mardi 31 août 2021

SUPERGIRL : WOMAN OF TOMORROW #3, de Tom King et Bilquis Evely


J'avais, avant de prendre des vacances, laissé sur ma pile de lectures ce n°3 de Supergirl : Woman of Tomorrow, histoire sans doute d'avoir quelque chose de bon sous le coude quand je reprendrai la rédaction de mes critiques. Et je ne suis pas déçu car cette mini-série est une des meilleures propositions actuelles de Tom King, dont le duo avec Bilquis Evely produit une vraie merveille, quand bien même cet épisode renoue avec une veine plus familière avec d'autres travaux du scénariste.


Poursuivant leur traque de Krem des Collines Jaunes, Ruthye et Supergirl s'arrêtent sur la planète Maypole. Derrière les visages avenants des gens d'ici elles découvrent vite une attitude beaucoup moins hospitalières dès qu'elles mentionnent le passage du criminel.


Ni la police, ni le concierge de leur hôtel, ni les passants ne veulent les aider, feignant ostensiblement de ne pas savoir de quoi elles parlent. Supergirl fait preuve de patience. Jusqu'à un certain point. Ruthye sent le malaise grandir même reste résolue dans sa quête.


Un détail attire l'attention de Supergirl quand elle remarque que la population de Maypole compte les Bleus et les Pourpres, mais que ces derniers sont invisibles. Elle embarque Ruthye hors de la ville pour inspecter les environs où elles font une sinistre découverte.


De retour en ville, Supergirl use de la force pour que la vérité éclate : Krem a été arrêté puis libéré par les brigands de Barbond avec lesquels, pour gagner leur confiance, il a commis un massacre contre les Pourpres, dont les Bleus voulaient se débarrasser.

C'est du grand Tom King qu'on peut lire dans cet épisode : tout repose sur un suspense et une révélation choquante qui remplissent parfaitement leurs rôles. Ce qui épate, c'est la manière dont le scénariste s'y prend pour faire monter la tension, attisant la curiosité du lecteur pour mieux lui coller une gifle dans la dernière partie. 

Depuis le début de Supergirl : Woman of Tomorrow, la récit s'articule sur la quasi-absence à l'image du méchant, Krem des collines jaunes. Tous ses méfaits, à commencer par le père de la jeune Ruthye, ne reposent que sur ce que celle-ci a raconté. Mais en vérité, on peut douter qu'il soit autre chose qu'un banal criminel, ayant tué à l'épée le père de Ruthye.

Tous les doutes sont levés avec ce qu'on apprend dans cet épisode. Arrivées sur une planète où il a fait une halte récente dans sa cavale, Supergirl et Ruthye sont confrontées à un drôle d'accueil. On les reçoit d'abord très aimablement, trop pour que cela soit honnête et sincère, puis on les bat froid dès qu'elles insistent pour avoir des informations sur l'homme qu'elles traquent. Une ambiance intense et tendue s'installe de façon très efficace.

Pour cela, King utilise un procédé qu'il affectionne : la répétition. A plusieurs reprises, en divers lieux, les deux héroïnes entament la conversation puis très vite, subitement, le ton change chez leur interlocuteur qui leur répond de se mêler de leurs affaires. Supergirl a du mal à supporter cela, elle se retient difficilement. Mais cela ne sert de toute façon pas à grand-chose car elle est connue comme le loup blanc dans ces contrées : pour qui se prend-elle, cette kryptonienne, qui n'a pu empêcher la destruction de son monde ? Que vient-elle chercher ici ? La destruction de Maypole ? On verra ensuite à quel point ce soupçon, odieux, résonne de manière troublante avec ce qui s'est passé sur cette planète.

L'épisode se déroule un peu comme dans le film Un Homme est passé (1955) de John Sturges avec Spencer Tracy où le personnage joué par ce dernier arrive dans une bourgade en posant des questions qui rapidement dérangent. Il ne se passe rien de spectaculaire, mais le climat s'alourdit, l'intégrité physique du protagoniste est de plus en plus menacée (et il est déjà manchot et âgé). Progressivement on appprend ce qu'il cherche et toute la communauté du bled est compromise dans une sale affaire. C'est exactement cela ici aussi avec un secret qui accable toute une partie de la population de Maypole.

Je ne spoilerai pas trop mais quand la vérité éclate, on mesure à la fois la lâcheté des locaux et l'horreur commise par Krem des collines jaunes et des brigands de l''espace dans ce qui est un crime contre l'humanité, l'extermination organisée et barbare de tout un peuple. Un moment glaçant, qui renoue avec ce que King connaît bien et traite déjà dans d'autres comics (Mister Miracle, Strange Adventures, Omega Men).

Si cela marche aussi fort, c'est aussi grâce au dessin de Bilquis Evely, dont la beauté esthétique nous "endort" en quelque sorte. On tourne les pages et c'est un enchantement constant, souligné par les couleurs vives et magnifiques de Mat Lopes. Supergirl : Woman of Tomorrow est vraiment une série sublime et il est impossible de ne pas suspendre sa lecture pour contempler certaines images ou pages, aux détails et aux teintes renversants.

