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jeudi 1 février 2024

AVENGERS INC. #5 (Al Ewing / Leonard Kirk)


Ultron est-il de retour et aura-t-il raison de son créateur, Hank Pym ? Ou ce dernier a-t-il réussi à élaborer un plan pour vaincre définitivement l'androïde ? Et quid de Janet Van Dyne et Victor Shade ?


Quand un éditeur décide d'annuler une série dont le scénariste avait prévu de faire un titre sur le long terme, il n''y a pas trente-six possibilités de composer avec cette échéance : soit l'auteur expédie les affaires en cours conscient que rien ne ne pourra sauver son projet, soit il s'appelle Al Ewing et réussit l'impossible (y compris teaser une suite !).


Dans le paysage actuel des comics, Al Ewing est quand même un sacré numéro. Ce n'est pas un scénariste qui enchaîne les succès, mais Marvel semble quand même conscient qu'il tient là un auteur de haute volée. Avec Avengers Inc., on a donc un cas d'école : la série, prévue pour être illimitée, a été un four, malgré de bonnes critiques, elle est arrêtée au bout de cinq numéros, et Ewing a vingt pages pour boucler ce qu'il avait en tête.
 

Un défi casse-gueule mais qu'il réussit pourtant à relever : la conclusion de Avengers Inc. laissera des regrets à ceux qui croyaient dans ce titre et on peut deviner ce que Al Ewing projetait - une histoire qui opérerait la synthèse de plusieurs de ses travaux récents, de The Immortal Thor en passant par les minis Ant-Man et The Wasp.  Mais décidément, après Avengers A.I. (de Sam Humphries et André Lima Araujo, il y a déjà dix ans), il semble que les androïdes n'intéressent pas les fans.


Ewing avait, comme Humphries en son temps, la volonté évidente de réhabiliter Hank Pym : ce membre fondateur des Avengers souffre encore d'une sale réputation depuis 1981 et Avengers #213 dans lequel il giflait sa femme, Janet Van Dyne/la Guêpe - une scène que reprendra Mark Millar dans Ultimates. Depuis cette image d'homme violent lui colle à la peau et tous les scénaristes qui ont tenté de redorer le blason du premier Ant-Man ont échoué à le faire. D'autres, moins cléments, n'ont par contre pas hésité à charger la barque en insistant sur les autres erreurs de Pym, responsable de la création de Ultron.

Ewing n'est pas revenu sur l'épisode abusif de Pym mais davantage sur sa paternité envers Ultron et Avengers Inc. a tissé une intrigue, ramassée à cause de l'annulation du titre, pour en quelque sorte régler cette partie du passif du personnage. Bien entendu, cela n'est certainement pas voué à durer : il s'en trouvera bien un, moins inspiré que Ewing, pour vite ramener le robot sur le devant de la scène contre les Avengers. N'empêche, Ewing fait un boulot remarquable pour le remiser pour un moment et offrir une sortie de scène digne et pleine de panache à Pym.

Le plus étonnant reste qu'à la fin, sans vous dévoiler comment, le scénariste en arrive à teaser une suite à ce Avengers Inc. - enfin... Pas vraiment une suite littérale, mais disons plutôt imaginer une suite aux aventures de Janet Van Dyne et sa propre équipe d'Avengers. On verra si Ewing parvient à convaincre Marvel de développer et publier son idée : je pense que ça reste quand même très hypothétique, à moins que faute de série propre, il arrive à intégrer ça à un titre dont il a actuellement la charge ou qu'il lancera dans les prochains mois (puisque je pense qu'il ne fera plus partie de l'équipe créative des X-Men sous la direction de Tom Brevoort).

Leonard Kirk joue de malchance : il a pourtant livré des planches très correctes, mais il semble grossir les rangs désormais de ces artistes à qui on ne confie plus que des projets limités dans le temps. C'est injuste parce que c'est un vrai pro, toujours ponctuel, avec une expérience indéniable : quand vous ouvrez un comic-book qu'il a dessiné, c'est plus complet que ce que font la majorité des "stormbreakers" promus par Marvel (un peu comme Jerry Ordway, que DC ne fait plus bosser qu'à temps partiel).

