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vendredi 28 février 2020

DIAL H FOR HERO #12, de Sam Humphries et Joe Quinones


Ainsi s'achève la maxi-série Dial H for Hero. Ce serait mentir de prétendre que cette conclusion n'est pas bienvenue car le projet a souffert d'indéniables longueurs, mais il faut aussi reconnaître à Sam Humphries et Joe Quinones d'avoir mené leur barque avec assurance et panache. Le terme de l'aventure de Miguel et Summer se termine en beauté, sur une note résolument optimiste, qui fait vraiment du bien.


Aspirés dans le K-Dial, Miguel et Summer pensent avoir perdu la partie contre Mr. Thunderbolt. Mais la jeune fille n'en veut pas à son ami, qui a perdu ses repères au pire moment. L'espoir demeure et c'est ce qui va les sortir de ce mauvais pas.


Le temps presse car Mr. Thunderbolt est désormais en possession des quatre cadrans magiques et s'apprête à doter tous les habitants du multivers de super-pouvoirs pour leur épargner souffrance et peine comme lui quand il a perdu son grand-père.


Miguel et Summer surgissent dans l'Hyper-Néant de Mr. Thunderbolt, juste à temps pour l'empêcher d'accomplir son plan. Miguel affronte son double maléfique, Thunder Montez, tandis que Summer se sert du C-Dial pour neutraliser Thunderbolt.


Le vilain est piégé dans un réalité parallèle tandis que Miguel annihile son double. Reste pour les deux adolescents à trouver le chemin pour réintégrer leur dimension d'origine. Summer échange les combinés avec les cadrans et trouvent ainsi un passage entre les pages du Multivers.


Ils regagnent ainsi le repaire de l'Opérateur. Celui-ci a mesuré le danger de cacher les cadrans et va désormais les garder à l'oeil dans un endroit unique. Il renvoie Summer et Miguel à Metropolis où, escortés par les fantômes de SuperMiguel et Lolo Kick You, ils profitent de le retour à la normale.

Le succès critique et commercial de Mister Miracle (par Tom King et Mitch Gerads) a motivé DC Comics a multiplié les projets sous la même forme, des maxi-séries en douze épisodes, soit un an de publication. C'est devenu particulièrement flagrant ces derniers mois avec la parution de Martian Manhunter (Steve Orlando/Riley Rossmo), Batman's Grave (Warren Ellis/Bryan Hitch) et la semaine prochaine le lancement de Strange Adventures (Tom King/Mitch Gerads et Evan Shaner). Sous la bannière "Wonder Comics", le label de Brian Michael Bendis, on a eu droit à Wonder Twins (Mark Russell/Stephen Byrne) et donc Dial H for Hero.

Pourtant, on le sait, ce dernier titre n'était pas destiné à un tel format puisque seuls six épisodes avaient été programmés. Mais les bons retours ont incité l'éditeur à prolonger l'histoire. Cela s'est senti quand, précisément à mi-chemin, le scénario a connu quelques signes d'essoufflement, visiblement pas conçu pour une rallonge pareille.

Sam Humphries a meublé avec le plus de maîtrise possible, tandis que son dessinateur, Joe Quinones, déjà généreux dans l'effort, tirait la langue et devait être suppléé par des invités. On pouvait alors craindre que Dial H... ne sombre.

Après un passage à vide de quelques épisodes, pourtant, les auteurs ont su rebondir et nous entraîner vers une conclusion digne du projet. Comme quoi, il ne faut pas partir à l'aventure sans disposer de suffisamment de munitions et surtout sans un plan d'ensemble à la mesure du format. Il y a bien une différence de taille entre un scénariste qui s'engage dans douze épisodes dès le départ et un autre qui doit improviser, visiblement, pour étirer son récit sur un an de publication.

Avec disons deux ou même quatre épisodes en moins, la série aurait indéniablement gagné en efficacité et en densité, conférant à son propos une solidité plus évidente, sans compter que Joe Quinones aurait sans doute assuré toute la partie graphique sans soutien. Il ne faut pas blâmer Sam Humphries qui a dû composé avec une situation inattendue.

A partir du moment où l'intrigue a promis une étape décisive à Apokolips, le lecteur s'est mis à espérer un dénouement spectaculaire. Mais en fin de compte, on a eu droit qu'à une brève escale chez Darkseid (qui n'a d'ailleurs pas montré son nez). D'une certaine manière, Humphries a eu le nez creux en nous décevant sur ce point car il a choisi de recentrer in extremis, in fine, son intrigue sur ses deux héros et leur adversaire plutôt que de s'attarder chez les Néo-Dieux de Kirby - et d'affronter la concurrence terrible de la maxi-série de King et Gerads.

Ce qu'on retiendra de Dial H... dans son ultime chapitre, c'est sa naïveté assumée mais agréable où l'héroïsme fait place à l'espoir : une astuce plus fine qu'elle n'en a l'air puisqu'elle repositionne l'obsession de Mr. Thunderbolt, méchant qui voulait donner des super-pouvoirs à tous les habitants du Multivers pour qu'il ne souffre pas comme il a souffert de la mort d'un proche. Ainsi, cette objectif pathétique acquiert une certaine noblesse, maladroite certes mais qui révèle au lecteur le visage d'un vilain plus désespéré que vraiment maléfique.

Elle montre aussi que les deux jeunes héros, en particulier Miguel, en perdant le Nord (selon la formule de Summer), n'ont pas été sans reproches mais que la solidarité les sauve. Eux aussi ont été maladroits, mais cela les rend identiquement attachants. Humphries est en définitive un sentimental qui ne se résout pas à séparer le monde entre des mauvais irrécupérables et des gentils impeccables : chacun porte en lui des regrets et cela l'humanise au-delà du fait d'acquérir ou de distribuer des super-pouvoirs. D'ailleurs à la fin, on voit que les fantômes de SuperMiguel et Lolo Kick You accompagnent Miguel Montez et Summer Pickens dans les rues de Metropolis comme des reliquats de leur aventure, des sortes d'anges gardiens, mais les deux adolescents ont prouvé leur valeur sans leurs avatars - et trouvé leur bonheur sans eux.

