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mardi 5 mars 2024

LA BALLADE BUSTER SCRUGGS : les frères Coen découpés en tranches


- La Ballade de Buster Scruugs - Toujours vêtu de blanc, aimant pousser la chansonnette sur son cheval, Buster Scruggs cache bien son redoutable talent de pistolero. A Frenchman's Gulch, il participe à une partie de poker mais un joueur le somme de jouer avec la main laissée par son prédécesseur. Buster refuse et élimine son vis-à-vis. Le frère de ce dernier le défie et rencontre son créateur. C'est alors que surgit un inconnu entièrement vêtu de noir...


- Prés d'Algonodes - Un cowboy braque une banque à l'écart de tout mais le guichetier le force à battre en retraite avant de l'assommer. Quand il revient à lui, le voleur a une noeud coulant autour du cou et le shérif lui annonce qu'il a été condamné à mort. C'est alors que des comanches apparaissent pour commettre une massacre mais l'épargnent. Un autre cowboy lui vient en aide mais un autre shérif arrête les deux hommes pour vol de bétail...
 

- Ticket repas - Un impresario conduit un spectacle ambulant de village en village. La représentation consiste en un monologue déclamé par un jeune homme sans bras ni jambes. Mais le public se fait de plus en plus rare et les recettes de plus en plus maigres. Lorsque l'impresario découvre une nouvelle attraction, il va devoir faire un choix...


- Gorge dorée - Un vieil orpailleur découvre une vallée paradisiaque où il espère trouver un filon. Après plusieurs jours de fouilles infructueuses, il creuse et tombe sur une énorme pépite. Mais un voleur lui tire dans le dos  pour s'approprier son magot...


- La Fille qui fut sonnée - Alice Longabauch suit son frère Gilbert dans une caravane qui rejoint l'Oregon où elle doit rencontrer l'homme qu'elle doit épouser - et qui est le futur associé de son frère. Mais en route, Gilbert meurt du choléra et le commis qui surveille son chariot tente d'extorquer de l'argent à Alice. Billy Knapp, un des convoyeurs, la tire de mauvais pas en lui demandant sa main...


- Les Restes mortels - Une diligence transporte cinq passagers : deux chasseurs de primes, un trappeur, une femme et un français. Chacun à tour de rôle prend la parole sur des sujets divers, suscitant diverses réactions de la part des autres, notamment en ce qui concerne le destin qui les attend tous puisque les chasseurs de primes emmènent avec eux le corps d'un bandit...


Ce film à sketches est le dernier long métrage réalisé par les frères Coen, Joel et Ethan, il y a six ans. Depuis chacun a développé des projets en solo (Joel a signé notamment une adaptation de Macbeth pour le grand écran, qui comme toutes autres a fait un bide, confirmant la malédiction de cette pièce de Shakespeare) tandis que Ethan sort actuellement Drive-Away Dolls (un thriller lesbien qui doit débuter une trilogie). Mais, récemment, on a appris que les frangins seraient prêts à retravailler ensemble, donc croisons les doigts.

Pour en revenir à La Ballade de Buster Scruggs, on ne s'étonnera ni de l'inégalité du résultat ni du fait que ce soit produit par Netflix, la plateforme de streaming étant devenu le refuge de cinéastes ayant du mal à trouver à la fois des financements auprès des grands studios traditionnels et la liberté artistique qu'ils souhaitent (avec notamment le final cut) - pour s'en convaincre, il suffit de citer les exemples de David Fincher (Mindhunter, Mank, The Killer), Jane Campion (The Power of the Dog) ou de Tim Burton (qui a initié la série à succès Mercredi).

Les frères Coen ont décidé d'investir à nouveau le genre du western dans lequel ils comptent de belles réussites comme True Grit, O'Brother et aussi No Country for old man (même s'il s'agit là d'une sorte de post-western). Comme un recueil de nouvelles, ils imaginent six histoires courtes qui ont toutes en commun le thème du destin.

Le premier chapitre qui donne son nom au film dresse le portrait d'un pistolero qui aime chanter mais pas être contrarié. Qui peut arrêter cette fine gâchette de Buster Scruggs ? C'est en tout cas très drôle et les Coen multiplient les inventions en virtuoses de la narration : apartés, morceaux musicaux, duels, tout est bon pour désarçonner le spectateur et les adversaires du héros. Le dénouement est à la hauteur de la fantaisie déployée, complètement foutraque et facétieux. Tim Blake Nelson (que les Coen avaient dirigé dans le génial O'Brother) est absolument irrésistible dans la peau du "rossignol de San Saba".

Le deuxième chapitre est tout aussi réussi. On y suit un voleur particulièrement malchanceux mais dont la déveine le pousse à un fatalisme hilarant. James Franco est éblouissant dans la peau de ce cowboy jamais au bon endroit au bon moment et son jeu, ironique, détaché, donne le la à cet épisode. La réalisation est rythmé, sans temps mort, le récit file vers son terme à une vitesse folle, sans surprise certes mais magistral.

Ticket repas est un peu moins bon. Les Coen délaisse le ton comique qui prévalait jusque-là pour signer un conte cruel dans un cadre hivernal et hostile, sur les traces d'un théâtre ambulant. Il y a une étrangeté inattendue dans cette histoire, quelque chose qu'on voit souvent chez les cinéastes qui aiment s'aventurer dans le domaine de l'absurde. Liam Neeson abandonne ses revenge movies de série Z dans lesquels il cachetonne depuis trop longtemps pour rappeler quel grand acteur il peut être. 

Gorge dorée est une vraie pépite. Déjà parce qu'il y a Tom Waits, sensationnel en orpailleur têtu et increvable : autant je ne l'ai jamais aimé en chanteur, autant c'est un acteur qui a une présence folle à l'image. Ensuite, le décor de cette vallée est tout simplement splendide. Enfin, les Coen nous raconte une histoire qui semble toute tracée et qui connaît un fabuleux twist. Ils sont quand même forts, les frangins, dans ce format court !

Le cinquième chapitre doit être le plus long du lot (même si je n'ai pas relevé les durées de chaque segment). Zoe Kazan est merveilleuse en jeune femme qui subit les pires avanies dans une caravane traversant l'Ouest américain : son jeu, nuancée, nous la fait aimer dès le début et à mesure que les pires ennuis lui tombent dessus, on ne cesse d'espérer qu'elle va s'en sortir. Les Coen, c'est évident, ont trouvé avec cette actrice une muse et d'ailleurs c'est le seul premier rôle féminin de l'ensemble. Surtout les deux réalisateurs exploitent magnifiquement le cadre grandiose qui s'offre à eux et qui montre les étendues sauvages de l'Amérique profonde. Ils savent suggérer la dimension à la fois fascinante et angoissante de ces grands espaces mais sans perdre de vue l'aspect le plus intimiste de cette histoire pleine de contrariétés. La fin est poignante et vous serrera le coeur.

