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mardi 13 mars 2018

STARMAN, VOLUME 7 : A STARRY KNIGHT, de James Robinson, David Goyer, Steve Yeowell et Peter Snejbjerg


Le départ de Tony Harris (dessinateur régulier de la série) à la fin du volume précédent a coïncidé avec celui de Jack Knight pour un voyage dans l'espace à la recherche de Will Patton, le Starman qui l'a précédé. Mais ce n'est pas le seul changement notable qui apparaît à la lecture de ce septième tome où James Robinson collabore désormais avec David Goyer au scénario et où Steve Yeowell va vite céder sa place de nouvel artiste à Peter Snejbjerg (qui va enchaîner 30 épisodes d'affilée, jusqu'à la fin du titre !).


- City whitout light (#47. Dessiné par Steve Yeowell.) The Shade boit le thé avec Ted Knight et tous deux discutent de la sécurité d'Opal City depuis le départ de Jack. Matt O'Dare et sa soeur Hope affrontent les super-vilains pensant profiter de la situation. Barry O'Dare s'occupe au commissariat central sans vraiment réussir à se rendre aussi utile. Clarence O'Dare sert désormais d'intermédiaire entre les autorités et les super-héros. Jake "Bobo" Benetti veille sur les bas-fonds. Sadie Falk s'occupe de la boutique de Jack (que le Pirate Noir cherche à contacter). Mason O'Dare fréquente Charity, la diseuse de bonne aventure, dont il semble épris. Seuls deux points assombrissent le tableau : l'assassinat de l'informateur Dudley Donovan, tué de la même manière que David Knight ; et le meurtre du commissaire Sam Woo.


- Starman's Blues (#48. Dessiné par Steve Yeowell.) Un cauchemar rappelle à Mikaal Tomas la mort de sa fiancée Lyysia et, dans un accès de rage, il endommage le tableau de bord du vaisseau de Starman. L'hologramme de Ted généré par la boîte-mère confiée à Jack par Orion conseille à son fils de se poser sur une planète proche. Ils explorent l'endroit et tombent sur... salomon Grundy, à nouveau dominé par sa personnalité malfaisante, qui veut les tuer pour s'emparer de leur appareil. 


- Talkning with David' 99 (#49. Dessiné par Steve Yeowell.) Mikaal, blessé, perd connaissance et rencontre alors David avec qui il discute de la perte de ses pouvoirs, de son sentiment d'être inutile mais aussi de son besoin de venger Lyysia. Cependant l'hologramme de Ted sauve Jack de Grundy et avec Mikaal, ils repartent de cette planète maudite. Puis ils traversent une masse noire qui les propulse plus loin, non seulement dans l'espace mais aussi dans le futur. Ils sont alors abordés par la Légion des Super-Héros, menée par Star-Boy !


- Lighting the way (#50. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Jack, Mikaal, l'hologramme de Ted accompagnent Star-Boy et Umbra dans cette masse noire qui menace d'engloutir l'univers. Au coeur de ces ténèbres, après des jours, voire des semaines de marche, et de combats contre des créatures qu'elle génère, ils découvrent ce qui la génère : the Shade ! Pour rétablir la situation, celui-ci somme Jack de lui tirer dessus avec sa lance cosmique. L'effet est immédiat et spectaculaire. The Shade explique comment cela a pu se produire et permet à Jack et ses compagnons de repartir - tout en leur cachant que l'un d'eux mourra. Il reste auprès de Star-Boy pour l'instruire sur son destin qui le conduira à visiter le passé.
  

- Midnight in the house of El (#51. Dessiné par Peter Snejbjerg.) Grâce à the Shade, Jack, l'hologramme de Ted et Mikaal remontent le temps mais ont atteint l'année 1922 et atterrissent sur Krypton avant sa destruction. Ils y sont accueillis par Jor-El, le futur père de Kal-El, qui deviendra Superman sur Terre ! Conduit jusqu'au père du jeune explorateur, le sévère Seyg-El, qui pense qu'ils sont des espions ou des envahisseurs, Jack et ses amis sont emprisonnés après avoir été interrogés. Mais Jor-El les libère, au risque d'être puni à son tour. Ils récupèrent la boîte-mère et la lance cosmique de Jack et s'enfuient.


