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jeudi 31 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #4, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton et Francis Manapul


La saga s'achève donc avec ce quatrième numéro et il fallait espérer que les scénaristes - Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton - en aient gardé sous le pied pour le grand final. De ce côté-ci, rien à redire : le dénouement est spectaculaire (mais pas que...). Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Francis Manapul est aussi de retour pour conclure au dessin. Avec en fin de compte, une reconfiguration des Ligues de Justice...


La graine semée par les Titans Oméga a fait pousser quatre arbres sur Terre consécutivement à la destruction de Colu et de ses quatre plants arrivés à maturité. Mais désormais ces jardiniers cosmiques dominent notre planète, prêts à la dévorer. Et si Amanda Waller veut tenter de les repousser avec une attaque nucléaire, Green Arrow adresse un S.O.S. à Hal Jordan, déjà bien occupé avec le Green Lantern Corps à colmater le Mur de la Source. 


La fin tragique de Colu a traumatisé les quatre Ligues de Justice envoyées là-bas par feu Brainiac mais Vril Dox, son fils cloné, ne veut plus aider les héros et vilains de cette mission qu'il juge désastreuse. Il se téléporte sur Terre pour en précipiter la fin et venger son père.


Les Green Lanterns humains - Hal Jordan, John Stewart, Guy Gardner, Simon Baz et Jessica Cruz - arrivent à la prison de Belle Reve où a surgi le nouvel arbre d'Entropie et Vril Dox pour empêcher Amanda Waller de déclencher une riposte nucléaire contre les Titans Oméga et stopper le fils de Brainiac.


L'équipe Entropie de Batman se téléporte sur place grâce à un boom-tube d'Apokolopis de Cyborg et élabore un plan pour stopper les Titans en attendant l'arrivée des renforts. Il s'agit de faire converger l'énergie des trois autres arbres vers celui-ci puis d'expédier ce flux en direction du Titan Oméga Entropie, ce qui poussera les trois autres à le dévorer pour se sustenter.


Afin de détourner une telle masse d'énergie dans l'arbre d'Entropie, Cyborg se sert des données de Brainiac puis Hal Jordan matérialise une arbalète géante avec laquelle Green Arrow tire une flèche contenant les forces de Sagesse, Merveille et de Mystère en direction du Titan éponyme. Comme prévu, ses trois semblables l'engloutissent puis disparaissent, repus. Profitant de la situation, les vilains recrutés par Brainiac pour aider les quatre Ligues en profitent pour s'éclipser avant d'être arrêtés et incarcérés sur place, dans le pénitencier de Belle Reve.
  

Cependant, cette victoire oblige les héros à repenser leurs formations et leur missions car, même avec le Mur de la Source réparé, l'univers a été profondément altéré et il faut être paré pour de nouvelles menaces : Cyborg prend la tête de la Justice League Odyssey en charge des affaires cosmiques (avec Starfire, Azrael, Jessica Cruz et... Darkseid !), Wonder Woman veut veiller aux forces occultes avec la Justice League Dark (aux côtés de Zatanna, Man-Bat, Swamp Thing, Man-Bat et le détective Chimp), et enfin une nouvelle Justice League présidée par le Martian Manhunter compte dans ses rangs Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman, Cyborg, John Stewart et Hawkgirl. Green Arrow se voit remettre par J'onn J'onzz un coffret contenant toutes les données de Brainiac sur la JL afin de l'arrêter si elle représente un jour un danger pour la Terre.

Si on excepte le précédent épisode, un peu gâché par une partie graphique décevante, la tétralogie composée par Justice League : No Justice aura été un sans-faute pour moi. Concis, rapide, dense, efficace, spectaculaire, le récit a proposé un divertissement franchement impeccable et une redistribution des cartes bien menée pour préparer en quelque sorte l'Acte II de DC version "Rebirth".

Le dénouement de cette aventure parvient à une synthèse satisfaisante même si évidemment elle est expéditive et ne corrige pas quelques défauts et curiosités du projet. Parmi ces derniers, les scénaristes n'auront jamais justifié le nombre absurde de participants à l'expédition sur Colu, encore moins la présence dans leurs rangs de vilains (qui ont d'ailleurs peu pesé sur l'action - à l'exception notable de Luthor et Sinestro et du sacrifice surprenant de Starro). Cette véritable légion étrangère a aussi empêché de caractériser les acteurs de l'histoire, mais on sera plus indulgent sur ce point car on sait bien que les sagas de ce type n'aident guère à affiner psychologiquement ceux qui sont convoqués.

