey est aussi dans la tourmente : elle souhaite diriger des oeuvres de compositrices par conviction féministes, mais elle vise une partition contemporaine et courtise la dernière création d'une musicienne en vue mais qui ne lui accorde pas de crédit car elle n'a aucune expérience. A force de persévérance, Hailey la convainc (en jouant en bas de chez elle). Sa victoire contraste avec le marché conclu entre Gloria et Fukumoto quand celui-ci impose à Rodrigo de diriger le "Requiem" de Mozart - provoquant l'ire du génie défunt qui a interdit au Maestro de toucher à cette pièce inachevée.   

Rodrigo et Gloria spectateurs du concours de chef d'orchestre au Japon

Malgré tout, pour sauver le Symphonic, Rodrigo accepte de partir pour le Japon où, par ailleurs, Hailey est inscrite à un concours de chef d'orchestre. Pembridge, qui la coachait, ne peut plus le faire car il remplace un membre du jury : elle s'en remet à Rodrigo qui doit pourtant avaler une sacrée couleuvre. En effet, Fukumoto a fait achever le "Requiem" par un robot ! Et pire encore, le Maestro découvre que l'esprit de Mozart qui l'inspirait a été remplacé par le fantôme de l'extravagant pianiste Liberace ! 

Le Maestro va diriger le "Requiem" de Mozart

Inexplicablement, alors qu'elle atteint la finale du concours dont elle est la favorite, Hailey rate complètement sa prestation, n'y mettant aucun coeur, comme rattrapée par l'ombre de Rodrigo et ses conseils. Le Maestro, lui, détruit le robot et décide de diriger le "Requiem" de Mozart sans en changer ou y ajouter une note, afin de se réconcilier avec le génie, ce qui provoque évidemment la déception et la colère de Fukumoto et Gloria mais les rires de Pembridge.

Les rêveries de la cérémonie du thé

Après ça, Rodrigo estime qu'ils ont besoin, lui et Hailey, de partager un moment spécial : la cérémonie sacrée du thé. Durant ce rituel très balisé, ils entrent, l'un après l'autre, en transe, au cours de laquelle ils font le point sur leurs sentiments, leurs aspirations. Mais ils en tirent un enseignement différent : lui veut avoir un bébé avec elle, mais elle préfère rompre avec lui !

Cynthia à la tête de l'orchestre des enfants du New York Symphonic (Saffron Burrows)

De retour à New York, Rodrigo décide de se séparer de tous ses biens matériels en les offrant à ses amis et musiciens. Il s'interroge sur son avenir de chef d'orchestre en s'adonnant à la danse avec un ami chorégraphe qui veut monter un ballet sans public ! Hailey l'évite mais accepte de remplacer le hautboïste du Symphonic, que la direction de Rodrigo rend fou. Le comportement de ce dernier oblige Cynthia, la violoncelliste dont le poignet douloureux la contraint à abandonner la pratique de son instrument à reprendre en main l'orchestre des enfants.

"Et maintenant, Maître, qu'est-ce que je dois faire ?"

La restauration du Symphonic s'achève après que Gloria ait réussi à obtenir le pardon de Fukumoto. Mais il lui faut, lors de sa visite pour la réouverture de la salle, une oeuvre originale et elle convoite celle de Hesby, un ami commun à elle et Pembridge qui souhaite également diriger pour l'orchestre du Queens sa dernière partition. Parce qu'elle la lui avait commandée la première, Gloria emporte la pièce, en ouverture de laquelle les enfants joueront sous la direction de Cynthia. Rodrigo ne se présente pas au pupitre, ayant remis un message lu par le flûtiste de l'orchestre dans lequel il transmet sa baguette de chef à Hailey. Elle relève le défi et obtient un triomphe, partagé par Hesby, Gloria, Pembridge, Fukumoto et le public. Rodrigo assiste au sacre de la jeune femme avant de s'éclipser et de retrouver Mozart qui le somme de se remettre au travail maintenant... Mais sans lui dire quoi faire !

