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lundi 6 novembre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 8 : LES UTOPISTES, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Mike Del Mundo et Andrea Sorrentino


Alors, comment dire ? Il était temps que ça s'arrête parce que ce huitième et dernier tome de All-New X-Men est vraiment mauvais, c'est le tome en trop, les épisodes de trop. Brian Michael Bendis n'est vraiment pas inspiré et ni les dessins de Mahmud Asrar (sur les épisodes 40-41), ni ceux de Mike del Mundo (sur l'épisode 37), ni ceux d'Andrea Sorrentino (sur les Annuals de All-New X-Men et Uncanny X-Men) ne sauvent les meubles. Dernier tour de piste avant la vraie conclusion dans Uncanny X-Men tome 6.


Emma Frost n'en a pas fini avec l'entraînement de Jean Grey. Elle l'emmène à Madripoor et bloque ses pouvoirs télépathiques en la lâchant dans un quartier mal fâmé. Jean ne tarde pas à y croiser le Blob occupé à écouler les derniers stocks de l'hormone de croissance prélevée à Dazzler quand elle était la captive de Mystique. Le combat s'engage et oblige la jeune mutante à utiliser intelligemment sa télékinésie.


Magik devient la nouvelle professeur des jeunes X-Men maintenant que Kitty pryde a rejoint Star-Lord et les Gardiens de la Galaxie dans l'espace. Jean Grey révèle à Bobby Drake qu'il est gay, ce qu'il ne comprend pas puisque sa version adulte ne l'est pas. Angel avoue ses sentiments à X-23. Cependant, sur l'île abandonnée d'Utopia au large de San Francisco, des agents du SHIELD sont attaqués...


Pour résoudre cette affaire, Maria Hill demande l'aide des X-Men. Jean Grey et ses camarades se déplacent sur l'île avec Magik et y découvrent les Utopistes, un groupe composé de Boom-Boom, Elixir, Madison Jeffries, Karma, Masque et Random, désirant qu'on les laisse tranquilles. Après d'âpres négociations, ils acceptent d'intégrer l'école Jean Grey et Maria Hill renonce à les arrêter.


- ANNUAL ALL-NEW X-MEN / UNCANNY X-MEN : LA VIE SECRETE DE EVA BELL. Après avoir été lâchée avec les recrues des Uncanny X-Men dans le Montana pour un stage de survie, Eva Bell, choquée, fait un bond dans le temps. Elle découvre la Terre attaquée par des martiens dans le futur et que Killraven affronte. Puis elle remonte le temps jusqu'en 1875 où elle croise Rawhide Kid. Elle avance ensuite jusqu'en 2099 et va frapper à la porte du Sanctum Sanctorum où elle découvre que Magik,est devenu la sorcière suprême. Elle passe plusieurs années à se former auprès d'elle, se marie, a un enfant. Mais quand un démon tue Magik, Eva lui promet que le Fauve sera jugé pour ses actes...


Tempus remonte le temps à nouveau, jusqu'à la préhistoire où elle échappe de peu à la mort quand un dinosaure l'attaque. Morgana le Fay la capture pour se servir de ses pouvoirs et échapper à sa geôle. mais Eva réussit à se débarrasser de la sorcière pour atteindre à nouveau le futur. Elle retourne au Sanctum Sanctorum mais cette fois c'est Tony Stark qui est le sorcier suprême et lui apprend qu'elle est dans une ligne temporelle différente. Elle réussit à revenir dans le Montana où ses camarades en la voyant resurgir, les vêtements en lambeaux lui demande si tout va bien.

Quel gloubi-boulga que cet album ! Qu'a voulu faire Brian Michael Bendis avec ces épisodes totalement superflus et mal foutus ? C'est un mystère. Même le plus indulgent de ses fans serait bien en peine de trouver la moindre des qualités à ces ultimes chapitres d'All-New X-Men.

Ce huitième tome s'ouvre avec le n°37 où Emma entraîne à nouveau Jean Grey en l'emmenant à Madripoor mais en bloquant ses pouvoirs télépathiques. Pourquoi pas ? Mais surtout pourquoi cette énième séance de training dont le seul intérêt réside dans le fait qu'Emma a recouvert ses propres capacités télépathiques - et encore on en sait trop comment. Sans doute que les stigmates du Phénix ont fini par s'effacer, mais Bendis ne juge pas utile de préciser.

Les dessins sont signés par Mike del Mundo, un graphiste au style très audacieux, qui aurait eu davantage sa place sur Uncanny X-Men (comme Frazer Irving ou Marco Rudy) à la place du médiocre Kris Anka.

Où sont passés ensuite les épisodes 38 et 39, me demanderez-vous ? Hé bien, ils ont été intégrés au crossover Black Vortex, une nouvelle aventure dans l'espace avec les X-Men et les Gardiens de la Galaxie plus Nova (version Sam Alexander, la création de Jeph Loeb et Ed McGuinness). Je vous dispense de lire ce machin ennuyeux à mourir et totalement grotesque même s'il permet de comprendre la transformation physique d'Angel par la suite (avec des ailes de feu et une armature métallique). A l'époque, j'avais lu ça en baillant beaucoup dans la revue "Les Gardiens de la Galaxie" chez Panini Comics et franchement, je n'ai pas eu le courage d'y revenir pour vous en faire une critique entière.

On passe donc de l'épisode 37 au 40 et 41 pour un arc éclair en deux parties dont l'intérêt est encore un sujet de recherches pour les fans les plus hardcore. Bendis imagine qu'une bande de mutants est revenue sur l'île d'Utopia (désertée depuis Avengers vs. X-Men) et le SHIELD qui avait envoyé des hommes fouiller l'endroit n'a plus de nouvelles. Maria Hill, contre toute attente, demande aux jeunes mutants de mener l'enquête.

Absolument rien ne va dans cette histoire : que ce soit l'identité des Utopistes (sans aucune utopie sinon qu'on leur fiche la paix sur ce morceau de caillou, ayant été l'astéroïde M, au large de San Francisco, et qui y subsistent on ne sait comment), la raison de leur résidence (pourquoi ne se sont-ils pas joints à l'école Jean Grey ?), le fait que Hill demande aux jeunes X-Men d'aller y faire un tour (alors qu'ils n'ont aucune expérience en lien avec une mission pareille), la bagarre qui s'ensuit, l'inévitable négociation menée par... Par qui ?... Je vous le donne en mille : par Jean Grey. Et le dénouement qui vous fait les yeux au ciel tant il montre Bendis en roue libre.

Au passage, Bendis commet un des pires scènes de son oeuvre quand Jean (toujours elle) révèle à Bobby Drake son homosexualité. Il n'en revient pas puis finit par l'admettre tout en ne comprenant pas que sa version adulte ne le soit pas. Et ça, c'est vraiment de la merde ! Mais alors une grosse bouse, qui va complètement venir transformer un personnage qui ne demandait rien, d'une manière totalement gratuite et contradictoire (puisque Bobby Drake a eu des copines, même Mystique lui a roulé une pelle, et dans Wolverine and the X-Men, il avait même entamé une relation avec Kitty Pryde). Entre ça et l'homosexualité de Rachel Summers assénée par Tini Howard dans Excalbur/Knights of X, on voit à quel point le wokisme est un délire terrible, qui, sous prétexte de diversité, de représentativité, fait écrire n'importe quoi !

C'est du grand n'importe quoi, mais c'est dessiné par Mahmud Asrar, très sérieusement. Est-ce suffisant pour sauver les meubles ? Bien sûr que non, mais bon, au moins c'est joli.

Le niveau remonte un peu avec les deux Annuals qui concluent l'album. Panini avait choisi de les publier dans ce tome, sans doute pour qu'il ne soit pas trop maigre (pour une fois). L'histoire fait suite à l'épisode 17 de Uncanny X-Men quand Magik avait laissé les recrues de l'équipe se débrouiller seules dans un environnement hostile, en fait situé dans le Montana. Pour rappel, suite à cet épisode, Hijack se faisait renvoyer par Cyclope car il avait utilisé un téléphone portable pour se repérer et avait ainsi permis au SHIELD de le localiser.

