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dimanche 28 juillet 2019

TONY STARK : IRON MAN #14, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Après deux épisodes attachés à la saga War of the Realms, Tony Stark : Iron Man reprend ses droits. Dan Slott et Jim Zub focent pied au plancher dans un nouvel arc, et invitent dans la série Captain Marvel. Valerio Schiti, reposé, est dans une forme olympique. De quoi produire encore un chapitre très dense et mouvementé.


Depuis son aventure dans l'e-Scape, Tony Stark a compris qu'il n'était revenu à la vie que sous la forme d'une simulation bio-technologique de lui-même. Il a à nouveau envie de boire alors qu'il a promis de parrainner Carol Danvers aux Alcooliques Anonymes.


Mais Tony a également perdu Jocaste, révoltée par son insouciance vis-à-vis des intelligences artificielles. Pourtant elle-même aspire à dépasser sa condition d'androïde, au grand dam d'Aaron Stack/Machine Man.


Tony n'a pas le temps de tergiverser car le Spymaster vole le Manticore à Stark Unlimited. Il se lance à sa poursuite avec Captain Marvel mais le pirate détourne toutes les armures d'Iron Man pour se débarrasser d'eux.
  

Pendant ce temps, dans les locaux de Baintronics, Arno Stark découvre pourquoi et comment Tony a transféré les mémoires de leurs parents dans l'e-Scape. Il entreprend de les ramener dans le monde des vivants dans de nouveaux hôtes.


Après une bataille disputée, Iron Man vainc le Spymaster et déduit avec Rhodey que Baintronics lui a fourni le moyen de pénétrer à Stark Unlimited. Sunset Bain introduit Jocaste auprès de Arno qui saisit le profit qu'il peut en tirer...

Le cinéaste et critique Christophe Gans, lors de la sortie de son film Le Pacte des loups (2001), justifiait le mélange des genres de son histoire par une distinction entre récits pour gourmets et pour gourmands. Si on garde cette classification, alors Tony Stark : Iron Man est un comic book pour les gourmands car chaque épisode vous rassasie.

On est toujours soufflé par la maîtrise affichée par Dan Slott et Jim Zub qui jonglent avec plusieurs niveaux narratifs sans se prendre les pieds dans le tapis ni égarer le lecteur. Ce mois-ci, on va et vient entre la team-up Iron Man-Captain Marvel, les projets de Jocaste et ceux de Arno Stark. Tout ici est plein comme un oeuf, ouvre des tas de pistes pour le futur, assure un divertissement de chaque instant.

Reprenons. La série reçoit comme invitée Captain Marvel : c'est de circonstance puisque dans son propre titre, on a vu Carol Danvers sur le point de sombrer à nouveau dans l'alcool suite à une série de revers personnels et professionnels. Et Tony Stark en est au même point puisque lors de son séjour dans l'e-Scape, il a virtuellement craqué pour un verre. Les deux Avengers doivent surmonter leur malaise et le Spymaster leur donne un moyen de prouver qu'ils en sont capables. L'affrontement est épique et aboutit à un premier cliffhanger très alléchant.

Ensuite il y a le cas de Jocaste : démissionnaire de son poste de responsable de l'éthique chez Stark, elle aspire à dépasser sa condition d'androïde. Il est clair qu'elle veut devenir une humaine, ou du moins s'en approcher. C'est un cheminement logique pour celle qui est née des mains d'Hank Pym, le créateur d'Ultron, et qui a été élaborée à partir d'un programme inspiré par la personnalité de Janet Van Dyne - l'actuel girlfriend de Tony ! Ce mélange de ressentiment et de surpassement fait écho à celui de Captain Marvel et Iron Man.

Enfin, Arno Stark perce le mystère de la présence de simulations de ses parents (Maria et Howard Stark) dans l'e-Scape (que Baintronics a piraté pour aider Tony). Lui aussi a un objectif lisible : il veut télécharger la conscience de ses géniteurs dans des hôtes - ce qu'a retardé et s'est refusé Tony. Quand Jocaste se présente à lui pour être "améliorée", il n'est pas difficile de deviner que Arno va se servir d'elle comme réceptacle.

Quel est le fil qui unit tous ces personnages - Tony, Jocaste, Arno ? Le transhumanisme. En vérité, c'est le thème central de la série depuis sa relance par Slott. Tony n'est plus qu'une sorte de clone, Jocaste veut être plus qu'une androïde, et Arno veut retrouver ses parents. Leurs quêtes de réinvention, d'amélioration, de transcendance, c'est toute la problématique du transhumanisme, qui prétend faire accéder l'homme à un nouveau stade de l'évolution par la technologie et la science.

Bien entendu, tout cela serait un pensum si la série ne bénéficiait pas d'un dessinateur littéralement en feu depuis des mois, et qu'on a laissé opportunément souffler à deux reprises pour qu'il conserve son niveau.

Valerio Schiti, comme un symbole, a lui aussi accédé à un autre niveau. L'italien a toujours été excellent et je suis un fan acquis depuis longtemps, mais sa prestation sur Tony Stark : Iron Man en a fait LE dessinateur taille patron chez Marvel, sans doute la pépite de l'éditeur, le joyau de la couronne. Personne n'égale ce qu'il produit actuellement.

Tout est là : l'expressivité des personnages, l'énergie du découpage, l'inventivité des compositions, la lisibilité de l'action, la gestion du tempo du récit. On peut chercher une faiblesse, en vain. Et son coloriste, Edgar Delgado, suit la cadence en donnant à chaque segment une teinte propre (solaire pour Iron Man avec Captain Marvel, froide pour Arno, métallique pour Jocaste). L'usage de trames insuffle même un petit côté rétro parfois (quand bien même Schiti et Delgado travaillent sur ordinateur).

Il est exceptionnel qu'une série, après quatorze numéros, se surpasse. Mais elle est en fait comme condamnée à le faire puisque son sujet est précisément le dépassement de ses héros. Très fort !  

vendredi 24 mai 2019

TONY STARK : IRON MAN #11, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Ce onzième épisode de Tony Stark : Iron Man conclut le deuxième arc de la série et, une fois encore, Dan Slott avec Jim Zub ont produit un contenu très dense. L'aventure se termine spectaculairement, avec de nombreuses révélations, des pistes pour le futur. Et Valerio Schiti met tout cela en images magistralement.


Arno Stark a découvert que, pour se protéger physiquement, son frère Tony s'est placé à l'intérieur de l'armure d'Iron Man en orbite au-dessus de la Terre pendant qu'il batailait dans l'interface e-Scape. Maintenant il l'aide à atterrir.