Ce qui m'a toujours enchanté dans Mozart in the Jungle, c'est son approche rafraîchissante et fantaisiste de la musique classique, ainsi que la découverte du hautbois. Moi qui n'ai jamais jamais attiré par la "grande musique", la série me l'a fait aimer davantage que tous les professeurs et mélomanes par la grâce de cet instrument et sa manière de raconter la vie d'un orchestre sous l'angle de la comédie sentimentale.

Le fait que le show ait été adapté par Roman Coppola, Jason Schwartzman - deux compères de Wes Anderson, un de mes cinéastes contemporains favoris - et Paul Weitz avec Alex Timbers a compté pour beaucoup aussi. A eux quatre, ils ont su trouver un sujet original en le traitant sans grande pompe, de quoi démythifier les salles de concert, les oeuvres, les musiciens. En somme de quoi transformer le classique en pop.

Après deux premières saisons éclatantes, la série a atteint un pic avec la troisième, notamment dans sa première partie où elle abordait l'opéra (pourtant ce que j'aime le moins dans le classique) avec l'arc narratif mettant en scène La Fiamma, génialement incarnée par Monica Bellucci. Une succession d'épisodes tellement mémorable qu'on pouvait légitimement douter que le reste soit aussi savoureux, même si le second acte relançait les protagonistes dans des situations prometteuses.

Et nous voilà donc arrivés à cette saison 4 dont on a appris très tôt qu'elle serait la dernière - la décision d'Amazon de cesser l'aventure a surpris les fans, alors que la série fonctionnait bien et semblait pouvoir continuer encore quelque temps. Mais en même temps on devine que, par les moyens qu'elle exige, elle coûtait cher (quoique l'argent n'est pas vraiment un souci pour le géant de la vente en ligne...). Peut-être tout simplement que les acteurs voulaient arrêter pour s'engager dans d'autres projets, partir en pleine gloire...

Il est pourtant évident que, même sans réfléchir à ces théories, cette nouvelle cuvée n'allait pas être à la hauteur. On s'en rend vite compte : comme beaucoup d'autres shows, Mozart in the Jungle est victime du syndrome Clair de Lune, série qui révéla dans les années 80 Bruce Willis aux côtés de Cybill Sheperd et dont les deux héros finissent par devenir amants (comme le furent un temps leurs interprètes avant de se haïr copieusement, Sheperd jalousant la popularité grandissante de Willis qui devint star de cinéma ensuite). Une espèce de malédiction touche les séries où, après avoir joué au chat et à la souris, les vedettes deviennent un couple installé, comme si les spectateurs s'en désintéressaient alors et que les intrigues ne s'en remettaient pas.

Ici, c'est pourtant assez bien assimilé même si la visite de Hailey avec Rodrigo chez ses parents révèle un malaise trop pesant pour une série qui se veut aussi légère. Ainsi, la jeune et charmante hautboïste aspirante chef d'orchestre serait une fille poussée à devenir prodige par son père qui voit désormais son changement de carrière comme un échec. C'est trop pour ne pas briser le charme alors qu'en abordant cette séquence sans drame familial, l'effet aurait été amoindri.

Le souci, c'est que cela (ce malaise) persiste durant une bonne partie de la saison où tout semble se casser la gueule misérablement, annoncer la fin du New York Symphonic comme celui de la série. La déprime gagne le téléspectateur et la fantaisie déployée pour atténuer cet état paraît alors forcée et surtout impuissante. Le scénario cherche à réorienter l'ensemble mais l'effort est laborieux.

Parce qu'il faut bien tenter quelque chose, la série se délocalise, comme dans la saison 3 : direction le Japon pour un concours de chef d'orchestre mais aussi, en parallèle, la direction du "Requiem" (un autre signe bien appuyé) de Mozart pour charmer un mécène. Comme prévu, la manoeuvre échoue mais les auteurs l'assument : ils racontent un autre échec puis un autre encore... Rien ne va plus, ça sent de plus en plus la fin, au point qu'au terme du huitième épisode, Hailey et Rodrigo se séparent.

