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jeudi 18 mai 2023

SUPERMAN #4, de Joshua Williamson, Jamal Campbell et Nick Dragotta


Où on a la confirmation que Joshua Williamson travaille sur le long terme : dans ce quatrième épisode de Superman, le scénariste qui a bouclé son premier arc en seulement trois épisodes développe quelque chose de bigrement excitant. Ce mois-ci, Jamal Campbell reçoit le renfort de l'excellent Nick Dragotta, dont l'intégration est intelligemment faite.


Superman rend visite à Lex Luthor en prison avec la conviction que si leur association fonctionne bien, son ancien ennemi continue de lui cacher des choses. Et si le kryptonien n'avait pas été le premier héros de Metropolis ? Et que les premiers ennemis de Luthor étaient responsables de ce qui s'est passé avec le Parasite - et maintenant avec Silver Banshee ?


Joshua Williamson a réussi quelque chose que peu parviennent à faire avec moi : j'aimai bien ce qu'il écrivait en indé avec une série comme Ghosted (parue il y a dix ans chez Image Comics), puis il m'a déçu avec pas mal de ces productions chez DC, avant que je ne sois séduit par sa mini Rogues récemment et maintenant avec Superman.
 

J'étais perplexe et méfiant quand je l'ai vu être promu nouveau grand architecte du DCU et je n'attendais pas grand-chose de sa reprise de Superman, que j'ai tentée d'abord pour les dessins de Jamal Campbell. Mais là le doute n'est plus permis : c'est très bon et très prometteur.


Pour un peu, il serait plus juste de nommer cette série Superman et Luthor car les deux sont vraiment au coeur de l'histoire. Williamson a basé tout son projet sur cette idée a priori farfelue : faire du man of steel et de sa némésis deux partenaires, complémentaires. Et pourtant, Lex a joué un sale tour à Superman en rendant à nouveau sa double identité secrète (pour la plupart des gens), faisant également en sorte que ceux qui chercheraient à percer le secret risquent d'en mourir.

Mais contre toute attente, ça marche. Et vraiment bien ! Car Williamson ne se contente pas d'une astuce facile du genre Superman = les muscles et Luthor = le cerveau. Non, les deux sont sur un pied d'égalité et leur relation devient plus nuancée, plus imprévisible aussi. Luthor croupit en prison et met à la disposition de Superman ses énormes moyens (SuperCorp).

Dans le premier arc, on a fait brièvement connaissance avec deux savants fous, frères, le Dr. Pharma et Graft, qui ont utilisé le Parasite pour tester le tandem Luthor-Superman. Cette fois, dès le début de cet épisode, Graft enlève Silver Banshee pour en faire à nouveau une arme contre le héros. Et justement Superman a l'intuition que Lex ne lui a pas tout dit. Il a raison et Luthor consent enfin à en dire plus.

Les meilleures idées sont les plus simples : si vous voulez, en tant que scénariste, "retconner" un l'histoire d'une série, mieux vaut ne pas en faire trop et être direct. Ainsi, Williamson imagine que Lex étant arrivé à Metropolis avant Superman en était le premier héros et c'est ainsi qu'il a croisé la route de Pharma et Graft à l'époque où il kidnappait des sdf pour des expériences. Parvenus à un niveau supérieur dans leurs recherches, ils procèdent de même aujourd'hui avec des ennemis de Superman qu'ils attaquent en espérant toucher Luthor et faire main basse sur la ville.

C'est palpitant, mené à une allure soutenue. Le rapport entre Lex et Superman est superbement décrit, la méfiance du kryptonien, la suffisance de Luthor, la compréhension de la nécessité de collaborer. Et Williamson trouve de la place pour ne pas oublier des éléments semés dans les trois premiers épisodes (avec une mention à Marilyn Moonlight). Cela n'a l'air de rien mais à une époque où si peu d'auteurs savent construire des subplots, quand il y en a un qui sait le faire, c'est un régal.

Jamal Campbell ne fatigue pas : il réalise la grande majorité des pages de l'épisode avec ce mélange d'élégance, de punch et de maîtrise. J'aime vraiment beaucoup son Superman, qui n'a pas peur de ne pas être complétement classiquement réaliste. L'artiste se joue des codes avec finesse pour que son découpage épouse la puissance tranquille de son héros, avec des couleurs lumineuses. C'est ça, la marque de fabrique du Dawn of DC et j'apprécie.

