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dimanche 4 juin 2023

FANTASTIC FOUR OMNIBUS PAR MARK WAID & MIKE WIERINGO


Comme je l'avais dit dans ma critique de Fantastic Four #7 (#700), j'ai acquis l'Omnibus Fantastic Four par Mark Waid et Mike Wieringo récemment publié par Panini Comics. L'occasion d'avoir l'intégralité de leur un en seul volume (de plus de 800 pages) pour un prix décent (je l'ai acheté d'occasion pour 65 E sur Amazon). Comme il serait fastidieux de résumer tous les épisodes et d'en faire la critique détaillée, je vais passer en revue les étapes importantes des différents arcs narratifs et tenter d'expliquer pourquoi ça reste une réussite exemplaire.

L'album démarre au #60. Mark Waid explique dans la préface de l'Omnibus qu'il a hésité à accepter le job car... Il n'était pas vraiment fan de Fantastic Four ! Mais quand l'editor Tom Brevoort lui a expliqué qu'il comptait lui associer Mike Wieringo au dessin, le scénariste s'est laissé convaincre car l'artiste était son ami. Il s'est donc plongé dans la relecture de la série et a dressé une note d'intention en commençant par définir les caractéristiques de la 1st Family de Marvel (hélas ! et c'est le seul faux pas de l'Omnibus de Panini, ce document ne figure pas au sommaire alors qu'il est dans le 1er tpb en vo).


Cet épisode 60 et le suivant sont des modèles du genre pour (ré)introduire les personnages au lecteur. Waid a compris que les 4F souffraient d'un déficit de notoriété comparés aux Avengers et aux X-Men et il transpose ce constat dans son récit. Reed Richards engage donc un publiciste pour améliorer l'image de l'équipe tandis que Sue, pour responsabiliser son frère Johnny, en fait le directeur financier. Mike Wieringo, avec le coloriste Paul Mounts, impose d'entrée de jeu un graphisme léger, lumineux, tout en rondeur, avec des personnages souriants. On est dans un feel-good comic-book, on s'y sent bien.
 

Passé ce démarrage, pourtant, les fans vont être déçus par le premier arc, Equation. Waid imagine un adversaire inédit qui n'est pas inintéressant dans la mesure où il confronte Reed Richards à la possibilité qu'une de ses inventions déraille. Mais effectivement, quelque chose manque dans cette histoire qui évoque les dérives autrefois vues chez Hank Pym avec Ultron sans atteindre la même intensité. Toutefois, tout n'est pas à jeter : Wieringo illustre ça de manière très dynamique, encore une fois Mounts fait des merveilles aux couleurs, et surtout malgré le défaut de charisme de la menace, on devine déjà que Waid ne va pas ménager ses héros qui souffre vraiment dans leur chair lors des combats.


L'insectoïde du Leviavers est aussi un arc mineur. Mais Waid développe sur deux épisodes un élément qu'il a introduit dès le #60. Mark Buckingham remplace Wieringo mais sa prestation est gâché par un encrage médiocre de Danny Miki et Allen Martinez qui ne lui convient pas. On pourrait penser à ce stade, après six mois de parution, que, finalement, ça ne part pas très bien, que les auteurs ont des difficultés à prendre leurs marques. Mais c'est un peu plus subtil que ça comme on va le voir dès l'épisode et l'arc suivant...


En effet, le 67ème épisode est le prologue à un arc en quatre parties qui va faire date en qui reste encore aujourd'hui un classique, de ces histoires qui restent dans les mémoires. L'Appel des ténèbres (Unthinkable en vo) montre le Docteur Fatalis comme on l'a rarement vu, réellement méchant et dangereux, échafaudant un plan diabolique et n'hésitant pas pour l'exécuter à se servir de sa propre filleule, Valeria Richards. 


Waid ne réinvente pas la roue : l'intrigue repose sur l'éternel duel entre les egos surdimensionnés de Reed Richards et Victor von Fatalis. Ce dernier, scientifique de génie comme Mr. Fantastic, a aussi étudié les arts occultes comme sa mère gitane avant lui et n'a eu de cesse de vouloir prouver au monde sa supériorité sur celui qui a causé l'accident qui l'a défiguré. 

Les fans ne goûteront guère au relooking extrême de Fatalis conçu par Wieringo qui fait pourtant tout à fait sens dans le cadre de cette histoire très noire. Le pauvre Franklin en sortira durablement traumatisé, Ben Grimm esquinté physiquement, et, idée cruellement géniale, Reed Richards défiguré à son tour. N'hésitons pas à le dire : cet arc est un chef d'oeuvre. 


Et il l'est parce que Waid à partir de là va opérer un virage à 180° dans sa vision de la série. Fini le feel-good, bienvenue en enfer. Le scénariste va explorer, longuement, les conséquences de cette aventure sur le groupe, alors qu'il est plutôt d'usage dans les comics super-héroïques de passer rapidement à autre chose, les super-héros étant dotés habituellement d'une faculté de résilience inouïe. Il faut noter en outre deux points : d'abord la série reprend sa numérotation historique (le dernier épisode de L'Appel des ténèbres est le n°500), et les deux épisodes suivants formant l'arc Retour de l'enfer sont mis en images par Casey Jones, qui s'acquitte d'une prestation très honorable à la suite de chapitres magistralement réalisés par Wieringo.


Lorsque je dis que Waid va exploiter sur la durée les répercussions de L'Appel des ténèbres, il faut me prendre au mot. Le scénariste se lance alors dans son histoire la plus controversée : en compagnie de Howard Porter au dessin, il imagine que Mr. Fantastic va vouloir restaurer la démocratie en Latvérie puisque Fatalis a été envoyé en enfer. 

Le problème, d'ordre moral, éthique, c'est que les méthodes de Reed Richards ne valent guère mieux que celles de son rival : face à un peuple qui n'a jamais rien connu d'autre que le joug tyrannique du souverain, lui et ses compagnons sont d'abord rejetés. On découvre un Reed Richards volontiers manipulateur et radical pour arriver à ses fins, ce qui créé de vives tensions avec Sue et surtout Ben mais aussi Johnny. 

La question centrale est de savoir si on peut faire le bien contre la volonté des opprimés, mais Waid interroge aussi le sens politique de cette démarche car les pays voisins convoitent la Latvérie et la crise prenant de l'ampleur, les Nations-Unies s'en mêlent. Nick Fury va alors tenter de raisonner les 4F et le dénouement se soldera par la mort de Ben Grimm.

C'est passionnant à lire, mais aussi pénible car les Fantastic Four sont montrés sous un jour des plus troubles. Et il faut supporter le graphisme de Porter, dont je n'ai jamais été fan.


Heureusement Wieringo revient (enfin !) après quand même huit mois d'absence. La Chose est donc morte et les Fantastiques sont au plus mal. L'opinion internationale s'est retournée contre eux, les inventions de Reed ont été réquisitionnées par le gouvernement américain, les finances sont au plus bas. Le groupe lui-même a explosé car ni Johnny ni Sue n'ont pardonné à Reed la mort de Ben. Pourtant Reed entreprend de ressusciter son ami et quand sa femme et son beau-frère l'apprennent, pas question de le laisser faire - ou en tout cas pas tout seul, sans surveillance cette fois. 

L'arc intitulé L'Au-delà est une merveille : visuellement déjà parce que retrouver Wieringo, au meilleur de sa forme après son long break, aboutit à des planches magnifiques, d'une inventivité débridée, d'une élégance imparable. Le trait de Wieringo, encré par le fidèle Karl Kesel (qui deviendra le scénariste suivant sur la série après la fin du run de Waid) et valorisé par les couleurs de Paul Mounts, rappelle quelle perte a été sa disparition prématurée en 2007. Il m'arrive souvent de me demander ce qu'il aurait encore pu produire, ce qu'il ferait aujourd'hui (même si on sait qu'il ambitionnait de s'exercer sur des héros plus adultes comme le Punisher ou, toujours avec Waid, de revenir chez DC pour une série Aquaman).

Waid ressuscite la Chose de la façon la plus poétique qui soit en orchestrant la rencontre des 4F avec Dieu qui a les traits de... Jack Kirby. Qui en profite pour effacer les cicatrices de Reed Richards et de donner à l'équipe un dessin avant de les renvoyer dans notre dimension. Magique tout simplement.


