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jeudi 20 juin 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #6, de Donny Cates et Geoff Shaw


Après l'épisode du mois dernier en forme de gros foutage de gueule, Donny Cates avait la lourde tâche de corriger le tir pour conclure son premier arc de Guardians of the Galaxy. Si, avec l'aide de Geoff Shaw, il nous offre une baston musclée, reste que le compte n'y est pas...


Star-Lord réclame l'union sacrée : Nebula, Gamora, Gladiator, Groot, Moondragon, Phyla-Vel, Nova, le suivent pour contrecarrer le plan de Hela qui a le corps de Thanos et sa conscience dans celui d'Eros/Starfox.


Le gang se téléporte grâce à Lockjaw sur la station Knowhere et affronte l'Ordre Noir. Gamora part s'occuper de son père et de son oncle en plein transfert. Star-Lord élimine le Cosmic Ghost Rider, très affaibli. Phyla-Vel et Moondragon écarte Hela.


Gamora tue Eros et interrompt le transfert de la conscience de Thanos qui ressuscite à l'état primal. Hela, furieuse, s'empare du canon de Proxima Midnight pour créer un trou noir et se débarrasser des héros.


Mais Beta Ray Bill détourne avec son marteau le missile qui va percuter de plein fouet Thanos. Une brêche s'ouvre alors et engloutit la station Knowhere. Les Gardiens se téléportent à l'abri grâce à Lockjaw.


Ils fêtent cette victoire dans un bar où Peter Quill propose à chacun de rester dans l'équipe. Mais Gladiator, Nova et Nebula déclinent l'offre. Phyla-Vel reste pour Moondragon et demande quel sort réserver à Rocket Raccoon.

La mission était quasi-impossible : Donny Cates a fait n'importe quoi dans le cinquième épisode - ou plutôt il a échoué lamentablement à créer une surprise qu'il avait promise en développant l'intrigue autour de l'hôte de la conscience du défunt Thanos. Dans ces conditions, conclure cette première aventure relevait du challenge improbable.

Et le scénariste n'a pas sauvé les meubles. Certes, ce sixième numéro est gorgé d'action, et la bataille qui occupe la majorité de l'épisode entre les Gardiens et l'Ordre Noir est bien mouvementé. Chaque personnage ou presque (Groot, Nebula, Gladiator et Nova sont transparents) a droit à son petit moment de gloire, mais l'essentiel revient à Star-Lord et Nebula.

Ce qui fait tiquer quand même, c'est qu'on a affaire à une vilaine qui n'est pas une demi-portion : on parle de Hela, la déesse asgardienne de la mort, capable d'en remontrer à Thor. La voir ballotée par un rayon de Phyla-Vell a quelque chose de grotesque tout comme la montrer armant un canon pour créer un trou noir... Alors que d'un geste elle pourrait tuer tous ses adversaires.

Cates aime également bien prouver son audace, un peu vaniteusement, en tuant des personnages (il a clairsemé les rangs des Inhumains dans une mini-série), et donc il se débarrasse de Starfox à la manière d'un Geoff Johns, avec Gamora qui embroche son oncle comme si elle n'avait pas le choix. Il me semble pourtant qu'avec une télépathe puissante comme Moondragon, interrompre le transfert de la conscience de Thanos aurait permis de ne pas en arriver là. Puis, emporté par son élan (et son goût des trous noirs), il fait disparaître la station Knowhere.

Mais, en fin de compte, ce qui déçoit le plus, c'est ce qui reste des Gardiens de la Galaxie à la fin de cet arc. Drax était déjà mort, Rocket est toujours absent (son sort sera traité dans les prochains épisodes), et Marvel avait "teasé" à mort sur la composition renouvelée de l'équipe. Pourtant, rien ou presque ne change : on gagne deux femmes qui n'ont eu aucune consistance pendant six numéros (Moondragon et Phyla-Vel), Groot parle désormais normalement et se la joue punk rebelle (pourquoi pas, mais surtout pourquoi avoir transformé ce personnage sympathique en pseudo-leader hargneux ?), Gladiator ne reste pas, Nebula s'éclipse sur la pointe des pieds (après avoir tenté de tuer Gamora...) et Nova fuit (dommage pour les fans de Richard Ryder et le potentiel triangle amoreux Nova-Gamora-Star-Lord). Tout ça pour ça.

