lundi 6 novembre 2023
ALL-NEW X-MEN, TOME 8 : LES UTOPISTES, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Mike Del Mundo et Andrea Sorrentino
ALL-NEW X-MEN, TOME 7 : L'AVENTURE ULTIME, de Brian Michael Bendis et Mahmud Asrar
samedi 4 novembre 2023
ALL-NEW X-MEN, TOME 6 : UN DE MOINS, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Sara Pichelli et David Marquez
vendredi 3 novembre 2023
ALL-NEW X-MEN, TOME 5 : LE PROCES DE JEAN GREY, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Sara Pichelli et David Marquez
mardi 31 octobre 2023
ALL-NEW X-MEN, TOME 4 : DEMENAGEMENT, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Brandon Peterson, Mahmud Asrar et Brent Anderson
Comme je vous l'ai annoncé, cette rétrospective sur les X-Men par Brian Michael Bendis va alterner les critiques des tomes de All-New X-Men et Uncanny X-Men après X-Men : Battle of the Atom. Et donc me voilà, neuf ans après, à reprendre mes analyses sur All-New X-Men avec ce tome 4 intitulé Déménagement (All-Different en vo) où le scénariste doit traiter des conséquences du crossover en compagnie de Stuart Immonen (pour l'épisode 18), Brandon Peterson (pour l'épisode 19), Mahmud Asrar (qui vient aider Peterson sur l'épisode 20) et Brent Anderson (qui signe les premières pages de l'épisode 21).
Pour être complet : ce tome 3 comprend aussi un épisode anniversaire intitulé X-Men Gold, mais qui n'a aucun rapport avec l'histoire en cours et que j'ai choisi de zapper par conséquent.
Et comme pour le crossover, j'ai choisi pour le confort de lecture d'appeler les X-Men du passé (Young Cyclops, Marvel Girl, Young Iceberg, Young Beast, Young Angel) transportés par le Fauve les O5 (pour Original Five) quand je les désigne en tant que groupe.
dimanche 9 mars 2014
Critique 422 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 3 : OUT OF THEIR DEPTH, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen et David Lafuente
Le programme de ces cinq nouveaux épisodes est toujours aussi dense que les dix précédents : Brian Michael Bendis réussit à exploiter le postulat de départ de la série, à développer des intrigues et enrichir les relations entre les personnages sur un rythme soutenu.
Bendis décrit avant tout donc de jeunes héros déboussolés, qui utilisent leurs pouvoirs d'autant plus maladroitement qu'ils sont inexpérimentés mais aussi parce qu'ils sont soumis à des épreuves initiatiques, des révélations sur eux-mêmes, qui leur font perdre tout sens des mesures (ainsi, si Jean Grey cherche à forcer le destin, c'est plus par désarroi que par autoritarisme, et donc ce n'est pas qu'un moyen pour crééer un moment saisissant dans le fil du récit). Avec ce passage, Bendis semble aussi vouloir marquer le coup et désormais développer la série All-New X-Men de manière plus autonome, en ne la liant plus intimement de celle des Uncanny X-Men (qu'il écrit aussi en parallèle).
Néanmoins, Bendis s'arrange très bien pour ne pas les écrire comme des acteurs passifs, subissant ce qui leur arrive : il équilibre ce sentiment en veillant à leur donner des sentiments qui leur sont propres, donc des réactions distinctes (le malaise de Scott, par exemple, ou l'ahurissement de Bobby). On peut s'identifier à eux, ou en tout cas comprendre ce qu'ils traversent car leurs comportements sont toujours crédibles, et éclaire chaque rebondissement avec à-propos.
Ainsi quand Jean Grey découvre que Wanda/Scarlett Witch (dont la présence au sein des Uncanny Avengers étonne déjà tout le groupe) a failli effacer la race mutante, le scénariste fait non seulement référence à la saga House of M qu'il a écrite mais aussi au fait qu'une mutante a été sur le point d'anéantir toute ses semblables sans savoir qu'elle était alors en proie à une crise de folie.
Les retrouvailles entre Scott et Alex Summers donnent aussi lieu à un passage troublant et émouvant (résumé par Captain America qui fait remarquer à Havok qu'il a pu revoir son frère sous son meilleur jour).
On peut aussi évoquer ce moment où, en plein combat, les jeunes X-Men répètent une manoeuvre apprise en salle des dangers, ce qui traduit déjà leur progression comme équipe depuis qu'ils sont arrivés à notre époque. Le scénariste a ainsi, plusieurs fois, au cours de ces nouveaux épisodes, à coeur de montrer des situations nouvelles, des questionnements divers auxquels les personnages répondent de manière spontanée ou réfléchie, toujours organique. Quelques exemples : comment réagir aux propos de Havok qui refuse publiquement d'être résumé à un super-héros mutant (l'argumentation de Kitty Pryde établissant un lien avec ses origines juives est à la fois pertinente et poignante) ? Lady Mastermind (Regan Wyngarde) réussira-t-elle à corrompre, comme son père, Jean Grey ?
