jeudi 30 novembre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #4, de Iman Vellani, Sabir Pirzada et Carlos Gomez


Et rideau pour Ms. Marvel : The New Mutant ! Enfin... Pas tout à fait (mais j'en reparle plus loin). L'histoire contée par Iman Vellani (la Ms. Marvel du MCU) et Sabir Pirzada (scénariste de la série sur Disney +) se conclut sur une note positive, sans verser dans l'angélisme. Carlos Gomez achève seul les dessins avec le talent qu'on lui connaît.


Repérée par une Sentinelle, Ms. Marvel comprend grâce à son ami Bruno qu'elle portait, à son insu, un traceur. Mais la Sentinelle met en danger les étudiants du campus qui accusent l'héroïne. Bruno les convainc de l'aider et à l'issue de la bataille, Ms. Marvel comprend que sa vie a définitivement basculé...


Quoi qu'on en pense, le futur des X-Men s'écrira en comptant avec Ms. Marvel. Pas seulement parce que depuis le Hellfire Gala, où Kamala Kahn a ressuscité, elle est devenue une mutante (ou plus exactement une hybride mi-mutante, mi-inhumaine). 


Non, le personnage est désormais intégré à la franchise X. Er d'autres auteurs vont l'utiliser (comme Kieron Gillen dans Rise of the Powers of X, qui se situe dans le futur). Et malgré l'échec en salles du film The Marvels, Kamala Kahn reste une héroïne sur laquelle mise Marvel (comics en tout cas).


Ensuite parce que, comme je le suggérai en préambule, tout n'est pas dit avec ces quatre épisodes. Marvel a déjà communiqué sur une suite, à venir en Mars 2024, par les mêmes scénaristes et Scott Godlewski au dessin cette fois. Le titre : Ms. Marvel : Mutant Menace.

Pour l'heure donc, Iman Vellani et Sabir Pirzada concluent efficacement leur récit par un épisode riche en action mais qui a surtout le mérite d'établir le personnage dans son nouveau rôle. Plus que la baston entre la Sentinelle et Ms. Marvel, on retiendra surtout les dernières pages qui, sans trop en dire, insistent sur le fait que Kamala ne veut pas encore choisir son camp - ou sa race.

A défaut donc de retrouver un titre régulier (à moins que Marvel ne compte fonctionner par mini-séries successives autour de Ms. Marvel en plus de ses apparitions dans d'autres séries mutantes), Kamala Kahn a un échange, bref mais enrichissant, avec Emma Frost qui lui explique que ses pouvoirs mutants grandissent progressivement et finiront certainement par s'imposer. Il se peut alors que Ms. Marvel n'ait à terme plus du tout les mêmes talents que ceux qu'on lui connaît depuis sa création (et c'est ce que semble indiquer la preview de Rise of the Powers of X).

Vellani et Pirzada jouent en quelque sorte la montre, conservant ce qui est essentiel au personnage (son caractère volontaire, voire téméraire, son esprit geek, sa pétulance) et ses capacités élastiques primaires, jusqu'à ce que celles-ci soient modifiées. D'ici-là, ils peuvent encore s'amuser un moment avec Kamala et garder un certain flou sur son appartenance à la mutanité ou l'inhumanité.

En revanche, le scénario est plus tranché en ce qui concerne la façon dont les autres considèrent Ms. Marvel. Lors d'un bref dialogue avec la Sentinelle Oméga Karima Shapandar, Kamala comprend que son insouciance est désormais soumise au fait qu'on l'assimile à une mutante avec tout ce que cela suppose de désagréable - actuellement vivre comme une fugitive, dans la clandestinité, haïe par ceux qu'elle s'évertue pourtant de protéger.

Si ce que fait Pirzada aux côtés de Villani reste flou, la personnalité de cette dernière alimente grandement celui de son double de papier. Et c'est la grande réussite de cette mini-série, écrite par quelqu'un qui a le même âge que l'héroïne mais qui ne la conçoit pas de manière naïve. Vellani n'est donc pas qu'une fan à qui on a offert de rédiger un script mais bien un auteur à suivre. Peut-être fera-t-elle de Ms. Marvel un personnage de mascotte des X-Men aussi populaire que le fut en son temps Kitty Pryde (dont on mesure encore davantage la maturité qu'elle a acquise durant Fall of X au détour d'une scène avec Kamala).

Comme ce dernier épisode ne comporte plus de scènes oniriques, Adam Gorham n'est donc pas présent et Carlos Gomez dessine toutes les pages intérieures. L'artiste prouve qu'il n'est pas seulement à l'aise avec les héroïnes pulpeuses auxquelles il a été surtout associées jusqu'alors. Il anime Ms. Marvel avec beaucoup de finesse et d'énergie.

La longue scène d'affrontement avec la Sentinelle est spectaculaire à souhait et quand le calme revient ensuite, Gomez découpe les dialogues avec une belle variété dans les angles de vue, de telle sorte que le dynamisme reste intact. Je vais me répéter, mais la prochaine étape serait vraiment que Marvel accorde sa confiance à ce dessinateur sur un titre régulier (car il est bien meilleur que certains "stormbreakers" promus par l'éditeur).

Dans le climat plutôt pesant de Fall of X, Ms. Marvel : The New Mutant n'aura pas dépareillé en qualité tout en procurant d'autres sensations aux fans.

mercredi 29 novembre 2023

TITANS : BEAST WORLD #1, de Tom Taylor et Ivan Reis


Je ne suis pas un fan des events, ni de Tom Taylor, mais pourtant je me suis trouvé à lire le premier épisode (sur six) de l'event DC de cette fin d'année : Titans Beast World. La présence au dessin de Ivan Reis motive beaucoup et puis surtout l'éditeur a décidé de ne pas faire durer les choses (malgré l'habituel cortège de tie-in qui accompagnera cette histoire) en publiant tout ça entre fin Novembre et début Janvier. Alors ? Est-ce que c'est bien ?
 

Une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité atterrit sur Titan, la lune de Saturne, mais réveille la Necrostar, un monstre bien connu du peuple tamaranéen de Starfire. Seul Starro le conquérant a réussi par le passé à la vaincre. Mais méfiant à la perspective d'une telle alliance, Beast Boy propose un plan B risqué...


Je n'avais pas prévu de me lancer dans cet event. Comme je l'écris plus haut, les events me déçoivent trop souvent. En plus celui-ci est écrit par Tom Taylor, un scénariste largement surcoté pour moi. Et je ne lis pas la série Titans qu'il écrit.


Mais quand un ami m'a prêté son exemplaire en me jurant que c'était bon, je me suis laissé tenter. Et, c'est vrai que c'est bon. Pas révolutionnaire mais efficace. Et avec ses quarante pages, ce premier numéro (sur six) se donne les moyens d'embarquer le lecteur dans un récit très spectaculaire.


Le retour de la Justice League n'étant toujours pas d'actualité, DC mise sur les Titans, placée en première ligne, comme les remplaçants de la Ligue de Justice. On s'amusera quand même de voir tous les cadors de la JL aux premiers rangs lors de la réunion de crise, même si c'est bel et bien la bande de Nightwing qui est en haut de l'affiche.