Cates remercie son dessinateur et ami Geoff Shaw pour sa prestation. C'est de bonne guerre. Pourtant, l'artiste n'aura pas fait illusion longtemps, finissant même visiblement sur les rotules dans des pages sans décors (les fonds étant comblés par la colorisation de David Curiel). A force de laisser filer ses artistes ou de ne pas renouveler leur contrat, Marvel a bien du mal à trouver qui peut animer graphiquement des titres comme Guardians of the Galaxy : on est loin de la régularité et de la densité de Valerio Schiti sur la série, ou des passages-éclair de Chris Samnee et Greg Smallwood (et ne rêvons même pas à ce qu'un Immonen aurait pu donner).

De manière globale, la série résume bien le mal qui frappe les team-books où les scénaristes ont le plus grand mal actuellement à faire exister une bande de personnages, à les entraîner dans des aventures captivantes et lisibles, et où les dessinateurs ont de la peine à illustrer un casting fourni.

Je ne sais pas si je poursuis le titre, je verrai avec la lecture du #7. Mais je suis bien refroidi.   

vendredi 17 mai 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Donny Cates et Geoff Shaw


Dîtes donc, Donny Cates ne nous prendrait-il pas pour des jambons ? Cet épisode des Guardians of the Galaxy, l'avant-dernier de son arc inaugural, est une arnaque totale, où le lecteur est vraiment abusé à coup de scènes ridicules, de personnages creux et de twists prévisibles. Et Geoff Shaw n'est pas en forme non plus. 


Après avoir encaissé un tir de laser destiné à Gamora, Peter Quill est donné pour mort par ses acolytes, sauf Groot. Star-Lord a survécu grâce à une cuirasse sous sa veste mais, entretemps, la bataille contre la bande de Gladiator a cessé.


Et Gamora a été embarquée. Pour la retrouver, Beta Ray Bill dispose d'un moyen : il convoque Lockjaw, le chien Inhumain, à qui Phyla-Vell fait sentir un vêtement de leur amie. Il les téléporte où elle se trouve, mais sans garantie qu'elle soit encore en vie.


Pourtant, elle est encore indemne et présentée à Eros/Starfox, escortée par Wraith, Nebula, le Cosmic Ghost Rider et Gladiator. Le frère de Thanos, convaincu que sa nièce est la nouvelle hôte de la conscience du titan, ordonne son exécution.


Hela surgit et empêche cela en blessant Gladiator, en neutralisant le Cosmic Ghost Rider et en raisonnant Nebula et Wraith. Elle révèle ensuite qui Thanos a choisi pour héberger son âme  et ce n'est autre que son frère, Eros.


Les Gardiens de la galaxie arrivent dans le croiseur Shi'ar et trouvent Gamora en état de choc. Elle leur apprend ce qui s'est passé tandis que Thanos, via Eros, transfère sa conscience dans son nouveau corps modelé par Hela.

Si la lecture de la série était plaisante depuis sa reprise par Donny Cates (pas difficile après les épisodes calamiteux de Gerry Duggan), il faut bien admettre que la copie était loin d'être parfaite pour cette version des Guardians of the Galaxy.

L'intrigue, en elle-même, vaut ce qu'elle vaut et Cates ne peut être accablé : il devait gérer les retombées de Infinity Wars avec son lot d'absurdités (Gamora en possession du gant d'infinité qui a tué Peter Quill, créé un univers parallèles et assassiné Thanos avant de devoir s'enfuir) et de parti-pris (la fin de Drax - qu'on a du mal à ne pas considérer comme une sorte de sanction dictée par le staff éditorial de Marvel agacé par les déclarations de l'acteur Dave Bautista contre le renvoi de James Gunn en pleine pré-production du troisième film consacré aux GotG).

Parce que Cates avançait sur un bon rythme, on excusait à peu près ses propres directions comme le casting de l'équipe, la caractérisation néante de Moondragon et Phyla-Vell, le mystère entourant la retraite de Rocket, etc.

Malheureusement, ce cinquième épisode non seulement enfonce le clou de ces faiblesses mais devient carrément embarrassant par la prévisibilité de ses coups de théâtre et tout ce qui les encadre. Comment Cates a-t-il pu croire que choisir Eros comme l'hôte de la conscience de Thanos surprendrait qui que ce soit ? Ou que Star-Lord avait pu être tué à la fin de l'épisode précédent ? 