Mike Wieringo a faim et il enchaîne donc naturellement avec l'arc suivant en deux parties où Waid invite Spider-Man. La Torche Humaine, qui s'est toujours chamaillé avec le Tisseur, va lui demander conseil, entre deux affrontements avec Hydro-man, pour savoir comment gérer l'impopularité des Fantastic Four. C'est savoureux et Spidey prouvera une nouvelle fois à quel point pourquoi il est en somme le meilleur de tous, n'hésitant pas à offrir à Johnny Storm une occasion de briller en public à son détriment. On sort ainsi d'un long cycle où l'équipe a souffert dans sa chair et moralement face à Fatalis et aux choix discutables de Mr. Fantastic. C'est le retour du feel-good.


Et pour bien le souligner, ces deux épisodes, Côte d'impopularité, sont agrémentés d'une back-up story en deux parties située dans le passé et dessinée par rien moins que Paul Smith. C'est donc évidemment sublime, et le couple Reed-Sue est mis en avant dans une aventure où l'on fait la connaissance d'une ex-conquête de Mr. Fantastic.


Wieringo va reprendre du recul sur l'arc suivant, Famille je vous hais !, et c'est Paco Medina qui le remplace cette fois. On entre là dans des épisodes que je n'avais jamais lus et la première surprise vient du dessin justement car à cette époque, Medina avait un style très différent de celui qui est le sien aujourd'hui. L''influence de Humberto Ramos est manifeste, avec cette exagération des proportions, une expressivité poussée, et des courbes omniprésentes. L'intrigue en elle-même, par contre, est un bon cran en-dessous de ce que Waid a produit jusque-là, avec cette formation des Terrifics où le Sorcier, le Piégeur engage Hydro-man et Salamandra pour piéger les Fantastiques publiquement. On passe ? On passe.


Nous arrivons tranquillement à la fin de ce beau pavé puisque c'est déjà l'épisode 517 (sur 524). Et cette conclusion est le bouquet du feu d'artifices. Mike Wieringo ne fera plus faux bond et il va dessiner des épisodes extraordinaires, spectaculaires, avec des designs somptueux. Mark Waid, lui, nous embarque dans un saga en deux actes grandioses où Zius, un savant qui a secouru plusieurs habitants de planètes menacées par Galactus, veut que la Femme Invisible se sacrifie pour lui permettre de poursuivre sa mission.

Waid, on le devine, a l'intention de donner un coup de pied dans la fourmilière avec cette histoire king-size mais n'ira pas jusqu'au bout de son idée. Pourquoi ? Sans doute que le staff éditorial a jugé le projet trop radical et réfléchissait déjà à l'après. Ou alors le scénariste a simplement voulu tester le lectorat et s'est ravisé in extremis, préférant ranger tous ses jouets avant de passer la main. 

Mais quand même, quand il échange les pouvoirs de Sue et Johnny, on devine qu'il a voulu tenter quelque chose. Comme de donner à Sue un pouvoir plus spectaculaire et à faire de Johnny autre chose que l'éternel post-ado insouciant de la famille Sorm et des FF. Plus loin, Ben Grimm retrouvera son apparence humaine et Reed envisage sérieusement de sacrifier son pouvoir élastique pour devenir la nouvelle Chose, culpabilisant toujours de n'avoir jamais trouvé un moyen de guérir son ami. Si Waid était allé jusqu'au bout, la face de la série en aurait été profondément changé (même si Marvel aurait sans doute cherché à restaurer le statu quo ensuite).


Pas de run sur Fantastic Four sans Galactus. ET c'est donc logiquement que Waid convie le dévoreur de mondes pour achever son run. Ce qui ne l'empêche pas de surprendre en faisant de Johnny le nouvel héraut du géant. Puis de faire revenir Galen, l'individu qui est devenu Galactus à la suite du Big Bang. Le scénariste démontre que, quelle que soit sa forme, Galen/Galactus est et reste un être totalement déconnecté de notre conception de l'humanité, venu d'un temps si ancien que notre monde, nos vies, nos idées lui restent étrangers.

C'est une curieuse intrigue, sans beaucoup d'action, et qui peut frustrer, surtout pour fermer le ban d'un run aussi exceptionnel. Mais on peut l'interpréter différemment en considérant que Waid, depuis le début, a manifesté une intention constante de ne pas caresser le fan dans le sens du poil, de ne pas écrire la série de manière convenue. Et surtout d'être dans une réflexion character's driven, en concevant des arcs narratifs dont l'objectif était d'interroger les quatre membres de l'équipe, leur caractère, leur place dans le groupe, la notion même de famille. En préférant mettre en scène Galen plutôt que Galactus, Waid reste dans cette logique, à contre-courant, focus sur le personnage plutôt que sur une énième histoire grandiloquente avec le dévoreur de mondes.

Dans ce registre décalé, le dessin de Mike Wieringo est exemplaire, montrant avec justesse un individu déphasé mais qui donne à voir quelques aspects peu reluisants de l'Amérique, de New York, de la société, en même temps que la volonté obstinée des héros de mettre en avant ce qu'il y a de positif, de beau, de valable dans tout ça.


Le dernier épisode, daté de Mai 2005, est mouvementé, ludique et poignant à la fois, surtout en ce qui concerne Ben Grimm. Si on devait alors faire un bilan, on peut dire que des quatre, c'est peut-être Sue que Waid a le moins mis en avant, le moins exploré. Mais en même temps, elle apparaît, certes en retrait, mais aussi comme le pilier du groupe, la figure la plus intègre, la plus solide, et sans doute la plus puissante, la plus souple aussi. Reed compose avec une culpabilité constante qui menace de le faire dériver. Johnny est un gamin farceur mais brillant à l'occasion. Et Ben est ce grand frère, cet oncle, généreux, ronchon, mais attachant, droit, fidèle. Comme il est dit dans le premier épisode du run, les Fantastic Four ne sont pas des super-héros, même s'ils font leur part, ce sont des explorateurs, des "imaginautes", et plus que tout une famille (le fait qu'ils portent tous le même costume prouve d'ailleurs qu'ils forment une entité et non pas un ensemble disparate).

Mike Wieringo leur a apporté une forme de nouvelle jeunesse avec son style qu'on a souvent qualifié de "cartoony" : il admettait son admiration pour Walt Disney, les animateurs célèbres de l'âge d'or du studio (comme Wolfgang Reithermann), et l'influence de l'école franco-belge (on peut déceler des traces de Uderzo chez lui). Il y a un côté naïf, immédiatement accessible, joli dans son trait, qui peut attirer de jeunes lecteurs, mais aussi un soin pour créer des images détaillées, dans un découpage tonique, qui comblera des fans plus exigeants mais tolérant autre chose qu'un réalisme académique. En tout cas, parfaitement en phase avec la tonalité adoptée par Mark Waid, entre légèreté et gravité, amusement et tension, intimisme et spectacle.

'Ringo (comme il signait) retrouvera une dernière fois ces personnages pour une mini-série, écrite cete fois par Jeff Parker, L'Âge d'argent, avec Spider-Man en guest-star. Ce sera son dernier travail. Mark Waid, lui, renoncera définitivement à son projet Aquaman dont il rêvait avec son partenaire, et il attendra longtemps avant de trouver un partenaire avec lequel sa relation de travail sera si accomplie (Chris Samnee sur Daredevil, puis Black Widow, puis Captain America).

Mais ces 34 épisodes de cet Omnibus sont indispensables pour le fan de Fantastic Four, de Marvel, et surtout de comics. N'hésitez pas, si vous voulez vous offrir un de ces pavés : celui-ci vous comblera.

lundi 30 juillet 2018

STARMAN, VOLUME 9 : GRAND GUIGNOL, de James Robinson, Peter Snejbjerg et Paul Smith


Grand Guignol est le neuvième recueil des aventures de Starman, écrit par James Robinson et dessiné par Peter Snejbjerg avec le concours de Paul Smith (pour l'épisode 69). Il comprend les épisodes 61 à 73 de la série, publiés en 2000-2001. L'histoire débute avec le retour de Jack Knight à Opal City, après son périple spatial narré dans les volumes sept et huit.