Comment se remettre de la rupture des deux amants emblématiques du show alors que leur union officielle avait déjà entamé le début de saison ? Et cela en seulement deux épisodes ? En orchestrant (c'est le cas de le dire) une transmission en lieu et place d'une réconciliation, en imposant une happy end sans que cela se voit trop. Et sur ce coup, la mission est plutôt bien remplie, avec un final foufou, mélancolique et drôle à la fois, qui se paie le luxe de conclure sur une question à laquelle le héros ne sait pas quoi répondre (que faire quand Mozart vous somme de vous remettre au travail alors qu'on a passé le relais ?). 

Pour ce dernier tour de piste, heureusement, les acteurs donnent tout, sans réserve, en parvenant à nous faire (presque) oublier que c'est le terminus : Malcolm McDowell est vraiment extraordinaire, retrouvant un côté punk tel qu'il l'a incarné au début de sa prestigieuse carrière (les scènes avec le Queens Symphonic et ses concerts improbables sont hilarants) ; Saffron Burrows a moins de choses à jouer mais elle le fait avec une sensualité triste vraiment jolie à voir ; et en guest-star Bruce Davison campe un compositeur totalement à la ramasse réjouissant.

Puis bien sûr, il y a Lola Kirke, qui semble avoir grandi avec le rôle qu'elle porte désormais avec une détermination jusque dans l'échec qui ne manque pas de panache. Les showrunners lui font un beau cadeau en la gratifiant d'une fin de parcours radieuse. Quant à Gael Garcia Bernal, toujours survolté, il montre qu'il n'a jamais négligé la subtilité dans un rôle excentrique à souhait, comme le montre la cérémonie du thé où ses aspirations se fracassent sur la réalité qu'il a toujours évité mais qui le rattrape. On n'oubliera pas de sitôt ce Maestro unique, qui joue avec le sang !

Une morale se dégage de cette ultime saison, qui rejoint le film Amadeus du regretté Milos Forman (disparu ce Printemps, durant la diffusion de cette série qui prolonge singulièrement son chef d'oeuvre) : il est difficile - impossible ? - de vivre avec un génie car on demeure toujours dans son ombre. Il faut qu'il cède sa place pour laisser exister les autres. En se retirant (bon gré mal gré), Mozart int the Jungle comme Rodrigo nous laisse avec des regrets, dont le plus précieux est celui que son show va nous manquer quand tant d'autres finissent par nous lasser.

vendredi 11 août 2017

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 3) (Amazon)


La bonne nouvelle : Mozart in the Jungle a été renouvelé pour une quatrième saison, actuellement en tournage. La moins bonne nouvelle : il faudra certainement attendre 2018 pour suivre les aventures de Hailey, Rodrigo et l'orchestre du New York Symphony.
Mais je ne pouvais pas attendre davantage pour regarder la saison 3. Maintenant il me faut m'armer de patience, mais ces dix nouveaux épisodes m'accompagneront jusque-là avec ravissement, encore une fois. Cette série est magique !

Rodrigo à Venise (Gael Garcia Bernal)

Et cette saison est nettement découpée en deux actes :

- le premier se déroule à Venise et occupe cinq épisodes entiers, la moitié du total. Rodrigo, excédé par les tensions générées par les restrictions économiques du conseil d'administration du New York Symphony et les revendications salariales et sociales légitimes des musiciens, part pour Venise.

Rodrigo et Alessandra "La Fiamma" (Gael Garcia Bernal et Monica Bellucci)

Un projet fou, bien sûr, l'y attire : convaincre Alessandra "la Fiamma", une cantatrice retirée depuis quatre ans, de remonter sur scène pour interpréter une aria originale, composée par un musicien contemporain et dont le livret s'inspire d'un fait divers (l'affaire Amy Fisher, qui a tué la femme de son amant). Le manager de "la Fiamma" ne donne qu'un ordre à Rodrigo : "ne forniquez pas avec Alessandra !"