Que fait Nick Dragotta alors ? Hé bien, il s'occupe de quatre pages, correspondant au flashback dans lequel on découvre Lex plus jeune, arrivant à Metropolis et ambitionnant d'en devenir le protecteur face à Pharma et Graft. Voilà comment tout editor devrait utiliser un artiste invité : en lui confiant une partie de l'épisode bien spécifique qui tranche avec ce que réalise l'artiste titulaire parce que ça colle avec ce que l'histoire raconte. En l'occurrence, un aperçu du passé qui, s'il avait été illustré par Campbell, n'aurait pas dépareillé, mais qui, dessiné par Dragotta, marque une rupture graphique bienvenue.

Dragotta a lui aussi un style particulier, qui souligne des exagérations dans les proportions, les expressions, encadrées par un découpage nerveux. S'il a beaucoup oeuvré en indé ces dernières années (avec la série East of West, écrite par Jonathan Hickman, chez Image), c'est un plaisir de le relire sur du mainstream et j'aimerai qu'il revienne sur une série régulière à plein temps.

L'un dans l'autre, il n'y a rien à redire à cet épisode. Cette relance de Superman est une franche réussite, une lecture jouissive, pleine de promesses, qui résume parfaitement ce que veut être Dawn of DC.

vendredi 11 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES IV - V : EXCALIBUR #21 (Tini Howard / Marcus To) - X-MEN #21 (Jonathan Hickman / Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck, Sara Pichelli)

 

Pour sa deuxième semaine de parution, l'event Hellfire Gala reprend avec Excalibur #21, écrit par Tini Howard et dessiné par Marcus To.



L'équipe d'Excalibur fait son entrée. Rictor n'a pas le coeur à la fête en l'absence d'Apocalypse et il repousse même Battlestar, son ancien amant, quand celui-ci se présente devant lui. Par ailleurs, Pete Wisdow informe Captain Britain que l'ambassadeur anglais parlemente avec le Pr. X et Emma Frost.


Reuben Brousseau annonce à ses hôtes que la Grande-Bretagne rompt ses relations avec Krakoa : les remèdes fournies par les mutants leur seront rendus, en contrepartie Excalibur doit partir du sol anglais et les portails avec l'île doivent être désactivés.


De retour au Royaume-Uni avec Brousseau, Wisdom est sacrifié par le Couvent d'Akkaba pour réveiller Morgane la Fée dans l'Outremonde. Rictor, en représailles, déplace le phare d'Excalibur des côtes britanniques avant de se réconcilier avec Battlestar.


La suite se déroule dans X-Men #21, écrit par Jonathan Hickman et dessiné successivement par Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck et Sara Pichelli.


Réception. Charles Xavier et Magneto s'entretiennent à l'écart de la fête avec Namor à qui ils proposent de sièger au conseil de Krakoa. Mais le souverain atlante refuse, arguant qu'il règne déjà sur 75% de la planète et n'entend pas en rester là.


Election. Cyclope réclame l'attention de l'assistance avant que Jean Grey ne se connecte télépathiquement à tous les mutants présents pour qu'ils élisent leurs X-Men. Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney), Synch et Polaris les rejoignent sur scène.


Exode. Cyclope commande un verre au bar quand il est abordé par le producteur Kevin Feige qui le questionne sur son histoire. Le mutant la résume en expliquant avoir suivi l'idéal du Pr. X et en croyant à ses promesses, en y prenant désormais, avec les X-Men, une part plus active.


Feux d'artifice. Emma Frost monte à son tour sur scène et demande à tous les invités de lui ouvrir leurs esprits pour assister à une dernière animation spectaculaire.

Les deux épisodes de cette deuxième semaine de parution de l'event Hellfire Gala sont de valeur très inégale. Mais l'un d'eux marque une étape importante pour le futur de la franchise, quand bien même Marvel a préféré gâcher la surprise depuis plusieurs semaines, privant Jonathan Hickman d'un moment qui aurait été bien plus intense.