On passera aussi sur quelques facilités bien pratiques comme le fait, dans cet ultime volet, que tout ce contingent de héros et vilains, lâchés par Vril Dox, doit trouver un moyen de regagner la Terre au plus vite et que l'utilisation d'un boom-tube - la technologie d'Apokolips contenue dans l'exosquelette de Cyborg aura été bien providentielle (pour contourner celle de Brainiac au moment d'absorber la banque de données dans l'arbre de la Sagesse sur Colu ou, donc, rejoindre notre planète au pic de la crise). Mais c'est aussi le jeu : il faut accepter ces raccourcis, ces béquilles scénaristiques, on n'est pas dans un récit réaliste de toute façon, et il faut tout boucler en quatre épisodes.

L'objectif de Justice League : No Justice était de toute façon moins de vaincre les Titans Oméga (on se doutait bien qu'ils ne boufferaient pas la Terre) que de justifier honnêtement la création de trois Ligues de Justice annoncés avant même la mini-série. Et là, pas de souci, tout est disposé de manière crédible, acceptable : les héros ont compris que leurs actions passées et récentes ont créé de nouveaux champs des possibles, donc autant de menaces potentielles, et il faut donc se préparer à y faire face sans tarder mais avec des effectifs correspondants.

La Justice League classique, qui sera écrite par Scott Snyder et dessinée par Jim Cheung et (surtout) Jorge Jimenez, sera l'équipe des titulaires, la formation en première ligne : son effectif est fourni (pas moins de neuf membres - on se croirait revenu au temps de Brad Meltzer, en souhaitant que ce soit mieux exploité).
La Justice League Dark fait son retour (après avoir été un des titres les plus plaisants des "New 52") et s'occupera des affaires magiques. Wonder Woman devra cumuler son poste de leader de ce groupe avec celui qu'elle occupe dans la JL, mais comptons sur James Tynion IV et Alvaro Martinez pour produire une série captivante (l'auteur en parle comme d'un "vieux rêve").
Enfin, la Justice Ligue Odyssey de Joshua Middleton et Stepjan Sejic n'est pas complètement prête à l'usage à la fin de No Justice car Darkseid en sera un des membres : une recrue de choc, dont on se demande comment elle sera intégrée, mais qui donnera du poids à ce groupe opérant dans l'espace.

Pour terminer, un mot quand même sur le retour de Francis Manapul (qui pourrait maintenant s'atteler à un graphic novel Aquaman : Earth One, depuis longtemps dans les tuyaux) qui livre de superbes planches, souvent doubles, avec un encrage plus soutenu. Si la couverture et les crédits intérieurs le citent comme unique artiste, j'ai quand même l'impression que Marcus To a signé la première page avec le Green Lantern Corps, mais je ne peux rien assurer. Manapul en tout cas s'occupe bien du reste et avec brio, prouvant qu'il a les épaules pour animer un casting aussi abondant dans un concentré d'action spectaculaire, même si, à l'avenir, DC devra veiller à préparer plus longtemps à l'avance une parution hebdomadaire pour dispenser les lecteurs de fill-in moins convaincants.

Rendez-vous le 6 Juin maintenant pour assister aux premiers pas de la nouvelle série Justice League made by Scott Snyder et Jim Cheung, à un rythme bimensuel (puis en Juillet pour la Justice League Dark). 

vendredi 25 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #3, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton, Riley Rossmo et Marcus To


Pour son troisième acte, Justice League : No Justice ne freine pas, mais, hélas ! subit quelques changements désagréables avec l'absence de Francis Manapul peu avantageusement remplacé par Riley Rossmo - ce qui tend à montrer une impréparation éditoriale pour un projet qui a dû être établi pour s'assurer d'une cohérence graphique. Malgré ce bémol, on passe encore un excellent moment, entre le dénouement de l'intrigue sur Colu et ses conséquences sur notre Terre.


Sur Terre, Amanda Waller et Green Arrow ont trouvé dans le cercle arctique la graine déposée là par les Titans Oméga mais divergent sur quoi en faire - elle veut la détruire, lui préfère s'en remettre au Green Lantern Corps. Cependant, sur Colu, l'équipe Entropie de Batman a libéré de la prison de l'Ultra-Pénitence Vril Dox, le fils cloné de feu Brainiac, qui leur confirme que son père prévoyait de sauver sa planète en sacrifiant la Terre.