Quinones fait une dernière fois feu de tout bois au dessin et nous régale d'excentricités bien dosées. Il convoque notamment John Romita Sr., mais l'essentiel n'est plus dans la citation. Lui aussi de dépouille de ses artifices pour livrer des planches très belles où ses deux jeunes héros reviennent au centre. Ce sont eux qui trouvent la solution pour neutraliser Thunder Montez et Mr. Thunderbolt, pour regagner le Heroverse, pour rentrer à Metropolis.

Malgré tout, Quinones et son coloriste, l'excellent Jordan Gibson, ne se privent pas de quelques planches fabuleuses comme quand Miguel et Summer sont coincés dans le K-Dial, ou encore lorsqu'ils traversent des moments forts de l'Histoire du DC Univers le temps d'une double-page magnifique, sans oublier la page finale, superbement composée (notez la présence aérienne de Superman, figure emblématique de toute la série).

Comme je le disais plus haut, avec moins d'épisodes, et peut-être un petit break d'un mois à mi-parcours, Quinones aurait sûrement pu dessiner l'intégralité de la série. Mais on ne peut guère se plaindre des artistes invités pour le remplacer ponctuellement, et qui ont maintenu à l'ensemble une belle allure. L'un dans l'autre, visuellement, Dial H... aura été un régal pour les yeux.

Reste à savoir si tout cela aura une quelconque influence sur le reste du DCU. En l'état, les publications du label  "Wonder Comics" semblent déconnectées, tout au plus s'adressent-elles des clins d'oeil entre elles et certains personnages passent d'un titre à l'autre (pour atterrir dans Young Justice). Pourtant, avec ces cadrans magiques, Sam Humphries a prouvé qu'il y avait matière à peser sur le cours des affaires. 

vendredi 31 janvier 2020

DIAL H FOR HERO #11, de Sam Humphries et Joe Quinones


Le pénultième numéro de cette maxi-série fait feu de tout bois, confirmant le redressement opéré par son scénariste. Sam Humphries nous entraîne, avec ses héros, à Apokolips et convoque Superman, la figure récurrente, le modèle, de manière très ludique, pour une réflexion sur l'héroïsme. Joe Quinones, lui aussi, est en grande forme et produit parmi ses planches les plus inventives. De quoi être confiant pour le grand final.


Les SuperMiguels déboulent à Apoklips pour y dérober le K-Dial, le dernier des quatre cadrans magiques, grâce auxquels Mr. Thunderbolt va pouvoir reconfigurer tout le Multivers en dotant ses habitants de super-pouvoirs.


Mais Summer Pickens est là aussi et fait face à Granny Godness. Elle lui cède volontiers le K-Dial en lui expliquant que cet appareil est maudit et consume l'âme de son utilisateur. Summer peut rejoindre l'Opérateur et élaborer avec lui un plan pour accueillir les SuperMiguels et Mr. Thunderbolt.


Les quatre SuperMiguels ne tardent pas à apparaître dans la Hérovers et Summer utilise le C-Dial pour se transformer en Lolo KickYou afin de les affronter. Mais la bataille est inégale et la jeune fille est vite dépassée par ses adversaires.


Mr. Thunderbolt surgit et peut s'emparer du K-Dial. Il expédie Miguel, qui a voulu reprendre sa forme humaine, et Summer dans le néant, et il gagne Metropolis où ses fidèles l'attendent dans son quartier général situé au sous-sol du "Daily Planet".


Ensemble ils composent sur le quatre cadrans le numéro 52 (F-I-F-T-Y-T-W-0). Le Multivers tremble sur ses bases, toutes les dimensions sont affectées. Mr. Thunderbolt, ivre de puissance, peut remodeler à sa guise le continuum espace-temps.

Comme aux plus belles heures de la maxi-série, débutée il y a presque un an maintenant, cet épisode prouve l'imagination de ses auteurs. Sam Humphries et Joe Quinones (avec l'aide, pour ce dernier, du coloriste génial qu'est Jordan Gibson) n'ont pas seulement revitalisé un vieux concept de DC mais produit une saga ambitieuse. Le résultat n'aura pas toujours été égal en qualité, parce que le projet initial a été modifié à mi-parcours et que cela a affecté la construction du récit, mais on peut dire que l'équipe artistique n'a pas manqué de panache pour être à la hauteur de la conclusion.

Car, sauf un impair terrible, la fin de Dial H for Hero saison 2019-2020 promet d'être grandiose. Certes, ce onzième épisode ne s'attarde pas assez sur le passage à Apokolips, pourtant longtemps attendu et abondamment "teasé" par le scénariste comme l'étape la plus spectaculaire, mais quand le fond faillit, la forme le rattrape et assure au lecteur un divertissement jubilatoire.

Bien entendu, lorsqu'on s'arrête dans le coin le plus terrible du Quatrième Monde créé par Jack Kirby, impensable de ne pas signer le chapitre par une référence appuyé au "King of comics". Et Quinones s'amuse énormément à pasticher le style visuel de son illustre aîné, toujours avec la même virtuosité.

Mais le dessinateur ne s'en contente pas : il consacre une pleine page au plan de fabrication d'un K-Dial à la manière d'une fiche de jeu dans un magazine (à vous de choisir si vous découperez une page de votre revue...). Puis, plus loin, pour représenter le retour de Lolo KickYou, le double super-héroïque de Summer Pickens, il renoue avec le trait manga propre au personnage et un découpage ultra énergique (avec un "gaufrier" explosif).

Cette folie graphique reste l'atout maître de la maxi-série, ce par quoi le projet a vraiment été transcendé, au risque parfois de flirter avec l'exercice de style. Mais Quinones est un artiste hors du commun, visiblement porté par le récit et inspiré par le scénario de Humphries.

Ce dernier a profité pleinement de l'histoire pour visiter divers pans du DCU, mais la figure centrale de son histoire reste Superman, et il le convoque à nouveau via les SuperMiguels. On reconnaît des versions parodiques du Superman cyborg, de Connor Kent... Mais c'est surtout un prétexte pour réfléchir à la notion de héros incarné par le kryptonien et ses avatars. Que se passerait-il si cela était dévoyé ?