Eva Bell, elle, disparaissait et resurgissait mystérieusement dans cet épisode, jurant aller bien (alors que ses vêtements étaient en lambeaux et que les Stepford Cuckoos avaient lu ses pensées et y avaient découvert ce qu'elle venait de traverser). Par la suite, Bendis, à plusieurs reprises, jouait sur ce mystère car les cadres des Uncanny X-Men, en particulier Cyclope, se doutait de quelque chose. Mais Eva refusait de raconter quoi que ce soit.

Ces deux Annuals lèvent le voile sur l'aventure de Tempus et... Ben, en fait, c'est très décevant. Elle remonte le temps, va dans le passé, le futur, rencontre divers personnages avec lesquels elle interagit fugacement (Rawhide Kid, Killraven, Morgana le Fay) et s'en remet à deux sorciers suprêmes différents (Magik et Tony Stark) pour comprendre que non seulement elle peut voyager dans le temps mais également dans le Multivers. Ah, et aussi on lui répéte que le Fauve (moderne) doit être jugé pour ses actes.

Visiblement, la jeune fille n'a guère retenu la leçon puisque, dans le tome 5 de Uncanny X-Men, elle se fichera pas de créer un bazar avec le temps en allant chercher le jeune Charles Xavier pour effacer l'existence de Matthew Malloy. Et ça ne l'empêchera pas non plus de faire la leçon à Cyclope au prétexte que sa révolution divise la mutanité.

Là encore, on s'interroge sur le propos tenu par Bendis, la démonstration qu'il entend faire dans cette aventure. Eva Bell est une mutante puissante et influente, mais complètement irresponsable et qui mériterait autant d'être jugée que Hank McCoy. Ses rencontres avec des personnages divers apparaissent comme des gadgets (un moyen pour Bendis, souvent accusé de se moquer de la continuité de prouver qu'il connait quand même ses classiques ?). Quand le Multivers, cette invention diabolique, s'en mêle, ça vire au grand fourre-tout au lieu de creuser des pistes intéressantes au milieu de ce zapping infernal (comme Magik qui devient la sorcière suprême).

Les dessins sont l'oeuvre d'Andrea Sorrentino (avec lequel Bendis collaborera ensuite sur une série Old Man Logan, post-Secret Wars). Ceux qui aiment avoir les yeux qui piquent avec les couleurs saturées de Marcelo Maiolo et des découpages alambiqués jusqu'à la caricature (n'est pas J.H. Williams III qui veut) seront comblés par ces planches souvent grotesques au lieu d'être sophistiquées. Les autres tourneront vite les pages en priant pour que ce calvaire cesse.

Le pire dans tout ça, c'est qu'une fois ce tome achevé, on se rendra compte en enchaînant avec le dernier de Uncanny X-Men que c'était une lecture inutile, superflu. Et un des pires machins qu'ait pondu Bendis.

ALL-NEW X-MEN, TOME 7 : L'AVENTURE ULTIME, de Brian Michael Bendis et Mahmud Asrar


Je vais enchaîner les critiques des tomes 7 et 8 de All-New X-Man car la fun du run de Brian Michael Bendis se trouve dans les pages de Uncanny X-Men. Commençons donc par le septième album de All-New X-Men au titre accrocheur mais un peu exagéré : L'Aventure Ultime, autrement dit en anglais The Ultimate Adventure. Vous avez deviné que Bendis, en compagnie de Mahmud Asrar, a décidé d'organiser une rencontre en ses héros et ceux de l'univers Ultimate qui vivait ses dernières heures alors.


Les jeunes X-Men (Marvel Girl, le Fauve, Iceberg, Angel et X-23) partent pour Austin où a été détecté un mutant. Il s'agit de Carmen Cruise, une lycéenne qui est capable d'ouvrir des portails inter-dimensionnels mais qui ne maîtrise pas son pouvoir. Affolée, elle expédie les jeunes X-Men ailleurs, dans l'univers Ultimate, sur la Terre 1610...


Séparée de ses amis, Jean Grey est découverte par Spider-Man (Miles Morales) qui accepte de lui ouvrir son esprit. Elle comprend alors qu'elle a changé de Terre et lui qu'elle connaît Peter Parker (qu'il a déjà croisé à deux reprises). Iceberg, lui, fait face à l'Homme-Taupe et ses moloïdes, Angel atterrit en Terre Sauvage où il fait la connaissance de Jimmy Hudson/Wolverine, X-23 surgit dans un stade de foot où elle est prise à parti par la foule. Quant au Fauve, il est capturé par le Dr. Fatalis en Latvérie.


Iceberg réussit à échapper à l'Homme-Taupe mais se fait ensuite arrêter par la police. X-23 trouve refuge dans une base désaffectée de l'Arme X où se trouvent également Jimmy Hudson et Angel. Drogué, le Fauve raconte tout ce qu'il sait à Fatalis. Et Jean Grey est conduite par Miles Morales à Westchester à l'école Charles Xavier où ils sont accueillis froidement par les Ultimate X-Men.


Une fois qu'ils leur ont expliqué la situation, Jean a accès à Cerebro pour localiser ses amis. Iceberg réussit à échapper aux policiers qui l'ont appréhendé. A la base de l'Arme X, Jimmy Hudson raconte à X-23 et Angel l'histoire tragique des mutants sur cette Terre.


Les Ultimate X-Men, Miles Morales et Jean Grey rejoignent Jimmy Hudson, X-23 et Angel après avoir récupéré Iceberg. Puis ils s'envolent à bord du Blackbird pour la Latvérie où le Fauve, sous l'emprise de Fatalis, commence à construire un portail interdimensionnel. Mais la machine est détruite par l'arrivée des mutants.


Fatalis vaincu, les mutants retrouvent la Carmen Cruise de cet univers et lui apprennent à se servir de son pouvoir pour rentrer sur la Terre 616. Une fois revenus à l'école Jean Grey, Carmen y est admise tandis que Jean réfléchit au moyen de rendre leur monde meilleur que la Terre 1610 dans le futur.

Quand débute la parution de ce pénultième arc de All-New X-Men, Marvel a sans doute déjà décidé du sort de l'univers Ultimate et donc Brian Michael Bendis sait qu'il est condamné. Il obtiendra que Miles Morales en soit un des rescapés au terme de l'event Secret Wars écrit par Jonathan Hickman en 2015, mais avant cela, il profite du temps qu'il reste pour organiser la rencontre entre ses héros.

Bendis a toujours eu plusieurs plats sur le feu, c'est un scénariste alors très productif, qui a largement contribué à alimenter les franchises que Marvel lui a confié depuis le début des années 2000, aussi bien dans l'univers classique que dans l'univers Ultimate qu'il a d'ailleurs bâti avec Mark Millar.

Cette productivité en fera un auteur clivant car ses détracteurs lui reprocheront d'être partout, sur trop de titres. C'est évidemment moins simple mais pas totalement faux : Bendis a quasiment monopolisé les Avengers en multipliant les titres et son éditeur a développé la marque en s'appuyant sur le succès des personnages sur grand écran. Rarement Bendis s'est contenté d'écrire une seule série à la fois et Marvel l'a compris en s'appuyant sur son imagination fertile, son fort rendement et l'accueil favorable des lecteurs.

Car, c'est bien là la singularité de Bendis : sans faire l'unanimité, il a quand même été un scénariste au succès insolent sur de nombreuses années et sur plusieurs titres très différents. Si on veut être franc, c'est plutôt les fans les plus bruyants sur els réseaux sociaux, les forums, qui n'aimaient pas Bendis, car dans les faits et les chiffres, sa fan base répondait souvent présent, garantissant à Marvel de bons tirages de ses séries.

Donc, la rencontre entre All-New X-Men et l'univers Ultimate était couru d'avance. Elle accouche d'une histoire sympathique mais paresseuse. Comme si Bendis n'avait pas trouvé l'idée forte qui aurait justifié ce crossover. Comme à son habitude, il place Jean Grey au centre de tout, alors qu'en vérité le Fauve tient un rôle déterminant aussi. Il convoque Miles Morales, qu'il a co-créé avec Sara Pichelli, mais aussi les Ultimate X-Men (qui restaient), mais pas les Ultimates (ils n'auraient servi à rien et pour une fois, le scénariste a su résister à la tentation de surpeupler une intrigue).