Pire encore : il invite Lockjaw, le chien Inhumain... Mais quand les Gardiens surgissent dans le croiseur Shi'ar, l'animal qui les y a téléportés n'est plus là ! Cela plus des indications lassantes à force : Moondragon est toujours aussi muette et inutile, Phyla-Vell a droit à quelques lignes de dialogue (mais qui aurait aussi bien pu être dites par un.e autre), et la situation de Rocket... Bon, ben, on en parlera quand on aura le temps ! Rien ne fonctionne, c'est écrit à la va-comme-je-te-pousse : vraiment hallucinant.

Ne comptez pas sur les dessins pour rattraper quoi que ce soit : Geoff Shaw paraît déjà à sec. Les trois-quarts du temps, aucun décor ne figure dans ses cases (on a même droit à une pleine page avec deux personnages sur fond vide - voir plus haut, le baiser entre Eros/Thanos et Hela - : digne de la pire époque Image). Les personnages eux-mêmes sont d'une expressivité très limitée.

David Curiel colorise tout ça du mieux qu'il peut mais il ne peut rien pour masquer les manquements du dessinateur.

Comment se relever d'un épisode aussi consternant et accablant ? Ce sera le défi périlleux de Cates et Shaw. Mais dire que ce sera difficile relève du plénonasme. 

jeudi 18 avril 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #4, de Donny Cates et Geoff Shaw


Au menu de Guardians of the Galaxy, ce mois-ci, Donny Cates et Geoff Shaw proposent un épisode bourré d'action. Le scénariste se concentre sur le duel annoncé entre la bande de Star-Lord et celle de Gladiator avec, au milieu, Gamora. C'est très efficace, mais si des faiblesses récurrentes ne sont pas corrigées.


Les Gardiens de la galaxie atterrissent sur le Halfworld, la planète natale de Rocket Raccon, où se trouve également Gamora. Elle leur réserve un accueil musclé, ne reconnaissant pas les nouveaux membres de son ancienne équipe.


Mais Groot intervient et la raisonne. Il lui explique que Gladiator a formé un groupe sur ordre d'Eros après la lecture du testament de Thanos pour la capturer. Il leur faut fuir et ils reviendront ensuite pour parler avec Rocket.


Gamora suit Groot à bord du Ryder où Peter Quill lui passe les menottes car il ne lui fait plus confiance (depuis qu'elle a failli le tuer et à cause du plan post-mortem de Thanos). C'est alors que le vaisseau est percuté.


Nova est venu alerter les Gardiens mais Gladiator et son escadron l'a suivi. Pourtant Peter Quill refuse de livrer Gamora et la bataille est alors inévitable. Gamora y assiste, impuissante, cantonnée dans sa cellule du Ryder.
  

Gladiator et ses sbires prennent rapidement l'avantage, plus nombreux et mieux organisés. Nebula tire sur Gamora qui s'est libéré pour se mêler au combat. Peter Quill s'interpose et encaisse à sa place le coup - mortel ?

Tout d'abord, comme c'est souvent le cas, la couverture n'est pas raccord avec le contenu de l'épisode (le Cosmic Ghost Rider n'a pas réintégré l'équipe des Gardiens, et l'unité de l'équipe est toujours loin d'être aussi évidente).

Ce détail éclairci, ce n'est pas cependant pas le seule erreur de l'épisode car force est de reconnaître que si Donny Cates narre avec une efficacité irrésistible son récit, la série pêche toujours sur les mêmes points, comme si le scénariste ne parvenait pas à gérer tous les problèmes dont il a hérité.

En effet, et c'est cela qui incite à l'indulgence, Guardians of the Galaxy n'a pas redémarré il y a quatre mois vierge de tout passif. C'est un titre entamé par ce qu'en a fait Gerry Duggan dans sa saga Infinity Wars et des mystères irrésolues depuis. Gamora a tué Peter Quill (ressuscité grâce au Dr. Strange dans la foulée), Drax est (bel et bien) mort, Rocket s'est retiré après un énigmatique impair (qui semble devoir être expliqué et résolu dans le prochain arc).

Cates doit donc à la fois composer avec tout cela (ce qui est déjà beaucoup) tout en progressant avec l'intrigue qu'il a mise en place (le testament de Thanos, la traque de Gamora, la quête de Héla et de l'Ordre Noir). Pas simple. Et Cates ne dispose que d'une vingtaine de pages par mois.