En se laissant corrompre par Mr. Thunderbolt, en cédant à la tentation du pouvoir, Miguel fait l'apprentissage de la duperie. Son nouveau mentor le double sans scrupules au moment où il récupère les quatre cadrans magiques avec lesquels il peut reformater le Multivers selon son délire (en conférant à tous des super-pouvoirs). Comme Miguel, Thunderbolt veut faire le Bien, corriger ce qu'il a vécu comme une injustice dramatique (la perte d'un être proche et aimé), mais son comportement trahit à la fin de cet épisode une mégalomanie qui dépasse toute noblesse.

C'est le complexe du Messie, qui risque de perdre tout super-héros et envahit tout super-vilain. L'Opérateur ne ressort pas non plus grandi de l'affaire car son laxisme, sa propre faiblesse (Mr. Thunderbolt n'est que l'autre partie de lui-même), a précipité la situation et il s'en est remis à deux enfants pour la corriger.

Tout cela confirme que, sous ses airs légers, Dial H for Hero est plus profond et trouble qu'il n'en a l'air. Il ne reste plus qu'à boucler la boucle en beauté, ce que cet avant-dernier chapitre prépare avec brio.

jeudi 9 janvier 2020

DIAL H FOR HERO #10, de Sam Humphries et Joe Quinones


On approche de la fin de Dial H for Hero (d'autant plus que le prochain numéro sortira la dernière semaine de Janvier) et logiquement l'action s'accélère. C'est un plus notable après le ventre mou traversé ces derniers mois, certainement du au fait que Sam Humphries a développé un script initialement prévu pour six épisodes. Joe Quinones est pour sa part toujours en grande forme (ayant profité de quelques numéros de répit).


Summer et Miguel traversent le Multivers à bord du van et découvrent les Terres parralèles et leurs héros. Sans savoir où ce périple va les mener, ils atterrissent sur la Terre-32 où tous les super-héros sont des amalgames de ceux qu'ils connaissent.


Mais ce monde est en pleine guerre contre le Harli-Quinnitor contre laquelle tout le monde est mobilisé. Super-Martian accueille les deux adolescents et confie leur protection à Lobo Kick You, l'avatar de Summer sur cette Terre.


Conduit dans la Rue Miguel dotée de conscience, le jeune garçon y trouve une cabine téléphonique avec une porte blindée. Il en déchiffre la combinaison d'entrée et découvre le Y-Dial à l'intérieur, le téléphone jaune que l'Opérateur lui a fermement déconseillé d'utiliser.


Mais, parce qu'il veut pacifier ce monde, il désobéit. Aussitôt Mr. Thunderbolt surgit et révèle à Miguel les mensonges de l'Opérateur pour brider le jeune garçon et empêcher la survie du Multivers en dotant tous ses habitants de super-pouvoirs.


Tandis que Lobo Kick You évacue Summer, Miguel suit Mr. Thunderbolt dans son repaire. Il ne lui reste plus que le téléphone noir à obtenir pour mener son plan à bien, mais l'appareil se trouve à Apokolips. Miguel se transforme pour aller le chercher.

Quel que soit la qualité du dénouement de cette maxi-série, on ne pourra que déplorer la décision de DC d'avoir voulu exagérément la prolonger en passant de six épisodes à douze. Cela a eu pour conséquence une décompression narrative préjudiciable au projet et abouti à des numéros dispensables, visiblement écrits dans l'urgence pour meubler plus que pour enrichir l'intrigue. Huit ou à la rigueur dix épisodes auraient largement suffi.

Mais reconnaissons à Sam Humphries de s'être bien débrouillé pour limiter la casse. Certes il a connu un coup de mou manifeste passé le #6, mais a su redresser la barre au #9. Ce #10 confirme ce mieux même si les ficelles sont grosses comme des câbles pour nous faire patienter.

En effet, l'objectif de l'histoire est de nous emmener à Apokolips où se trouve le dernier des quatre cadrans magiques cardinaux, le noir. Une fois Mr. Thunderbolt en possession des quatre téléphones, il sera en mesure de doter tout le Multivers de super-pouvoirs et de le pacifier grâce à cela. Du moins c'est ce qu'il promet, et on peut douter de sa bienveillance.

Dans le même temps, Humphries a joué la carte de l'ambiguïté en assombrissant la figure de l'Opérateur, la moitié de Thunderbolt, si bien que le lecteur doute des deux. Les arguments de Thunderbolt pour que Miguel adhère à son projet sont troublants et malins (l'Opérateur est un censeur, qui veut le brimer, et sous couvert de libre-arbitre, ne fait rien pour épargner les Terres parallèles). Mais d'un autre côté, comme le lui rappelle à bon escient Summer, Miguel est traqué depuis qu'il est en possession du H-Dial par Thunderbolt : peut-il vraiment s'abandonner à ce personnage ?

Si la série avait conservé une certaine densité, on aurait exploré le Multivers plus tôt et donc la complexité de la situation telle qu'exposée d'une part par l'Opérateur et d'autre part par Thunderbolt. A la place, on a droit à un passage sur Terre-32 et quelques vignettes sur d'autres mondes vite survolés par les deux héros. Malgré tout, Humphries ne se pose pas sur Terre-32 par hasard puisqu'il s'agit d'un monde où les super-héros sont des amalgames improbables des héros de Terre-1 : Superman est ici un mélange de l'homme d'acier et du Martian Manhunter. Cela renvoie aux personnages en lesquels Miguel (et Summer) se transforment grâce au H-Dial, qui sont aussi de curieux mixes de héros. Et puis ça ne fait jamais de mal de puiser dans l'abondante cartographie cosmique et dimensionnelle que Grant Morrison a planifié dans son anthologie The Multiversity (bien plus importante et surtout plus synthétique en vérité que les manipulations constantes d'un Geoff Johns pour agréger la spatio-temporalité du DCU).

L'aventure devient à nouveau accrocheuse puisque Apokolips est plus que jamais proche. On va surveiller avec gourmandise la visite de Miguel (ou des SuperMiguel) dans le domaine de Darkseid. Et observer qui de Mr. Thunderbolt ou de l'Opérateur est le plus digne de confiance...