Les Champions prêtent main forte à la Guêpe, Rhodey et le Gantelet contre le Controller, fou de rage que Stark ait coupé son lien avec l'e-Scape. Rattrapé au vol par Rhodey, Iron Man investit l'entrepôt voisin de Baintronics pour façonner rapidement une nouvelle armure.


Le modèle Godkiller, imaginé dans l'e-Scape pour vaincre la carte-mère de l'interface, siphonne l'énergie du Controller. Mais Tony doit ensuite s'en débarrasser pour éviter d'être consumé et il détruit l'entrepôt Baintronics.


Tony doit ensuite faire face aux conséquences de la crise. Jocaste, dégoûtée par le traitement qu'il a infligé à l'intelligence artificielle Friday, démissionne. Amanda, ne reconnaissant plus son fils, plie bagages en encourageant Andy à le suivre. Arno Stark réfléchit à un moyen de ressusciter ses parents.


Car il a compris que Tony, depuis sa résurrection, n'est plus copie de ce qu'il était. Janet Van Dyne le soutient. Tout comme Rhodey qui lui évite d'entrer dans un bar pour noyer dans l'alcool ses doutes sur son humanité.

Avec la fin de cet arc narratif, on peut dresser un bilan de la série, qui va fêter sa première année sous la direction de Dan Slott.

L'ancien scribe d'Amazing Spider-Man a su redynamiser un titre que Brian Michael Bendis avait sérieusement démonté, puisque Tony Stark était sur la touche après sa bataille quasi fatale contre Captain Marvel durant Civil War II. Ressuscité in extremis avant la fin du run de son prédécesseur, Slott a hérité d'un personnage à la recherche d'un nouveau souffle.

Sa première réussite aura été de rendre à nouveau Iron Man cool tout simplement, sans singer l'incarnation ciné de Robert Downey Jr. Les cinq premiers épisodes survitaminés ont vu Tony Stark retrouver sa superbe, plus fanfaron qu'arrogant en fait. Et cela a permis de préparer le terrain pour les six derniers épisodes car le héros semblait loin de ce qui le menaçait.

Le récit s'est alors considérablement densifié, au point parfois, reconnaissons-le, d'être un peu trop touffu. C'est que Slott a fait de Tony Stark : Iron Man un comic-book avec un casting fourni puisque gravite autour du héros la Guêpe, Amanda Armstrong sa mère biologique, Rhodey, Bethany Case, Jocaste, Machine Man, Andy Bhang, plus son frère Arno et Sunset Bain. Parfois on s'y perd un peu et vingt pages mensuelles suffisent péniblement à contenir tout le monde.

L'autre reproche qu'on peut émettre est qu'une trop grande partie de l'action se soit située dans l'interface e-Scape pour des répercussions dans le monde réel difficiles à apprécier. Slott et Jim Zub se sont efforcés de montrer une crise vraiment mondiale, une mobilisation générale des amis d'Iron Man, mais j'ai eu l'impression que cela alourdissait la note. Plus de simplicité serait bienvenue à l'avenir.

Il n'empêche, pour en revenir à cet épisode, les scénaristes exécutent un boulot très propre et efficace pour boucler les lignes narratives. Le duel Iron Man en mode Godkiller-Controller est un peu bref, mais ensuite les cas de chacun sont clairement traités : la démission de Jocaste, son couple avec Machine Man, le départ d'Amanda (avec Andy ?), la romance avec Janet, le soutien indéfectible de Rhodey, les plans d'Arno... Et surtout la situation de Tony, dont la condition est vraiment troublante et donne au terme "self-made man" une connotation très spéciale.

La série a aussi pour elle un dessinateur au sommet de son art : Valerio Schiti, sans jamais faiblir ni bâcler, a enchaîné dix épisodes sur onze (il a seulement zappé le #6) avec une constance épatante.

Il faut saluer l'exploit dans le paysage actuel où peu d'artistes tiennent le rythme mensuel et surtout parce que les scripts de Slott et Zub lui ont fourni beaucoup de travail, avec des tonalités très différentes, une somme de décors, de personnages, etc.

Schiti s'en est acquitté avec beaucoup d'efficacité et d'inventivité, donnant aux scènes-clés une intensité exceptionnelle, et animant les protagonistes de manière remarquable. Immonen hors-champ, Samnee toujours sans série, Schiti se place comme un des maîtres actuels.

On n'est vraiment pas loin du sans-faute. Le mois prochain toutefois, ce sera sans moi puisqu'il s'agira d'un épisode tie-in à War of Realms. Rendez-vous donc en Juillet pour la suite.

lundi 22 avril 2019

TONY STARK : IRON MAN #10, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


S'il y a bien une série Marvel qui ne déçoit pas, c'est bien Tony Stark : Iron Man. Et le renfort de Jim Zub auprès de Dan Slott pour l'écriture n'a en rien entamé l'ambition et la densité de ce titre. Valerio Schiti affiche une forme insolente. Tout est au maximum ici. Au point d'être infernal à résumer... 


La carte-mère de l'interface e-Scape, sous les traits de Maria Stark, a poussé Tony Stark dans ses derniers retranchements. Machine Man et Amanda Armstrong sont les derniers à pouvoir susciter une réaction d'Iron Man contre cette manipulation.


Mais Maria et Howard, qui personnifie Arsenal, le système de sécurité interne de l'interface, réagissent, d'abord en neutralisant Machine Man. Puis en renvoyant Tony à son plus jeune âge, dans l'espoir qu'il repousse Amanda.


Dans la réalité, Jocaste, au siège de Stark Unlimited, dirige les héros contre les joueurs manipulés par le Controller, qui reproduisent les violences du jeu contre la population. Sunset Bain et Arno Stark en profitent, eux, pour pirater les données personnelles de Stark Ulimited.


Dans l'e-Scape, le plan de Maria et Howard semble fonctionner puisque Tony éjecte Amanda du jeu. Mais il refuse aussi de se laisser asservir par la carte-mère de l'interface et l'annihile.


A présent, Tony, qui a recouvré son apparence adulte, est seul dans l'interface en compagnie de Machine Man (ou ce qu'il en reste). Il s'apprête à quitter le jeu lorsqu'il perd connaissance. Jocaste n'a plus de contact avec lui : est-il mort ?

Oui, le seul reproche qu'on peut adresser à la série, c'est qu'avec l'incroyable stratification de sa narration, c'est un casse-tête de résumer chaque épisode. Mais s'en plaindre, quand même pas. Car si le projet est ambitieux, il est magistralement maîtrisé et palpitant.