Comme souvent chez DC, la menace est cosmique : ici, il s'agit de la Necrostar, une entité extrêmement puissante et fatale enterrée sur la lune de Saturne, Titan, et réveillé par une expédition spatiale organisée par l'Eglise de l'Eternité, dont le leader, Frère Eternité, semble avoir caché à ses "forevernauts" un vilain secret.

L'événement, retransmis en direct à la télé, alerte aussitôt Starfire qui reconnaît un vieil idiome tamaranéen pour réveiller la Necrostar. Logiquement, c'est aussi Koriand'r qui va expliquer à tout un tas de héros de quoi il ressort, grimoire à l'appui. Tom Taylor semble compter sur une certaine simplicité pour poser les fondements de son intrigue et c'est louable.

Néanmoins le scénariste se garde des munitions - il a raison, quand on part pour un épisode de 40 pages, autant ne pas tout dire d'un coup. La seule entité capable de contenir la Necrostar est Starro le conquérant, mais pour Beast Boy, il est clair qu'attendre de l'aide d'une bestiole pareille revient à soigner le mal par le mal, donc assumer un trop gros risque.

Je ne spoile pas grand-chose en vous révélant que le plan de Beast Boy est de se transformer en une étoile de mer géante rivalisant avec Starro. Le procédé est détaillé de manière à la fois assez détaillée et allusive pour ne pas verser dans l'horreur, et souligne le lien, romantique autant que sacrificiel, entre Gar Logan et Rachel Roth/Raven.

Il est intéressant de voir que le scénario prend en quelque sorte le contrepied des classiques de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque des New Teen Titans, où Raven était l'élément instable de l'équipe à cause de ses liens avec Trigon, qui risquait de la faire sombrer du côté obscur à tout moment. Ici, c'est elle qui accompagne Beast Boy vers sa métamorphose, où il risque à son tour de perdre tout contrôle. Et évidemment, pas besoin d'être un génie pour l'anticiper, ça ne va pas manquer d'arriver... Mais avec le concours d'un autre méchant.

Sur ce dernier, en revanche, je resterai discret, même si je dois avouer que je trouve son nom franchement grotesque (et il faut en outre savoir qu'il est apparu un peu plus tôt, à la fin de Knights Terror, l'event estival de 2023, quand Amanda Waller a récupéré la pierre du cauchemar et une autre relique). Il faudra attendre pour voir ce que va en faire Taylor, si la Necrostar est définitivement écartée, et si Starro ne pointe pas le bout de ses branches...

C'est en tout cas efficace et très rythmé. Ivan Reis fait ce qu'on attend de lui et pour quoi il est si insolemment doué : l'épisode regorge de planches généreusement détaillées, avec des angles de vue grandioses. Les décors sont exploités de la manière la plus spectaculaire possible et les scènes d'action ont une envergure que peu d'artistes parviennent à traduire.

Le casting, fourni, n'est pas un souci pour Reis, ni pour son encreur Danny Miki ni pour son coloriste Brad Anderson, qui ont tous eu à les représenter dans leurs carrières. Le vrai défi est bien de faire croire au lecteur que les Titans peuvent être les grands sauveurs de l'humanité comme la Justice League avant eux et pas seulement des substituts pratiques en attendant le retour des justiciers vedettes.

La formation qu'animent Taylor et Reis consiste en Nightwing, Starfire, Donna Troy, Cyborg, Raven et Beast Boy, et ce sextet ne manque pas de charisme. Quiconque a une connaissance minimum de l'univers DC sait qui sont ces personnages, déjà là à la fin des années 70, début des années 80, même si après Wolfman et Pérez leur groupe a connu des fortunes très diverses. 

Ce qui est appréciable, c'est que DC semble définitivement sorti de ses tentations de faire des Titans une Justice League junior avec des héros aux compétences équivalentes. Et Taylor s'appuie sur l'historique de cette bande pour ne pas avoir à expliquer au lecteur qui ils sont, d'où ils sortent, pourquoi ils sont en première ligne. Même si la Justice League est présente à l'image et finira pas revenir dans une série mensuelle, pour l'heure, elle n'est ni reléguée artificiellement  pas plus que les Titans mis en avant pour l'occasion. D'ailleurs le titre de l'event associe bien Titans et Beast World (alors que DC aurait pu se contenter de cette dernière partie).

Le cliffhanger laisse la porte ouverte à une crise en bonne en due forme (mais sans le ciel rouge ni forcément la fin de l'univers/multivers/omnivers à la clé). Et surtout on n'aura pas à attendre longtemps pour la suite (chaque numéro paraîtra à quinze jours d'intervalle).

samedi 25 novembre 2023

POISON IVY, TOME 2 : NATURE HUMAINE, de G. Willow Wilson, Atagun Ilhan et Marcio Takara


Le premier tome de Poison Ivy avait été une excellente surprise. Restait à confirmer avec le deuxième, car entre temps la série limitée à six numéros était devenue une maxi en douze puis une ongoing. G. Willow Wilson a su trouver de quoi développer son projet et ce nouveau recueil se décompose en trois histoires, dessinées par Atagun Ilhan et Marcio Takara.


Ivy arrive dans la ville de Parson, Montana, où la société de fracturation hydraulique emploie beaucoup d'habitants. Pourtant ceux-ci sont conscients des ravages écologiques de cette exploitation et Ivy compte enquêter à ce sujet en se faisant embaucher par la patronne de FutureGas, Beatrice Crawley. Mais celle-ci la reconnaît et la piège.


Empoisonnée, Ivy ne doit son salut qu'à l'intervention de Janet, la secrétaire de Crawley, qu'elle a déjà rencontrée plus tôt lors de son voyage. Mais cette dernière est souffrante et doit subir une greffe du foie à Seattle et compte bien sur Ivy pour l'aider à son tour ensuite...


Ivy et Janet se sont établies à Seattle dans un cottage lorsqu'elles reçoivent la visite de Harley Quinn. Les retrouvailles entre les deux amantes aboutissent à une révélation pour chacune d'elles : Ivy comprend que comme une plante elle se régénère, Harley admet que Ivy doit poursuivre sa route sans elle encore un moment avant de regagner Gotham.
 

Janet convainc Ivy de l'accompagner à une retraite organisée par Gwendolyn Caltrope, prêtresse new age et femme d'affaires qui commercialise diverses potions. Après en avoir ingéré, Ivy et les adeptes s'abandonnent complètement à la débauche.


Ivy comprend que le breuvage a libéré une partie de ses pouvoirs grâce à un champignon contenue dans la boisson et grâce à cela elle peut contrôler les esprits des femmes présentes. Dans une sorte de transe collective, elles entreprennent d'empêcher des camions d'accéder à une raffinerie mais l'expérience dégénère pour Gwendolyn.


Devenue un monstre végétal, Gwendolyn s'attaque à Ivy qui contre-attaque et la tue. Une fois remise, Ivy concocte un antidote mais une des femmes refuse de le recevoir et s'en va. Janet et Ivy reprennent la route, direction : Gotham...