Joe Quinones dessine à nouveau l'intégralité de ce numéro. Il n'y reproduit pas le style d'un illustre confrère (ou alors je ne l'ai pas reconnu), mais son travail est d'une générosité visuelle épatante. Il ne lésine pas sur les pleines pages riches en détails et spectaculaires à souhait. Terre-32 en proie à un conflit grotesque contre le Harli-Quinnitor (comme si Harley Quinn était devenu l'Anti-Monitor - une fantaisie que seul Humphries peut se permettre puisqu'il est aussi le scénariste de la série Harley Quinn), la représentation de tous les super-héros amalgamés, ou le survol des mondes parallèles sont autant de morceaux de bravoure à l'actif de l'artiste.

Mais quand Quinones doit se calmer un peu pour offrir au récit une narration en relation avec l'évolution psychologique de Miguel, il sait aussi s'assagir et produire des pages impeccablement découpées et même astucieuses. Le meilleur exemple réside dans cette autre splash-page ave l'Opérateur et Mr. Thunderbolt qu'on peut plier pour comprendre que les deux personnages forment une seule entité.

Il faut aussi saluer la contribution essentielle depuis le début de la série du coloriste Jordan Gibson, dont la palette fait vivre cette histoire avec toutes les variations graphiques insensées que Quinones lui imprime. Gibson exécute un travail énorme et superbe, qui contribue à l'immersion du lecteur dans un récit très référencé mais toujours accessible.

Si l'équipe tient bon, la dernière ligne droite promet d'être épique.

vendredi 29 novembre 2019

DIAL H FOR HERO #9, de Sam Humphries et Joe Quinones


Le second arc de Dial H for Hero a connu un sérieux coup de mou depuis trois épisodes, mais Sam Humphries semble s'être ressaisi avec ce numéro 9 qui revient en force sur l'intrigue principale et bénéficie du retour de Joe Quinones comme seul dessinateur. Il était temps puisque la saga entame son dernier tiers.


Mr. Thunderbolt a désormais en sa possession deux des quatre téléphones magiques - le rouge (qui donne des pouvoirs aléatoires) et le jaune (qui donne deux pouvoirs). Miguel et Summer détiennent le bleu (qui révèle le héros en chacun de nous). Le noir se trouve à Apokolips.


Mais Miguel est frustré par la situation : désirant toujours confier le téléphone à Superman et lui parler des autres appareils, il s'est fait embaucher comme coursier au "Daily Planet" avec Summer qui lui a interdit d'utiliser le téléphone bleu car, alors, ils seraient repérés par Mr. Thunderbolt.


L'Opérateur du Heroverse a également deviné la mauvaise humeur de Miguel et l'appelle sur le téléphone bleu pour le mettre en garde contre leur ennemi. Ce qu'il ignore, c'est que Thunderbolt et ses adeptes sont également cachés dans le "Daily Planet".


Pressé d'en découdre autant que de renouer avec le super-héroïsme, Miguel désobéit à l'Opérateur et Summer et utilise le téléphone bleu. Mal lui en prend : il est transformé en un justicier ridicule et, à l'instant même, localisé par Thunderbolt qui lui envoie ses sbires.
  

Miguel ne doit son statut qu'à Summer, qui redevient Lolo Kick You grâce au téléphone bleu, et défait les agents du Thunderbolt Club. Avec elle, Miguel prend la fuite à bord du van de son oncle qui se téléporte dans le Multivers.

Trois épisodes pour (presque) rien, c'est ce qu'on retiendra des trois derniers mois de parution de Dial H for Hero. Et sans doute faut-il autant y voir un manque d'inspiration de la part du scénariste que la conséquence de prolonger un projet conçu pour durer six chapitres et prolongé en récit étalé sur douze mois.

Mais ce neuvième épisode renoue avec le meilleur du projet (ça tombe bien, puisque le premier recueil est disponible, gorgé de bonus). L'intrigue reprend ses droits et les personnages sont confrontés à des problèmes directs résumés avec adresse en première page.

Ainsi Sam Humphries opère-t-il une sorte de rappel, comme si, lui aussi, avait besoin de savoir où il en est. On apprend (ou on ré-apprend) les particularités des quatre téléphones cardinaux (le rouge donne des pouvoirs aléatoires, le jaune en donne deux, le bleu fait surgir le "héros intérieur", mais on ignore la propriété du noir qui se trouve sur Apokolips). On découvre aussi que Miguel et Summer, pour attendre Superman, ont réussi à se faire embaucher au "Daily Planet" (où travaille Clark Kent), mais les tâches ingrates qu'on leur donne frustre particulièrement Miguel qui aimerait bien redevenir un super-héros.

Un double souci se présente : s'il le fait, Mr. Thunderbolt le remarquera aussitôt et aussi en quoi le transformera le téléphone bleu. Pendant quelques pages, ça patine un peu, on se demande où veut aller Humphries (ou plutôt on le devine trop bien) - d'ailleurs ce qu'on pressent arrive, à tous les niveaux, et cela est très convenu, décevant. Un signe que la série est encore convalescente.

En vérité, cela indique qu'on se trouve en présence d'un épisode de transition : nous entamons ici le dernier tiers de la série, il faut à la fois pour Humphries garder des cartouches en vue d'un final spectaculaire mais aussi re-dynamiser une histoire qui s'est embourbé. Pour cela il mise sur une sorte de crise d'adolescence malvenue de son héros, un ressort paresseux mais qui aboutit à un cliffhanger accrocheur.

Le salut vient réellement de Joe Quinones qui, lui aussi, a été bien absent depuis trois mois et doit donc prouver qu'il est toujours investi dans la série. L'artiste ne déçoit pas, au contraire : il nous en met plein la vue.

Déjà il se passe à nouveau d'encreur (même si Scott Hanna n'a pas démérité pour l'aider) et avec le coloriste Jordan Gibson il produit des pages formidables. Un des plaisirs de Dial H for Hero, c'est la manière dont Quinones réussit à imiter, de manière virtuose, le style d'autres grands dessinateurs pour représenter les transformations des héros ou les astuces narratives du scénario. Cette fois, il fait très fort.