Enfin, dans Les Restes mortels, on a droit à la partie sans doute la moins convaincante. Il arrive souvent que des cinéastes, si doués soient-ils, veuillent rendre hommage à un de leurs contemporains, estimant qu'il marque davantage qu'eux l'époque. Dans le cas présent, il est évident que les Coen ont voulu saluer Quentin Tarantino dans ce périple nocturne en diligence autour de cinq passagers qui devisent. Le souci, c'est que, ce faisant, les Coen se perdent dans un exercice de style laborieux et bavard, et surtout que Tarantino n'a jamais (à mon avis) produit de bons westerns (contrairement aux Coen). Dommage.

Malgré des baisses de régime, rares mais notables, les frères Coen comblent leurs fans. Ce binôme n'est pas en panne d'inspiration et La Ballade de Buster Scruggs mérite mieux que les critiques tièdes qui l'ont accompagné lors de sa mise en ligne. 

dimanche 25 février 2024

Que trouve-t-on UNDER THE SILVER LAKE ?


Los Angeles. Eté 2011. Sam, la trentaine, est sans emploi et son propriétaire le menace d'expulsion. Il ne cherche pas  d'emploi et passe ses journées à épier ses voisines, comme celle qui habite en face de chez lui avec un perroquet et s'exhibe seins nus sur son balcon. Puis il remarque une nouvelle locataire, plus jeune, Sarah, dont la beauté le subjugue. A la télé, les infos évoquent la disparition intrigante du riche Jefferson Evence. Sam aborde Sarah qui l'invite chez elle pour regarder "Comment épouser un millionnaire ?". Ils flirtent mais leur soirée est interrompue par l'arrivée des co-locataires de la jeune femme.


Le lendemain matin, Sam découvre que l'appartement de le jeune femme est désert et il se renseigne auprès du propriétaire qui sait seulement qu'elle a déménagé avec ses amies dans la nuit.. Sam remarque ensuite une jeune femme qui entre dans l'appartement de Sarah pour y prendre quelques affaires restantes et il la suit, d'abord à pied puis en voiture à travers la ville, jusque dans la soirée à une fête où est présente Millicent, la fille de Jefferson Evence.


Sam assiste au concert du groupe Jesus et les fiancées de Dracula et rencontre une danseuse qui lui donne un gâteau qui lui servira à entrer dans une autre fête donnée le lendemain dans un cimetière de Hollywood. Obsédé par la disparition inexplicable de Sarah et déjà adepte des théories du complot, Sam cherche des indices partout autour de lui pour la retrouver. Il fait de multiples rencontres dans ses investigations comme avec Comic-Man, qui édite un fanzine et lui remet un exemplaire du guide des vagabonds, revoit la danseuse, décrypte les paroles de la chansons du groupe Jésus et les fiancées de Dracula...


Celles-ci le conduisent à un observatoire où il est abordé par le roi des vagabonds qui l'entraîne, les yeux bandés, dans un abri atomique. Plus tard, dans ses recherches, il découvrira que d'autres refuges du même type sont achetés par de riches excentriques voulant de protéger de la fin du monde et qui aurait entraîné Sarah dans son délire. Mais Sam écoutera les histoires d'un compositeur affirmant comment depuis des décennies, à travers des tubes musicaux, il a influencé la pop culture et manipulé les foules...


Il y a quelque temps j'ai écrit une critique du film Eileen avec Thomasin McKenzie et Anne Hathaway en relevant ses références au film noir classique. En 2001, David Lynch sortait son avant-dernier film, le mythique Mulholland Drive, considéré par beaucoup comme le dernier grand film noir, une sorte d'équivalent au Impitoyable de Clint Eastwood pour le western. 


David Robert Mitchell s'est fait remarqué en 2014 avec It Follows, qui était déjà une sorte de revisite du film d'épouvante avec une métaphore sur le passage à l'âge adulte : un exercice de style brillant, flippant et mémorable. Quatre ans après, il est revenu avec Under the Silver Lake, long métrage ambitieux, qui s'inscrit franchement dans le sillage de Mulholland Drive, dont il se veut à la fois le prolongement et la terminaison. Un pari fou. Et réussi ?


Si Lynch explorait les fantômes de Hollywood à travers la romance entre une jeune aspirante actrice et une amnésique dans un cauchemar tortueux, Mitchell choisit un trentaine comme pseudo-détective privé de son post-polar. C'est moins flamboyant mais plus raccord avec le phénomène des hipsters qui apparut au début des années 2010, avant la gentrification du quartier de Los Angeles où se déroule son histoire et qui est remarquable pour son réservoir d'eau, le fameux Silver Lake (le lac argenté).

Sam est un glandeur qui ne sort de chez lui que pour aller faire quelques courses ou voir ses rares amis. Sans emploi, il ne paie plus son loyer et est sous la menace d'une expulsion. Il passe le restant de ses journées à espionner sa voisine exhibitionniste, une femme d'âge mûr qui se balade seins nus sur son balcon, quand il ne lit pas des ouvrages consacrés à la théorie des complots. Lui-même a une sérieuse tendance à voir des signes cachés partout et tente de les décoder comme s'ils pouvaient le prévenir d'une catastrophe à venir.

Le bouleversement survient avec Sarah, une nouvelle voisine qui le subjugue : blonde, la silhouette d'une top-model, déambulant en bikini blanc, elle sympathise avec lui et l'invite même à voir un film chez elle en partageant un joint. Mais elle disparaît littéralement du jour au lendemain. Pour Sam, c'est un choc, un chagrin et aussi le prétexte à mener une enquête où sa connaissance des signes cryptés lui sera enfin utile.

L'intrigue est filandreuse à souhait. Sam rencontre des individus farfelus mais ses investigations sont particulièrement décousues. En vérité, il erre sans savoir où il va, si la piste qu'il suit est la bonne. C'est un mélange drôle et inquiétant de personnages et d'endroits qu'il croise et traverse. Son parcours ressemble davantage à celui d'une boule de flipper qui rebondirait aléatoirement et parfois, miraculeusement, irait juste dans la bonne direction.

C'est ce qui fait à la fois la qualité, le charme, mais aussi le défaut, l'artificialité, du film. Contrairement à Lynch qui semblait lui aussi improvisait son intrigue comme un musicien de free-jazz mais construisait en réalité un puzzle brillant et envoûtant, Mitchell s'appuie un peu trop sur la complicité su spectateur qui n'est plus dupe (puisqu'il a déjà vu un objet semblable). Du coup, cette déambulation est parfois longuette, ses références un peu trop prononcées. Par exemple, on y trouve une belle blonde fantomatique (Sarah) mais aussi une brune fatale (Millicent), comme des répliques des héroïnes de Lynch, non plus liées (sinon par un personnage de second plan) mais présentes aux deux extrémités de l'histoire (au début et à la fin).