Cynthia Taylor et Gloria Windsor (Saffron Burrows et Bernadette Peters)

Cependant que le chef d'orchestre tente de dompter la diva, sans cesse sur le point de tout abandonner et en même temps séduisant méticuleusement Rodrigo, qui a entre temps retrouvé en Italie Hailey Rutledge, virée (suite à un souci gastrique en plein concert) par Andrew Walsh avec qui elle était en tournée, à New York la crise continue. Le maire en personne intervient et oblige les deux parties à reprendre leurs négociations.

Hailey Rutledge et Rodrigo (Lola Kirke et Gael Garcia Bernal)

Evidemment, Rodrigo tombe sous le charme de "la Fiamma" qui le surprend ensuite en train d'embrasser Hailey, pour calmer son trac avant la représentation. La diva se produit sur trois sites consécutifs la même soirée - un bac flottant avec Rodrigo au violon et Winslow Elliott au piano, sur un quai avec Placido Domingo, et sur une scène à ciel ouvert avec des boucles électroniques pilotées par Rodrigo. Le spectacle est un triomphe, mais "la Fiamma", rancunière, jure de ne plus jamais travailler avec le maestro.

"Hail Lai"

- Le deuxième acte s'ouvre avec les retours de Hailey et Rodrigo à New York - ce dernier force Gloria Windsor et les musiciens à conclure un accord en les enfermant dans une église. Hailey retrouve Lizzie qui, avec son héritage, va ouvrir un bar-cabaret où elle souhaite que son amie prépare et dirige (la jeune hautboïste a tenu la baguette durant des répétitions à Venise) un numéro musical.

Thomas Pembridge (Malcolm McDowell)

Hailey obtient de Thomas Pembridge qu'il la laisse conduire sa première composition, l'ex-maestro entame une liaison avec Gloria après qu'elle ait convaincu l'orchestre de rejouer (au prix de quelques sacrifices financiers de part et d'autres).

Cynthia

Cynthia Taylor, souffrant toujours de sa tendinite au poignet gauche, décide d'arrêter les antalgiques pour une opération délicate, mais qui lui permet de rencontrer un joueur de basket-ball dans la même situation qu'elle. Rodrigo, lors d'une levée de fonds, surprend tout le monde en annonçant l'ouverture d'une classe ouverte à tous les enfants pour qui le New York Symphony fournira des instruments et des leçons gratuites - ce qui le contraindra à financer cela en s'humiliant.

Rodrigo et "Hail Lai"

La rentrée musicale est annoncée et des auditions à l'aveugle sont organisées. Hailey y échoue mais ouvre son lit à Rodrigo, qui veut lui confier l'orchestre pour enfants. Leur couple résistera-t-il à leurs tempéraments ? Et quel avenir pour le New York Symphony après 87 jours de grève ?

J'avoue, en entamant le visionnage de cette nouvelle saison, l'avoir abordé avec méfiance puisque je savais qu'une partie de l'intrigue allait explorer le monde de l'opéra, un genre musical que je n'ai jamais apprécié (déjà que ma culture musicale classique est limitée...). Lorsque j'ai compris en plus que cela occupait les cinq premiers épisodes...

Mais c'est oublier que si la musique, la direction d'un orchestre, l'interprétation sont au coeur de Mozart in the Jungle, la série l'utilise aussi comme un argument, un moyen, pas une fin en soi, et que l'intérêt de l'entreprise est de montrer à la fois quel désordre préside à ce résultat pourtant si harmonieux, et par quels tourments passent les personnages pour ménager leurs passions artistique et amoureuse.

Par ailleurs, cette parenthèse italienne est une splendeur visuelle, une respiration bienvenue après deux saisons à New York. Le fantôme de Mozart continue de visiter régulièrement Rodrigo qui va trouver avec "la Fiamma" une femme à sa (dé)mesure. La production a convaincu Monica Bellucci de l'incarner et sa prestation est brillante, surtout quand elle interprète la diva capricieuse, aguicheuse et en proie au doute - un peu moins quand elle exerce son art puisqu'on sait bien que l'actrice n'est pas cette impressionnante mezzo soprano (j'ai cherché qui la doublait mais je n'ai pas trouvé, et les crédits du générique du fin défilent si rapidement que cela m'a échappé).