Rien ne préparait le lecteur, après un premier arc avec des épisodes self-contained où primaient l'humour et l'action, à ce que Dan Slott enchaîne avec une histoire aussi touffue, complexe et haletante. Est-ce pour cela qu'il a eu besoin du concours de Jim Zub ? Il semble en tout cas que Slott a dû se concentrer sur la construction de l'intrigue et déléguer la rédaction du script.

Inutile de préciser qu'il faut avoir tout lu pour saisir ce qui se passe, Tony Stark : Iron Man a atteint une dimension "feuilletonnesque" telle qu'on ne peut plus la prendre en route. Trop d'éléments ont été semés et arrivent maintenant à maturité pour qu'on s'y risque sans prévention.

Tout est foisonnant et paroxystique dans ces épisodes, et on en sort à chaque fois repu et rincé. De ce point de vue, rarement une série mainstream aura réussi à immerger le lecteur dans les épreuves traversées par le héros. Pourtant, et c'est le tour de force de Slott et Zub, la majeure partie de l'action se déroule dans un univers virtuel, avec des personnages simulés. Mais le récit interroge efficacement sur l'identité, la réalité, les conséquences de la virtualité sur la réalité.

Tony Stark se questionne depuis un moment sur son retour parmi les vivants : n'a-t-il pas perdu de son humanité en se plongeant (à la fin de Civil War II) dans une sorte de coma artificiel ? Et si oui, que reste-t-il de lui ? Est-il encore celui qu'il a été ? Ou bien une reproduction schématique, une simulation ? Tout cela prend, mine de rien, un virage existentiel, dépassant les codes super-héroïques (même si Iron Man peut être envisagé comme une version supplémentaire de Tony Stark - ce que suggère le titre de la série).

A ce jeu, le supporting cas souffre un peu : c'est que Slott a beaucoup de plats sur le feu, avec le Controller, les joueurs qu'il manipule, Jocaste, Andy Bhang, Bethany Case, Sunset Bain et Arno Stark (dont on mesure la complicité et découvre les projets). 24 pages, c'est très limite pour traiter de tout ça. Mais en contrepartie, zéro temps mort.

Même sans ça, des temps morts, il n'y en aurait guère grâce à la mise en images époustouflante de Valerio Schiti. Depuis le début de ce nouveau volume de la série, l'artiste italien est particulièrement en verve, mais chaque épisode semble lui inspirer de nouveaux tours de force.

Il alterne, sans difficulté apparente, les scènes dans l'e-Scape et dans la réalité, compose avec une foule de personnages, et leur applique une expressivité épatante. De ce vaste terrain de jeu, il a fait son domaine en hissant son niveau à des sommets encore inédits pour lui.

Schiti a toujours été bon et régulier, mais actuellement il est au sommet de son art. L'énergie qui l'anime envahit ses planches et colle au script. Le découpage est hyper-dynamique, les cases bien remplies, il y a quelque chose de jouissif dans cette lecture, sans doute parce que le plaisir pris par le dessinateur est communicatif.

Une partie seulement de l'enjeu est réglée ce mois-ci, le cliffhanger nous laisse pantelant. Encore !   

jeudi 14 mars 2019

TONY STARK : IRON MAN #9, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Ce 9ème épisode de Tony Stark : Iron Man ne déroge pas à la règle : il est une fois encore plein comme un oeuf, bourré d'idées, déchaîné, jubilatoire. En coulisses, cependant, les choses bougent aussi car Dan Slott se fait aider par Jim Zub. Les crédits sèment la confusion pour les dessins qui semblent pourtant bien n'être que le fruit des efforts de Valerio Schiti.


Rhodey et la Guêpe tentent de maîtriser le Controller et appellent des renforts mais leurs amis super-héros sont tous occupés à contenir les assauts des joueurs manipulés par leur adversaire.


Dans l'e-Scape, le chaos règne également. Tony est sous la coupe de Maria, l'intelligence artificielle qui gère désormais l'interface et le confronte à ses démons intimes sous le regard impuissant d'Amanda, sa mère biologique, coincée dans le jeu.


Amanda est contrainte de fuir mais où se cacher dans cet environnement virtuel que Maria compose à sa guise. Elle reçoit l'aide de Machine Man, qui s'est infiltré incognito dans la partie et dissimule leurs présences.


Tout comme dans la réalité, la Guêpe parvient à distraire le Controller, annulant brièvement son emprise sur Bethany Case qu'Andy Bhang neutralise, Amanda convainc Machine Man de faire diversion pour qu'elle rende sa lucidié à Tony.


Tony se souvient alors d'Amanda mais Martia abat sa carte maîtresse : depuis qu'il est revenu d'entre les morts, Tony a été obsédé par la confection de l'e-Scape car confus sur sa propre réalité. Ne vaut-il pas mieux qu'il reste dans l'interface où il peut tout faire plutôt qu'errer à l'extérieur, doutant de lui-même ?

Un mot d'abord sur les crédits de l'épisode : depuis le début, la série souffre de petits retards, qu'on pouvait mettre sur le compte de l'agenda de Dan Slott, écrivant par ailleurs Fantastic Four. Il semble que le problème soit plus sérieux puisque, comme c'était souvent le cas sur Amazing Spider-Man, le scénariste a recours à un assistant, hier Christos Gage, aujourd'hui Jim Zub (un auteur sur lequel mise Marvel). Quel est son rôle exact ? Mystère. Peut-être la rédaction des dialogues, vu que Slott garde la main sur l'intrigue et le script. Il faudra surveiller si Zub continue à jouer les seconds.

Plus opaque encore, la partie graphique : la couverture mentionne Valerio Schiti, qui paraît n'avoir eu aucun renfort, mais qui est pourtant accompagné d'un mystérieux Villanelli puis, sur la page d'entrée, encore plus surprenant, le dessins sont attribués à Schiti et Paolo Rivera. Le style de ce dernier, reconnaissable entre mille, est invisible dans les vingt pages suivantes ! 

Visiblement, il n'y a pas que Tony Stark et Amanda Armstrong (et Machine Man, mais lui évolue incognito) à être perdu dans l'e-Scape, cette interface ludique piratée par le Controller.

L'histoire est extrêmement touffue, s'articulant entre monde virtuel (mais avec des enjeux bien physiques) et réel (avec là aussi des rebondissements en cascade). Pourtant, on est à la fois submergé par la quantité d'infos à digérer et totalement entraîné par le flux du récit, très fluide, mené sur un rythme soutenu. C'est la marque de cette série qui en donne vraiment pour son argent aux fans.