On préfère presque quand le cinéaste évoque directement des motifs lynchiens comme avec le personnage du compositeur reclus dans sa villa et qui explique comment, à travers ses chansons les plus populaires depuis des décennies (des siècles ?), il manipule les masses et invente donc de toutes pièces une mythologie pour des geeks crédules comme Sam. Ce vieillard sort directement de la filmographie de Lynch, renvoyant à ces figures les plus flippantes (comme Dennis Hopper dans Blue Velvet), et la scène, très longue, s'achève dans un éclat de violence qui a quelque chose d'à la fois terrifiant et de libérateur.

Au fond, que le dénouement soit clair et absurde n'a que peu d'importance. On a compris que le voyage - le trip ! - importait plus que la destination. Sam accomplit ce périple en sachant que la fin ne sera pas heureuse mais qu'elle lui permettra d'accéder à un nouveau palier de son existence. A cet égard, quand, enfin, il rentre chez lui, il est étonnamment plus tranquille, serein, apaisé, malgré la peine qu'il vient d'éprouver et le calvaire qu'il a enduré lors de son étrange odyssée.

La réalisation est inspirée dans sa manière de créer cette ambiance cotonneuse, somnambulique et le film aurait pu durer une heure de plus ou de moins sans qu'on voit vraiment la différence. On sent plus quelques longueurs par moments, dans des scènes un peu trop insistantes (quand l'ami de Sam épie avec un drone une jeune femme, répétition du propre geste du héros) ou en voulant justifier certaines pistes grotesques (le paquet de céréales de Comic-Man).

Le casting comporte peu de visages connus, même s'il est amusant de repérer la toute jeune Sydney Sweeney (une des bombes de la série Euphoria, alors à ses débuts). Riley Keough n'a que peu de temps de présence à l'écran mais réussit à faire de Sarah cette fille inoubliable pour le héros. Et Andrew Garfield, justement, est formidable en type qui se trouve un objectif dans la vie, promenant son air constamment endormi et fiévreux à la fois, sorte de néo-Ulysse dans ce Los Angeles aux façades dissimulant des secrets idiots ou glaçants.

Under the Silver Lake n'égale donc pas Mulholland Drive et échoue à en être le prolongement terminal. Mais le film de David Robert Mitchell est un long métrage singulier, suffisamment pour se détacher du lot et séduire, non pas malgré mais plutôt grâce à ses défauts.

lundi 19 février 2024

THE NICE GUYS : rebirth of the cool

 

Los Angeles; 1977. Le détective privé Holland March est engagé par Mme Glenn pour retrouver la fille de celle-ci, une actrice porno connue sous le nom de Misty Mountains. Le hic, c'est qu'elle est morte mais sa mère jure l'avoir revue ensuite. L'enquête de March le mène à Jackson Healy, qui le brutalise pour qu'il cesse de fouiner après qu'il ait importuné Amelia Kuttner. Mais la situation se renverse lorsque, à son tour, Healy est menacé par deux voyous qui veulent savoir où se cache Amelia.



Healy propose à March de s'allier pour tirer cette affaire au clair. Ils contactent Chet, un ami projectionniste de Amelia, et leur révèle qu'elle tournait un film, mêlant scènes poronographiques et journalisme d'investigation avec son copain Dean, dont la maison a brûlé et qui a trouvé la mort dans cet incendie. Healy et March s'incrustent ensuite dans une fête privée chez le producteur du film, Sid Shattuck que Holland trouve assassiné avant de repérer Amelia qui s'enfuit.


Prévenue, la mère d'Amelia, Judith Kuttner, membre du Département de la Justice, accable sa fille qu'elle dit influencée par des théories complotistes à propos des dossiers qu'elle traite. Healy a trouvé chez Shattuck une adresse d'hôtel où il se rend avec Holland mais une fusillade y éclate. Tandis qu'ils battent en retraite, ils tombent sur Amelia et l'emmènent chez Holland. Amelia explique alors ce qu'elle reproche à sa mère et voulait dénoncer dans le film de Dean et qui concerne une vaste affaire de corruption avec des constructeurs automobiles. Un tueur à gages est désormais aux trousses de la jeune femme et de ceux qui l'aident...


En Mai prochain sortira The Fall Guy de David Leitch. Pour les gens de ma génération, les aventures du cascadeur détective Colt Seavers sont plus connues sous le titre de L'Homme qui tombe à pic quand Lee Majors l'incarnait. Et c'est peu dire que j'attends ce film avec impatience, d'autant que Ryan Gosling tiendra le premier rôle.
 

Depuis le triomphe de Barbie dans lequel l'acteur, jusqu'alors associé à des personnages taciturnes, beaucoup de spectateurs semblent découvrir que Gosling peut jouer autre chose. Pourtant en 2016, dans The Nice Guys, il démontrait qu'il était impeccable dans le registre comique en incarnant Holland March, ce privé minable, aux côté de Russell Crowe, dans ce film signé Shane Black, le maître du buddy movie moderne (on lui doit les scripts de L'Arme Fatale mais aussi la mise en scène de Kiss Kiss Bang Bang).
 

La genèse de The Nice Guys a été mouvementée : Black avait écrit un premier jet sans convaincre un producteur d'investir de l'argent dans son développement. Il entreprend alors de le remanier pour en titrer le "pilote" d'une série télé, sans plus de succès. Avec son co-auteur, Anthony Bagarozi, il revoit une nouvelle fois sa copie et cette fois Joel Silver est motivé pour monter le film même s'il doute qu'une histoire dans les années 70 puisse intéresser un grand studio. C'est en fait l'accord de Ryan Gosling qui permettra à The Nice Guys de voir le jour.


Comme Kiss Kiss Bang Bang, l'intrigue est particulièrement filandreuse : il est d'abord question de retrouver une actrice prono, puis la bobine d'un film mêlant porno et investigation pour dénoncer un scandale de corruption. S'agit-il d'une embrouille paranoïaque de la part de la fille d'une membre du Département de la Justice ? Ou justement d'un vrai coup d'éclat tordu pour confondre des officiels et des industriels s'échangeant des pots-de-vin contre des services ? Le récit laisse longtemps planer le doute jusqu'à ce qu'on comprenne dans le dernier tiers qui sont les bons et les méchants.

Peut-être connaissez-vous cette anecdote au sujet du Grand Sommeil de Howard Hawks (1946) dont le scénario était si compliqué que même Raymond Chandler, son auteur, affirmait qu'il ne savait pas de quoi il parlait ? The Nice Guys en est le digne héritier moderne, c'est-à-dire que le film prend le parti de se moquer ouvertement de ce méli-mélo dans une lecture ironique du genre noir. Une forme de désenchantement accompagne le dénouement quand les héros admettent que tout ça est bien trop gros pour espérer avoir résolu quoi que ce soit. Le bénéfice est donc ailleurs : le détective privé et l'homme de main décident de faire contre mauvaise fortune bon coeur et ayant constaté leur complémentarité continuent leur partenariat.

