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samedi 15 avril 2023

FANTASTIC FOUR #6, de Ryan North et Ivan Fiorelli


Voilà six mois que cette relance de Fantastic Four a démarré. C'est un peu l'heure pour un premier bilan et Ryan North semble l'avoir intégré en proposant un épisode qui fait suite directement à celui sorti le mois dernier. Il est à nouveau accompagné au dessin par Ivan Fiorelli, qui remplace encore cette fois Iban Coello.



Après leur passage dans la dimension noire, les 4F ont ramené accidentellement une bactérie particulièrement virulente et dont la propagation éclair menace toute vie sur Terre. Reed réfléchit à un moyen d'éviter cette catastrophe et élabore un plan audacieux qui consiste à rendre le soleil invisible pendant trois jours !


Comme je l'écris en préambule, six mois déjà que Ryan North a relancé Fantastic Four, dans une direction très différente des derniers volumes de la série, sous l'égide de Jonathan Hickman puis Dan Slott. Le scénariste a voulu en finir avec les sagas galactiques, la science-fiction, pour revenir aux fondamentaux, les 4 Fantastiques eux-mêmes.


Pour cela, il a eu recours à un procédé que semble affectionner d'autres auteurs chez Marvel en ce moment : placer les héros dans une situation tellement critique qu'ils ont perdu la confiance de la population civile et de la communauté super-héroïque. On a appris ainsi que Reed Richards pour mettre fin à une invasion en provenance de la Zone Négative avait envoyé le Baxter building et tout le quartier alentour dans l'espace pendant un an, avec notamment leurs enfants dans le bâtiment.


Ben Grimm n'a pas pardonné cette initiative à Reed et le groupe s'est dissous, chacun partant de son côté, banni de New York par les habitants en colère (dont certains ont vu leur progéniture et leurs proches également propulsés en orbite autour de la Terre).

Puis l'équipe s'est reformée mais sans revenir à New York pour l'instant. Alors qu'ils étaient en route pour rendre visite à la tante Pétunia de Ben Grimm, ils ont été brièvement attaqués par Nicholas Scratch et ses enfants qui a déréglé leurs pouvoirs et leur santé. Pour se soigner, il a fallu aux FF aller dans la dimension noire. Mais à leur retour, ils ont ramené sans s'en rendre compte une bactérie particulièrement virulente et se propageant à grande vitesse, menaçant toute la planète.

A partir de là, Ryan North applique une recette qui commence à devenir un brin routinière puisqu'elle est à l'oeuvre dans chacun des épisodes qu'il signe : le groupe constate la menace, Reed l'analyse et échafaude un plan pour résoudre le problème, et tout le monde s'emploie à le régler. En parallèle, c'est l'occasion d'explorer la caractérisation de chaque membre du quatuor (qui est en fait devenu un quintet, puisque Alicia Masters-Grimm est aux côtés de Ben, devenu son mari).

Cette fois, c'est au tour de Sue et Johnny Storm d'être sous le feu des projecteurs. La première rend le soleil invisible pour provoquer l'extinction de la bactérie et le second lui tient compagnie pendant trois jours dans l'espace. Tous deux ont beaucoup à se dire depuis la séparation du groupe, mais c'est un peu là aussi que le bât blesse... Car ce qu'ils échangent n'apporte pas grand-chose de neuf.

North semble englué dans la formule qu'il a mise au point : le mécanisme de ses intrigues de poche (qui sont solutionnées au bout de chaque épisode) est trop systématique et la réunion des 4F n'a rien changé à ce fait. C'est divertissant et la lecture est agréable, mais c'est toujours la même chose. Ni la crise profonde qu'ils ont traversé ni leurs retrouvailles ne semblent avoir bouleversé les quatre héros dont le mode de fonctionnement reste le même. Reed reste le cerveau, Ben la gentille brute, Johnny le fanfaron, Sue le ciment de l'équipe. Alicia pourrait ne pas être là qu'on le remarquerait à peine puisqu'elle ne sert véritablement pas à grand-chose.