On a d'abord droit à deux planches traitées à la manière de Chris Ware (le créateur de Jimmy Corrigan) et c'est d'autant plus savoureux que Ware a toujours exprimé son dédain pour les comics de super-héros. Quinones ne le singe pas méchamment mais la performance est remarquable.

Puis, plus loin, lorsque Miguel se change en Early Adopter, c'est Alex Toth et ses characters designs pour Hanna-Barbera qui sont convoqués sous le crayon de Quinones. Le trait naïf, épuré, cartoon est une merveille de dérision dans cette scène où la parodie est à l'oeuvre.

(En revanche, je dois avouer ne pas avoir reconnu l'artiste imité pour l'intervention du gang des Geckos, qui fait penser aux Teenage Mutants Ninja Turtles.)

Ces tours de force visuels ne sont pas des gadgets, ils servent le récit et lui donnent une énergie qui manque au seul scénario de Humphries. Ce dernier, en souhaitant qu'il se ressaisisse complètement le mois prochain, après avoir donné de tels défis à son dessinateur, serait bien inspiré en effet de se bouger pour que les belles dispositions affichées dans le premier acte de la série soient converties alors que son dénouement approche. Mais je lui fais confiance. 

samedi 26 octobre 2019

DIAL H FOR HERO #8, de Sam Humphries, Paulina Galucheau et Joe Quinones


Ce huitième épisode de Dial H for Hero confirme, malheureusement, une baisse notable de régime, comme si avoir prolongé la série au-delà des six numéros initiaux en avait diminué le charme et les qualités. Joe Quinones ne dessine qu'une page, laissant le reste à Paulina Galucheau, qui est loin d'avoir le niveau. Sam Humphries s'amuse beaucoup avec la narration, mais sans faire progresser une intrigue au point mort depuis le #6.


Comment Robby Reed est-il devenu l'Opérateur du Heroverse ? Et d'où vient son adversaire, Mr. Thunderbolt ? La vérité va apparaître en rêve à Miguel qui va découvrir également qu'il existe plusieurs téléphones magiques.



Des cadrans au nombre de quatre, rouge, bleu, jaune et noir. En découvrant le premier, Robby a acquis ses super-pouvoirs et appliqué la justice en affrontant Mister Thunderbolt et son gang de braqueurs de gang - sans rapport avec son futur rival dimensionnel.


Mais tout cela n'a pu lui permettre de sauver son grand-père de la maladie qui devait l'emporter. Robby entreprit de corriger cette injustice en remontant le temps mais traversa les dimensions à la place pour aboutir dans le Heroverse.


Là, il déterra le Y-Dial, le cadran jaune, fondation du Multivers, composé d'une partie lumineuse et d'une autre sombre. Robby ignorait alors qu'en faisant cela il allait se dédoubler pour créer son opposé, Mr. Thunderbolt, dont l'ambition était de donner des pouvoirs à tous et de conquérir le Multivers.


A présent, dans notre dimension, au coeur du "Daily Planet", à Metropolis, Mr. Thunderbolt est en possession des cadrans rouge, bleu et jaune. Miguel, lui, sait où se trouve le noir : dans l'endroit le plus dangereux de l'univers, sur Apokolips !

Après l'épisode du mois dernier qui ressemblait fort à une sorte d'intermède ludique pour permettre aux auteurs de souffler, en montrant quelques citoyens de Metropolis dotés de super-pouvoirs par Mr. Thunderbolt durant une heure (avant que Super Miguel n'y remette de l'ordre), on était en droit d'attendre que l'histoire reprenne son cours.

Il n'en est rien, autant le dire d'emblée. Il devient évident que la décision de DC de transformer une mini-série de six épisodes en une maxi de douze ne faisait pas partie des plans de Sam Humphries, qui a dû remanier sa copie et rallonger la sauce pour ce nouveau format.

Ce nouveau chapitre n'est pas inintéressant, mais, comme le précédent, parfaitement superflu, dans la mesure où il ne raconte rien qu'on n'ait déjà déduit tout seul. La révélation principale - Mr. Thunderbolt est le double de l'Opérateur, donc de Robby Reed, engendré au contact du Y-Dial - fait long feu et, en vérité, n'avait guère besoin d'être explicitée, surtout sur toute la durée d'un épisode.

Cela fait surtout deux numéros qu'on attend que Miguel et Summer affrontent Mr. Thunderbolt, réfugié dans une pièce du "Daily Planet", avec trois des quatre cadrans magiques qui lui permettront de conquérir le Multivers. Un peu long... Même si le cliffhanger promet un détour par Apokolips qui est à même de tonifier une intrigue en panne.

Humphries joue donc sur la narration pour tenter de rendre l'exercice plaisant et son idée est amusante puisqu'on suit les origines de Robby Reed, l'Opérateur, de A à Z, tandis qu'une page sur deux, on lit celles de Mr. Thunderbolt de Z à A (en commençant par la page 20 pour atteindre la page 1 où se déroule la séparation des "jumeaux" du Multivers). C'est ingénieux, mais aussi très artificiel.

Et cette impression est soulignée par la faiblesse du dessin, confié à Paulina Galucheau, puisque Joe Quinones se contente de signer la dernière page. Cette artiste pallie de la comparaison avec le titulaire du poste, son trait est moins assuré, ses personnages moins définis, ses décors plus sommaires. Tout est moins bon, plus amateur. Il est certes dur de trouver un fill-in capable de faire oublier Quinones, mais là, c'est vraiment raté.

Je ne vais pas davantage accabler cet épisode et ceux qui l'ont produit, mais il est évident que Dial H for Hero aurait gagné à sinon rester en six épisodes, en tout cas à ne pas être étendu à douze (une dizaine de numéros aurait plus sage, avec pour Quinones, une pause d'un mois entre le sixième et le septième chapitre).

dimanche 29 septembre 2019

DIAL H FOR HERO #7, de Sam Humphries et Joe Quinones, Colleen Doran, Mike Avon Oeming, Erica Henderson et Stacy Lee


Ce septième épisode de Dial H for Hero est une parenthèse dans la série. Peut-être produit suite à l'annonce de la modification du titre, qui est passé de six à douze numéros. Peut-être pour permettre à Joe Quinones de souffler. Mais Sam Humphries en profite pour revenir sur l'heure où Mr. Thunderbolt a doté de super-pouvoirs tout Metropolis, et avec quelques artistes invités, s'amuse à réfléchir sur ce que cela a représenté pour quelques co-citoyens de Superman...