Après, il faut bien reconnaitre que le prétexte à la visite des All-New X-Men sur la Terre 1610 est vraiment très faible et grossier. Cette mutante qui créé des portails entre les dimensions est vraiment un gadget bien pratique et elle ne sert qu'à ça. A la fin de cette aventure ultime, elle sera admise à l'école Jean Grey mais en vérité elle finira aux oubliettes puisqu'on ne l'a plus jamais revue. Les rebondissements sont eux aussi accessoires comme le fait de séparer les All-New X-Men (qui n'est qu'une manière très voyante de justifier que cet arc compte autant d'episodes) ou de faire tomber ce pauvre Fauve directement dans les pattes de Fatalis (vraiment pas de pot).

La série doit aussi composer avec le départ de Stuart Immonen et on imagine alors l'editor de la série s'arracher les cheveux pour trouver un remplaçant aussi solide, capable de tenir les délais et de produire des planches d'un niveau similaire. Jusqu'à se rappeler que quelque temps auparavant Mahmud Asrar avait dépanné avec conviction.

Asrar, paradoxalement, n'a pas encore atteint sa maturité stylistique mais ses planches ont une fraîcheur, une spontanéité, une énergie qu'elles me semblent avoir perdu depuis. Son trait est plus brut, plus anguleux, mais son découpage a un dynamisme assez irrésistible. On sent qu'il a la niaque, envie d'épater Marvel, de prouver qu'il peut assurer sur une grosse série écrite par une star maison. Et ça fonctionne. 

C'est certes un cran en dessous de Immonen (mais qui ne le serait pas ?), toutefois c'est une solution de remplacement très valable, sans doute la meilleure compte tenu des circonstances (et compte tenu des exigences du poste : déjà à cette époque, il n'y avait pas des tas de dessinateurs capables d'animer un team book en n'étant pas à la bourre et en étant de bonne qualité).

Sympa, mais un peu trop facile. Ce que confirmera le tome suivant, le dernier du run de Bendis sur le titre, à bout de souffle.

samedi 4 novembre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 6 : UN DE MOINS, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Sara Pichelli et David Marquez


Ce sixième tome de All-New X-Men est l'antépénultième de la série écrite par Brian Michael Bendis. C'est également dans cet album que l'on peut admirer une dernière fois le travail époustouflant de Stuart Immonen qui quitte le titre au #29. Avant cela, pour l'épisode 25, David Marquez ouvre les festivités avec à sa suite un cortège d'invités prestigieux. Et Sara Pichelli clôt le bal au n°30.


Le Fauve a du mal à dormir cette nuit-là. Un intrus dans sa chambre le tourmente au sujet de ses récentes actions et en particulier le fait qu'il a déplacé dans le temps les cinq premiers X-Men, déclenchant par là un bouleversement profond dans le continuum espace-temps. Qui pourrait aussi condamner les mutants à un avenir terrible ou radieux...


Loin de là, dans le QG des Uncanny X-Men, Jean Grey a également une nuit agitée et se réveille en sursaut. Cyclope qui passait par là entre dans sa chambre et elle se confie sur l'évolution de ses pouvoirs, son récent voyage dans l'espace, le départ de Scott avec les Starjammers. Au matin, Angel voit partir X-23 et tente de la retenir mais elle persiste. S'enfonçant dans la forêt, elle est attaquée et blessée. Quand elle revient à la base, elle s'effondre et prévient les autres qu'un métamorphe se cache parmi eux : la Confrérie des Mauvais Mutants du futur est de retour.
 

Dans le futur, Mystique accouche du fils qu'elle a eu avec Charles Xavier et l'abandonne. Adolescent, il tue accidentellement sa mère en découvrant ses pouvoirs psychiques. Puis il retrouve son demi-frère, Raze, fruit de l'union de Wolverine et Mystique. Ce même Raze, de nos jours, a pris l'apparence de X-23 et blesse Triage. La Confrérie des Mauvais Mutants pénètre dans le QG des Uncanny X-Men et le fils de Xavier neutralise tout le monde par une attaque télépathique.


Seuls Cyclope, Emma Frost et Jean Grey résistent à cet assaut mais Jean est agressée sur le plan astral par le fils de Xavier. Dans le futur, il guérit le Fauve de sa folie et conçoit avec lui une machine à remonter le temps grâce à laquelle avec Deadpool, Iceberg, Molly Hayes, Xorn, et Raze, il compte éliminer les premiers X-Men. X-23, rétablie grâce à son facteur régénérateur, revient au QG, prête à en découdre.


X-23 permet aux X-Men de reprendre le dessus sur la Confrérie tandis que Xavier affronte Jean sur le plan astral. Blessé par X-23, il fuit mais ne va pas bien loin. Le SHIELD embarque la Confrérie qui, dans le futur, reçoit une lettre leur indiquant comment se débarrasser des X-Men. Angel emmène X-23 se détendre en ville.


Tandis que Angel et X-23 passent la nuit ensemble en ville, Emma Frost décide d'entraîner Jean Grey à contrôler ses pouvoirs. La jeune fille se prête à l'exercice à contrecoeur et les autres recrues des Uncanny X-Men observent la scène avec appréhension. Mais sont aussi étonnés que soulagés quand Emma et Jean finissent par s'enlacer en rigolant. Sur ces entrefaîtes, le Blackbird des X-Men de l'école Jean Grey atterrit pour que Cyclope les suive afin d'assister à la lecture du testament de Charles Xavier.

Comme vous pouvez le constater, ce tome se termine pratiquement sur la même scène que le tome 4 d'Uncanny X-Men avec Cyclope qui est convoqué à la lecture des dernières volontés de Charles Xavier. On peut au moins apprécier la manière dont Brian Michael Bendis synchronise ses deux séries.

Mais avant cela, cet album s'ouvre sur le 25ème épisode de la série. On peut sourire au fait que désormais les éditeurs fêtent comme un événement qu'une série arrive à 25 numéros, mais on notera surtout que cela relève d'une manie à relancer fréquemment des titres plutôt de laisser leur numérotation intacte. Qui plus est, ce n'est pas 25 épisodes étalées sur autant de mois puisque All-New X-Men sortait pratiquement deux fois par mois, donc il s'est passé finalement peu de temps depuis son lancement.

Bref, Marvel a permis à Brian Michael Bendis d'organiser une sorte de fiesta. Mais celle-ci a un drôle de goût puisqu'elle repose sur une nuit agitée pour le Fauve moderne à l'école Jean Grey. Il reçoit la visite, comme on le découvre à la fin de ce chapitre plus long qu'à l'ordinaire, de Uatu le Gardien, venu le tourmenter. Comme d'habitude, cet observateur qui prétend ne jamais interférer avec les humains ne peut s'empêcher de les tracasser activement.

Toutefois, ce qui suit n'est pas anodin et éclaire d'un jour intéressant ce que le Fauve est devenu depuis un moment et n'a cessé d'être depuis. Que ceux qui pestent contre son traitement durant l'ère de Krakoa où il a carrément sombré pour devenir un fou furieux relisent cet épisode et même d'autres arcs narratifs avant. Cela fait en vérité des années que Hank McCoy déconne franchement, en voulant remédier à l'extinction des mutants durant Messiah Complex (où il a demandé de l'aide à des gens peu recommandables) ou en déplaçant les premiers X-Men à notre époque.

Bendis brosse un tableau assez exhaustif de cette dérive en montrant où elle pourrait mener les mutants, soit vers un avenir très sombre, soit un futur plus radieux. David Marquez signe les premières pages de l'épisode avant que ne lui succèdent des artistes aussi variés que Bruce Timm, David Mack, Skottie Young, Robbi Rodriguez, Lee Bermejo, Kent Williams, Art Adams, J.G. Jones, Ronnie del Carmen, J. Scott Campbell, Marie Wicks, Jason Shiga, Dan Hipp, Max Wittert, Jake Parker, Jill Thompson, Paul Smith !

