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lundi 23 mai 2022

DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS, de Sam Raimi (2022) (Critique avec Spoilers !)


Le retour de Doctor Strange était attendu avec impatience par les fans : d'une part parce que le premier volet avait séduit, et d'autre part parce que cette suite est réalisée par Sam Raimi. Le nom du cinéaste suffit à animer la fan-sphère puisqu'il a contribué à l'essor des fims super-héroïques avec la première trilogie Spider-Man. Mais Doctor Strange in the Multiverse of Madness marque aussi un tournant dans la Phase 4 du MCU : celui où, pour apprécier un film, il faut avoir vu une des séries Marvel sur Disney+.


L'espace inter-universel. America Chavez et Defender Strange sont poursuivis par un démon alors qu'ils cherchent à atteindre le Livre des Vishanti, grâce auquel le Sorcier Suprême peut tout accomplir. Strange est tuié et, effrayée, Chavez ouvre un portail dimensionnel qui les aspire, elle et lui, jusqu'à notre Terre. Alors qu'il assiste au mariage de Christine Palmer, Stephen Strange aperçoit America aux prises avec un autre monstre et vole à son secours, rejoint par Wong. Chavez leur explique qu'elle est chassée pour son pouvoir qu'elle ne maîtrise pas. Wong l'emmène au sanctuaire de Kamar-Taj.


A la recherche d'informations sur le Multivers, Strange rend visite à Wanda Maximoff pour s'apercevoir qu'elle possède le Darkhorld, un grimoire maudit, qui l'a corrompu, et découvrir que c'est elle qui envoie des créatures maléfiques pour capturer Chavez. Grâce au pouvoir de cette dernière, elle compte atteindre une Terre parallèle où elle pourra vivre à nouveau avec ses fils, Tommy et Billy, créés lors de son séjour à Westview. La Sorcière Rouge attaque Kamar-Taj et pour lui échapper, Chavez ouvre un nouveau portail dans lequel elle entraîne Strange.


Ils atterrissent sur la Terre-838 où, en cherchant la résidence de Strange, ils tombent sur le baron Karl Mordo. Celui-ci, hospitalier, les piège en les droguant et remet Chavez à la Christine Palmer de ce monde, spécialisée dans les incursions multiverselles, puis livre Strange au conseil des Illuminati. Ceux-ci expliquent que leur Dr. Strange a vaincu Thanos grâce au Darkhold en sacrifiant un univers parallèle entier, ce qui a conduit à son exécution. Depuis Kamar-Taj, Maximoff localise Strange et Chavez et pour les atteindre, prend possession de son double, qui élève ses fils. Mais une jeune apprentie sorcière détruit le Darkhold en profitant que Wanda est concentrée sur sa tâche. Furieuse, elle oblige Wong à la mener au Mont Wundagore, où a été rédigé le grimoire maudit.


Pendant ce temps, alors que les Illuminati jugent Strange, le double possédé de Wanda attaque leur QG et les tue les uns après les autres. Christine mène Chavez et Strange jusqu'à un portail s'ouvrant sur l'espace inter-universel par lequel il accède tous trois au Livre des Vishanti. Le double de Wanda détruit l'ouvrage, capture Chavez et expulse Strange et Christine sur une autre Terre. Ils tombent sur un monde désolé dans lequel le Dr. Strange garde un exemplaire du Darkhold sous l'emprise duquel il se trouve.


De retour au Mont Wundagore, Maximoff commence le rituel magique pour absorber le pouvoir de Chavez. Les deux Dr. Strange s'affrontent pour le gain du Darkhold et Stephen réussit à s'en emparer en tuant son double maléfique. Il localise Chavez et, en possédant le cadavre du Defender Strange, part affronter Wanda. Chavez lui vient en aide en ouvrant le portail sur la Terre-838 pour montrer à la Sorcière Rouge qu'elle effraie ses fils. Elle renonce à eux et détruit le temple du Mont Wundagore, se laissant ensevelir sous les gravats. Chavez ramène Christine sur sa Terre et Strange dans notre monde avant que Wong ne la reconduise à Kamar-Taj pour qu'elle s'y forme.


Deux scènes supplémentaires surviennent après la fin : 

- dans la première, Strange est interpelé par Clea dans une rue de New York pour réparer une Incursion qu'il a causée en se servant du Darkhold. 

- Dans la seconde, un vendeur de pizzas sur la Terre-838, que Strange avait voulu corriger après avoir traité Chavez de voleuse, voit le sort dont il était victime prendre fin.