- Men of two worlds - The Long Goodbyes (#52-53. Dessinés par Peter Snejbjerg.) Reprenant leur odyssée, Jack obéit à Mikaal quand celui-ci, sentant la présence de son ennemi Turran Kha, veut le traquer. Ils atterrissent sur Rann, patrie adoptive de l'aventurier interstellaire Adam Strange. Un traité de paix entre plusieurs mondes est sur le point d'être signé et la présence de Kha, dont le vaisseau est trouvé dans une forêt proche, menace l'événement. Lors de la réception donnée à la veille de la signature du document, le terroriste et ses complices surgissent et lorsque la vie de Alanna et Aleea, la femme et la fille de Strange, est menacée, Jack n'hésite pas à s'interposer, au péril de sa vie. Kha disparaît en prenant Aleea en otage.
  

Ressuscité en étant cloné par la technologie de Ran, Jack part à la poursuite de Kha avec Strange, Mikaal tout en étant prévenus par Sardath, le beau-père de Adam, qu'il procédera à la signature du traité comme prévu, quitte à sacrifier sa petite-fille. Les dons de pisteur de Mikaal permettent de débusquer leur ennemi et ses sbires, neutralisés avec l'aide, notamment, de thanagariens (les semblables de Hawkman). Cette coalition a uni les peuples mieux qu'un bout de papier mais s'en empêcher Kha de s'échapper. Jack et Mikaal, avec l'hologramme de Ted, se chargeront de le traquer.

Lire Starman à partir de ces épisodes est un point d'entrée idéal (il suffit de juste de savoir pourquoi les héros sont dans l'espace et de mesurer la notion d'héritage qui lie Jack à son père, présent à ses côtés sous la forme d'un hologramme). Bien entendu, suivre la série depuis le début est bien mieux et permet d'apprécier pleinement son humanité et son envergure.

David Goyer avait déjà aidé James Robinson sur les scénarios de quelques numéros dans le tome précédent, mais désormais les deux hommes (qui relanceront aussi le titre JSA à cette époque - nous sommes en 1999) collaborent étroitement et régulièrement sur les histoires (Robinson se réservant la rédaction du script et des dialogues). Il est indéniable que Goyer apporte avec lui un sens de l'aventure plus marqué, plus premier degré aussi, et le voyage dans l'espace occupe six des sept épisodes (il se poursuivra et se conclura dans le recueil suivant).

L'action gagne donc en exotisme et s'autorise des libertés audacieuses, parfois acrobatiques, plus grandes que lorsqu'elle se déroulait à Opal City. Désormais, on sillonne le cosmos, des planètes hostiles, d'autres plus hospitalières, mais on progresse aussi dans le temps, jusqu'à un lointain futur, ou on le remonte jusqu'au début du XXème siècle. Pourtant, tout cela est pensé avec une grande cohérence et les auteurs explorent la continuité du DC Universe sous des angles troublants.

Le pic de l'album est sans contexte l'épisode 51 où Jack fait la connaissance en 1922 du jeune Jor-El, le (pas encore) père du futur Superman ! La situation est folle et sidère d'ailleurs Starman, tiraillé entre l'envie de révéler à ce jeune explorateur kryptonien le sort de sa planète, sa paternité, le destin extraordinaire de son fils, et la réserve que lui impose le souci de ne pas altérer le continuum espace-temps. Il n'empêche, on est saisi par une émotion poignante quand Jack et ses compagnons quittent le monde condamné.

Toutes ces aventures, collectées dans ce recueil, exploitent la notion de transmission : la conversation mondaine entre the Shade et Ted Knight sur la sécurité d'Opal City en l'absence de Jack, les retrouvailles périlleuses avec Salomon Grundy, le dialogue entre Mikaal et David Knight, la rencontre avec la Légion des Super-Héros et le jeune leader Star-Boy (au sujet duquel the Shade fait des révélations étonnantes sur son destin), les cachotteries de the Shade sur le sort d'un des membres de l'équipage (promis à la mort avant son retour sur Terre) de Starman, l'alliance entre Jack et Adam Strange pour sauver la fille de ce dernier. Le tout toujours mené sur un rythme soutenu aboutit à des récits denses où l'action ne domine jamais la caractérisation.