Du coup, consciemment ou pas, l'auteur paraît faire l'impasse sur certains personnages, réduits à des figurants peu ou pas caractérisés. On se demande toujours à quoi servent Moondragon et Phyla-Vell pour l'instant : psychologiquement, elles sont insignifiantes, et dans l'action, n'ont aucun poids. Beta Ray Bill est aussi sommaire, mais bénéficie d'un peu plus de place. Peter Quill commence à se réveiller dans cet épisode tandis que Groot est celui qui s'en sort le mieux. Le sort de Gamora va certainement se trancher le mois prochain. Et il faudra donc attendre pour Rocket. Les méchants (Gladiator et compagnie) sont juste là pour réclamer Gamora et faire le coup de poing. Héla et l'Ordre Noir n'apparaissent pas du tout.

En termes de divertissement donc, la série assure un spectacle très honnête, que le dessinateur Geoff Shaw emballe avec dextérité. Grâce à un découpage simple et des plans superbement composés, les scènes ont une énergie impeccable. L'artiste n'abuse pas de facilités : une seule double-page, classique, mais explosive.

Shaw sait souligner le point fort de chaque moment, comme lorsque Gamora piège le maillet de Beta Ray Bill (le lecteur s'en aperçoit juste avant lui), l'atterrissage brutal de Nova, ou le final avec la blessure (fatale ?) de Star-Lord. Par ailleurs, alors que je pouvais lui reprocher de dessiner des personnages humains sans les flatter, il se rattrape ici en croquant Gamora de manière crédible ou Quill moins défraîchi.  

Dommage donc que Cates doive s'arranger, bon gré mal gré, avec les boulets laissés par Duggan. Il doit répondre à des questions qui ralentissent son histoire et l'empêche de caractériser plus précisément certains personnages. Si on veut voir le verre à moitié plein, on dira qu'il s'en sort avec les honneurs. Si on veut voir le verre à moitié vide, c'est frustrant.

Mais l'essentiel reste que, malgré ces handicaps, la série est indéniablement entre de bonnes mains (quand bien même Shaw passera le relais à Cory Smith dès le #7).

dimanche 24 mars 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #3, de Donny Cates et Geoff Shaw


Dans le paysage désolé des team-books, Guardians of the Galaxy de Donny Cates et Geoff Shaw domine facilement de la tête et des épaules la concurrence (seul l'imprévisible Black Hammer demeure intouchable). Il faut dire que les deux auteurs dosent leurs effets, imposant même un classicisme certain, mais avec une efficacité redoutable.


Dans la zone négative, Héla et l'Ordre Noir rendent visite au maître de lieux, Annihilus. Ils viennent lui réclamer la tête de Thanos, détaché de son cadavre, et leur hôte finit par la leur remettre après avoir été mutilé par la déesse de la mort d'Asgard.


Cependant, alors que Eros/Starfox rumine contre le dernier tour de son frère Thanos, Gladiator le prévient que Nova a été localisé. Ordre est donné de l'arrêter vivant pour lui arracher la position de Gamora.


Nova refuse pourtant de parler. Wraith, un Kree, lui réclame un autre renseignement avant que le Cosmic Ghost Rider ne modère tout le monde. Il tente de convaincre Nova en douceur mais celui-ci en profite pour fuir.


A bord du Ryder, le vaisseau des nouveaux Gardiens de la galaxie, Groot relève Petr Quill/Star-Lord de sa fonction de commandant. Avec Beta Ray Bill, Phyla-Vell et Moondragon, il a décidé de retrouver Gamora pour l'aider.
  

Impuissant face à cette mutinerie, et bien qu'il conserve de la rancune contre son ancienne partenaire, Quill se résigne à livrer la position de Gamora. Elle est sur le Halfworld, à la recherche de Rocket Raccoon...

La lecture de ce troisième épisode de Guardians of the Galaxy est quasiment un petit cours magistral de narration tant l'écriture de Donny Cates est bien structurée. On y distingue parfaitement les parties successives de son scénario et ainsi peut-on apprécier avec quelle rigueur il le conduit - et nous mène par le bout du nez.

Sur la vingtaine de pages qui lui est allouée, quatre segments s'enchaînent clairement, un pour chaque groupe de personnages. Aussi, avec un casting tout de même fourni, tout passe aisèment, jamais le lecteur n'a l'impression d'être dépassé par le nombre de personnages et de péripéties.