Pendant une heure, Mr. Thunderbolt, en possession du téléphone magique, a pourvu les habitants de Metropolis de super-pouvoirs, créant un chaos ahurissant. Mais qui en a vraiment profité comme Miguel, qui a sauvé la ville du crash d'un avion de ligne ?


Tony faisait son jogging en pensant à son petit ami Kevin lorsqu'il répondit à l'appel de Thunderbolt. Transformé en Sir Prize, il découvrit son compagnon dans les bras d'un autre homme. Dévasté, il trouva néanmoins du réconfort auprès d'autres individus également changés.


Tara était chez elle, malade, dans l'impossibilité de se soigner à cause de son assurance souscrite chez Lexcorp. Devenue Phanstama, elle partit se venger en terrorisant l'employé qui suivait son dossier, au point qu'il lui accorda les fonds pour qu'elle soit prise en charge.


Lucy, elle, s'était changée en chasseuse de monstres et sa première cible serait sa tante Rita, qu'elle savait responsable de l'empoisonnement de sa mère pour toucher son héritage. Hélas ! pour Lucy, Rita était devenue une créature trop puissante pour qu'elle l'arrête.


Enfin, Fiona avait été métamorphosée en détective Flamingo enquêtant sur l'Ange Gardien... Qui n'était autre qu'un brave chien. L'Opérateur du Heroverse se demandait encore qui serait son successeur tout en sachant que pour stopper Mr. Thunderbolt, il devrait leurs origines à tous les deux.

Je peux me tromper (DC n'a pas communiqué à ce sujet) mais il me semble évident que lé décision de l'éditeur d'accorder le statut de maxi-série en douze épisodes à Dial H for Hero a obligé Sam Humphries à modifier son intrigue. Cet épisode en témoigne qui revient sur les événements du précédent numéro comme pour gagner du temps, en invitant plusieurs dessinateurs à suppléer Joe Quinones (qui ne signe que deux planches) pour qu'il soit prêt à illustrer le second acte de l'histoire.

Pourtant, le résultat n'est pas un bouche-trou laborieux, mais une occasion pour le scénariste de creuser le thème de l'héroïsme, de manière à la fois ludique et lucide - car parmi les quatre cas sur lesquels il se penche, tous ne sont pas animés par de bons sentiments.

Dans Metropolis peuplé de milliers de super-héros pendant une heure, on croise des individus improbables, un vrai festival digne d'un carnaval, pour lesquels la situation va servir de révélateur plus ou moins douloureux.

Avec Colleen Doran, Humphries dresse le portrait d'un jeune homosexuel sous pression car il cherche par tous les moyens à correspondre à l'idéal masculin de son compagnon. Quand Mr. Thunderbolt lui offre la possibilité d'une transformation, il ignore de quelle nature elle va être mais il l'accepte car les termes choisis du manipulateur vont dans le sens de ses espoirs. Pourtant, c'est une déconvenue cruelle à l'arrivée, même si Tony trouve une épaule réconfortante ensuite.

Le look de Sir Prize, l'alter ego éphémère de Tony, est particulièrement kitsch, digne d'un défilé de la gay pride, mais l'écriture de Humphries évite toute moquerie et tire l'ensemble vers la fable, tandis que Doran ne s'économise pas en planches très fournies.

Avec Mike Avon Oeming, on a droit au segment le plus spectaculaire : l'artiste vole carrément la vedette au scénariste en produisant des pages aux compositions et au découpage hallucinant. Visiblement, le personnage de Phantasma l'a inspiré et on traverse ce passage ébahi.

La charge contre le système de santé et de couverture sociale américains est claire et sans appel. Et malgré son visuel dément, c'est paradoxalement la nouvelle la plus ancrée dans le réel du lot.

Avec Erica Henderson, on glisse dans un moment plus étrange, trouble. Lucy chasse des monstres bien humains, et sa quête de vengeance est finalement très noire. Le graphisme de la dessinatrice de The Imbeatable Squirrel Girl emprunte ici volontiers à celui d'européens (on pense à Sfar, Blain). C'est superbe.

Humphries démontre une fois encore la diversité des registres abordés en se servant du fantastique pour traiter de la famille. Magistral.

Enfin, le dernier segment dessiné par Stacy Lee est celui qui m'a le moins convaincu et plu. Je ne suis pas un fan du style manga, même si je reconnais que l'intégrer à un épisode spécial comme celui-ci n'a rien d'incongru. Mais surtout la morale de ces pages est faible, et même franchement niaise (le Saint-Bernard transformé en Ange Gardien). Bof.

Très étonnante sur la forme et variée sur le fond, cette pause dans la série n'est pas sans qualités. Toutefois, la suite directe de l'intrigue, et la promesse de révélations dramatiques sur Mr. Thunderbolt et l'Opérateur, nous mettent l'eau à la bouche. Vivement le mois prochain !

dimanche 1 septembre 2019

DIAL H FOR HERO #6, de Sam Humphries et Joe Quinones


Cela aurait dû être la fin de Dial H for Hero, mais ce sixième épisode conclut seulement le premier arc de ce qui est devenue une maxi-série en douze épisodes. Et Sam Humphries et Joe Quinones n'ont pas fait les choses à moitié, visiblement motivés par cette rallonge. Ironiquement, c'est même dans ce numéro qu'on trouve la véritable essence de Superman (absente de ses deux séries), avec un véritable festival graphique et une fin ouverte accrocheuse.


Mr. Thunderbolt a donc utilisé le téléphone rouge pour pirater tous les téléphones de Metropolis et conférer à leurs usagers des super-pouvoirs. Seule Summer Pickens est là pour affronter le chaos qui en résulte : elle se re-transforme en Lolo Kick You et essaie de ramener les civils à la raison.