Passation aussi esthétique puisque, Tony Harris parti (même s'il continue de produire les couvertures de la série), Starman doit se trouver un nouvel artiste. Steve Yeowell, déjà actif par le passé pour des fill-in, s'y colle le temps de trois chapitres : son style épuré et élégant convient à merveille, même si on a l'impression diffuse que l'encrage de Wade von Grawbadger ou Keith Champagne alourdit un peu son trait aérien.

Puis avec l'épisode 50 (plus long, d'une trentaine de pages, comme un Annual, pour fêter ce cap important), la série accueille celui qui va s'installer comme le nouveau titulaire : Peter Snejbjerg. Aujourd'hui, ce dessinateur de grand talent a été injustement oublié, même s'il réalise parfois des épisodes pour des productions du "Mignola-verse" chez Dark Horse. Pourtant, pendant une dizaine d'années au début des années 2000, il sera un talent remarqué et remarquable, d'une régularité prodigieuse (il va enchaîner les trente derniers épisodes de Starman), avant de s'éclipser sans avoir pu terminer la mini-série The Mighty (où il sera remplacé par un débutant prometteur : Chris Samnee).

Le style de Snejbjerg n'entre pas dans le registre du réalisme classique, il y a une sorte de naïveté dans son trait dont on peut imaginer que le Mazzucchelli de Batman : Year One l'a influenceé grandement. Sa manière de traiter les ombres et les lumières, de façon franche, expressionniste, et d'attribuer à ses personnages une expressivité minimaliste mais toujours juste, dans un découpage sage mais rigoureux, produit une lisibilité très efficace et un côté rétro très approprié à la série. (Re)lire Starman sert aussi à cela : (re)découvrir et (ré)évaluer un dessinateur.

Toujours aussi moderne, inclassable, et divertissant sans oublier d'être touchant, l'oeuvre de James Robinson est et reste une gemme dans les grands classiques publiés par DC Comics.  

mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

lundi 12 février 2018

STARMAN, VOLUME 5 : INFERNAL DEVICES, de James Robinson, Tony Harris, Steve Yeowell, Mark Buckingham et Dusty Abell


J'avais commencé à critiquer cette série mythique qu'est Starman il y a plusieurs années (cinq-six ans ?) puis je m'en étais détourné après les trois premiers tomes, attiré par d'autres publications. Puis récemment, en quête d'une bonne lecture, je me suis souvenu de Jack Knight et eu la chance de trouver pour un bon prix cinq recueils (les Volumes 5, 6, 7, 9 et 10) qui me permettraient (avec certes quelques trous mais qui ne nuisent pas à la compréhension de l'ensemble) de terminer l'aventure. C'est donc reparti avec Infernal Devices qui regroupe les épisodes 28 à 35 et 38-38, écrits par James Robinson avec une belle bande de dessinateurs soutenant Tony Harris.


- The Return of Bobo (#29. Dessiné par Tony Harris) "Bobo", c'est Jake Benetti qui est de retour à Opal City après avoir purgé une longue peine de prison et se demande ce qu'il va faire - se réinsérer ou replonger. Pendant ce temps, Jack Knight apprend par une lettre de The Mist qu'elle est enceinte de lui et compte élever seule l'enfant à venir pour qu'il haïsse son père. Les O'Dare, famille de flics de la ville, surveillent Benetti mais quand celui-ci se décide à braquer une banque, il est précédé par le Royal Flush Gang. L'ex-gangster prête alors main forte à Starman pour maîtriser les malfrats : il sera ensuite embauché comme chef de la sécurité de l'établissement.


- Infernal Devices (#30-31-32. Dessinés par Tony Harris.) Le Professeur Pip commet plusieurs attentats à la bombe dans Opal City où rôde le pirate fantôme Jon Valor, autrefois exécuté pour trahison et le meurtre de son fils, Justin.