Slott et Zub recomposent Le démon dans la bouteille version 2.0 en sondant la psyché de Tony Stark via cette interface corrompue où une intelligence artificielle a pris l'apparence de Martha Stark pour convaincre le héros qu'il se réalise bien mieux dans cet environnement factice que dans la réalité. Les scénaristes soulignent que Stark est revenu d'entre les morts en se refaçonnant de pied en cap, d'où des doutes profonds sur sa nature actuelle. Est-il encore l'homme qu'il a été ? Un homme tout court ? Ou un programme dans une enveloppe humaine ?

Dès lors, en sombrant à nouveau dans l'alcoolisme (même virtuel), en se laissant griser par le potentiel illimité de l'e-Scape (où le plaisir passe avant les responsabilités), en renouant avec sa mère adoptive disparue plutôt qu'avec sa mère biologique quasi-étrangère, Tony n'est-il pas plus à sa place dans l'interface, n'est-il pas plus lui-même ici qu'ailleurs ?

Ces interrogations, pimentées par un savant dosage d'action et de comédie (une page accompagnant Iron Man sur un générique musical à sa gloire, Amanda vêtue par Maria comme la Veuve Noire à ses débuts - donc quand elle projetait de dérober des secrets industriels à Stark - , les interventions toujours loufoques et cyniques de Machine Man), relèguent au second plan la bataille contre le Controller, même si Sunset Bain apporte son aide à la Guêpe et Rhodey (non sans arrière pensée, puisque le bazar provoqué par son concurrent et nettoyé par elle réhabilite son image de marque).

Valerio Schiti, qui, à mon humble avis, n'a reçu aucune aide, est en feu : l'italien tient une forme incroyable depuis le début (il n'a zappé qu'un épisode sur neuf) et fait vivre le script avec toute l'énergie dont il dispose.

L'espèce de tourbillon que suscite la lecture de la série chez le lecteur vient en grande partie aussi de sa partie visuelle. Pour encore plus souligner les différences entre les deux mondes, avec le coloriste Edgar Delgado, Schiti a appliqué une sorte de filtre sur les planches situées dans l'e-Scape, leur donnant un aspect vieilli, presque tramé, avec des teintes passées, ternies, comme mal imprimées sur du mauvais papier.

Ajoutez-y un découpage fou et vous mesurerez l'intensité du dessin de Schiti, qui refuse tout effet facile (pas un plan qui ressemble au précédent ou au suivant, une variété dans les angles de vue, dans la valeur des plans, etc). C'est très costaud.

Malgré, donc, quelques remous et bizarreries dans les crédits, Tony Stark : Iron Man garde sa place en tête du peloton des séries Marvel actuelles.

vendredi 8 février 2019

TONY STARK : IRON MAN #8, de Dan Slott et Valerio Schiti


C'est toujours un plaisir quasiment garanti que de retrouver Tony Stark : Iron Man, sans doute une des plus belles réussites du Marvel "Fresh Start". Avec sa somptuese couverture (signé Alexander Lozano), cet épisode ne déroge pas à la règle : Dan Slott fait feu de tout bois et Valerio Schiti ne se ménage pas pour en faire voir de toutes les couleurs à leur héros et à ses fans.


Le piratage de l'interface ludique E-scape par le Controller a pris des proportions mondiales catastrophiques car les joueurs bannis sont revenus dans la partie et commettent dans la réalité les mêmes violences que dans le jeu.
  

L'esprit d'Amanda Armstrong, la mère biologique de Tony Stark, est restée captif du jeu et rencontre les avatars de Maria et Howard Stark, matrices du système d'exploitation, et désireux de prouver que leur fils les préfère.


Cependant Iron Man en compagnie de la Guêpe et Rhodey attaquent un entrepôt de Baintronics où se trouve le Controller. Après avoir neutraliser des civils sous son emprise, ils l'affrontent alors qu'il est devenu un colosse géant grâce à l'énergie siphonnée dans la masse des joueurs de l'E-scape.


Au siège de Stark Unlimited, Andy Bhang gère difficilement l'émoi des employés et des actionnaires puis pense avoir trouvé un moyen de stopper ce chaos. Mais Bethany Case, sous l'emprise du Controller, le neutralise.


Son armure piratée, Tony est à son tour prisonnier de l'interface. Seuls Jocaste et Machine Man, qui a infiltré l'E-scape incognito, peuvent encore le sauver. A moins qu'il ne soit déjà trop tard car Tony accepte un whisky de son père adoptif...

Le dénouement, comme la couverture de l'épisode, renvoient donc directement à la saga culte, Le démon dans la bouteille de David Michelinie et Bob Layton, publié il y a quarante ans. Dan Slott cite un sacré moment de la vie de Iron Man.

Mais,, décidément en verve, il s'en sort magistralement. Plutôt que de recycler cet arc narratif mythique en mode 2.0, il met en scène Tony Stark dans un assaut si bien orchestré par son adversaire que sa chute est imparable. Surtout il lui donne une envergure digne d'un film catastrophe. Le spectacle et l'intime se mêlent diaboliquement.

A la lecture, cet épisode peut parfois sembler acrobatique : on passe du monde réel au virtuel, de l'action déchaîné aux moments plus personnels, parfois dans la même page et sans transition (même si des cartons précisent où on se trouve quand même). Le rythme infernal de la narration met le lecteur sous pression et lui fait donc partager la crise qui s'empare de tous les personnages, Tony Stark le premier.

A condition d'aimer être secoué, c'est un régal. Sinon, passez votre chemin. Slott ne s'embarrasse pas de manière ou de précaution, il avance pied au plancher et vous propulse dans un shaker éprouvant. Les quelques bons mots que Stark dégaine encore pour persuader son monde qu'il maîtrise la situation, qu'il va la renverser, ne font guère illusion : entre la taille et la force gagnées physiquement par le Controller et les pièges qui se referment sur tous les alliés du héros, c'est très mal barré.

Profitant des assauts conjugués dans les deux réalités du récit, Slott libère des pièges élaborés depuis le début de son run : Bethany Case sous l'emprise du méchant trahit Andy Bhang, Amanda Armstrong est confrontée aux fantômes numériques des parents adoptifs de son fils, Tony succombe à nouveau à la boisson. Seules lueurs d'espoir : Jocaste et Machine Man - pas de quoi pavoiser.