Parfois même, Bendis, qui est connu (et aussi bien apprécié que détesté pour son goût des dialogues abondants) ose se passer de mots pour résumer de manière à la fois comique et astucieuse la complexité d'un instant entre deux personnages de la même famille (voir l'irrésistible page où Jean Grey tombe sur sa fille Rachel, chacune lisant dans l'esprit de l'autre avant de s'éloigner, désorientées). Ces passages sont autant de révélateurs très efficaces pour répondre ou déjouer les attentes des lecteurs, le scénariste ne se défile pas mais les résout avec malice ou sérieux, mais en veillant toujours à ne pas ralentir le tempo.
Une fois encore, Stuart Immonen fait la preuve de sa complémentarité avec Bendis et de sa faculté à produire des planches d'exception. Compte tenu des délais de production, le soin qu'il apporte à la réalisation de l'ouvrage est tout à fait fabuleux : son point fort reste l'expressivité, qu'il s'agisse de la plasticité faciale des personnages ou de leurs attitudes, toujours justes, propres à chacun, le tout intégré à des compositions très vivantes, avec un découpage varié.
Il a, en soutien, un encreur qui sait mieux que quiconque appuyer la force de son graphisme avec Wade Von Grawbadger, qui sait donner de la texture au dessin, souligner les contrastes. Les crayonnés d'immonen sont déjà très précis, mais son partenaire soigne les finitions en parvenant à la fois à respecter le trait du dessinateur et apporter sa propre patte.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer à la la mise en couleurs de Marte Gracia, ici secondé par Rain Breredo (sur les #12-13), mais désormais j'apprécie ses choix, qui savent donner une ambiance sophistiquée et intelligente à chaque scène et chaque émotion (y compris dans le huis clos aux lumières rouges du Blackbird).
Surtout, le travail d'Immonen mérite qu'on revienne sur chaque page pour en apprécier les dispositions : la manière dont il peut placer une grande quantité de personnages dans un plan (ou une série de plans) tout en veillant à sa lisibilité et en lui insufflant du dynamisme, en variant les angles, la dimension des cadres, en jouant sur une planche ou deux pages en vis-à-vis, est éblouissante. Il sait parfaitement typer un personnage en lui donnant une morphologie, des mimiques, de façon à ce que le lecteur sache à qui il a affaire. Avec Immonen, une image parle autant que ce que dit le dialogue (et c'est aussi pour cela que les passages où les héros ne font que parler restent divertissantes car ils se déplacent, on peut lire sur leurs visages l'émotion correspondant à leur propos, etc). Et quand il s'agit de produire une représentation spectaculaire (comme la manifestation du Phénix), c'est également très puissant, non seulement parce que le dessin est impressionnant mais aussi parce qu'auparavant Immonen a su ménager son effet avec une mise en page plus sage.
En comparaison, comme c'était déjà le cas avec l'intérim de David Marquez, lorsque David Lafuente prend le relais, le résultat est nettement moins flamboyant. L'espagnol n'a pas un style réaliste, il évolue même dans un registre quasi-cartoony, naïf. C'est tout à fait séduisant quand il s'agit de représenter des instants humoristiques ou romantiques, mais moins probant lorsqu'il faut servir quelque chose de plus mouvementé (la seule scène d'action semble bâclée, en tout cas mal composée).
Mais, bien que je n'ai jamais été un grand fan de l'artiste, je reconnais à Lafuente un côté très sympathique. C'est juste un peu tendre, et parfois (un comble quand on n'a qu'un épisode à traiter) un peu expédié (là encore, l'absence de décors dans des vignettes de grande taille ou le manque de diversité dans l'expressivité des personnages passent mal).
Espérons que cette belle mécanique ne sera pas grippé par le crossover Battle of the Atom (imaginé par Jason Aaron et Brian Wood) qui suit ces épisodes (et implique aussi les séries Uncanny X-Men, X-Men et Wolverine & the X-Men), conçu pour célébrer le cinquantenaire des mutants.
samedi 8 mars 2014
Critique 421 : ALL-NEW X-MEN - VOLUME 2 : HERE TO STAY, de Brian Michael Bendis, David Marquez et Stuart Immonen
D'un point de vue dramatique, il y a moins d'action dans ces nouveaux chapitres (même s'il y a quelques séquences qui bougent bien), mais c'est parce que Bendis veut privilégier l'exploration psychologique de ses héros tout en soulignant l'impact que produit leur présence dans leur entourage, celui de l'école Jean Grey.
Le scénariste va s'intéresser plus spécialement à trois des jeunes X-Men pour mettre en évidence leurs caractères, montrer ce qui les distingue d'une communauté déjà bien fournie, et justifier que la série se prolonge. Le récit se déploie de manière très claire et linéaire, ce qui, là aussi, diffère du précédent arc narratif (où la chronologie était bousculée et les parallèles entre ce qui se jouait dans le réel et la psyché étaient privilégiés). Jean Grey, Scott Summers et Warren Worthington vont nous être présentés plus en détail au contact d'un autre X-Man, respectivement Kitty Pryde, Wolverine et Angel.