A peine arrivé chez lui, Jack est abordé par Ralph Dibny/Elongated Man qui lui explique que The Shade, accusé de plusieurs meurtres et disparitions - parmi lesquels Matt et Hope O'Dare et Dee Tyler/Phantom Lady - est activement recherché par d'autres héros - comme Black Condor. Sadie Falk, la fiancée de Jack, est aussi introuvable mais personne ne sait qu'elle aide Jon Valor/the Black Pirate à se disculper du meurtre de son fils. Jack retrouve son père juste avant qu'une série d'explosions ne ravage Opal City.


Ralph Dibny et Black Condor, d'un côté, et Matt et Hope O'Dare, de l'autre, tentent d'endiguer la vague de criminalité en ville. Adam Strange est aussi de la partie, coincé sur Terre en attendant d'être ramené sur Rann par le rayon Zeta. Ted Knight s'interroge sur la santé mentale de The Shade en se souvenant du nombre de fois où il a agi alternativement pour le Bien et le Mal. Sadie et Jon Valor sont enlevés par The Shade.
  

Barry O'Dare trahit sa famille en livrant Matt et Hope à The Shade. Jack porte secours aux civils touchés par les explosions puis rentre chez lui tenter de se reposer. Mais il en est empêché par The Mist qui tente de l'abattre. Ralph Dibny  retrouve sa femme, Sue, indemne. The Shade tient également Mikaal Tomas, revenu sur Terre depuis peu, après avoir accompagné Jack dans l'espace. Puis il créé un dôme noir qui isole Opal City avant que Jack n'ait eu le temps d'appeler Alan Scott/Sentinel et la JSA à la rescousse.


Quelques jours auparavant, Mikaal Tomas revenait sur Terre avant Jack et avait une discussion avec le fantôme de David Knight qui tentait de le préparer au chaos engendré par The Shade. Mais, averti trop tard malgré tout, il était capturé par les complices de ce dernier.


Les forces de police sont massacrés par les acolytes de The Shade - The Mist, Salomon Grundy, Ragdoll, The Spider, les Bodine, Crusher et Dr. Phosphorus. Ce dernier affronte Ted Knight qui réussit à le semer. Exhibant ses prisonniers sur la grande place d'Opal City, The Shade menace de tuer Sadie si Jack ne se montre pas et Starman apparaît... Pour voir son adversaire défaillir et Simon Culp surgir de ses entrailles !
  

Londres, 1838. Simon Culp rencontre Dickie Swift/The Shade et découvre qu'ils partagent le même pouvoir. Ils vivent plusieurs aventures ensemble, en Inde en 1850, en Autriche en 1866, et à Opal City en 1882. Traqués par les Ludlow, leurs chemins se séparent. Quand ils se recroisent en 1941 à Londres, devenus rivaux, Culp est aspiré dans les ténèbres de The Shade à la suite de l'explosion d'une bombe.

 

Adam Strange et Black Condor interviennent pour permettre à Jack, Sadie, Phantom Lady, Clarence, Matt et Hope O'Dare d'échapper à Culp. Pendant ce temps, les Dibny reprennent les recherches de Sadie sur le passé de Jon Valor/The Black Pirate afin de comprendre pourquoi The Shade l'a enlevé et consultent Hamilton Drew, qui a également enquêté sur le sujet il y a longtemps. Ted Knight comprend que le Dr. Phosphorus l'a irradié mortellement. Et "Bobo" Bennetti se délivre de la croix à laquelle on l'a attaché sur la grande place.


Autrefois. Désormais prisonnier du corps de The Shade, Culp s'emploie à contrôler son esprit, ce qui explique le comportement ambivalent de Dickie Swift au fil des ans. Accédant grâce aux ténèbres au néant, il recrute ses alliés : Ragdoll, Grundy, The Spider, les Bodine, The Mist, Dr. Phosphorus. Durant la même période,Hamilton Drew enquête sur le cas de Jon Valor/The Black Pirate, accusé d'avoir tué son propre fils, et découvre qu'il est devenu une puissante force occulte capable de canaliser ou développer les ténèbres en mourant.
   

Jack se retranche dans l'observatoire en ruines de Ted et ils élaborent un plan pour contre-attaquer Culp et sa bande. Ted, se sachant condamné, trouve dans le souvenir d'une étrange aventure passée avec la JSA, où les compagnes des héros prirent leur place pour les sauver sous la direction de Wonder Woman, l'inspiration pour livrer sa dernière bataille. Culp initie le rite qui va lui permettre, grâce à la condition spéciale de Jon Valor/The Black Pirate, d'anéantir ce qu'aime le plus son ennemi The Shade : Opal City !
  

Clarence O'Dare gagne avec Phantom Lady, Matt et Hope, la station de radio locale et lance le rappel des troupes de police pour donner un dernier assaut contre les forces de Culp. Ted affronte une nouvelle fois Dr. Phosphorus et le tue. Adam Strange travaille à un moyen d'activer le rayon Zeta pour téléporter à Opal City l'armée de Rann. Mikaal combat Grundy. The Shade est sauvé de The Spider par Matt et Hope O'Dare. Hamilton Drew accompagnent les Dibny à la recherche de l'endroit où Culp retient Jon Valor/The Black Pirate.


Ragaillardi, The Shade affronte Culp que Jack n'arrive pas à neutraliser et que The Mist, en renfort, a blessé. Grâce à un elfe noir, Dickie Swift récupère ses pouvoirs en les arrachant à Culp. Mikaal neutralise Grundy. Adam Strange se débarrasse des Bodine en même temps que les renforts provenant de Rann débarquent. Le dôme enveloppant Opal City disparaît. Culp joue son va-tout en menaçant de tuer The Mist lorsque le père de celle-ci surgit et exécute le nabot !
  

Clarence, Matt et Hope règlent leurs comptes avec Barry O'Dare. The Mist exécute sa fille après avoir appris qu'elle a eu son enfant de Jack puis révèle qu'il a piégé le bâtiment de manière à détruire la ville. Ted neutralise The Mist et fait ses adieux à Jack avant d'entraîner tout l'immeuble dans l'espace où il explose.

Matt O'Dare meurt des suites de la fusillade contre son frère Barry. Les Dibny et Black Condor décident de s'installer à Opal City. Sadie disparaît avec son frère Will. Jack reste seul avec le fils que lui a laissé la fille de The Mist et clôt les funérailles de son père auxquelles sont venus assister tous les héros, avec des discours d'Alan Scott/Sentinel, Jay Garrick/Flash et Ted Grant/Wildcat.

Ce pénultième tome de Starman est une vraie saga puisque sa publication originelle a duré plus d'un an, avec treize épisodes ! C'est une sorte d'apothéose avant l'heure, même si James Robinson livrera encore six épisode pour conclure son run.

Après le long périple spatial de Jack Knight, ce dernier revient donc à Opal City et ne tarde pas à découvrir que The Shade semble avoir perdu la tête en y faisant régner la terreur. Une incongruité pour celui qui a toujours affirmé aimé autant cette ville que les Starmen. 

Sur ce mystère, Robinson ne se contente pas de broder une intrigue pleine d'action et de rebondissements, mais s'emploie à résoudre des subplots parfois anciens, comme celui concernant le Black Pirate Jon Valor ou les origines de The Shade. Il dispose également d'un casting très fourni auquel il trouve une utilité précise dans ce vaste canevas.

Il faut toute cette matière, très dense, qui exige du lecteur une disponibilité absolue, pour alimenter cette fresque dont la lecture est captivante. Rien que la révélation sur le passé de Simon Culp, le véritable vilain de l'histoire, occupe deux chapitres ! Pourtant, jamais on n'est perdu dans ce flot d'événements, même au coeur du dôme de ténèbres qui enveloppe Opal City.

Robinson a le goût du symbole simple mais percutant et c'est cela qui rend son récit fluide malgré tout : il est question de lumière et de nuit, de mort et de renaissance, d'amour et de sacrifice. C'est à s'attachant à cela qu'on comprend que ce spectacle crépusculaire et mouvementé vaut surtout pour l'émotion qu'il produit à la fin, lorsque l'un des personnages principaux rencontre son destin.