Commençons par parler du vingt-et-unième épisode d'Excalibur. Tini Howard se trouve dans un position moins favorable que celle qu'elle occupait lors de X of Swords, dont elle avait co-conçu l'architecture l'an dernier. Cette fois, elle doit se mettre au service d'un plan élaboré par un autre, et il faut bien dire que la scénariste ne joue pas le jeu, comme si l'exercice contrariait ses propres projets.

Bien qu'au début de Dawn of X, j'avais essayé de lire Excalibur, j'avais très vite abandonné car d'une part j'étais dérangé par le titre donné à cette série qui n'avait vraiment rien à voir avec son incarnation initiale et la plus mémorable (je veux, bien entendu, parler de la série de Chris Claremont et Alan Davis, indépassable). Pourtant, le projet était alléchant puisqu'il s'agissait d'explorer les rapports des mutants avec la magie, de Krakoa avec l'Outremonde. Mais Tini Howard ne m'a pas convaincu.

Je ne suis pas le seul à être dérouté par Excalibur version Dawn of X car souvent les mêmes reproches reviennent pour la caractériser : un rythme trop lent, des intrigues capillotractées, des caractérisations de personnages paresseuses. Néanmoins, Hickman s'était appuyé sur ce qu'écrivait Howard pour constituer l'histoire de X of Swords et la développer avec elle, mais heureusement on pouvait tout comprendre de cette saga sans avoir suivi Excalibur.

Qu'observe-t-on ici ? L'élement le plus notable concerne le rupture des relations diplomatiques et commerciales entre la Grande-Bretagne et Krakoa, formulée par l'ambassadeur Reuben Brousseau. Ce dernier fait partie du Couvent d'Akkaba, qui réunit des conspirationnistes voulant remettre la main sur le royaume d'Avalon dans l'Outremonde, actuellement dirigé Jamie Braddock/Monarch (installé sur le trône par les manigances d'Apocalypse). La disparition de Betsy Braddock/Captain Britain à la fin de X of Swords a achevé de convaincre ces dissidents de rompre avec Krakoa, au prétexte que la protectrice du Royaume-Uni les avait abandonnés. Mais Betsy est revenue récemment d'entre les morts (elle avait été vaincue par Isca l'imbattable durant le tournoi entre arakki et krakoans).

Bien entendu, l'ambassadeur et ses complices dans l'ombre ont une idée derrière la tête : il s'agit de Morgane la Fée, qu'ils entendent placer sur le trône d'Avalon en supprimant Monarch. En atttendant, les anglais sont prêts à rendre aux mutants leur médecine à condition que l'équipe d'Excalibur quitte leur territoire et que le portail de Krakoa sur l'île britannique soit désactivé. 

Pete Wisdom, ancien membre d'Excalibur et intermédiaire entre son pays et Krakoa, va connaître un funeste sort à l'issue de cette machination ourdie par le couvent. De son côté, Rictor, qui n'avait déjà pas le coeur à la fête, déplorant qu'Apocalypse soit absent (alors qu'il a contribué de manière décisive à la constitution de Krakoa, mais aussi au retour en forme du mutant), riposte en décrochant le lopin de terre sur lequel se trouve le phare d'Excalibur des côtes anglaises.

En soi, tout cela n'est pas mauvais. Mais j'ai eu le sentiment que Tini Howard avait plus à coeur de faire progresser l'intrigue de sa série que de participer au déroulement du gala du Club des Damnés. Tout ce qu'elle raconte n'est vraiment intéressant que pour ceux qui lisent sa série, mais on zapperait cet épisode que cela n'affecterait pas l'event. Ensuite, tout va très vite, mais trop vite : il est peu crédible que les mutants n'aient pas anticipé le mouvement de recul des britanniques et même ce qui attendait Wisdom (d'ailleurs comment se fait-il que son appel au secours ne soit reçu par personne ensuite ?). Enfin, la mauvaise humeur de Rictor m'a paru exagéré et ses réactions trop appuyées tout comme ses vire-volte (il repousse séchement Battlestar puis se réconcilie au clair de lune avec lui) : sur ce personnage précis, j'ai toujours eu du mal avec le fait qu'on ait changé son orientation sexuelle pour en faire un mutant gay, alors qu'à l'origine (quand il est apparu dans X-Factor puis X-Terminators) il était amoureux de Tabitha Smith/Boom-Boom. Je n'ai rien contre les mutants homosexuels mais j'ai l'impression qu'ils le sont devenus de manière forcée (comme Vega, qui était écrit par John Byrne dans Alpha Flight comme un vrai tombeur et qui a fini par épouser un homme des années après).