Comme je l'ai déjà écrit, Evely dessine une Supergirl qui n'a rien à voir avec celle qu'on connaît, une jeune fille charmante, sans aspérités. Elle la représente comme une jeune femme, qui fait plus que ses 21 ans et dont l'apparence a un côté délicieusement rétro, avec sa chevelure ondoyante, les traits de son visage fins, son regard perçant, son port altier. C'est le feu sous la glace et cette caractérisation est parfaitement rendue par le dessin de l'artiste. C'est sans doute la meilleure version graphique de Kara Zor-El, la plus surprenante, la plus envoûtante, la plus remarquable. Elle occupe l'espace comme jamais.

Petit à petit, Supergirl recouvre ses pouvoirs, en s'éloignant des soleils rouges (qui les dmininuent) mais aussi par l'énergie qu'elle consacre à retrouver Krem pour sauver Krypto. En faisant cela, King a certes affaibli l'héroïne, mais à dessein, et tout cela, cette frustration, porte maintenant ses fruits car chaque manifestation de ses pouvoirs frappe plus puissamment. Lorsqu'elle renvoie un policier dans les cordes ou, surtout, lorsqu'elle s'envole en portant sur son dos Ruthye (voir page ci-dessus), un sentiment de plénitude irradie la page et comble le lecteur qui renoue avec le personnage puissant qu'il connaît.

Bilquis Evely sait subtilement mettre cela en scène et dose ses effets. Quand, après une splash-page, elle découpe en bandes la scène suivante conduisant à la découverte sinistre faîte par Supergirl, on est saisi par le contraste entre l'envol de la kryptonienne et son abattement devant ce qu'elle met à jour. Et ce n'est pas fini puisque le bref flash-back révélant les agissements abominables de Krem et des brigands de Barbond contre les Pourpres de Maypole profitent de couleurs de feu de Mat Lopes.

La prochaine étape marquera la moitié de cette histoire, qui s'impose déjà comme une indéniable réussite. La complicité entre l'écriture de King et les visuels de Evely est totale. Difficile, pour ne pas dire impossible de ne pas être emballé. 

lundi 30 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (le retour !)


Je suis de retour ! Et complétement vacciné cette fois ! Après une semaine de break, entrecoupée par la piqûre (suivi de 24 heures d'une grosse fatigue, seul effet secondaire ressenti), je reprends le collier. Et comme nous sommes Lundi, c'est le jour des nouvelles nouvelles toutes fraîches. J'espère que vous aussi, vous allez bien (et que vous vous êtes faits vacciner !).

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MARVEL COMICS :





La dernière fois, je vous avais informé de la fin prochaine du run de Chip Zdarsky et Marco Checchetto sur la série Daredevil (au #36, en Novembre). Il semble que cette annonce était précipitée, ou du moins que le scénariste et l'éditeur aient mal communiqué. Car, désormais, il ne s'agirait que d'une "pause". Cela peut signifier plusieurs choses : que le run de Zdarsky touche quand même à sa fin mais que la série va être renumérotée (relancée avec un n°1, histoire de booster les ventes), que Zdarsky va repartir pour un tour (j'espère pas...)... Ou bien comme Zdarsky l'a suggéré, que quelque chose d' "énorme" se prépare.
On sait que dans Daredevil #36, aura lieu le mariage entre le Caïd et Typhoid Mary. Vraisemblablement, on assistera aussi à la sortie (l'évasion ?) de prison de Matt Murdock. Mais quid d'Elektra qui a endossé le nom de Daredevil pendant ce temps ?
Et puis, à l'occasion du Free Comic Book Day (FCBD), dans l'exemplaire consacré à The Amazing Spider-Man / Venom, on a pu découvrir quatre pages à la fin du fascicule en relation avec Daredevil, ou plus exactement le Caïd. Dessinées par Greg Smallwood et écrites par Zdarsky, on suit d'abord Jessica Jones chez un collègue détective privé qu'elle trouve mort, assassiné. Puis on enchaîne avec une scène cauchemardesque où Wilson Fisk délire sec en accusant Daredevil de l'avoir poussé aux dernières extrêmités : il a tué (fait tuer ?) tous les super-héros (en vertu de sa chasse aux masques entamée depuis qu'il est maire de New York  - tiens, ça me rappelle, Future State...).
Mon sentiment, c'est que Chip Zdarsky va écrire un event autour de Daredevil et du Caïd, qui serait ce truc "énorme" dont il parle, mais qui n'aboutira pas à la mort massive de super-héros. Je parie plutôt sur une grosse poussée de fièvre délirante, provoquée par Typhoid Mary (qui veut peut-être en fait épouser Fisk pour hériter de sa fortune et de sa place). Avec Marco Checchetto au dessin .
Et au terme de cette histoire (qui pourrait règler du même coup l'existence des deux Daredevil), Daredevil (la série) redémarrera au n°1, avec une nouvelle équipe créative (fingers crossed !).