C'est un destin peu commun qu'a connu ce titre : lancé comme une mini-série en six chapitres, son succès critique et public lui a valu d'être rallongée de six numéros supplémentaires, et comme les lecteurs ont continué à le plébisciter, DC a décidé d'en faire une série illimitée.

Cette réussite est d'abord celle de la scénariste G. Willow Wilson qui a su trouver un angle original et riche de possibilités pour le personnage de Poison Ivy, qui n'avait jamais eu droit à sa propre série auparavant. Wilson, elle-même, revient de loin : si elle co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona Kamala Kahn/Ms. Marvel, elle a ensuite connu beaucoup de difficultés pour rebondir, alternant projets en creator-owned (Invisible Kingdom, officiellement en stand-by, mais dont il est plus probable de penser qu'il n'aura pas de suite) et work for hire (une reprise ratée de Wonder Woman notamment).

Dans le premier tome, on suivait Poison Ivy après ce qu'elle avait traversé durant le crossover Fear State durant lequel elle avait donné naissance à un double surpuissant, Queen Ivy, avant de perdre une partie de ses pouvoirs. Désemparée, revancharde aussi, Pamela Isley quittait Harley Quinn et Gotham pour une expédition punitive à travers les Etats-Unis avec le projet d'éradiquer l'humanité qu'elle jugeait responsable de la dégradation de la planète.

Mais en cours de route, au gré de rencontres, Ivy se rendait compte que ce châtiment était trop extrême, qu'il y avait des gens méritant d'être épargnés, et après un combat à mort contre Jason Woodrue/l'Homme Floronique (à l'origine de ses pouvoirs), elle faisait marche arrière  en ne ciblant plus que les vrais pollueurs.

C'est ainsi qu'on la retrouve en ouvrant ce deuxième tome dans un arc en deux parties. Première surprise : celui-ci est dessiné par Atagun Ilhan.

L'intrigue est classique mais rondement menée, même si elle manque de subtilité. Ilhan n'est pas mauvais mais son dessin comporte quand même beaucoup de maladresses et il faut les couleurs de Arif Prianto pour conserver l'esthétisme si spécial du titre. Beatrice Crawley campe une méchante redoutable mais (apparemment) vite sacrifiée, comme si Wilson avait imaginé ce diptyque en urgence, en attendant de repasser aux choses sérieuses.

Et on n'a donc pas trop à attendre puisque, dès l'épisode 9, Marcio Takara revient au dessin et on a droit à un épisode done-in-one avec le retour également de Harley Quinn. Il paraît alors bien loin le temps où DC refusa à J.H. Williams III le mariage de Kate Kane/Batwoman avec Maggie Sawyer. Ici, on voit deux femmes qui s'aiment, couchent ensemble, et partagent même un trip hallucinogène !

Si Harley a rejoint Ivy à Seattle pour la convaincre de rentrer à Gotham, ce n'est pas pour tout de suite. Wilson enchaîne avec un récit en trois parties où elle traite des gourous new age californiens qui promettent le bien-être à leurs clients. Ce mélange d'affairisme et de spiritualisme donne moins lieu cependant à une critique en règle qu'à une intrigue échevelée et psychédélique.

On renoue alors avec l'esthétique horrifique de la série et Marcio Takara nous éblouit en passant sans transition de scènes a priori acides (et sous acide) à d'autres franchement cauchemardesques. Là aussi, la contribution du coloriste Arif Prianto ajoute considérablement au cachet de la série avec une palette nuancée et violente à la fois.

Le dénouement de cette aventure revient de manière habile sur les théories conspirationnistes attachées au vaccin (comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid) et nul doute que G. Willow Wilson va certainement exploiter cette femme qui refuse l'antidote de Ivy.

Ce qui est tout aussi certain, c'est que DC tient avec Poison Ivy une de ses meilleures séries actuelles mais aussi un véritable ovni, à mi-chemin entre une production indé qui rappelle ce que publiait le label Vertigo (dont il se dit qu'il pourrait renaître d'ici 2025) et quelque chose de plus mainstream. On va continuer à suivre ça avec attention.

vendredi 24 novembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #4, de Si Spurrier et Lee Garbett


A peine deux semaines après la parution du n°3, Uncanny Spider-Man #4 est déjà disponible. On ne va pas s'en plaindre, même s'il faudra que fin Décembre ce sera le début de la fin de Fall of X et de de toutes ses (mini) séries. Si Spurrier et Lee Garbett (de retour après le fill-in de Javier Pina) déliassent un peu le côté fun de leur héros pour l'entraîner vers la fin de son aventure... Mais aussi le récit de ses origines...


Silver Sable explique à Kurt Wagner qu'elle ne va plus pouvoir longtemps dissimuler leur liaison à Orchis qui, via la Vautour et ses chasseurs cybernétiques, se doutent de quelque chose. Pour Diablo, la situation devient de plus en plus délicate avec Mystique qu'il oblige à avoir une discussion...
 

Le 3 Janvier 2024 débutera Fall of the House of X (et, une semaine après, Rise of the Powers of X, son pendant futuriste - à la manière de HoX/PoX). Cela marquera le début de la fin de Fall of X. Il faut donc que d'ici fin Décembre tous les jouets soient ramassés - traduisez : que toutes les mini-séries lancées pour Fall of X soient conclues.


C'est ce qui explique qu'il n'ait fallu attendre que quinze jours entre les épisodes 3 et 4 de Uncanny Spider-Man. Mais ce n'est pas toute l'actualité qui attend Diablo pour ce mois de Novembre puisque, pas plus tard que la semaine prochaine, sortira X-Men Blue Origins, également écrit par Si Spurrier.


Si je mentionne ce titre annexe, c'est parce qu'au centre de Uncanny Spider-Man, on trouve une scène qui sert de prologue à X-Men Blue Origins. Kurt Wagner y retrouve Mystique, toujours aussi confuse mentalement, pour avoir une discussion entre quatre yeux : le contenu de leur échange sera celui de X-Men Blue Origins et devrait dévoiler les origines (définitives) de Diablo.

Pour l'heure, Uncanny Spider-Man continue de présenter Kurt Wagner sous son nouvel alias et dans sa nouvelle vie. Cet épisode est empreint d'une gravité nouvelle : Silver Sable ne peut plus gagner de temps, un de ses mercenaires sait pour elle et Kurt, et les chasseurs du Vautour (des mutants capturés par Orchis et domptés par la cyber-technologie de Warlock) sentent qu'elle cache des choses. Va-t-elle le trahir et le livrer à ses employeurs ?

Kurt doit également courir après Mystique, toujours dans un état mental très confus, tout en refusant toujours de rallier la résistance mutante (mutants avec qui il ne veut plus rien avoir à faire depuis son départ de Krakoa, avant le Hellfire Gala, car il estime que la cause de la Nation X est perdue, que Krakoa n'a fait qu'empirer les choses, et qu'il ne veut plus supporter ce fardeau).

