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jeudi 28 décembre 2023

SABRINA THE TEENAGE WITCH HOLIDAY SPECIAL #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish, Danielle Paige et Veronica Johnson


Deux ans et demi après la parution de la mini-série Sabrina The Teenage Witch : Something Wicked, Kelly Thompson et Veronica Fish (sans son mari Andy cette fois) reviennent pour ce numéro spécial Noël. Il est agrémenté d'un second récit par Danielle Paige et Veronica Johnson, pour un résultat très frustrant.


- THE LONGEST NIGHT - Désormais élève à l'école des sorcières, Sabrina Spellman invoque un sort qui ouvre un portail inter-dimensionnel. Sa mission : délivrer Ali, une de ses camarades, enlevée par un démon. Mais le temps est compté et l'ennemi très dangereux...


Kelly Thompson est une scénariste occupée et on devine que si elle aura bien aimé continuer à écrire les aventures de Sabrina The Teenage Witch, elle n'en a pas eu le temps. Toutefois quand l'editor du titre chez Archie Comics lui a proposé de s'y remettre, elle a trouvé un compromis... De saison.


Vous l'aurez deviné : il s'agit d'un épisode spécial Noël. La fin laisse espérer une suite, peut-être en 2024, et je croise les doigts pour que ce soit le cas car il s'est écoulé quand même deux ans et demi depuis la précédente mini-série, Something Wicked.
 

En même temps, on ne va pas se le cacher, ce retour est frustrant car l'épisode ne compte qu'une quinzaine de pages. Kelly Thompson délivre une histoire très nerveuse, en temps réel, où Sabrina Spellman infiltre le repaire d'un démon dans une autre dimension pour y délivrer une camarade de l'école des sorciers.

On n'a donc pas le temps de s'ennuyer mais guère plus de savourer car ça passe très vite. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir car c'en est un de retrouver le petite sorcière telle qu'on l'aime et comme seule la scénariste semble savoir l'animer. Sa malice, son courage, son charme sont intacts.

Au dessin, Veronica Fish est également de retour, ouf ! L'artiste a su donner au personnage une identité graphique à la fois dynamique et pleine de séduction. Sa narration est simple mais très fluide, une dessinatrice de ce talent mériterait d'être plus et mieux exploitée.

On notera que Veronica Fish n'est pas colorisée par son mari Andy, comme c'était le cas précédemment, mais par Matt Herms, qui collabore souvent avec Rafa Sandoval. Toutefois la palette reste fidèle à ce qu'on avait vu auparavant, avec des tonalités très vives qui participent pleinement au look de la série et de cet épisode - même si, en vérité, rien ne vient souligner qu'il se déroule durant les fêtes de fin d'année.

Allez, maintenant, un arc entier pour l'an prochain !

 
- A VERY SPELLMAN SOLSTICE - Sabrina demande à ses tantes Zelda et Hilda de lui raconter leur premier solstice d'hiver à Greendale. Elles s'exécutent et reviennent sur la mésaventure qui a suivi leur projet de ressusciter leurs parents, Spinner et Morgana Spellman, quand leur grand-mère, exilée en enfer, s'en est mêlée...

Ce complément de programme de 7 pages est l'oeuvre de Danielle Paige au scénario mais déçoit après l'épisode par Thompson. L'intrigue n'est pas très développée alors qu'il y avait de quoi faire. Les dessins sont dus à Veronica Johnson dont le style frise l'amateurisme, ce qui jure avec les pages de Fish.

Je comprends que sortir uniquement un comic-book de 15 pages aurait été insuffisant mais là, ce n'est ni fait ni à faire. 

vendredi 26 février 2021

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #5, de Kelly Thompson et Veronica Fish


La parution chaotique de ce deuxième volume de Sabrina The Teenage Witch s'achève trois mois après la sortie du précédent épisode. J'ignore ce qui a pris si longtemps à Archie Comics pour livrer ce numéro mais passons. Kelly Thompson avait la lourde tâche de conclure une intrigue un peu plus laborieuse que celle de son premier arc et elle s'en sort bravement. Veronica Fish met cela en images avec son énergie habituelle.


Capturée avec Ren et Radka Ransom par Della, Sabrina comprend que cette dernière était la tueuse qui sévissait à Greendale depuis plusieurs semaines car elle avait besoin de l'énergie vitale de ses victimes pour conserver sa jeunesse. Aujourd'hui, cependant, c'est à Sabrina d'en faire les frais.


Ren et Radka comprennent qu'il leur faut aider Sabrina, la seule à pouvoir les délivrer du sort que leur a lancés Della en représailles contre leur défunte mère, également sorcière. Ils se changent en Wendigo et offrent une diversion pour que Sabrina se libère de ses liens et défie Della.


Pour affronter Sabrina toutefois, Della n'a pas le choix : elle doit quitter sa cabane et s'enfoncer dans la forêt. Les deux adversaires commencent à se battre au centre d'un pentagramme. Effrayés par la tournure des événements, Ren et Radka tentent de s'interposer mais un champ de force les maintient à l'écart.


A coups de sortilèges de plus en plus puissants et agressifs, Sabrina, bien qu'en difficulté, joue son va-tout en invoquant les esprits des victimes de Della et ainsi elle l'emprisonne dans une carte magique. Il est temps pour les jeunes gens de rentrer chez eux, mais une surprise attend encore Sabrina chez ses tantes...

Parfois on reproche à l'équipe artistique d'une série de ne pas produire assez vite et de nous faire perdre le fil de l'histoire qu'elle raconte. Parfois aussi c'est la faute de l'éditeur qui sort un peu n'importe comment les épisodes. C'est bien ce qui semble s'être passé ici car Archie Comics, au début de la crise sanitaire, avait lancé ce deuxième volume des aventures de Sabrina the teenage witch quand tous les autres se mettaient en stand-by. Puis quand les choses s'arrangèrent, du moins techniquement, la série a vu ses parutions s'espacer. Et notre intérêt se diluer...