Lorsque l'histoire revient à New York, on n'est pourtant pas au bout de nos surprises : encore une fois, Roman Coppola, Jason Schwartzman, Alex Timbers et Paul Weitz ont réussi à fournir une trame très dense et pourtant très fluide. L'épisode 7 est à cet égard exceptionnel, narrativement et visuellement, puisque l'action se déroule dans l'enceinte de la prison de Ryker's Island où l'orchestre joue des pièces d'Olivier Messiaen devant d'authentiques détenus. La mise en scène imite celle d'un documentaire filmé par le personnage de Bradford Sharp (le petit ami de Lizzie), joué par Schwartzman, et alterne des moments de ce concert et des témoignages face caméra des prisonniers, tous émus par le spectacle, la musique. S'il fallait un argument pour vous convaincre de regarder cette série, ce serait celui de découvrir cet épisode magnifique.

La caractérisation est toujours aussi ouvragée, les protagonistes évoluent, font face à des décisions importantes (le couple de Pembridge et Gloria, l'opération qui décidera de l'avenir professionnel de Cynthia, la retraite de Betty Cragdale, l'expérience de direction d'orchestre de Hailey), souvent drôles (Pembridge qui collabore avec un DJ pour un titre qui devient n°1 en Asie !), quelquefois émouvants (la mort de Rivera, hors champ, traité sans misérabilisme). C'est un bonheur renouvelé et jamais déçu de retrouver ces héros.

L'interprétation est une fois encore formidable, avec Malcolm McDowell, Bernadette Peters, Saffron Burrows, et bien entendu le duo infernal formé par Gael Garcia Bernal (lumineux, fantasque) et Lola Kirke (de plus en plus jolie et attachante). L'apparition de Placido Domingo ou la participation du violoniste Joshua Bell sont à la fois fabuleuses et (presque) normales, la série parvenant à valoriser les artistes sans les sacraliser. 

Que du plaisir donc. Même si maintenant il va falloir attendre plusieurs (longs) mois pour jubiler à nouveau !

mardi 8 août 2017

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 2) (Amazon)


La première saison m'a tellement emballé que je n'ai pas tardé à suivre la saison 2 de Mozart in the Jungle, toujours conduite par le quatuor Roman Coppola-Jason Schwartzman-Alex Timbers-Paul Weitz pour Amazon.

Ci-dessus : un petit résumé des relations des principaux personnages de la série

L'orage gronde au New York Symphony quand démarre cette nouvelle saison, qui se situe deux mois et demi après la fin de la précédente : en effet, les musiciens menacent de faire la grève si leurs salaires et leurs revendications sociales ne sont pas renégociés par le conseil d'administration.

Rodrigo et "Hail Lai" (Gael Garcia Bernal et Lola Kirke)

Le souci est d'autant plus grand que l'orchestre se prépare à partir en tournée en Amérique du Sud, après un concert dont l'invité de marque est le violoncelliste Andrew Walsh - notoirement connu aussi pour aimer coucher avec les plus jolies musiciennes, Cynthia a été sa maîtresse, et maintenant il convoite Hailey, ce qui déplaît à Rodrigo, le chef (qui angoisse à la perspective de jouer à Mexico, sa ville natale, où vit encore son mentor, Rivera).

Gloria Windsor (Bernadette Peters)

Cependant, Gloria Windsor, l'administratrice du NYS, bataille avec son rival au conseil, Biben, pour préserver l'orchestre. Elle a recruté un suppléant pour Rodrigo, Lennox (aux méthodes aussi discutables), et entame une liaison avec le régisseur, Pavel, qui a découvert son secret (mais je ne le spoilerai pas).