D'un côté, ce côté done-in-one des épisodes est sympathique (comme pour la série Scarlet Witch). De l'autre, on a le sentiment qu'on pourrait lire les six épisodes déjà parus dans n'importe quel ordre que ça ne dérangerait rien. Ce qu'a fait Reed a été trop vite évacué et pardonné, et les mois passés les uns des autres n'a en rien altéré la dynamique de la formation, chacun a retrouvé son rôle, ses habitudes - même si les taquineries entre Ben et Johnny ont disparu. Et surtout la construction des épisodes avec ces parties bien distinctes les unes des autres ne varie absolument jamais, comme si North ne voulait absolument pas dévier de son processus narratif et tout régler en 20 pages.

La série bénéficiait avec Iban Coello d'un artiste avec un dessin énergique, mais actuellement il ne réalise pas les épisodes car il prépare le n°7 qui sera également le 700ème épisode du titre, à paraître le mois prochain et qui comptera une cinquantaine de planches. Il est donc remplacé par Ivan Fiorelli qui ne démérite pas mais a un style moins percutant.

Fiorelli a un trait lisse qui n'est pas déplaisant mais tout de même très fade. La manière dont il représente la Chose est complètement raté, or c'est le personnage le plus emblématique du groupe puisque Jack Kirby en fait une des créatures les plus étranges de tout l'univers Marvel. Le look de Johnny Storm avec son énorme moustache n'a plus aucun sens dans la mesure où il avait pris cette apparence pour rester à New York incognito.

Restent Reed et Sue que Fiorelli dessine tout à fait convenablement. Il est également à l'aise pour le Fantasti-car et ses planches ont des décors assez fournis pour qu'on le remarque. Mais bon, c'est sans éclat, avec un découpage sans folie. Je ne veux pas l'accabler, il fait le job, mais c'est un dessin sans personnalité.

Vous l'aurez compris, je suis resté sur ma faim, d'autant plus que les faiblesses du relaunch tout entier semblent contenues dans cet épisode, trop générique. Le fameux 700ème numéro du mois prochain sera un vrai quitte ou double pour le coup, car il devra à la fois marquer le coup de cet anniversaire et relancer la machine. A moins que ce ne soit un chant d'adieu prématuré (à l'image de la fin du premier arc de Captain America : Sentinel of Liberty, une autre relance juste correcte) ?

vendredi 10 mars 2023

FANTASTIC FOUR #5, de Ryan North et Ivan Fiorelli



Elle est vraiment bonne, cette relance de Fantastic Four ! Et elle est encore meilleure maintenant que nos quatre héros sont réunis, comme si elle avait vraiment décollé. Ryan North a écrit un nouvel épisode auto-contenu (même si la fin est plus ouverte...), et Ivan Fiorelli remplace Iban Coello très efficacement. Que demander de plus ?



Les FF sont attaqués par un vieil ennemi et ses rejetons alors qu'ils sont coincés dans un embouteillage. Mais leur adversaire s'éclipse rapidement. Un peu plus tard, malades, les quatre fantastiques comprennent que l'agression subie est la cause de leurs troubles et qu'ils vont devoir aller en territoire hostile pour se sauver...


Bien sûr, on pourra reprocher à Ryan North de s'en tenir à une formule et donc de ne pas donner le sentiment de se forcer. On verra si cette manière de conduire la série lasse à l'avenir, mais, pour l'instant, je trouve cela très bon, très abouti.


Cette formule, c'est de développer chaque épisode en trois actes, comme c'était d'ailleurs souvent l'usage dans les comics du silver age : une attaque surprend le héros, il réfléchit à la solution, et il la teste. Ce cinquième épisode illustre ce procédé parfaitement.



North commence par sortir du placard un vilain oublié (Nicholas Scratch, le fils de Agatha Harkness, et les Sept de Salem, ses rejetons, apparus dans Fantastic Four #187 de Août 1977). Il mène un assaut éclair contre nos héros et file sans tarder.

Le lecteur croit qu'il a raté son coup et ressent même un peu de frustration après ce trop bref combat. Mais la méthode de North repose sur ce faux-semblant : tout ça n'est que le début des ennuis pour les FF.

Vient alors le temps de la réflexion : North aime visiblement bien montrer Reed Richards cogiter à voix haute et expliquer avec des mots plus simples à ses camarades ce qui s'est produit et comment y remédier. C'est aussi une façon d'impliquer le lecteur et de faire comme s'il était assis à côté de Mr. Fantastic, écoutant attentivement de quoi il ressort. Malin.