Il faut ajouter que l'intrigue de cette mini-série a été moins concluante que la première "saison". Kelly Thompson a démarré fort avec une affaire de meurtres à Greendale pour laquelle Sabrina s'est mise à soupçonner ses tantes Hilda et Zelda. En parallèle, la scénariste a voulu continuer à développer l'évolution de sa jeune héroïne, en plein tourment amoureux, et victime d'un chantage (car Radka Ransom avait découvert son secret et l'obligeait à la délivrer su sort qui les changeait, elle et son frère Ren, en wendigo).

Cela faisait peut-être beaucoup pour seulement cinq épisodes et on a constaté rapidement que Thompson ne traitait guère des meurtres pour privilégier l'introduction d'un nouveau second rôle en la personne de Della, une sorcière qui instruisait Sabrina à de nouvelles pratiques. Il aura donc fallu attendre ce cinquième numéro pour établir le lien entre les meurtres et Della et comprendre le mobile qui animait cette dernière pour les commettre (un prétexte assez convenu d'ailleurs).

Il semble, en outre, que Thompson ait voulu coller à la série de Netflix (Chilling adventures of Sabrina/Les Nouvelles Aventures de Sabrina) en insufflant un peu plus de noirceur dans son scénario. Un calcul maladroit car justement c'est la fraîcheur et l'humour du premier volume qui faisaient tout le charme de la série BD. Et puis graphiquement les éléments horrifiques ne conviennent guère au style graphique des Fish.

Car, quand Kelly Thompson se prenait les pieds dans son tapis (volant), Veronica et Andy Fish tenaient bon le cap : les dessins conservaient leur aspect coloré et facétieux, parfois à la limite du cartoon. Veronica Fish est une artiste qui a une signature bien à elle, on reconnaît ses pages entre mille et sa collaboration avec son mari coloriste, Andy, est formidable. L'esthétique de la série fait énormément pour son attractivité, pas sûr qu'avec d'autres qu'eux on aurait tenu jusqu'à la fin. 

Dans ce dernier chapître, on mesure complètement leur apport car c'est l'heure du duel attendu entre l'héroïne et celle qui l'a trompée depuis le début. Le décor intérieur de la cabane de Della représente un effort louable pour reproduire celui de l'antre d'une vraie sorcière avec chadron fumant, chaînes suspendues, lumières inquiétantes. Ensuite l'affrontement entre Sabrina et Della dans la forêt tient toutes ses promesses : Veronica Fish privilégie les cases d'une dimension généreuse et laisse à la palette Andy de l'espace pour un véritable feu d'artifices pour rendre les sortilèges échangées vraiment flamboyants. Le final est à la fois glaçant sans être trop effrayant, ce qui conserve à la série son côté "pour tout public".

Les situations imaginées par Kelly Thompson demeurent pleines de dynamisme et le trait expressif de Veronica Fish traduit à merveille les émotions qui traversent les personnages, sans jamais aller trop loin dans la comédie, ce qui nuirait à la violence des coups portés/reçus par les deux sorcières. On sent parfaitement la difficulté pour Sabrina de contenir les assauts de Della mais aussi sa détermination mêlée à une meilleure maîtrise de sa magie pour la contrer et finalement la vaincre.

La question restait de savoir si Archie Comics allait s'engager dans un troisième arc, surtout après l'annulation de la série sur Netflix. La réponse est oui comme le suggère le personnage qui attend Sabrina chez ses tantes (dont on ignore où elles sont passées). Kelly Thompson et les époux Fish vont donc pouvoir poursuivre leur run, mais on espère que sa publication sera moins désordonnée et que son histoire sera mieux structurée. 

dimanche 29 novembre 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #4, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Après deux mois d'attente, enfin, le pénultième épisode de Sabrina the teenage witch : Something wicked est disponible. Ce calendrier contrarie tout de même beaucoup le plaisir qu'on peut prendre à sa lecture dans la mesure où chaque nouveau chapitre reprend exactement là où s'est achevé le précédent. Et puis, il faut le reconnaître, cette deuxième "saison" de la série ne convainc pas autant...


Agressée par une force mystérieuse, Sabrina a trouvé dans les bois Ren Ransom qui lui demande de l'aide car il s'est à nouveau transformé en wendigo. la jeune sorcière s'arrange pour congédier poliment son amie Jessa, rassurer ses tantes avant de remonter dans sa chambre.


Ren y est rejoint par sa soeur Radka, elle aussi sous le coup d'une nouvelle transformation. Sabrina leur redonne apparence humaine en invoquant un contre-sort. Puis Ren évoque la vision qu'il a eu d'une maison dans les bois, avec à l'intérieur sa mère et une autre femme.


Sabrina est résolue à aller dans cette maison, la clé de tous leurs problèmes selon elle. mais Harvey débarque à l'improviste. Sabrina tente de le tranquilliser mais il est las de ses cachotteries et tourne les talons.


Guidée par Ren et Radka, Sabrina atteint cette fameuse maison. Mais le trio est attaqué par son habitante dont l'identité est très familier de la jeune sorcière...

Dans sa première mini-série consacrée à Sabrina Spellman, Kelly Thompson avait imposé son écriture fantaisiste et efficace en privilégiant l'étude de caractère, même si la magie était bien présente. Cependant, il s'agissait surtout de redonner au personnage de la jeune sorcière le capital sympathie acquis grâce la série Netflix.