Le spectre souhaite être réhabilité et s'associe à Starman contre le Pr. Pip et son complice, Copperhead, essayant d'anticiper son prochain attentat.


Dans un geste héroïque inattendu, Salomon Grundy sauve des victimes au prix de terribles blessures. Jon Valor a regagné son honneur également mais Pip disparaît sans que nul ne sache s'il a survécu à sa dernière explosion.


- With Some Help from his Friends (#33-34. Dessinés par Tony Harris, Mark Buckingham et Steve Yeowell.) Pour sauver Grundy, entre la vie et la mort, Jack demande l'aide de son père, Ted Knight, le premier Starman. Celui-ci appelle en renfort ses amis Alan Scott/Sentinel (le premier des Green Lantern, son partenaire à l'époque de la Justice Society of America), et Batman. Ce dernier emmène avec lui Woodrue, un pensionnaire de l'asile d'Arkham à Gotham.
  

En explorant la psyché de Grundy, les héros affrontent sa part maléfique puis rencontre sa part positive qui accepte de mourir avec la satisfaction d'avoir sauvé des innocents. Le retour à la réalité laissera Starman, son père, Sentinel, Batman et Woodrue désoeuvrés et malheureux pour le géant albinos qui s'est sacrifié en sachant qu'il ne serait pas sauvé.
   

- Mr. Pip and Mr. Black (#35. Dessiné par Steve Yeowell et Tony Harris) Sentinel et Ted Knight savourent leurs retrouvailles. Jack renoue avec Sadie et couche enfin avec elle, prêt à s'engager amoureusement. Batman ramène Woodrue à Gotham. Mais Pip resurgit alors, prêt à se faire sauter et à détruire Opal City devant ses ennemis. Shade apparaît alors et le neutralise définitivement.


- Talking with David, '97 (#37. Dessiné par Tony Harris.) Comme chaque année, Jack retrouve son frère défunt, David, qui l'a précédé éphémèrement comme Starman, pour faire le point sur sa carrière de protecteur de Opal City. Cette fois, les deux frères participent à un dîner avec d'anciens membres décédés de la JSA - Mr. Terrific, Dr. Mid-Nite, Giovanni Zatara, Black Canary, Atom et Red Bee) et Jack écoute leurs conseils pour bien agir sans se laisser griser.
  

- La Fraternité de Justice et Liberté (#38. Dessiné par Dusty Abell.) Réfugiée en Grèce, The Mist élève seule son bébé tout en préparant son retour aux affaires. Elle attaque un musée à Paris gardé par la Justice League Europe. Elle en exécute méthodiquement tous les membres - à l'exception du trop puissant Firestorm, qu'elle a attiré dans un piège - pour s'emparer des diamants de Comtalle provenant de Markovie.

Faute d'avoir pu me procurer le tome 4 (Times Past), qui ne contient que des épisodes relatant des rencontres entre Jack et David Knight et un Annual, j'étais un peu soucieux au moment d'entamer ce recueil, mais mes craintes ont été rapidement levées car les épisodes présents sont parfaitement accessibles. Il est même étonnamment simple de redevenir aussi familier avec l'univers de Starman après avoir cessé de le lire pendant aussi longtemps, et on saluera donc d'abord l'effort de James Robinson en ce sens.

L'autre exploit de la série, c'est que ces épisodes ont déjà vingt ans d'âge et ils n'ont pas pris une ride. Le ton imprimé par l'auteur reste unique et original, prouvant que la modernité du projet n'était pas qu'un phénomène ponctuel : la singularité de Jack Knight reste valide alors qu'elle a été pensée en réaction aux stéréotypes d'une époque précise. A la fin des années 1990, les super-héros traversaient une période trouble et le marché des comics était frappé par une crise terrible. Dans ces conditions, les éditeurs laissaient aux créateurs la liberté d'oser tout pour tenter de redresser la barre et c'est dans ces conditions que Robinson opéra cette miraculeuse synthèse incarnée par Starman.