L'héritage, notion fondamentale de la série, est aussi présent : qu'il s'agisse de transmettre le relais du rôle de protecteur de la cité, de la paternité, de la connaissance, du mal incarné, tout  ici traduit cela. Ted passe la main définitivement à Jack, Jack récupère son fils, les Mist connaissent une fin tragique à la mesure de leurs méfaits, les Dibny s'instruisent au contact du grand détective Hamilton Drew, The Shade se délivre de son démon Simon Culp. Et n'oublions pas le règlement de comptes entre les O'Dare. Il y a une évidente volonté pour Robinson de solder plusieurs dossiers avant de terminer sa série.

Il est une fois encore bien soutenu par la prestation impressionnante de Peter Snejbjerg au dessin qui enquille sans problème, sans faiblir, les treize épisodes de l'arc narratif. L'artiste livre des planches mémorables sans compter ni ménager ses efforts, assumant aussi l'encrage : une vraie performance. Mais son style s'épanouit dans ces scènes entre chien et loup, très expressionnistes.

On a du mal à comprendre pourquoi, aujourd'hui, Snejbjerg ne dessine plus aucune série en vue chez un des "Big Two" (Marvel ou DC) quand on note sa régularité sans failles et son talent énorme. Ce type devrait être une star.

Pour le soixante neuvième épisode, le lecteur a aussi la joie de savourer une poignée de planches composées par Paul Smith à l'occasion d'un flash-back de Ted Knight avec une JSA en jupons : c'est magnifique et c'est un rappel de la glorieuse équipe que forma Robinson avec le ce grand artiste sur JSA : The Golden Age et Leave it to Chance.

L'épilogue de cette histoire est aussi sobre qu'élégante et annonce la fin de la série avec des adieux poignants mais dignes encadrant une réflexion peu commune sur la retraite volontaire d'un héros.

lundi 30 mars 2015

Critique 594 : NEXUS OMNIBUS, VOLUME 4, de Mike Baron, Steve Rude et Paul Smith


NEXUS OMNIBUS : VOLUME 4 rassemble les épisodes 40 à 52 et le premier de The Next Nexus de la série créée et écrite par Mike Baron, publiés initialement en 1988-1989 par First Comics puis réédités dans cet album par Dark Horse Comics en 2013. Les dessins sont signés par Steve Rude (#40-42, 45-48, 50, et The Next Nexus #1) et Paul Smith (#43-44, 49, 51-52).
Il faut, bien sûr, avoir lu les trois précédents volumes (disponibles dans la même collection Omnibus chez le même éditeur) pour comprendre les histoires de celui-ci.
*

Horatio Hellop alias Nexus continue à exécuter des criminels dans toute la galaxie ainsi que le lui commande le Merk, l'entité qui lui a donné ses pouvoirs, mais cette tâche ingrate, qui lui fait perdre le sommeil, rogne sur sa vie privée et sociale, lui pèse de plus en plus au point qu'il songe désormais à démissionner.
Néanmoins, avant cela, une mission importante requiert toute son attention : suite la défaillance du dispositif Gravity Well, mis au point par le Général Loomis (qui a été précédemment abattu par Nexus), et qui peut créer artificiellement des trous noirs, la voie lactée est menacée de disparition. La seule solution pour empêcher cette catastrophe: obtenir l'aide d'Ashram, un extra-terrestre suffisamment puissant pour contrecarrer la machine. Mais pour cela, il faut retourner sur le Bowl-Shaped World, désormais aux mains du mégalomane Sklar, qui a placé Ashram en détention.
Nexus s'y résout en étant accompagné de son fidèle ami, Judah Maccabee, et de l'incontrôlable Norbert Syles alias Badger, tous deux comme lui familiers de l'endroit. Dans ce contexte de fin du monde, Mezzrow et son groupe de rock entreprennent une tournée cosmique afin de rassurer les populations.
Cependant, les trois filles du général Loomis - Stacy, Lonnie et Michanna (la benjamine, qui a réussi à entrer en contact télépathique avec le Merk, afin qu'il les investisse de pouvoirs similaires à Nexus) - organisent leur vengeance contre le bourreau protecteur d'Ylum. Cette lune est traversée par des tensions à cause des élections présidentielles imminentes, qui oppose leur dirigeant Tyrone (qui a réussi à sécuriser l'endroit) à Vooper (l'homme de paille du conseiller Swerdlow)... Et à Sundra Peale (la fiancée de Horation Hellpop, soutenu par Dave, autre proche de Nexus et père de Judah Maccabee) !
Enfin, Ursula XX Imada, mère des deux filles de Nexus (Sheena et Scarlett, qui ont hérité de quelques-uns des pouvoirs de leur père), doit se préparer, elle aussi, à l'avenir, sur les plans parental et politique...

Bien que j'avais fait l'acquisition de ce 4ème Omnibus de Nexus depuis un bout de temps, je n'ai pris le temps que de le lire ces derniers jours : une autre conséquence de ma lassitude des récits super-héroïques depuis quelques mois. Je l'ai donc ouvert sans grande conviction, comme pour me débarrasser d'un devoir trop longtemps reporté... Avant d'être à nouveau happé par ce feuilleton !
Le plaisir était aussi certainement dû au fait que je ne pouvais trouver une bande dessinée plus différente que Les Tours de Bois-Maury, dans laquelle je suis actuellement plongé : quoi de mieux en effet que des aventures futuristes au fin fond de l'univers pour ponctuer avec une saga au Moyen-Âge ?  
  
Les premiers épisodes de ce tome sont classiques, dans la plus pure tradition de la série, avec des missions remplies par Nexus, mais l'efficacité avec laquelle Mike Baron les écrit prouve à quel point la qualité demeure au rendez-vous, surtout que le scénariste trouve encore des cas passionnants à régler pour son bourreau galactique (une possession, une collection de cibles qui veulent toutes s'éliminer) : à chaque fois, on a affaire à bien plus que des meurtriers de masse sanguinaires, et leur exécution soulève des interrogations troublantes aussi bien pour le héros que pour le lecteur - la première restant les critères, toujours mystérieux mais sommatoires, de Merk, le commanditaire de Nexus, pour désigner les coupables (ils le sont à chaque fois, mais parfois à leur corps défendant).

Après cette (re)mise en route, Mike Baron développe à nouveau tout ce qu'il a patiemment mis en place dans les volumes précédents, et comme les sous-intrigues sont innombrables, ce ne sont pas les dossiers en attente qui manquent. Tout gravite plus ou moins directement autour de Nexus, et si, quelquefois, on a pu, par le passé, ressentir un ralentissement certain du rythme avec lequel tout cela était traité, cette fois, tout prend de la vitesse pour culminer avec le double 50ème épisode.

La menace centrale concerne le trou noir et le dispositif du Gravity Well, que l'exécution de son concepteur, le général Loomis, n'a pas réglé. La solution entraîne Horatio Hellpop sur un monde délirant, déjà visité auparavant, avec les renforts de Judah Maccabee et du loufoque Badger (un pitre qui a une double utilité : celle de secourir ses deux partenaires à un moment compromis mais aussi celle d'injecter une dose d'humour dans une situation désespérée). C'est l'aboutissement d'une histoire ayant couru sur une vingtaine d'épisodes et la résolution est satisfaisante, avec une dimension spectaculaire exceptionnelle et des débouchés inattendus pour un comic-book super-héroïque (au terme de ce périple, Nexus fait le choix de quitter ses fonctions, ce qui signifie évidemment de futurs problèmes pour lui).

Durant la partie, importante aussi bien en termes de contenu que de volume, se déroulant sur le Bowl-Shaped World, Baron s'amuse à mixer des éléments empruntés à plusieurs autres genres avec sa saga spatiale : on y trouve des pirates, des monstres, un navire comme aurait pu en imaginer Jules Verne, de la comédie, de l'aventure, et beaucoup d'action, sans que, jamais, la caractérisation ne soit sacrifiée. Là encore, le tonus avec lequel le récit est conduit est vivifiant, sans jamais sombrer dans un prêchi-prêcha pseudo-philosophique, mais en assumant simplement son rôle de divertissement (scénaristes et editors de Marvel comme DC pourraient relire ces épisodes et s'en inspirer pour leurs events, autrement plus pompeux !).