Le succès critique et public de cette première "saison" a donné lieu à cette suite, sous-titrée Something wicked. Très vite, Thompson a posé ses pions de manière entraînante avec un tueur qui sévissait à Greendale et le chantage exercé par Radka Ransom sur Sabrina dont elle connaissait le secret. Mais il faut bien avouer que depuis ces belles promesses se sont évaporées.

En vérité Thompson a échoué à exploiter ces deux pistes narratives. Du tueur, on n'a plus entendu parler et jamais Sabrina n'a été affairée à enquêter à ce sujet. Quant à sa relation avec Radka, elle fait "pschitt", tournant à un crépage de chignon pathétique, d'autant que Sabrina était courtisée par Ren, le frère de Radka, et Harvey, un autre prétendant.

Jamais la scénariste n'a paru maîtriser son histoire, soudain surpeuplée en seconds rôles, comme en témoignent les traitements infligés à Jessa (la meilleure amie de Sabrina, totalement reléguée) ou ses deux tantes (un temps soupçonnées d'être à l'origine des transformations de Radka et Ren sans que cela soit clarifié). Ne parlons même pas du chat Salem dont les interventions ont été réduites à la part congrue.

Cela fait maintenant un moment que je ne suis plus guère convaincu par Thompson pour ses travaux chez Marvel (même son actuelle série Black Widow n'a pas évité le piège d'une menace surgie du passé de l'héroïne, éternelle rengaine). Mais je trouvais qu'avec la première "saison" de Sabrina the teenage witch, elle renouait avec la fraîcheur de ses meilleures productions mainstream (Hawkeye, le premier arc de West Coast Avengers). Il y a chez Thompson un manque de constance, de consistance vraiment décourageant, comme s'il elle ne convertissait jamais les espoirs placés en elle.

Ces défaut sons exacerbés par le rythme de parution de cette série. Archie laisse filer les mois sans explications et contribue ainsi à couler le titre. Alors que tous les éditeurs ont retrouvé, malgré la crise sanitaire, un calendrier régulier de sorties, Archie semble sortir Sabrina... quand il y pense. Du coup, à chaque fois qu'un épisode est disponible, il faut se refamiliariser avec les personnage, l'intrigue, et on se rend alors compte que ça n'imprime pas, que le récit ne tient pas le coup, qu'on éprouve du mal à se passionner.

C'est déplorable car la série est toujours remarquablement dessinée. Veronica et son mari coloriste Andy Fish, eux, ne baissent pas les bras et tiennent le projet à bout de bras, avec un dessin tonique, expressif, tout à fait enchanteur. Le plaisir qu'on garde à la lecture, on le leur doit. Mais c'est un compliment ingrat car il traduit un vrai gâchis : les époux Fish méritent mieux. Voilà qui donne en fait envie de découvrir leur autre série, Blackwood (écrite par Evan Dorkin).

Il faudra encore être patient pour lire la fin de cette aventure, prévue en 2021. Mais je l'attends sans trop d'illusions sur sa capacité à redresser le niveau.

samedi 26 septembre 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #3, de Kelly Thompson et Veronica Fish

 

Alors que Sabrina the teenage witch : Something wicked avait maintenu sa publication en pleine crise sanitaire, il a fallu attendre depuis Mai dernier pour que ce numéro 3 soit publié. Heureusement, l'intrigue et ses ressorts m'étaient restés bien en tête et j'ai donc pu renouer avec ce que racontaient Kelly Thompson et Veronica Fish sans effort. 


Accablée par les conséquences de son utilisation de la magie comme le lui a montrée Della, Sabrina rentre chez ses tantes Hilda et Zelda pour les trouver en train d'invoquer des sorts dans leur cave, à la recherche du meurtrier qui sévit à Greendale.


Sabrina rentre à l'école le lendemain et prévoit une soirée entre filles avec son amie Jessa, qu'elle a négligée récemment. Ensuite, elle a une explication avec son prétendant Harvey à qui elle annonce préférer rompre car sa vie est trop compliquée actuellement pour une relation amoureuse.


Le moral au plus bas, après les cours, Sabrina décide d'aller chercher un peu de réconfort auprès de Della, mais celle-ci est affairée dans son arrière-boutique à une étrange cérémonie. Sabrina s'éclipse en se demandant à qui elle peut confiance ces temps-ci.


Une fois de retour chez ses tantes, Sabrina est attendue par Jessa et, mettant ses soucis de côté, l'accompagne dans le salon pour y regarder un film. Elles choisissent un long métrage d'horreur, de quoi se réunir devant des émotions communes.


Mais, au cours de la projection, Sabrina reçoit un appel de Harvey et sort pour lui répondre. Elle s'enfonce dans les bois où elle est agressée par une force mystique. Avant de recevoir une aide inattendue...

En Avril et Mai dernier, alors que j'étais, comme tout le monde, confiné, la lecture des deux premiers chapitres de Sabrina the teenage witch : Something wicked était une vraie petite bulle, un comic-book feel-good, bien agréable. L'actualité veut que je renoue avec cette série au moment où la crise sanitaire repart de plus belle; Etrange concordance. Pour un peu, on s'interrogerait pour savoir si un sorcier n'a pas lancé un vilain sort sur la rentrée...

Il n'empêche, même Sabrina Spellman n'a pas la pêche. Elle vient de découvrir que la magie avait un prix (comprenez : des conséquences sur son environnement), elle doute toujours de ses tantes (qu'un sortilège pointe comme les responsables des malheurs de Radka et Ren Ransom), elle a négligé ses amis, et joué avec les sentiments de deux garçons épris d'elle. C'est pas la joie pour la jeune magicienne.