Pour mettre en images un tel tourbillon, il faut un artiste solide et Valerio Schiti prouve une fois de plus qu'on peut compter sur lui. L'italien semble sans cesse défié par son scénariste sur l'air du "arriveras-tu à me suivre ?". Et il parvient mieux que bien.

Il y a du Immonen chez Schiti et il ne s'en cache d'ailleurs pas : il a travaillé avec Kathryn, la femme de Stuart (c'était pour deux arcs de Journey into Mystery, à l'époque où Lady Sif en était l'héroïne), et il a cité son confrère en exemple quand ce dernier a annoncé son retrait l'an dernier.

Schiti comme son illustre modèle a pour lui de savoir composer son découpage de manière à maximaliser les effets du script. Il n'a pas besoin d'en faire beaucoup pour rendre compte de la crise mondiale provoquée par le piratage de l'E-scape (deux pages avec une majorité de cases occupant la largeur de la bande). Il passe également des décors artificiels de l'interface à ceux de l'action réelle contre le Controller en veillant à ce que le lecteur soit immédiatement in situ. Par exemple, les intérieurs du salon virtuel où les Stark et Amanda discutent évoquent la froideur d'un jeu où les designs sont d'abord fonctionnels et référencés. Tandis que les pièces réelles bénéficient d'une colorisation plus nuancée d'Edgar Delgado et de cadrages plus variés.

Enfin, Schiti sait dessiner des personnages très expressifs tout en n'exagérant pas trop leurs attitudes ou leurs gestes. Il accentue ses effets seulement quand il en a besoin (le décor s'efface et les cases se déstructurent alors). Ainsi a-t-on l'impression que les acteurs sont en état d'alerte mais sans céder à la panique : l'histoire ne cède ainsi jamais à l'hystérie.

Cerise sur le gateau : il y a ce délicieux frisson de ne vraiment pas savoir comment tout cela va progresser et se terminer. Pour un comic-book a priori aussi classique, dont le héros est une vedette (donc ne courant pas de risque mortel), c'est audacieux, mais surtout cela démontre que les auteurs maîtrisent, eux, la situation et dominent leur sujet (et déjouent les attentes du lecteur).  

dimanche 6 janvier 2019

TONY STARK : IRON MAN #7, de Dan Slott et Valerio Schiti


On ne sait toujours pas pourquoi Tony Stark : Iron Man sort irrégulièrement (pas de numéro le mois dernier) mais d'une certaine manière cela entretient chez le lecteur une forme d'excitation quand un nouvel épisode paraît (quand bien même on se passerait bien de cette frustration). Dan Slott et Valerio Schiti restent égaux à eux-mêmes en tout cas : toujours aussi inventifs, énergiques.


L'interface ludique e-scape de Stark Unlimited a été piraté par le Controller. Il a remis en jeu les participants bannis pour leur mauvaise conduite et activé le protocole Arsenal qui réagit à des intrusions - se retournant contre Iron Man lui-même.


Mais il y a plus grave encore : Amanda Armstrong, la mère biologique de Tony Stark, a vu sa connection à l'interface brutalement coupée. Son esprit continue d'errer dans le jeu tandis que son corps, dans le monde réel, a subi le contrecoup de l'attaque.


Tony se déconnecte et le Controller apparaît sur les écrans de contrôle de Stark Unlimited. Il est facilement localisé car Tony avait anticipé son agression en repérant des indices lors de précédentes opérations d'Iron Man.


Ordres sont données à Jocaste de convaincre Aaron Stack/Machine Man de s'infiltrer dans l'interface et à Andy Bhang de superviser la suspension de la partie tandis que Amanda est conduite à l'infirmerie et que Iron Man va affronter le Controller.


Rhodey et la Guêpe sont déjà en route pour une base de Baintronics où Iron Man les rejoint. Le Controller les attend avec des drones et leur révèle qu'à présent les joueurs d'e-scape reproduisent dans la réalité les violences qu'ils commettent dans l'interface !

On savait que le pari qui attendait Dan Slott en entamant ce deuxième arc narratif (depuis le #6) était de ne pas perdre le dynamisme qui avait tant séduit sur les cinq premiers épisodes construits comme des one-shots (même si, déjà, la présence du Controller les liait discrètement).

On peut donc dire que le scénariste a réussi son pari car, à présent, en feuilletonnant, en développant une intrigue à suivre, en concluant chaque chapitre sur un cliffhanger, le rythme reste toujours aussi trépidant, la tension aussi grande.

L'autre exploit de Slott réside dans son exploitation du supporting cast de Tony Stark/Iron Man. Là encore, il aurait été plus simple de réduire la participation, le temps de présence de certains seconds rôles. Mais au contraire, le scénariste se sert d'Andy Bhang, Amanda Armstrong, Jocaste, Bethany Cabe, et même Machine Man pour alimenter l'intensité de son récit.

Rhodey et la Guêpe sont moins sollicités cette fois mais c'est pour mieux les préparer à ce qui va suivre. En effet, le Controller a fait sa grande entrée en scène et la bataille est engagée. Iron Man va avoir besoin de ses deux partenires de terrain, d'autant que le méchant a déclenché une manoeuvre redoutable en autorisant les joueurs de l'e-scape à agir aussi violemment dans le jeu que dans la réalité. Une simple baston entre Iron Man et son ennemi (qui ne fait plus rien pour se cacher) ne suffira pas à enrayer le massacre déjà en marche.

C'est donc à un vrai tournant qu'on assiste dans cet épisode, moins léger, moins fun, moins cool qu'à l'accoutumée. Il semble que Slott, comme il l'a souvent fait quand il écrivait Amazing Spider-Man veut précipiter Iron Man dans une situation l'obligeant à agir dans l'urgence tout en ne faisant pas n'importe quoi. Une sorte de grand test pour le héros, dont les doutes (depuis sa résurrection) pourraient le rattraper au pire moment.

Valerio Schiti est exceptionnel sur ce titre. Je dois avouer que je ne n'étais guère heureux de le voir collaborer avec Slott dont le travail ne m'a pas toujours enthousiasmé et parce que le dessinateur italien me semblait mal indiqué pour animer un personnage portant un masque intégral alors qu'il est si doué pour l'expressivité.

Mais l'italien a su relever ce défi et s'amuse visiblement beaucoup. Slott, inspiré comme jamais, m'a rassuré et lui donne de quoi faire avec des scripts exigeants en termes de production visuelle.