La Phase 4 du MCU désoriente beaucoup certains fans des productions Marvel Studis car, contrairement à ce qui se faisait précédemment, il n'y a pas vraiment de fil rouge entre les films, comme Thanos et les Pierres d'Infinité auparavant. On avait cru que Kang serait le grand méchant de cette nouvelle période, mais à part dans la série Loki, l'an dernier, le conquérant temporel n'a plus fait d'apparition.

Qu'il s'agisse donc de Black Widow, des Eternels, de Spider-Man ou de Doctor Strange, les films existent désormais sans quelque chose qui les relie. Etait-ce une intention programmée dès le lancement de cette nouvelle Phase ? Ou une conséquence de la pandémie mondiale qui a obligé Marvel/Disney comme toutes les majors à réviser leurs plans pour leurs franchises à succès ? Sans doute un peu des deux puisque Kevin Feige, le big boss du MCU, a souvent expliqué qu'il souhaitait tenter de nouvelles choses, ne plus dépendre des Avengers (allant même jusqu'à affirmer que Endgame était bien le dernier long métrage avec l'équipe, il est vrai amputé de membres emblématiques comme Iron Man et Captain America).

Ces expériences n'ont pas été très heureuses, il faut bien le constater. Black Widow n'a rien apporté. Les Eternels a été un ratage sidéral. Spider-Man : No Way Home, très bien par ailleurs, a surtout confirmé que le MCU dépendait de ses héros iconiques restants. Pendant ce temps, en revanche, sur Disney+, on a tenté davantage, avec certes plus ou moins de bonheur, mais de manière très intéressante quand ça fonctionnait - particulièrement avec Loki et WandaVision.

Ce qui frappe avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness en fait, c'est que pour la première fois on doit, pour comprendre le film, avoir vu les séries Marvel sur Disney+ et plus spécialement Loki et WandaVision. Loki car cela a introduit la notion du Multivers de Marvel. Et WandaVision pour saisir l'état dans lequel on retrouve Wanda Maximoff ici, avec une mention aux "événements de Westview", aux fils de la Sorcière Rouge, et à la motivation de sa quête qui s'oppose à celle de Stephen Strange dans l'intrigue.

Le scénario de Michael Waldron intrègre donc des éléments qui n'ont pas été développés dans des longs métrages de cinéma mais dans des productions pour le streaming. C'est en quelque sorte une boucle puisque le MCU dans les salles s'est cosntruit comme une série de films aboutissant aux réunions régulières et paroxystiques des Avengers (Avengers, Avengers : l'ère d'Ultron, Avengers : Infinity War, Avengers : Endgame). Et aujourd'hui que le MCU s'étend au streaming via des séries, ce sont les films qui viennent puiser leurs idées motrices chez elles.

Il est donc question sur le fond et sur la forme de passage entre deux médias, deux univers. C'est le concept même du Multivers, une idée scientifique sérieuse au départ et exploitée de manière fantaisiste pour le divertissement cinématographique et télévisuel. Waldron transpose cela de façon encore plus directe que c'était le cas dans Spider-Man : No Way Home où il s'agissait "seulement" d'attirer dans notre monde des Spider-Man d'autres Terres. Là, les héros explorent ce Multivers plus activement en visitant d'autres Terres, mais pas gratuitement, pour faire une sorte de tourisme, mais pour sauver cette construction dimensionnelle et contrecarrer le plan fou de la Sorcière Rouge.

Le seul bémol concernant le scénario concerne, pour moi, la présence des Illuminati. Je trouve cette idée sous-exploitée et ses membres trop vite (et trop facilement) sacrifiés (peut-être aussi parce que leurs interprètes n'ont pas vocation à revenir dans le MCU). Certes, ça fait plaisir de revoir par exemple Patrick Stewart en Pr. X, Hayley Atwell en Captain Carter, ou même Anson Mount en Black Bolt, mais c'est léger. La déception est accentuée par le fait que la rumeur Tom Cruise en Superior Iron Man n'ait été qu'une rumeur. Et je ne suis vraiment pas fan (ni convaincu) par John Krasinski en Mr. Fantastic.