Dans le Heroverse, l'Opérateur demande à Miguel Montez d'utiliser un nouveau téléphone, bleu celui-ci, pour acquérir des super-pouvoirs et sauver Metropolis. Il ne s'en sent pas capable, jusqu'à ce qu'un avion de ligne menace de s'écraser.



Cette catastrophe rappelle à Miguel la mort de ses parents dans des circonstances identiques. Il devient Super Miguel et vole à la rescousse des passagers. Il lui faut cependant encore puiser dans ses ressources naturelles pour avoir la conviction nécessaire à une telle manoeuvre.


Mais le crash est évité et Miguel, au pied de la statue de Superman, a compris l'influence de son modèle dans la réussite de son intervention. Le sort lancé par Mr. Thunderbolt ne durant qu'une heure, bientôt les habitants de Metropolis redeviennent normaux.


Miguel retrouve Summer et ensemble ils savourent leur victoire. Elle n'est cependant pas encore complète car Mr. Thunderbolt court toujours. Il est au sommet du "Daily Planet", toujours en possession du téléphone rouge et préparant le remplacement du Heroverse par le Multivers.

On jurerait en lisant cet épisode, qui devait être le dernier du titre, que les auteurs ont voulu boucler l'aventure en beauté. Pourtant, entre temps, Sam Humphries a eu le temps de modifier son histoire pour la développer en une maxi-série de douze épisodes et donc disposer un cliffhanger.

De toute manière, le cinquième numéro promettait une situation de crise spectaculaire puisque Mr. Thunderbolt, désormais en possession du téléphone rouge, avait doté tous les habitants de Metropolis de super-pouvoirs. Et l'Opérateur du Heroverse venait d'expliquer par le menu à Miguel Montez qu'un bon super-héros se définit par sa capacité de résilience, comment il va surmonter un traumatisme fondateur et le convertir pour faire le Bien (ou le Mal).

Humphries revient sur cette notion pour en faire la clé au problème d'envergure qui se pose à Miguel et Summer. Ils ne sont pas tant confrontés à une population entière de super-humains qu'à des individus sans compas moral par rapport à ce qui vient de leur arriver. Autrement dit : la victoire dépend de la manière dont Miguel et Summer sauront montrer l'exemple à tous ceux que Mr. Thunderbolt vient de doter de pouvoirs.

C'est très astucieux et surtout cela aboutit à une scène à la fois simple et superbe qui illustre parfaitement l'essence de Superman, l'axe du DCU, le repère moral de la communauté super-héroïque - ça tombe particulièrement bien puisque ni Action Comics ni Superman ce mois-ci n'ont réussi à bien exploiter la valeur du personnage. Super Miguel sauve les passagers d'un avion de ligne (un geste très "Supermanien") et atterrit pile devant la statue de l'homme d'acier, comprenant que l'héritage du kryptonien, c'est ce qu'il inspire de meilleur chez nous.

Mais, en plus d'un beau message, sur un rythme enlevé, l'épisode est également remarquable par sa virtuosité visuelle. Joe Quinones (soutenu par Scott Hanna à l'encrage et Jordan Gibson aux couleurs) est déchaîné.

Il n'a pas besoin d'en rajouter pourtant mais l'artiste trouve des astuces dans le découpage absolument formidables, et en profite pour nous régaler d'hommages à de grands dessinateurs. Il imite les styles de (entre autres) Mike Allred (pour Lolo Kick You), Daniel Clowes (pour Miguel dans le Heroverse), de Bruce Timm, de Frank Quitely, de Dave Stevens, Mark Schultz, Alex Ross (pour Super Miguel), Jaime Hernandez, Brian O'Malley, Katsuhiro Ottomo, Dave Johnson, Jae Lee...

Parfois ces clins d'oeil n'occupent qu'une case, ou une portion d'image, parfois une page entière, mais on est tout de même sidéré par la facilité avec laquelle Quinones, sans jamais se prendre au sérieux, réussit cet exploit. Grâce à cela, l'épisode a une ampleur inédite, qui se conjugue à l'esprit du script sans le parasiter.

On est donc maintenant parti pour le second acte de la saga, et le fait qu'il existe en vérité quatre téléphones magiques, capables une fois réunies de remplacer le Heroverse par le Multivers, donne un aperçu très alléchant de la suite.




samedi 27 juillet 2019

DIAL H FOR HERO #5, de Sam Humphries et Joe Quinones


Ce cinquième épisode de Dial H for Hero intrigue quant à sa conception car, initialement, ce devait être le pénultième. Sauf qu'entretemps le titre est devenu une maxi-série de douze chapitres. A quel point cela a altéré l'histoire de Sam Humphries ? En l'état en tout cas, cela reste un divertissement épatant, et superbement illustré par Joe Quinones.


Pour avoir voulu rattraper le téléphone magique aux mains de Mr Thunderbolt, Miguel est tombé dans le Heroverse où il retrouve l'Opérateur. Avant de pouvoir agir, ils sont jetés dans les abysses de cette dimension.


L'Opérateur livre les secrets de ce monde parallèle à Miguel depuis que Robby Reed découvrit, le premier, le téléphone rouge, puis explora le Multivers, et apprit que l'endroit possédait son côté obscur.


Ainsi, comme Miguel aujourd'hui, Robby Reed/l'Opérateur dut s'interroger sur la nature réelle des origines secrètes d'un super-héros. Et ce qui le pousse à agir pour le Bien ou à sombrer dans le Mal, selon sa foi ou son ressentiment.
  

Pendant ce temps, Mr Thunderbolt a réintégré son enveloppe charnelle et accède au Pinacle, la source du Heroverse. Il y compose sur le cadran du téléphone rouge un numéro correspondant au nom de...


... Metropolis ! Summer y atterrit en catastrophe à bord de la Supermobile, après un périple mouvementé. Et elle comprend rapidement que la situation est hors de contrôle car Thunderbolt a piégé tous les correspondants de la ville...

Donc, soit, le mois prochain, on assistera au dénouement (d'ores et déjà spectaculaire) de cet arc narratif ; soit on embarquera pour un développement de l'intrigue initiale, du fait de la prolongation de la série.