Pour ponctuer tout cela, Baron rappelle au lecteur que la vie ne s'arrête pas même quand l'univers risque de disparaître dans un trou noir : des ponctuations légères (comme la tournée du groupe de rock de Mezzrow) ou plus graves (comme la progression de la vengeance des filles Loomis) alternent avec le voyage de Nexus, Judah et Badger, tandis que sur Ylum se préparent les élections, que le garde du corps quatro Kredd (et son comparse, ex-assassin gucci, Sinclair) continue d'être traqué pour le massacre commis sur Mars et finit par en assumer la responsabilité devant la justice, ou encore que Ursula (la mère des enfants de Nexus) manoeuvre pour son avenir politique tout en devant s'acquitter de ses devoirs de parent (avec deux filles aux facultés bien spéciales). Tout cela procure à la série une richesse dramatique incroyable et une densité narrative rare, qui la privent de tout temps mort. 

Visuellement, on peut affirmer sans hésitation que ce 4ème volume est le plus beau et le plus impressionnant de la collection.

Dans les deux premiers épisodes de l'album, Steve Rude change sensiblement son style pour l'épurer de manière somptueuse (inspiré par ses échanges, musclés, avec Alex Toth, qui n'hésita pas à le bousculer quand il lui soumit des planches de Jonny Quest - un test pour un artiste à l'ego affirmé comme le "Dude" mais aussi pour le fan qu'il reste des grands maîtres des comics de l'âge d'argent). Il est très probable en tout cas que des dessinateurs comme Chris Samnee, Ron Salas, Tonci Zonjic, David Aja, entre autres, aient lu ces chapitres tant on y trouve une matière similaire à ce qu'ils ont développer (en s'appuyant sur des références communes avec Rude, comme Noel Sickles, Milton Caniff, Hugo Pratt).

Ensuite, le trait retrouve son modelé si reconnaissable, avec des finitions élégantes et fournies, notamment dans la représentation des décors et véhicules mais aussi le design des vêtements. Rude compose une esthétique à la fois rétro et futuristes dans des images aux compositions souvent acrobatiques mais impeccablement maîtrisées, avec des personnages séduisants (quand ils sont d'apparence humaine), souriants, et des seconds rôles aux physionomies aussi délirantes que variées (dans ce domaine, l'artiste semble d'une imagination sans limites).

Le charme de la série doit énormément à la contribution de Rude, qui bonifie les scripts de Baron (même si les deux hommes, aux caractères bien trempés, se fâchent et se réconcilient régulièrement : conflits imparables pour des partenaires aussi exigeants l'un que l'autre ?). La narration est dopée par un sens de l'image à la fois suranné et aux références parfaitement digérées, avec une technique d'une propreté et d'une solidité peu communes (Rude démontrant aussi un talent de peintre évident comme en témoignent ses couvertures).   

Pour les plus attentifs, Rude glisse même, dans le 50ème épisode (qu'il encre aussi lui-même, comme The Next Nexus #1), des caméos comme Magnus the robot fighter (la création de Russ Manning, son idole), le capitaine Kirk et Mr Spock (de Star Trek), ou Jan, Jayce et Blip (issus de Space Ghost, d'Alex Toth) !

Evidemment, un résultat graphique aussi poussé oblige régulièrement Rude à recourir à un remplaçant et si, par le passé, ses suppléants ont été inégaux, cette fois, plus de souci puisque c'est le seul Paul Smith qui assure l'intérim sur les 5 épisodes restants (parfois encrés par John Nyberg, le collaborateur de Rude). Artiste trop rare, il effectue des prestations remarquables, respectant la charte graphique de la série tout en ne déguisant pas son style, plus rond, moins fouillé, mais d'un raffinement exquis.

Ce 4ème Omnibus est donc une réussite. Pourtant je vais en rester là car, même si j'aurai aimé, par exemple, connaître le dénouement de quelque subplot (celui impliquant les filles Loomis), les deux prochains volumes (qui terminent les rééditions de la série originale) voient Steve Rude s'absenter de plus en plus (seulement 6 épisodes dans le tome 5, et plus aucun dans le 6ème et dernier).
Néanmoins, je ne saurai, une fois de plus, que chaudement conseiller à tous la lecture de cette collection, disponible à prix très abordables (en neuf comme en occasion) compte tenu de la quantité d'épisodes pour chaque album et de la qualité de ceux-ci. Nexus est une série formidable, réalisé par un tandem artistique de haute volée, une découverte jubilatoire.

dimanche 23 mars 2014

Critique 427 : NEXUS OMNIBUS, VOLUME 3, de Mike Baron, Steve Rude, Paul Smith, Mike Mignola, Rick Veitch, José-Luis Garcia-Lopez, Gérald Forton, et Jackson Guice


NEXUS OMNIBUS, VOLUME 3 rassemble les épisodes 26 à 39 de la série co-créée et écrite par Mike Baron (exception faite de quelques back-up avec le personnage de Judah Maccabee, écrites par Roger Salick) et co-créée et dessinée par Steve Rude (#26-27, #33-36, #39).
Mike Mignola (#28), Rick Veitch (#29), José-Luis Garcia-Lopez (#30), Gérald Forton (#31), Jackson "Butch" Guice (#32) et Paul Smith (#37-38) illustrent les autres chapitres.
La série a été originellement publiée par First Comics en 1986-87, et réédité en 2013 par Dark Horse Comics.
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Horatio Hellpop alias continue d'inspecter les vestiges archéologiques d'Ylum dont le Merk (la créature qui lui donne ses pouvoirs) lui cache la signification. Mais il doit rapidement délaisser ses recherches pour renouer avec son activité de bourreau galactique : il fait face à Clayborn, qui lui donne du fil à retordre.
De retour à sa base, il doit gérer l'arrivée de son oncle Lathe, un prêtre fanatique de l'Ordre d'Elvon qui s'oppose au progrès technologique et va voler des armes pour détruire la station Gravity Well - projet interrompu in extremis par Nexus.
Comme pour le récompenser, le Merk confie à Horatio une précieuse relique, un appareil lui permettant de se déplacer dans le temps et l'espace et lui permettant, pour l'occasion, de visiter la bibliothèque d'Alexandrie, sauvée et intégrée à la plus grande bibliothèque de l'univers. 
Cependant, les 2 filles d'Ursula XX Imada (Sheena et Scarlett), dont le père est Nexus, doivent suivre les enseignements d'un professeur particulier pour maîtriser les pouvoirs qu'elles ont hérité de leur géniteur et c'est Judah Maccabee qui obtient le poste. 
Durant la même période, des tensions diplomatiques opposent la Terre, Mars, Procyon et Ylum à cause des ressources énergétiques et des moyens d'y pourvoir et donc des accords commerciaux dans ce but. 
Kreed et Sinclair (les 2 extraterrestres Quatros, gardes du corps de Horatio) requièrent la présence de Nexus lors de l'assemblée annuelle des assassins sur la planète Acacia. Une fois sur place, ils vont se trouver au coeur d'une vengeance ourdie par une victime des deux anciens tueurs.
 
Après cela, Nexus doit exécuter un autre tyran en exercice mais quand il arrive sur sa planète, les opprimés lui demandent de mener leur révolution ou, au moins, de les accueillir comme réfugiés sur Ylum.
Horatio Hellpop décide de rendre visite à ses filles, bien qu'Ursula Imada le lui est interdit. Durant son absence, il confie à Kreed et Sinclair le soin d'éliminer une liste de criminels de guerre mais les deux Quatros, pris d'un accès de folie, commettent un terrible massacre sur Mars. Nexus obtient de ramener les coupables sur Ylum en promettant qu'il sévira. 
Horatio retourne ensuite dans l'empire Sov pour y visiter les églises, en espérant trouver un lien avec les vestiges d'Ylum, mais son projet est contrarié quand il doit secourir une femme prêtre persécutée. Il ne se doute pas que les trois filles du Général Loomis, qu'il a tué (voir Nexus Omnibus volume 1), Michana, Lonnie et Stacy, s'emploient à acquérir des pouvoirs semblables aux siens pour le faire payer.