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DC COMICS :



Du côté de la Distinguée Concurrence, ça frétille, ça bouge, ça déménage. Commençons par évoquer le cas de Daniel Sampere, sur le départ de la série Action Comics. Il avait annoncé qu'il dessinerait bientôt quelque chose de "huge !". Sur ce point on n'en sait pas plus, mais les spéculations vont bon train (Justice Society ?). En revanche, l'artiste a tweeté qu'il était désormais sous contrat exclusif avec DC et qu'il allait dessiner ses "super-héros favoris dans des titres à venir - Je suis impatient de vous en dire plus". Et nous donc ! Ce qui interroge un peu, c'est que l'an passé, DC a rompu avec la politique des contrats d'exclusivité afin de se délester de gros salaires (Scott Snyder, Tom King, Brian Bendis) puis l'éditeur a tenté, en vain, de retenir, James Tynion IV, et maintenant voilà Sampere couvé comme un trésor national. Certes, c'est un des meilleurs dessinateurs actuels de la firme (même si, à côté, Ivan Reis n'a plus aucune série, que Mikel Janin est complètement négligé, ou que son pote Bruno Redondo éblouit tout le monde sur Nightwing sans parler de Jorge Jimenez, qui est une vraie brute), mais pas une superstar. La gestion des contrats chez DC est quand même surprenante...
 

Brian Michael Bendis, parlons-en ! Après avoir déplacé tout JinxWorld chez Dark Horse Comics, et bien qu'il ne soit plus exclusif DC, et alors que Marvel lui a offert de revenir (ce qu'il a décliné - pourquoi, Brian ?!), il s'accroche à son poste en multipliant les annonces. Par exemple, il vient d'affirmer qu'il écrit actuellement un nouveau volume de Legion of Super Heroes : plutôt étonnant, cat son run avait été stoppé au bout de douze numéros, assez mauvais d'ailleurs, et que Jon Kent, qui avait servi de moteur à la série est désormais entre les mains de Tom Taylor (pour la série Superman, Son of Kal-El). Qui dessinera ces nouveaux épisodes ? Est-ce en lien avec le projet OMAC, teasé par le dessinateur Sanford Greene (dont je vous ai déjà parlé) ? A suivre (ou pas).


Bendis, avec David F. Walker et le dessinateur Jamal Campbell, sont aussi à l'oeuvre pour Naomi season 2. Ce personnage original, créé pour les Wonder Comics (aujourd'hui défunts de BMB), a intègré récemment la Justice League de Bendis, qui avait promis qu'elle connaîtrait de nouvelles aventures en solo dès que Campbell aurait terminé la mini-série Far Sector, ce qui est fait.
Ce qui a dû motiver DC, c'est que Warner Bros. est en pleine production de l'adaptation en série télé de Naomi season 1, par la réalisatrice Ava DuVernay, avec l'actrice Kaci Walfall (ci-dessus). Je sais, pour ma part, que je ne lirai ni le prochain comic-book ni son adaptation pour le petit écran de Naomi, dont les premiers exploits m'avaient laissé sur ma faim (ce n'était guère plus qu'une version féminine et cosmique de Miles Morales).


Non, la grosse annonce de ces derniers jours chez DC concerne bien entendu... (Roulements de tambour, suspense insoutenable)... Batman ! Hé oui, toujours la chauve-souris de Gotham, dont on sait qui va écrire ses prochaines aventures post-Fear State, post-James Tynion IV. Et DC a choisi la sécurité plutôt que la prise de risque avec Joshua Williamson. Comme Tynion, il a "grandi" dans l'ombre de Scott Snyder avant de devenir le nouvel architecte de la maison via la mini-série Infinite Frontier (qui est pourtant une purge). Fort d'un run à succès sur Flash, il hérite du héros le plus important commercialement de la firme.


Pour l'occasion, on notera un changement dans le design du costume de Batman, qui retrouve son antique ovale jaune sur la poitrine et perd son slip noir. Alors que la fin de Fear State présageait de l'absence de Batman à Gotham (sans doute suite au combat éprouvant qu'il ménera durant le crossover), Williamson s'en fiche déjà et compte bien relancer la légende du dark knight (sans mentionner la Bat-family élargie par Tynion, avec Ghost-Maker, Harley Quinn, Oracle, Huntress...). En revanche, il introduit un nouveau vilain original, Abyss dès Janvier 2022.
Les dessins, quant à eux, seront assurés (comme les couvertures ci-dessus) par Jorge Molina pour le premier arc. Jorge Jimenez, qui avait assuré rester sur le titre, ne reviendra que pour l'arc suivant, et tout laisse à penser que les deux artistes alterneront. Au moins, ça restera beau à voir. Mais je suis tout de même dubitatif sur le choix de Williamson dont tout ce que j'ai lu ne m'a guère plu. J'aurai aimé que DC ose nommer un auteur plus inattendu (Tini Howard ?), qui programme plus de changements qu'un logo sur le torse.


On en sait aussi désormais plus sur la prochaine mini-série en douze numéros sur le Black Label de Tom King : The Human Target, dont le départ sera donné en Novembre prochain, avec Greg Smallwood. Ce dernier a partagé sur Twitter les images du process de la couverture du premier épisode, en commençant par celle qu'il avait produite pour convaincre l'éditeur (ci-dessus).


Puis (ci-dessus), la version crayonnée. Et puis la version finale (ci-dessous) que je vous avais déjà montrée. Ce revamp des aventures de Christopher Chance semble se passer dans les années 1980 et a pour guest-stars la Justice League International. Mais quel rapport entre la Cible Humaine et la ligue de justice période "bwhahaha" de J.M. DeMatteis, Keith Giffen et Kevin Maguire ?