Même si le côté fun et un peu horny de la série était très plaisant, prouvant enfin que Si Spurrier savait traiter le personnage sans en faire le curé des X-Men, ce virage est bienvenu car opportun, justifié. Il y a certes de la légèreté chez Diablo, un aspect séducteur et bondissant, mais aussi une forme de drame, puisque, comme je le disais dans la critique du premier épisode, il se distingue de beaucoup de mutants (en tout cas de ceux qui fondèrent la deuxième génération des X-Men) par son aspect physique et son histoire.

Diablo a l'air d'un démon et a échappé de justesse à un lynchage lorsque le Prof. X l'a découvert. La première scène de cet épisode y fait d'ailleurs écho lorsque Kurt assiste au lynchage d'un humain qu'une foule hystérique prend pour un mutant. Mais il refuse d'intervenir jusqu'à ce que Spider-Man s'en charge et soit à son tour menacé. Ce n'est pas par détachement complet, ni résignation qu'il se comporte ainsi, mais bien comme on le voit plus loin, alors qu'il est avec Silver Sable parce qu'il est à bout, excédé, fatigué.

La série, on le comprend alors parfaitement, est celle d'un personnage qui est écrasé par ce que la vie a fait de lui : Diablo ne s'appartient plus depuis longtemps. Il a été un X-man, un ami, un amant, il a été mort, il est revenu de l'au-delà, il a voulu bâtir une religion sur Krakoa, il a été membre du Conseil de Krakoa... Mais tout ça l'a éloigné de ce qu'il était et de ce qu'il aime. Ses amis sont loin et dispersés, le rêve de Xavier s'est (encore une fois) cassé la figure. Il a dû changer d'alias pour rejouer au héros bondissant et insouciant. Mais même là, il est rattrapé par les problèmes, notamment par Mystique.

Spurrier réussit brillamment à nous faire ressentir le ras-le-bol du personnage, ce sentiment de défaite, de débâcle qui l'étreignent. La fin de l'épisode est particulièrement poignante mais attraper un téléporteur ne signifie pas le tenir pour de bon et quelque chose me dit que la discussion avec Mystique va impacter le dernier épisode, le mois prochain. (Et les plus curieux et impatients n'auront qu'à chercher la couverture de Fall of the House of X #1 pour en savoir plus sur Diablo...)

Si Javier Pina l'a superbement remplacé dans le précédent numéro, on est quand même heureux de retrouver Lee Garbett pour celui-ci et le prochain. Je l'ai dit et je le redis mais il dessine Diablo tel que je l'aime. Même sous son costume et le masque de Spider-Man (même si, heureusement, il ne le porte pas trop), c'est bien la création de Dave Cockrum qu'on retrouve et, à part Alan Davis, Paul Smith ou Ed McGuinness, il a rarement été aussi bien servi ces derniers temps.

Garbett fait preuve de beaucoup d'adresse dans sa narration, avec une grande variété dans le découpage, un souci constant pour dynamiser le récit, maintenir le lecteur en alerte, ce qui colle parfaitement avec ce que fait traverser Spurrier à Diablo, sorte de fugitif indétectable mais jouant constamment avec le feu (du fait de sa liaison avec Silver Sable et des apparitions imprévisibles des Sentinelles ou des Chasseurs du Vautour).

Décidément, cette mini a eu bien du mérite et pour les fans de l'elfe des X-Men, c'est un régal.

WONDER WOMAN #3, de Tom King et Daniel Sampere


Ce troisième numéro de Wonder Woman par Tom King et Daniel Sampere s'agrémente d'une back-up story par King et Belen Ortega concernant l'enfance de Trinity, la fille de l'amazone aux côtés de Jon Kent et Damian Wayne. Mais j'ai choisi de zapper cette partie pour rester concentrer sur l'intrigue principale, moins mouvementée que le mois dernier mais avec un épatant twist final.


Tandis que le Souverain reçoit chez lui un soldat ayant participé au combat contre Wonder Woman, l'amazone se rend au bureau se Sargent Steel avec l'intention de découvrir ce qu'il sait au sujet d'Emelie, celle par qui tout a commencé...
 

D'abord, laissez-moi revenir rapidement sur la raison pour laquelle je ne parlerai pas de la back-up story qui complètera dorénavant la sommaire de Wonder Woman. Tom King a voulu y décrire l'enfance de Trinity, la fille de Diana, qu'elle a vécu auprès de Jon Kent (le fils de Superman et Lois Lane) et Damian Wayne (le fils de Batman et Talia Al Ghul).


L'intention est louable mais disons-le tout net, le résultat est calamiteux. King, de son propre aveu, a voulu traiter cela de manière légère et même humoristique, (je cite :) "à la manière de Calvin & Hobbes ou Peanuts" (même s'il ne s'agit pas ici de comic-strips). Et, vraiment, quelle idée lui est passé par la tête ?


King a bien des talents, mais certainement pas celui d'être drôle et surtout d'écrire correctement sur des enfants. C'est niaiseux au possible, complètement raté, horripilant. Belen Ortega fait ce qu'elle peut au dessin mais ne peut sauver ce script ni fait ni à faire.

Bon, ça, c'est fait.

Maintenant, revenons à Wonder Woman. Là aussi, on peut observer quelques éléments notables. Tout d'abord le récit se calme considérablement après l'épisode très spectaculaire du mois dernier. L'action proprement dite est reléguée hors champ.

King semble s'en amuser, comme s'il voulait frustrer le lecteur après lui en avoir donné beaucoup d'un coup. On a droit à des planches découpées en "gaufrier" de neuf cases dont Daniel Sampere s'empare avec brio, prouvant à cette occasion qu'il est un narrateur solide, qui ne lâche rien sur la rigueur de l'histoire telle que veut la raconter son scénariste.

Sampere a quand même de quoi épater la galerie avec quelques splash pages remarquables, comme celle qui ouvre l'épisode ou une autre quand Sargent Steel trouve Wonder Woman dans son bureau (voir ci-dessus). Au sujet de cette dernière page, on pointera, à juste titre, que l'artiste ne donne pas une pose très naturelle à Diana, trop cambrée dans ce fauteuil.

D'une manière générale, depuis le début de ce relaunch, c'est sans doute le reproche qu'on peut le plus facilement adresser à Sampere qui semble vouloir en toutes circonstances représenter l'héroïne en majesté. Comme il lui a donné un physique imposant, elle paraît constamment poser comme un modèle dans l'atelier de l'artiste qui souligne davantage sa beauté sculpturale que son naturel.

Cela peut devenir un tic gênant pour le lecteur qui ne remarque plus que ça. Et c'est gênant parce que, du même coup, Wonder Woman paraît invincible, imperturbable. Or si le lecteur ne sent aucune faille dans un personnage, il devient difficile pour lui sinon de s'y identifier, du moins de croire que quelque chose pourra l'atteindre. Pour le suspense, c'est dommageable.