Jack Knight, il faut le rappeler, n'était pas voué à devenir Starman : son frère David avait repris le surnom, le costume et le bâton cosmique de leur père, Ted, avant d'être rapidement assassiné. Obligé de reprendre le flambeau, Jack devenait malgré lui le nouveau protecteur de Opal City et ses premiers exploits ne lui montaient guère à la tête, accomplissant son devoir sans enthousiasme, composant avec la famille O'Dare (qui dirigeait la police locale) et le mystérieux Shade, revendiquant le titre de vrai sauveur de la cité sans qu'on soit certain de son honnêteté.

Mais pas question tout de même d'enfiler un costume moulant ou un masque, et le bâton cosmique de Ted Knight devint une lance redesignée. Starman, c'était donc d'abord l'histoire d'un héros contrarié, d'un héritier malgré lui, d'un justicier improvisé. Vingt ans après, il a conservé sa modernité intacte.

Dans ce Volume 5, cependant, on constate une évolution sensible : après presque trente épisodes, la série ne peut plus se contenter d'exploiter cette veine cynique et nostalgique à la fois et son héros ne peut continuer à se comporter comme un héros par accident. Jack Knight commence à prendre plaisir à sa tâche et veut s'améliorer dans ce drôle de job. Ses relations avec son père sont plus apaisées, sa collaboration avec les O'Dare est devenu un partenariat (au point que les irlandais ont maintenant un des leurs en contact permanent avec Starman pour qu'il intervienne en cas de coup dur), et Shade tolère la présence de Jack comme il le ferait avec un allié.

Le talent de Robinson consiste à ne jamais sacrifier les deux éléments qui ont fait la marque de sa série : d'un côté, nous suivons toujours les aléas de la vie privée de Jack (il apprend que son ennemie, The Mist, a un enfant de lui et qu'elle va l'élever pour en faire son disciple criminel ; il fréquente Sadie qui devient son amante ; il s'appuie sur l'expérience de son père et des amis de celui-ci), et de l'autre, nous assistons à des actions spectaculaires contre des méchants coriaces (le Pr. Pip et Copperhead avec des attentats à la bombe - en 97-98, nous sommes à l'époque où "Unabomber" a été arrêté après avoir commis des attentats similaires pendant une quinzaine d'années).

Surtout, ce qui épate, c'est la manière dont le scénariste réussit à convoquer l'émotion dans cette combinaison d'intimisme et d'héroïsme : Robinson invite un pirate fantôme qui veut laver son honneur après avoir été trahi et tué son fils par mégarde, et pour cela il aide Starman. Puis il y a Salomon Grundy auquel l'auteur consacre une large part en l'impliquant inopinément dans l'affaire : gravement blessé après avoir sauvé des innocents, Batman, Sentinel, Woodrue (un méchant en quête de rédemption) et Jack (puis Ted) doivent explorer son esprit pour le ramener à la vie. Mais leur trip étonnant s'achève sur une note poignante qui saisit le lecteur.

Le recueil se conclut par deux récits autonomes : le premier est un de ces rendez-vous annuels entre Jack et son frère mort, David, et Robinson en profite pour questionner la notion d'héroïsme, la griserie que provoquent de bonnes actions mais aussi le danger que fait courir cette ivresse, l'aigreur que peut susciter le manque de reconnaissance, la camaraderie (et plus, si affinités) que peuvent ressentir les justiciers entre eux... Superbe réflexion, formulée avec clarté et force.

Puis on assiste au retour de The Mist, seule contre la Justice League Europe, éphémère déclinaison de la JLA, composé de "C-listers". Pas le meilleur segment de l'album, plutôt un prétexte pour montrer que la maternité n'a en rien diminué la dangerosité de la criminelle - en outre, ce sont, graphiquement, les pages les plus faibles du lot (même si le style de Dusty Abell ne sont pas laides, simplement quelconques).

Pour ce qui précède, visuellement, on est en revanche gâté, même si certains chapitres voient se succéder jusqu'à trois artistes aux styles très différents et nuisent donc à la cohérence esthétique de la série. Tony Harris, co-créateur de Jack Knight, se taille encore la part du lion et sa prestation montre un dessinateur qui s'est affirmé depuis ses débuts, détaché de l'influence de Mignola, et soignant ses planches par un trait réaliste très détaillé, avec des compositions audacieuses et des cadres ornementés de manière très sophistiquée, magnifiquement mis en valeur par l'encrage de Wade Von Grawbadger.