Les quatre Ligues de Justice décident de tout faire pour contrarier ce plan en empêchant le Titan Oméga sur Colu de profiter des quatre arbres qu'elles protègent. Wonder Woman sauve l'arbre de la Merveille grâce à son lasso de vérité qui écartent les créatures démoniaques qui le protègent.


Cyborg réussit, lui, à absorber toutes les données sur les habitants de Colu collectées dans l'arbre de la Sagesse grâce son armure dont la technologie provenant d'Apokolopis déjoue les blocages de la combinaison de Brainiac.
  

Sinestro accepte, à contrecoeur, à la demande de Starfire et sur l'ordre de Superman, d'extraire tous les containers de l'arbre du Mystère avec son anneau. De son côté, l'équipe Entropie de Batman évacue les habitants de Colu et embarque Vril Dox. Pour leur permettre, à tous, de fuir, Starro se sacrifie en attaquant le Titan Oméga qui pour se débarrasser de lui détruit la planète (et périt avec).


Mais les manoeuvres de quatre Ligues ont des conséquences immédiates sur Terre, comme l'avait prévu Amanda Waller : quatre nouveaux arbres éclosent (à côté de S.T.A.R. Labs, de la prison de Belle Reve, de la Tour du Dr. Fate et de la Forteresse de Solitude de Superman) et les trois Titans Oméga restants surgissent au-dessus de notre monde, prêts pour leur récolte...

Il paraîtra sans doute curieux de parler d'épisode de transition pour évoquer le troisième et pénultième chapitre de cette mini-série, mais c'est pourtant l'impression qui se dégage de cette lecture. A l'évidence, les trois scénaristes - Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton - ont voulu clore ici une partie de l'intrigue avant d'aborder le grand final sur Terre.

La mort de Brainiac et l'apparition de son fils cloné dans les deux épisodes précédents ont servi à la fois de cliffhangers et de twists pour alpaguer le lecteur tout en présentant rapidement les enjeux, la menace, et les protagonistes (même si, en vérité, pour ces derniers, on se rend compte que la caractérisation reste sommaire compte tenu de leur nombre pléthorique et du nombre de pages limité).

L'explication de texte que Vril Dox dispense à l'équipe Entropie au début permet d'éclaircir définitivement ce qu'il était déjà facile de deviner auparavant, à savoir que le kidnapping de héros et de vilains par Brainiac pour sauver Colu, n'était qu'une tactique pour sacrifier la Terre et lui permettre de passer aux yeux de ses semblables de super-criminel à celui de nouveau messie.

Mais, en prime, les auteurs nous en disent davantage sur les arbres qu'ont jadis planté les Titans Oméga et on comprend désormais parfaitement le sens des noms de code de chaque Ligue de Justice formée pour cette mission par Brainiac. Le Mystère désigne une nurserie avec ses containers remplis de mondes miniaturisés, la Merveille rassemble à la fois le savoir scientifique et mystique de Colu, la Sagesse est une banque de données géantes sur tous les habitants de la planète. Vril Dox personnifie l'Entropie, soit la fonction exprimant le principe de la dégradation de l'énergie menaçant Colu à cause des Titans Oméga.

Si les ficelles dramatiques ne sont guère subtiles et les symboles simples, il n'en reste pas moins que la pilule passe bien parce que les trois scénaristes passent vite dessus : il s'agit de prétextes pour cette "union sacrée" de héros et de vilains ourdie par un méchant machiavélique. Le rythme sauve littéralement cette mini-saga qui ne joue pas sur la finesse mais mise tout sur le grand spectacle.

Et, comme auparavant, les dessinateurs collent à cette ambition en multipliant les doubles pages en guise de découpage. A force, il faut bien admettre que le procédé est à la fois trop systématique et empêche l'émergence de moments forts et saillants au profit d'un sentiment d'urgence permanent. Les personnages sont majoritairement sacrifiés, et n'émergent que quelques figures comme le Martian Manhunter ou, cette fois-ci, Starro, dont le sacrifice est vraiment étonnant. De fait, cela répond tout seul à la question : fallait-il une vingtaine de protagonistes sur Colu, des équipes de cinq membres ? Sans doute le récit aurait-il gagné à privilégier moins de monde et mais plus de spécialistes (à part libérer Vril Dox et évacuer tout le monde, à quoi à servi l'équipe Entropie, avec pourtant Batman et Luthor ?).