L'autre observation qu'on fera, c'est que King opère comme dans le précédent épisode, en adoptant une narration parallèle. Cette fois-ci, les deux lignes narratives ne sont pas temporelles, mais spatiales, puisqu'on va et vient entre le bâtiment dans lequel Wonder Woman se fraie un chemin et la somptueuse maison du Souverain qui reçoit un soldat ayant participé à la bataille du mois dernier.

King aime bien jouer avec les possibilités qu'offre la narration et donc il rédige un script très solide. Mais aussi très - trop ! - bavard. C'était l'écueil du premier épisode, et on y est à nouveau confronté. La voix off su Souverain, ce puissant qui tire les ficelles (et joue du lasso) en coulisses, est omniprésente et franchement lourdingue. Je ne sais pas pourquoi King persiste dans cette direction car il n'en a pas besoin, en tout cas pas ici.

Ce procédé est agréable quand il donne un relief particulier à ce qu'on lit, ce qu'on suit, ce qu'on voit. Par exemple, dans Danger Street, la voix off du Doctor Fate, introduit une dimension ironique, exposant les faits comme s'il s'agissait d'un conte. Ici, on a surtout le sentiment d'un verbiage qui encombre la narration, par ailleurs très complète sur le plan visuel puisque Sampere donne beaucoup d'expressivité aux personnages, d'envergure aux situations, et de méticulosité à son dessin. Pour le coup, le scénariste joue un peu contre son artiste.

En surlignant tout de la sorte, King atténue l'impact de scènes qui se suffisaient à elles-mêmes, comme la démonstration du Souverain avec son lasso du mensonge, ou la révélation que fait Steel à Diana (et qu'entendra dans le futur Trinity). Dommage.

Wonder Woman est donc encore une série en rodage. On sent bien l'ambition de King, et l'auteur nous intrigue de manière très habile avec son histoire. Les dessins de Sampere sont somptueux. Mais de grâce, moins de texte ! Et plus de naturel !

jeudi 23 novembre 2023

AVENGERS INC. #3, de Al Ewing et Leonard Kirk


Avengers Inc. confirme avec ce troisième numéro qu'il s'agit d'une série vraiment atypique. Al Ewing continue de développer le titre avec des histoires done-in-one mais qui possèdent un fil rouge bien intriguant. Leonard Kirk est moins en forme cette fois-ci, soutenu par un encreur médiocre.


Jane Foster/Valkyrie sollicite les services de Janet Van Dyne et Victor Shade pour une affaire qui sort franchement de l'ordinaire : une enquête sur la mort de Skurge l'Exécuteur. Sauf que ce dernier a été tué au Valhalla, où reposent les vikings ! Donc la victime était déjà décédée...


Interrogé sur le statut de sa série par rapport à celle écrite par Jed MacKay, Al Ewing a précisé que son projet n'était pas un spin-off mais plutôt un titre cousin et il promettait en prime des bouleversements importants pour la suite.


Le scénariste ne surprendra guère ses fans en disant cela car il écrit souvent ses séries avec un plan sur le long terme. Maintenant il reste à Avengers Inc. à bien se vendre pour que Al Ewing aille au bout de ses idées. Et c'est un sacré pari.


Car, à bien des égards, Avengers Inc. prend le lecteur à rebrousse-poil. Son concept même écarte une bonne partie du folklore associé aux Avengers en particulier et aux super héros en général : pas de héros costumés, pas de bastons spectaculaires, pas de personnages stars. Mais de bonnes histoires qui déroulent un fil rouge encore ténu.

Mais pour qui veut bien jouer la partie proposée par Ewing, c'est un régal. Le scénariste s'y amuse visiblement beaucoup et c'est contagieux. Cet épisode en apporte encore la preuve avec une histoire loufoque et efficace.

La Guêpe est sollicitée pour enquêter sur la mort d'un dieu asgardien, à ceci près qu'il était déjà mort avant qu'on ne fasse appel à ses services ! En effet, l'épisode a pour cadre le Valhalla, l'au-delà des vikings où Skurge l'Exécuteur a été assassiné. Pourquoi ? Par qui ?

Avec son duo de détectives, Avengers Inc. a un air de Chapeau melon et bottes de cuir qui est très plaisant. Surtout c'est la première fois depuis Uncanny Avengers période Remender et Tony Stark : Iron Man de Dan Slott que Janet Van Dyne y est si bien traitée : non pas en fonction de l'homme qu'elle courtise ou qui la séduit mais bien comme une héroïne à part entière, pourvue d'une personnalité complexe, dans un rôle original.

Elle est à la fois au coeur de l'affaire, en tant qu'investigatrice, mais aussi un personnage témoin, à travers qui tout un chacun peut relever des indices semés là par Al Ewing. Par exemple, ici, en plein coeur de l'action, on remarquera que Victor Shade reconnaît le Moissonneur alors qu'en principe il ne le connaît pas (ou alors seulement de réputation, mais cela n'explique pas qu'il sache sa véritable identité). Le même Vic Shade qui se trouble quand un asgardien semble lui rappeler des éléments d'un passé qui n'est pourtant pas le sien.

C'est tout le sel de cette série que de nous entraîner dans des affaires saugrenues tout en piquant notre curiosité avec le cas Victor Shade. J'en viens presque à regretter que Ewing ait si vite éventé qui est derrière la résurrection de la Toupie de cette manière. Mais ça ne m'empêche pas d'attendre avec intérêt comment le scénariste va développer ce subplot.

la résolution de l'enquête sur la mort de Skurge est particulièrement retorse et impacte la construction même de la série puisqu'on sait qu'il va y avoir des répercussions rapides. Ewing en tout cas se montre très inspiré dans sa façon d'échafauder ses detective stories et si, un jour, il en vient à écrire Batman, il sera parfait.

On ne peut pas en dire tout à fait autant de Leonard Kirk qui, sur cet épisode, se montre moins en forme. On remarque qu'il dessine et encre l'épisode comme auparavant mais a aussi reçu le renfort de Belardino Barbo comme encreur. Et cette contribution est peu concluante, pour dire le moins.

A plusieurs reprises, on sent des visages bâclés, aux expressions maladroites, quand il n'y a pas carrément des éléments faciaux complètement foirés. C'est  tellement inhabituel chez Kirk qu'on ne peut que penser qu'il s'agit d'erreurs de l'encreur venu l'aider.

Certes, Kirk est depuis longtemps maintenant en deçà de ce qu'il a pu produire quand il était au top (notamment à la fin des années 90-début 2000, lorsque justement il avait des encreurs vraiment compétents pour le soulager). Son dernier taf vraiment exemplaire reste sans doute Agents of Atlas. Mais il reste un pro solide, régulier, chez qui ces faux pas n'ont pas leur place. Espérons qu'il se ressaisisse vite.

Quoi qu'il en soit, même si on peut juger Avengers Inc. peu ambitieux, c'est tout de même bien supérieur à The Avengers de MacKay actuellement. Et cela suffit pour affirmer que Al Ewing est peut-être le meilleur scénariste de Marvel en activité.