Puis la série reprend son cours avec un arc qu'on peut diversement apprécier, selon qu'on a aimé ou pas la Confrérie des Mauvais Mutants du futur apparue dans X-Men : Battle of the Atom. A la fin de ce crossover, un de leurs membres (Xorn alias Jean Grey) périssait mais le fils de Charles Xavier, Raze, Iceberg et le Fauve disparaissaient en profitant de la confusion créée par l'intervention du SHIELD.

Les revoilà donc pour terminer ce qu'ils avaient entrepris : se débarrasser des premiers X-Men qu'ils jugent coupables de leur futur apocalyptique. Faute de les avoir renvoyés à leur époque, ils sont déterminés cette fois à les tuer. Et ils ne font pas de quartier.

Si je n'avais pas aimé Battle of the Atom, j'ai en revanche bien aimé lire cet arc en huis clos qui a une belle intensité et des éclairs de violence remarquables. L'affrontement est sans merci et pousse les deux camps dans leurs retranchements. Bendis réussit à caser des scènes fortes comme lorsque Triage, le guérisseur, se rend compte qu'il peut ressusciter ou que Jean fait jeu égal avec le fils de Xavier dans le plan astral. X-23 a aussi l'occasion de briller alors que le crossover avec les Gardiens de la Galaxie l'avait vue noyée dans une masse de personnages.

Et puis Bendis écrit un moment d'une belle subtilité au tout début, avant que les hostilités ne démarrent, entre Cyclope et Jean Grey. La jeune fille se confie à la version adulte de Scott Summers et on sent un trouble s'emparer d'elle en même temps qu'une gêne chez son interlocuteur qui ne profite pas de la situation. On peut reprocher bien des choses à Bendis, mais pas de louper ce genre d'échange, ô combien casse-gueule.

Les quatre épisodes de l'arc One Down (Un de moins en vf) sont donc dessinés par Stuart Immonen qui achève là son passage sur la série. En relisant ces numéros à l'occasion de cette rétrospective, je me suis rappelé la joie de lire des planches d'Immonen chaque mois alors, et je reste nostalgique de cette période où on pouvait se régaler avec le travail de l'artiste canadien, un des meilleurs dans son domaine. Pourquoi ne produit-il plus de monthly comics ? On peut admettre qu'il ait beaucoup donné et souhaite désormais de préserver, mais il n'a que 63 ans et c'est terriblement frustrant.

L'épisode 30, qui conclut ce tome, est dessiné par Sara Pichelli et c'est joliment fait. Elle hérite d'un numéro calme et elle s'y investit avec raffinement. Quel gâchis de voir ce qu'elle est devenue depuis...

Une page se tourne donc et quelque part, je crois que Bendis aurait dû en rester là avec All-New X-Men tant les deux derniers tomes sont en deçà. Mais ça, on reparlera dans de prochains articles...

vendredi 3 novembre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 5 : LE PROCES DE JEAN GREY, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Sara Pichelli et David Marquez


Paru en 2014, les six épisodes de ce tome 5 concernent en réalité comme la couverture l'indique le deuxième crossover impliquant All-New X-Men après Battle of the Atom. Cette fois, Brian Michael Bendis organise la rencontre entre les X-Men originaux et Les Gardiens de la Galaxie, autre titre qu'il signait alors. On trouve donc les épisodes 22 à 24 de All-New X-Men tous dessinés par Stuart Immonen et les épisodes 11 à 13 de Guardians of the Galaxy dessinés par Sara Pichelli (avec Immonen pour le 12 et David Marquez pour le 13).
 

Après un échange tendu avec Scott sur sa relation amoureuse avec Hank McCoy et l'impact de celle-ci sur leur groupe, Jean Grey est enlevée par un commando Shi'ar malgré l'intervention de Kitty Pryde et des autres jeunes X-Men. Peu après, le vaisseau des Gardiens de la Galaxie (avec Star-Lord, Gamora, Drax, Groot, Rocket Raccoon et Angela) atterrit devant le QG des Uncanny X-Men.


Plusieurs dirigeants galactiques sont réunis à l'initiative de Gladiator, en charge de l'empire Shi'ar. Il a appris que Jean Grey était de retour et il craint que cela n'aille avec le retour du Phénix, donc avec la destruction de mondes habités. Il convainc ses partenaires de la capturer et de la juger pour ses crimes potentiels. Les Gardiens de la Galaxie interceptent cette discussion et décident d'éviter un drame.


Avec les jeunes X-Men, les Gardiens partent sauver Jean Grey retenue sur Chandilar, le monde -trône des Shi'ar. Mais un croiseur de l'armée impériale tente de les intercepter. Les Starjammers leur viennent en aide et le jeune Cyclope découvre que son père, Corsaire, est toujours en vie à cette occasion. Oracle, membre de la garde impériale, explique à Jean ce qui l'attend pour son procès.


Tandis que Cyclope tente d'intégrer ce que représente le retour de son père dans sa vie et ce qu'encourt Jean, cette dernière est présentée par Gladiator à l'audience comme l'ancienne et future responsable d'abominations commises par le Phenix. J-son, le père de Star-Lord et dirigeant de Spartax, décide de défendre la jeune femme. La séance est interrompue et tandis que Gladiator et J-son s'espliquent, Jean en profite pour s'évader.


Grâce à Angela, un vaisseau Shi'ar est pris d'assaut par les Gardiens et les Starjammers et ainsi ils peuvent se poser sur Chandilar en trompant la vigilance de l'armée. Mais leur arrivée ne passe pas inaperçu bien longtemps et quand ils partent délivrer Jean, la garde impériale et Gladiator les attend, pensant qu'ils ont déjà récupéré la fugitive. Une bataille éclate.
 

Jean Grey resurgit pour faire cesser les hostilités en acceptant de plaider coupable à son procès. Mais avant de se présenter à nouveau devant la cour, elle interroge Gladiator sur la légitimité de la juger pour des crimes qu'elle n'a pas commis autrefois ni dans l'avenir. Oracle appuie ces arguments et Gladiator se résigne. Tout le monde est libre de quitter Chandilar mais Cyclope décide de repartir avec les Starjammers pour profiter de son père tandis que Kitty et Star-Lord promettent de rester en contact.

Quand il écrit ce crossover, Brian Michael Bendis est déjà depuis longtemps un des scénaristes vedettes de Marvel. On peut même affirmer que, pendant un temps, il en fut sinon le principal architecte, en tout cas l'auteur le plus prolifique : à son actif, il a le plus grand nombre d'épisodes rédigés pour le titre (New) Avengers, mais aussi un run acclamé sur Daredevil, un autre historique sur Ultimate Spider-Man (dont il dira toujours que c'est ce qu'il a préféré animer).

Lorsqu'il met fin à son passage sur la franchise Avengers, il surprend son monde en signant pour piloter la franchise mutante. En effet, depuis l'event House of M au terme duquel il se sert de Scarlet Witch pour décimer la population des X-Men, Bendis passe pour un scénariste qui n'aime pas ces personnages chéris des fans. Et pour ne pas calmer l'appréhension de tous, Marvel lui accorde le droit d'écrire deux titres : Uncanny X-Men et All-New X-Men qui se répondent.

Tout en continuant à produire des épisodes de Spider-Man : Miles Morales, Bendis hérite des Gardiens de la Galaxie, et là encore, ça ne fait pas plaisir à tout le monde, notamment ceux, bruyants sur les réseaux sociaux, qui ont érigé le run de Dan Abnett et Andy Lanning comme un modèle indépassable. Pourtant, Bendis va inspirer l'incarnation des héros de l'espace au MCU telle que la filmera James Gunn.

Il était alors inévitable que Gardiens et X-Men partagent une histoire et ce sera Trial of Jean Grey. Le pitch est très curieux : Jean Grey est accusée de crimes qu'elle n'a pas pu encore commettre puisque cette version de la jeune mutante est antérieure à celle qui sera l'hôte de l'oiseau de feu. Gladiator y tient donc un rôle particulièrement antipathique de procureur en monde Minority Report, mais en même temps les Shi'ar n'ont jamais brillé par leur empathie ni leur sens de la mesure.