Avengers Inc. en dit aussi long à sa manière sur les fans : ceux-là même qui pestent sur les forums, les réseaux sociaux sur le conformisme de Marvel sont beaucoup moins nombreux et bruyants quand il s'agit de soutenir, de recommander une série originale. Et il faut alors être responsable et lucide : quand une série est annulée, c'est simplement parce qu'il n'y a pas assez de gens qui l'achètent et la lisent. Donc, la prochaine fois que Marvel (ou DC) propose quelque chose d'aussi atypique (comme certains le réclament), parlez-en, recommandez-en l'acquisition au lieu de râler sur des titres qui, eux, ne craignent rien, même quand ils sont écrits et dessinés avec les pieds.

jeudi 28 décembre 2023

AVENGERS INC. #4, de Al Ewing et Leonard Kirk


C'est quand même bizarre de se dire que c'est l'avant-dernier épisode de Avengers Inc., car, oui, Marvel va annuler la série le mois prochain. Les ventes ont dû être dramatiquement basses pour que l'éditeur sanctionne le titre aussi vite; Pourtant Al Ewing et Leonard Kirk osaient quelque chose d'atypique, et ça en dit finalement assez long sur le marché et les fans...


Suite à une série de meurtres contre des super-vilains, Ringleader fait appel aux services de la Guêpe et de Victor Shade pour qu'ils trouvent le coupable. Les soupçons se portent sur Moon Knight qui a poursuivi la dernière victime...


Une série qui est arrêtée après seulement quatre épisodes, ça porte un nom : c'est un bide. On peut ensuite tergiverser sur l'injustice que ça représente, surtout pour un titre qui osait une formule différente et qui était porté par deux auteurs de talent, mais les faits sont là : Avengers Inc. n'a pas fonctionné.


En conséquence, Marvel a pris les devants et annoncé l'arrêt de la série le mois prochain avec le cinquième épisode. Al Ewing, le scénariste, devra donc boucler son intrigue en vitesse, et on sent bien que, déjà, dans ce numéro, il a revu ses plans.
 

Faut-il alors ou non parler du fond de cet épisode ? Un peu quand même. Comme d'habitude, on est vite mis dans le bain avec une intrigue impliquant les meurtres de plusieurs super-vilains de seconde zone qui motivent un de ces super malfrats à faire appel à Janet Van Dyne et Victor Shade pour trouver le coupable de ces exécutions.

La situation est incongrue : un criminel demande à une héroïne d'enquêter sur la mort d'autres criminels. Son argument ? Quel que soit son bord, si on suit certaines règles, comme ne pas tuer ses adversaires, alors on doit suivre ses principes jusqu'au bout et rendre justice contre ceux qui ne la respectent pas.

Janet accepte donc l'affaire et commence par interroger le principal suspect, qui se trouve être un super-héros notoirement connu pour sa violence : Moon Knight. Il a été vu en train de poursuivre la dernière victime mais il jure n'avoir fait que cela, pour l'éloigner de son quartier. Qui plus est, la victime a été tuée par balle et Moon Knight n'utilise jamais d'arme à feu. Pour se disculper, il obtient de retourner sur le lieu du crime, même si celui-ci a été nettoyé depuis. Et là, Janet a une révélation : elle sait qui est l'assassin.

Reste à savoir son mobile... Et Al Ewing nous fait un spectaculaire exercice de synthèse où on comprend que Avengers Inc. était en fait le prolongement de ses deux mini-séries Ant-Man et The Wasp. Mais il va plus loin encore en revenant sur la dernière incarnation d'un fondateur des Avengers et sa situation actuelle dont personne ne savait rien.

En lisant ce que Ewing développe de manière forcément très concentrée, sans doute plus qu'il ne l'avait initialement prévu, on mesure à la fois l'ambition qu'il nourrissait pour Avengers Inc. et aussi la souplesse dont il sait faire preuve pour apporter une conclusion satisfaisante à ce titre qui va être annulé. On ne peut qu'être admiratif devant les efforts qu'il déploie car on imagine que d'autres auteurs auraient liquidé l'affaire sans se forcer, sachant le funeste destin qui attendait la série.

Leonard Kirk accomplit, lui, un travail toujours aussi professionnel. C'est un artiste qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite, malgré sa longue expérience. C'est un héritier des "ouvriers" des comics comme pouvaient l'être Sal Buscema, Jim Aparo : un dessinateur solide, régulier, capable d'éclats par intermittence, mais qui rendait toujours une copie impeccable. C'est une fois encore le cas ici : Kirk ne fait pas d'étincelles, ce n'est sans doute pas son meilleur travail, mais il tient son rang et la série pouvait voir loin avec lui. Il rebondira sûrement vite, en souhaitant que Marvel lui confie la prochaine fois un titre qui durera plus longtemps.