Cette gravité nouvelle imprègne le script de Kelly Thompson et lui donne une nuance inédite. On n'est plus dans le divertissement léger, presque superficiel du premier volume. On ne sombre pas non plus dans le grim'n'gritty, je vous rassure. Mais il est indéniable que cette nouvelle salve d'épisodes entraîne l'héroïne et le lecteur dans un registre différent.

Ceci renforce le sentiment que Thompson s'exprime beaucoup mieux dans une production telle que Sabrina the teenage witch que dans ses commandes pour Marvel (même si son premier épisode de Black Widow est encourageant). Elle anime ici un personnage avec lequel, c'est évident, son éditeur lui laisse plus de liberté. Il ne s'agit pas de respecter un cahier des charges, un univers partagé aussi strictement codifié qu'avec les héros Marvel, ou, surtout, avec une héroïne qu'elle est chargée de promouvoir pour correspondre avec l'agenda d'un film (comme avec Captain Marvel).

Contrairement à Carol Danvers, Thompson n'a pas à se forcer pour nous rendre Sabrina sympathique, pour qu'on ait de la compassion pour elle. On admet naturellement que, vu son âge, notamment, elle soit dépassé par la situation et ne sache plus à qui s'en remettre. Subtilement le scénario nous indique qu'en effet il est permis de douter de la bienveillance de Della, que le mystère entourant Hilda et Zelda soit un problème, mais aussi que des soucis plus terre-à-terre comme son amitié avec Jessa ou ses amours avec Harvey et Ren sont incompatibles avec ses responsabilités de magicienne.

En revanche, demeure un point en suspens qui trouble la lecture. Il s'agit de ce subplot concernant le tueur rôdant à Greendale. Non seulement on ne voit plus ses méfaits depuis le premier épisode, mais surtout Thompson a le plus grand mal à nous y intéresser alors qu'une menace pareille devrait occuper plus de place dans son récit. Pourquoi, ainsi, Sabrina se cache-t-elle pour espionner ses tantes, qui enquêtent, au lieu de leur proposer de collaborer ensemble ? 

Ce bémol mis à part, la série est aussi un plaisir renouvelé grâce au dessin de Veronica Fish. L'artiste, toujours accompagnée par son mari Andy au couleur, confirme son talent pour représenter les affres fantastico-existentielles de Sabrina. Son trait très expressif sert à merveille dans cet épisode particulier où on voit l'adolescente réellement tourmentée et traversant plusieurs moments dérangeants (mention spéciale à l'espèce de messe noire dans la boutique de Della).

L'apport d'Andy Fish est très notable, en particulier dans la scène où Sabrina use d'un sort d'invisibilité pour espionner ses tantes. L'encrage s'estompe habilement pour cet effet spécial en même temps que le ton de la scène elle-même déjoue la manoeuvre de la magicienne puisque, si elle est invisible, elle est sentie par le chat Salem et n'évite pas toujours de faire du bruit inopportunément.

Le découpage de la dernière scène est aussi très dynamique quand Sabrina est victime d'une attaque magique qui l'attire dans les bois voisins de la maison de ses tantes. Une tension traverse les plans tandis que l'héroïne use de sa magie sans succès pour se délivrer. L'illusion du mouvement est fort bien suggérée par des transitions intelligentes dans les angles de vue, les valeurs de plans et le rythme général de la scène.

S'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, celle de cet épisode est superbe et confirme que l'intérieur vaut l'achat. En attendant la suite, que le cliffhanger rend prometteuse...


jeudi 14 mai 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #2, de Kelly Thompson et Veronica Fish

Pour redémarrer les critiques, priorité à une des rares nouveautés disponible en ce moment, une série rafraîchissante, ce qui ne peut que faire du bien...


En effet, Archie Comics a réussi à maintenir la parution de Sabrina the teenage witch : Something Wicked en ces temps troublés. Et on ne peut que les en remercier car la série écrite par Kelly Thompson et dessinée par Veronica Fish est un vrai feel-good comic, comme le confirme cet épisode.


Sabrina a découvert que ce sont ses tantes, Hilda et Zelda, qui ont lancé le sort transformant à la pleine lune Radka et Ren Ransom en monstres. Elle n'ose leur dire qu'elle les a démasquées ni que faire pour corriger la situation mais promet à Radka de l'aider... A condition que Ren soit mis dans la confidence.


Radka, mise au pied du mur, Sabrina doit encore composer avec sa vie sentimentale compliquée. Elle voudrait se confier à Harvey Winkle, un de ses prétendants, mais se retient en estimant qu'il ne la comprendrait pas bien qu'il ait deviné que quelque chose la tracassait.


Le peu de réconfort que peut trouver la jeune fille, c'est auprès de Della. En passant devant sa boutique, elle est invitée à une séance pour être initiée aux subtilités du savoir-faire, ce jeu de sorcières qu'elle souhaite apprendre. Elle se montre douée mais manque encore de pratique.


Le soir est tombé quand elle quitte Della et Ren Ransom lui propose de la reconduire chez ses tantes. En route, Sabrina s'interroge sur l'opportunité de tout révéler à son autre prétendant qui lui aussi, à sa manière, a une vie secrète. Il accepte de lui laisser du temps pour choisir lequel de lui ou de Harvey aura les faveurs de Sabrina.


De retour dans sa chambre, en compagnie de son chat Salem, Sabrina invoque un nouveau sortilège pour tenter d'améliorer la condition de Ren et Radka. Sur ces entrefaîtes, Della arrive et entraîne la jeune fille dans la forêt voisine... Afin de lui montrer que la magie a un prix...

Le dernier comic-book dont j'avais parlé était justement le premier épisode de Sabrina the teenage witch : Something Wicked. Je me demandais alors, vu la situation, à quand j'aurai le plaisir de lire la suite. Archie Comics a maintenu ses sorties et le deuxième chapitre de la série est disponible depuis une semaine.