Le rythme du récit est très soutenu et Bendis a sans doute fait en sorte que le lecteur ne puisse surtout pas trop cogiter au sujet des énormités de son intrigue. Par exemple, alors que Corsaire, alias Christopher Summers, avait trouvé la mort dans la saga Rise and Fall of the Shi'ar Empire de Ed Brubaker, le voilà qui resurgit en pleine santé et le scénariste justifiant cela par une pirouette.

Ce qui frappe aussi, c'est le nombre ahurissant jusqu'à l'absurde de personnages convoqués par Bendis en six épisodes : les 5 X-Men originaux + leur nouvelle recrue X-23, Kitty Pryde, les 6 Gardiens de la Galaxie (Bendis a dû incorporer Angela, création de Neil Gaiman récupéré par Marvel), les 5 Starjammers, et les innombrables membres de la garde impériale Shi'ar. N'en jetez plus, la coupe est pleine, elle déborde même !

Dans ces conditions, autant dire qu'aucun personnage ou presque n'a la possibilité de briller, d'exister même. Ici, tous sont des pantins dans une histoire déjà passablement farfelue résumée dans une baston finale presque comique tant le lecteur a du mal à distinguer qui est qui dans la mêlée. Mais ça, Bendis s'en fiche : il a désigné sa favorite depuis le début de son run sur All-New X-Men et c'est Jean Grey. A elle les meilleures scènes, les plus mémorables, les plus tranchantes, les plus décisives, jusqu'à une manifestation de ses pouvoirs encore inédite et troublante (un gimmick dans la série où il ne se passe jamais beaucoup de temps avant qu'elle ne se découvre un nouveau don).

Sans doute la meilleure manière d'apprécier ce récit est de ne pas le prendre trop au sérieux, d'en accepter d'emblée les grosses ficelles, la surpopulation, la résolution expédiée. Si vous aimez lire des épisodes remplies de rebondissements, de bastons, de héros costumés, c'est un régal, régressif certes, mais amusant. Sinon, ne cherchez pas, passez votre chemin. Ce n'est franchement pas fameux mais c'est rigolo.

Et c'est beau à lire. Surtout grâce à Stuart Immonen qui, reposé après avoir laissé filer quelques épisodes sur le tome précédent, revient plus remonté que jamais. Il lui faut de l'énergie pour mettre en scène ce défilé incroyable de personnages dans des décors aussi variés, et il ne déçoit jamais. Mieux même : comme Sara Pichelli est déjà essouflée sur l'épisode 12 des Gardiens, Immonen la supplée, et pas sur des planches faciles ou anodines.

Pichelli a du mal à enchaîner déjà à cette époque (et ça ira en empirant), donc David Marquez (qui l'a déjà remplacé sur Spider-Man : Miles Morales) va à son tour contribuer à achever l'épisode 13 des Gardiens.

Cette fin de crossover va quand même bousculer All-New X-Men, davantage, c'est un comble, que cette histoire de procès qui ne se tiendra pas. En effet, Cyclope décide de ne pas rentrer avec ses camarades sur Terre et de partir avec son père pour sillonner l'univers : Marvel a une idée derrière la tête et Greg Rucka avec un débutant nommé Russell Dauterman lanceront ensuite le titre Cyclops consacré aux aventures cosmiques du jeune Scott avec les Starjammers.

Le procès de Jean Grey qui avait donc débuté avec une engueulade entre Jean et Scott se conclut avec la séparation du couple emblématique des X-Men. De quoi impulser une nouvelle dynamique au titre qui va fêter en grande pompe son 25ème numéro. Mais ça, ce sera pour une prochaine critique.

mardi 31 octobre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 4 : DEMENAGEMENT, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Brandon Peterson, Mahmud Asrar et Brent Anderson

 

Comme je vous l'ai annoncé, cette rétrospective sur les X-Men par Brian Michael Bendis va alterner les critiques des tomes de All-New X-Men et Uncanny X-Men après X-Men : Battle of the Atom. Et donc me voilà, neuf ans après, à reprendre mes analyses sur All-New X-Men avec ce tome 4 intitulé Déménagement (All-Different en vo) où le scénariste doit traiter des conséquences du crossover en compagnie de Stuart Immonen (pour l'épisode 18), Brandon Peterson (pour l'épisode 19), Mahmud Asrar (qui vient aider Peterson sur l'épisode 20) et Brent Anderson (qui signe les premières pages de l'épisode 21).

Pour être complet : ce tome 3 comprend aussi un épisode anniversaire intitulé X-Men Gold, mais qui n'a aucun rapport avec l'histoire en cours et que j'ai choisi de zapper par conséquent.

Et comme pour le crossover, j'ai choisi pour le confort de lecture d'appeler les X-Men du passé (Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Beast, Young Angel) transportés par le Fauve les O5 (pour Original Five) quand je les désigne en tant que groupe.



Magik téléporte Kitty Pryde et les O5 au QG des Uncanny X-Men dans l'ancien base de l'Arme X. Angel retrouve ses amis avec joie puis tous s'installent dans leurs quartiers de la nouvelle école Charles Xavier. Le Fauve est plutôt mal à l'aise à l'idée de cohabiter avec Magneto tandis que Iceberg tombe de fatigue et que le jeune Cyclope cherche ses marques. Marvel Girl en revanche doit subir le mauvais accueil des Stepford Cuckoos qui la considèrent comme l'ennemie de Emma Frost. Magik dote les O de nouvelles tenues. 


Une alerte Cerebro conduit Magik, Kitty et les O5 en Floride où ils viennent au secours d'une jeune mutante pourchassée par les Purificateurs, un groupe anti-mutant lourdement armé. Pendant que l'équipe les corrige, Kitty poursuit la jeune mutante et l'identifie...


... Il s'agit de Laura Kinney/X-23, la clone de Wolverine. Mais elle refuse de rester à la base des Uncanny X-Men. Le jeune Cyclope l'apaise et elle accepte de mener l'équipe jusqu'au repaire des Purificateurs où elle a été torturée et dont elle venait de s'échapper et dont elle venait de s'échapper.


Quelques années auparavant, le révérend William Stryker confie son fils à l'A.I.M. pour que les scientifiques en fassent une arme vivante contre les mutants. Aujourd'hui, grâce à ses pouvoirs, il capture les O5. Mais ceux-ci réussissent à se libérer et à le vaincre après qu'il ait fourni à Monica Rappaccini de l'AIM des échantillons de leurs ADN.

Bon, on ne va se voiler la face : ce n'est pas bon. Non seulement il y a peu à lire (quatre malheureux épisodes) mais Brian Michael Bendis n'a surtout pas grand-chose à raconter. Tout est ici prétexte à ajouter un membre au groupe d'élèves sous la responsabilité de Kitty Pryde.

Sans surprise, l'épisode 18 qui ouvre ce tome 4 est le meilleur du lot. D'abord parce qu'il est dessiné par Stuart Immonen. L'artiste canadien est alors en pleine forme, il enchaîne les épisodes à une vitesse folle (la série est quasiment bimensuelle) et il anime les personnages avec un talent indiscutable. On peut discuter du bon goût des designs des nouveaux costumes dont il affuble les O5 qui ne sont pas son meilleur travail mais en même temps Bendis justifie cette séance de relooking de manière amusante.

Immonen et Bendis s'entendent très bien, le génie du premier complétant à merveille la sensibilité du second. En une succession de scènes courtes, on peut apprécier la justesse avec laquelle les relations entre les nouveaux arrivants et les mutants déjà présents au sein des Uncanny X-Men sont exploitées.

Le Fauve est visiblement mal à l'aise car il doit cohabiter avec Magneto qu'il a toujours eu comme ennemi et dont il peine à comprendre comment Scott Summers peut être devenu son allié. On remarquera lors de cette scène que sur les écrans de contrôle apparaît Dazzler quand elle exerçait son métier de chanteuse : le clin d'oeil est subtil quand on sait que Mystique a usurpé l'identité de Alison Blaire au sein du SHIELD.