Howard s'éloigne aussi franchement de l'event quand elle glisse une scène entre Diablo et Meggan où il la félicite pour sa grossesse, alors que Captain Avalon (Brian Braddock) n'est pas encore au courant. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Il sera quand même intéressant de voir comment la scénariste va gérer son titre dans les prochains mois puisqu'elle va en perdre un nouveau membre (après Apocalypse, reparti avec sa femme Genesis, c'est au tour de Malicia de faire ses valises).

Heureusement, on enchaîne avec X-Men #21. C'est donc le dernier épisode de la série avant son relaunch le mois prochain, mais surtout le dernier qu'écrit Jonathan Hickman. Et il part en beauté, avec un numéro dense et fluide comme il en a le secret, parfaite rampe de lancement pour Gerry Duggan qui va lui succéder mais aussi pour de futures pistes narratives.

L'épisode est plus long et se découpe en quatre parties, à différentes heures de la journée du gala, chacune étant illustrée par un artiste différent. C'est Nick Dragotta qui démarre avec une scène intimiste où Charles Xavier et Magneto retrouvent Namor. La dernière fois que les mutants que le Pr. X avait parlé avec le souverain atlante remonte à Powers of X #5 et ça ne s'était pas passé comme il l'aurait souhaité. IL tente une nouvelle fois d'amadouer l'impétieux roi des océans et lui offrant un siège au Conseil de Krakoa... Et essuie un nouveau refus. Namor argumente à sa manière, arrogante mais logique : que lui importe une place dans ce gouvernement et sur une île quand il a autorité sur 75% de la surface de la Terre. Et n'entend pas en rester là. Hickman sait écrire Namor, tête à claques incorrigible, mais dont la puissance ne fiat aucun doute et dont les ambitions et les motivations sont assumées. Le scénariste se permet même de clore cette scène sur une image qui renvoie directement aux Illuminati dans son run sur Avengers puisque Namor rejoint Captain America, Iron Man et Black Panther.

Nick Dragotta est un choix malin pour ce segment car son style graphique est parfait pour représenter Namor dans toute sa majesté et sa suffisance. On pourra déplorer que ce personnage fabuleux n'ait pas profité d'un redesign de son costume car celui dont on l'a affublé depuis des années est certainement le plus moche qui soit. Les couleurs chaudes de Frank Martin ajoute à l'intensité de la scène.

Le morceau suivant est sans doute le clou du spectacle. Marvel, je persiste à le dire, a fait une erreur en révélant à l'avance la composition de cette nouvelle équipe des X-Men, juste pour s'assurer que les fans pré-commandent le n°1 de Juillet (comme si ces mêmes fans allaient soudain bouder le titre). Néanmoins, malgré ce handicap, Hickman réussit un petit prodige en mettant en scène l'élection, dont le procédé s'avère aussi ingénieux que raccord. 

Russell Dauterman nous gratifie, comme toujours (mais trop rarement à mon goût) de planches magnifiques, en particulier quand il saisit les expressions des mutants choisis par leurs pairs, parvenant à rendre chaque moment unique (la surprise de Laura Kinney, la joie de Synch, l'indifférence de Sunfire, l'émotion de Polaris, le ravissement de Gambit pour Malicia). On notera aussi, donc, que cette formation est majoritairement féminine (avec quatre X-women sur sept membres) et puissante (de quoi réserver du spectacle pour la future série, dont les premières pages de preview commencent à être révélées).

Puis on a droit un troisième segment particulièrement savoureux. Cyclope aide un humain à avoir un verre au bar (l'Homme Multiple joue les serveur) quand il est abordé par... Kevin Feige ! Le big boss de Marvel, qui chapeaute désormais aussi bien le département cinéma que comics de l'éditeur. Lucas Werneck réussit parfaitement à le dessiner, avec son indéboulonnable casquette. Et Hickman s'amuse visiblement à montrer Cyclope quasiment "pitcher" son histoire au célèbre producteur (alors que l'avenir des mutants dans le MCU reste un mystère).