La vitalité du graphisme de Schiti participe grandement à la réussite de la série car que ce soit dans les scènes avec Iron Man ou avec Tony Stark et son entourage, il injecte aux planches une spontanéité réjouissante (même si elle est le fruit d'un effort généreux). Tout va très vite et il faut à la fois le traduire sans que la lisibilité en souffre. Or en vingt pages, il y a ce mélange de densité (le lecteur en a pour son argent, chaque plan, chaque page sont bien garnis) et de volatilité (on arrive à la fin en en demandant encore, ce qui est toujours bon signe).

Il n'est pas, je crois, exagéré de prétendre que Tony Stark : Iron Man est la production la plus accomplie de Marvel actuellement : elle porte haut le "Fresh Start" voulu par l'éditeur en même temps qu'elle possède cette qualité d'être bien pleine, solide et abondante. Pour Slott, c'est un aboutissement plus évident que son ratage déplorable avec Fantastic Four. Pour Schiti, c'est une confirmation après sa longue collaboration avec Bendis.

vendredi 23 novembre 2018

TONY STARK : IRON MAN #6, de Dan Slott, Jeremy Whitley et Valerio Schiti


Après avoir zappé l'épisode 5 (concentré uniquement sur Arno Stark, et dessiné par un fill-in médiocre), c'est avec plaisir que je retrouve une de mes séries Marvel favorites. Mais Dan Slott a opéré des changements pour le début de ce nouvel arc, écrit avec Jeremy Whitley et dessiné par Valerio Schiti. C'est comme si Tony Stark : Iron Man passait encore à une vitesse supérieure.


Après une nuit passée avec Andy Bhang, Amanda Armstrong lui avoue sa relation difficile avec son fils, Tony Stark. Ce dernier est mort, revenu à la vie, et depuis accaparé par ses affaires commerciales et super-héroïques.


Et ce n'est pas aujourd'hui que cela va s'arranger puisque c'est le lancement de l'e-Scape, l'interface ludique de Stark Unlimited. Les clients se pressent dans les magasins pour acheter le casque de réalité virtuelle tandis que des voleurs en ont dérobé un stock. Iron Man, War Machine et la Guêpe les appréhendent.


Tandis que Rhodey et Janet livrent les voleurs aux autorités, Tony retourne au siège de sa compagnie. Bethany Cabe lui fait part du cauchemar que représente la sécurisation de l'usage de l'interface lorsque Amanda sollicite une entrevue avec son fils - qui n'a une fois encore pas de temps pour elle.


Il se connecte à l'e-Scape pour en vérifier d'éventuelles anomalies. Pour lui permettre de communiquer avec Tony, Andy branche aussi Amanda à l'interface. Bethany est alors manipulée par le Contrôleur qui pirate grâce à elle le jeu.


Arsenal, le programme chargé d'interrompre les sessions de joueurs irrespectueux du règlement, s'en prend à Amanda. Dans le monde réel, cela se traduit par une crise de convulsions de l'utilisatrice. Jocaste prévient alors Bethany du piratage de l'interface et du retour en session de joueurs bannis, qui vont s'en prendre à Tony...

On notera donc d'abord que Dan Slott, qui a imaginé cette histoire, l'a rédigée avec l'aide de Jeremy Whitley - il collaborait régulièrement ainsi avec Christos Gage sur Amazing Spider-Man. Mais cela interroge tout de même : si le scénariste est déjà à la peine au bout de six épisodes, cela explique rétrospectivement et la faiblesse de ses épisodes de Fantastic Four et les reports de sortie de ceux de Tony Stark : Iron Man (dont le #5 paraissait franchement avoir été produit pour gagner du temps tellement il était déconnecté du reste).

Ceci mis à part, il faut surtout constater que ce nouvel arc narratif, Stark Realities, se distingue dans la forme et dans le fond. Jusqu'à présent, Slott avait enchaîné des one-shots gorgés d'action et d'humour, d'une efficacité redoutable. Désormais, il "feuilletonne" puisque le dénouement est un vrai cliffhanger. Il matérialise aussi plus fortement la menace, précédemment discrète et énigmatique, que représente le Contrôleur : ce vilain manipulait Bethany Cabe sans réel impact sur le cours de l'intrigue, alors que, là, ses manoeuvres sont beaucoup plus agressives.

Slott en profite d'ailleurs pour décaler sa narration : si Tony/Iron Man tient bien la vedette, le personnage mis en avant est Amanda Armstrong, la mère adoptive du héros, qui est devenue officiellement la maîtresse de l'ingénieur Andy Bhang, et qui se plaint que son fils ne lui accorde pas de temps alors qu'elle l'a vu mourir, ressusciter, et reprendre ses activités patronales et super-héroïques.

Cette incommunicabilité est au coeur de l'épisode et brillamment traitée quand le script montre les gamers de l'e-Scape avec leur masque de VR complètement détachés du monde réel alors que l'interface propose des animations délirantes (avec clins d'oeil aux West Coast Avengers des origines de rigueur). Tout cela renvoie aux écrans et à l'usage qu'on en fait, parfois jusqu'à l'abus, et il y a là un discours critique bien senti. Lorsque, revenant à l'intrigue, la conséquence touche durement Amanda et créé la panique au sein de Stark Unlimited et Iron Man dans une situation critique, l'effet produit est formidablement tendu.

On rigole donc moins dans ce qui apparaît comme l'Acte II de la série, mais Valerio Schiti s'y adapte magistralement en livrant des pages toujours aussi incroyablement généreuses et dynamiques. L'italien a profité de son congé pour recharger ses batteries et revenir plus remonté que jamais. 

Cette fois, pas de nouvelle armure au programme (même s'il représente la cultissime "Silver Centurion" des années 80 ou la Dark Mark), mais chaque page contient une masse impressionnante d'informations visuelles, tout en restant lisible. On a droit à une séquence d'arrestation (avec les voleurs et War Machine et la Guêpe) jubilatoire, puis, presque sans avoir le temps de souffler, on voit ce qu'un joueur de l'e-Scape a choisi (avec les WCA donc, plus une version égarée de Scarlet Spider), avant de faire connaissance avec l'impressionnant vigile Arsenal et de voir subrepticement le Contrôleur.

Schiti maîtrise si bien son affaire qu'on a l'impression qu'il dessine le titre depuis des années, donnant au moindre second rôle une vraie présence propre (Jocaste paumée entre sa consommation de l'interface et sa rupture avec Machine Man, qui fait une apparition hilarante ; Bethany qui commence à se douter que quelque chose cloche chez elle ; Andy Bhang et Amanda Armstrong en quasi-beaux parents de Tony). C'est épatant.