On y gagne d'autant moins que Francis Manapul ne signe que la couverture de l'épisode, suppléé par Riley Rossmo et Marcus To pour les pages intérieures (je n'ai pas compté mais il me semble qu'ils en réalisent le même nombre chacun). Rossmo est peu inspiré et son trait est laid (voyez comme il enlaidit Wonder Woman), alors que To, classique mais solide, assure le boulot avec professionnalisme et plus d'élégance. La transition de l'un à l'autre saute aux yeux, bénéficiant à To, mais il est déplorable que le staff éditorial d'une série hebdomadaire en seulement quatre épisodes n'ait pas suffisamment préparé la parution pour permettre à Manapul de livrer 80 pages à temps.

La dernière page promet beaucoup et la fin de l'histoire sera indéniablement spectaculaire, sans certainement causer de nouvelles victimes parmi les "gentils" mais en justifiant la redistribution des Ligues en vue des prochaines séries qui leur seront dédiées.

jeudi 17 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #2, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton, Francis Manapul et Marcus To


Justice League : No Justice se lit comme un sprint avec sa parution hebdomadaire. Mais ce rythme a un avantage considérable : compte tenu de son casting pléthorique et du foisonnement de son intrigue, on ne risque pas ainsi d'oublier ce qui s'est passé dans l'épisode précédent. Il n'empêche, il faut être disposé à s'installer dans ce train lancé à toute allure car les scénaristes ne lèvent pas le pied avec ce deuxième chapitre toujours aussi mouvementé.


Les vingt héros et vilains recrutés par Brainiac débarquent après la mort de ce dernier, dont le cerveau a grillé à cause du piratage orchestré depuis la Terre par Amanda Waller, sur la planète Colu dont il était le maître tyrannique. La population est affolée à la fois par la présence d'un des Titan Oméga venu détruire ce monde et celle de ces énergumènes costumés aux couleurs de leur leader.


Suivant les instructions de Brainiac, les héros et vilains, sous l'impulsion de Lex Luthor, se séparent en quatre Ligues de Justice pour atteindre les quatre arbres correspondant aux semences des Titans Oméga - l'équipe Entropie de Batman avec Lobo, Deathstroke, Beast Boy, Luthor ; l'équipe Merveille de Wonder Woman avec Zatanna, Etrigan le démon, Raven, Dr. Fate ; l'équipe Mystère de Superman avec le Martian Manhunter, Sinestro, Starfire, Starro ; et l'équipe Sagesse de Flash avec Cyborg, Harley Quinn, Atom, Robin.
  

Mais chaque arbre dispose d'un système de défense repoussant ces intrus trop curieux, obligeant chaque membre de chaque équipe à agir solidairement. C'est l'équipe Mystère qui, la première réussit à traverser la protection de l'arbre qui lui correspond et elle y fait une découverte renversante.


Là sont entreposés des centaines (milliers ?) de containers remplis de mondes miniaturisés, autant de planètes et d'habitants que Sinestro pense d'abord à commander mais que le Martian Manhunter veut d'abord délivrer car c'est là leur vraie mission - et peut-être la clé de la victoire contre les Titans Oméga.


Cependant, sur Terre, Amanda Waller, grâce aux données qu'elle a hackées en attaquant Brainiac, se dirige vers la Forteresse de Solitude de Superman avant de trouver sur sa sorte Green Arrow qui l'informe que tous les héros restants ont été placés dans une sorte de stase par le Coluan - lequel avait en fait pour objectif de sacrifier la Terre pour sauver sa planète. Or, sur Colu, l'équipe Entropie découvre dans son arbre l'Ultra-Pénitence dont une des cellules a pour prisonnier Vil Drox, le fils cloné de Brainiac, qui leur confirme l'intention de son père en les amenant ici.

Avec Justice League : No Justice, il flotte comme un air de "Crisis" (davantage celle de Marv Wolfman que celle de Geoff Johns) : on n'a pas (pas encore ?) droit à un ciel rouge annonciateur de l'apocalypse - et d'un reboot - mais par contre cette mini-saga possède un vrai souffle, celui de l'aventure, avec ses alliances improbables, ses menaces hors normes, ses twists imprévisibles, et ses révélations haletantes.