D'aucuns jugeront qu'en fait de Multivers et de Terres parallèles, on n'en voit pas beaucoup. Sam Raimi aurait d'abord monté une version plus longue de son film (aux alentours de 2h 40, ai-je lu) avant de couper une demi-heure (non pas sur ordre de la production mais de son propre gré). Etonnant revirement, surtout dans le MCU où les longs métrages excèdent souvent les 120'. Mais ce choix artistique s'avère payant car le résultat est incroyablement rythmé, et surtout ne donne pas l'impression qu'il manque des scènes (peut-être montrant d'autres Terres, sans réelle justification autre que de les montrer justement). Et la rumeur court que le prochain volet de Thor, Love and Thunder, aboutit elle aussi à une durée plus ramassée encore !

Cela, je le répéte, ne me semble à aucun moment préjudiciable pour l'histoire. Sam Raimi met toute sa science de la mise en scène, avec des gimmicks esthétiques qu'il affectionne (zooms, décadrages vertigineux, narration parallèle), au service du script et des personnages, et donne au film une griffe plus stylisée que la moyenne de ce qu'on voit dans le MCU (où ce sont surtout des trublions comme Taïka Waititi et James Gunn qui se font remarquer). La caractérisation en ressort plus saillante et dramatique, avec un accent prononcé pour celle de Wanda qui, certes, devient la méchante de l'affaire, mais avec un final qui, sans l'absoudre, rend sa trajectoire vraiment poignante. Strange reste ce Doctor arrogant mais bien remué par ces péripéties au contact de America Chavez, qui est le pivot de l'intrigue.

L'interprétation rend justice à cette double écriture, narrative et visuelle. Sam Raimi dispose d'acteurs parmi les plus doués pour la composition du MCU. Benedict Cumberbatch subit beaucoup (trop selon certains commentateurs) mais compense par son charisme naturel et insuffle à son personnage de subtil dosage entre suffisance et débrouille, soulignant que Strange n'est pas un super-héros commun mais bien un docteur qui doit réparer (y compris ses propres erreurs). Elizabeth Olsen, déjà remarquable dans WandaVision, profite ici d'un retour en fanfare et délivre une prestation magistrale, inquiétante et fragile à la fois. La jeune Xochitl Gomez n'a pas l'envergure de la Miss America Chavez des comics (représentée dans la vingtaine, et non comme une ado, athlétique et avec un caractère bien trempé, non comme une héroïne ne maîtrisant pas ses pouvoirs et impressionnable), mais elle convainc de plus en plus à mesure que le film progresse, par sa fraîcheur (il est aussi indéniable que le choix d'une actrice aussi jeune fait partie d'un plan plus vaste de Kevin Feige, qui pense peut-être à un futur film Young Avengers avec Hailee Steinfeld/Hawkeye/Kate Bishop, Iman Vellani/Kamala Khan/Ms Marvel, Dominique Thorne/Riri Williams/Iron Heart...).

Et, cadeau bonus, dans la première scène post-générique, on découvre Charlize Theron dans le rôle de Clea (même si son nom n'est pas dit). Le recrutement d'une actrice de ce rang pour un personnage aussi lié dans les comics à Strange indique qu'on la reverra.

Doctor Strange in the Multiverse of Madness est un excellent cru. Après Spider-Man : No Way Home, cela prouve qu'il est plus attractif et convaincant de prolonger la filmographie du MCU avec ses têtes d'affiche (et à utiliser d'autres héros, moins vendeurs ou jamais adaptés dans des séries sur Disney+). Au-delà, c'est un divertissement souvent virtuose dans sa réalisation et fantastique dans son interprétation, le tout avec un scénario vif et mouvementé.

lundi 23 octobre 2017

DOCTOR STRANGE, de Scott Derrickson


Il paraîtrait que le Dr. Strange fait une apparition remarquée dans Thor : Ragnarok (en salles ce mercredi... Mais pas chez moi tout de suite). Et donc, comme Thor faisait déjà une apparition remarquée dans le film consacré au sorcier suprême de Marvel, j'en ai profité pour réviser ma leçon et revoir Doctor Strange, réalisé par Scott Derrickson sorti l'an dernier, afin de vérifier si la bonne impression qu'il m'avait laissé reste valable.

Kaecilius (Mads Mikkelsen)

Népal. Le sorcier Kaecilius et ses zélotes s'emparent dans la bibliothèque du temple de Kamar-Taj de pages d'un grimoire sur lesquelles est inscrite une ancienne incantation. L'Ancien tente de l'arrêter mais il arrive à fuir.