Enfin, on a droit à un dernier segment purement "Hickmanien", dessiné par Sara Pichelli. L'artiste italienne, autrefois valeur montante de Marvel dont la carrière a sombré de projets hasardeux (la mini Spider-Man : Bloodline par JJ Abrams) en jobs de misère (cover-artist pour America Chavez : Made in the USA), est méconnaissable sur les pages qu'elle signe, incapable de se hisser à la hauteur de l'occasion en or qu'on lui offre de se refaire la cerise. C'est vraiment triste.

Mais ça n'arrête pas Hickman qui met en scène Emma Frost pour le feu d'artifice final du gala. Et bien sûr, ce n'est du tout ce à quoi on peut s'attendre : la dernière page nous laisse dans un songe nébuleux, propice aux spéculations, avec la promesse qu'il s'agit d'un moment que personne n'aurait voulu rater. Sacré Hickman ! C'est le roi du teasing. Vivement Inferno pour (peut-être) en savoir plus...

Rendez-vous la semaine prochaine pour Planet-Size X-Men #1 (à qui je dédierai une critique à part entière), X-Corp #2 et New Mutants #19... 

samedi 17 septembre 2011

Critique 264 : FANTASTIC FOUR - THREE, de Jonathan Hickman, Steve Epting et Nick Dragotta

Fantastic Four : Three rassemble les épisodes 583 à 588 de la série, écrits par Jonathan Hickman et dessinés par Steve Epting (#583-587) et Nick Dragotta (#588), publiés par Marvel Comics en 2010 et 2011.


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Valeria Richards, la fille de Mr Fantastic et la Femme Invisible, passe un pacte avec le Dr Fatalis (elle promet de lui rendre son intelligence s'il l'aide à réparer ce qu'elle juge être une imprudence commise par son père) ; la Chose recouvre son apparence humaine pendant une semaine grâce à un sérum mis au point par les petits génies réunis par Red Richards et doit faire face avec la Torche Humaine à une tentative d'invasion par Annihilus depuis la zone négative ; Sue (Jane) Richards doit raisonner Namor contre les anciens souverains d'Atlantis ; et Red Richards dévoile à Galactus comment les habitants du Nu-Monde l'ont tué dans le futur. Toutes ces intrigues provoquent la dispersion du quatuor de héros et aboutiront à la mort de l'un d'eux...


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Jonathan Hickman a pris en main la série Fantastic Four depuis le #570 et y a imprimé sa marque avec des intrigues découpées en arcs plutôt courts mais dont les lignes narratives complexes s'entrecroisent pour former un ensemble plutôt pénible à lire mensuellement. Néanmoins cette façon de faire a permis au titre de renouer avec le succès alors que les chiffres de vente étaient en berne. Avec cet arc, où plusieurs (mais pas tous...) des éléments dramatiques qu'il a mis en place trouvent une conclusion, Hickman a aussi obtenu l'arrêt de la série régulière pour lancer un nouveau titre, FF (pour "Future Foundation", du nom de la classe de génies dirigée par Red Richards)... Jusqu'à ce que Marvel annonce récemment la relance de Fantastic Four au #1 (tout en continuant la parution de FF, les deux séries étant conduites par Hickman).

L'éditeur a fait la promotion de cette ultime histoire en promettant dès le départ qu'un des membres de l'équipe allait y trouver la mort. Cette publicité symbolise à elle seule la limite de l'entreprise où la mort d'un héros n'est qu'un prétexte pour doper les ventes et alors qu'aucun lecteur n'est assez naïf pour croire que cette disparition (du personnage puis de la série) sera définitive (les comics ne tuent que pour mieux ressuciter ceux qu'ils sacrifient).

De fait, Hickman disperse grossièrement ses héros pour mieux préparer le décés du personnage dont il a choisi de se débarrasser et qui doit provoquer à la fois l'émotion de ses amis et la révolution de l'équipe. Là, Red emmène Galactus sur le Nu-Monde et le laisse le dévorer pour être sûr de survivre dans le futur (rien que d'écrire ça montre bien l'absurdité de certaines histoires...) ; là, Jane joue les diplomates entre Namor et ses ancêtres atlantes ; là, la Chose redevient Ben Grimm...