Mais au-delà de ces considérations narratives et esthétiques, le cas d'Avengers Inc. interroge aussi et surtout sur le marché des comics et les fans. On le sait, actuellement, ça ne va pas fort pour les super-héros. Quand on examine les dix titres qui ont le plus vendu en 2023, Batman écrase la concurrence (que ce soit avec son mensuel propre ou Detective Comics) puis Spider-Man (malgré des critiques désastreuses sur le run actuel). Et après ? Rien ou presque. Void Rivals de Kirkman et de Felici est le seul à résister, à la fois contre ces deux mastodontes et comme titre indé.

Il existe bien entendu des séries qui tirent leur épingle du jeu en proposant quelque chose d'inattendu, au sein même des Big Two, comme G.O.D.S. de Hickman et Schiti, qui a démarré très fort. Il y aura encore et toujours une forte attente en 2024 pour la relance de la gamme X-Men chez Marvel. Et sans doute que, quand DC se décidera à redémarrer Justice League, le public sera au rendez-vous. Mais ça reste des succès liés au nom d'un auteur vedette (Hickman) ou d'une marque historique (X-Men, Justice League).

Les fans, quant à eux, sont plus contradictoires et et versatiles que jamais. D'un côté, il suffit de traîner sur un forum ou sur les réseaux sociaux pour les entendre se lamenter de telle ou telle franchise qui n'est pas animée correctement à leur goût tout en souhaitant du neuf, de l'inattendu. Mais quand quelque chose de neuf et d'inattendu pointe le bout de son nez, il n'est pas soutenu. Quant aux franchises supposément mal conduites, elles sont quand même suivies quel que soit la direction que les éditeurs leur impriment (c'est un peu le syndrome Wolverine que beaucoup se plaignent de voir partout mais qui se vend toujours malgré cette omniprésence).

Avengers Inc. est la dernière victime en date de cette fanbase bruyante mais finalement très conformiste. Voilà une série qui aurait pu combler pas mal de lecteurs insatisfaits mais soit ils n'ont pas été assez nombreux à l'acheter, soit ils n'ont pas su la recommander (préférant encore une fois commenter ce qui leur déplaisait). Est-ce qu'aujourd'hui, dans cette morosité ambiante, un ovni comme le Hawkeye de Fraction & Aja trouverait sa place, durerait ce qu'il a duré ? Franchement, j'en doute. En tout cas dans le Marvel actuel.

Parce qu'en face, chez DC, avec des espaces comme le Black Label, le retour des Elseworlds, voire de Vertigo, l'éditeur encourage, soutient des oeuvres moins faciles. Parce que les scores de Batman le lui permettent. Avec Spider-Man dans une position équivalente, on comprend d'autant moins que Marvel ne créé par une collection, un label similaire.

Ce serait d'autant plus avisé qu'on a assisté ces derniers mois à un exode sans grand précédent d'auteurs et d'artistes, non plus d'un des Big Two à l'autre, mais vers des indés. Geoff Johns a attiré à lui beaucoup de ses amis pour son label Ghost Machine hébergé chez Image et ils seront tous exclusifs une fois leurs travaux pour leur employeur actuel terminés. Idem avec Rick Remender et son Giant Generator, qui a convaincu pas mal de ses potes de le suivre chez Image. Scott Snyder, Mark Millar, Brian Michael Bendis ont tous des deals avec Dark Horse (qui n'a donc plus à dépendre principalement sur Mike Mignola et Hellboy). Et il y a aussi DSTLRY, une nouvelle compagnie qui fait des auteurs/artistes venant chez eux des actionnaires.

Tous ces gens qui s'en vont ne reviendront sans doute pas (ou pas de sitôt) chez Marvel ou DC (surtout avec des contrats d'exclusivité à la clé dans leur nouveau refuge). Peut-être que tout ne réussira pas, qu'il s'agira de bulles comme Substack qui fit grand bruit et qui n'en fait plus du tout maintenant. Mais les mouvements observés sont quand même assez conséquents pour interroger.