Avec ce troisième volume des rééditions des épisodes de Nexus, la série subit, malgré son flot de péripéties, une baisse notable de régime. Le scénariste Mike Baron a, dans les 25 premiers épisodes (et les 4 premiers du premier volume), établi un nombre considérable de pistes qui, alignées, formaient un feuilleton palpitant et si haletant qu'on ne souciait guère de leur aboutissement. Ici, il semble vouloir à la fois poursuivre les aventures pour procurer au lecteur sa dose de rebondissements, de décors exotiques, de personnages hauts en couleurs, tout en veillant à faire le point sur ce qui s'est passé précédemment et nous assurer que rien n'est oublié.
La première conséquence de cette narration hybride est que le rôle de Nexus n'est plus qu'occasionnellement utilisé : certes, il remplit encore quelques missions de bourreau et rencontre même, au tout début, avec Clayborn, un adversaire redoutable, mais on se rend compte au terme de ce tome qu'il a passé plus de temps à réagir aux situations qu'à exécuter des "contrats". Horatio Hellpop est désormais moins harassé par ses rêves et ses obligations de Nexus que préoccupé par sa paternité, ses investigations d'historien ou son désir de renouer avec Sundra Peale. C'est comme s'il était devenu un héros à temps partiel, traversant des intrigues où l'essentiel se joue sans lui, n'intervenant plus seulement parce que le Merk l'y oblige mais parce qu'il est témoin des évènements ou sollicité par une nouvelle venue sur Ylum. 
 
Tout cela laisse un sentiment étrange et frustrant. Mike Baron est comme pris à son propre piège : son imagination féconde lui a permis d'installer toute une galerie de situations de personnages, d'endroits, et il lui faut maintenant gérer tout ça, ce qui fait que le temps consacré à s'occuper de ces intrigues pléthoriques et de cet abondant casting dans d'innombrables localités l'empêche d'animer Nexus normalement (au risque d'ajouter encore plus de futurs problèmes à résoudre). 
Le fan de la première heure qui était curieux de ce anti-héros au métier peu commun et à la morale équivoque et qui était resté en étant emporté par les aventures à la fois percutantes et subtiles ne pourra qu'être déçu par l'évolution à l'oeuvre dans ce volume.
Les résolutions ne sont pas toutes au rendez-vous, et quand elles le sont, parfois de manière expéditive (comment expliquer que Nexus ne punisse pas Kreed et Sinclair, auteurs d'un véritable carnage sur Mars, comme tous les assassins de masse qu'il exécute d'ordinaire ?).
D'autres pistes narratives s'étirent au-delà du raisonnable, comme c'est la cas avec les filles d'Horatio et Ursula (l'idée était intéressante mais le scénariste semble être embarrassé à présent, ne pas savoir quoi en faire). Vers la fin, la réapparition des filles Loomis et leur projet de vengeance ranime un peu l'intérêt, mais Baron n'est visiblement pas pressé (elles en sont encore à se demander comment elles vont pouvoir agir contre un être aussi puissant que Nexus).
Il reste cependant de très belles séquences, progressant à la marge de la série, mais peut-être amenées à la nourrir ultérieurement : la capsule qui permet à Horatio (avec Dave ou Sundra) de voyager dans le temps et l'espace, l'histoire de la femme prêtre, permettent à Nexus d'être écrit comme un explorateur ou un justicier plus que comme un bourreau maudit, le personnage y gagne en sensibilité.

La série possède également un lot de seconds rôles sympathiques qui rendent la série plus légère tout en lui conservant une ambivalence séduisante. Ylum n'est pas qu'un refuge pour d'anciennes victimes de régimes oppresseurs, c'est aussi une résidence grouillante de monde, où des voyous tentent d'imposer leur loi par la force, où les autorités sont souvent dépassées (avec des fonctionnaires trop négligeants) : en bref, il n'y a pas assez de place pour tous, et finalement la notion d'abri y est toute relative. En filigrane, Mike Baron suggère que, même avec les meilleures intentions, on ne peut accueillir toute la misère du monde, et que si, hier on était persécuté, on peut devenir persécuteur dans un endroit administré avec laisser-aller.
Ce qui est toutefois dommage, c'est que Baron, toujours limité par le dénouement d'histoires précédentes et d'espace disponible pour le faire, ne peut qu'écrire succinctement des seconds rôles comme Dave, Sundra, Tyrone, des personnages pourtant intéressants, pris dans des intrigues originales, aux relations prometteuses, mais condamnés à de la figuration.

C'est un comble mais Nexus est en vérité victime, comme série, de sa (trop grande) richesse en termes de personnages, de situations et de récits. Il faut s'accrocher, être patient, car néanmoins le voyage vaut le détour, mais cette quinzaine d'épisodes est une transition quasi-obligée : c'est un peu long, il y a des épisodes dispensables, mais le suite devrait être plus digeste.

Et puis, parfois, au cours d'un chapitre, Mike Baron nous rappelle pourquoi Nexus est si épatant à lire, avec une concision diabolique : alors, un canevas se forme sous nos yeux, rassemblant plusieurs fils narratifs autour d'un thème précis.

Le 31ème épisode est à cet égard une grande réussite : Horatio règle son compte à dictateur (classique) mais le peuple qu'il croit avoir libéré sait que cela ne suffira pas et pour s'assurer que la situation va vraiment et durablement s'améliorer, réclame à Nexus de conduire une révolution. Il est alors coincé, pris au piège des évènements, dans l'obligation morale de s'impliquer dans un mouvement qui, sinon, risque de causer encore plus de dégâts et donc de rendre son action initiale nulle. Au lieu de broder autour d'affrontements spectaculaires, Baron choisit alors de montrer clairement les limites de la rébellion mais aussi celles de son héros : il ne suffit pas d'éliminer un tyran pour délivrer un peuple, il faut aussi l'accompagner. La politique du bourreau et du pourvoyeur d'asile que mène Horatio se heurte alors à une réalité qui le contraint à composer avec des lignes de force plus profondes que les cauchemars provoqués par le Merk. 
Par ailleurs, Baron parvient aussi à faire converger plusieurs composantes de sa saga : l'épisode 37 synthétise là encore la nécessité pour le héros de réfléchir à sa position sur une échelle plus vaste. Individu investi d'un pouvoir considérable, Nexus est au coeur des mouvements politiques internationaux et interplanétaires lorsqu'il s'agit de négocier l'énergie nécessaire aux besoins de toutes les civilisations. Il n'est plus alors seulement question d'un bourreau surpuissant intervenant ponctuellement mais d'une sorte d'arbitre galactique, un rôle plus trouble et inconfortable pour un personnage qui justement rechigne à jouer dans cette cour (déjà bien occupé par ses autres missions et une vie amoureuse et parentale compliquée). 

Dans ces cas-là, on comprend avec quelle minutie Baron a préparé son affaire, à quel point la construction dramatique de sa série est organique, et son ampleur considérable. Peu de bandes dessinées offre une telle ambition tout en se présentant comme un divertissement plaisant au premier degré.

Enfin, le scénariste sait aussi dépayser le lecteur en l'entraînant lors de 2 ou 3 épisodes d'affilée et complets dans une vadrouille insolite, presque comique mais aussi inventive, invitant toujours à la réflexion (comme la visite de la bibliothèque galactique dans l'épisode 34).
L'autre raison pour laquelle on peut être aussi plus tiède avec ce volume est que, bien qu'il soit sur la couverture fait seulement mention de Steve Rude comme artiste, il n'assure en fait que la moitié des épisodes. 7 épisodes, vous me direz que c'est déjà formidable, et effectivement, ça l'est : chaque page de Rude est toujours aussi exceptionnelle, le trait est d'une beauté à couper le souffle, les détails sont incroyables, les compositions de chaque image sont d'une invention remarquable, les personnages possèdent une classe folle, avec un encrage extraordinaire de John Nyberg. 7 épisodes qui suffisent à convaincre n'importe quel amateur de beau dessin à acquérir l'album.

La part de Steve Rude "the Dude" dans le plaisir à lire Nexus est essentielle, on ne peut le nier. Imaginer la série sans lui suffit à mesurer l'importance de sa contribution. Du coup, quand il n'est plus là, et même s'il est remplacé par des dessinateurs très valables, ce n'est plus la même chanson, même si John Nyberg reste présent pour encrer les fill-in.