Puisque l'histoire est touffue, on s'attache donc aux protagonistes, merveilleusement croqués par Black, maître-es losers magnifiques. Avant de se pencher sur March et Healy, il faut savourer la galerie de seconds rôles impeccables, qui font que c'est aussi ce qui permet à ce genre de film de fonctionner. Il y a la fille de March qui a le don (héréditaire) de de fourrer dans les pires situations, la fille et sa mère qui s'affrontent pour l'une faire éclater un scandale et l'autre l'étouffer, la secrétaire qui s'avère une liquidatrice particulièrement sexy mais manipulatrice, et le tueur dingue.

Les interprètes s'en donnent à coeur joie, conscients de tenir là des rôles en or : la jeune Angourie Rice est parfaite, Yaya DaCosta est divine, Kim Basinger épatante, Margaret Qualley comme d'habitude est fabuleuse, et Matt Bomer est complètement déchaîné.

Mais c'est bien le duo Ryan Gosling - Russell Crowe qui remporte tous les suffrages. Déjà dans Kiss Kiss Bang Bang, Shane Black avait créé un couple détonant en associant Robert Downey Jr. (avant Iron Man) et Val Kilmer. Gosling et Crowe forment un tandem encore plus efficace, moins exubérant, mais dont la sobriété souligne le je-m'en-foutisme de leurs rôles. Et en même temps on suit leurs investigations improbables avec une pointe d'admiration, à ces deux David contre Goliath : ils n'ont aucune chance, mais ils symbolisent le buddy movie dans sa forme la plus aboutie, deux hommes mal assortis mais en vérité complémentaires et éminemment sympathiques. On sait qu'ils ne vont pas gagner mais on ne cesse jamais de l'espérer.

Alors, oui, The Nice Guys représente une sorte d'excellence du cool. On aurait bien aimé les revoir, dans une suite, ou dans une mini-série façon True Detective en franchement plus déconnant.

mardi 26 décembre 2023

THE MARVELS : Error System


The Marvels est d'ores et déjà le plus cuisant échec commercial du MCU. Mais, sans être méchant, c'est mérité. Et surtout c'était quelque part inévitable tant ce film a été produit en dépit du bon sens. Il signe en vérité l'échec d'une stratégie imposée par Kevin Feige au début de la Phase IV. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, c'est peut-être un mal pour un bien...

Ce qui suit contient des SPOILERS !
 

La destruction de l'Intelligence Suprême, qui dirigeait l'empire kree, par Captain Marve, a fait sombrer ce peuple dans une guerre civile et la désolation. Depuis trente ans, les ressources du monde -trône Hala se sont épuisées, la sécheresse sévit, l'air y est devenu irrespirable, son soleil se meurt. Dar-benn, une jeune juge, s'est érigée en leader, promettant de corriger cette situation et de tuer celle qu'elle appelle "l'annihilatrice" - Captain Marvel.


Pour cela, elle met la main sur un bracelet quantique qui lui permet d'ouvrir des brèches spatio-temporelles. L'une d'elles est détectée par le S.A.B.E.R. (Strategic Aerospace Biophysics and Exolinguistic Response), dirigée par Nick Fury, qui a sous ses ordres l'agent Monica Rambeau, la nièce de Carol Danvers/Captain Marvel, qui elle surveille ce portail à son autre extrémité. Chez elle, dans le New Jersey, Kamala Khan voit son bracelet quantique briller inexplicablement et quand Carol et Monica activent leurs pouvoirs, elles échangent leurs places.
 

Nick Fury et Monica rendent visite à Kamala, rejoints par Carol Danvers. Elles comprennent qu'elles ont en commun leurs pouvoirs sur la lumière et qu'elles doivent faire équipe pour résoudre cette affaire de brèches. Elles partent donc pour la planète Tarnax que Captain Marvel a trouvé pour donner un refuge aux skrulls, les ennemis de toujours des kree. Mais Dar-benn les a devancées et en ouvrant un portail en aspire l'atmosphère. Carol, Monica et Kamala évacuent le plus de skrulls possibles puis les confient à Valkyrie qui les transportent à la Nouvelle Asgard..


Carol comprend que Dar-benn s'en prend à des mondes qui lui sont chers et emmènent donc Monica et Kamala sur Aladna, composée en majorité d'eau. Elle s'y est jadis fiancée au prince Yan qui les aide à affronter Dar-benn et son armada. Mais le combat est déséquilibré et Kamala se fait dérober son bracelet quantique.


Obligées de battre en retraite à contrecoeur, Carol sait que la prochaine cible de Dar-benn sera la Terre ou plus exactement son soleil. Pour se préparer à un nouveau combat contre Dar-benn, elle s'entraîne avec Monica et Kamala puis contacte Nick Fury pour l'avertir de la situation. Dar-benn commence déjà à ouvrir une brèche avec ses deux bracelets quantiques lorsque les trois héroïnes surgissent.


Lorsqu'elle déchaîne ses pouvoirs contre ses adversaires, Dar-benn est consumée par les bracelets quantiques. Il reste cependant à refermer le portail ouvert et Monica se sacrifie. Kamala rentre dans le New Jersey retrouver ses parents et explique que Carol est repartie pour Hala. Là-bas, elle régénère le soleil et sauve les kree d'une mort annoncée.

Deux scènes supplémentaires interviennent durant le générique de fin : 

- dans la première, Kamala Khan aborde Kate Bishop, la disciple de Clint Barton/Hawkeye, pour lui proposer de former une équipe avec d'autres jeunes héros ;

- dans la seconde, Monica se réveille auprès de sa mère, Maria, et du Dr. Hank McCoy/le Fauve, qui l'ont récupérée dans un univers parallèle. Monica doit expliquer à Maria qu'elle est bien sa fille et comment elle est arrivée ici.

Flashback : nous sommes en 2019 et Spider-Man : Far From Home conclut la Phase III du MCU (Marvel Cinematic Universe), trois mois après le triomphe de Avengers : Endgame, climax de 11 années de films adaptés des comics Marvel. Kevin Feige, producteur de tous ces longs métrages et grand architecte de leur mise en chantier, est le roi du monde.

Il annonce alors les projets pour la Phase IV dont l'exploitation débutera en 2021 avec le film Black Widow. Son ambition est grande mais personne ne la contesterait : il entend étendre le MCU sur grand et petit écran avec, pour ce support, des séries mettant en scène des personnages secondaires et parfois encore inédits. La plateforme Disney + les programmera mais surtout, dans l'idéal, les fans pourront apprécier une expérience encore plus grande des super-héros Marvel.

Shang Chi et la légendes des dix anneaux, Les Eternels, Spider-Man : No way home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Thor : Love and thunder, Black Panther : Wakanda forever, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et donc The Marvels vont se succèder en salles. Tandis qu'en streaming on découvrira WandaVision, Falcon et le Soldat de l'Hiver, Loki (saisons 1 et 2), What if...?, Hawkeye, Moon Knight, Ms. Marvel, She-Hulk : Avocate et Secret Invasion.