Et de ce point de vue, même si Al Ewing n'a pas (pas encore ?) manifesté de désir de quitter Marvel pour lui aussi se consacrer uniquement à du creator-owned, Avengers Inc. pourrait bien être la dernière initiative chez Marvel de produire un contenu qui sort de l'ordinaire au profit de séries et de franchises plus rassurantes. Que chaque lecteur y pense la prochaine fois qu'il se désolera de l'arrêt d'une série moins conventionnelle... Dans cette histoire, les éditeurs comme les fans ont tous une part de responsabilité.

jeudi 23 novembre 2023

AVENGERS INC. #3, de Al Ewing et Leonard Kirk


Avengers Inc. confirme avec ce troisième numéro qu'il s'agit d'une série vraiment atypique. Al Ewing continue de développer le titre avec des histoires done-in-one mais qui possèdent un fil rouge bien intriguant. Leonard Kirk est moins en forme cette fois-ci, soutenu par un encreur médiocre.


Jane Foster/Valkyrie sollicite les services de Janet Van Dyne et Victor Shade pour une affaire qui sort franchement de l'ordinaire : une enquête sur la mort de Skurge l'Exécuteur. Sauf que ce dernier a été tué au Valhalla, où reposent les vikings ! Donc la victime était déjà décédée...


Interrogé sur le statut de sa série par rapport à celle écrite par Jed MacKay, Al Ewing a précisé que son projet n'était pas un spin-off mais plutôt un titre cousin et il promettait en prime des bouleversements importants pour la suite.


Le scénariste ne surprendra guère ses fans en disant cela car il écrit souvent ses séries avec un plan sur le long terme. Maintenant il reste à Avengers Inc. à bien se vendre pour que Al Ewing aille au bout de ses idées. Et c'est un sacré pari.


Car, à bien des égards, Avengers Inc. prend le lecteur à rebrousse-poil. Son concept même écarte une bonne partie du folklore associé aux Avengers en particulier et aux super héros en général : pas de héros costumés, pas de bastons spectaculaires, pas de personnages stars. Mais de bonnes histoires qui déroulent un fil rouge encore ténu.

Mais pour qui veut bien jouer la partie proposée par Ewing, c'est un régal. Le scénariste s'y amuse visiblement beaucoup et c'est contagieux. Cet épisode en apporte encore la preuve avec une histoire loufoque et efficace.

La Guêpe est sollicitée pour enquêter sur la mort d'un dieu asgardien, à ceci près qu'il était déjà mort avant qu'on ne fasse appel à ses services ! En effet, l'épisode a pour cadre le Valhalla, l'au-delà des vikings où Skurge l'Exécuteur a été assassiné. Pourquoi ? Par qui ?

Avec son duo de détectives, Avengers Inc. a un air de Chapeau melon et bottes de cuir qui est très plaisant. Surtout c'est la première fois depuis Uncanny Avengers période Remender et Tony Stark : Iron Man de Dan Slott que Janet Van Dyne y est si bien traitée : non pas en fonction de l'homme qu'elle courtise ou qui la séduit mais bien comme une héroïne à part entière, pourvue d'une personnalité complexe, dans un rôle original.

Elle est à la fois au coeur de l'affaire, en tant qu'investigatrice, mais aussi un personnage témoin, à travers qui tout un chacun peut relever des indices semés là par Al Ewing. Par exemple, ici, en plein coeur de l'action, on remarquera que Victor Shade reconnaît le Moissonneur alors qu'en principe il ne le connaît pas (ou alors seulement de réputation, mais cela n'explique pas qu'il sache sa véritable identité). Le même Vic Shade qui se trouble quand un asgardien semble lui rappeler des éléments d'un passé qui n'est pourtant pas le sien.

C'est tout le sel de cette série que de nous entraîner dans des affaires saugrenues tout en piquant notre curiosité avec le cas Victor Shade. J'en viens presque à regretter que Ewing ait si vite éventé qui est derrière la résurrection de la Toupie de cette manière. Mais ça ne m'empêche pas d'attendre avec intérêt comment le scénariste va développer ce subplot.

la résolution de l'enquête sur la mort de Skurge est particulièrement retorse et impacte la construction même de la série puisqu'on sait qu'il va y avoir des répercussions rapides. Ewing en tout cas se montre très inspiré dans sa façon d'échafauder ses detective stories et si, un jour, il en vient à écrire Batman, il sera parfait.