C'est heureux car le récit concocté par Kelly Thompson est parfait pour se changer les idées dans une période aussi bizarre que celle que nous traversons. Bien que cette nouvelle "saison" du titre soit moins franchement légère que la première, publiée l'an dernier, c'est encore une BD rafraîchissante, divertissante, avec un charme persistant.

La volonté de la scénariste était de faire évoluer son héroïne vers quelque chose de plus mature sans sombrer dans la gravité. Il y a donc la menace d'un tueur qui rôde à Greendale, mais ce subplot est pour l'instant peu exploité. Ce qui demeure en avant, c'est le trouble de la jeune sorcière dans une situation particulièrement délicate.

Sabrina doit en effet résoudre le problème magique qui concerne Radka et Ren Ransom qui, à chaque pleine lune, se transforme en wendigos ; mais aussi savoir pourquoi ses tantes, Hilda et Zelda, ont jeté un sort sur Radka et Ren ; mais encore améliorer sa pratique de la magie auprès de Della ; et enfin désigner qui de Ren Ransom ou de Harvey Winkle sera l'élu de son coeur.

Bien entendu, à part Radka qui se souvient des événements de la première série et sait donc que Sabrina (et ses tantes) sont des sorcières, nul ne sait que la condition de la jeune fille. Et cela impacte durement ses relations avec les garçons qui ont deviné que quelque chose la tracasse mais à qui elle ne peut rien dire de sa vraie condition. Pour ne rien arranger, Sabrina a acquis la conviction que ses tantes sont responsables du malheur de Ren et Radka mais le leur cache.

Sur ce dernier point, le scénario de Thompson est peut-être trop allusif car on voit mal pourquoi Sabrina n'a pas une explication avec Hilda et Zelda (ce qui permettrait de comprendre pourquoi, si c'est effectivement le cas, elles ont ensorcelé les Ransom). Au lieu de ça, elle les évite. Et, de manière assez incohérente, ses tantes non plus ne cherchent pas à savoir pourquoi Sabrina se comporte subitement ainsi à leur égard.

Ceci suggère qu'il s'agit d'une évidente fausse piste. Il y a fort à parier que les tantes n'ont pas accablé les Ransom. En revanche, le rôle de Della semble plus complexe dans la mesure où elle apparaît bien opportunément dans la vie de Sabrina quand elle n'a plus personne sur qui compter. Je parierai volontiers que la boutiquière manipule notre jeune sorcière et conspire contre Hilda et Zelda. Reste à savoir si Della est aussi responsable du sort contre les Ransom - et pourquoi. Cela suffit en tout cas à alimenter un suspense, certes léger et diffus, mais accrocheur.

L'épisode se termine sur un classique des récits sur la magie puisque Sabrina découvre que lancer des sorts a des répercussions spectaculaires sur son environnement. Mais on peut là encore soupçonner une manoeuvre de Della (qui ne m'inspire décidément aucune confiance) pour appuyer son emprise sur sa disciple...

Thompson excelle dans la relation des épreuves romantiques liées à son héroïne : on partage facilement le désarroi de Sabrina qui ne peut parler de ses soucis ni à Harvey ni à Ren et on apprécie sa franchise quand elle avoue à ce dernier nourrir des sentiments pour lui et son rival. L'attitude des deux garçons est raisonnable : comme il ne souhaite pas perdre la jeune fille, il accepte ses cachotteries manifestes mais aussi la sincérité de ses aveux.

Mais Sabrina n'est pas qu'une petite chose fragile : elle sait remettre à sa place Radka quand elle la presse de résoudre son problème tout en rechignant à en parler aussi à Ren. La jeune fille est aussi pleine de ressort quand, revigorée après une séance d'entraînement de savoir-faire chez Della, elle cherche un nouveau contre-sort dans sa chambre.

Le plaisir qu'on retire de cette lecture est renforcé par la qualité des dessins de Veronica Fish. Il me semble qu'entre la première mini-série et celle-ci, l'artiste se lâche un peu plus, n'hésitant pas à combiner dans la même page un dessin figuratif réaliste et de manière plus ponctuelle quelque chose de volontiers plus cartoony, moins classique. Cela se précise aussi avec les couleurs de Andy Fish, qui, lui non plus, ne se retient pas quand il faut souligner une expression par un effet graphique plus tranché.

Les Fish maintiennent en tout cas une cohérence visuelle à l'ensemble. On sent qu'ils ont désormais bien en main les personnages, le cadre de l'action, les ambiances. Tout est plus vif, aiguisé dans cette nouvelle "saison".

Le découpage esst simple mais s'affranchit d'un certain académisme parfois, comme lorsqu'on assiste à la partie de savoir-faire entre Della et Sabrina, dans un feu d'artifices de couleurs et sans cases bordurées mais avec une belle fluidité dans l'enchaînement des figures, dans la représentation des pouvoirs magiques.

Une autre belle scène est celle où Ren raccompagne en moto Sabrina chez ses tantes. Le texte est formé par la voix-off de Sabrina tandis que le trajet est figuré par une succession de cases occupant toute la largeur de la bande et qui voit la moto et ses occupants évoluer de la gauche vers la droite depuis le haut de la page jusqu'au bas. C'est simple mais efficace, concis et malin.