Et autant dire que tout ne va pas se dérouler exactement comme l'avait espéré Kevin Feige. Entre temps, Bob Chapek, le patron de Disney, critiqué pour sa gestion, sera limogé et remplacé par celui auquel il avait succédé, Bob Iger, qui, depuis, a changé de braquet en exigeant des économies (et donc en licenciant massivement). Les responsables des effets spéciaux râlent contre des conditions de travail intenables. Et la grève des scénaristes et des acteurs paralysera tout Hollywood pendant plusieurs mois.

Mais surtout le succès n'est plus automatique pour les productions Marvel. La critique se fait aussi plus assassine, étrillant de gros projets. Et les fans n'accrochent pas à cette saga du Multivers censée succéder à celle des Pierres d'Infinité et de Thanos qui a couru sur les Phases I à III. La belle mécanique s'est enrayée.

Chacun y est allé de son diagnostic : lassitude envers les super-héros ? Manque de lisibilité dans l'intrigue générale ?  Même des cinéastes "nobles" s'en sont mêlés, comme Martin Scorsese qui a qualifié les films de super-héros de produits plus proche des parcs d'attraction que du cinéma, même si d'autres les défendent, comme Christopher Nolan, qui disent qu'il en faut pour tous les goûts et qu'ils participent à la bonne santé économique de l'industrie.

Pour ma part, sans revenir dans le détail sur ce que j'ai aimé ou pas dans cette Phase IV, j'ai été dès son départ perplexe sur cette synergie entre ciné et télé, sur le choix de Kang comme nouveau grand méchant du MCU (et sur l'acteur qui l'incarnait, Jonathan Majors, très cabotin), et une absence criante de liant entre tout ça. Le concept même de Multivers, compliqué à expliquer, a surtout échoué à convaincre et je pense qu'il faudrait carrément ne plus le traiter (même si je doute qu'une décision aussi drastique soit prise).

The Marvels, pour en revenir à lui, est une sorte de concentré de toutes ces erreurs tactiques, narratives, esthétiques. C'est une sorte d'erreur aberrante dans un système, au point qu'on se demande comment un tel film a pu être validé tel quel ou, comme cela semble être le cas maintenant que des langues se délient, comment il a été charcuté pour ne ressembler à ce point à rien.

C'est très simple en vérité : comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de faire une suite à Captain Marvel en excluant le nom de l'héroïne du titre et en lui associant deux autres personnages uniquement vus dans des séries télé, et encore pour l'une d'entre elles dans un rôle très secondaire ? C'est un vrai mystère et une hérésie. Ce qui faisait la force du MCU pendant sa première décennie, c'était justement la manière dont les héros faisaient connaissance progressivement, pour former l'équipe des Avengers d'abord, puis affronter Thanos ensuite. Et si ça fonctionnait, c'est parce que tous les personnages étaient issus d'un même format (le film), sur un pied d'égalité donc.

Mais Ms. Marvel et Monica Rambeau sont issus de séries Disney +, par ailleurs très diversement appréciées. Ms. Marvel était sympathique mais souffrait d'un scénario très faible tout juste compensé par l'abattage de sa jeune vedette, Iman Vellani. Monica Rambeau, jouée par Teyonah Parris, était un second rôle dans WandaVision, qui acquérait ses pouvoirs d'une façon très opportuniste (et complètement différente, comme Ms. Marvel, des comics), sans avoir marqué les esprits plus que ça - en tout cas certainement pas au point de devenir une tête d'affiche.

Ne revenons pas sur les réactions à l'égard de Brie Larson en Captain Marvel auxquels de soi-disant fans reprochaient de ne pas être assez souriante... Mais Larson est une actrice solide, oscarisée, et à qui il en faut plus que ça pour l'ébranler. Elle est à mon avis impeccable dans son rôle.

L'intrigue de The Marvels est aussi un cas d'école. Le film est court, le plus court de tous les films du MCU avec ses 1 h. 42. Mais justement on a souvent l'impression que le film se déroule en accéléré, comme s'il ne fallait pas perdre de temps. C'est très bizarre, surtout pour un studio qui n'a jamais lésiné sur la durée, accouchant souvent de montages un peu trop généreux. Ce n'est pas tellement qu'on a le sentiment qu'il manque de scènes, mais plutôt que tout est expédié, pas ou peu ou mal développé.

Quand le film débute, le spectateur doit intégrer des informations à toute vitesse et il ne s'agit pas de rien : l'empire kree a sombré, la planète Hala est condamnée, et tout ça par la faute de Captain Marvel - ce qui n'est quand même pas l'idéal pour ensuite affirmer que c'est quand même une héroïne... Celle qui lui en veut le plus et entreprend de résoudre cette crise est une jeune femme kree jouée par Zawe Ashton, une comédienne à l'absence de charisme effrayant, qui ne fait jamais peur, et qui connaîtra une fin pitoyable. L'armada qu'elle est censée commander est la plupart du temps invisible ou alors réduite à de la figuration, mise en scène avec une mollesse terrible.

Là aussi, des trolls sur Internet ont accablé la réalisatrice Nia DaCosta. Je ne connais pas son travail mais elle n'est tout simplement pas taillé pour une super production de ce type. Les rumeurs disent que la production a été chaotique, sans supervision, et que le montage final s'est fait sans elle (partie sur un autre projet), avec des coupes drastiques (d'où la durée du film). Quelle que soit la vérité, le résultat est calamiteux, sas personnalité, sans envergure, sans souffle.

C'est cependant, même si ce n'est pas difficile, moins affreux visuellement que Thor : Love and Thunder et surtout Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, mais bon, ce n'est pas beau non plus. Les effets spéciaux sont pauvres, cheap, même pas ratés, juste misérables.

Mais ce n'est pas tout ! Comme d'habitude, on a droit à des scènes durant le générique de fin et elles sont affligeantes. La première réveille une arlésienne avec une évocation des Young Avengers (ou des Champions), soit une équipe de jeunes super-héros initiée par Kamala Khan qui aborde Kate Bishop : je n'ai rien contre cette éventualité mais je ne crois pas une seconde que quiconque ira voir un jour pareil film. Si Kevin Feige y tient vraiment, qu'il le produise comme un unitaire spécial sur Disney + (comme l'excellent Werewolf by Night).

En revanche, comment le même Feige a pu introduire pour la première fois le retour officiel des X-Men à la fin de The Marvels, qui plus est dans une scène aussi gênante, quel que soit l'angle sous laquelle on la considère ? Faut-il, comme je l'ai compris, entendre que les mutants vivent dans un univers parallèle ? Et faire de Maria Rambeau une revenante devenue l'héroïne Binaire (qui était à l'origine une incarnation cosmique de Carol Danvers)... Dans un sens, heureusement que The Marvels a été un bide, ainsi peu de gens ont vu ça et quand les X-Men auront enfin droit à leur film, personne ne se souviendra qu'ils ont été mentionnés ici pour la première fois.