Eros/Starfox grommelle contre la dernière fourberie de Thanos tout en recevant le rapport de Gladiator et son régiment. Ceux-ci coincent Nova et le questionnent sans ménagement, car ils ont la certitude (fondée sur les dires de Nebula) que Richard Ryder sait où se cache Gamora (susceptible d'avoir accueilli l'esprit de Thanos).

Héla et l'Ordre Noir (les ex-sbires de Thanos), eux, veuillent reconstituer son cadavre pour le ressusciter. Leur visite chez Annihilus est tout aussi brutal. Ainsi, on voit que les "méchants" de l'intrigue sont bien identifiés, bien qu'ayant des objectifs divergents : Starfox et Gladiator veulent éviter un retour de Thanos dans un autre corps, Héla et l'Ordre Noir espèrent rendre la vie au titan fou dans son enveloppe originelle.

Et puis il y a la nouvelle formation des Gardiens de la galaxie. Elle est dysfonctionnelle au possible et Cates insiste sur la démission de Quill mais aussi sur la rebellion de Groot. Avoir donné la parole à ce dernier perturbe - mais c'est la responsabilité de Gerry Duggan. Cates en profite pour rendre ce curieux héros plus indépendant (alors qu'auparavant, son "traducteur" était Rocket Raccoon - dont le retour est imminent dans la partie, mais pas forcément comme nouveau membre de l'équipe).

Les autres gardiens ont un peu de mal à être consistants pour l'instant, c'est la limite de Cates. On a entrevu le couple homosexuel composé par Moondragon et Phyla-Vell, mais c'est tout. Beta Ray Bill fait de la figuration. C'est de ce côté-là que la série est perfectible.

Eros-Gladiator-Héla-les Gardiens : ces quatre entités sont comme des balises très marquées dans le récit. Si Héla et l'Ordre Noir poursuivent une mission détachée et qui pourrait aboutir rapidement maintenant qu'ils disposent de la tête de Thanos, Eros, Gladiator et les Gardiens sont sur des lignes convergents puisque leur cible est commune (Gamora). Nous sommes au milieu de l'arc narratif et donc dès le mois prochain les choses vont certainement bouger.

Visuellement, la série est aussi très aboutie. Alors que d'autres titres d'équipe peinent à convaincre graphiquement, Geoff Shaw assure sa partie avec maîtrise. Son style évoque parfois celui de Jerome Opena, en moins affecté, moins obsessionnellement travaillé. Le résultat est plus brute, direct.

Moins beau aussi : Shaw a privé Peter Quill de tout son charme physique, sans qu'on saisisse bien pourquoi. Il y a manifestement chez l'artiste plus de plaisir à travailler des physionomies singulières (comme Gladiator, Héla, le Cosmic Ghost Rider, Groot, Beta Ray Bill). Mais rendre Star-Lord moins beau semble plus de la facilité qu'autre chose, comme s'il fallait achever la descente du personnage.

Ce sont des bémols (faiblesse de la caractérisation chez certains, représentation chez d'autres) améliorables. La série est solidement charpentée et donc se garde certainement des réserves pour la suite. Sa lecture est en tout cas épatante, et même rassurante à l'heure où beaucoup de team-books (Avengers, Justice League, Justice League Dark) sont bigrement mal foutues.   

vendredi 22 février 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #2, de Donny Cates et Geoff Shaw


Après un premier épisode très accrocheur, les Guardians of the Galaxy selon Donny Cates étaient attendus au tournant. Et le scénariste qui monte chez Marvel (au point de lui laisser rebooter l'univers "Ultimate" ?) s'en sort très habilement, changeant à la foi de rythme tout en disposant ses pions méthodiquement. Il peut aussi compter sur Geoff Shaw, dont le dessin s'adapte à ces évolutions.


Après avoir volé le corps de Thanos lors de la lecture de son testament par son frère Eros/Starfox, l'Ordre Noir l'a amené à la déesse de la mort asgardienne, Hela. Constatant qu'il manque la tête du titan, elle consulte le Collectionneur pour la retrouver et il lui suggère de visiter la Zone Négative.


Cependant, rescapés de l'attaque de l'Ordre Noir, Moondragon et Phyla-Vell ont pris leur quartier à bord du Ryder, le vaisseau de Peter Quill/Star-Lord. A la tête d'une nouvelle formation de Gardiens de la galaxie, celui-ci a fort à faire avec ses recrues.