Enfin arrive la séquence spectaculaire où les héros vérifient si l'hypothèse de Reed est exacte et s'ils vont s'en tirer tout en devant affronter un cadre hostile et étrange. La dimension noire permet au dessinateur Ivan Fiorelli de briller.

Mais ne croyez pas que le remplaçant de Iban Coello s'est tourné les pouces avant. Son style est moins énergique, son trait moins dynamique, mais le résultat est aussi soigné et convaincant. Bonne pioche.

Fiorelli s'approprie facilement des personnages et compose des plans très maîtrisés, avec des lignes fermées, un encrage fin. La lecture est fluide, claire, agréable.

Et quand vient le moment de mettre en scène l'incursion des FF dans la dimension noire, Fiorelli rend justice au morceau de bravoure préparé par North, qui, une fois de plus, excelle à valoriser les pouvoirs de ses héros, en particulier ceux de Mr. Fantastic, poussé dans ses retranchements. Mais pas gratuitement.

Je le répète : c'est épatant. La construction des épisodes, leur rythme, sont jubilatoires. Je n'avais pas pris autant de plaisir à lire ce titre depuis longtemps et pour un fan des FF période Byrne ou Waid/Wieringo, cette reprise est un vrai cadeau. Ne vous en privée pas !

jeudi 27 octobre 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #6, de Kieron Gillen, Valerio Schiti et Ivan Fiorelli


A.X.E. : Judgment Day, c'est (presque) fini. Avant le n° Omega, qui conclura vraiment cet event le mois prochain, la mini-série centrale s'achève ici. Hélas ! un peu comme d'habitude, Kieron Gillen ne convertit pas les bonnes idées et les promesses faîtes en un dénouement original et audacieux, s'embourbant dans un final qui ne veut pas finir. Valerio Schiti, fatigué, ne dessine que 24 pages, laissant les huit dernières à son compatriote Ivan Fiorelli.


Captain America commande l'évacuation des terriens dans les cités éternels, encore intouchées par la dévastation du Progéniteur. Celui-ci tente désormais d'atteindre la Machine pour détruire la planète.


Cependant, le commando qui a infiltré le Céleste, accède à son coeur et fait face à une créature qui pilote le géant et désigne qui réussit ou échoue à son test. Mais Ajak s'oppose à ce qu'il soit tué.


Pour tenter de convaincre le Céleste que l'humanité est capable de changer, Sersi se sacrifie en avouant le secret des Etenrels au sujet de leur résurrection. La population cesse ainsi de haïr les mutants.


Troublé, le Céleste suspend son geste destructeur devant la Machine et son pilote se tourne vers Ajak pour savoir si, à son tour, il est digne du test auquel il a soumis la Terre.
 

Ajak reçoit les pouvoirs du Céleste et restaure le monde à l'état qui était le sien avant le Jugement Dernuier. Tout en faisant comprendre à chacun que, désormais, chaque jour sera un test pour s'améliorer...

On a presque envie de dire, après avoir lu ce sixième et dernier épisode de A.X.E. : Judgment Day qu'il est normal d'être déçu. C'est quasiment dans l'ADN des events de décevoir le lecteur qui les suit parce que ce genre de sagas promet énormément, et en vérité promet trop pour ce qu'il peut tenir. Celui-ci n'échappe pas à la règle.

Au fond, Kieron Gillen avait de bonnes idées mais pas assez de lattitude. Les planètes n'étaient pas suffisamment alignées pour que son propos porte autant qu'il l'a sans doute souhaité. Quand, au même moment où Judgment Day paraissait, Jason Aaron achève son run sur Avengers avec une histoire vendue comme la plus importante du titre, c'est comme si Marvel se tirait une balle dans le pied en publiant deux events, dont l'un ne disait pas son nom mais en possédait l'allure. Or, pour qu'un event comme Judgment Day réussisse son coup, il faut que tout le monde joue le jeu et Marvel n'a pas voulu contraindre Aaron à se plier à l'histoire de Gillen.

Du coup, le meilleur moyen d'évaluer les qualités et les défauts de Judgment Day est peut-être de vérifier quel impact a eu cet event sur les A.X.E., soit les Avengers, les X-Men et les Eternels.