Il est ensuite épaulé par Mark Buckingham, dont la personnalité picturale n'était pas encore aussi définie que dans Fables et qui déçoit donc un peu. Par contre, Steve Yeowell (déjà salué pour sa prestation sur le titre Zenith écrit par Grant Morrison) séduit sans mal et préfigure même l'avenir de la série quand il succédera à Harris puis laissera la place à Peter Snejbjerg, avec ses images épurées, d'une élégance folle, mais aux effets mémorables (un sens de la lumière, du cadre, imparable).

Starman mérite bien sa qualité de classique moderne des comics super-héroïques, à côté de Watchmen, The Dark Knights returns ou Kingdom Come, pas seulement parce qu'il réinterprète les codes du genre mais parce que l'habileté avec lequel il le fait a gardé toute sa fraîcheur et sa pertinence.     

mercredi 25 juillet 2012

Critique 339 : STARMAN, VOLUME 3 - A WICKED INCLINATION... de James Robinson et Tony Harris, Chris Sprouse, Steve Yeowell, Guy Davis, JH Williams III, Gary Erskine


Starman 3 : A Wicked Inclination... rassemble les épisodes 17 et 19 à 27 de la série écrite par James Robinson, publiés en 1996-1997 par DC Comics. Les dessins sont signés par Tony Harris (#17, 19-26), Chris Sprouse ( pages 10, 12, 15, 15, 18, 20 du #24), Guy Davis (pages 10 à 20 du #22), Gary Erskine (pages 8-9, 12, 17-19 du #26) et JH Williams III (pages 8-9, 11, 15-16, 19 du #26), Steve Yeowell (#27).
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- #17 : Encounters. Dessiné par Tony Harris. Tandis que Jack Knight se remet de son affrontement avec the Mist et fait de nouveaux projets (comme acheter un nouveau local pour sa boutique), les O'Dare préparent avec the Shade un raid contre un repaire de Damon Merritt, qui veut récupérer son poster magique (ouvrant sur des dimensions parallèles). Mais l'opération tourne mal...

- #19 : Talking with David, '96. Dessiné par Tony Harris. Jack Knight retrouve son frère aîné David, mort prématurèment alors qu'il avait succédé à son père Ted comme Starman. Cette deuxième entrevue est plus apaisée entre les deux frères, qui font le point sur l'année écoulée dans un décor de film de pirates. Ce sera aussi l'occasion pour Jack de renouer, brièvement, avec un autre être cher de sa famille...

- #20-23 : Sand and Stars. Dessiné par Tony Harris et Guy Davis (pour le #22). Préoccupé par ce que lui a dit the Mist (comme quoi ils seraient tous deux les deux faces d'une même médaille), Jack Knight entreprend d'aller récupérer une médaille ayant appartenu au père de son ennemie. Cette relique serait en possession de Wesley Dodds, le mythique premier Sandman de la Société de Justice d'Amérique, aujourd'hui octogénaire. Mais à New York, les deux hommes vont devoir faire équipe pour éviter un attentat préparé par un malfrat ayant ursupé l'identité du patron d'une compagnie d'aviation...

- #24-26 : Hell and Back. Dessiné par Tony Harris, Chris Sprouse (#24), Gary Erskine et JH Williams III (pour le #26). Jack Knight est sollicité par la famille O'Dare, dont Clarence est devenu le contact de la mairie pour tout ce qui concerne les affaires surhumaines, pour les aider à récupérer Matt et the Shade, aspirés dans une dimension parallèle par le poster magique. Damon Merritt cherche par ailleurs toujours à récupérer son bien et nos héros vont essayer de profiter de la situation pour pièger le malfrat...