En conclusion, deux remarques : 

- 1/ je pense qu'il existe bien une lassitude des films de super-héros - ou plus exactement des mauvais films de super-héros, trop (mal) produits, réalisés, écrits. Le succès des Gardiens de la Galaxie vol. 3 a prouvé que le public appréciait encore le genre quand il était bien adapté, par un auteur inspiré. Mais je crois aussi qu'il est nécessaire, vital même, que Marvel/Disney fasse un break (comme DC/Warner), ne serait-ce que pour recréer de l'attente, du désir pour ces films et, à cet égard, qu'il n'y ait que Deadpool 3 qui soit programmé en 2024 est une bonne chose (même si ça aurait été encore mieux qu'il sorte en 2025).

- 2/ Il est tout aussi nécessaire d'arrêter de développer le MCU à la fois sur le petit et le grand écran, ou alors que les projets soient déconnectés. La stratégie de Feige ne fonctionne pas. C'est indigeste. D'ailleurs, il faut surtout moins produire de films de super-héros, refaire de chacun un événement, et de qualité. Le public ne veut plus de films moyens ou médiocres ni de héros de seconde main. The Marvels l'enseigne, durement.

lundi 18 décembre 2023

SHANG CHI ET LA LEGENDE DES DIX ANNEAUX : la voie du milieu


A sa sortie en salles en 2021 j'avais zappé Shang Chi, n'étant pas intéressé par ce personnage, et sans doute en attente d'une proposition plus excitante provenant du MCU. Hier j'ai rattrapé cette lacune et compris mon erreur. Car le film de Destin Daniel Cretton offre quelque chose d'atypique et de rafraîchissant, qui, en vérité, n'a pas grand-chose à voir avec le registre super-héroïque traditionnel. Peut-être une piste à creuser pour le futur...

Ce qui suit contient des spoilers !


Il y a mille ans, Xu Wenwu découvre les dix anneaux qui lui confèrent des pouvoirs quasi-divins, dont celui de l'immortalité. Il va en profiter pour conquérir de nombreux royaumes et étendre son influence sur le monde.


En 1996, Wenwu part à la recherche du village mythique de Ta Lo mais se heurte à sa gardienne, Ying Li. Après s'être affrontés, ils tombent amoureux mais elle est bannie car il est jugé indigne de vivre parmi eux. Wenwu et Ying se marient et ont deux enfants, Shang Chi et Xialing. Il déliasse l'organisation qu'il a montée et range ses dix anneaux.


A sept ans, Shang Chi assiste à l'assassinat de sa mère par le Gang de Fer, ennemi de Wenwu. Celui-ci ressort ses anneaux et extermine le gang puis entraîne son fils pour qu'il règne à ses côtés, tandis que Xialing pratique en secret. A quatorze ans, Shang Chi est envoyé par son père tuer le chef du Gang de Fer. Mais sa mission remplie, le garçon ne rentre pas chez lui.


De nos jours, il est devenu voiturier avec son ami Kathy. Jusqu'à ce que les sbires de son père le retrouvent et l'attaquent. Dans le feu de l'action, il se fait voler le pendentif que lui avait offert sa mère par le mercenaire Razorfist. Avec Kathy, à qui il raconte enfin tout son passé, Shang Chi s'envole pour Macao avertir Xialing, qui tient un club de combats clandestins. Mais à nouveau les hommes de Wenwu surgissent et dérobent le pendentif de la jeune femme. Juste avant que leur père, à elle et son frère, n'apparaisse et ne les invite à le suivre.


Dans son repaire, Wenwu montre, grâce aux pendentifs, une carte magique qui indique le village de Ta Lo où il est convaincu que Ying Li vit encore, détenue par les siens. Refusant de croire en ce délire, Shang Chi, Xialing et Kathy sont jetés dans un cachot où ils rencontrent Trevor Slattery, un acteur qui a usurpé l'identité de Wenwu et qui a pour animal de compagnie Morris, une créature provenant de Ta Lo. Ils s'enfuient ensemble pour gagner Ta Lo avant Wenwu.


Une fois sur place, Shang Chi et Xialing rencontrent leur tante, Ying Nan, qui leur explique que, jadis, le village a failli être détruit par l'Habitant des Ombres, un monstre, depuis enfermé dans la montagne voisine. C'est lui qui communique avec Wenwu pour l'attirer ici. Le frère et la soeur renforcent l'armée du village et Kathy s'entraîne en vue de la bataille à venir.


Wenwu et son armée attaquent le village. Shang Chi s'interpose quand son père tente de libérer l'Habitant des Ombres, sans succès. Le monstre tue son sauveur qui transmet alors les dix anneaux à son fils. Celui-ci avec sa soeur, chevauchant le Grand Protecteur, un dragon caché dans le lac voisin, affrontent l'Habitant des Ombres tandis que les sbires de Wenwu et les villageois s'unissent face à cette menace.  Ensemble, ils en viennent à bout.

Deux scènes supplémentaires apparaissent durant le générique de fin :


- dans le première, Wong, le sorcier suprême, invite Kathy et Shang Chi à Kamar-Taj pour examiner les dix anneaux en présence de Bruce Banner et Captain Marvel. Si tous ignorent leur provenance, ils déterminent qu'ils servent à communiquer avec une autre dimension ;


- dans la seconde, Xialing prend les rênes de l'organisation des dix anneaux à la place de son défunt père.

Un peu d'Histoire d'abord : Shang Chi est un personnage qui a mon âge puisqu'il est apparu pour la première fois dans les pages de Special Marvel Edition #15 en 1973. Créé par le scénariste Steve Englehart et les dessinateurs Jim Starlin et Al Milgrom, il est surnommé le maître du kung-fu et appartient à cette vague de héros inspirée à l'époque par le cinéma d'exploitation de série B, comme Luke Cage ou Iron Fist mais aussi Man-Thing.

Par la suite, s'il demeure un personnage populaire auprès de certains fans, il est quand même largement éclipsé par le succès rencontré par Iron Fist. Mais Jonathan Hickman braque à nouveau les projecteurs sur lui à partir de 2012 lors de son run sur la série Avengers et donc, neuf ans après seulement, il a droit aux honneurs d'une adaptation cinématographique.

Kevin Feige a fait pour cela confiance à Destin Daniel Cretton, qui s'était illustré dans des productions indés comme States of Grace (2013) avec Brie Larson (qui apparaît dans une scène durant le générique du fin). Même si ce choix peut surprendre, ce n'est pas si étonnant puisque Chloé Zhao (Les Eternels), James Gunn (Les Gardiens de la Galaxie) ou même les frères Russo (Captain America : Le Soldat de l'Hiver / Civil War, Avengers : Infinity War / Endgame) ont aussi fait leurs armes dans le même circuit.

Ce qui frappe, c'est que Shang Chi et la légende des dix anneaux ne s'inscrit à aucun moment dans le registre classique du super-héros. Bien entendu le scénario co-écrit par Cretton, Dave Callahan et Andrew Lanham comporte des éléments fantastiques, mais de nombreux autres qui appartiennent au folklore des comics de héros masqués  sont complètement absents.