Commençons donc par les Avengers. Et disons-le simplement : ils n'ont servi à rien dans cette histoire. Annoncés comme les arbitres du conflit initial entre Eternels et mutants, ils n'ont absolument jamais pesé dans la balance, ménageant la chèvre et le chou car ayant des amis dans les deux camps et cherchant à être des conciliateurs dans une guerre qui les dépassait. Pire, sans doute : Gillen a sombré dans des clichés réucrrents et désormais bien usés avec Iron Man dans le rôle du mec qui fait tout foirer (la conscience déglinguée du Progéniteur est le résultat de sa programmation, à égalité avec Ajak), tandis que Captain America caractérisé comme le symbole de paix et de justice n'a jamais dépassé sa qualité de symbole, transparent dans l'action, inutile dans les moments cruciaux (alors que le précédent épisode s'achevait sur sa résurrection, ce qui en fait le premier humain ramené à la vie par des mutants, pour conduire les héros à la victoire. On ne saura jamais pourquoi lui et pas Cyclope, autrement plus concerné et efficace). Les autres Avengers n'auront strictement servi qu'à remplir des images sans rien apporter, qu'il s'agisse de Thor, Captain Marvel ou Starbrand (qui pourtant est censé être l'incarnation d'un système de défense planétaire).

Ensuite, les X-Men : avec le recul, on est déçu des prémisses de Judgment Day qui n'a fait que recycler les mutants en éternels persécutés. Pointés du doigt par Druig, décimés par le Céleste et Uranos, les X-Men ont semblé longtemps perdu dans une intrigue que Destinée sentait venir depuis un moment pourtant. Cette contradiction mine tout le projet d'où surnagent des mutants inattendus, comme Diablo, mais où sont empêtrés d'autres, comem Mr. Sinistre dont on ne saisit jamais pourquoi il a été kidnappé par Makkari et Ajak ni pourquoi il fait partie du commando qui nfiltre le Céleste (Gillen adore Sinstre, mais il faudrait quand même qu'il se calme là-dessus ou au moins qu'il soit plus clair sur le rôle qu'il veut lui donner - ce sera plus sûrement pour son prochain event The Sins of Sinister, même si, du coup, j'hésite beaucoup à le suivre).

Enfin, les Eternels : évidemment, logiquement même, ce sont les plus affectés par l'event. De l'attaque fomentée par Druig à l'aveu de Sersi jusqu'à la transformation de Ajak, on a envie de dire que, même s'ils finissent l'histoire dans la peau des méchants, difficilement récupérables (ce qui devrait être confirmé par A.X.E. : Judgment Day Omega), tout tourne surtout autour d'eux. Mais là encore, le compte n'y est pas vraiment. Les teasers sur les Déviants-Mutants, le sort du Céleste, la réconciliation et les excuses finales de Zuras en passant par le retour de Eros/Starfox, tout cela rappelle le gloubi-boulga de la série Eternals de Gillen qui avait bien commencé pour se ramasser pitoyablement dans un second arc poussif. Je n'ai pas compris l'objectif de Gillen à leur sujet mais le résultat est là : à peine revenus, les Eternels vont retourner dans leur purgatoire, après un film lamentable et un comic-book bancal.

Plus long que les précédents épisodes, ce dernier épisode a renoué avec les écueils de précédents events, avec des destructions massives, des actes de bravoure plus bravaches qu'efficaces (tout le passage avec l'arsenal donné aux humains jusqu'à la page avec Orchis (dont le renfort a été aussi inutile qu'expédié). La créature, que j'ai appelé le pilote du Céleste, a un rôle nébuleux au possible et le twist final quand il se fait juger par Ajak ressemble à un artifice de la part d'un scénariste ne sachant plus comment terminer ce qu'il a entrepris. Gillen avait promis qu'il ne finirait pas en promettant, selon la formule consacrée, que "rien ne serait plus comme avant", mais plutôt en laissant les héros avec l'obligation d'être différemment héroïques. Bon, ben, c'est clairement raté, même si les mutants vont désormais ressuciter des enfants malades ou mourants. Mais pour le reste du casting, cela se résume à un débat sur le ton de la balgue chez les Avengers qui se demandent s'il est opportun de garder leur QG dans un Céleste mort, et pour les Eternels à des excuses rapides et pour Druig à partager la cellule d'Uranos. On n'a pas le sentiment que tous ces héros en sortent changés ou avec la volonté de changer.