On ne peut pas en dire tout à fait autant de Leonard Kirk qui, sur cet épisode, se montre moins en forme. On remarque qu'il dessine et encre l'épisode comme auparavant mais a aussi reçu le renfort de Belardino Barbo comme encreur. Et cette contribution est peu concluante, pour dire le moins.

A plusieurs reprises, on sent des visages bâclés, aux expressions maladroites, quand il n'y a pas carrément des éléments faciaux complètement foirés. C'est  tellement inhabituel chez Kirk qu'on ne peut que penser qu'il s'agit d'erreurs de l'encreur venu l'aider.

Certes, Kirk est depuis longtemps maintenant en deçà de ce qu'il a pu produire quand il était au top (notamment à la fin des années 90-début 2000, lorsque justement il avait des encreurs vraiment compétents pour le soulager). Son dernier taf vraiment exemplaire reste sans doute Agents of Atlas. Mais il reste un pro solide, régulier, chez qui ces faux pas n'ont pas leur place. Espérons qu'il se ressaisisse vite.

Quoi qu'il en soit, même si on peut juger Avengers Inc. peu ambitieux, c'est tout de même bien supérieur à The Avengers de MacKay actuellement. Et cela suffit pour affirmer que Al Ewing est peut-être le meilleur scénariste de Marvel en activité.

vendredi 20 octobre 2023

AVENGERS INC. #2, de Al Ewing et Leonard Kirk


Ce deuxième numéro de Avengers Inc. confirme tout le bien que j'avais pensé du précédent. Al Ewing, comme on dit, tient quelque chose d'original, pour ne pas dire d'inédit, quelque chose que je n'ai jamais lu auparavant et qui est très frais. Leonard Kirk apporte son expérience au dessin, une touche un peu old school qui convient parfaitement au projet.


Le Manoir des Avengers est désormais ouvert au public pour des visites guidées. Quand un touriste est trouvé mort dans l'ascenseur, le guide justement cherche à filer même il est fauché par un spectre. Avec Victor Shade et Vision, Janet Van Dyne collecte les indices pour résoudre ce mystère...


Tout dans cet épisode fait plaisir, de la première à la dernière page. C'est déjà très bien, mais il y a plus que cela. Avengers Inc. a ce côté improbable qui est aussi neuf, original et qui change vraiment de tout ce qu'on a pu lire avec le titre Avengers. Pas de doute : Al Ewing a trouvé un angle nouveau.


Et pour le résumer, aussi inattendu que ce soit, c'est bien à Scooby-Doo que ça fait penser. La référence semble évidente avec cette histoire de fantôme qui hante le manoir des Avengers, Janet Van Dyne dans un rôle proche de celui de Velma Dinkley. Si Gueule d'Or des Inhumains avait été là, ça aurait parfait.


Mais avant d'aller plus loin l'épisode s'ouvre par une rencontre inévitable entre Victor Shade qui occupe désormais le corps de la défunte Toupie et Vision, dont Victor Shade fut un des alias. L'androïde n'est guère ravi qu'on lui ait volé son pseudonyme et entend bien régler ce problème.

Janet calme les deux hommes juste avant, donc, qu'on découvre dans l'ascenseur la victime du fantôme. Al Ewing déroule alors l'enquête sur un rythme très soutenu. Tout l'épisode (sauf l'épilogue) se déroule en temps réel et on comprend pourquoi : il faut résoudre ce mystère avant que d'autres victimes n'apparaissent. Et aussi parce que les trois limiers comprennent vite qu'il n'y a aucune manifestation surnaturelle derrière tout ça.

L'action est donc un huis clos dans un lieu qui, pourtant, a de quoi abriter quelques fantômes. La réalité démontrera que la réponse à cette énigme est plus terre-à-terre. Le scénario comporte tout ce qui compose le savoir-faire de Ewing : une connaissance pointue de l'histoire Marvel mais aussi une façon de l'exploiter qui ne laisse aucun lecteur sur le bord du chemin, donc même si vous n'êtes pas aussi calé que Ewing, vous comprendrez quand même tout.

Moi qui n'apprécie guère les renvois de bas de page à des éléments obscurs de la continuité, pour laquelle j'ai du respect mais dont je ne souhaite pas être l'otage car j'estime que chaque comic-book doit rester accessible, voilà une manière d'écrire que je trouve élégante et efficace.