Hé bien, le pitch de Tom King est simple et astucieux : Chance est engagé par Lex Luthor pour le protéger suite à des menaces de mort. Quand le milliardaire est abattu, Chance tombe le masque puisqu'il a, comme à son habitude, pris l'apparence de son client et mène l'enquête. Les suspects sont les membres de la JLI.


La série se déroulera en douze jours, donc un épisode = une journée. Et ce Cluedo va voir Christopher Chance passer au grill des super-héros comme le Limier Martien, Batman, Guy Gardner, Blue Beetle, Booster Gold, Ice, Fire, Mister Miracle, Black Canary, Rocket Red...

J'ignore si King va essayer de conserver l'humour potache de Giffen et DeMatteis, mais ça m'étonnerait. Toutefois, avec un casting de suspect pareil, c'est un projet tout à fait improbable dans lequel se lance le scénariste de Mister Miracle (qui aura l'occasion de renouer avec Scott Free donc).


Et puis, avec Smallwood au dessin (qui assurea aussi la colorisation), ça va être superbe. Non mais, regardez comme il représente Ice (ci-dessus) : quelle beauté ! Je suis chaud patate !


Et, pour la route, voici les variant covers connectées du premier et deuxième épisodes par Trevor Hairsine, qui assume complètement le côté ludique et Cluedo du projet.


Pour conclure, un mot du DCEU (DC Extended Universe - ce qui est censé être l'équivalent du MCU pour DC/Warner Bros. - ne riez pas ou les fans de Zack Snyder vont encore réclamer la restauration du Snyder-verse !) puisque HBO Max a confirmé, enfin, la pré-production d'un long métrage consacré à Black Canary, soit un spin-off du film Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn de Cathy Yan. Jurnee Smollett y reprendra le rôle de Dinah Lance et Mischa Green signera le scénario (les deux femmes avaient précédemment travaillé sur la série Lovecraft Country, déjà sur HBO Max, et annulée au bout d'une saison à la surprise générale vu son succès critique et public).
J'avais beaucoup aimé Birds of Prey... et la prestation de Jurnee Smollett, des fans du film et de l'actrice poussaient sur les réseaux sociaux pour que ce projet voit le jour, donc tout le monde est content.


Et du coup, les mêmes (ou quasiment) réclament désormais un film sur Huntress, avec Mary Elizabeth Winstead (qui a fait savoir qu'elle serait partante mais qui n'était au courant de rien). Pourtant, certains sites assurent que  HBO Max serait sur le coup là aussi - mais sans doute devra-t-on attendre... En attendant, pour les fans de Mary Elizabeth Winstead (comme moi), rendez-vous le 1er Septembre sur Netflix pour la voir dans Kate, un action movie qui m'a l'air de sacrément dépoter et où elle est assurément, comme d'hab', géniale !

Et voilà ! Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture. Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles critiques. Prenez soin de vous et de vos proches, allez vous faire vacciner !

lundi 23 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (Avant un petit congé...)

Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle salve de nouvelles nouvelles toutes fraîches ! J'espère que vous allez tous bien, pour ma part je reçois ma seconde dose de Moderna ce Mercredi et dans une semaine j'aurai enfin le précieux Pass sanitaire. Faîtes-vous vacciner pour vous protéger et protéger ceux que vous aimez ! Allez, c'est parti pour les news qui ont retenu mon attention cette semaine.

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SUBSTACK :


Substack continue de faire ses courses en attirant dans ses filets les gros poissons de l'industrie des comics (même si ce sont principalement des auteurs de chez Marvel...). Et un des derniers qui manquait à leur tableau de chasse était Donny Cates (ci-dessus, avec sa femme, la dessinatrice Megan Hutchinson), l'actuel scénariste de Thor, qui a reprendre Hulk. Dans son cas, le deal est un peu différent.


En effet, avec le dessinateur Ryan Stegman (son partenaire sur Venom), Cates a développé un imprint, KCL, regroupant trois titres en creator-owned, financés participativement, qui n'avaient pas d'éditeur. Ce sera donc chez Substack qu'on pourra d'abord lire : Vanish, son nouveau projet avec Stegman...


Mais également Flood, avec Megan Hutchinson donc, au dessin...


... Et enfin The One You Feed, avec Dylan Burnett (qui a été supporté sur la plateforme Kickstarter), le projet qui m'intéresse le plus. Toutefois, comme je l'ai écrit plus haut, Cates ne lâche pas Marvel ni Image Comics (chez qui il y a de fortes chances que ces trois séries soient publiées en format physique) pour qui il écrit Crossover, un des gros succès de ces derniers mois.


Moins ronflant, le nom de Leah Williams est l'autre prise de Substack : actuellement à l'écriture de X-Men : The Trial of Magneto, la scénariste pourrait en revanche quitter complètement la "maison des idées" suite à l'expérience malheureuse qu'elle a récemment connue avec l'annulation de série X-Factor (dont le dixième et dernier numéro a été réécrit dans son dos). Pas encore de projet annoncé néanmoins, mais ça ne devrait pas tarder.