Quoi qu'il en soit, Sam Humphries a son affaire bien en mains puisqu'il réussit à faire d'un épisode explicatif un pur morceau de bravoure narratif et graphique avec l'aide de Joe Quinones. Visiblement, les deux compères ont relu Promethea et The Multiversity, mais pour en tirer une variation plus ludique.

En effet, la visite du Heroverse est mise en scène comme les pérégrinations de l'héroïne d'Alan Moore et JH Williams III ou celles des héros de Charlton Comics dans le segment Pax Americana de Grant Morrison et Frank Quitely. C'est un merveilleux tour de manège.

Tandis que l'Opérateur et Miguel évoluent le long du cordon téléphonique magique et devisent sur les origines secrètes des super-héros pour comprendre ce qui conditionne ces derniers à servir le Bien, les pages défilent, virtuoses, dans des compositions vraiment bluffantes, renversantes.

Quinones lâche les chevaus et prouve quel artiste génial il est, en imitant sans mal le style des dessinateurs des golden-silver ages, en passant par celui de Darwyn Cooke avec un clin d'oeil appuyé à DC : The New Frontier (que traduira cet Automne Urban Comics en un seul volume - si vous n'avez pas encore lu ce chef d'oeuvre, plus d'excuses donc !). Puis, ensuite, il marche dans les pas de glorieux stylistes comme Williams III et Quitely, sans souffrir de la comparaison.

Humphries a confiance en son dessinateur pour lui donner à illustrer un texte explicatif. Le scénariste glisse quand même quelques apartés très drôles comme le voyage jusqu'à Metropolis de Summer à bord de la Supermobile (en rappelant au passage qu'il était idiot que Superman ait un tel véhicule puisqu'il peut voler). Elle traverse Gotham sous le joug de Bane (comme actuellement dans les épisodes de Batman)... Et finit par se ficher dans le globe surplombant le "Daily Planet" !

Comme quoi, on peut s'amuser en produire de la BD sophistiquée. 

dimanche 14 juillet 2019

NAOMI #6, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Avec ce sixième épisode s'achève la première "saison" de Naomi. Si on ignore quand la série reviendra, elle demeure une déception au regard des ambitions affichées par Brian Michael Bendis. En revanche le projet aura révélé Jamal Campbell.


Les parents adoptifs de Naomi et Dee le garagiste rejoignent Annabelle là où Naomi vient de disparaître. Elle a en effet suivi sans résistance Zumbado via un portail dimensionnel sur leur monde d'origine.


Cette terre parallèle est aujourd'hui dévastée par la guerre que se sont livrés les élus dotés de pouvoirs divins. Les rares survivants vivent cachés. Zumbado avoue àNaomi que ses parents biologiques sont morts depuis longtemps.


Parce qu'elle connaît le rôle qu'a joué Zumbado dans le sort de la planète, Naomi l'accuse d'être l'assassin de ses parents et engage le combat. Mais son adversaire est trop puissant pour elle.


La jeune fille ne doit son salut qu'à l'intervention providentielle de sa tante, Akira, qui, en ouvrant un nouveau portail dimensionnel, la renvoie sur Terre. Zumbado la suit mais Naomi l'atomise en déchaînant ses pouvoirs.


Bouleversée, Naomi mesure sa chance de revoir sa famille adoptive tout en comprenant que sa vie a irrémédiablement changé. Elle est soutenue par Annabelle et s'envole vers son nouveau destin.

On peut quand même se demander quelle mouche a piqué DC de sortir tous ces épisodes écrits par Brian Michael Bendis la même semaine (et encore j'ai zappé Young Justice #7). On frise l'indigestion et comme, hormis Event Leviathan #2, le scénariste n'a guère été inspiré, forcément Naomi avait peu de chance de surnager après ses précédents épisodes décevants.

Bendis a aussi sa part de responsabilité car il a visiblement péché par excès de confiance en déclarant dès le lancement de ce titre qu'il allait enrichir le DCU de manière aussi significative que Le Quatrième Monde de Jack Kirby. Plutôt audacieux comme affirmation.

Le compte n'y est évidemment pas. Ce n'est pas la découverte de ses origines extra-terrestres et de ses pouvoirs qui fait de Naomi l'égal d'Orion, de Mister Miracle ou Darkseid. Tout cela évoque davantage Superman (une orpheline recueillie au monde dévasté) et renvoie à d'autres créatures "Bendisiennes" comme Miles Moralés et Riri Williams.

Sauf que Miles et Riri avaient un statut d'héritier de super-héros emblématiques comme l'Ultimate Spider-Man ou Iron Man là où Naomi n'est que le rejeton d'une obscure lignée d'élus dont, il faut bien l'avouer, on se fiche un peu. Est-ce pour cela, comme ne le cache pas la couverture de ce numéro, que l'héroïne va grossir les rangs (pourtant déjà bien fournis) de Young Justice, en attendant la suite de ses aventures en solo (pas avant plusieurs mois car le dessinateur de la série va enchaîner avec un nouveau projet) ?

Quel est aussi la part de David F. Walker dans la série ? Bendis joue-t-il le rôle d'une sorte de concepteur et Walker de scribe ? Ou les deux partenaires se partagent-ils plus équitablement les responsabilités ? Il apparaît tout de même que la série tient davantage de Bendis (pour ses dialogues, ses thèmes).

Le vrai mérite de Naomi sera surtout d'avoir révélé au grand public (car le titre a été bien reçu) son dessinateur, Jamal Campbell. En assumant dessin, encrage et colorisation, il montre un potentiel prometteur. Il lui faut encore travailler la lisibilité de certains plans et freiner l'usage de doubles pages, mais c'est épatant.

Car Campbell assure sur beaucoup d'autres points : ses personnages sont expressifs, ses découpages dynamiques. C'est une vraie star en devenir. Qui va donc devoir confirmer sur Far Sector, un titre inédit de la gamme "Young Animals" de Gerard Way, avec pour héros un nouveau (un énième plutôt) Green Lantern.

Pour ma part, je ne ferai pas la "saison 2" de Naomi (et je ne serais d'ailleurs pas fâché que Bendis lâche ses "Wonder Comics" maintenant qu'il va relancer, à l'Automne prochain, La Légion des Super Héros : le scénariste est une force de travail mais je préférerai qu'il s'éparpille moins).