Quel plaisir de lire une série si bien maîtrisée (quand bien même sa production semble fragilisée par son scénariste) !  

mardi 9 octobre 2018

TONY STARK : IRON MAN #4, de Dan Slott et Valerio Schiti


Il se sera fait attendre, ce quatrième épisode (j'y reviens plus bas), mais il confirme tout le bien de Tony Stark : Iron Man depuis que Dan Slott et Valerio Schiti l'animent. Au point que beaucoup de lecteurs trouvent que ces auteurs ont réussi à rendre à nouveau le héros cool... Même si, incompréhensiblement, des critiques US boudent cette réussite !


Toujours en quête de nouveaux marchés, Stark Unlimited commercialise désormais une application pour smartphones permettant de trouver l'âme soeur. Le succès est immédiat et l'efficacité maximale - comme en témoigne le rencard obtenu par Andy Bhang avec Jin (alors même qu'il courtisait Amanda Armstrong, la mère biologique de Tony).


Mais Tony Stark ne fait jamais rien par hasard : il se soucie de savoir si, depuis son retour à la vie, son attractivité auprès de la gente féminine est intact. C'est pourquoi il a invité Janet Van Dyne pour superviser un test sur Jocaste, dont la personnalité a été modelée d'après celle de la Guêpe.


Les deux Avengers, amis de longue date, issus du même milieu (bourgeois) et un temps amants (alors que Janet ignorait que Tony était Iron Man), n'ont hélas ! pas longtemps le loisir de profiter d'une sortie ensemble car Bethany Cabe lance une alerte. 


Toutes les personnes avec lesquels les employés de Stark Unlimited ont eu rendez-vous au siège de l'entreprise grâce à l'application sont en vérité des androïdes venus pirater la technologie du site. Iron Man et la Guêpe doivent arrêter cela, mais sans tuer ces robots comme le leur rappelle Jocaste.
  

Andy Bhang souffle une stratégie à Iron Man : Tony Stark devient l'unique homme disponible pour les rencontres amoureuses et donc l'unique cible de l'attaque. Les androïdes pirates sont débordés par cette correction et disjonctent. Le soir venu, à la télé, Sunset Bain nie être à l'origine des événements et Tony échange un baiser avec Janet.

Commençons par parler de l'absence dans les stands de la série le mois dernier. Il est simple dans ce cas-là de pointer du doigt le dessinateur qui aurait manqué de temps pour livrer à temps sa copie. Sauf que Valerio Schiti est un modèle de ponctualité (comme il l'a prouvé lors de son run sur Guardians of the galaxy avec Bendis). Et que Fantastic Four #3 vient de voir sa date de sortie repoussée à Novembre, sans qu'on puisse non plus accabler Sara Pichelli d'être déjà essoufflée.

Il semble bien donc que le fautif soit Dan Slott. Et cela interroge car le scénariste n'est pas non plus réputé pour manquer à l'appel (même s'il lui est arrivé sur Amazing Spider-Man de confier la rédaction d'une histoire qu'il avait imaginé à son fidèle partenaire Christos Gage). Mais comme il écrit Tony Stark : Iron Man et Fantastic Four, la coïncidence est frappante. Marvel ne communique pas sur ces retards, leur cause, donc impossible de savoir ce qui se passe. Sinon que les fans de ces deux titres sont placés devant le fait accompli.

Bien qu'on s'en passerait volontiers, la frustration qui en découle a pour effet de rendre les retrouvailles avec Iron Man encore plus excitantes. Et on n'est pas déçu par le résultat. Car cet épisode, comme les trois précédents, est une nouvelle fois formidable.

C'est simple, toutes les cases sont cochées pour aboutir à un divertissement jubilatoire. C'est drôle, rythmé, inventif, merveilleusement dessiné, finement écrit. Slott est le seul à pouvoir dans un seul épisode citer Transformers (le scooter de Tony qui est aussi une nouvelle armure d'Iron Man), Vacances Romaines (la balade en Vespa du couple Tony-Janet) et même un très ancien chapitre d'Avengers (le #224, comme l'indique une note de la rédaction) pour informer le lecteur que Tony et Janet ont déjà été intimes (mais dans une situation différente puisque la Guêpe ignorait alors que Iron Man était aussi Stark). Ajoutez à cela que Jocaste, désormais dans l'encadrement de Stark Unlimited, a une personnalité configurée d'après celle de Janet et vous comprendrez à quel point le script est bien ficelé.

Slott continue de développer la série en une succession d'épisodes self-contained, ce qui fait que chaque lecteur peut embarquer sans avoir lu ce qui a précédé (même si c'est mieux en l'ayant fait). Le procédé est malin, la narration nerveuse tout en étant légère, avec des problèmes vite résolus (prouvant que Tony, malgré ses doutes persistants, est toujours aussi performant). Le mince fil rouge consiste dans le rôle joué par Bethany Cabe dont on sait qu'elle est sous l'emprise du Controller (donc susceptible à tout moment de trahir Stark). On peut aussi mentionner la relation intermittente entre Andy et Amanda. Ou Sunset Bain, qui, malgré ses démentis, n'est sans doute pas innocente.

Schiti est en très grande forme : ses dessins possèdent un pep's indéniable, mais il sait aussi représenter des personnages expressifs, aux physionomies singulières, à la fois élégants et différents. La référence à Roman Holidays devient encore plus évidente quand on voit comment il décrit Janet Van Dyne dont la ressemblance avec Audrey Hepburn est ici indéniable.

Effectivement, la série rend à nouveau Stark cool, après des années dans le rôle du asshole de service (celui qui provoquait, même avec les meilleures intentions du monde, des guerres civiles entre héros). Schiti a su redonner une décontraction insolente au personnage en le relookant subtilement : sa moustache fine (telle qu'il la portait à l'origine) lui donne un air canaille à la Erroll Flynn, mais surtout c'est un héros en quête de rachat et de compréhension. Il veut à nouveau séduire mais aussi s'éprouver car, ne l'oublions pas, il revient pratiquement d'entre les morts (un état où il s'était lui-même placé), et doute d'avoir récupéré complètement.

Schiti le traduit impeccablement en le dépeignant tour à tour sûr de lui, arrogant, baratineur, puis gentiment allumé par Janet, rappelé à l'ordre par Jocaste (le running gag de la série : ne pas tuer de robots), troublé par la relation entre sa mère et Andy Bhang. Jamais peut-être "tête de fer" n'avait paru si... Humain. Attachant. Sympa.