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BRIAN MICHAEL BENDIS / DARK HORSE :


Il peut avoir le sourire, Brian Michael Bendis, car les affaires reprennent pour le prolifiqiue scénariste, regonflé à bloc. Il y a quelques semaines, il annonçait que son label JinxWorld, regroupant tous ses creator-owned, allait déménager suite à la fin de son contrat d'exclusivité avec DC Comics. J'avais parié sur Image Comics, mais c'est finalement chez Dark Horse Comics que ses séries trouvent un nouveau toit. Un joli coup pour l'éditeur, après avoir attiré Scott Snyder, et qui conserve la franchise Black Hammer de Jeff Lemire et Hellboy de Mike Mignola.


Et JinxWorld, qui a résidé chez Caliber Comics, Image Comics, Marvel, DC, se relance avec un titre inédit, écrit par Bendis et dessiné par Stephen Byrne (Wonder Twins) : Joy Operations est, selon la formule de l'auteur, la rencontre d'Akira et de Inception, avec une intrigue située 55 ans dans le futur et qui suit les traces d'une mercenaire dans un monde contrôlé par de grosses entreprises.
Bendis a aussi prévenu qu'il avait un projet inédit avec Jacob Edgar, sans compter celui qu'il tient secret depuis un moment avec David Marquez, et une future collaboration avec son complice Alex Maleev. Des suites de Pearl (avec Michael Gaydos), de Cover (avec David Mack) et de Murder, Inc.avec Mike Avon Oeming, plus des réimpressions de Powers (dont un nouveau chapitre sous la forme d'un graphic novel de 200 pages) sont aussi dans les tuyaux. 
Mais Bendis a précisé que cette fois, chaque titres sortirait de manière assez espacée pour que les lecteurs ne soient pas saturés et que chacun ait sa chance. 


Et ce n'est pas tout : Bendis, qui a tweeté qu'il reprenait l'écriture de Legion of Super-Heroes pour DC, se lance sur un nouveau marché, donc hors du cadre de son contrat avec Dark Horse. En compagnie du dessinateur André Lima Araujo (ci-dessus), il va lancer une collection de romans graphiques qui seront directement vendus en librairie. Le premier de ces graphics novels serait déjà terminé !

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DC COMICS :


Une seule annonce notable (pour moi) du côté de chez DC cette semaine, mais une bonne nouvelle : Le Pingouin, ennemi emblématique de Batman, va fêter à son tour ses 80 ans en Novembre, au sein d'une revue anthologique, Gotham City Villains.


Et pour l'occasion, Danny de Vito, qui l'avait incarné génialement dans Batman, le défi de Tim Burton (1992), aux côtés de Michelle Pfeiffer/Catwoman, écrira une histoire avec Oswald Cobblepot et Selina Kyle, qui sera dessinée par Dan Mora (doont voici les characters designs ci-dessus). J'ai hâte de lire ça !

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MARVEL COMICS : 


La "Maison des Idées" a été très active cette semaine sur le front des annonces. Le mois de Septembre approchant, ce sera aussi bientôt le vingtième anniversaire de l'attentat perpétré par Al-Qaïda contre le World Trade Center et le Pentagone. Et pour se souvenir de la tragédie mais aussi de ses héros, Joe Quesada écrira un épisode spécial de Spider-Man qui sera dessiné par John Romita Jr. (déjà au crayon sur The Amazing Spider-Man 477 paru à l'époque et alors écrit, sous le coup de l'émotion, par J. Michael Straczynski).


En a-t-on bientôt fini avec l'épouvantable run de Chip Zdarsky sur Daredevil ? En tout cas, au #36, en Novembre, Marvel cesse de publier la série, qui verra le mariage de Wilson Fisk, le Caïd, et Typhoid Mary (jusqu'au bout, les idées pourries...), et probablement Matt Murdock sortir de prison. Mais ce n'est peut-être qu'une fausse joie car Zdarsky a prévenu ne pas en avoir fini avec le personnage et notamment le fait qu'il y a désormais deux Daredevil (Murdock donc mais aussi Elektra qui a repris le nom pendant qu'il était en taule). J'espère pourtant que Marvel va changer d'équipe créative (Marco Checchetto part aussi) parce que j'ai envie de relire du DD, du bon DD !


Novembre sera aussi le mois où Disney+ débutera la diffusion de la série Hawkeye avec Jeremy Renner et Hailee Steinfeld, que j'attends avec gourmandise. Fort naturellement, Marvel en profite pour lancer une mini-série en 5 numéros intitulée Hawkeye Kate Bishop.


Le scénario sera assuré par Marieke Nijkamp et les dessins par Enid Balam, dont on peut ici voir les characters designs (totalement copiés sur ceux de la série Disney+). Bien sûr, c'est très opportuniste, mais pourquoi pas ? J'aime bien Kate Bishop et nul doute que la série Disney+ va lui faire gagner des fans supplémentaires.


Reste à savoir si ce sera aussi bien que le run de Kelly Thompson et Leonardo Romero, ce qui paraît difficile...


Autre mini-série qui débutera en Novembre, pour six épisodes : The Thing. Ce n'est pas la première fois que Ben Grimm a son propre titre (John Byrne ou Dan Slott l'ont animée précédemment). Cette fois, c'est le romancier de polars Walter Mosley qui s'y colle avec l'excellent Tom Reilly au dessin. "It's clobberin' time !"
 