Christine Palmer et Stephen Strange (Rachel McAdams et Benedict Cumberbatch)

New York. Stephen Strange est un brillant neurochirurgien qui est victime d'un grave accident en voiture. Sa collègue et ex-amante Christine Palmer est à son chevet quand il revient à lui et découvre les dommages irréparables qu'ont subis ses mains. Un rééducateur, supportant mal l'attitude détestable de l'impatient docteur, lui apprend pourtant qu'un précédent patient, sévèrement blessé, a réussi à s'en remettre. C'est ainsi que Strange rencontre Jonathan Pangborn qui lui parle de Kamar-Taj.

L'Ancien et Stephen Strange (Tilda Swinton et Benedict Cumberbatch)

Au Népal, Strange est sauvé d'une agression en pleine rue par Karl Mordo qui l'a entendu demander où trouver Kamar-Taj. Il l'introduit auprès de l'Ancien qui accepte, à contrecoeur, de l'intégrer à ses élèves, doutant que cet homme sceptique et arrogant soit apte à devenir un bon sorcier.

Karl Mordo et le Dr. Strange (Chiwetel Ejiofor et Benedict Cumberbatch)

Néanmoins, même s'il commet quelques entorses au règlement, Strange progresse vite. Sa curiosité le conduit notamment à découvrir que l'Ancien doit certainement son exceptionnelle longévité à la Dimension Noire sur laquelle règne Dormammu, que sert Kaecilius. Pour protéger la Terre, trois sanctuaires sacrés, occupés par des sorciers, se trouvent à New York, Hong Kong et Londres.

New York sans dessus-dessous

La capitale britannique est justement attaquée par Kaecilius qui tue le sorcier Daniel Drumm sous les yeux de Strange et Mordo. Ils affrontent leur adversaire dont le pouvoir lui permet d'altérer la matière physique lorsque l'Ancien se mêle au combat. Elle est mortellement blessée durant cette bataille.

Le nouveau Sorcier Suprême

Strange et Mordo gagnent ensuite Hong Kong assailli par Kaecilius et ses zélotes et prêtent main forte à Wong. Dormammu est sur le point d'engloutir la Terre dans sa dimension noire mais Strange le défie en le piégeant dans une boucle temporelle grâce à la relique de l'Oeil d'Agamatto (le premier des Sorciers Suprêmes) jusqu'à ce qu'il abandonne son projet. Kaecilius en paie le prix en disparaissant dans la dimension noire, mais Mordo désapprouve la manière dont Strange a résolu le problème, en manipulant le temps, et part de son côté.
Strange décide de s'établir à New York avec Wong pour protéger le monde de futures menaces occultes.

Deux scènes supplémentaires figurent dans les crédits post-générique de fin :

- Strange reçoit Thor dans son sanctuaire et lui offre son aide pour retrouver Odin et capturer Loki en échange de quoi ils s'engagent à ne plus quitter Asgard.

- Mordo retrouve Jonathan Pangborn à qui il vole sa magie (le rendant donc à nouveau infirme) et explique qu'il va désormais s'employer à traquer les sorciers qui exercent leur art mystique de manière inconséquente.

Subtilement, le producteur Kevin Feige, grand ordonnateur des Marvel Studios qui adaptent les comics de l'éditeur au cinéma (et aussi à la télé avec les séries diffusées sur Netflix, comme Jessica Jones, DaredevilLuke Cage, Iron Fist), semble depuis Ant-Man (Peyton Reed, 2015) préparer une sorte de relève aux héros déjà établis sur grand écran. 

Tout cela anticipe donc certainement le remplacement à la fois de personnages emblématiques et (surtout) de leurs interprètes (dont le cachet en constante augmentation plombe les budgets de films déjà coûteux). A terme, il ne serait pas étonnant que des super-héros jusqu'à présent au second plan dans les team movies (Black Widow, Hawkeye, Vision, Falcon) ou récemment introduits dans leurs aventures en solo (Ant-Man, puis Black Panther, Captain Marvel) deviennent les nouvelles stars de Marvel sur grand écran.

Si cette hypothèse se vérifie, Dr. Strange s'ajoutera donc à cette nouvelle vague qui succédera à terme à Captain America, Iron Man, Thor, Hulk. Et le Sorcier suprême, l'Homme-fourmi, la Veuve noire, le Faucon, la Vision, Oeil-de-faucon, la Panthère noire et Scarlet Witch formeraient une version probable équivalent aux New Avengers des comics.

En attendant, donc, Doctor Strange, c'est à la fois un nouveau chapitre et une nouvelle origin story pour présenter un nouveau personnage. Après avoir présenté différents aspects de l'univers Marvel (les héros de la Terre - Captain America, Iron Man - , les héros divins - Thor - , les héros de l'espace - les Gardiens de la galaxie), cet opus invoque la magie. Et, une fois encore, le studio a mis les petits plats dans les grands tout en parvenant à rendre attractif ce nouveau venu.