- #27 : Christmas Knight. Dessiné par Steve Yeowell. La nuit de Noël réunit les Knight, les O'Dare, Charity la diseuse de bonne aventure et Mikaal Tomas (le Starman alien à la peau bleue). Tout ce beau monde attend Jack qui rencontre un homme déguisé en père Noël et victime de voleurs...
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Pour ce troisième tome, James Robinson propose deux arcs encadrés par deux épisodes.
Le recueil s'ouvre par un one-shot (Encounters) qui est en vérité le prologue de la 2ème histoire (Hell and Back), dans lequel the Shade (dont un extrait du journal sert d'introduction au livre et permet de résumer les évènements antérieurs) et la famille de policiers irlandais, les O'Dare, s'unissent pour tenter de capturer l'occultiste malfaisant Damon Merritt. Mais leur opération dégénère, et cela servira d'argument au récit susmentionné.
Robinson a établi les liens entre ses protagonistes et s'en sert désormais pleinement comme d'un sorte de gang paranormal, uni pour préserver Opal City d'ennemis divers. Jack Knight occupe, dans cet épisode, un rôle plus en retrait mais entre ses projets professionnels et les prédictions cryptiques que lui communique Charity, le scénariste indique qu'il a des plans d'envergure pour le futur de la série.

On a ensuite droit à un intermède  (Talking with David, '96), mais c'était attendu : dès le premier tome, David Knight, qui a été abattu "en service", dans le costume de Starman, avait prévenu son frère cadet, Jack, qu'il se rencontrerait toutes les années pour faire le point. Leur premier entretien avait été houleux, dans un cimetière. Cette fois, c'est dans un cadre digne des films de pirates et de zombies que les deux frangins dressent un nouveau bilan.
Robinson emploie cette parenthèse avec habileté pour évoquer le statut de super-héros, protecteur d'une ville, mais aussi les rapports fraternels, la transmission d'un rôle, la relation des vivants avec la mort (la leur et celle de leurs proches). Pourtant il ne se contente pas d'aligner 20 pages de dialogue, si inspiré soit-il, il pimente cela avec une scène d'action spectaculaire, qui, elle, renvoie, à la cinéphilie de Jack Knight.
La chute offre un moment d'émotion qui tombe, hélas !, un peu à plat, les comics super-héroïques, même un peu décalés, s'accommodant mal de ce registre.

Le premier arc de ce recueil démarre ensuite vraiment : Sand and Stars compte quatre parties et s'appuie sur un élément survenu dans l'album Night and Day, lorsqu'à la fin de son affrontement contre Nash, la fille de the Mist, Jack a dû l'entendre énoncer une affirmation dérangeante - si elle existe et fait le mal, c'est pour justifier sa condition de héros, leurs destins et leurs actes sont donc liés.
Jack est littéralement hanté par cette hypothèse (il rêve de Nash, et incidemment a une vision de Sandman) et veut la démentir. Pour cela, il lui faut accomplir un acte symbolique, bienfaisant, envers le père désormais déchu de sa némésis. Il entreprend de récupérer une médaille qui lui fournit le prétexte pour se rendre à New York et rencontrer son idole, Wesley Doods.
Celui qui a été le Sandman de la Société de Justice d'Amérique, compagnon d'armes du premier Starman, est maintenant un octogénaire retiré avec sa femme, l'écrivain Dian Belmont (autre figure vénérée par Jack). Peu après, la vie de Dodds est menacée par un mystérieux tueur masqué et avec Jack, il mène l'enquête, ce qui va les conduire à déjouer un attentat fomenté par un usurpateur.  
En entraînant le vieux Sandman dans sa mission, Jack va s'offrir quelques frissons (avec en point d'orgue une bataille dans les airs contre un dirigeable) mais surtout réveiller l'esprit de l'aventure du frère d'armes de son père. Wesley Dodds résumera cela très bien, après s'être remémoré une ancienne mission partagée avec Ted Knight/Starman : "qu'importe si cela me coûte la vie, au moins je mourrai content". C'est l'intensité de l'existence qui permet d'estimer sa qualité, pas le nombre d'années vécues.
Même si le récit est un peu confus et d'un rythme inégal, Robinson est encore une fois très malin pour brasser quelques thèmes qui lui sont chers via le prisme des super-héros : le temps qui passe, le respect des aînés, le plaisir procuré par le danger, les générations de justiciers, la persistance du mal à vaincre (qu'il s'agisse de la vieillesse, de la peur, ou des terroristes).