Par ailleurs, Ewing trouve quand même le temps de caser de la caractérisation dans un récit déjà bien fourni : la présence de Vision permet à la fois de confronter Victor Shade à celui dont il a pris l'alias mais aussi d'évoquer subrepticement le seul homme au courant des secrets de l'androïde mais qui est pourtant mort. Cela résonnera chez ceux qui ont pu lire le premier épisode et ses dernières pages... (Mais chut ! Pas de spoilers !)

Il y a indéniablement une vibe old school dans Avengers Inc. : on est dans le registre de la detective story, du whodunnit, autant d'aspects qui renvoient à la littérature policière plus qu'à celle des super héros. Et pourtant, l'équilibre est parfait : les pouvoirs de la Guêpe et de Vision sont utilisés à bon escient, non pour solutionner facilement l'enquête mais pour souligner les astuces des méchants. Vraiment malin.

Leonard Kirk participe au dessin à ce côté old school : ce n'est pas un artiste qui est là pour en mettre plein la vue. Son expérience est suffisamment complète pour qu'il n'ait plus à faire ses preuves, il a tout fait, du bon, du très bon comme du très mauvais, chez DC comme chez Marvel.

L'avantage de ce type de dessinateur, c'est qu'il peut s'adapter à n'importe quel auteur et n'importe quelle histoire. Donc le mélange des genres ici ne l'effraie pas : il sait sans forcer son talent mettre en scène les situations, les enchaîner avec fluidité, maintenir notre attention grâce à un découpage sobre mais captivant. Il y a chez Kirk une forme de sagesse propre aux vieux briscards, comme autrefois chez un Sal Buscema : chacune de ses cases, de ses planches vous entraîne là où il faut, comme lui et Ewing l'ont décidé. C'est simple et efficace, irrésistible.

Après vous avez le droit de penser que ce n'est pas le dessin le plus chiadé du monde, mais vous ne pouvez en tout cas pas dire que c'est ennuyeux à lire, que tout n'est pas fait pour vous faire passer un bon moment.

Visiblement, la série va enchaîner les affaires en un chapitre, dans des cadres déroutants, tout en semant des cailloux pour rappeler pourquoi la Toupie est devenue Victor Shade. Prochaine étape, dans un mois donc, en compagnie des Valkyries asgardiennes !

jeudi 14 septembre 2023

AVENGERS INC. #1, de Al Ewing et Leonard Kirk

 

Ce nouveau projet de Al Ewing m'a suffisamment intrigué pour que je me procure son premier numéro. Avengers Inc. n'a pas grand-chose à voir avec un titre Avengers classique puisqu'il s'agit d'une detective story avec seulement la Guêpe en vedette. Ewing bénéficie du talent de Leonard Kirk au dessin pour nous entraîner dans une intrigue accrocheuse et atypique.



Cyclone, un des ennemis de la Guêpe, meurt, tué dans la prison spéciale du Raft. Janet Van Dyne rencontre Luke Cage, maire de New York, qui accepte de la laisser enquêter à condition qu'elle fasse ça sans costume. Mais quand elle retourne à la morgue, l'affaire connaît un rebondissement inattendu...


Au début de cette année, Al Ewing proposait avec l'artiste Kasia Nie une mini-série Wasp centrée à la fois sur Janet Van Dyne et Nadia et sa belle-fille Nadia. Cette mini complétait celle consacrée à Ant-Man parue en 2022 (dessinée par Tom Reilly). La volonté du scénariste était claire : remettre sur le devant de la scène deux des fondateurs des Avengers, éclipsés par Thor, Hulk et Iron Man.


A la fin de la mini Wasp, on nous promettait le retour de Janet Van Dyne. C'est chose faite avec Avengers Inc., cette nouvelle série (visiblement illimitée cette fois) où Al Ewing déjoue les attentes en ne proposant pas un team book spectaculaire (le titre The Avengers de Jed McKay et C.F. Villa est là pour ça) mais une detective story.


C'est un postulant très curieux et très accrocheur. D'autant que tout démarre là où la mini Wasp finissait quand Janet recevait un appel de la prison pour super vilains, le Raft, lui apprenant que la Toupie venait d'être tué dans sa cellule.