Le choix de confier cette grosse production à Scott Derrickson (surtout connu pour ses oeuvres horrifiques comme Délivre‑nous du mal, Sinister) a surpris et éveillé la méfiance - simple faiseur acceptant de diriger une histoire sur laquelle Feige a le dernier mot (méthode qui n'a pas fait que des heureux - voire Kenneth Branagh, ou Edgar Wright qui a abandonné Ant-Man après des années de préparation) ou réalisateur malin capable de s'arranger avec ces contraintes ? Le résultat indique qu'il appartient à la seconde catégorie (comme les frères Russo, voire Jon Favreau et Joss Whedon) : il emballe l'affaire avec brio, aussi à l'aise dans le grand spectacle (dès le début, l'initiation de Strange par l'Ancien ou la représentation des pouvoirs de Kaecilius  produit des scènes esthétiquement fantastiques, très fidèles à l'inspiration psychédélique du dessinateur Steve Ditko, co-créateur avec Stan Lee, du héros) que dans le rythme soutenu de la narration (les 115' du film passent à toute vitesse, sans temps mort).

Le scénario a la bonne idée, après les grandes assemblées de héros costumés de Avengers II : L'ère d'Ultron et Captain America : Civil War, de se concentrer sur cinq personnages essentiels, dont le pivot est bien sûr Strange lui-même. Le destin du sorcier évoque évidemment celui de Tony Stark - un surdoué imbu de lui-même qui va se réinventer à la suite d'une épreuve et endosser des responsabilités supérieures en se reconvertissant - mais l'intrigue ne copie pas celle du premier Iron Man : Strange reste un type arrogant, et on ne peut que souscrire à l'avertissement final de Mordo quand il lui affirme que ses méthodes pour vaincre son premier ennemi lui vaudront tôt ou tard de "payer la facture".

L'autre originalité du récit tient à son méchant - ou plutôt à ses méchants : le plus évident est Kaecilius mais il est d'abord à la solde du bien plus imposant Dormammu (dont l'aspect, différent de celui des comics, est très impressionnant, au point que Thanos, la némésis primordial du MCU jusqu'ici, paraît soudain ne pas boxer dans la même catégorie). Et, en cours de route, l'Ancien (ici féminisé, mais sans que ce changement ne déçoive) incarne une figure bien plus ambiguë qu'un simple mentor pour bons sorciers (rendant par là même son héritage très trouble).Qu'importe dès lors que le plan de l'ennemi (engloutir la Terre dans la Dimension noire) ne soit pas des plus originaux : il suffit à procurer des frissons, du grand spectacle et un avenir délicat à gérer pour le héros (dont la tâche le situe au premier plan face aux menaces futures - la première scène durant le générique de fin est à cet égard prometteuse, en rapprochant Strange de Thor dans une négociation serrée).

Le casting tient toutes ses promesses, s'imposant même comme une nouvelle grande réussite du studio : plus personne ne pourra imaginer un autre acteur que le génial Benedict Cumberbatch en Dr. Strange (alors qu'il n'a été choisi qu'après des contacts avec des comédiens aussi divers que Jared Leto, Joaquin Phoenix, Ryan Gosling, Ewan McGregor - pour ma part, j'ai longtemps espéré que ce soit Adrien Brody). Il livre une prestation formidable, très nuancée, paraissant s'être régalé pour composer un héros plus têtu et orgueilleux que simplement brave et attachant.

Il est fort bien entouré par l'excellent Chiwetel Ejiofor (assuré de revenir vite - il est déjà question qu'il soit le prochain adversaire de Strange dans une suite), Tilda Swinton (à nouveau métamorphosée de façon saisissante). Mads Mikkelsen prête son physique imposant et malsain à Kaecilius, et Rachel McAdams réussit à exister au milieu de cette bande de magiciens hauts en couleurs.

Visuellement donc, le film est époustouflant, avec des effets spéciaux très graphiques, et une représentation de la sorcellerie très spectaculaires - les architectures bouleversées par les sortilèges rappellent bien sûr Inception mais à la puissance dix. Et le tout est accompagné par une musique fabuleuse composée par Michael Giacchino (peut-être bien la première fois qu'un film Marvel bénéficie d'une si belle partition). 

Difficile de faire la fine bouche donc : cette Phase IV confirme ses ambitions, et rend impatient de découvrir la suite du programme.