Le Cosmic Ghost Rider et Groot se chamaillent car ce dernier, comme Beta Ray Bill, souhaite partir au secours de Gamora, suspecte d'être l'hôte de la conscience de Thanos. En revanche, le Cosmic Ghost Rider ne veut plus avoir affaire à cette famille et quitte l'équipage.


Il rejoint un croiseur de l'armada impériale Shi'ar à bord duquel Gladiator reçoit Eros. Celui-ci convainc son hôte et ses soldats de traquer Gamora pour la tuer. Il ignore cependant où elle se trouve.
  

Mais Eros compte sur Nebula pour le guider. Et elle pense savoir qui pourra les renseigner : Richard Ryder, alias Nova, l'ancien amant de Gamora...

Le précédent épisode était un vrai festival, prouvant la capacité de Donny Cates à s'approprier les personnages cosmiques, à nouer rapidement une intrigue (qui plus est en tenant compte des conséquences de la saga Infinity Wars, qui venait de s'achver dans l'indifférence totale) et à proposer une relance bourrée d'action et au casting fourni.

D'une certaine manière, il aurait été plus simple pour le scénariste de continuer sur cette lancée. Mais Cates semble avoir compris la vertu de lever le pied pour ne pas s'essoufler et épuiser le lecteur. Mieux : il frustre un peu ce dernier afin de définir un peu plus les forces en présence.

Ainsi, et mine de rien, on a droit à un épisode dense qui se divise en trois parties : la première voit Hela, la déesse asgardienne de la mort, s'affairer à recomposer le cadavre de Thanos pour le ressusciter ; la deuxième s'attarde sur la nouvelle équipe des Gardiens et détaille leur cohabitation agitée ; et la troisième revient à la traque de Gamora (responsable de la mort de Thanos mais également la plus propice à hériter de sa conscience).

Sur ce dernier point, Cates présente un gang aussi fourni que puissant puisque Eros s'allie avec la garde impériale Shi'ar, autant dire que Gamora a du monde sur le dos. Le Cosmic Ghost Rider participe à cette traque après avoir déjà quitté les Gardiens de la galaxie. Et Nebula est prête en découdre avec sa soeur honnie et parricide. 

Au milieu donc, entre Hela et l'Ordre Noir qui veulent disposer du corps entier de Thanos pour le ressusciter et les Shi'ar acoquinés à Eros (à moitié défiguré, ce qui lui donne un air de Two-Face, et déterminé à ne pas faire de quartier), les héros ne procurent guère de garantie.

Cates excelle dans ces pages à représenter une équipe improvisée et qui cohabite sans harmonie. Entre les querelles des uns et les doutes des autres, Peter Quill erre, ivre, hanté par son dernier face-à-face avec Gamora (qui l'a eventré, avant que le Dr. Strange ne le sauve - cf. Infinity Wars). De par leur position dans l'épisode, ces scènes engagent les héros comme d'improbables arbitres, dépassés en puissance par Hela comme les Shi'ar, mais disposant malgré tout d'une info cruciale (la position de Gamora).

Cates fait, en vérité, comme si la couverture de son premier épisode, était un programme : on y voyait une bonne dizaine de personnages susceptibles d'être les nouveaux Gardiens de la galaxie, mais en fait il s'agissait vraisemblablement des acteurs du drame qui va se jouer. Ainsi a-t-on droit à une apparition finale de Nova (avant celle de Darkhawk, du retour du Surfeur d'argent, etc.).

Geoff Shaw a lui aussi prouvé qu'il avait les épaules pour ce genre de comics : l'énergie à l'oeuvre le mois dernier produisait des pages survitaminés avec une importante figuration et du grand spectacle. Dans un cadre plus calme, comment s'en sort-il ?

Il y a quelque chose de Jerome Opena dans le trait de Shaw, mais en moins fouillé. Son découpage, plus sage, permet d'apprécier l'expressivité de ses personnages, et le dosage des finitions de ses décors (généreux quand il le faut, plus allusif pour conserver une lisibilité et tenir les délais).

Shaw n'a pas forcément le souci du beau (son Peter Quill par exemple n'a plus grand-chose du playboy d'antan, comme le dessinait Valerio Schiti) et donc il est à son avantage pour croquer des créatures improbables comme Groot (en mode punk - seul regret de cette version car cela lui donne un air trop agressif. Dommage également que Cates soit obligé de suivre l'évolution imprimée par Gerry Duggan qui a donné au personnage le pouvoir de parler normalement) ou Beta Ray Bill (avec sa tête de cheval décharné). Néanmoins, il sait, brièvement mais efficacement, traduire la relation tendre qui existe entre Moondragon et Phyla-Vell (et, là encore, ce n'est pas si fréquent de trouver une couple de femmes homosexuelles dans un comic mainstream sans que cela ressemble à un quota).