En Novembre toujours, Jason Aaron sortira son 50ème numéro d'affilée d'Avengers. Marvel s'est arrangé avec les chiffres pour faire croire que ce serait aussi le 750ème épisode du titre depuis sa création. Et donc, pour fêter ça, on aura droit à un chapitre spécial king-size de 96 pages, dessiné par Javier Garron, Ed McGuinness, Carlos Pacheco, Aaron Kuder. Y seront introduits de nouveaux Maîtres du Mal du Multivers (qui, avec un peu de chance, auront aussi la peau de Aaron, comme ça, après, on aura peut-être un scénariste qui écrira des bonnes histoires avec les Avengers....).


Ce numéro anniversaire aura même un bonus avec une back-up story sur Thor, écrite par le romancier multi-primé Christopher Ruocchio et dessinée par Steve McNiven. Bon, je vous l'avoue, je relaie cette nouvelle en m'en fichant car actuellement ni Avengers ni Thor ne font partie de mes lectures et je ronge mon frein en attendant des jours meilleurs (en sachant que je vais certainement encore attendre longtemps).


Finissons ces news Marvel (et ces news tout court) avec une annonce que je redoutais mais qui n'est peut-être pas si triste que ça : avec son nouveau projet pharaonique chez Substack (3 Worlds/3 Moons), il paraissait acquis que Jonathan Hickman n'allait pas s'attarder sur la franchise X. Et c'est désormais officiel : l'event Inferno sera son chant du cygne.
Ce n'est pas une surprise totale donc, d'autant que Hickman a précisé lors d'une interview-table ronde (avec Gerry Duggan, Vita Ayala, Al Ewing, Tini Howard, Si Spurrier, Benjamin Percy et Pepe Larraz) au site ew.com que son plan pour raviver la franchise comportait trois actes (donc HoX/PoX, X of Swords et Inferno). 
Il est acquis, acté que les bases posées par Hickman seront conservées par les auteurs, donc pas de changement de statu quo à venir. Il y aura toujours Krakoa, Arakko, le SWORD, etc. Mais après ?
Hé bien, c'est là qu'il y a des raisons d'espérer encore de grandes choses comme Hickman sait les établir car le scénariste a expliqué que Marvel ne le payait pas seulement pour écrire X-Men et superviser la franchise. Il travaille déjà sur "the next Marvel big thing" (traduisez : un event) et une série mutante hebdomadaire qui commencera en 2022 ! Au temps pour ceux qui s'indignent en attaquant Hickman en affirmant qu'il plante tout le monde... Il est certain que les séries X seront certainement dirigées plus collégialement désormais, mais pas que Hickman abandonne ces personnages, cet univers (et quand bien même, même si ça aurait été triste, il fait ce qu'il veut !).

Voilà pour cette fois. Je vais certainement être plus discret ces prochains jours car je prends quelques vacances (les premières depuis... hola !... Longtemps). Mais on se retrouve quand même bientôt pour de nouvelles critiques. Soyez prudents et merci pour votre attention et votre fidélité.

samedi 21 août 2021

NIGHTWING #83, de Tom Taylor et Bruno Redondo


Ce quatre-vingt-troisième numéro de Nightwing marque la fin du premier arc sur la série par Tom Taylor et Bruno Redondo. Comme tous les Bat-titles, le mois prochain, Dick Grayson sera emporté par la tourmente Fear State. Comme pour Catwoman, les deux auteurs soignent leur sortie tout en laissant la porte ouverte à des développements accrocheurs. En tout cas, cette reprise du titre est une réussite qui fait plaisir à lire.


Blockbuster et les forces de police de Blüdhaven à sa porte, Melinda Zucco livre une dernière révélation à Dick Grayson en lui expliquant qu'elle est une agent du FBI infiltrée pour faire tomber ceux qui contrôlent le grand banditisme en ville.
 

Nightwing attire Blockbuster sur le toit de l'immeuble où réside Melinda qu'il a ligotée pour ne pas griller sa couverture. Sachant qu'il ne pourra fronter son adversaire dans son état, Nightwing lui fausse compagnie en neutralisant un hélico de la police qui lui tire dessus.


Après deux jours de repos (durant lesquels Red Robin a veillé sur la ville à sa place), Dick Grayson consulte le Dr. Leslie Thompkins, les Titans, Lucius Fox et enfin Superman pour avoir leur avis et leur soutien pour le grand projet qu'il a imaginé pour Blüdhaven.
 

Puis il organise une conférence de presse au cours de laquelle il expose le programme de réhabilitation qu'il va financer avec la fortune léguée par Alfred Pennyworth. Parmi ceux qui le regardent à la télé, le tueur Heartless entend bien l'empêcher de concrétiser ce plan...

Depuis six mois que Tom Taylor et Bruno Redondo ont repris en main Nightwing, c'est un un air frais qui souffle sur une série qui a connu bien des déboires depuis l'ère Rebirth chez DC. Mais désormais, tout cela paraît loi, effacé, par la foi qu'ont les auteurs dans ce personnage, pour lequel ils ont encore beaucoup à raconter.