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #21, de Mark Waid et Dan Mora


Tout (ou presque) est dit sur la couverture : ce nouveau numéro de Batman - Superman : World's Finest va opposer les Superman et Batman de deux Terres. Mais Mark Waid trouble aussi ceux qui croyaient avoir bien cerné ce retour dans l'univers de Kingdom Come, entamé le mois dernier. Dan Mora, lui, se charge de rendre cet affrontement spectaculaire avec son brio coutumier.


A la sortie d'un affrontement avec leurs doubles de la Terre 22, Batman et Superman doivent battre en retraite et trouvent refuge dans la ferme des Kent. Batman s'interroge sur les secrets que garde David Sekela devenu ici Thunderman tandis que ce dernier et ses alliés préparent leur riposte...


J'ai lu le premier volet de cet arc narratif le mois dernier en pensant savoir exactement où je mettais les pieds, quand il se situait dans la chronologie des événements de Kingdom Come. Je suis beaucoup moins affirmatif après avoir lu cet épisode.


Mark Waid a non pas menti au lecteur mais l'a un peu dérouté. En effet, quand Batman et Superman sont arrivés sur la Terre 22, tout indiquait qu'on se trouvait là après la fin de Kingdom Come, soit après le sacrifice de Shazam et la mort de centaines de héros. Pas si simple.


En effet, dans ce numéro, on découvre que les Superman et Batman de Terre 22 ne sont pas encore aussi âgés que dans Kingdom Come, que Superman ne s'est pas retiré après l'assassinat de Lois Lane par le Joker, et d'ailleurs Magog n'existe pas encore et n'a pas exécuté le Joker en représailles. Nous sommes donc bien avant et pas après Kingdom Come.

Waid intègre à son récit des éléments qu'il n'a pas créés comme la présence de Gog, créé par Geoff Johns et Alex Ross dans les pages de Thy Kingdom Come, l'arc qu'ils ont co-écrits pour la série Justice Society of America. Mais en même temps, dans cet arc de JSA, ce n'est pas David Sekela qui devenait Magog mais David Reid, un descendant de Franklin Delano Roosevelt, servant dans l'armée américaine au Moyen-Orient.

Comment interpréter tout ça ? On peut supposer, par exemple, que Mark Waid joue avec les reboots ayant eu lieu dans le DCU depuis Kingdom Come, qui était lui-même un récit hors continuité initialement. Entre temps, il y a eu les New 52 puis DC Rebirth, de quoi pas mal chambouler la mise en place de l'intrigue originelle. Durant les New 52, la JSA n'avait notamment jamais existé et donc l'histoire de Thy Kingdom Come avait été effacée.

Bien entendu, cet arc de World's Finest ne fait que débuter et donc il est difficile, pour ne pas dire impossible de deviner comment Waid va composer avec ce qui a précédé ni où il va aboutir. La seule certitude à ce stade, c'est qu'on est bien sur la Terre 22. Après le diable est dans les détails : Lois Lane est encore en vie (comme le Joker), Superman n'est pas retiré (et ne porte pas son costume futur), Batman porte son armure mais pas parce qu'il est lourdement handicapé.

Et surtout donc, il y a Gog, qui semble avoir une influence énorme sur cette Terre parallèle, notamment vis-à-vis de la Justice League... Mais je ne vais pas spoiler la fin de l'épisode et sa dernière double page impressionnante. En vérité, on est en face d'un puzzle dont seul le scénariste connait le motif. Il convient d'être patient.

Ce qui ne signifie pas qu'on s'ennuie en attendant. Waid fournit à Dan Mora l'occasion de briller et le dessinateur produit des planches explosives. La bagarre que déclenche Thunderman (David Sekela ayant modifié son pseudo de Thunder Boy par rapport à son âge) contre Superman est spectaculaire. Quand les deux Batman s'affrontent à leur tour et que le Nightwing de Terre 22 surgit pour l'aider, la baston se fait plus stratégique mais pas moins percutante.

Mora garde des cartouches pour l'entrée en scène de Gog dont le design est toujours aussi impressionnant et donc l'épisode se referme sur une double page bluffante. On reste estomaqué par la force de travail de Mora qui garde un niveau affolant sur deux séries mensuelles sans jamais s'essouffler. 

Bon, je continue à le préférer sur World's Finest car je trouve que sa manière de représenter Superman et Batman est plus conforme à ce que j'aime que quand il dessine Shazam, où son trait me paraît trop anguleux. Mais c'est tout de même un phénomène exceptionnel en ces temps où les éditeurs ont tant de mal à trouver des artistes capables d'enchaîner les épisodes.

Mention aussi aux couleurs de Tamra Bonvillain, qui, je trouve là aussi, conviennent mieux au trait de Mora qu'Alejandro Sanchez sur Shazam. Elle contribue énormément au charme et à l'efficacité du titre en accompagnant l'artiste titulaire mais aussi les fill-in (quand Mora a quand même besoin de souffler entre deux arcs).

C'est une lecture un peu frustrante mais qui ne va certainement pas manquer de surprendre.

mercredi 22 novembre 2023

Brie Larson nous donne des LESSONS IN CHEMISTRY


En attendant que je puisse voir The Marvels, j'en ai profité pour visionner les 7 épisodes de Lessons in Chemistry dont Brie Larson tient également le haut de l'affiche. Adapté du roman de Bonnie Gramus par Lee Eisenberg, cette mini-série suit le parcours d'une scientifique en butte au machisme de son époque. Dommage qu'en cours de route, l'histoire s'éparpille...

Ce qui suit contient des SPOILERS !


Elizabeth Zott, technicienne de laboratoire à l'institut de recherches d'Hastings, aimaerait mener ses propres projets mais la hiérarchie le lui refuse au profit de ses homologues masculins. Elle expérimente alors ses trouvailles chez elle en s'adonnant à son autre passion, la cuisine. Jusqu'à ce qu'elle soit remarquée pour ses compétences en chimie par la star de l'institut, le Dr. Calvin Evans, dont elle devient l'assistante.
 

Ensemble, ils travaillent sur un concept révolutionnaire, l'abiogenèse, à l'origine de la vie. Mais quand ils commencent à partager des sentiments amoureux, cela ne passe pas inaperçu et le le superviseur Donatti met en garde Liz si elle distrait Calvin. Ils décident alors de vivre ensemble et c'est ainsi que Liz fait la connaissance de la voisine de Calvin, Harriet Sloane, qui se bat contre un projet d'autoroute qui passerait dans leur quartier à majorité peuplé de noirs. Calvin accepte de soutenir cette cause mais entre temps ils présentent le résultat de leurs travaux, à lui et Liz. Hastings refuse cependant catégoriquement que la jeune femme co-signe la publication. Peu après, Calvin meurt, renversé par un bus.


Dévastée, Liz découvre grâce à Harriet le portrait à charge qu'un reporter du L.A. Times a écrit sur Calvin. Harriet exige un rectificatif, sans succès, mais évoque le projet d'autoroute sur lequel le journal va enquêter. Liz revient à Hastings pour trouver le labo qu'elle partageait avec Calvin vidée. Donatti lui cache qu'il a repris leurs travaux en s'appuyant sur leurs notes, prétendument détruites par mégarde. Et veut ensuite la virer quand elle apprend qu'elle est enceinte.