Jamais ni le héros ni le méchant ne portent de masques justement, n'ont d'identité secrète (même si Shang Chi a refait sa vie aux Etats-Unis sous le prénom transparent de Shaun). Leurs costumes n'ont rien des tenues bariolées et moulantes des autres vedettes du MCU. Même si cela peut être mal perçu ou apprécié par certains, c'est en fait le plus Disney des films du MCU.

Dans quelle mesure ? Hé bien, simplement parce que l'histoire raconte le parcours d'un gamin puis d'un adulte traversant des épreuves cruelles qu'il réussit à dépasser lors du voyage du héros. Il s'agit d'une sorte de feuille de route appliquée et même enseignée à des scénaristes quand ils veulent apprendre à construire un récit efficace en suivant des étapes précises. Généralement il est question d'un personnage principal qui part en mission pour sauver un être cher et lors de son périple il affronte plusieurs dangers et menaces qui le change profondément et l'améliore, de telle sorte que c'est autant lui que ce qu'il cherche qui vont améliorer sa situation.

Dans le cas de Shang Chi, c'est donc le portrait d'un garçon dont les parents sont un couple extraordinaire - le père est un conquérant immortel et la mère la gardienne d'un village légendaire. Une tragédie survient rapidement avec la mort de la mère, entraînant son père à renouer avec ses anciennes méthodes. Shang Chi devient une sorte d'élu, formé pour régner aux côtés de son père, mais il finit par fuir son destin. Evidemment son passé le rattrape et le mène sur les pas de sa défunte mère, il va découvrir l'autre partie de son héritage. Et affronter son père, faute de pouvoir le raisonner.

Il y a un côté indéniablement prévisible dans la narration du film : Shang Chi est flanqué d'une acolyte, Kathy, qui est le ressort comique de l'histoire ; sa soeur est une guerrière aguerrie et affranchie qui se trouve entraînée dans une aventure qui la dépasse ; leur tante est une sorte de sage incarné, et Ta Lo, ce village mythique, ressemble à un paradis fragile cachant autant de merveilles que d'horreurs.

Mais Destin Daniel Cretton embrasse ces clichés franchement et ne cherche jamais à les dissimuler au spectateur. Une forme de simplicité qui est payante au bout du compte car déconnecté du reste du MCU. On y fait bien de discrètes allusions à d'autres héros, mais c'est si fugace qu'elles sont balayées par le déroulement de l'action. Et comme le rythme est soutenu, sans être frénétique, on embarque pour un trip très sympathique.

Les pouvoirs des dix anneaux sont eux-mêmes abordés avec détachement. Jamais ils n'occasionnent un déferlement d'effets spéciaux qui encombrent le récit. Au contraire, le réalisateur et ses co-scénarsites ménagent le public jusqu'à l'entrée à Ta Lo, avec sa faune extravagante jusqu'à l'apparition du dragon et du monstre enfermé dans la montagne, véritables attractions du show. Le reste est ponctué de combats à base d'arts martiaux augmentés, avec son lot d'acrobaties spectaculaires, mais bien loin de celles de Spider-Man ou même de Captain America.

En ce sens, on peut apprécier le film sans être un fan ni un connaisseur du MCU (et des comics qui l'inspirent). C'est le long métrage le plus abordable de tout cet univers partagé, celui le plus à même de séduire les allergiques au spandex et aux super-pouvoirs. En même temps, il est aussi plus spectaculaire que les street-level heroes cantonnés à Disney + (de Hawkeye à Moon Knight en attendant Daredevil). C'est une sorte d'objet transitionnel, qui pourrait très bien permettre aux films mis en chantier par Kevin Feige de charmer à nouveau un large public à l'heure où celui-ci semble se lasser (même s'il y a aussi une question de qualité intrinsèque puisque Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est le seul film de super-héros classique à avoir performé en 2023).

En tout cas, il n'est pas difficile d'aimer Shang Chi et la légende des dix anneaux. Qui plus est parce qu'il bénéficie d'un casting bien choisi : si Simu Liu ne correspond pas physiquement au héros (qui avait été dessiné en prenant pour modèle Bruce Lee), il s'en tire mieux que bien, sobre dans le jeu, et réalisant lui-même ses cascades (c'est un bonus indéniable pour ce genre de film). Awkwafina est très marrante sans être lourdingue. Peut-être aurait-on pu cependant se passer de Ben Kingsley, dont le rôle est trop référencé (il ne dira rien à ceux qui n'ont pas vu Iron Man III) et qui lui par contre est pesant au possible dans la plaisanterie.

Toutefois, les deux vraies vedettes du film resteront Michelle Yeoh qui, même en apparaissant tardivement, en impose avec une classe folle, et Tony Leung, lui aussi impérial en méchant plus subtil que la moyenne. Quand ils sont à l'image, tous leurs partenaires deviennent comme flous. C'est ça, de vraies stars. Oh, et que je n'oublie pas de mentionner la sublimissime Fala Chen, qui joue Ying Li.

Bref, ne faîtes pas comme moi : n'ignorez pas plus longtemps Shang Chi et la légende des dix anneaux, qui est une pépite de la Phase IV si déroutante du MCU.

lundi 11 décembre 2023

BLUE BEETLE : le Spider-Man du DCU ?


Sorti l'été dernier, Blue Beetle a eu les honneurs d'une exploitation en salles après avoir été initialement produit pour la plateforme de streaming HBO Max qui appartient à Warner Bros. Cela n'a pas eu le résultat escompté, le film échouant commercialement malgré une réception critique plutôt positive. Pourtant James Gunn, nouvel architecte du DCU au cinéma, a promis que les aventures de Jaime Reyes étaient le premier étage de son projet.


En Antarctique, Victoria Kord, P.D.-G. de Kord Industries, assiste à la récupération d'un artefact extraterrestre, le Scarab. Cependant, à Palmira City, Jaime Reyes, fraîchement diplômé en Droit à Gotham, rentre auprès de sa famille. Mais il découvre que celle-ci est dans une mauvaise passe.


Son père a été hospitalisé suite à un malaise cardiaque qui lui a fait perdre son emploi et désormais sa femme, sa belle-mère, et leur fille sont menacés d'expulsion. Milagro, la soeur de Jaime, trouve une place à son frère dans la villa de Victoria Kord mais elle les renvoie vite après qu'ils ont assisté à une dispute entre elle et sa nièce, Jenny, au sujet de la fabrication d'armes par leur compagnie.


Jenny donne néanmoins rendez-vous à Jaime le lendemain pour lui proposer un nouveau poste. Mais quand il se présente à l'entretien d'embauche, Jenny est occupée ailleurs : elle dérobe le Scarab et pour échapper à la sécurité le confie à Jaime dans une simple boîte de burger. Rentré chez lui, il est pressé par sa famille d'ouvrir le contenant : le Scarab se greffe alors sur le jeune homme et le revêt d'un exosquelette lui permettant de voler et d'un disposer d'un vaste arsenal.
 