La suite s'annonce encore savoureuse puisque Arno, le frère de Tony, est au programme le mois prochain (avant un nouveau hiatus en Décembre, durant lequel sortira le premier recueil de la série). 

samedi 18 août 2018

TONY STARK : IRON MAN #3, de Dan Slott et Valerio Schiti


On dirait que ça va devenir une habitude, mais quel plaisir de lire Tony Stark : Iron Man ! En trois mois, elle est devenue la série Marvel classique la plus fun à suivre - un sentiment que je n'avais plus eu avec ce personnage depuis des lustres. C'est écrit avec un pep's incroyable et dessiné avec brio. Et chaque épisode peut s'apprécier comme une unité auto-suffisante !


Tony Stark a créé une interface informatique qui lui permet de communiquer avec des intelligences artificielles. Mais pour la tester, il a besoin de volontaires et il demande à Jocaste, Andy Bhang, sa mère Amanda Armstrong et "Rhodey" leur aide - seul "Rhodey" se désiste car il n'y a pas de partie militaire dans les animations.


Pourtant, lorsqu'il apprend ce projet, Aaron Stack alias Machine Man, le compagnon de Jocaste, réagit avec virulence contre Tony qu'il accuse d'instrumentaliser sans respect les robots. Jocaste intervient et éloigne Aaron. L'essai peut commencer pour l'e-Scape ("La Grande Evasion").


L'interface propose plusieurs niveaux et situations dans des cadres variés, parfois inspirés de séries télé (comme "Westworld") ou des aventures d'Iron Man. Mais un joueur clandestin s'invite dans la partie. Comment a-t-il réussi à se procurer le matériel de connexion ? Grâce à Bethany Cabe la veille, toujours sous l'emprise mentale du Controller.


Et cet intrus n'est autre que Machine Man évidemment ! Pour le stopper, Tony reprend les commandes du jeu et réussit à le neutraliser avec l'aide de Jocaste. Cette dernière rompt ensuite avec Aaron Stack alors qu'Andy et Amanda en ont profiter pour se rapprocher.


Pour Tony, cet essai a été doublement concluant : il ordonne la commercialisation de l'e-Scape et est rassuré sur son état mental après sa résurrection.

Ce qui séduit une fois encore dans cet épisode, comme lors des précédents, c'est l'énergie qui s'en dégage. Tout va très vite et en même temps tout est fluide, compréhensible. Cette synthèse a quelque chose de grisant, comme si toutes les pièces de la série étaient bien en places, que les rouages fonctionnaient parfaitement. Il n'y a qu'à se laisser aller et profiter du divertissement.

Dan Slott s'amuse comme un fou, c'est évident : il a trouvé en Tony Stark, qui est vraiment la vedette de la série, plus qu'Iron Man - ce qui justifie le titre - , un personnage idéal pour ce qu'il veut raconter. Cette osmose entre l'auteur et sa créature suppose qu'il existe un prolongement entre eux, et il n'est pas insensé de penser que Slott, scénariste facétieux à qui on peut reprocher parfois son goût de la provocation et des contradictions, considère Stark comme un double fantasmé, un sale gosse dont la richesse lui autorise tous les caprices.

Mais pour faire apprécier un personnage a priori aussi imbuvable, il faut savoir l'entourer et c'est là qu'intervient la maestria de Slott pour exploiter un riche supporting cast. Mine de rien, on voit autour du héros, Jocaste, Bethany Cabe, James Rhodes, Andy Bhang et Amanda Armstrong. Il ne s'agit pas simplement de faire-valoir, tous ont des personnalités affirmés, des objectifs, des rêves, une utilité : ils renvoient Stark à une partie de lui-même et évoluent avec lui comme il évolue avec eux.

Ce mois-ci, le personnage de Jocaste est au centre de l'intrigue : elle se propose timidement comme volontaire pour tester l'interface comme si elle craignait que sa nature d'androïde ne le lui interdise (ou sa fonction de responsable de l'éthique au sein de Stark Unlimited). Puis intervient Aaron Stack, son compagnon, plus connu sous le pseudo de Machine Man, qui reproche à Stark sa condescendance envers les robots qu'il emploie uniquement à des fins récréatives. Slott écrit Machine Man comme Warren Ellis dans Nextwave, prétentieux, fort en gueule, méprisant envers les "tas de chair" (les humains, expression créée par Ellis). C'est savoureux, ça rappelle d'excellent souvenirs. Enfin, c'est toujours Jocaste qui permet de stopper l'intrusion de Machine Man dans l'interface, et elle en profite pour le larguer. Puis rassure Tony sur son état mental (qui l'inquiétait dans le précédent épisode).

Il se passe beaucoup de petites choses autour de l'axe dramatique central, comme lorsque Andy et Amanda sont ensemble dans la même zone de l'interface, inspirée de la scène musicale (et donc du passé d'Amanda, qui a été chanteuse de punk-rock). Soudain, la partie se transforme en rendez-vous galant, Andy avouant son béguin pour la mère de son patron. Slott glisse des clins d'yeux à Dazzler au passage (la mutante chanteuse qui change le son en lumière).

Un bref flash-back explique comment Aaron Stack s'est procuré un module d'accès à l'interface et alimente le subplot (l'intrigue secondaire) avec Bethany Cabe et le Controller. Comme je le disais plus haut, tout est bien en place et bien géré.

Quand un script est aussi bien bâti, on prie pour que le dessin suive, mais de ce côté-ci, aucun souci à avoir puisque Valerio Schiti enchaîne. L'italien est dans une forme olympique depuis le début et ne lève pas le pied. Lui aussi communique son plaisir évident à dessiner cette série et il a visiblement de l'espace pour s'exprimer.

Pour en témoigner, il suffit de remarquer l'abondance de scènes en "caméra subjective" qui immerge le lecteur dans l'action comme le testeur Beta sollicité par Stark. Le procédé est fantastiquement efficace et illustré. Schiti le fait de manière à la fois simple (un"gaufrier" de quatre cases sur les deux premières pages) ou spectaculaire (une double page pour boucler le prologue, plusieurs cases ensuite occupant toute la largeur de la bande afin de simuler un écran panoramique, une vision totale des choses).

Les plans sont fournis, abondant en détails, et quand on sait que Schiti assume dessin et encrage, même s'il travaille sur tablette, on est admiratif du travail abattu. La colorisation tonique d'Edgar Delgado souligne les effets sans les noyer, respectant le trait.

C'est de l'excellent entertainment. Sans doute ce que Marvel propose de meilleur depuis son "Fresh Start" en ce qui concerne un de ses héros phares.