Liz donne naissance à une fille, Mad. Elle peut compter sur le soutien d'Harriet pour l'élever. Pour subvenir à ses besoins, elle aide des chercheurs de l'institut en secret et vend des Tupperware. Puis elle transforme sa cuisine en labo pour y reprendre ses recherches et en commandant du matériel au frais d'Hastings. Charlie, le mari d'Harriet, rentre de Corée et reprend son poste de chirurgien tandis que sa femme veut redevenir avocate.


Liz fait la connaissance du père d'une camarade de classe de Mad à qui sa fille donne ses goûters. L'homme est un producteur de télé et en apprenant la situation et les références de Liz, il lui propose d'animer une quotidienne sur la cuisine. Elle accepte après réflexion pour un salaire supérieur à celui qu'elle touchait et en profite pour dispenser ses leçons de chimie aux téléspectatrices. Le patron de la chaîne exige des changements mais le succès d'audience l'oblige à se raviser.


Tandis que Mad souhaite en savoir plus son père qu'elle n'a jamais connu et que sa mère rechigne à évoquer, Liz accepte d'aider Harriet à promouvoir une manifestation contre le projet d'autoroute à l'antenne. Pour ne pas léser l'équipe technique, elle la paie avec son propre salaire. Mad, elle, se tourne vers le révérend Curtis Wakely,  proche des Sloane, pour localiser l'orphelinat où à grandi Calvin. Le jour de la manifestation, Liz assiste à la répression brutale du mouvement par la police.
 

Liz accepte d'aider sa fille dans ses investigations. Calvin n'a jamais connu ses parents et ses dispositions précoces en sciences ont servi à l'orphelinat pour élaborer un breuvage ensuite commercialisé. Admis à l'institut Hastings, il en devient la vedette mais son caractère solitaire le rend asocial jusqu'à sa rencontre ensuite Liz. Pendant des années, il entretient une correspondance avec le révérend Wakely qui s'interrompt brutalement à sa mort. Wakely trouve enfin l'adresse de l'orphelinat où on jure à Liz et Mad n'avoir aucune trace du séjour de Calvin. Jusqu'à ce qu'elles trouvent une fiche dans un livre de la bibliothèque attestant qu'il y était. L'ouvrage était le roman préféré de Calvin, offert par la fondation Remsen qui lui offrit une bourse pour l'université.

Brie Larson divise. Bien qu'elle soit talentueuse, au point d'avoir décroché l'Oscar de la meilleur actrice en 2016 pour son rôle dans Room (où elle était remarquable), elle a acquis la notoriété mondiale en incarnant Carol Danvers/Captain Marvel dans le MCU en 2019.

Et c'est là que les ennuis ont commencé. Car une partie du public n'a pas apprécié son interprétation de l'héroïne, la jugeant "pas assez souriante"... Depuis, elle traîne une réputation de comédienne rigide auprès de certains pseudo-fans. Et, malheureusement, cela ne s'est pas arrangé avec la sortie récente de The Marvels (suite de Captain Marvel), boudé par le public (sans doute aussi sujet à une fatigue des films de super héros, soulignée par la qualité inégale des dernières productions Marvel).

Chez nous, quand un acteur veut retrouver de la crédibilité ou de la sérénité perdues au cinéma, il se tourne vers le théâtre. Aux Etats-Unis, on peut dire que la télé et les plateformes de streaming sont devenues le refuge de stars en quête de rédemption. Elles apportent un prestige certain à des productions qu'on n'aurait peut-être pas considérées avec attention sans elles.

Brie Larson a donc choisi de co-produire Lessons in Chemistry, l'adaptation du best-seller de Bonnie Garmus, et d'en jouer le premier rôle, celui d'une chimiste surdouée mais à qui son époque refuse de donner du crédit car le machisme domine. La présentation du personnage d'Elizabeth Zott est si soignée qu'on se demande si elle n'a pas vraiment existé mais aurait été oubliée par les livres d'Histoire en raison du contexte.

Zott va devenir l'assistante d'un scientifique renommé d'un prestigieux institut de recherches et nouer avec lui une romance qui connaîtra une fin prématurée et tragique. Tout est à refaire puisqu'on lui refusera le droit de co-signer la publication de leurs travaux révolutionnaires. Qui plus est, elle est enceinte de l'homme qu'elle aimait et qu'elle vient de perdre. Et puis le destin va mettre, au bout de sept années difficiles, sur sa route un producteur de télé qui lui offre d'animer un show culinaire où elle va dispenser son savoir au public via des recettes.

Si la série s'était contenté de suivre cette ligne narrative et ses conséquences directes, concrètes, sur la vie de Liz Zott, notamment dans l'impact de sa popularité sur ses relations avec sa fille, cela aura amplement suffit à alimenter les sept épisodes dans leur réflexion sur la place des femmes dans les années 50, leur accès au domaine d'excellence, bref leur émancipation dans une société corsetée. On pouvait même pousser un peu pour faire de la place au subplot concernant les origines de Calvin Evans et les investigations de Mad Zott (en dévoilant en parallèle et progressivement la correspondance entre le savant et le révérend Wakely : une intrigue secondaire qui éclaire sur les différences entre la rationalisme pur et la foi religieuse).

Mais Lee Eisenberg, le showrunner, a eu les yeux plus gros que le ventre : il a ajouté à cela le combat de Harriet Sloane, voisine de Evans puis du couple qu'il forma avec Zott, pour les droits civiques. En 1958, en effet, un certain Martin Luther King Jr. commençait à faire parler de lui pour réclamer que les noirs américains ne soient plus victimes de la ségrégation raciale.

Pourquoi pas ? Sauf que cela tombe comme un cheveu dans la soupe et surtout la série ne réussit absolument jamais à lier les deux thèmes. Pire : alors qu'on a pris fait et cause pour Liz Zott et sa propre bataille, elle devient presque antipathique quand elle doit expliquer qu'en s'impliquant dans l'action d'Harriet, elle risque sa carrière et compromet la situation de toute l'équipe qui vit grâce à son émission. Résultat : à la fin, l'histoire d'Harriet passe sous le tapis, comme si les scénaristes avaient compris qu'ils n'avaient ni la place ni le temps de la raconter, notamment à cause du récit concernant les recherches de Mad pour savoir d'où venait son père, qui il était.

C'est dommage. Il aurait fallu soit plus d'épisodes pour tout bien traiter, soit carrément sacrifier l'histoire d'Harriet (en se concentrant uniquement, par exemple, sur le retour de son mari, vétéran de la guerre de Corée et qui veut reprendre son travail de chirurgien alors qu'elle pensait qu'en revenant il la laisserait reprendre sa place d'avocate). Là, on a un personnage de trop, une histoire de trop. Non pas que celle d'Harriet soit moins intéressante, mais juste qu'elle encombre la série.