Pour tout cela, Sabrina the teenage witch est une réussite, un projet rondement mené. Si Kelly Thompson peut donner l'impression de négliger certains aspects, on ne saurait s'en formaliser outre mesure tant elle paraît parfaitement savoir où elle va. Et le talent de Veronica Fish fait le reste pour animer une histoire finalement assez dense sous sa légereté apparente.
La regular cover de Veronica et Andy Fish
et les variant covers de Sweeney Boo et Rian Gonzales.

vendredi 3 avril 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish


En ces heures sombres, c'est un vrai bonheur que Archie Comics ait maintenu la sortie de la deuxième mini-série Sabrina The Teenage Witch, sous titrée Something Wicked. Kelly Thompson et Veronica Fish (et son mari Andy aux couleurs) sont toujours aux commandes et l'histoire reprend là où la précédente se concluait. Et le moins qu'on puisse dire est que la situation reste mouvementée à Greendale...


En sauvant ses tantes, Sabrina a vu son secret découvert par sa camarade de classe, Radka Ransom. Celle-ci est victime d'un sortilège, comme son frère Ren, et compte sur la jeune sorcière pour l'en débarrasser. Elle s'y emploie la nuit, sans grand succès.


Evidemment, cet emploi du temps a des conséquences sur sa scolarité. Epuiséee, elle dort en classe et ses notes plongent. Pour ne rien arranger, elle doit composer avec ses deux prétendants, Ren Ransom et Harvey Kinkle, à qui elle a promis de consacrer du temps pour choisir avec qui elle sortirait.


Autre souci pour Sabrina : sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée ces derniers temps à cause de ses aventures secrètes. Elle lui jure de rectifier cela en projetant une soirée entre filles. Mais bien sûr, Sabrina sait que, avant cela, elle doit règler le problème de Radka.


Elle se rend alors chez Della, la sorcière amie de ses tantes, qui l'initie aux subtilités de la magie. Elle lui offre un jeu de tarot, le "savoir-faire". Lorsque Sabrina en parle à Hilda et Zelda, cette dernière l'encourage à y jouer tandis que son autre tante, mauvaise perdante, modère son enthousiasme.


Sabrina se retire dans sa chambre avec son chat Salem et consulte un livre de sorts, à la recherche d'une solution pour Radka. Elle pense l'avoir trouvée mais en suivant l'énergie magique à l'origine du maléfice, elle découvre qu'il a été lancé par ses tantes...

J'avais beaucoup aimé le premier volume des aventures de Sabrina écrit par Kelly Thompson et publié l'an dernier. La scénariste, révélée chez Marvel, s'y montrait bien plus à son avantage qu'avec les super-héros, sans doute parce qu'elle bénéficiait de plus de liberté après plusieurs échecs commerciaux.

Cette réussite appelait une suite que Archie Comics n'a pas tardé à annoncer, avec la même équipe artistique. Pour Thompson, c'était un vrai challenge de conserver la fraîcheur du projet tout en le développant, en le menant dans de nouvelles directions. Surtout que, en parallèle, la série de Netflix avec la jeune sorcière (Les Nouvelles Aventures de Sabrina) cartonnait de saison en saison.

Le plaisir qu'on prend à lire ce premier épisode (sur cinq) de Something Wicked (sous titre de cette nouvelle mini-série) est d'autant plus grand que le contexte actuel donne envie de se changer les idées avec une histoire légère (sans être superficielle). On se rappelera sans doute plus tard qu'au temps du Covid-19, Sabrina Spellman nous aida à ne pas sombrer dans la morosité du confinement obligatoire.

D'entrée, Thompson cueille le lecteur avec une scène sinistre où une jeune femme meurt dans des circonstances horribles. Pourtant la scénariste ne revient pas sur cet événement dans les pages suivantes, sans doute pour ménager son effet et s'en servir comme d'un hameçon. Il faut dire qu'elle a fort à faire pour résumer la situation compliquée que traverse son héroïne.

En effet, le secret de Sabrina est éventée : sa camarade de classe, la chipie Radka Ransom, sait qu'elle est une sorcière et l'oblige à l'aider sinon elle révélera tout. Radka, victime d'une malédiction comme on l'a vu dans la première mini-série, compte sur Sabrina pour la guérir. Mais comment débarrasser quelqu'un d'un mauvais sort dont elle ignore tout ?

C'est le fil rouge de l'épisode qui voit Sabrina jongler entre cette mission et sa vie normale : elle est courtisée par deux garçons très différents, elle doit suivre ses cours et remonter ses notes, lutter contre le sommeil (ses séances de désenvoûtement avec Radka occupent leurs nuits), et se rabibocher avec sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée.

Seul réconfort dans tout ça : Della, la sorcière qu'elle a aidée pour sauver ses tantes dans la précédente mini-série. Celle-ci semble animée des meilleurs intentions, pourtant Thompson l'écrit avec suffisamment de subtilité pour suggérer au lecteur qu'il faut peut-être sans méfier. Et le twist final apporte une surprise vraiment accrocheuse qui relie les tantes Hilda et Zelda à la condition de Radka. C'est finement amené, très bien rythmé, construit avec habileté : Kelly Thompson est vraiment plus à l'aise ici que dans ses productions Marvel récentes (on verra si elle est aussi inspirée avec sa reprise de Black Widow, qu'on aurait dû découvrir ce Mercredi 1er Avril et dont la sortie a été repoussée à une date inconnue).

Visuellement, la première mini-série avait été un ravissement de chaque instant. Je ne connaissais pas le travail des époux Fish et j'étais tombé sous le charme du trait expressif de Veronica et des couleurs lumineuses d'Andy. Avec le tournant un plus sombre voulu par Thompson, la magie allait-elle encore fonctionner ?

Pas de suspense, la réponse est positive. Ce qui séduit dans ce graphisme, c'est qu'il correspond à la fois à une tradition esthétique de l'éditeur et à une vraie modernité. Le style de Veronica Fish est semi-réaliste, parce qu'elle n'hésite pas à souligner quelques effets pour intensifer la scène, les émotions, tout en restant sobre sur les designs, les lignes, et précises dans les décors, les ambiances.