Au premier tiers de cet arc (qui comptera donc six parties), on a déjà la confirmation que le titre est entre de bonnes mains. L'épisode fini, et ça, c'est imparable, on piaffe déjà d'impatience de lire la suite. 

jeudi 24 janvier 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #1, de Donny Cates et Geoff Shaw


C'est l'événement de la semaine chez Marvel : le relaunch de Guardians of the Galaxy. Mine de rien, le titre doit reconquérir le public : le troisième film est reporté sine die (après le renvoi du réalisateur James Gunn), le run précédent de Gerry Duggan s'est achevé dans une saga qui a déçu (Infinity Wars), et il s'agit de donner un nouveau souffle à la branche cosmique de l'éditeur. Un sacré défi pour Donny Cates et Geoff Shaw. Réussi ?


Depuis la mort de Thanos, l'univers, loin d'avoir trouvé la paix, est déchiré par des tensions et de nouveaux conflits. Dans ce contexte, Eros/Starfox, le frère du titan fou, a convoqué les plus puissants héros cosmiques.


Le testament holographique de Thanos leur révèle qu'il avait prévu sa fin et qu'il a donc transféré son esprit dans le corps d'un nouvel hôte. Peut-être présent à la cérémonie. Il regrettera juste de ne pas être là quand on le découvrira.


Cependant, Star-Lord et Groot se dirigent vers Knowhere : les Gardiens de la galaxie sont décimés - Drax est mort, Rocket a déserté, Gamora est en cavale pour le meurtre de Thanos. Et la tête du Céleste qui abritait la station Knowhere a disparu !
  

Le Nova Corps est averti. Alors que Starfox présente sa liste de suspects, il convainc son auditoire que Gamora, fille adoptive de Thanos, est la plus évidente et doit être tuée. C'est alors que l'Ordre Noire attaque l'endroit à bord de Knowhere.


Les lieutenants de Thanos enlèvent sa dépouille et envoient les héros dans un trou noir. Seuls Beta Ray Bill, Moondragon, Phyla Vell et Cosmic Ghost Rider s'en sortent, recueillis par Star-Lord et Groot. L'Ordre Noir veut ressuciter le titan avec une complice surprise, mais il leur manque la tête de leur maître...

Quand vous évoquez Guardians of the Galaxy, en restant dans une époque récente (les années 2000), il y a deux écoles : celle, majoritaire, des fans du run de Andy Lanning et Dan Abnett ; et celle, beaucoup plus minoritaire (mais dont je fais partie), des volumes de Brian Michael Bendis. 

Lanning et Abnett (ou DnA, pour les aficionados) ont pour eux d'avoir insufflé à la série (et tout le pan cosmique de Marvel) un souffle épique, mais sans forcément beaucoup de succès commercial. Tout restait à flots à coup de crossovers et de sagas fédératrices, mais aucun titre ne durait longtemps en dehors.

En revanche, Bendis a fait de la série un hit, malgré des révisions et des additions controversées, et en délaissant les grandes manoeuvres avec d'autres héros cosmiques (même si les Gardiens de la galaxie ont été mêlés à Civil War II de manière périphérique).

Après, Gerry Duggan a eu la lourde tâche de s'imposer. Malheureusement pour lui, faute d'un artiste ponctuel (Aaron Kuder) et avec une saga globale en ligne de mire (Infinity Wars), il n'a tenu qu'un an et demi. Un petit bilan, avec quelques éclairs (un épisode avec Chris Samnee, un autre avec Greg Smallwood). En parallèle, James Gunn, le réalisateur des films adaptés de la série, était remercié par Disney/Marvel en pleine préparation du troisième long métrage (à cause de tweets controversés postés dans le passé).

Pour l'éditeur, il fallait donc rebondir en réconciliant tout le monde avec Guardians of the Galaxy, cette production à laquelle personne ne croyait et qui est devenu un bateau à la dérive.