Un dernier point concerne les six humains vendus par Gillen et Marvel comme les six individus les plus importants de l'Histoire. Bon, là aussi, on se demande pourquoi ces six quidams ont mérité cette qualification car ils n'ont eux aussi servi à rien, sinon pour l'une d'elle à boire un café avec Captain America, puis retrouver leur vie d'avant sans se rappeler de rien. Décidément, ces teasers sont aussi déplacés que mensongers.

Visuellement, on sent que Valerio Schiti était au bout de ses forces. Il produit encore des planches épiques, impressionnantes, soutenues par les couleurs vibrantes de Marte Gracia. Mais il était temps que ça se finisse. L'italien a tout donné, mais une fois encore sans disposer d'un script à la hauteur de son immense talent (vivement qu'on en sache plus sur son projet avec Jonathan Hickman pour l'année prochaine). Il faudra aussi qu'un jour editors, scénaristes et artistes se réunissent autour d'une table pour que les deux premiers comprennent que les events sont des laminoirs pour les dessinateurs, qui se trouvent à animer des épisodes surpeuplés, des actions spectaculaires jusqu'à la saturation, qui sur le papier sont très excitants mais épuisants à représenter. Si même Schiti n'y arrive plus, alors ce serait dans doute judicieux que tout le monde se calme et pense histoire avant de penser blockbuster.

Schiti donc laisse l'épilogue de l'épisode à Ivan Fiorelli, soit huit pages sur 32. Fiorelli n'est pas un artiste déplaisant à lire et donc on lui sait gré de nous livrer des planches honorables. Néanmoins, après Schiti, ça fait quand même bizarre car leurs styles ne se ressemblent pas du tout. Et je pense surtout que cet épilogue aurait plus eu sa place dans ce fameux n° Omega car il consiste en une succession de saynètes au ton diamètralement opposé à ce qui précéde. Mais c'est aussi la responsabilité de l'editor et du scénariste de penser à ça en offrant à la mini-série centrale de l'event une vraie conclusion plutôt que de penser en termes de n° Alpha et Omega pour l'encadrer.

C'est dommage car Judgment Day a été agréable à lire, avec des tie-in très bons (pour ceux que j'ai lus du moins, notamment Immortal X-Men et surtout X-Men : Red). Après, le décalage entre la lecture à chaud de chaque chapitre et le bilan qu'on en tire à la fin du dernier épisode est implacable et répète trop d'erreurs du passé pour satisfaire. C'est ce qu'il y a de plus rageant : faire une course excellente mais rater l'arrivée.

vendredi 20 août 2021

MARAUDERS #23, de Gerry Duggan et Ivan Fiorelli


Ce vingt-troisième chapitre de Marauders se situe donc après les événements du Hellfire Gala et la situation ne satisfait pas Emma Frost, pour plusieurs raisons. Ces contrariétés inspirent à Gerry Duggan un épisode plein d'action et lui permettent de recomposer son casting, en incorporant des personnages qu'il avait visiblement envie d'animer. Pour l'accompagner, la série a un nouveau dessinateur, Ivan Fiorelli, mais qui ne va pas s'attarder.


Alertée par le Hurleur qui a interrompu des gangsters irlandais et russes dans un entrepôt de remèdes krakoans, Emma Frost, contrariée par le meurtre de la Sorcière Rouge et la disparition de son frère Christian, rassemble une équipe de Marauders pour lui venir en aide.


Sur ces entrefaîtes, des Reavers surgissent et balancent une bombe à retardement dans l'entrepôt. Emma ordonne télépathiquement aux voisins d'évacuer la zone pendant que Banshee, Kitty Pryde et Jumbo Carnation se chargent des Reavers. Tempo ralentit le minuteur de la bombe.


L'explosion ne fait ainsi aucune victime et le Hurleur s'envole à la poursuite des Reavers en fuite pendant que Emma calme russes et irlandais sur la prochaine livraison de remèdes. Elle avise ensuite Kitty sur la nécessité de renforcer la sécurité des sites de stockage de la Hellfire company.


Pendant ce temps à Londres, les Stepford Cuckoos livrent à la vindicte populaire le père de Wilhelmina Kensington qui a abusé d'elle enfant. La jeune fille quitte dans la foulée l'organisation des Homines Verendi.