Pour cela, on comprend vraiment pourquoi Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton ont embarqué tant de personnages pour leur mission sur Colu contre les Titans Oméga. Il ne s'agit pas tant de disposer d'une armée que de créer des groupes avec des objectifs en relation avec leurs talents particuliers. Et à ce jeu, on a quelques surprises de taille, notamment du côté des leaders.

Voir Lex Luthor réussir à convaincre Batman (pourtant le stratège absolu) de la pertinence de sa tactique (et celle de Brainiac accessoirement) est savoureux. Assister à l'émergence du Martian Manhunter dans l'équipe de Superman confirme que son retour au premier plan (après la saga Metal de Synder) indique que le personnage n'est plus un extra-terrestre de second plan. 

En revanche Harley Quinn dans une équipe conduite par Flash et Cyborg (donc plutôt science et technologie) relève plus de la fantaisie d'auteurs. Et la "team Wonder" constituée de magiciens est plus classique.

Malgré donc quelques menues réserves, on ne s'ennuie pas et le grand spectacle est au rendez-vous : Francis Manapul a besoin du renfort de Marcus To, dessinateur moins flamboyant que lui mais très solide et compatible, pour réaliser ces plances. To s'occupe plus particulièrement des scènes avec Amanda Waller et Green Arrow sur Terre et de quelques cases complémentaires sur Colu. Manapul s'illustre dans une collection de doubles planches qui, si elle masque mal leur répétition systématique, ont le mérite de montrer les personnages ensemble et donnent un aspect "widescreen" à l'histoire.

La découverte finale du plan réel de Brainiac et l'apparition du fils cloné de celui-ci (immédiatement arrogant et brillant, comme l'était son géniteur, donc tout aussi équivoque) fournissent largement de quoi donner envie de lire la suite. Rendez-vous dans une semaine ! 

jeudi 10 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #1, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton et Francis Manapul


Les mois de Mai et Juin vont être intenses chez DC Comics, à commencer par la publication hebdomadaire des quatre numéros de cette mini-saga Justice League : No Justice, écrite par Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton, et dessiné par Francis Manapul (qui se faisait trop rare). Au menu : du très grand spectacle, mené à un train d'enfer, avec des enjeux cosmiques, et un casting pléthorique. Mais surtout parfaitement lisible et captivant. Prêts à embarquer dans ce grand 8 ?
  

John Stewart a convoqué tout le corps des Green Lantern pour colmater la brèche du Mur de la Source, endommagé par la dernière bataille menée par la Justice League (dans la saga Metal). L'urgence est indéniable car derrière se trouve une énergie destructrice qui pourrait anéantir notre univers, celle du Dark Multiverse.


Sur Terre, Brainiac a débarqué et enlevé une importante partie des héros. Superman a tenté de s'interposer mais son adversaire lui a montré télépathiquement la menace qui nécessite de telles mesures. Les justiciers se réveillent donc dans l'immense vaisseau du roi de Colu, rhabillés de tenues customisées.


Ils rejoignent le cockpit où les attend leur hôte qui tenant le lasso de vérité de Wonder Woman ne peut leur mentir sur la raison de leur enlèvement. Même les plus réfractaires et les plus méfiants sont obligés d'accepter leur sort en comprenant que le danger impose une alliance inédite. Inédite car des vilains sont aussi invités à grossir les rangs de cette armée pour le bien commun !


Sur Terre, le passage-éclair de Brainiac s'est présenté comme une opportunité pour d'autres, spécialement Amanda Waller, la patronne de la Suicide Squad, qui a intercepté les coordonnées de l'extra-terrestre et réuni une section de hackers afin de pirater son vaisseau et absorber ses données - officiellement au cas où les choses tourneraient mal.


Cependant, Brainiac résume la situation : jadis, quatre frères, les Destructeurs Entropie, Mystère, Merveille et Sagesse, ont ensemencé toutes les planètes où la vie s'était développée. Aujourd'hui, l'heure de la récolte a sonné et pour se sustenter, les quatre géants vont consommer leur jardin cosmique en consommant les mondes. Colu comme la Terre sont en danger. Mais Brainiac n'a pas le temps de développer son plan car Amanda Waller a lancé son piratage et il perd connaissance...

N'y allons pas par quatre chemins : en termes d'entrée en matière, cette saga est un modèle du genre et la coordination entre ses trois auteurs est parfaite. On sent que Snyder, Tynion IV (dont Snyder a été le mentor durant les "New 52") et Middleton ont vraiment beaucoup bossé en amont pour accorder leurs violons, et la lecture s'en trouve fluidifiée de manière impeccable.