Iceberg est conduit dans sa chambre par Eva Bell/Tempus et ne peut s'empêcher de confier les émotions fortes qu'il a vécues récemment... Avant de s'apercevoir que la jeune femme n'est plus dans la pièce. Et puis surtout il y ce formidable échange entre la jeune Jean Grey et les Stepford Cuckoos, en particulier Celeste, qui ne cache pas à quel point elle déteste Marvel Girl car elle a failli tuer Emma Frost. Le décalage entre le vécu de Celeste et ses "soeurs" et celui de Jean aboutit à un moment qui révèle le malaise incarné par ces mutants venus du passé pour tenter d'empêcher une catastrophe et dont personne ne sait quoi faire désormais.

Il y a un autre joli moment entre Magik et Kitty à l'occasion duquel les deux amies se confient sur ce qui les a éloignées l'une de l'autre et le plaisir de se retrouver. Immonen réussit impeccablement à montrer la maladresse qui s'empare de Magik quand elle veut étreindre Kitty qui, surprise, "phase" et qui donc provoque la chute d'Ilyana. C'est quelque chose qui paraît tout bête à représenter mais qui est en vérité très délicat à dessiner correctement.

Le reste est, autant narrativement que graphiquement, beaucoup moins heureux. D'abord en trois épisodes, on voit Brandon Peterson incapable d'enchaîner. Il est aidé par Mahmud Asrar (qui ne se doutait pas qu'il remplacerait Immonen deux arcs plus loin) puis Brent Anderson signe les premières pages du dernier numéro de ce tome.

Le souci, c'est que le style de Peterson n'est pas très plaisant à l'oeil avec un trait saturé de lignes inutiles, des corps et des visages improbables. Asrar est encore loin d'afficher un niveau correct et surtout on voit bien qu'il a été appelé en catastrophe pour dépanner et donc ses planches sont honnêtes mais un peu "rushés". 

En ce qui concerne Brent Anderson, il s'agit plus d'un clin d'oeil que d'un vrai fill-in : il ne réalise que peu de pages et Bendis a dû vouloir qu'il les dessine car il fait référence au graphic novel God Loves, Man Kills (Dieu aime, l'homme détruit en vf), un classique écrit dans les années 80 par Chris Claremont, qui posait un regard très cru, dur et adulte sur les mutants.

Mais Bendis se montre particulièrement gauche pour ce renvoi. Tout ce petit arc a du mal à convaincre, et en tout cas rien ne justifie qu'il y consacre trois épisodes entiers. Tout ça n'est qu'un prétexte pour introduire X-23, le clone de Wolverine, et en faire un membre des All-New X-Men. Pourquoi pas ? Mais pas comme ça. D'autant qu'on n'entendra plus parler ensuite de l'implication de l'AIM, des ADN prélevés sur les O5 par le fils Stryker.

Heureusement, par la suite, Bendis prouvera qu'il n'a pas intégré X-23 pour rien. Le personnage apportera une dynamique intéressante à la série et le scénariste en jouera sur plusieurs plans. D'ailleurs, l'arc suivant chamboulera la série de manière conséquente. Mais ça, ce sera pour une prochaine critique... Stay tuned !

dimanche 9 mars 2014

Critique 422 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen et David Lafuente


ALL-NEW X-MEN, VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH rassemble les épisodes 11 à 15 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés en 2013 par Marvel omics. Stuart Immonen signe les dessins des #11 à 14, David Lafuente ceux du #15.
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(Extrait de All-New X-Men #10. Dessins de Stuart Immonen.)

L'un des 5 premiers X-Men choisit de rejoindre les rangs (avec les soeurs Stepford) de l'équipe du Cyclope moderne, contre l'avis de ses amis, de Kitty Pryde et Wolverine. Ce mouvement déstabilise encore davantage le groupe de jeunes mutants.
Entretemps, le SHIELD a prévenu Wolverine qu'une série de vols d'importantes sommes d'argent a été commis par Mystique et ses compères, qui ont pris pour cela l'apparence des premiers X-Men. Ensemble, ils décident de rechercher Raven Darkholme mais sont interceptés rapidement par les Uncanny Avengers.
(Extrait de All-New X-Men #12. Dessins de Stuart Immonen.)

Cette rencontre s'avère riche en émotions fortes : Scott découvre son frère Alex (alias Havok), désormais doté de pouvoirs mutants et à la tête de ce groupe, Jean Grey apprend télépathiquement que Scarlet Witch a provoqué la décimation des mutants (durant la saga House of M), tandis que Wolverine doit convaincre Captain America, Thor et Rogue que les jeunes mutants n'ont rien à voir avec les cambriolages commis par la bande à Mystique. 
Logan ment toutefois à ses collègues des Uncanny Avengers en leur jurant qu'ils leur laissent régler son compte à Mystique pour mieux la pister de son côté. En se rendant sur le site de Stark Resistance où le gang a sévi, Wolverine remonte la trace des malfrats qui sont sur le point de négocier le rachat de l'île de Madripoor, carrefour de nombreux trafics, à l'organisation terroriste de l'Hydra.
Les mutants s'interposent et une bataille éclate, durant laquelle Lady Mastermind, complice de Mystique, tente de faire perdre la raison à Jean Grey pour venger la mort de son père. Les Uncanny Avengers arrivent à la fin du combat pour embarquer Mystique et Lady Mastermind (Dents-de-Sabre et l'Hydra ont pris la fuite, profitant de la confusion).
(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Après ce nouveau tourbillon, les jeunes mutants ont droit à un peu de repos à l'école de Wolverine. Le Fauve moderne entraîne Jean Grey à exercer sa télékinésie, mais la jeune femme est distraite et troublée par une pensée de son professeur sur les sentiments qu'il éprouvait pour elle autrefois. Scott Summers et Bobby Drake s'offrent une virée en ville pour rencontrer d'autres adolescents et découvrir comment ils vivent et les perçoivent.
(Extrait de All-New X-Men #15. Dessins de David Lafuente.)
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Le programme de ces cinq nouveaux épisodes est toujours aussi dense que les dix précédents : Brian Michael Bendis réussit à exploiter le postulat de départ de la série, à développer des intrigues et enrichir les relations entre les personnages sur un rythme soutenu.
Pour commencer, on découvre donc lequel des cinq premiers X-Men rallie le camp du Cyclope actuel : ce n'est pas une surprise si on a fait attention aux réactions antérieures du personnage, mais Bendis prend le temps de justifier son choix et d'en montrer les conséquences immédiates, avec une belle empoignade en prime. Pourtant, le long dialogue que le scénariste impose au lecteur passe bien :  il a beau occuper la moitié de l'épisode 11, il est très bien argumenté, la tension qui se dégage de toute cette séquence est magistralement rendue, mélange de frustration, d'anxiété et d'inéluctabilité. On touche à un des points essentiels de l'affaire depuis son départ : le scénariste profite d'avoir des personnages quasiment vierges placés dans une situation qui agit sur eux comme un accélérateur de particules, les obligeant à mûrir plus vite, à prendre des décisions radicales, provoquant des déchirements, et donc impactant tout le tissu de la série. De ce point de vue, il y a une vraie progression en une dizaine de chapitres, alors même qu'on n'a pas pratiquement pas changé de décor et que peu de temps a passé du point de vue des personnages.

Bendis décrit avant tout donc de jeunes héros déboussolés, qui utilisent leurs pouvoirs d'autant plus maladroitement qu'ils sont inexpérimentés mais aussi parce qu'ils sont soumis à des épreuves initiatiques, des révélations sur eux-mêmes, qui leur font perdre tout sens des mesures (ainsi, si Jean Grey cherche à forcer le destin, c'est plus par désarroi que par autoritarisme, et donc ce n'est pas qu'un moyen pour crééer un moment saisissant dans le fil du récit). Avec ce passage, Bendis semble aussi vouloir marquer le coup et désormais développer la série All-New X-Men de manière plus autonome, en ne la liant plus intimement de celle des Uncanny X-Men (qu'il écrit aussi en parallèle).
Par conséquent, les mutants adultes autour des premiers X-Men les traitent comme des jeunes victimes d'un traumatisme, déplacés dans le temps sans avoir eu le temps de considérer toutes les répercussions et sans avoir eu toutes les données en main pour le faire (les déclarations du Cyclope moderne pointent bien du doigt ce que le Fauve moderne a dissimulé aux jeunes héros pour les faire venir). Cela aboutit à des personnages novices, maladroits aux combats et dans leurs rapports entre eux et avec les yeux, et le souci de Wolverine et Kitty Pryde est d'abord de les ménager, voir de les écarter, pour qu'ils ne soient pas en danger... Mais ils sont également désobéissants, ce qui complique la tâche de leurs chaperons.