C'est sur un rythme très alerte que se déroule cet épisode réjouissant à bien des égards. Gerry Duggan s'y montre plus inspiré et inventif que sur X-Men, ce qui est en somme normal car il maîtrise mieux ces personnages dont il écrit les aventures depuis deux ans. Mais c'est surtout que l'épisode est à tous les points de vue plus complet, plus dense.

Avec Marauders, Duggan pilote peut-être la série la plus diverse de la franchise : il doit à la fois proposer de l'action, une caractérisation dynamique des personnages, s'intéresser à l'aspect business de la Hellfire trading company (avec tout ce que cela suppose : le commerce de la médecine de Krakoa, le négoce clandestin avec des pays n'ayant pas admis la souveraineté de l'île des mutants, le sauvetage et le raptriement de mutants persécutés), tout en ayant à sa disposition un casting illimité (puisque pratiquement n'importe quel mutant de Krakoa peut être amené à travaillé pour la Hellfire company en fonction de ses compétences).

Qui plus est, récemment, avant et pendant Hellfire Gala, les Marauders ont dû faire face à des mouvements internes : Tornade a quitté navire pour devenir la reine d'Arakko sur Mars, Callisto veille sur les Morlocks, Iceberg entretient une relation avec Christian Frost... Autant de paramètres à prendre en compte.

Mais on dirait que Duggan a choisi d'en tirer parti pour reformuler son casting et donc ce qui meut son récit. On sait (parce qu'il l'a avoué) qu'il avait voté pour incorporer Tempo dans l'équipe des X-Men plutôt que Polaris. Qu'à cela ne tienne : il en fait un membre des Marauders. Il a aussi dit qu'il aimait le Hurleur, inutilisé par les autres scénaristes. Idem : le voici dans l'équipe.

Et il faut reconnaître à Duggan qu'il n'est jamais meilleur que quand il a sous la main des personnages qu'il affectionne. Il profite d'avoir Sean Cassidy pour rappeler aux fans que ce dernier avait formé une sorte de couple avec Emma Frost dans la géniale série Generation X, où ils étaient les professeurs d'une nouvelle génération de mutants (Synch, Monet, Chamber, Husk, Skin...), alors créée par Scott Lobdell et Chris Bachalo. D'entrée de jeu, Dugga ranime le lien entre Cassidy et Emma à la faveur d'un appel au secours qui justifie l'action.

Pour Tempo, son pouvoir est habilement utilisé pour une scène spectaculaire, mais le passé chaotique de la jeune femme est aussi rappelé (elle a fait partie du Mouvement de Libération Mutante, et a commis des actes terroristes). Lorsque Kitty lui offre une place fixe dans l'équipe, c'est une manière pour elle de se racheter sans lui accorder un blanc-seing. De manière générale, cette itération des Marauders est prometteuse, et avec Emma sur le terrain, Duggan peut vraiment l'écrire autrement que comme un leader loin du feu mais sans lui ôter ni de son glamour ni de sa morgue (c'est comme ça qu'on l'aime).

Ajoutez à cela une conclusion au subplot concernant Wilhelmina Kensington, qui, mine de rien, diminue les Homines Verendi et vous avez donc un épisode bien fourni. Il est de ce fait regrettable que les dessins ne soient pas à la hauteur d'un tel script.

Ivan Fiorelli ne produit pas des planches indignes, mais bon, le résultat n'est pas abouti. Au début, on est emporté par le flux des événements, ça va vite, on ne fait pas trop attention. Puis les manques apparaissent : un encrage trop léger, des expressions maladroites, des proportions un peu racoleuses. Il y a du potentiel, mais pas assez de substance, de chair dans ce dessin-là. L'absence de Stefano Caselli se fait cruellement sentir pour cette série qui a toujours souffert de ne pas avoir un artiste régulier et solide.

Mais Fiorelli ne fait que passer. Zé Carlos va lui succèder le mois prochain, puis Phil Noto ensuite, puis Matteo Lolli en Novembre. Ce défilé est fort dommageable (d'autant que pour X-Men aussi, Duggan devra se passer de Pepe Larraz en Octobre et en Novembre). J'aimerai quand même que le staff éditorial remédie à cela, en titularisant Noto (car c'est le plus expérimenté, talentueux et régulier du lot).

Marauders mérite plus que jamais d'être lu et suivi, et donc d'être bien dessiné car scénaristiquement, c'est une pépite.