Sur le papier, citer des intérimaires comme Mike Mignola (#28) est alléchant mais un peu trompeur car vous ne trouverez pas le dessinateur de Fahrd and the Grey Mouser ou Hellboy mais un débutant encore maladroit.
Rick Veitch (#29) a un style chargé mais beaucoup moins plaisant que celui de Rude.
Gérald Forton est lui aussi un artiste dont le dessin a pris un sérieux coup de vieux (#31).
Et Jackson "Butch" Guice était lui aussi très loin du niveau d'excellence qu'on lui connait aujourd'hui (#32).
Les deux seuls vraiment sortir leur épingle du jeu sont José-Luis Garcia Lopez, un habitué de DC Comics, aux finitions soignées, qui s'est même d'ailleurs amusé à glisser quelques personnages comme Grim Jack, Wonder Woman et Batman dans la figuration (Rude reprendra ce petit jeu à son tour en glissant par exemple le Space Ghost parmi les résidants d'Ylum, mais il faut bien examiner les cases pour les repérer).
Et puis il y a Paul Smith, que les fans de Uncanny X-Men (cru 1983, grande année) connaissent bien, et qui va devenir un invité régulier de la série ensuite : il signe les épisodes 37 et 38 (en se chargeant aussi de l'encrage), et son style simple, très élégant, soutient la comparaison avec celui de Rude sans le singer. C'est de toute façon un régal de lire ce dessinateur si rare.

Tous les épisodes (sauf les #29 et 36) sont complétés par des back-up de 6-8 pages consacrés à Clonezone (#26-27), toujours aussi navrant, puis à Judah Maccabee (#28-35, #37-39), un peu meilleures mais dispensables, écrites par Mike Baron puis Roger Salick et illustrés par des artistes moyens ou médiocres. es rééditions auraient gagnées à zapper ces suppléments, en les remplaçant à chaque fois, sur un volume entier par quelques épisodes supplémentaires de Nexus.

Je vais me répéter mais ce 3ème omnibus est un opus mineur depuis le début de la collection. Il ne faut pas ne pas le lire car il s'y passe des choses importantes pour la suite, et aussi parce que, malgré tout, les épisodes réalisés par Baron avec Rude ou Smith sont superbes (et puis aussi parce que ça ne coûte pas cher, en neuf, et encore moins en occasion).
C'est toute l'ironie de l'affaire : Nexus a, ici, les défauts de ses qualités - c'est une série tellement riche, atypique, feuilletonnesque qu'elle en pâtit quelquefois, et c'est si merveilleusement dessiné que lorsque son artiste prend un congé, les substituts souffrent de la comparaison.
Mais rien de tout ça n'est assez préjudiciable pour ne pas poursuivre la (re)découverte de cette saga culte. 

jeudi 21 février 2013

Critique 378 : X-MEN - CHILDREN OF THE ATOM, de Joe Casey et Steve Rude, Paul Smith, Michael Ryan et Esad Ribic

X-Men : Children Of The Atom est une mini-série en 6 épisodes, écrite par Joe Casey et dessinée par Steve Rude (#1-3), Paul Smith et Michael Ryan (#4), et Esad Ribic (#5-6), publié en 1999-2000 par Marvel Comics.
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Aux Etats-Unis, William Metzger, un activiste extrémiste, est à la tête d'un mouvement d'opposition contre l'apparition de mutants qu'il considère comme une menace pour l'humanité.
Parallèlement, deux hommes travaillent, pour l'un, à enquêter sur Metzger et son mouvement ; pour l'autre, à localiser et recruter de jeunes mutants afin de les former à se défendre en cohabitant avec les homo sapiens : le premier s'appelle Fred Duncan et travaille au FBI, le second Charles Xavier et est un télépathe qui infiltre un lycée en se faisant passer pour un conseiller d'éducation.  
Mais dans l'ombre, un autre acteur va compliquer la donne : c'est un autre mutant, Magneto, qui, lui, est convaincu que la haine des hommes envers ses semblables exige une réponse plus offensive...
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Un lamentable gâchis : voilà le sentiment que l'on a après avoir lu cet album. Un projet édité en dépit du bon sens,, réalisé par une équipe créative gâchée, une histoire qui sombre inéluctablement... Donner du plomb même à des gens de talent, ils n'en feront pas de l'or.
A bien des égards, c'est un triste exemple de ce que le marketing fait subir aux comics. En 1999, l'adaptation cinématographique des X-Men est mise en chantier sous la direction du metteur en scène Bryan Singer (deux suites, un spin-off et une "prequel" seront réalisés, avec à chaque fois des résultats très inégaux, parfois même navrants). Il faut en quelque battre le fer et profiter de cette transposition attendue sur grand écran pour multiplier, sans grande exigence artistique, les séries et mini-séries consacrées aux mutants (comme ce sera le cas ensuite pour tous les super-héros ayant les honneurs du 7ème art).
Parmi tous les projets, X-Men : Les Enfants de l'Atome part avec quelques atouts : un scénariste audacieux (Joe Casey) et un très grand dessinateur (Steve Rude). Le pitch est par ailleurs intéressant, à défaut d'être renversant : il s'agit de montrer les premiers X-Men avant qu'ils ne deviennent une équipe, comment Charles Xavier les repère, les convainc de le suivre.

Les premiers X-Men (qui reviennent aujourd'hui dans la lumière grâce à la série All-New X-Men de Brian Michael Bendis et Stuart Immonen) furent des personnages peu populaires et peu considérés par leurs créateurs (Stan Lee et Jack Kirby), mais pourtant ils reposaient sur un concept aussi simple que fort, très "Marvelien" (une parabole à la fois des transformations de l'adolescence et une métaphore de la lutte pour les droits civiques des noirs américains dans les années 60). En proposant de détailler leur parcours avant d'être des super-héros, Joe Casey avait peu de marge mais assez d'espace pour les animer de manière originale.
Or, il ne fait pas grand'chose, et même parfois rien, avec cs personnages en devenir :  
- Warren Worthington/Angel est décrit comme un mutant pro-actif, protégeant les citoyens tout en employant sa fortune pour que les médias ne se doutent pas de sa double vie. Pas mal, mais c'est le cas de le dire, Casey ne fait que survoler le personnage sans jamais creuser, expliquer son attitude.
- Hank McCoy/le Fauve est la star de l'équipe de foot de son lycée dont la nature sera démasquée lors d'un match. Casey est visiblement plus intéressé par lui que tous les autres, mais une fois son secret découvert, il n'en fait plus rien ! 
- Scott Summers/Cyclope est un ado mal dans sa peau, effrayé par son pouvoir et manipulé par le malfrat qui l'a recueilli. A tout prendre, c'est le personnage le mieux traîté... Jusqu'à que Casey lui donne une assurance aussi soudaine que grossière.
- Bobby Drake/Iceberg est le benjamin du groupe et découvre ses pouvoirs, terrifié. Casey se fiche ostensiblement du personnage, qu'il ne fait qu'esquisser.
- Jean Grey/Marvel Girl est la fille d'un couple de petits bourgeois, plus heureuse avec ses pouvoirs, mais qui doit choisir entre poursuivre des études classiques ou intégrer l'institut de Xavier. Hélas ! Casey ne sait pas en quoi en faire et ne lui réserve que des scènes minuscules.
- Charles Xavier traverse le récit comme une ombre, Magneto apparaît tardivement sans peser suffisamment, l'agent du FBI possède un peu plus de relief (tiraillé entre son devoir et sa bonne volonté, mais lucide aussi bien sur sa hiérarchie que sur sa collaboration avec Xavier), Metzger est une caricature de méchant dont l'extrémisme initial se dilue progressivement dans des jeux de pouvoirs à la subtilité feinte.
La caractérisation est donc pitoyable et plombe toute l'intrigue par ricochet (intrigue brouillonne et dénouée à la va-vite, avec une désinvolture assez minable).
Des incohérences viennent s'ajouter au ratage : Joe Casey suggère une histoire rétro mais y introduit des éléments modernes (notamment sur l'aspect technologique). Tout ça en vérité ne fait pas très sérieux, et ce qui aurait pu passer avec un peu d'humour, un regard tendrement ironique sur les comics d'origine, produit un effet désastreux ici, presqu'insultant pour le travail de Lee et Kirby.
Le rythme est également trop chaotique pour convaincre : les trois premiers épisodes, en narration parallèle, passent relativement bien, mais ensuite l'auteur ne sait visiblement plus où aller, comment relier ce qu'il a développé aux débuts "historiques" de la série, et se vautre de manière pathétique.
A bien des égards, Joe Casey rendrait presque service aux aspirants scénaristes en leur montrant tout ce qu'il ne faut pas faire - en particulier écrire sans avoir un plan solide, un récit solidement bâti, une idée claire.
Reste la partie graphique... Qui confirme le gâchis.
Quand on dispose d'artistes comme Steve Rude, puis Paul Smith ou Esad Ribic, on est en droit d'attendre une copie propre et même inspirée. Mais ces espoirs sont vains. 