Bien dessiner les adolescents est une gageure car le risque de la caricature est permanent, surtout dans le registre comique. A la croisée des genres (comédie romantique et fantastique), Sabrina the teenage witch ressemble à une sorte de test constant pour l'artiste qui en assume le dessin. Mais Veronica Fish dose parfaitement son trait et évite tous les écueils avec une sorte de grâce.

Tout cela est soutenu par une colorisation superbe. Andy Fish accomplit un travail remarquable, très nuancé, tout en privilégiant la simplicité. Il rend ainsi la série agréable au regard tout en l'entraînant vers une atmosphère un plus chargée parfois (la scène d'ouverture en témoigne). Surtout la complicité naturelle qu'il entretient avec sa femme l'autorise à accompagner le dessin en jouant avec (atténuant, voire estompant l'encrage, sans dénaturer l'ensemble).

Evidemment, les choses étant ce qu'elles sont, nul ne sait quand le deuxième épisode sortira. Archie Comics maintiendra-t-il une périodicité régulière ? Ou l'éditeur va-t-il, comme les autres acteurs du milieu, s'adapter à la crise en différant ses publications ? Il faudra donc être attentif au calendrier, en souhaitant que le virus soit rapidement vaincu. On appréciera volontiers un petit sort favorable de la charmante petite sorcière pour corriger tout cela...

Variant cover de Sweeney Boo
Variant cover de Cameron Stewart
Variant cover de Marguerite Sauvage

dimanche 15 septembre 2019

SABRINA THE TEENAGE WITCH #5, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Ici s'achève l'aventure de Sabrina the teenage witch et c'est une réussite qui se confirme. Maladroite chez Marvel, Kelly Thompson donne le meilleur d'elle-même dans cette production délicieuse à laquelle les dessins de Veronica Fish ajoutent un charme irrésistible. Mais est-ce vraiment la fin ?


Sabrina a transformé son chat Salem en une panthère ailée et, sur son dos, elle s'envole en direction de la forêt voisine de Greendale où l'attire un sort destiné à retrouver ses tantes Hilda et Elda. Celles-ci sont ligotées, avec quatre autres sorcières, à un bûcher.


Alors que Sabrina va les délivrer, une bande de créatures mythologiques surgit et attaque. Utilisant les artefacts qu'elle a empruntés dans la cave de ses tantes et avec l'aide de Salem, la jeune sorcière riposte énergiquement.


Les créatures, désenchantées, s'avèrent être des lycéens sous la coupe d'un minotaure. Sabrina concentre ses ultimes efforts pour vaincre ce dernier et découvre qu'il s'agit du professeur Sampson. Celui-ci a voulu se venger car les sorcières lui ont toujours refusé l'accès à leur cercle intérieur.


Sabrina le prive de ses pouvoirs, issus d'un mélange prohibé de magie et de science, et il s'enfuit dans les bois. Les sorcières effacent les souvenirs de lycées qui reviennent à eux tandis que les Spellman rentrent chez elles avec Salem, redevenu un chat.


Le lendemain, Harvey vient chercher Sabrina chez elle, au grand dam de Ren Ransom. Jessa Chiang, la meilleure amie de Sabrina, refuse de lui dire de qui elle est tombée amoureuse. Puis Radka interpelle Sabrina en affirmant connaître son secret et menace de le révéler si elle ne l'aide pas...

Sur la conclusion de l'intrigue, Kelly Thompson ne surprend guère mais c'est le lot du genre : on attend (on espère) la victoire de l'héroïne et son acquisition procure un mélange de déception (due à l'absence de surprise - tandis que la série Netflix achevait sa première saison sur une évolution notable de Sabrina) et de soulagement.

Ce qui compte plutôt, c'est donc la manière de gagner et sur ce point, la fin de cet arc de Sabrina the teenage witch est réussi. L'identité du méchant de l'histoire est moins importante que son mobile (classique mais efficace) et la bataille qui occupe la majeure partie de l'épisode entre la jeune sorcière et Salem à des chimères est pleine de tonus. La façon dont l'héroïne détruit les artefacts pour venir à bout de ses adversaires, commentée par le chat (devenu une panthère ailée), est drôle tout en montrant bien que l'issue du combat n'a rien d'évident.

Ce qui séduit chez Sabrina, c'est moins son héroïsme que son inconscience : elle fonce bille en tête, mal préparée mais courageuse, pugnace, résolue. C'est rafraîchissant d'observer cette jeune sorcière qui ne sait pas vraiment ce qu'elle fait mais qui y va franchement, la fleur au fusil. 

L'écriture de Thompson est bien plus fluide et entraînante ici que sur Captain Marvel. Est-ce que parce que le staff éditorial est moins dirigiste que celui de Marvel ? Ou simplement parce que la scénariste est plus à l'aise avec le ton plus léger et juvénile de Sabrina... qu'avec les codes super-héroïques classiques de l'Avenger kree ? En tout cas, il y a à la fois plus de rigueur dans la conduite du récit et plus d'entrain et de fluidité dans la lecture. 

Cette réussite doit aussi beaucoup à Veronica Fish dont le style visuel convient merveilleusement à ce comic book. Son trait semi-réaliste est ce qu'il faut pour une aventure qui mixe romance, comédie et fantastique. Les personnages sont expressifs, le découpage tonique, et la colorisation de Andy Fish est superbe, parfaitement dosé avec l'encrage.

Le public auquel s'adresse cette production est large : sont ciblés évidemment les plus jeunes mais on peut prendre du plaisir au-delà de ce cadre car c'est tout simplement bien fait, divertissant sans être futile, léger sans être superficiel. L'intelligence du projet tient à ce qu'il a été bien défini.