Le segment qui associe Jean et Kitty est très bien vu : Kitty est devenue la professeur de Jean alors que son personnage était apparue durant la mythique saga du Phénix Noir, qui allait aboutir à la (première) mort de Jean Grey. Bendis écrit superbement bien le personnage de Kitty, tutrice attentionnée et troublée de jouer ce rôle avec la version adolescente de l'héroïne qu'elle avait rencontrée quand elle-même n'était qu'une jeune fille. On a également la confirmation que le personnage de Jean est bel et bien celui que préfère visiblement l'auteur, celui autour duquel il articule ses intrigues.
Avec Scott Summers, Bendis insiste sur le décalage induit par l'époque dont vient le jeune homme, sa naïveté : il le montre sidéré par la modernité technologique mais aussi dupé par Mystique. Tout cela est écrit avec subtilité, alternant humour (en s'amusant de l'éternelle rivalité entre Cyclope et Wolverine) et gravité (quelle attitude adopter face au Cyclope moderne ?). L'apparition de Mystique suggère qu'elle va devenir un élément important dans le futur de la série : c'est un adversaire intéressant pour de jeunes héros inexpérimentés, dans un contexte où la disparition de Charles Xavier invite chaque mutant (bon, mauvais ou dans un positionnement plus équivoque) à se redéfinir (le professeur ayant toujours été la figure de référence, pour le pire et le meilleur, lui-même n'étant pas un mentor irréprochable).
Pour ce qui concerne Warren Worthington, Bendis fait preuve d'encore plus d'inspiration. En effet, il en a fait le seul X-Man originel réticent à séjourner à notre époque et il est resté parce que ses quatre acolytes ont voté pour rester. Sa méfiance s'explique aussi par le fait qu'il était le seul à ne pas avoir rencontré son double actuel et quand cela arrive (lors du #6), on comprend immédiatement que cela va avoir des conséquences lourdes et durables. Angel est en quelque sorte le pendant au personnage de Jean Grey : d'un côté, on a la jeune fille apeurée mais curieuse, déterminée ; de l'autre, on l'a, lui, tout aussi anxieux mais qui, plus il en sait, plus il est convaincu que sa place n'est pas ici (à cette époque et avec ces mutants). Bendis sait parfaitement décrire le trouble éprouvé par Angel à découvrir ce qu'il est devenu, très différent et pourtant très proche.
Il offre aussi au passage, au personnage et au lecteur, une séquence d'action très dynamique, reposant certes sur un prétexte facile, mais qui permet d'accentuer le malaise de Warren, précipiter les évènements, et souligner que son désarroi psychologique s'appuie aussi sur des faiblesses physiques (en effet, une fois en situation de combat, il ne fait pas le poids - comme un oiseau il a les os creux, une force proportionnellement normale, bref rien de bien redoutable).
Quiconque n'a pas envie de savoir qui et ce que cela peut provoquer peut arrêter les frais tout de suite. Mais personne ne pourra dire que la série n'évolue pas et que Bendis n'avance pas.
Marquez a un trait élégant, privilégiant la finesse et les rondeurs, convenant parfaitement à la représentation de jeunes personnages auxquelles il sait donner de l'expressivité (que ce soit dans la gestuelle ou l'expression des émotions sur leurs visages). C'est un dessinateur agréable, et déjà solide techniquement - un peu trop même car il use et abuse des outils numériques pour le traitement des décors, ce qui donne un aspect froid à ces éléments. Ce défaut est d'autant plus flagrant qu'il alterne les plans avec des fonds détaillés et d'autres où se trouvent seulement les personnages, dans un environnement indistinct, vide. Ce qui est probant quand il s'agit de montrer une figuration importante (les élèves dans le réfectoire) devient plus embarrassant dans des pages où l'action se déroule sans décors, avec des traits de vitesse, dans la plus pure tradition des scènes d'action des mangas.
Par ailleurs si Marquez est à l'évidence un artiste doué, il lui manque aussi de la diversité pour camper des personnages d'âges différents et un encrage plus nuancé.
Le contraste est frappant quand Stuart Immonen revient pour les deux derniers épisodes du recueil, dont les planches sont infiniment mieux découpées, plus fournies, avec même des touches d'humour visuel savoureuses (la salle des dangers avec une fausse pub pour "Dazzler, the musical", un clin d'oeil à Marvel Zombies).
Le génie du dessinateur éclate surtout avec les expressions faciales des personnages qu'il s'amuse à exagérer au besoin, introduisant un second degré bienvenu au psychodrame. La manière dont il représente Kitty, qu'il arrive à rendre féminine sans vulgarité, ou Wolverine, dont il refait ce petit format trappu et bouillant, compte parmi quelques-uns des exemples les plus fabuleux.
Ses pages bénéficient de vignettes aux dimensions variées et disposées toujours de façon lisible, dégageant une grande énergie, et magnifiées par l'encrage de son complice, Wade von Grawbadger (aux contours admirablement modulés). Du grand art, des illustrations parmi les meilleures disponibles actuellement (et depuis des lustres pour les X-Men, qui ont vu défiler des dessinateurs très inégaux).








