L'effort est d'autant plus louable que No Justice ne fait pas les choses à moitié avec son casting très abondant, sa menace énorme, et sa narration parallèle (dans le temps - avec un flash-back sur la nature du danger - et l'espace - avec plusieurs sites exposés). Faire tenir tout ça en un seul épisode introductif sans égarer le lecteur ni le saturer d'infos est un exploit.

Il y a une ambition cinématographique digne des blockbusters ici, c'est évident : DC n'a guère d'inspiration avec ses films et c'est comme si les scénaristes, soutenus par le staff éditorial, prenaient leur revanche en profitant à fond du média comics, des moyens de la bande dessinée, pour se "payer" tout ce que la Warner échoue à produire sur le grand écran (et aussi sur le petit car des séries comme Arrow, Supergirl, Flash ou DC's Legends of Tomorrow ne valent vraiment pas tripette)..

Qu'un méchant, historiquement lié à Superman, soit à la manoeuvre pour sauver l'univers ajoute une pointe de malice au dispositif en même temps qu'elle met le kryptonien au centre du DC Univers, peu avant sa refonte par Brian Michael Bendis. C'est habile sans être forcé. Tout comme l'est le geste d'Amanda Waller, qui est à la fois tactique (se méfier de Brainiac) et opportun (prévenir plutôt que guérir, "officiellement"). Et on a à peine vue les Destructeurs (tout comme dans DC Nation #0) !

Visuellement, avoir fait appel à un artiste rapide, efficace et flamboyant comme Francis Manapul est une autre idée géniale car il se faisait rare depuis un certain temps (c'est donc un plaisir de le relire) mais aussi parce que son découpage est à la hauteur de l'événement. Il y a beaucoup de doubles pages dans ce premier chapitre (et il risque d'y en avoir un paquet dans les trois prochains numéros) mais elles sont audacieusement composées, de sorte qu'on a une proposition de lecture puissamment originale et pas simplement une succession de grandes images bien remplies. 

Ajoutez-y une colorisation qui n'hésite pas à utiliser une palette très vive mais adéquate pour ce genre de baroud : on en prend plein la vue.

Si Metal était parfois confus et pénible à suivre, donnant l'impression de vouloir être à la fois une saga globale et la rampe de lancement de spin-offs, avec son lot de retours de personnages disparus entre le passage des "New 52" à "Rebirth", Justice League : No Justice séduit par une intrigue plus directe et un but déjà défini. Stratégiquement, c'est d'une (fausse) simplicité exemplaire, en se passant de tout logo marketing artificiel : Marvel peut en prendre de la graine, quand on veut relancer ses publications mieux vaut s'appuyer sur une histoire que sur des slogans.   

DC NATION #0, de Tom King, Brian Michael Bendis, Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middletson, Clay Mann, José-Luis Garcia-Lopez et Jorge Jimenez


"Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ?" demandait une chanson : DC Comics nous offre un échantillon de trois séries événementielles avec DC Nation #0 et trois brèves histoires inédites comme autant d'amuse-bouches, avec la crème des auteurs de la maison sur trois séries-phares - Batman, Superman et la mini-saga hebdomadaire Justice League : No Justice.
  

- Batman : Your big day (Ecrit par Tom King et dessiné par Clay Mann.) - Le Joker s'est introduit chez un certain Roger Martello en sa présence pour y recevoir l'invitation au mariage de Batman et Catwoman. Lorsque le courrier est glissé par le facteur dans la fente de la porte d'entrée, le Joker se presse pour le dépouiller et, malgré la promesse qu'il lui avait faite, tue Martello. Ce que le Joker a pris pour son invitation est en fait un rappel de l'école de sa fille à cause de nombreuses absences.

Les noces de Batman et Catwoman auront lieu au #50 de la série écrite par Tom King et il était impensable que l'événement soit ignoré du Joker, qui ne va certainement y pas aller pour présenter ses voeux de bonheur au couple.

Le mariage est une étape importante du titre et du run du scénariste qui change drastiquement la donne pour Batman, même si les préparatifs sont engagés depuis un moment. Des spin-off entoureront d'ailleurs pour l'occasion la célébration car on se doute bien qu'un paquet d'ennemis du Dark Knight vont vouloir semer la zizanie.