La mission a été acceptée par Donny Cates, une étoile montante de Marvel, qui a fait sensation, notamment, avec la mini Cosmic Ghost Rider. Son partenaire, Geoff Shaw, est un de ses fidèles collaborateurs, mais pas (pas encore) une vedette. Avec la promesse d'un casting renouvelé, d'une direction percutante. Tout ça dans le contexte du "Fresh Start", le nouveau statu quo.

En une trentaine de pages, les deux auteurs relèvent avec panache ce défi. C'est ce qu'il faut souligner en priorité : cet épisode est un vrai régal à lire, ça va vite, ça frappe fort, il y a une idée simple pour le conduire, un cliffhanger épatant, une nouvelle formation de Gardiens intrigante et savoureuse, du spectacle, du suspense, un brin d'humour, du caractère.

Comme West Coast Avengers, Cates a compris une chose essentielle : un team-book ne fonctionne jamais mieux que quand il est mû par une force lisible, immédiate. Kelly Thompson a fait de ses Vengeurs de la Côte Ouest une bande d'outsiders obligés de jouer leurs rôles pour une real-tv contre des vilaisn grotesques mais déterminés. Cates rend aux Gardiens de la galaxie une raison d'être.

Et il le fait sur les ruines de Infinity Wars, ou plutôt sur le rebondissement initial (et moment le plus marquant) de cette saga : la mort de Thanos, assassiné par Gamora. Tout est lié par cela dans son épisode : la lecture du testament du titan par son frère, Eros/Starfox, devant une assemblée de champions cosmiques (Starjammers, Shi'ars, Silver Surfer... Ils sont venus, ils sont tous là, et ça fait du monde - et une belle double page), la disparition de Knowhere (cette tête de Céleste reconvertie en station spatiale), l'enquête du Nova Corps, la recherche de Peter Quill et Groot (seuls rescapés de la précédente incarnation du groupe).

Contrairement à tant de séries d'équipes (re)lancées ces derniers mois qui étaient indigestes à cause du surnombre de membres, d'éléments dramatiques, de twists narratifs, d'ambitions mal dégrossies (voir Justice League, Avengers...), Guardians of the Galaxy réussit la synthèse avec ses prédécesseurs et les attentes qu'on pouvait avoir (du neuf sans tout effacer, de l'épique sans oublier la caractérisation, un fil narratif accrocheur).

L'autre gageure de cette relance concernait la partie graphique car, on l'a aussi constaté récemment, les séries d'équipes sont exigeantes pour les artistes, souvent obligés d'être au moins deux pour tenir la cadence folle réclamée par les éditeurs (18 numéros par an). Marvel est sage en gardant une fréquence mensuelle au titre, mais il est aussi chanceux d'avoir Geoff Shaw.

Car le dessinateur a plusieurs avantages : d'abord, il connaît bien Cates avec qui il a déjà travaillé (jusque récemment puisqu'il signait les couvertures de Cosmic Ghost Rider) ; ensuite parce qu'il sait travailler vite et bien (en assumant, qui plus est, l'encrage) ; et enfin parce qu'il est à l'aise dans ce registre très gourmand qu'est le space opera.

Shaw livre ue copie bluffante : dès le départ, il pose le contexte avec une première page superbe (avec Galactus, les Shi'ars, et d'autres aliens en guerre), puis, paf ! une double page ahurissante, à la fois très peuplée et parfaitement composée. Le reste est à l'avenant. Qu'on soit avec Peter Quill et Groot (qui se taille le crâne en crête punk) dans le cockpit du Ryder (notez le dialogue jubilatoire avec l'agent du Nova Corps : "en hommage à Richard [Ryder/Nova] ? - Non. Pour Winona [Ryder - l'actrice]."), ou en plein raid de l'Ordre Noir, tout est expressif, tonique. Et on a même droit à un plan en pied de la nouvelle incarnation des Gardiens, iconique mais pas trop (car désamorcée par une ligne du Cosmic Ghost Rider).

Le "Fresh Start" de Marvel reste inégal, avec des joyaux (Tony Stark : Iron Man), des pépites (WCA), des paris convaincants (Captain Marvel), des plantages (Avengers), des retours peu engageants (Uncanny X-Men - même si, en vérité, tout reste à faire). Mais, indiscutablement, Guardians of the Galaxy version 2019 est un exemple à suivre.
     
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Marvel a, pour marquer le coup (et vider les poches des fans), multiplié les variant covers. En voici un échantillon, mes préférées :

Skottie Young 
 Esad Ribic
 Mike Deodato Jr.
 Gérald Parel
Geoff Shaw