C'est d'autant plus dommage que l'interprétation de Aja Naomi King dans le rôle d'Harriet est magnifique et ses scènes avec Brie Larson sont excellentes. Larson elle-même est formidable, même si ses détracteurs lui reprocheront encore et toujours son jeu très intériorisé : elle ne cherche jamais à rendre Liz plus aimable, affable, elle n'est jamais dans la séduction. Mais elle est juste et impeccable. Dans la peau de Wakely, Patrick Walker est aussi épatant et on regrettera que la série ne dévoile son importance par rapport à Evans que si tard.

Lessons in Chemistry s'éparpille donc un peu trop, mais si vous n'êtes pas bêtement allergique à Brie Larson, alors c'est une série qui mérite le détour.

samedi 18 novembre 2023

DANGER STREET #11, de Tom King et Jorge Fornes


Ah bon sang que c'est embêtant de critiquer la (presque) fin d'une série ! Comment en dire assez sans en dire trop ? Surtout que Tom King et Jorge Fornes semblent s'être ligués pour ne pas rendre la tâche du critique facile. Disons alors que ce onzième et pénultième numéro de Danger Street est magistral et étrange à la fois.


Le ciel va tomber et l'univers s'effondrer sous lui. Orion a reçu la nouvelle de ses pères et se demande comment les Dingbats peuvent rester aussi insouciants. LadyCop, elle, reçoit deux visites qui se finissent mal pour ses visteurs. Le casque du Dr. Fate résoudra-t-il les problèmes de tout ce beau monde ?


Alors oui, les images qui accompagnent cet article en disent peut-être trop. Oui, il y a des morts. Oui, le Creper et Warlord n'ont pas l'air en forme. Oui, Orion arbore un tee-shirt "Darkseid is" qui rappellera des souvenirs aux lecteurs de Mister Miracle. Et oui, pratiquement tous les protagonistes sont réunis dans la cuisiine de LadyCop... Et Commodore Murphy est l'otage d'Abdul Smith et des Outsiders.
 

Êtes-vous plus avancés pour autant ? Laissez-moi vous dire que non parce que Danger Street reste fidèle à ce qu'elle est : une série bizarre, imprévisible, racontée comme une fable, et dont il est impossible de deviner le dénouement qui aura lieu le mois prochain.


Si on se fie aux images et aux apparences, tout le suspense restant réside dans le fait de savoir si, en utilisant le casque du Doctor Fate les Dingbats, Starman, Orion et LadyCop vont ressiciter GoodLooks, Warlord, le Creeper et sauver aussi, accessoirement, l'univers qui s'effondre parce que ni le Haut-Père de New Genesis ni Darkseid d'Apokolips n'ont pu l'éviter. Et donc n'oublions pas dans tout ça ce que réserve le destin à Commodore Murphy, Abdul Smith, les Outsiders, Atlas, Metamorpho.

Quand on écrit cela et qu'on le lit, ça ressemble à un inventaire à la Prévert. Pas sûr que cette référence parle à Tom King mais sait-on jamais, le bonhomme a de la culture et des Lettres. En tout cas, ça synthétise parfaitement cette dinguerie de série qui a assemblé, contre toute attente, des personnages aussi curieux, divers et variés que ceux de 1st Issue Special, cette anthologie des années 70 publiée par DC.

Aussi étonnant que cela puisse paraître donc, King aura réussi à faire vivre dans une même série ces héros au coeur d'une intrigue particulièrement acrobatique mais en réussissant aussi à faire en sorte que jamais, même à un épisode de la fin, le lecteur ne sache où tout ça va aller, comment tout ça va se conclure.

Et si, en fin de compte, Danger Street était un comic-book sur l'art de raconter des histoires ? Si l'intrigue n'était qu'une vague prétexte pour réunir des individus qui, en temps normal, n'avait aucune chance de se croiser. Si c'était, en vérité, une métaphore de la notion d'univers partagé par l'absurde ? Une mini-série free jazz ?

Cette hypothèse est séduisante mais ce n'est que la mienne. Si je vous la soumets quand même, c'est parce que Danger Street pourrait être la culmination du travail, de l'oeuvre de King au sein du DC Black Label. Quand on y pense, qu'y a accompli King ? Il y aura raconté des histoires avec des seconds, voire troisièmes couteaux du DCU : Scott Free, Adam Strange, Christopher Chance, Supergirl, etc. Tout ce qu'on trouve, comme grossis sous un verre de loupe, dans Danger Street.

Les héros de cette série sont encore plus hasardeux et improbables que ceux qu'a déjà animés King. Le Starman qu'il a choisi n'est pas Ted ni Jack Knight mais Mikaal Tomas, le Starman bleu. Warlord est un ersatz de tous ces héros de fantasy. Orion apparaissait et mourrait dans son Mister Miracle. Le Creeper est une création de Steve Ditko qui avait déjà inspiré King pour Rorschach (si ça, c'est pas une preuve que tout est lié dans ses livres pour le Black Label...). Qui avait entendu parler des Dingbats, de la Green Team, des Outsiders avant Danger Street ? Et de LadyCop ?

Comme d'hab', King nous les a rendus étonnamment familiers tout en préservant leur bizarrerie. Et donc on est désormais attaché à ce qui va leur arriver tout en espérant que la fin de leur aventure commune sera au niveau de ce qui aura présidé à leur réunion. Mais on n'est pas dupe : tout cela est absurde, et c'est bien la forme du conte, de la fable qui convient le mieux pour nous avoir fait avaler cette potion. Une potion grisante, euphorisante, excitante.

Pour contrebalancer cette dimension, il aura fallu compter sur un artiste qui, lui, a dessiné ça avec une simplicité désarmante, comme si tout, pour lui, coulait de source et devait être présenté comme si c'était un comic-book comme les autres. Saluons donc Jorge Fornes, encore une fois.

Il nous gratifie ici d'un nombre presque anormal de splash et doubles pages, magnifiquement colorisés par le maestro Dave Stewart, qui, comme Fornes fait tout comme si tout était parfaitement normal, ordinaire. On n'en attend pas moins de celui qui reste lié à jamais au Mignolavers, à Hellboy, au BPRD. Ce n'est pas quelques olibrius sortis de la cave du DCU qui vont le changer.

Mais Fornes continue, comme personne, à rester dans les rails et donc à calmer la partie quand par exemple on a droit à cette scène impayable avec Orion et les Dingbats, lui venant d'apprendre que la fin de l'univers était inévitable et imminente tandis qu'eux se chamaillent jouant à la console. Ou encore quand Non-Fat explique, en parsemant son exposé de jurons, à LadyCop comment il est arrivé avec Warlord jusque chez elle en pleine nuit. Et qu'elle lui répond, tranquille, de façon tout aussi froidement hilarante, que, puisque c'est comme ça, hé bien, on va l'utiliser, ce casque de Dr. Fate, pour voir si ça marche.

J'adore cette série pour tout ça : son casting impossible, ses scènes goofy, cette distance, et cet humour mixé avec la fin du monde. J'ignore totalement comment on peut finir un tel scénario mais je fais confiance à King et à Fornes pour nous dérouter une ultime fois dans un mois.