L'arc suivant, en trois parties, Hell and Back, offre à la fois une conclusion à Sand and Stars (avec une visite surréaliste entre Jack et the Mist, devenu sénile) et le retour à l'intrigue entamé dans le premier épisode du recueil (Encounters). Les O'Dare demandent à Jack de les aider à la fois à piéger Damon Merritt qui veut récupérer son poster magique et à récupérer the Shade et Matt O'Dare, passés de "l'autre côté" de l'image.
Tout d'abord, avant la bataille décisive, chacun des O'Dare se promet, en silence, de changer un peu ses priorités existentielles s'il survit - et cela aura des conséquences rapides dans l'épisode #27.
Puis, durant le combat contre Merritt et ses sbires, Jack traverse à son tour le portail dimensionnel du poster et atterrit... En enfer (littéralement). Retrouvant the Shade et Matt O'Dare, il est mis à l'épreuve par le démon avec lequel a pactisé Merritt. L'héroïsme de Jack, la corruption de Matt, la position de the Shade sont franchement bousculés et leurs liens renforcés.
Robinson signe là son meilleur récit du recueil : il y manie les rebondissements, joue avec le rythme, creuse la caractérisation de ses personnages, et rebat les cartes, tout en aboutissant à une chute malicieuse. De la belle ouvrage.

Enfin, Christmas Knight (jeu de mots !) est un joli conte Noël, anecdotique mais qui confirme que la notion de temporalité est très présente dans la série, comme si chaque aventure se déroulait en temps réel, au rythme des saisons et des années (l'autre indicateur de cette notion tient bien entendu dans les entretiens entre Jack et David). 
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Jack Knight, par Tony Harris

Mais en vérité, malgré l'inégalité du matériel de ce recueil, la diversité qualitative des histoires, ce qui en fait le sel, ce sont ses dessins.
Tony Harris réalise encore la majorité des épisodes et ne ménage pas ses efforts, avec des jeux de lumière expressionnistes remarquables, des cadrages audacieux, un soin particulier accordé aux ambiances et aux décors (notamment les extérieurs où sa passion pour l'urbanisme fait merveille - Starman est une bande dessinée où les vills sont des personnages à part entière).

La série accueille des guest-stars de premier ordre : d'abord, Guy Davis, qui à la même époque avait relancé avec les scénaristes Matt Wagner et Steve Seagle le personnage de Sandman dans le titre Sandman Mystery Theatre (se déroulant durant l'âge d'or), co-anime la troisième partie de l'arc Sand and Stars en signant une dizaine de planches. Son style très différent de celui de Harris, tout en hâchures, au trait fin et aux couleurs pâles, offre un contraste visuel très intelligent pour le flash-back avec Wesley Dodds.
Sandman, par Guy Davis.

Puis Chris Sprouse (Tom Strong) revient pour quelques splash et doubles pages magnifiques dans le prologue au second arc, Hell and Back, où est dévoilé, via le journal de the Shade, le passé de Damon Merritt.

Gary Erskine (Global Frequency) et JH Williams III (Promethea) co-illustrent l'épisode 26 avec Harris. A Erskine, dont le trait précis et épuré (proche d'un Blanc-Dumont en France), les séquences avec Matt O'Dare et Scalphunter ; et à Williams III (encré par Mick Gray), dans une tonalité plus sombre mais raffinée, les passages avec the Shade, lorsqu'ils sont en Enfer avec Jack.

The Shade, par Tony Harris

Le découpage de cet épisode souligne de manière remarquable la finesse avec laquelle doit être écrit le script de Robinson.

Enfin, Steve Yeowell dessine l'épisode de Noël : son dessin, dépouillé, lumineux, élégant, est un vrai plaisir.
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Encore une fois, même si les épisodes sont peut-être moins efficaces que précédemment, ce troisième tome confirme que Starman était une grande série, avec une musique unique, et servie par des artistes de premier choix.