David Cannon était un ennemi de la Guêpe qu'il tenta de voler avant d'être vaincu par Giant-Man. Plus tard, obsédé par elle, il payait des prostituées pour qu'elles se griment afin de lui ressembler puis les agressait. Quand la Guêpe mourut, il le reprocha à Hank Pym et menaça de détruire l'Académie des Vengeurs qu'il dirigeait.

Comme on peut le voir, Ewing n'a rien laissé au hasard en éliminant la Toupie. Mais il ne s'en tient pas à un simple whodunnit : il va plus loin et comme il aime à le faire (comme il est un des rares à savoir le faire), i raccroche les wagons de la continuité et emploie des personnages quelque peu délaissé pour enrichir son scénario.

C'est ainsi que Luke Cage est à nouveau mis en scène dans son rôle de maire de New York, rôle dans lequel il a succédé à Wilson Fisk/le Caïd. Cage a pourtant encore à traiter la gestion de Fisk, notamment en ce qui concerne sa loi sur les super héros qu'il avait interdit (même si on se souvient que dans le run de Charles Soule sur Daredevil, Matt Mudock réussissait à imposer une jurisprudence sur la préservation de l'identité secrète des justiciers masqués). 

Dans les faits, ici, cela se traduit par le souhait que la Guêpe enquête certes mais sans être costumée - ce qui n'est pas un problème pour elle car tout le monde sait que Janet Van Dyne est la Guêpe et qu'ensuite elle a des vêtements civils en molécules instables qui peuvent supporter le fait qu'elle devienne minuscule. C'est à ces détails qu'on voit qu'une histoire est bien conçue, bien pensée.

Lors de se seconde visite à la morgue du Raft, Janet va découvrir un indice qui l'intrigue et l'affaire va prendre un tour vraiment inattendu et imprévisible car David Cannon revient à lui et prétend s'appeler Vctor Shade... Qui fut l'alias de Vision ! Mais qui a fait ça à Cannon ? Et pourquoi ? Il faut attendre la dernière page pour connaître l'identité du responsable. Mais on ignore encore son mobile. C'est le but d'une bonne detective story que de laisser le lecteur avec plus de questions que de réponses : on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Al Ewing est soutenu dans ce projet par Leonard Kirk. Kirk est un vétéran des comics, il a travaillé pour DC et Marvel, sur une quantité ahurissante de titres. Et il dessine vite. Pas toujours impeccablement car il va parfois trop vite. C'est quand il est aidé par un (bon) encreur qu'il donne le meilleur de lui-même, ou quand il a un vrai bon script dans les mains. Ici, il dessine et encre mais il a un sacré bon script et donc il ne bâcle pas.

Kirk m'a toujours fait penser à ces artistes considérés sur le tard en prenant en compte leur production et leur curiosité. Un peu comme Jim Aparo ou Sal Buscema. Pas forcément ceux qui font le plus beau dessin, sont placés sur les meilleures séries, mais capables de tenir sur de longs runs si on les laisse bosser tranquille. Il a une technique solide, il peut tout dessiner, il tient les délais. Donc on peut espérer que si Avengers Inc. vend bien, il sera là pour un moment. Pour Ewing, c'est un avantage car, à part sur Immortal Hulk (avec Joe Bennett), on ne peut pas dire que Marvel lui laisse ses artistes très longtemps.

Kirk découpe chaque scène de manière classique, il n'est pas du genre à déborder du cadre : ce qui lui importe, c'est de rester lisible. Néanmoins, il compose ses plans en variant les angles et les valeurs, de façon toujours appropriée, et ça rend la lecture très agréable. Parfois ce style de dessin est rassurant : ce n'est pas le clinquant, le plus spectaculaire, mais c'est régulier, on sait qu'il n'y aura pas de perte de qualité, comme chez certains artistes qui démarrent un arc en force et s'essouffle petit à petit (et donc, pour tenir les délais, finissent par zapper les décors par exemple).

J'ai donc beaucoup aimé ce début de série. Bien plus par exemple que Batman and Robin de Joshua Williamson et Simone de Meo dont je voulais parler initialement et qui m'a découragé parce que, justement, c'est tout l'opposé de Avengers Inc. : un comic-book au dessin trop informatisé avec un scénario sans relief, avec des persos vus et revus. Ici, il y a de la substance et de l'efficacité, avec une espèce d'humilité ambitieuse (quelque chose qui a du fond mais qui ne se la pète pas). Et ça fait du bien.