Mais Jaime n'a pas l'intention de laisser le Scarab fusionner avec lui et cherche Jenny. Celle-ci est poursuivi par les sbires de sa tante et Jaime la sauve avant d'être à son tour attaqué par Ignacio Carapax, le garde du corps de Victoria Kord, mi-homme, mi-robot. Avec le renfort de son oncle Rudy, Jaime réussit à s'enfuir en emmenant Jenny jusqu'à l'ancienne propriété de son père, Ted Kord, qui fut le héros Blue Beetle, mystérieusement disparu depuis des années.
 

Rudy comprend que le Scarab ne peut plus se détacher de Jaime qu'une fois ce dernier mort. Accusant le coup, le jeune homme va prendre l'air et Jenny l'accompagne pour le réconforter lorsqu'ils aperçoivent l'hélicoptère de Victoria se diriger vers le quartier où vivent les Reyes. Pris à parti par les hommes armées de Kord, ceux-ci voient arriver Jaime qui couvre la fuite de sa famille. Mais Carapax réussit à le capturer alors que le père du jeune homme succombe à une crise cardiaque. 


Les Reyes et Jenny n'ont pas le temps de s'apitoyer : il faut sauver Jaime, transporté dans un laboratoire de Kord Industries sur une île et à qui Victoria veut arracher le Scarab pour que Carapax en devienne le nouvel hôte. A bord du Bug, le vaisseau de Blue Beetle, ils prennent la forteresse d'assaut et empêche le bon déroulement de l'opération, mais qui a quand même permis à Carapax d'avoir son propre exosquelette. Jaime et lui s'affrontent jusqu'à ce que l'homme de main comprenne que Victoria a tué sa famille et l'a manipulé depuis. Il se retourne alors contre elle pendant que Jaime, Jenny et les Reyes quittent les lieux.


Sa tante morte, Jenny devient la nouvelle patronne de Kord Industries et promet aux Reyes de les aider tout en annonçant cesser de fabriquer des armes.

Une scène additionnelle durant le générique de fin se déroule dans le repaire de Ted Kord qui envoie un message à destination de sa fille pour l'avertir qu'il est toujours vivant.

Les temps sont durs pour les super-héros au cinéma et il est bien possible qu'une certaine lassitude se soit installé parmi les spectateurs, y compris les fans du genre. Ou plus exactement que cette audience ne supporte plus de devoir payer sa place pour assister à quelque chose qui ne sorte plus de l'ordinaire.

Ce qui est inédit en revanche, c'est que la crise touche désormais également Marvel (The Marvels, la suite de Captain Marvel, a aussi enregistré un score terrible). Et c'est bien connu, pour les comics comme pour les longs métrages, quand le leader du marché éternue, c'est tous les autres qui s'enrhument.

Quelle chance avait alors Blue Beetle de fonctionner commercialement dans un cadre aussi morose ? Le studio Warner enchaîne lui les bides depuis longtemps, plombé par le "Snyder-verse", et un chaos à la tête des productions ciné de DC Comics seulement calmé avec la promotion de James Gunn et de son associé Peter Safran, chargés de remettre toutes ces franchises debout.

Contrairement à Kevin Feige qui avait parié sur une synergie des séries sur Disney + et du MCU pour étendre son empire, ce qui a abouti à un échec seulement ponctué de quelques sursauts (Spider-Man : No Way Home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et Loki ou WandaVision en streaming), Gunn expédie actuellement les derniers vestiges du DCEU de Zack Snyder (The Flash, Aquaman 2) avant de faire une break d'un an pour préparer le come-back de Superman en 2025 (sous sa direction). Une manière d'accorder aux fans un peu de repos, mais aussi de redonner envie à un plus large public de revoir des super-héros en salles (que Marvel/Disney aurait été mieux inspiré de faire après le climax de Avengers : Endgame).

Warner n'a pas fait dans la dentelle avec son nouveau président, David Zaslav, qui a tout décidé de jeter à la corbeille tout le film Batgirl (pourtant prêt à être exploité). En revanche, Gunn l'a convaincu de laisser sa chance à Blue Beetle, originellement prévu pour la plateforme de streaming HBO Max. Mais ça n'aura pas suffi à sauver les meubles.

Pourtant, comme Donjons et Dragons, Blue Beetle est un échec injuste. Non pas que le film soit renversant mais il a l'immense mérite d'être frais, simple, accessible, et bien fait. Son héros, dans cette version, est la troisième incarnation du Scarabée Bleu, après Dan Garrett et Ted Kord : Jaime Reyes a été co-créé par le regretté Keith Giffen, John Rogers et Cully Hamner en 2006 dans Infinite Crisis #3. Et tel quel il fait penser à Spider-Man.

Le déroulement de l'intrigue renvoie de manière troublante au Tisseur de Marvel avec l'acquisition accidentelle de capacités extraordinaires par un jeune homme issu d'un milieu modeste et qui va être obligé de considérer que "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités". Face à lui un double ennemi en la personne d'une grande patronne vendeuse d'armes (comme Tony Stark) et de son homme de main. Et pour distinguer Blue Beetle, un cadre latino, caricaturé juste ce qu'il faut (même si la VF est abominable).

Le film est très rythmé, sans temps mort notable. On peut lui reprocher sa narration très convenue mais pas, comme ce fut souvent le cas ces derniers temps, une production bâclée. Pour un produit conçu pour le petit écran, c'est même épatant de voir le soin apporté au design en général. Le costume de Blue Beetle est d'une fidélité absolue à celui des comics, tout comme le Bugship de Ted Kord, et quand Carapax a sa propre armure, elle est suffisamment menaçante pour que l'affrontement final tienne ses promesses.

Les personnages sont plus grossièrement définis et n'évitent pas les clichés. Certes, comme je le dis plus haut, la VF est affreuse, mais je doute que la VO arrange quoi que ce soit. On peut toutefois s'amuser sans complexes avec la grand-mère Reyes au passé révolutionnaire, ce qui justifie qu'elle sache se servir d'une arme (même si celle-ci est tout de même très sophistiquée). La mort du père de Jaime renvoie à celle de l'oncle Ben pour Peter Parker et Jenny Kord évoque Gwen Stacy (comme elle, elle est la fille d'un véritable héros). Bien entendu, une romance nait entre Jaime et Jenny entre deux explosions. Et Milagro, la soeur du héros, apporte une touche comico-cynique de circonstance.

L'interprétation permet de découvrir Xolo Maruduena dans le rôle titre et il s'en sort très honorablement, sans en faire trop. Bruna Marquezine est très jolie; La chanteuse Becky G fait la voix de Khaji-Da, le Scarab. Mais évidemment la véritable curiosité vient de la présence au générique de Susan Sarandon, immense comédienne dans le rôle de la méchante Victoria, qui semble bien s'amuser (et qui à 77 ans humilie littéralement toutes ces consoeurs défigurés par la chirurgie esthétique).

Angel Manuel Soto, le réalisateur, emballe tout ça avec beaucoup d'énergie et d'humilité. Mais c'est justement cette volonté de proposer un divertissement simple, comme un retour aux basiques, qui fait de son Blue Beetle une petite pépite. Rendez-vous maintenant en 2025 pour Superman Legacy...