Néanmoins, Bendis s'arrange très bien pour ne pas les écrire comme des acteurs passifs, subissant ce qui leur arrive : il équilibre ce sentiment en veillant à leur donner des sentiments qui leur sont propres, donc des réactions distinctes (le malaise de Scott, par exemple, ou l'ahurissement de Bobby). On peut s'identifier à eux, ou en tout cas comprendre ce qu'ils traversent car leurs comportements sont toujours crédibles, et éclaire chaque rebondissement avec à-propos.
Ainsi quand Jean Grey découvre que Wanda/Scarlett Witch (dont la présence au sein des Uncanny Avengers étonne déjà tout le groupe) a failli effacer la race mutante, le scénariste fait non seulement référence à la saga House of M qu'il a écrite mais aussi au fait qu'une mutante a été sur le point d'anéantir toute ses semblables sans savoir qu'elle était alors en proie à une crise de folie.
Les retrouvailles entre Scott et Alex Summers donnent aussi lieu à un passage troublant et émouvant (résumé par Captain America qui fait remarquer à Havok qu'il a pu revoir son frère sous son meilleur jour).
On peut aussi évoquer ce moment où, en plein combat, les jeunes X-Men répètent une manoeuvre apprise en salle des dangers, ce qui traduit déjà leur progression comme équipe depuis qu'ils sont arrivés à notre époque. Le scénariste a ainsi, plusieurs fois, au cours de ces nouveaux épisodes, à coeur de montrer des situations nouvelles, des questionnements divers auxquels les personnages répondent de manière spontanée ou réfléchie, toujours organique. Quelques exemples : comment réagir aux propos de Havok qui refuse publiquement d'être résumé à un super-héros mutant (l'argumentation de Kitty Pryde établissant un lien avec ses origines juives est à la fois pertinente et poignante) ? Lady Mastermind (Regan Wyngarde) réussira-t-elle à corrompre, comme son père, Jean Grey ?

Parfois même, Bendis, qui est connu (et aussi bien apprécié que détesté pour son goût des dialogues abondants) ose se passer de mots pour résumer de manière à la fois comique et astucieuse la complexité d'un instant entre deux personnages de la même famille (voir l'irrésistible page où Jean Grey tombe sur sa fille Rachel, chacune lisant dans l'esprit de l'autre avant de s'éloigner, désorientées). Ces passages sont autant de révélateurs très efficaces pour répondre ou déjouer les attentes des lecteurs, le scénariste ne se défile pas mais les résout avec malice ou sérieux, mais en veillant toujours à ne pas ralentir le tempo.
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(Extrait de All-New X-Men #13. Dessins de Stuart Immonen.)

Mais toutes les qualités scénaristiques de la série ne seraient pas aussi remarquables sans la contribution d'un excellent dessinateur, capable de traduire visuellement les subtilités émotionnelles des personnages et l'énergie des situations.
Une fois encore, Stuart Immonen fait la preuve de sa complémentarité avec Bendis et de sa faculté à produire des planches d'exception. Compte tenu des délais de production, le soin qu'il apporte à la réalisation de l'ouvrage est tout à fait fabuleux : son point fort reste l'expressivité, qu'il s'agisse de la plasticité faciale des personnages ou de leurs attitudes, toujours justes, propres à chacun, le tout intégré à des compositions très vivantes, avec un découpage varié.
Il a, en soutien, un encreur qui sait mieux que quiconque appuyer la force de son graphisme avec Wade Von Grawbadger, qui sait donner de la texture au dessin, souligner les contrastes. Les crayonnés d'immonen sont déjà très précis, mais son partenaire soigne les finitions en parvenant à la fois à respecter le trait du dessinateur et apporter sa propre patte.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer à la la mise en couleurs de Marte Gracia, ici secondé par Rain Breredo (sur les #12-13), mais désormais j'apprécie ses choix, qui savent donner une ambiance sophistiquée et intelligente à chaque scène et chaque émotion (y compris dans le huis clos aux lumières rouges du Blackbird).

Surtout, le travail d'Immonen mérite qu'on revienne sur chaque page pour en apprécier les dispositions : la manière dont il peut placer une grande quantité de personnages dans un plan (ou une série de plans) tout en veillant à sa lisibilité et en lui insufflant du dynamisme, en variant les angles, la dimension des cadres, en jouant sur une planche ou deux pages en vis-à-vis, est éblouissante. Il sait parfaitement typer un personnage en lui donnant une morphologie, des mimiques, de façon à ce que le lecteur sache à qui il a affaire. Avec Immonen, une image parle autant que ce que dit le dialogue (et c'est aussi pour cela que les passages où les héros ne font que parler restent divertissantes car ils se déplacent, on peut lire sur leurs visages l'émotion correspondant à leur propos, etc). Et quand il s'agit de produire une représentation spectaculaire (comme la manifestation du Phénix), c'est également très puissant, non seulement parce que le dessin est impressionnant mais aussi parce qu'auparavant Immonen a su ménager son effet avec une mise en page plus sage.

En comparaison, comme c'était déjà le cas avec l'intérim de David Marquez, lorsque David Lafuente prend le relais, le résultat est nettement moins flamboyant. L'espagnol n'a pas un style réaliste, il évolue même dans un registre quasi-cartoony, naïf. C'est tout à fait séduisant quand il s'agit de représenter des instants humoristiques ou romantiques, mais moins probant lorsqu'il faut servir quelque chose de plus mouvementé (la seule scène d'action semble bâclée, en tout cas mal composée).
Mais, bien que je n'ai jamais été un grand fan de l'artiste, je reconnais à Lafuente un côté très sympathique. C'est juste un peu tendre, et parfois (un comble quand on n'a qu'un épisode à traiter) un peu expédié (là encore, l'absence de décors dans des vignettes de grande taille ou le manque de diversité dans l'expressivité des personnages passent mal).
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Avec ce troisième recueil, la série ne connaît pas de faux pas ni de baisse de régime, elle prend même un relief et une ampleur qui lui vaut un succès public et (dans l'ensemble) critique très méritée. Bendis est vraiment inspiré et peut compter sur Immonen pour nous accrocher durablement dans un récit bien construit, rythmé, alternant intimisme et action en quantités égales.

Espérons que cette belle mécanique ne sera pas grippé par le crossover Battle of the Atom (imaginé par Jason Aaron et Brian Wood) qui suit ces épisodes (et implique aussi les séries Uncanny X-Men, X-Men et Wolverine & the X-Men), conçu pour célébrer le cinquantenaire des mutants.

samedi 8 mars 2014

Critique 421 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 2 : HERE TO STAY, de Brian Michael Bendis, David Marquez et Stuart Immonen


ALL-NEW X-MEN, VOLUME 2 : HERE TO STAY rassemble les épisodes 6 à 10 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiée en 2013 par Marvel Comics. Les dessins sont signés David Marquez (#6-8) et Stuart Immonen (#9-10).
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Les cinq premiers X-Men (Cyclope, Marvel Girl, le Fauve, Iceberg et Angel) ont choisi de rester à notre époque après un vote à main levée (seul Angel était contre) devant les professeurs et élèves de l'école Jean Grey tenue par Wolverine, où ils sont installés. Le griffu ne voit pas ça d'un bon oeil mais Kitty Pryde s'est dévouée pour chaperonner les nouveaux venus.
Soumis à un stress intense après avoir pris connaissance de la situation actuelle, les jeunes mutants s'acclimatent tant bien que mal. Jean Grey voit, par exemple, ses pouvoirs télépathiques se manifester et doit apprendre à les maîtriser : elle y parviendra plutôt bien, quitte à s'en servir de manière douteuse.
Le jeune Scott Summers est lui aussi éprouvé par l'expérience : sa place de leader est remise en cause, il est vu comme le meurtrier de Charles Xavier, et ne sait plus où donner de la tête dans cette époque où tous ses repères n'existent plus, comme il s'en rend compte lors d'une ballade en ville. Il fait là la connaissance de Mystique, la mutante métamorphe, qui entend bien utiliser la présence des premiers X-Men à son avantage.
Quant à Warren Worthington, depuis le début, il s'interroge sur ce qu'il est devenu de nos jours. Il rencontre son double actuel, se bat à ses côtés, mais surtout se rend compte que son inquiétude était fondée. Sa panique va avoir de lourdes conséquences...
(Extrait de All-New X-Men #6. Dessins de David Marquez.)
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Après cinq premiers épisodes très efficaces (et sortis en seulement trois mois), Brian Michael Bendis doit confirmer la bonne impression laissée par son premier arc narratif tout en convaincant le lecteur que son idée de ramener les premiers X-Men à notre époque n'est qu'un "coup" éditorial.  A cet égard, le titre choisi pour ce deuxième recueil est éloquent : Here to stay ("Ici pour longtemps"), ça ressemble à une déclaration d'intention, une adresse aux perplexes, presque un défi.