Je crois vraiment au lien entre les auteurs et les personnages : il faut sinon leur témoigner du respect, en tout cas avoir quelque chose à dire à leur sujet pour accomplir quelque chose de beau et de grand. C'est un rendez-vous quasiment amoureux où on mesure la sincérité d'un narrateur. Quand l'étincelle jaillit, le lecteur la reconnaît, et c'est ce qui s'est passé avec Nightwing, Tom Taylor et Bruno Redondo.

Le scénariste aurait pu choisir n'importe quel héros vu le succès qu'il rencontre chez DC (notamment grâce à son adaptation du jeu vidéo Injustice et les "Elseworlds" DCeased). Mais il jeté son dévoulu sur Dick Grayson car il croyait vraiment qu'il s'agissait d'un personnage essentiel, aussi important que Superman, Batman Wonder Woman. Sa longévité parle pour lui, mais ça ne fait pas tout.

J'ai souvent pensé en lisant ce premier arc au Daredevil de Mark Waid avec Paolo Rivera puis Chris Samnee parce qu'il y a là le même esprit bondissant, cette volonté de conjuguer le divertissement à quelque chose d'intelligent. Nightwing n'est pas un héros hanté comme Daredevil, il n'a pas ce rapport obsessionnel à la religion, il a traversé des épreuves néanmoins, parfois au niveau éditorial il a failli passer à la trappe (Dan Didio ne l'aimait pas et insistait pour le tuer à chaque event, pour provoquer un choc dans la franchise Batman).

Mais déjà, lors des New 52, où durant l'event Forever Evil, quand il a été donné pour mort aux yeux du monde, Tom King et Tim Seeley avec Mikel Janin avaient su réinventer le personnage en super-espion dans la série Grayson. Lors du reboot de Rebirth, malgré la présence de Seeley, le retour de Dick en Nightwing a manqué de pep's, puis a complètement sombré à la suite d'une péripétie dramatique dans le Batman de Tom King.

Il aura donc fallu Tom Taylor pour sauver le soldat Grayson, en lui rendant son panache, son entrain, en le basant à Blüdhaven, avec une héritage (spirituel et financier), une mission. Cette mission, on en découvre la teneur dans cet épisode et elle donne au héros une dimension sociale, politique même inattendue mais bienvenue. D'un coup, il ne s'agit plus d'un justicier en costume mais d'un justicier tout court, avec un plan à long terme. Les défis qui l'attendent son nombreux mais Taylor, là encore, ressemble à Mark Waid sur Daredevil : il dispose ses pions avec application, des pions qui ressemblent à ceux qu'on trouve dans DD (Blockbuster en avatar du Caïd, Heartless en potentiel néo-Bullesye, Barbara Gordon dans le rôle de la girlfriend fûtée comme le fut Kirsten McDuffie).

Et tout ça est exécuté avec une impeccable élégance car Bruno Redondo aussi évoque les artistes du Daredevil de Waid, avec son trait clair, comme Paolo Rivera, et son dynamisme, comme Chris Samnee. Sur ce point aussi, je crois à la connection qui s'établit naturellement entre un artiste et un personnage, comme s'ils étaient destinés l'un à l'autre. Et Redondo était fait pour Nightwing.

Regardez simplement la couverture de ce numéro : c'est une merveille. La composition avec le découpage des mouvements, l'énergie qui s'en dégage, le phylactère qui annonce le discours final de Dick Grayson dans l'épisode, tout ça ne doit rien au hasard, c'est le travail d'un dessinateur qui a cerné le propos de l'histoire et la personnalité du héros,

Mais les pages intérieures ne sont pas en reste. La manière dont Redondo met en scène l'action, les acrobaties est un régal permanent, il joue avec le flux de lecture, la distribution des plans, leur enchaînement, c'est d'une fluidité remarquable. Il signe des doubles pages fournies et toujours à bon escient. Il aime les plans larges mais sans oublier de soigner les décors, et l'expressivité des personnages est toujours juste. Et Adriano Lucas colorise cela avec une palette à la fois identifiable, nuancée et précise.

On pourra tout au plus chipoter que ce premier arc n'a fait "que" mettre en place ce dont Taylor a besoin pour l'avenir. Mais cette phase d'exposition est si bien ouvragé qu'on serait mesquin de la critiquer. Redondo va avoir le temps de souffler puisqu'il ne dessinera que les couvertures des n° tie-in à Fear State - dont je ne sais pas encore si je les lirai. Mais le futur s'annonce radieux et palpitant pour Nightwing, peut-être plus qu'il ne l'a jamais été auparavant.

vendredi 20 août 2021

MARAUDERS #23, de Gerry Duggan et Ivan Fiorelli


Ce vingt-troisième chapitre de Marauders se situe donc après les événements du Hellfire Gala et la situation ne satisfait pas Emma Frost, pour plusieurs raisons. Ces contrariétés inspirent à Gerry Duggan un épisode plein d'action et lui permettent de recomposer son casting, en incorporant des personnages qu'il avait visiblement envie d'animer. Pour l'accompagner, la série a un nouveau dessinateur, Ivan Fiorelli, mais qui ne va pas s'attarder.


Alertée par le Hurleur qui a interrompu des gangsters irlandais et russes dans un entrepôt de remèdes krakoans, Emma Frost, contrariée par le meurtre de la Sorcière Rouge et la disparition de son frère Christian, rassemble une équipe de Marauders pour lui venir en aide.