King avec Clay Mann au dessin donne ici le point de vue du Joker dans un bref épisode qui a l'allure d'une nouvelle, précise, concise, effrayante, d'une tension à couper le souffle. La prise d'otage, l'attente délirante d'un courrier, la logique criminelle du Joker (qui jure ne tuer que lorsqu'il est contrarié) sont formidablement mises en scène. Graphiquement, le clown du crime est représenté de manière à la fois calme et glaçante, le dénouement est horrible.

Encore une fois, Tom King nous laisse sans voix : ça promet !

*


- Superman : Office space (Ecrit par Brian Michael Bendis et dessiné par José-Luis Garcia-Lopez.) - Perry White annonce à la rédaction que Lois Lane ne travaille plus pour le "Daily Planet". Pour la remplacer, il a engagé la reporter Robinson Goode, de Star City, et souhaite désormais que le journal encense les exploits de Superman. Seul avec Clark Kent, White lui demande de revoir sa copie au sujet de son dernier article au sujet de Lex Luthor. Mais Robinson Goode travaille pour un autre et entend bien remplacer White.

Après les premières pages présentées dans Action Comics #1000, Brian Michael Bendis continue de distiller au compte-gouttes sa version de Superman, même si la série ne débutera qu'après la mini-série en six parties hebdomadaires Man of Steel (sur laquelle des rumeurs courent concernant le retard pris par certains dessinateurs). 

Après avoir montrer le héros en costume se prendre une méchante raclée par un extra-terrestre, le scénariste se penche sur Clark Kent dans la rédaction du "Daily Planet". La surprise principale vient du fait que Lois Lane a quitté le journal pour l'écriture et la promotion d'un livre, mais évidemment rien n'est dévoilé sur le sujet du fameux ouvrage (même si on devine que cela contrarie Kent). Perry White introduit la remplaçante de Lane tout en ignorant qu'elle est un agent double convoitant son poste.

Bendis va donc changer la donne, non seulement en officialisant le retour des personnages à Metropolis (le run de Tomasi se déroulait dans la bourgade de Hamilton) et en chamboulant leurs situations : de quoi faire grincer des dents, ou interroger les fans de la série. Ce qui ne sera pas le cas en lisant, subjugué, les planches signées José-Luis Garcia-Lopez : le vétéran livre un travail superbe, d'un luxe de détails fou, mais aussi d'une justesse dans les expressions, la gestuelle. 

On en redemande.

*


- Justice League : No Justice Prelude (Ecrit par Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton et dessiné par Jorge Jimenez.) - Sur la planète Colu, Batman est encerclé par les gardes de Brainiac. Mais il n'est pas venu seul et plusieurs ligues de justice se déploient alors - Entropy, Wisdom, Mystery et Wonder. Sur Terre, cependant, Supergirl en orbite prévient Green Arrow de l'arrivée des Destructeurs contre lesquels les ligues devaient justement agir.

La saga de Scott Snyder, Metal, a secoué le cocotier au point de lancer la ligne "The New Age of Heroes" (qui compte notamment The Terrifics), mais aussi de redistribuer les cartes concernant la Justice League. La franchise va connaître une restructuration avec (à l'heure actuelle) trois titres à venir (Justice League, Justice League Dark et Justice League Odyssey). Et pour préparer le terrain, quoi de mieux qu'une saga spectaculaire mais rapide ?

Justice League : No Justice va donc sortir un épisode par semaine pendant un mois. Ecrite par Snyder, James Tynion IV (qui s'occupera ensuite de JL Dark) et Joshua Middleton (aux commandes la future JL Odyssey), l'histoire envoie des héros et des vilains, forcés de s'allier pour sauver l'univers, au front et cet épisode présente leurs différentes formations, composées par compétences.

C'est le segment le plus superficiel du programme, dans la mesure où ce prélude n'était pas nécessaire, mais il bénéficie des dessins toniques de Jorge Jimenez (Super Sons, qui sera l'artiste régulier de Justice League).

Tout cela est quand même copieux et donne très envie. DC Comics sait qu'il faut bouger sans cesse pour surprendre et contenter le lecteur, même si tout n'est pas voué au succès : cette audace sera-t-elle payante ? En tout cas, elle se donne les moyens de l'être entre titres bien installés (Batman), repensés (Superman) et mini-saga d'envergure (No Justice), pilotés par des pointures.