D'un point de vue dramatique, il y a moins d'action dans ces nouveaux chapitres (même s'il y a quelques séquences qui bougent bien), mais c'est parce que Bendis veut privilégier l'exploration psychologique de ses héros tout en soulignant l'impact que produit leur présence dans leur entourage, celui de l'école Jean Grey.
Le scénariste va s'intéresser plus spécialement à trois des jeunes X-Men pour mettre en évidence leurs caractères, montrer ce qui les distingue d'une communauté déjà bien fournie, et justifier que la série se prolonge. Le récit se déploie de manière très claire et linéaire, ce qui, là aussi, diffère du précédent arc narratif (où la chronologie était bousculée et les parallèles entre ce qui se jouait dans le réel et la psyché étaient privilégiés). Jean Grey, Scott Summers et Warren Worthington vont nous être présentés plus en détail au contact d'un autre X-Man, respectivement Kitty Pryde, Wolverine et Angel.

Le segment qui associe Jean et Kitty est très bien vu : Kitty est devenue la professeur de Jean alors que son personnage était apparue durant la mythique saga du Phénix Noir, qui allait aboutir à la (première) mort de Jean Grey. Bendis écrit superbement bien le personnage de Kitty, tutrice attentionnée et troublée de jouer ce rôle avec la version adolescente de l'héroïne qu'elle avait rencontrée quand elle-même n'était qu'une jeune fille. On a également la confirmation que le personnage de Jean est bel et bien celui que préfère visiblement l'auteur, celui autour duquel il articule ses intrigues.

Avec Scott Summers, Bendis insiste sur le décalage induit par l'époque dont vient le jeune homme, sa naïveté : il le montre sidéré par la modernité technologique mais aussi dupé par Mystique. Tout cela est écrit avec subtilité, alternant humour (en s'amusant de l'éternelle rivalité entre Cyclope et Wolverine) et gravité (quelle attitude adopter face au Cyclope moderne ?). L'apparition de Mystique suggère qu'elle va devenir un élément important dans le futur de la série : c'est un adversaire intéressant pour de jeunes héros inexpérimentés, dans un contexte où la disparition de Charles Xavier invite chaque mutant (bon, mauvais ou dans un positionnement plus équivoque) à se redéfinir (le professeur ayant toujours été la figure de référence, pour le pire et le meilleur, lui-même n'étant pas un mentor irréprochable).

Pour ce qui concerne Warren Worthington, Bendis fait preuve d'encore plus d'inspiration. En effet, il en a fait le seul X-Man originel réticent à séjourner à notre époque et il est resté parce que ses quatre acolytes ont voté pour rester. Sa méfiance s'explique aussi par le fait qu'il était le seul à ne pas avoir rencontré son double actuel et quand cela arrive (lors du #6), on comprend immédiatement que cela va avoir des conséquences lourdes et durables. Angel est en quelque sorte le pendant au personnage de Jean Grey : d'un côté, on a la jeune fille apeurée mais curieuse, déterminée ; de l'autre, on l'a, lui, tout aussi anxieux mais qui, plus il en sait, plus il est convaincu que sa place n'est pas ici (à cette époque et avec ces mutants). Bendis sait parfaitement décrire le trouble éprouvé par Angel à découvrir ce qu'il est devenu, très différent et pourtant très proche.
Il offre aussi au passage, au personnage et au lecteur, une séquence d'action très dynamique, reposant certes sur un prétexte facile, mais qui permet d'accentuer le malaise de Warren, précipiter les évènements, et souligner que son désarroi psychologique s'appuie aussi sur des faiblesses physiques (en effet, une fois en situation de combat, il ne fait pas le poids - comme un oiseau il a les os creux, une force proportionnellement normale, bref rien de bien redoutable).
 (Extrait de All-New X-Men #10. Dessins de Stuart Immonen)

A la fin du 10ème épisode, Bendis laisse le lecteur avec un cliffhanger très prenant puisque le Cyclope moderne vient directement à l'école de Wolverine pour recruter de nouveaux élèves et qu'un des cinq premiers X-Men décide de le suivre.
Quiconque n'a pas envie de savoir qui et ce que cela peut provoquer peut arrêter les frais tout de suite. Mais personne ne pourra dire que la série n'évolue pas et que Bendis n'avance pas.

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Malgré sa capacité à enchaîner les épisodes à toute allure sans perdre en qualité, Stuart Immonen est laissé au repos pour les trois premiers épisodes de cet album. C'est le dessinateur actuel d'Ultimate Spider-Man, donc un autre collaborateur habitué de Bendis, qui le supplée : David Marquez n'a pas le style de son collègue canadien mais se fond bien dans la série, le lecteur n'est pas choqué par ce remplacement.
Marquez a un trait élégant, privilégiant la finesse et les rondeurs, convenant parfaitement à la représentation de jeunes personnages auxquelles il sait donner de l'expressivité (que ce soit dans la gestuelle ou l'expression des émotions sur leurs visages). C'est un dessinateur agréable, et déjà solide techniquement - un peu trop même car il use et abuse des outils numériques pour le traitement des décors, ce qui donne un aspect froid à ces éléments. Ce défaut est d'autant plus flagrant qu'il alterne les plans avec des fonds détaillés et d'autres où se trouvent seulement les personnages, dans un environnement indistinct, vide. Ce qui est probant quand il s'agit de montrer une figuration importante (les élèves dans le réfectoire) devient plus embarrassant dans des pages où l'action se déroule sans décors, avec des traits de vitesse, dans la plus pure tradition des scènes d'action des mangas.
Par ailleurs si Marquez est à l'évidence un artiste doué, il lui manque aussi de la diversité pour camper des personnages d'âges différents et un encrage plus nuancé.

Le contraste est frappant quand Stuart Immonen revient pour les deux derniers épisodes du recueil, dont les planches sont infiniment mieux découpées, plus fournies, avec même des touches d'humour visuel savoureuses (la salle des dangers avec une fausse pub pour "Dazzler, the musical", un clin d'oeil à Marvel Zombies).
Le génie du dessinateur éclate surtout avec les expressions faciales des personnages qu'il s'amuse à exagérer au besoin, introduisant un second degré bienvenu au psychodrame. La manière dont il représente Kitty, qu'il arrive à rendre féminine sans vulgarité, ou Wolverine, dont il refait ce petit format trappu et bouillant, compte parmi quelques-uns des exemples les plus fabuleux.
Ses pages bénéficient de vignettes aux dimensions variées et disposées toujours de façon lisible, dégageant une grande énergie, et magnifiées par l'encrage de son complice, Wade von Grawbadger (aux contours admirablement modulés). Du grand art, des illustrations parmi les meilleures disponibles actuellement (et depuis des lustres pour les X-Men, qui ont vu défiler des dessinateurs très inégaux).
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Ce deuxième tome des All-New X-Men prouvent que le titre a un vrai potentiel, une matière riche à exploiter. Avec Marquez et Immonen, Bendis démontrent que ces personnages revitalisent la franchise "X", avec des personnalités affirmées et des enjeux passionnants.