Ce dernier point signe l'échec narratif d'Hickman en tuant dans l'oeuf tout suspense puisque la vulnérabilité de Grimm n'offre que deux issues face au problème qu'il devra affronter avec Johnny Storm : soit c'est lui meurt, soit c'est la Torche - et étant donné la popularité de la Chose, également membre des Nouveaux Vengeurs, il est évident que ce n'est pas lui qui va y passer.

C'est dommage car, pour une fois (la seule en fait depuis l'arc Eléments premiers où Hickman présentait les quatre cités sur lesquelles planaît la promesse d'une guerre... Qui n'a toujours pas commencé !), le scénariste avait fait l'effort de ne pas rédiger un script trop bavard et tortueux (quand bien même le pacte entre Valeria et Fatalis n'est qu'un prologue pour une autre histoire, et qu'il faut avoir lu les épisodes de Mark Millar pour savoir ce qu'est le Nu-Monde et qui l'habite).

Il convoque des personnages iconiques de la série, comme le Surfeur d'Argent, Galactus, Namor, Annihilus, mais leur présence n'est qu'un prétexte : en vérité, n'importe quelle autre raison aurait pu expliquer que le quatuor s'en aille aux quatre vents, les situations exposées ici sont toutes effleurées, avec des rebondissements mollassons (Namor outré puis conquis par l'audace de Jane, le Surfeur et Galactus qui viennent juste de découvrir le cadavre du dévoreur de mondes, Red qui laisse Galactus détruire le Nu-Monde sans que ça a l'air de le bouleverser).

Utiliser des narrations parallèles évite l'endormissement mais ne dynamise pas un récit dont l'enjeu est si prévisible.

A la décharge d'Hickman, Johnny Storm n'a plus été bien traîté depuis le run de Mark Waid et Mike Wieringo (Jane tentait alors de faire de son frère le gestionnaire du groupe en espérant qu'il gagne en maturité) : lors de Civil War, agressé, il était vite sur la touche avant de grossir avec se soeur le camp de Captain America, mais ni J. Michael Straczynski ni Dwayne McDuffie ni Mark Millar n'ont su bien l'employer. Qu'il tombe aujourd'hui au combat, dans une scène par ailleurs confuse (pour mieux préparer son retour sans doute), n'a rien d'étonnant : c'est plutôt une manière de se débarrasser de lui.

Hickman ne semble avancer qu'à travers des écrans de fumée et des coups fumeux (le conseil des Red Richards de dimensions parallèles, Valeria et Franklin messagers funestes du futur, Ben Grimm "guéri" temporairement, Johnny Storm hors-jeu) : pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? Parce que ça donne un côté faussement sophistiqué à des récits où l'auteur n'arrive pas à écrire les aventures d'une équipe mais les parcours inégalement intéressants de ses membres (Red ayant le plus les faveurs d'Hickman : fantasme d'un scénariste se voulant aussi visionnaire que son personnage ?).

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La fait que Steve Epting ait dessiné ces fameux épisodes (et les premiers de la série FF) est le seul motif de satisfaction de cette lecture : en débarquant sur un titre où je ne l'attendais pas, l'artiste reste impressionnant par sa faculté à s'en approprier les protagonistes. Dale Eaglesham avec lequel Hickman démarra son run est parti trop vite, Neil Edwards n'a rien pour lui (triste clone de Bryan Hitch), mais avec Epting, les 4F retrouvent une allure, les décors une finition, le découpage une envergure comme seuls en sont capables les très bons storytellers.

L'épilogue dessiné par Nick Dragotta et entièrement muet (ce qui nous épargne les dialogues poussifs d'Hickman et parvient même à susciter une certaine émotion - comme dans la séquence où la Chose se défoule contre Thor et Hulk avant de s'effondrer de chagrin) ne dépareille pas.

Mais de belles images ne suffisent pas à faire une bonne BD...

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Ce n'est pas (loin s'en faut...) le pire de ce qu'a fait Hickman avec les 4F, mais Three ne rattrape pas l'affaire, et c'est la dernière histoire de cette série que je lis avant longtemps.