Mais est-ce vraiment fini ? Hé bien non. La fin ouverte appelle une suite et elle aura bien lieu car Kelly Thompson l'a confirmé en même temps que son éditeur : Sabrina the teenage witch reviendra en 2020 et ça, c'est le meilleur tout qu'elle pouvait nous jouer.

mercredi 7 août 2019

SABRINA THE TEENAGE WITCH #4, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Et dire que dans un mois maintenant, c'en sera fini de Sabrina the teenage witch... Il faut donc savourer cet épisode (et le suivant), ce qui n'est pas difficile car Kelly Thompson et Veronica Fish nous régalent. L'intrigue avance sur plusieurs pistes, entre comédie romantique et fantastique. Le dénouement promet d'être explosif.


Ses tantes Hilda et Zelda toujours absentes, Sabrina Spellman décide de retourner à l'école - moins pour étudier que pour enquêter de son côté. En passant devant la mairie, elle remarque un attroupement réclamant des mesures contre des sorcières.


Harvey Winkle, un de ses prétendants, accompagne Sabrina jusqu'au collège en lui donnant rendez-vous plus tard pour parler de cela. En cours de science, Sabrina est rappelée à l'ordre par le professeur Sampson, qui prononce des paroles désobligeantes envers ses tantes.


Le soir venu, comme promis, Sabrina écoute Harvey lui raconter les origines de Greendale, fondée par des sorcières, dont l'une, Della, vivrait toujours dans le coin. Sur ce, Ren Ransom, l'autre courtisan de Sabrina, surgit.


Sabrina laisse les deux garçons se disputer ses faveurs et rentre chez elle. Dans la cave, elle consulte les grimoires de ses tantes pour identifier la menace dans la forêt. Ce qu'elle apprend la motive à prendre des mesure drastiques.


Armée de plusieurs artefacts puissants, Sabrina est mise en garde par son chat Salem. Mais elle n'a pas l'intention d'aller se battre seule et offre à ce dernier de l'accompagner, en le renforçant aussi de manière... Impressionnante.

Lorsque je déplore la fin de cette mini-série, peut-être me trompé-je car Kelly Thompson, en plus d'être une scénariste talentueuse, est quelqu'un à l'écoute de ses fans sur Tumblr (notamment). Ainsi lui ai-je posée la question d'une suite à ces cinq épisodes de Sabrina the teenage witch. Et elle m'a répondu qu'Archie Comics y réfléchissait, que "tout était possible. Croisons les doigts.". Sachant que le recueil sortira le 10 Décembre prochain, peut-être la jeune sorcière reviendra en 2020.

En attendant, à une marche du dénouement, cet épisode est, comme les précédents, exquis. Thompson mène remarquablement sa barque, semblant à la fois plus s'amuser que pour ses commandes chez Marvel et aussi mieux maîtriser son récit.

La couverture suggère que l'accent est mis sur la romance, ou en l'occurrence le triangle amoureux Sabrina-Ren-Harvey Winkle. Ce n'est pas totalement faux dans la mesure où Harvey Winkle a droit à des scènes plus consistantes et importantes et qu'effectivement Ren Ransom affiche sa jalousie (légitime puisque, après tout, Sabrina l'a embrassée).

Mais Thompson utilise Harvey pour faire progresser l'intrigue. Ses deux tantes parties chasser le démon dans la forêt voisine et ne revenant toujours pas, Sabrina en apprend davantage sur les origines (supposées) de Greendale. Ce que lui raconte Harvey relève plus de la légende urbaine qu'autre chose mais informe tout de même Sabrina sur une actrice méconnue (une certaine Della).

Le scénario suggère une autre piste, peut-être fausse, avec le professeur de sciences qui n'a pas l'air d'apprécier Hilda et Zelda. Un suspect supplémentaire, du genre savant frustré qui aurait utilisé la magie. A moins que Sampson ne soit lié à cette Della... Voilà de quoi phosphorer en attendant le prochain numéro.

Ce qui fait le sel de Sabrina..., c'est aussi la parfaite complicité entre son écriture et son dessin. Veronica Fish parle le même langage que Thompson et ses pages reflètent ce mélange délicat de comédie, de fantaisie, de polar, de fantastique. Il y a une légèreté élégante qui s'en dégage, qui n'est en rien de la futilité mais plutôt une forme de malice invitant le lecteur à apprécier cela comme un jeu bien élaboré.

Fish comprend le script de Thompson en sachant en souligner habilement les effets lorsque son dessin exagère les attitudes, les mimiques comme lorsque Jessa, la meilleure amie de Sabrina, est excitée par les aventures amoureuses de la sorcière. Mieux encore : les scènes avec le chat Salem sont savoureuses car à la fébrilité de l'adolescente répond le flegme du félin, à la fois blasé et prudent, bien qu'il sache (comme nous) que sa maîtresse ignorera ses conseils.

Le découpage a beaucoup de rythme et de fluidité, s'autorisant quelques compositions hardies comme lorsque Harvey revient sur la fondation de Greendale, ou, surtout avec cette double page magnifique de Sabrina dans la cave en train de réunir de puissants artefacts magiques (dont l'épée de Jeanne d'Arc !). La dernière page montre la métamorphose spectaculaire de Salem, sorte de climax attendu.

Le tout profite également d'une colorisation magnifique d'Andy Fish, qui contribue aux nombreux atouts d'une production bien garnie.

La rentrée sera forcément un peu tristounette à Greendale car il faudra dire au revoir à Sabrina. Mais comptons sur Thompson et Fish pour boucler en beauté - et sur Archie Comics pour donner une suite à ce projet.