Nina Robertson et Cynthia Taylor (Gretchen Mol et Saffron Burrows)

A Mexico, entre le vol du violon de Warren Boyd (et les recherches mouvementées pour le retrouver in extremis) et le concert, Rodrigo présente "Hai Lai" à sa grand-mère, qui l'a élevé, puis à Rivera, qui souhaiterait que son disciple reprenne sa classe d'étudiants, des gosses désoeuvrés pour qui la musique est la seule chance de s'élever socialement. Une offre impossible à accepter et donc déchirante pour le maestro... Qui, de retour à New York, se croit maudit alors qu'il souffre d'amusie (le mal qui rendit Beethoven sourd).

Rodrigo De Souza

Nina Robertson, l'avocate engagée par Cynthia pour défendre les intérêts des musiciens, emploie la manière forte pour contraindre le conseil d'administration, ce qui aura de fâcheuses conséquences (pour le couple qu'elle forme avec Cynthia et tout l'orchestre). Thomas Pembridge enterre sa femme, qui décède en écoutant la symphonie qu'il vient de composer. Rodrigo met sa démission dans la balance pour sauver le New York Symphony...

Hailey Rutledge

Mais cela paiera-t-il ? Et évitera-t-il à Hailey de quitter la ville pour partir en tournée avec Walsh et vivre une liaison avec son nouvel amant ?

C'est bien simple, c'est comme si les auteurs de cette nouvelle saison avaient décidé d'appuyer à fond sur la pédale de l'accélérateur tellement il s'y passe de choses, tellement les cartes sont rebattues, et que le spectateur est entraîné dans un grand huit émotionnel.

Pour l'essentiel, on retrouve les fondamentaux de la série, qui est toujours aussi drôle et original (avec son cadre, ses personnages, son lot d'intrigues, de péripéties), en adoptant ce ton unique, subtilement décalé, tour à tour fantasque, sentimental et mélancolique.

Mais Rodrigo n'est plus le seul à capter l'attention : bien que toujours aussi excentrique, il gagne en nuances et cela rejaillit sur le reste de l'orchestre, les relations entre les musiciens sont plus creusées (via la menace de la grève et la tournée sud-américaine). 

Les épisodes s'enchaînent à toute allure, tout en réservant au spectateur des moments suspendus (Rodrigo, la veille du départ en tournée, seul sur la scène, prenant conscience qu'il a trouvé là sa maison - comme il l'avouera à voix haute à son orchestre plus tard - , les retrouvailles avec le maestro Rivera, la rencontre avec Mémé DeSouza, la disparition loufoque et tragique à la fois de la femme de Pembridge...). 

L'histoire s'encanaille aussi avec la liaison entre Nina, l'avocate carnassière (incarnée par la superbe Gretchen Mol), et Cynthia, la violoncelliste "fucking hot", ou entre Gloria "Antoinette" et Pavel (qui souffrira de ne pouvoir être vu avec elle en public), ou encore le couple désormais établi entre Lizzie (la coloc de Hailey) et Bradford Sharp (le podcasteur mélomane - joué par Jason Schwartzman lui-même).

La réussite de la première saison a permis à la production d'attirer des guests incroyables, comme le pianiste Lang Lang ou d'autres virtuoses comme Emmanuel Wax, Joshua Bell. Face à eux, Wallace Shawn (alias Winslow Elliott) et Dermot Mulroney (alias Andrew Walsh) restent parfaitement crédibles.

La distribution est là, dans une forme prodigieuse : Gael Garcia Bernal toujours aussi déchaîné et attachant bien sûr, Malcolm McDowell royal, Bernadette Peters et sa voix flûtée, Saffron Burrows plus que parfaite, et la solaire Lola Kirke. Le show ne serait pas le même sans eux ou avec d'autres qu'eux.

Dix nouveaux épisodes euphorisants !

vendredi 4 août 2017

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 1) (Amazon)


Pas vraiment une nouveauté puisque datant de 2014, mais je vous recommande vivement de découvrir Mozart in the Jungle (trois saisons à ce jour), série créé par Roman Coppola, Jason Schwartzman (son cousin) et Alex Timbers et produite par Amazon. 