Steve Rude dessine donc les trois premiers épisodes (et peint les quatre premières couvertures). Cet artiste exceptionnel rend des planches magnifiques, même si l'encrage d'Andrew Pepoy (pourtant pas maladroit d'habitude) ne lui convient guère (trop épais, inégal). Il est débarqué à la fin du #3, qu'il a mis 7 mois à livrer (ce qui prouve que le projet a été mal préparé éditorialement car une mini-série est lancée très en amont pour éviter ce genre d'impairs).  
Le #4 est donc illustré par Paul Smith, mais il est en petite forme, et Michael Ryan, qui colle maladroitement au style de son collègue. Le mélange ne fonctionne pas et de toute façon, passer après Rude est particulièrement ingrat.
Les deux derniers volets sont confiés à Esad Ribic, mais à cette époque, ce n'est ni dans son style peint ni avec un coloriste-finisseur (comme Dean White sur ses épisodes d'X-Force), et le résultat est médiocre.
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Conclusion : ni vraiment fait, ni à faire. Ou alors pas comme ça. Dommage car Steve Rude pour dessiner les X-Men (en particulier la première promotion), c'était une belle promesse. D'ailleurs, "the Dude" a réalisé cette "pin-up", qui confirme nos regrets :

samedi 11 août 2012

Critique 343 : X-MEN - KITTY PRYDE : SHADOW & FLAME, d'Akira Yoshida et Paul Smith


X-Men : Kitty Pryde - Shadow and Flame est une mini-série écrite par Akira Yoshida et dessinée par Paul Smith, publiée en 2006 par Marvel Comics. Ce récit complet se situe chronologiquement après le deuxième tome d'Astonishing X-Men (Dangerous) de Joss Whedon et John Cassaday, même si cette référence n'est pas obligatoire pour comprendre l'histoire. 
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Kitty Pryde reçoit à L'institut Xavier un message en provenance du Japon l'invitant à s'y rendre seule avec son dragon Lockheed. Une photo est jointe avec un dragon vert, l'ancienne "compagne" de Lockheed.
Sur place, Kitty Pryde est accueilli par Ryoko Oshiba des services secrets japonais, d'un département chargé des affaires paranormales. Mais il s'avère que le message ne provient pas du J.D.S.S. quand Kitty est agressée par des ninjas qui ne font cependant pas partie de l'organisation criminelle de la Main mais du Sentier de la Destiné, un groupe rival dont l'ancien leader était Ogun, un ancien adversaire de Wolverine et Kitty.
Pour obliger Kitty à devenir leur nouveau chef, Lockheed est empoisonné. Mais la jeune mutante refuse ce poste et, pour sauver son dragon (et récupérer l'autre bestiole verte, prisonnière des ninjas du Sentier), elle conclut un marché : dérober au Samouraï d'Argent son sabre (un des cinq épées secrètes du royaume).
Kitty devra ruser pour à la fois commettre ce larcin, deviner ce que trame vraiment le JDSS et contrecarrer les plans du Sentier de la Destinée, tout en faisant face à de vieux démons personnels.
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L'histoire imaginée par Akira Yoshida possède un charme désuet, à l'ancienne, comme pouvait en écrire Chris Claremont, mais non exempt d'intensité. Ce qui séduit d'abord dans ce récit, c'est sa simplicité, ses rebondissements bien alignés aboutissant à un final raisonnablement spectaculaire, mais le tout est efficace, se lit rapidement.
Les fils de l'intrigue ne sont pas complexes, mais réservent quelques bonnes petites surprises. Cette légèreté assumée a quelque chose de très rafraîchissant, humble, qui fait à la fois sa force et sa faiblesse (car on devine rapidement que ça n'ira pas très haut).
Le livre aurait certainement pu être plus ceci, ou plus cela, il manque un peu de chair, de morceaux de bravoure, c'est évident. Mais on ne s'ennuie pas une seconde en le lisant, et même si le projet a été lancé pour surfer sur le succès du run de Whedon et Cassaday sur Astonishing X-Men, il possède son identité propre, sans faire de références directes aux aventures des autres X-Men (tout juste Yoshida évoque-t-il avec Ogun un ancien ennemi ayant éprouvé Kitty et Wolverine, mais ce n'est pas gênant pour comprendre l'essentiel). Il n'y a d'ailleurs pas de guest-stars, pas d'autres mutants dans les environs, et l'intrigue ne s'appuie pas sur une énième fin du monde dont la solution dépend de l'héroïne.
L'héroïne, justement, parlons-en : de toutes les créatures créées par Chris Claremont, Kitty Pryde est une des plus attachantes, ses fans peuvent même affirmer qu'elle est devenue l'âme des X-Men depuis son apparition au cours de la mythique saga du Phénix Noir. Beaucoup de lecteurs ont grandi avec elle, en commençant à lire Spécial Strange à 13 ans, l'âge où elle a intégré l'institut Charles Xavier. La jeune fille gauche, amoureuse de Colossus, puis membre d'Excalibur, est aujourd'hui une jeune femme qui fait partie des enseignants de son école (voir la série Wolverine & the X-Men). C'est une des héroïnes les plus sympathiques de Marvel, et comme il est rare que la Maison des Idées offre une (mini) série à une femme (quand DC a réussi à en imposer beaucoup), c'est appréciable.
Yoshida la traite avec finesse, lui conservant sa jeunesse, sa féminité, et son caractère à la fois battant et rusé. La série met d'ailleurs à l'honneur un casting essentiellement composé de filles, avec Ryoko l'agent du JDSS, Nao, la leader du Sentier de la Destinée, ou le dragon femelle à l'origine de l'histoire.
C'est dépaysant, et la lecture est délicieuse.
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Shadow and Flame a aussi ce côté "old school" grâce à son look. Il est dû au dessin du trop rare mais toujours parfait Paul Smith.
Son trait en ligne claire, élégantissime, et son découpage si fluide tranche là aussi avec les styles plus agressifs et ostentatoires de bien des graphistes actuels. Admirez la force de chaque image, la luminosité, la concision de chaque plan, rien n'est en trop ici, Smith fuit les effets tape-à-l'oeil, dévolu au service de l'histoire sans jamais sacrifier à la beauté.
Smith a connu le succès avec son run, éphémère mais mémorable sur Uncanny X-Men (où il succéda à Byrne et Cockrum pendant un an), et il maîtrise parfaitement le personnage de Kitty, que personne n'a jamais mieux dessiné que lui. Mais il n'en fait pas qu'une jolie fille : il lui donne une expressivité remarquable, la rendant crédible dans les scènes d'action, dans l'effort. Chacune de ses émotions est traduite, elle est à la fois méfiante, forte, en colère... Et ce souci de ne pas seulement flatter son personnage principal, sans sombrer dans la caricature inverse de l'héroïne virilisée ou sexualisée à outrance, est particulièrement méritoire.
Allez, pour le plaisir des yeux, quelques pages pour apprécier le storytelling impeccable et Kitty en action :







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La combinaison de la narration classique de Yoshida et de l'élégance visuelle de Smith est parfaite, on croirait que le livre a été écrit et illustré par une seule personne. Cette cohérence et cette efficacité aboutit à un résultat qui, sans être renversant, est extrèmement récréatif.