Sur ces entrefaîtes, des Reavers surgissent et balancent une bombe à retardement dans l'entrepôt. Emma ordonne télépathiquement aux voisins d'évacuer la zone pendant que Banshee, Kitty Pryde et Jumbo Carnation se chargent des Reavers. Tempo ralentit le minuteur de la bombe.


L'explosion ne fait ainsi aucune victime et le Hurleur s'envole à la poursuite des Reavers en fuite pendant que Emma calme russes et irlandais sur la prochaine livraison de remèdes. Elle avise ensuite Kitty sur la nécessité de renforcer la sécurité des sites de stockage de la Hellfire company.


Pendant ce temps à Londres, les Stepford Cuckoos livrent à la vindicte populaire le père de Wilhelmina Kensington qui a abusé d'elle enfant. La jeune fille quitte dans la foulée l'organisation des Homines Verendi.

C'est sur un rythme très alerte que se déroule cet épisode réjouissant à bien des égards. Gerry Duggan s'y montre plus inspiré et inventif que sur X-Men, ce qui est en somme normal car il maîtrise mieux ces personnages dont il écrit les aventures depuis deux ans. Mais c'est surtout que l'épisode est à tous les points de vue plus complet, plus dense.

Avec Marauders, Duggan pilote peut-être la série la plus diverse de la franchise : il doit à la fois proposer de l'action, une caractérisation dynamique des personnages, s'intéresser à l'aspect business de la Hellfire trading company (avec tout ce que cela suppose : le commerce de la médecine de Krakoa, le négoce clandestin avec des pays n'ayant pas admis la souveraineté de l'île des mutants, le sauvetage et le raptriement de mutants persécutés), tout en ayant à sa disposition un casting illimité (puisque pratiquement n'importe quel mutant de Krakoa peut être amené à travaillé pour la Hellfire company en fonction de ses compétences).

Qui plus est, récemment, avant et pendant Hellfire Gala, les Marauders ont dû faire face à des mouvements internes : Tornade a quitté navire pour devenir la reine d'Arakko sur Mars, Callisto veille sur les Morlocks, Iceberg entretient une relation avec Christian Frost... Autant de paramètres à prendre en compte.

Mais on dirait que Duggan a choisi d'en tirer parti pour reformuler son casting et donc ce qui meut son récit. On sait (parce qu'il l'a avoué) qu'il avait voté pour incorporer Tempo dans l'équipe des X-Men plutôt que Polaris. Qu'à cela ne tienne : il en fait un membre des Marauders. Il a aussi dit qu'il aimait le Hurleur, inutilisé par les autres scénaristes. Idem : le voici dans l'équipe.

Et il faut reconnaître à Duggan qu'il n'est jamais meilleur que quand il a sous la main des personnages qu'il affectionne. Il profite d'avoir Sean Cassidy pour rappeler aux fans que ce dernier avait formé une sorte de couple avec Emma Frost dans la géniale série Generation X, où ils étaient les professeurs d'une nouvelle génération de mutants (Synch, Monet, Chamber, Husk, Skin...), alors créée par Scott Lobdell et Chris Bachalo. D'entrée de jeu, Dugga ranime le lien entre Cassidy et Emma à la faveur d'un appel au secours qui justifie l'action.

Pour Tempo, son pouvoir est habilement utilisé pour une scène spectaculaire, mais le passé chaotique de la jeune femme est aussi rappelé (elle a fait partie du Mouvement de Libération Mutante, et a commis des actes terroristes). Lorsque Kitty lui offre une place fixe dans l'équipe, c'est une manière pour elle de se racheter sans lui accorder un blanc-seing. De manière générale, cette itération des Marauders est prometteuse, et avec Emma sur le terrain, Duggan peut vraiment l'écrire autrement que comme un leader loin du feu mais sans lui ôter ni de son glamour ni de sa morgue (c'est comme ça qu'on l'aime).

Ajoutez à cela une conclusion au subplot concernant Wilhelmina Kensington, qui, mine de rien, diminue les Homines Verendi et vous avez donc un épisode bien fourni. Il est de ce fait regrettable que les dessins ne soient pas à la hauteur d'un tel script.

Ivan Fiorelli ne produit pas des planches indignes, mais bon, le résultat n'est pas abouti. Au début, on est emporté par le flux des événements, ça va vite, on ne fait pas trop attention. Puis les manques apparaissent : un encrage trop léger, des expressions maladroites, des proportions un peu racoleuses. Il y a du potentiel, mais pas assez de substance, de chair dans ce dessin-là. L'absence de Stefano Caselli se fait cruellement sentir pour cette série qui a toujours souffert de ne pas avoir un artiste régulier et solide.

Mais Fiorelli ne fait que passer. Zé Carlos va lui succèder le mois prochain, puis Phil Noto ensuite, puis Matteo Lolli en Novembre. Ce défilé est fort dommageable (d'autant que pour X-Men aussi, Duggan devra se passer de Pepe Larraz en Octobre et en Novembre). J'aimerai quand même que le staff éditorial remédie à cela, en titularisant Noto (car c'est le plus expérimenté, talentueux et régulier du lot).

Marauders mérite plus que jamais d'être lu et suivi, et donc d'être bien dessiné car scénaristiquement, c'est une pépite.