Hailey Rutledge (Lola Kirke)

Le maestro Thomas Pembridge dirige pour la dernière fois l'orchestre symphonique de New York et passe la baguette à son jeune successeur, le génial mais imprévisible Rodrigo de Souza, en qui l'administratrice a placé tous ses espoirs pour garder ses auditeurs habituels mais aussi gagner les faveurs d'un nouveau public.

Le maestro Thomas Pembridge (Malcolm McDowell)

Jeune hautboïste, Hailey Rutledge se présente à une audition pour intégrer l'orchestre, bien que le syndicat des musiciens, dont la violoncelliste Cynthia Taylor (ex-maîtresse de Pembridge) est la représentante, se cabre contre cette initiative. Retenue, la jeune femme se plante hélas ! totalement lors d'une répétition quand elle découvre qu'elle est assise à la gauche de la première hautboïste, son idole - mais qui ne lui sera d'aucun réconfort car c'est une vraie peau de vache !

Cynthia Taylor (Saffron Burrows)

Rodrigo recrute alors Hailey comme assistante afin qu'elle s'aguerrisse et elle doit lui rappeler ses obligations contractuelles, qu'il assume avec plus ou moins de sagesse, comme lorsqu'il faut aider Gloria Windsor, la patronne de l'orchestre, à lever des fonds auprès de généreux donateurs.

Le nouveau maestro Rodrigo de Souza (Gael Garcia Bernal)

Tout ce beau monde devient aussi nerveux que Pembridge, qui décide, excédé, de tout plaquer (femme, poste de "directeur émérite", traitement médical - direction : Cuba !), à mesure que le soir de la première approche et que Rodrigo n'a toujours pas choisi quelle oeuvre il conduira.

Ana "fuck the system !" Maria (Nora Arnezeder)

Et quand, enfin, il se décidera pour un concerto de Sibelius, il devra convaincre son ex, la volcanique Ana Maria, d'accepter le rôle de premier violon...

Inspiré des Mémoires de Blair Tindall, Mozart in the jungle : sex, drugs and classical music, cette série est jubilatoire. Découpée en dix épisodes de 25 minutes chacun, on n'a pas le temps de s'ennuyer tant la trame narrative est riche.

Réussir une comédie chorale est un exercice délicat, surtout quand on ambitionne de le faire sur le ton de la fantaisie à la fois lunaire et burlesque sans sombrer dans la farce. Le scénario y parvient parfaitement en soignant la caractérisation d'une belle galerie de personnages soumis au génie excentrique mais investi de ce fameux maestro Rodrigo, qu'on suit essoufflé comme Hailey mais aussi en riant de bon coeur.

Les seconds rôles ajoutent encore au plaisir en développant des intrigues secondaires : de la violoncelliste Cynthia (qui estime ses amants en fonction de leurs qualités musicales, mais qui est aussi accro aux analgésiques à cause d'une tendinite tenace) à l'ex-chef d'orchestre Pembridge (qui préfère finalement tout envoyer valser plutôt que de supporter qu'on insulte Tchaïkovski) en passant par la coloc de Hailey (qui hérite d'une fortune colossale dont elle ne sait quoi faire) ou le danseur qui séduit Hailey (tout en dormant dans le même lit que sa partenaire).

Le format court, plutôt dévolu à la sitcom, se prête idéalement à cette série dense et légère à la fois, dans laquelle on reconnaît le ton des productions de Roman Coppola et Jason Schwartzman (par ailleurs tous deux collaborateurs réguliers du génial Wes Anderson). Et, en plus, divinement mis en musique.

L'interprétation est magistrale, de Gael Garcia Bernal qui cabotine comme seuls les grands savent le faire à la révélation Lola Kirke parfaite en ingénue éberluée en passant par Saffron Burrows sensuellime ou Malcolm McDowell impérial. Mention spéciale à la prestation volcanique de la française Nora Arnezeder, hilarante.

Comme dirait l'autre, ce qui suit est encore du Mozart.